25.
- Que vas-tu faire, capitaine ? questionna la blonde seconde de l'Arcadia.
- Je vais les flinguer !
- Mais encore ? D'un point de vue réaliste ?
- C'est très réalisable ! glapit le grand Pirate balafré. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ! ? Oyama aurait dû se mettre à table et tout déballer et là il demeure muet comme une carpe ! Quant à la Jurassienne, tout indique qu'elle n'est absolument pas consciente du monde extérieur !
- Cela n'a pas dû être drôle pour eux, quoi qu'il leur soit arrivé, remarqua Kei.
- Pour Oyama, ça peut s'expliquer, mais tout indiquait que la Jurassienne était indestructible quasi ! Je ne vois vraiment pas quoi ou qui pourrait l'impressionner à ce point !
- Tu voulais les récupérer, c'est fait. C'est tout ce qui compte, non ? Il y a plus urgent dans l'immédiat ! Laisse Doc Surlis s'occuper d'eux !
Albator fit la grimace.
- Oyama prétendait que je devais être mis au courant d'informations qui ne pouvaient attendre… Et là, je poireaute ! râla-t-il encore. Quand serons-nous en mesure de tirer sur Waldenheim ?
- Trois jours. J'ai glané quelques renseignements complémentaires sur les capitaines des autres vaisseaux, et sur celle qui mène avec lui l'escadre.
- Je t'ai dit que les personnes ne m'intéressaient pas. Leurs tactiques les représentent bien mieux ! Communique-moi encore leurs stratégies préférées que je peaufine la façon de les contrer !
- J'étais venue en ce but, rappela-t-elle.
Après son entrevue avec son capitaine, Kei s'était rendue au studio occupé par Toshiro.
Si Clio semblait totalement coupée du monde, le petit ingénieur binoclard paraissait en pleine possession de ses moyens et qu'il les mobilisait justement pour se forcer au mutisme sur ce qui concernait autre chose que le quotidien !
- Je peux… ?
- C'est votre vaisseau, Kei. Moi je n'en suis que le passager involontaire et temporaire.
- Vous êtes un être précieux et unique, comme chacun de nous, mais plus encore vu vos connaissances. Comment vous sentez-vous ?
- Je ne pensais pas dire ça : mais on est bien sur l'Arcadia ! Votre capitaine m'a remis sur le Grand Ordinateur. Il en a un besoin impératif, sous peu, et je procède à toutes les vérifications possibles et imaginables.
Toshiro leva sur elle un regard légèrement suppliant derrière ses verres épais.
- Vous n'allez pas m'interroger ? S'il vous plaît ! ? Je ne peux rien dire !
- Mais pourquoi ? Ça pourrait peut-être aider Doc Surlis à soigner Clio !
Toshiro secoua la tête en un signe négatif.
- Je vous en prie, Toshiro, on ne peut pas vous laisser dans un état pareil, vous et elle ! Je ne vais pas vous proposer de l'écrire, mais un indice nous aiderait bien ! Et si vous ne comptiez pas pour lui, le capitaine n'aurait pas été vous chercher, deux fois !
- Je ne peux pas… J'ai promis…
- Mais si ça permettait de sauver Clio ? insista encore Kei, à son tour implorante.
- Au contraire, si je parle, elle mourra ! avoua alors Toshiro dans un cri de détresse.
- Elle et vous êtes sur l'Arcadia, vous ne risquez plus rien ! Un garde Mécanoïde veille sur vous !
- La distance n'importe pas. Le lien psychique entre Clio et l'autre créature demeure. Si je parle, l'autre le rompra et le cerveau de Clio sera irrémédiablement détruit. C'est tout ce que je peux dire… Croyez-moi !
Kei posa une main apaisante sur l'épaule du petit ingénieur génial.
- Bien sûr. On va trouver une solution, je vous le promets.
Toshiro enleva ses lunettes rondes, les essuya avant de poser à nouveau son regard de taupe sur la blonde seconde du grand Pirate balafré.
- Il y a un plan de vol précis, ou vous attendez de croiser un cargo pour le piller ?
Kei s'assombrit.
- Cela va sous peu être bien agité. Albator, enfin notre Roi, a décidé d'en finir une fois pour toutes avec son plus collant adversaire ! Et on s'est préparé dans les deux camps. Les forces en présence sont quasiment égales Les Militaires ont pour eux leur discipline et leur synchronisation. Nous, nous avons notre esprit d'autonomie. Et quel que soit celui qui l'emportera, de bons guerriers tomberont au combat. Le différend personnel, instinctif, de mon capitaine va se régler.
Toshiro tressaillit.
- Non, Kei, ne me dites pas…
Elle inclina brièvement la tête en signe d'assentiment.
- Si Albator va tout mettre en œuvre pour défaire définitivement Skendar Waldenheim.
A moins de vingt-quatre heures de la confrontation finale, concernant l'Octavion et son escadre d'escorte tout du moins, Léllanya était revenue à bord de l'Arcadia pour faire le point.
- Les quatre autres vaisseaux sont déjà aux coordonnées de l'affrontement. Ils feront tomber leur bouclier d'invisibilité le moment venu. Moi je tâcherai au maximum de demeurer près de toi et de t'appuyer de tous les sabords de ma Janae.
- Chacun pour ses fesses, cela a toujours été le mot d'ordre.
- Et j'aime beaucoup les tiennes !
- Désolé, Léllanya, mais l'heure est trop sérieuse que pour se disperser en grivoiseries. Oui, nous veillerons bien l'un sur l'autre, mais nous serons aussi très occupés ! Je veux juste que tu sois toujours là quand le dernier tir aura été porté !
Du regard, Albator foudroya le petit ingénieur binoclard qui avait fait irruption dans son bureau, sans y être prié, et sans s'être annoncé en sus, interrompant Léllanya au milieu d'une phrase.
- Oyama ! Dehors !
- Vous n'allez tout de même pas sérieusement affronter à nouveau ce Waldenheim, capitaine ?
- Je vais me gêner !
- Vous ne pouvez pas…
- Qui m'en empêcherait ? Toi ?
- Votre sang, à moins que je ne me trompe du tout au tout sur vous. Skendar Waldenheim est votre père !
