Le p'tit mot d'Owlie (créatrice de la communauté):
Dieux du Stade, plus qu'un calendrier, c'est maintenant une LJ-communauté! Entièrement consacrée au Quidditch et à ses joueurs présents et passés, ses défis et ses thèmes satisferont les plus mordus d'entre vous! Amoureux du plus Noble des Sports, n'hésitez pas à nous rejoindre!
D'Olivier Dubois à Molly Weasley, de Dumbledore à Gordric Gryffondor, de Cho Chang aux Jumeaux Weasley, ils ont tous vécus des moments forts de leurs vies sur la pelouse du stade, dans les tribunes ou sur un balai. Diversité assurée!

Le p'tit mot d'Owlie (auteur à ses heures perdues):
Oups... Cela fait maintenant deux mois que je n'avais pas mis à jour ce recueil. Faute de temps et d'inspiration (je n'ai écrit qu'un texte mauvais sur le Quidditch durant ce temps là), j'ai préféré attendre.
Enfin de retour, je n'annoncerai plus l'OS suivant en fin de texte pour une raison simple: je n'ai aucune idée de ce que je produirai ensuite.
J'espère que malgré ces deux mois d'absence, le stade ne sera pas déserté.

Disclaimer:
Tout est à JKR, sauf ce qui ne lui appartient pas (si, si...). Cet OS a été écrit pour l'anniversaire d'Ezilda qui voulait un Charlie/OC. Pas de réelle romance ici. Ce texte est également une réponse au défi de la communauté Dieux du Stade "Sagesse Populaire". Le principe est simple, il suffit d'illustrer un des milliers de proverbes du monde. J'en ai choisi un simple!



La vengeance est un plat qui se mange froid

- Bobby ! Booby, veux-tu s'il te plaît arrêter de… Bobby ! Nom de … Par Merlin, reste tranquille, je t'en prie !

Le petit garçon de presque deux ans hurla alors de plus belle et tenta, à grands renforts de coups de pied, de se libérer des mains de sa mère. Rose évita de justesse la bouche pleine de dents de lait que l'enfant avançait dangereusement vers son poignet et parvint à resserrer sa prise autour de sa tête.

- Bobby ! hurla la jeune maman, choquée par la violence dont pouvait faire preuve la chair de sa chair à l'égard du personnel hospitalier.

Rose ne prit pas le temps de la rassurer, de lui affirmer que ce genre de choses ne cessait de lui arriver (ce qui, malheureusement, était un fait) et préféra sauter sur l'occasion que l'enfant, distrait, venait de lui offrir en pointant sa baguette vers l'endroit tant convoité.

- Hé voilà ! s'écria-t-elle victorieuse, en constatant que la fontaine d'étincelles qui jaillissait jusque là de l'oreille du petit garçon commençait à diminuer d'intensité avant de totalement s'éteindre.

Elle aida alors le garnement en larmes à se relever. Portant les doigts à ses oreilles et sentant que plus rien n'en sortait, il se mit à hurler avec toute la puissance que son petit corps lui permettait. Le bruit était certes dérangeant mais Rose et la pauvre maman avaient désormais la satisfaction de savoir qu'il ne risquait plus de mettre le feu, à Sainte Mangouste notamment. Ce genre d'incidents (et incendies) était fréquent, néanmoins la guérisseuse Tulett préférait ne pas avoir à en assumer la responsabilité.

Rose décela une lueur de reconnaissance dans les yeux rougis et fatigués de la femme dont elle venait de soigner le chérubin. Chérubin qui, toujours en pleurs, venait de se hisser dans ses bras pour y trouver un peu de réconfort.

- A l'avenir, Bobby, fais attention à ce que tu mets dans tes oreilles, conseilla-t-elle en les reconduisant vers la sortie avant de s'adresser plus spécialement à la maman. Passez aux laboratoires avant de sortir, je leur demanderai de vous préparer un onguent à mettre durant cinq jours dans les oreilles de Bobby, le soir avant de le coucher. Ce sera suffisant pour calmer l'irritation… Oh, et évitez aussi de laisser traîner vos baguettes à sa portée…

Sur le seuil de la porte, la mère fit volte-face et lui adressa un regard blasé avant de serrer mollement la main que Rose lui avait tendue et de lui rendre à cette occasion sa baguette magique de fonction que le petit cleptomane de deux ans, elle ne savait comment, avait réussi à lui prendre dans les secondes précédentes.

- Croyez-bien que j'essaie… soupira la maman tristement.

- Oh… Bien…. Bon courage dans ce cas, tenta la guérisseuse avec un sourire qu'elle espérait rendre réconfortant.

Alors qu'elle observait Mme MacClean et son petit Bobby (qui était parvenu au passage à piquer deux ou trois baguettes) s'éloigner, elle se promit à nouveau intérieurement de ne jamais avoir d'enfant. Un long soupir poussé plus tard, Rose dicta à la plume à papotes la fin du dossier et l'ordonnance pour les laboratoires. Le petit bout de parchemin s'envola aussitôt en direction de la porte, à l'opposé de l'endroit où il aurait dû passer (un ingénieux système de tubes pour les communications internes). Cela ne pouvait signifier qu'une chose, la porte avait été ouverte. Rose jeta un regard par-dessus son épaule et découvrit Kenneth, ancien de sa promo à Poudlard et désormais collègue de travail, l'épaule posée contre le chambranle de la porte.

- Alors ? demanda-t-il un petit sourire aux lèvres. Comment se passe cette journée ?

- Comme un jour ordinaire à Sainte Mangouste ! répondit machinalement Rose en faisant disparaître d'un coup de baguette le matériel usagé.

Elle prit la direction de la porte, prête à sortir et accueillir la personne suivante, quand Kenneth lui barra le passage.

- J'ai un patient pour toi ! fit-il d'un air qu'il parvenait à rendre mystérieux et ravi.

- Kenneth, je n'ai pas l'intention de prendre en charge tes éruptions de furoncles, grogna-t-elle en le poussant pour passer. Tu n'as pas le droit de te décharger de tes patients parce qu'ils te dégoûtent et pour te garder les meilleurs cas !

Loin de se décourager ou de se laisser culpabiliser, le jeune médecin revint à la charge et s'interposa encore une fois pour l'empêcher de passer.

- Crois-moi, lui confia-t-il à voix basse avec un petit sourire. Celui-là, tu auras très envie de le soigner…

Son air entendu ne prit pas. Rose le connaissait trop bien.

- Oh non ! fit-elle avec un ricanement moqueur en le repoussant et en récupérant le dossier suivant. Tu m'as déjà fait ce coup-là ! Et cela va t'étonner mais les hémorroïdes lumineuses restent de simples hémorroïdes. Mr Caldwell ? appela-t-elle d'une voix claire.

Dans la salle d'attente bondée, un petit sorcier âgé se leva péniblement et avança vers elle d'une démarche hésitante.

- Rose, attends ! Je te jure que tu meurs d'envie d'aller le voir.

Un ricanement moqueur lui échappa.

- Alors, ça, ça m'étonnerait ! s'écria-t-elle avant de se tourner vers son patient, un sourire aux lèvres. Mr Caldwell, si vous vous voulez bien me suivre…

Elle s'écarta pour laisser passer le vieux sorcier. Kenneth en profita alors pour bondir et se mettre, une fois de plus, au milieu du chemin

- Je t'en prie, ne me fais pas te supplier.

Là, ça devenait intéressant. Et heureusement pour l'orgueil de Kenneth, c'était aussi devenu embarrassant. Non seulement Mr Caldwell ne semblait pas capable de tenir sur ses deux pieds sans dangereusement tanguer, mais en plus, la moitié des gens situés au quatrième étage de l'hôpital, étrangement réunis à cet instant dans ce couloir, avaient t cessé toute activité et s'étaient tournés vers eux.

- Ne me tente pas, grogna-t-elle doucement.

Cet air meurtrier l'aurait d'habitude fait fuir. Rose l'avait déjà expérimenté. Avec succès. Aujourd'hui, Kenneth faisait preuve d'un courage et d'une obstination aussi suspects qu'étonnants.

- Je prends ton patient, s'écria-t-il avec un sourire en tournant la tête vers le vieux sorcier et en tendant simultanément les mains vers le dossier.

Elle le mit hors de portée et se fendit d'un sourire en coin.

- Monsieur souffre de furoncles, expliqua-t-elle lentement.

Même si ce ne fut qu'imperceptible, une grimace déforma le visage du jeune médicomage. Ceci était censé le faire renoncer. Il n'accepterait jamais.

- Et c'est pas beau à voir, ajouta le vieux d'une voix chevrotante.

Kenneth déglutit avec difficulté. A la plus grande surprise de Rose, bien que sa pâleur confine à la transparence, il ne renonça cependant pas.

- Parfait… Mr… Caldwell, dit-il après une hésitation. Allez donc dans la salle et… découvrez les parties de votre corps qui méritent un examen.

Après avoir eu un frisson de dégoût, il prit Rose par le bras et l'emmena loin de son habituelle salle d'examen.

- Je te jure qu'un autre jour, tu me serais redevable à vie pour ça ! ronchonna-t-il en la menant à un train d'enfer trois étages plus bas.

Ils finirent par enfin s'arrêter devant une des salles du Service des blessures par Créatures vivantes. Avec une synchronisation si parfaite qu'elle ne pouvait que tenir du hasard, une infirmière en sortit alors, un sourire béat aux lèvres, le dossier du patient en main.

- Profites-en ! fit-elle en adressant à Rose un clin d'œil.

La stupeur la laissa immobile. Sans doute était-ce à cause de la familiarité avec laquelle cette inconnue venait de l'interpeller. Son regard entendu et le rire gras de Kenneth devaient aussi y être pour quelque chose.

- Merde, Kenneth, qu'est-ce que tu as fait ? demanda-t-elle méfiante.

Il s'abstint de répondre et la poussa pour la faire entrer. Avant qu'elle n'ait le temps de dire quoi que ce soit, il tira le rideau conférant au patient un minimum d'intimité et s'écarta pour la laisser regarder.Au premier coup d'œil, tout ce qu'elle y vit fut un dos dénudé et la tête rousse qui l'accompagnait. Rien d'extraordinaire, pensa-t-elle avant d'accorder au dos de cet homme assis sur la table d'examen second regard. Elle observa avec une attention qui se mut doucement en une étrange fascination cette nuque sur laquelle courraient quelques mèches rousses, parfaite introduction pour ces épaules puissante et musclées, esquissant un dos large et massif dont les muscles roulaient doucement à chaque inspiration, une chute de reins vertigineuse qui ne demandait qu'à être prolongée, une peau inhabituellement dorée pour un quelconque citoyen anglais. Pas dorée en vérité. Brûlée. La peau de ce patient était brûlée, comme le prouvait les nombreuses zébrures plus claires qui le parsemait.

Plutôt viril, se surprit-elle à penser. Il s'agissait peut-être d'un aventurier. En tous cas, elle préférait cette hypothèse à celle du pyromane psychotique et maladroit. Pas très esthétique certes, mais ça faisait son petit effet.

Le murmure de Kenneth à son oreille la sortit de ses pensées et la fit sursauter.

- Bon anniversaire, Rose !

Un cadeau d'anniversaire. Il lui offrait un patient en cadeau d'anniversaire. A mieux regarder ce dos, c'était un homme qu'il lui offrait. Il n'y avait que lui pour penser à ça. Elle s'apprêtait à lui en faire la remarque quand la porte claqua. Toute à son observation, elle n'avait pas remarqué que Kenneth lui avait faussé compagnie.

Et à voir le sursaut de son patient, lui n'avait pas remarqué que son médecin était entré.

Avec, ce qui parut être à Rose, une lenteur infinie, le jeune homme aux cheveux roux finit par se retourner. Elle eut un mouvement de recul lorsque cette paire d'yeux bleus se braqua sur elle.

- Bonjour, dit-il avec un sourire.

- Je… Je… bafouilla-t-elle se sentant rougir avec horreur. Ne… Ne bougez pas.

A reculons, elle sortit de la salle, ratant son premier essai en se prenant donc le chambranle de la porte. Une fois qu'elle fut refermée, elle s'y laissa glisser.

Kenneth venait de lui offrir là un cadeau empoisonné.

Ce patient qu'il lui avait réservé, elle le connaissait.

oOo

Elle ne pouvait pas y aller. Pas sans s'être au préalable préparée. Elle envisagea d'aller chercher l'un de ses collègues, de ne tout simplement pas s'y présenter, de faire demi-tour, passer un savon à Kenneth et s'occuper des problèmes d'éruptions de Mr Caldwell. Rose ne fit finalement rien de tout ça et resta assise dans ce couloir autant qu'elle le put, avant que cela ne puisse paraître suspect aux autres guérisseurs du service et à son nouveau « patient ».

Il fallait qu'elle y retourne. Pas pour le spectacle qui s'offrait à elle. Encore que…

Elle secoua la tête pour chasser cette idée. Si elle y retournait, c'était simplement parce que l'occasion dont elle avait si souvent rêvé venait de se présenter. Décidée à ne pas se laisser impressionnée par un morceau d'os et de chair (certes très bien sculpté), elle ouvrit la porte d'une main désormais assurée et pénétra à nouveau dans la salle d'examen.

- Bonjour, je suis Rose Tulett, déclara-t-elle en s'avançant vers lui, le pas malheureusement un peu raide et la main tendue. Désolée pour ce léger… contretemps… Une urgence, vous voyez ?

De toute évidence, il n'avait rien vu. Ce qui paraissait plutôt étrange vue la vitesse à laquelle elle s'était enfuie. Ou alors, il voyait trop bien. Elle maudit à l'instant sa voix légèrement vacillante. Son patient ne sembla pas le relever, se contentant de la resaluer d'un sourire et de serrer la main qu'elle lui avait tendue.

Pour ne pas rougir ou laisser ses yeux s'attarder sur les zones dénudées du corps du jeune homme, elle se replongea dans la découverte de son dossier.

- Mr… fit-elle en fronçant les sourcils exagérément. Charlie Weasley ?

Il acquiesça d'un hochement de tête. Evidemment. Lui ne l'avait pas reconnue. Elle en revanche… Comment aurait-elle pu oublier celui qui avait participé à faire de son adolescence à Poudlard un véritable enfer ? Rose Tulett n'était pas femme à être rancunière. Mais là… Ce qui c'était passé durant ces années ne pouvait pas être pardonné.

Partagée entre la déception et le soulagement, elle commença son examen.

- Alors ? s'efforça-t-elle de demander d'une voix enjouée. Qu'est-ce qui vous amène ici ?

Avec précaution, il s'assit sur la table d'examen face à elle et souleva la compresse que l'infirmière lui avait appliquée sur le ventre. Sous une couche de graisse épaisse se trouvait une des brûlures les plus laides que Rose ait pu voir de toute sa carrière. Carrière, certes courte, mais à Sainte Mangouste les bizarreries les plus variées n'attendaient pas le nombre des années.

- C'est moche, pas vrai ? plaisanta-t-il voyant ses sourcils froncés et son nez plissé.

La guérisseuse se retint d'ajouter que si elle se contentait d'être moche, chose que visiblement elle ne faisait pas, cette brûlure ne serait pas un problème. Rose poussa un soupir et enfila une paire de gants. Kenneth avait malgré tout pensé à la faire travailler, même avec son cadeau d'anniversaire. Elle le fit s'allonger sur le dos et s'accorda un très court instant pour regarder ses abdos parfaitement dessinés (l'idée que Kenneth lui ait laissé ce cas pour ne pas être complexé à vie à ce sujet lui effleura une seconde l'esprit) avant de laisser sa conscience professionnelle prendre le dessus.

- Certaines personnes aiment, répondit-elle en l'auscultant et en prenant soin de ne pas lui faire mal. D'autres pas. Puis-je vous demander comment est-ce arrivé ?

Il se fendit d'un sourire immense avant de répondre.

- Dragons…

Alors, il l'avait fait. A Poudlard, Charlie Weasley avait été connu pour ça. Etre un génie du sport et son amour des grands sauriens. Il avait finalement choisi la carrière que n'importe qui d'autre aurait délaissée. Il méritait de souffrir, travailler avec ces bêtes là était un vrai suicide. C'était bien fait.

- Evidemment, renifla-t-elle moqueuse. Vous pouvez vous relever.

Il ouvrit la bouche pour parler avant de se raviser. Rose fit mine de ne pas s'en apercevoir. Si c'était pour trouver des excuses à ces lézards géants, autant oublier.

- Et quand est-ce que…

- Il y a trois jours, la coupa-t-il. En Roumanie. J'ai l'habitude de me brûler. Mais ce matin, quand j'ai débarqué, elle avait pris une sale couleur. Alors ma mère a…

Il s'interrompit, désormais conscient qu'il n'avait pas idée de ce qu'elle avait réellement eu l'intention de demander et qu'il venait de livrer quelques détails un peu embarrassant (un grand garçon comme lui écoutant sa maman) de sa vie privée.

En temps normal, ce genre de détails aurait pu l'attendrir chez un homme. Pas aujourd'hui. Pas pour Charlie Weasley.

- Hé bien, c'est peut-être un peu plus grave que les autres fois, expliqua-t-elle sérieusement. Votre « maman » a raison… Ça mérite d'être regardé. Redressez-vous un peu plus, s'il vous plaît.

Il bomba le torse et retint sa respiration pour garder la position. Rose fut tentée de prendre tout son temps et de le laisser tourner de l'œil avant de commencer. Avant une fois de plus de se raviser. Vengeance et conscience professionnelle ne faisaient visiblement pas bon ménage.

- C'est douloureux ? demanda-t-elle en inspectant à l'aide de légères pressions les pourtours de la zone touchée.

- Non, ça va, affirma-t-il d'une voix assurée. Vous savez, j'en ai vu d'autres et… AIE !

La guérisseuse éclata de rire intérieurement. Les hommes étaient tous les mêmes, ils jouaient les durs mais étaient au fond très douillets. Elle dut reconnaître que sur ce coup là, elle avait aussi peut-être un peu exagéré.

- Désolée ! s'excusa-t-elle en essayant d'être sincère. Ça risque d'être vraiment très douloureux.

Cela aurait pu fonctionner si son sourire ne l'avait pas trahie. Et si aussi à cet instant, elle n'avait pas appuyée de tout son cœur sur la zone sensible. Une fois son hurlement poussé et sa respiration reprise, Charlie Weasley fronça les sourcils.

- Il vaudrait peut-être mieux que je prenne quelque chose… pour éviter ça, suggéra-t-il d'une voix grave.

- Allons, vous êtes un grand garçon !

Son sarcasme ne passa malheureusement pas pour un encouragement.

- Vous faites une économie sur les anesthésiants ? grogna-t-il en sautant sur ses pieds.

- Non, pourquoi ?

- Oh, répliqua-t-il en mimant la surprise. Dans ce cas, vous êtes sadique, n'est-ce pas ?

Rose se permit un roulement plus que marqué des yeux et parvint à récupérer la chemise de Charlie avant que celui-ci ne s'en saisisse. Elle voulait le faire payer pour tout ce qu'il avait fait et ce qu'il aurait dû faire. Mais en tant que guérisseuse, elle ne pouvait pas le laisser partir avec cette plaie.

- On se connaît ? finit-il par demander après l'avoir longuement dévisagée.

Mentir, continuer à jouer et le faire souffrir ou dire la vérité et continuer malgré tout à le faire souffrir… Choix cornélien, Rose ne savait pour lequel trancher. Seule la culpabilité qu'il ressentirait à coup sûr lors de la seconde hypothèse lui permit de se décider.

- Rose Tulett, finit-elle par répondre.

Un prémice de sourire la laissa penser qu'il avait un instant envisagé de faire comme s'il se souvenait avant de finalement se raviser. Il l'avait vraiment oubliée. Ou pas reconnue. Les deux étaient plus que probables.

Cette information eut au moins le mérite de lui faire reprendre sa place sur la table d'examen et de laisser à la jeune femme l'occasion d'à nouveau l'avoir à sa merci.

- Mais si ! Rose à Serdaigle ! reprit-elle avec un sourire encourageant. On était dans le même cours d'Enchantement !

- Désolé, je… AÏE ! Nom de

Pour le coup, elle ne l'avait même pas fait exprès. Trop captivée par le malaise de Charlie, elle en avait oublié de surveiller la pression de ses mains. Après s'être, une nouvelle fois, excusée et l'avoir laissé récupérer, elle continua son examen, avec un peu plus de douceur.

- La Grosse Rose… G-Rose ! finit-elle par expliquer. « Trois douzaines » de Rose ! Je crois que mon préféré restera toujours XXL… Paradoxal quand on sait que je ne faisais à l'époque que du L.

Les yeux de Charlie s'écarquillèrent. Rose avait presque pu suivre le cheminent de sa pensée. Il l'avait d'abord située, avait failli ricaner à son souvenir avant de finalement la regarder de haut et en bas pour finir par ne pas y croire.

- Tu… Tu as changé, finit-il par bafouiller. Je ne t'avais pas reconnue.

Rose se fendit d'un sourire triomphant.

- Faut dire que j'ai perdu plus de 30 kg, déclara-t-elle avec une nonchalance toute feinte.

- Dans ce cas… répondit Charlie qui ne savait visiblement plus sur quel pied danser. Euh… Félicitations !

- Mon petit surnom m'a pas mal aidé, répliqua-t-elle avec un sourire forcé.

Il eut soudainement l'air très mal à l'aise. En tous cas, avec ses oreilles rouges et son regard fuyant, c'était plus que bien imité. Rose savoura cet instant et s'accorda un plaisir supplémentaire.

- AÏE! PUT…

Là aussi, elle y était peut-être allée un peu fort.

- Désolée…

Au regard qu'il lui adressa, elle était prête à jurer qu'il avait quelque chose de particulièrement intéressant à rétorquer. Il finit cependant par se raviser.

- C'est vrai ? marmonna-t-il.

- Bien sûr, je n'ai pas pour hobby de faire souffrir mes patients, signala-t-elle froidement.

Pour un peu, elle se serait presque crue elle-même. C'était la vérité, elle n'aimait pas faire souffrir les gens. Sauf ceux qui s'étaient à un moment ou à un autre de sa vie moqués de ses quelques kilos en trop.

- Non, je parle des raisons qui t'ont faite… enfin, qui t'ont poussée à…

C'était encore mieux que ce qu'elle n'imaginait. La culpabilité. Y avait-il plus belle vengeance ? Cela avait valu d'attendre toutes ces années.

- On sous-estime toujours le pouvoir d'une humiliation, soupira-t-elle faiblement.

- Rose, je suis désolé ! déclara-t-il précipitamment.

Voilà un retournement de situation des plus intéressants. Elle le faisait souffrir et il s'excusait ?

- Non, ne le sois pas ! le rassura-t-elle avec une mansuétude feinte. J'ai même pensé à vous envoyer une carte pour vous remercier, tes copains et toi.

- En maillot de bain, ils auraient apprécié, signala Charlie avec un petit ricanement nerveux.

- C'était un sarcasme.

- Et c'était ma manière de l'éviter.

Un silence pesant s'installa, silence qu'ils meublèrent en pratiquant des exercices de respiration pour refouler la douleur pour l'un et en essuyant les restes de crèmes d'une brûlure tendant au violet pour l'autre.

- Je suis vraiment désolé, tu sais, bafouilla Charlie sincère. Je ne les approuvais pas.

- Mais tu les laissais faire, répondit Rose avec une légère amertume. Toi, le préfet.

- Tu sais, j'étais rondouillard moi aussi.

- Tu étais une star de Quidditch ! rétorqua-t-elle en haussant la voix. Et tu as transformé tes kilos de poupon en muscle ! Tu étais préfet et admiré.

Il resta un instant la bouche ouverte, cherchant quelque chose à répliquer ou une parole pour la consoler. Il en fut incapable. Cela partait d'une bonne intention pour lui, Rose le sentait. Elle savait aussi qu'il n'y avait rien à redire à se sujet.

- Je… Je suis sincèrement désolé…

S'il se contentait de se faire pardonner, se venger n'était finalement plus si drôle que ça.

- C'est bon, j'ai compris. Ne t'en fais, répondit-elle en se concentrant à nouveau sur la plaie. Je suis au-dessus de ça désormais. Je suis guérisseuse.

Il n'y avait pas vraiment de lien entre ses deux dernières affirmations, mais sur le coup, elle n'y prêta pas attention. Le hurlement que Charlie poussa la fit sursauter. Tout comme lui bondit hors du lit.

Bon, avec ça, ils étaient vraiment quittes désormais.

Furieux, le visage en train de s'embraser, l'ancien joueur de Quidditch s'apprêtait à protester quand elle le prit de vitesse. Parce que l'avoir debout devant elle, menaçant et à moitié nu lui avait fait réaliser quelque chose.

- Tu consultes pour tes autres cicatrices ? demanda-t-elle intriguée.

Sa colère retomba comme un soufflet.

- Pour tomber sur un médecin sadique comme toi ? Je crois que je fais bien de ne pas le faire.

- Je ne plaisante pas, rétorqua-t-elle froidement.

Rose identifia immédiatement le regard que Charlie venait de lui adresser. C'était celui que lui réservaient certains patients quand elle leur conseillait ou demandait de faire des choses que leurs proches passaient leur temps à leur répéter, comme arrêter de fumer, de se battre dans les pubs et les stades, de tendre la main pour caresser des Croups qu'ils ne connaissent pas. Visiblement, Mrs Weasley s'inquiétait elle aussi de voir le corps de son fils adoré être ainsi marqué.

- On a des produits spéciaux à la réserve quand ce genre d'incidents arrive, expliqua-t-il.

- Mais pas de réel médecin, n'est-ce pas ? Hum… Elles ne me plaisent pas.

- Tu m'en vois désolé, fit-il d'un ton sarcastique.

Il recula quand elle s'approcha pour mieux les voir.

- Arrête ! Je ne vais pas les toucher, grogna-t-elle.

Charlie se défendit d'avoir tenté de fuir mais bizarrement n'eut aucun mouvement de recul cette fois.

- Tu en as d'autres ? demanda-t-elle en inscrivant quelque chose sur son dossier

Il hocha la tête positivement. Evidemment. A côtoyer ce genre de choses à dents et flammes, on ne pouvait que se blesser.

- Si ça te dérange, proposa-t-elle lentement, je peux aller chercher un de mes collègues masculins.

- Pour quoi faire ? demanda Charlie méfiant.

- Pour t'examiner… répondit-elle en appuyant son regard sur les parties de son corps encore couverte, histoire qu'il comprenne sans qu'elle n'ait à le verbaliser (connaître, même si c'était pour détester, un patient avait quelques inconvénients).

Il se fendit d'un sourire goguenard.

- Rose Tulett, je crois que tu surestimes ma capacité à me blesser.

- Tu en es sûr ?

Qu'il commence à retirer son pantalon fut la plus belle des réponses.

Rose ne put retenir un sourire en le regardant faire. Elle était sur le point de pouvoir observer, au nom de la science, Charlie Weasley sous toutes les coutures et en plus, elle aurait le droit de le faire souffrir le martyr.

Oui, Kenneth avait raison. Ce serait une bonne journée.


Prochaine passe: Mythe originel