Disclaimer : Les personnages appartiennent à Marvel. L'histoire, elle, est à moi, et j'ajoute que je ne touche rien pour l'écrire. Modeste bénévole.

Pairing : Tony/Loki.

Résumé : Anthony Stark, aka Iron Man, n'aime personne d'autre que lui-même. Sa vie, il en contrôle le moindre détail. Les méchants, il sait comment les stopper. Sauf Loki Laufeyson. Ça ne devait être qu'un simple sauvetage de l'Univers. Ce qui va en découler ne faisait pas du tout partie de ses plans.

Je tenais tout spécialement à remercier MONTPARNOS pour sa review. J'espère que la suite te plaira tout autant, je suis également heureuse de constater que malgré les semaines et mois passés, mon style d'écriture ne fluctue pas - ou du moins ne vous gêne pas. Je pense que c'est une peur qu'ont tous les auteurs qui reprennent après de longues absences des fics laissées pour compte.

Je viens d'écrire d'une traite ce chapitre, car il fut pour moi particulièrement motivant. J'aime beaucoup Hela, Jézabel d'autant plus (et j'espère que vous les aimez tout autant ^^), et cette petite parenthèse entre la première et Steve me permet de développer le deuxième couple d'ampleur de cette fic et de consacrer quelques instants aux personnages secondaires. Aujourd'hui, nous accueillons à la Tour Stark Elizabeth Ross, célèbre fiancée du Dr Banner !

J'espère que le cheminement des deux personnages vous plaira.

Allez, bonne lecture.

AMAZINGmadness, votre serviteur.

IT WAS ALWAYS YOU ; MAROON 5.


XXVI – HEARTBEATS (PART II : I NEED YOU.).

Hela.

Les hôpitaux. Elle ne connaissait pas ce terme, ni cet environnement. Elle est un instant déstabilisée par tous ces hommes et femmes en blouses qui s'agitent ça et là, par cette bâtisse immaculée et aseptisée. Elle est peut-être un peu étrange ainsi, avec sa longue robe noire et le sang maculant ses mains et ses avant-bras, mais en fait non. Hela arrive avec Natasha et sa combinaison en cuir noir et Fury et son bandeau sur l'œil, alors elle n'est peut-être pas la plus déplacée, dans ce contexte.

- Est-ce qu'il va bien ?

- Personne ne semble être en mesure de nous le dire.

Ils sont tous là. Ils sont tous inquiets, angoissés, littéralement bouffés d'angoisse en fait, et Barton tient entre ses bras Jézabel qui s'est assoupie tout contre lui. Cela remonte une sorte de culpabilité en elle. La jeune femme, un peu mal à l'aise, s'éclipse sans un mot, dégoûtée par le sang qui la recouvre encore.

Elle a pourtant tout fait. Elle a regardée Stark tomber et son père se mettre à hurler – de douleur, de peine, de désespoir ? Elle s'est précipitée, éloignant Jézabel, retournant l'homme qui baignait littéralement dans son propre sang, appuyant sur les plaies, tentant par sa magie de lui venir en aide. Après, eh bien, il y a eut des cris, beaucoup de cris. Des détonations, du bruit. Steve l'avait rejoint et tous deux avaient déplacés l'homme inconscient vers l'entrée du bâtiment, un peu plus à l'abri.

La suite ? Barton avait attrapé Jézabel et l'avait mise en sûreté, tandis que quelque chose semblait se passer dans la tête de Loki. Hela l'avait vu se retourner contre Thanos. Il y avait eut des paroles violentes, une altercation. Ils avaient dû s'éloigner, un immeuble s'était effondré et Banner avait été pris dans les décombres. Juste quelques brûlures, peut-être une commotion. S'il n'avait été qu'un simple humain, il en serait mort. Loki s'était pris pas mal de coups, si bien qu'elle avait un instant doutée de son sort, mais il avait fini par disparaître, pour revenir quelques minutes plus tard les mains désormais plus si vides.

Et, il avait éventré Thanos. Du genre, littéralement. Un poignard tranchant, la lame dans la gorge et il l'avait fait descendre jusqu'à son abdomen. Magiquement, physiquement, c'était du moins aussi fou que terrifiant, et Hela avait été bien plus inquiète de la folie pure qui suintait du regard de son père que de savoir que, non, l'immortel Titan ne se relevait pas, ne se régénérait plus.

Amora et tous ces autres sbires s'étaient mis à hurler, genoux au sol, puis un à un s'étaient évanouis dans les airs. Loki était resté un instant immobile, l'air hagard, le regard fixé sur les tripes de Thanos fumant sur le bitume et sur son corps en charpie ruisselant de sang. Hela avait hurlé quelque chose, elle ne s'en souvenait plus vraiment. Et, leurs regards s'étaient croisés. Et, il avait disparu.

Ce qu'elle avait vue dans les yeux de son père l'avait profondément ébranlée. Elle avait vécue la perte de Sigyn, la douleur, elle avait vue des émotions noires et néfastes dans son regard, mais certainement jamais comme cela. Ce n'était plus du désespoir, c'était une folie dévastatrice et obscure, qui remuait des choses indicibles. Loki avait été contrôlé et dans son aveuglement, pensait certainement avoir tué Anthony. Il avait également tenté de tuer sa propre fille, qu'il n'avait alors certainement pas reconnu. Hela comprenait comment il fonctionnait, après tout elle possédait elle-même une part de son caractère, et elle savait que l'immortel ne se pardonnerait jamais ses actes. Détruire une civilisation, mener une guerre, cela n'avait aucune réelle importance. Il pensait avoir perdu un être cher, et certainement la confiance de la plupart des autres. Cela suffisait pour le rendre fou de culpabilité et de désespoir.

- Est-ce que ça va ?

Hela sursauta légèrement, relevant brusquement les yeux vers l'homme qui venait de la faire sortir de ses pensées. Steve, quelques égratignures au visage, hésita un instant avant d'entrer totalement dans la pièce, faisant claquer la porte derrière lui. La jeune femme reprit sa tâche, sans lui prêter vraiment d'attention, continuant d'enlever tout le sang qui maculait ses bras.

- Ce sont des toilettes réservées aux dames. Je ne pense pas que tu y aies ta place.

Oh, tutoiement. Ce n'était ni le lieu, ni le moment de s'en réjouir. Surtout que le ton de la jeune femme n'invitait pas au flirt. Mais, le regard de Steve s'illumina pourtant d'une lueur joyeuse, avant qu'il ne se réprimande mentalement de son enthousiasme, au vu des circonstances.

- Je pense que cela n'a aucune importance.

Hela finit par arrêter l'eau, séchant ses mains redevenues blanches, n'y accordant pas la moindre attention. Le sang ne la dégoûtait pas. Le fait même que ce soit celui de Tony ne l'affectait pas réellement. Elle avait toujours cette image imprimée sur la rétine : Loki rendu fou par le feu de la culpabilité. Cela avait de quoi la perturber plus que de raison.

- Je devrais rentrer. Jézabel a besoin de repos, loin de cet endroit. Et puis, Stark n'est assurément pas mon ami, il n'a pas besoin de moi.

Elle jeta les serviettes rosies dans la corbeille et se dirigea d'un pas lent vers la porte. Steve, quelque peu désarçonné par ses propos, lui attrapa le bras au passage, la retenant un instant.

- Bien sûr que si, tu fais partie de l'équipe.

- Ce sont des inepties, et tu le sais bien. Je ne suis là que pour veiller sur ma sœur, je me fiche bien de votre petite équipe de prétendus héros.

Son cœur battait vite et fort. Devant le regard quelque peu blessé de son vis-à-vis, elle se força à reprendre une respirations plus calme, une attitude plus sereine. Elle soupira, lasse, et posa une main sur celle de Steve retenant son bras.

- Je suis désolée, Steve. Mon père vient certainement de tuer l'amour de sa vie et a tenté de faire de même avec ma petite sœur. Je ne peux pas penser à Anthony ou à toi, je veux juste prendre soin de Jézabel. Crois-moi, les Avengers n'ont pas besoin de moi.

Elle se défit de son étreinte, serrant un instant les doigts de Steve entre les siens, et passa la porte sans un regard en arrière, mais non sans vaciller un instant en entendant les mots à peine intelligible de l'homme qu'elle laissait derrière elle.

- Mais, moi, j'ai besoin de toi.

Elle s'arrêta un instant, laissant la porte se refermer, laissant les secondes s'égrener. Avait-elle bien entendue ? Comprenait-elle réellement ce que tout cela impliquait ? Elle fut coupée dans ses pensées. Une jeune femme, la trentaine, la bouscula, s'excusant rapidement avant de détourner les talons, sans un regard. Hela n'en tint pas compte. Avec un soupir, elle se dirigea vers la salle d'attente, rejoignant les autres, et sourit un peu de voir sa sœur parfaitement réveillée sur les genoux de Clint.

- Nous rentrons, Jézabel ?

La petite leva un regard interrogateur vers l'archer et les autres, comme si elle s'attendait à ce que l'un d'eux les retiennent. Barton lui chuchota quelques mots à l'oreille qui la firent rire, et le cœur d'Hela se serra un peu.

- Et, papa ?

- A la moindre nouvelle, nous vous appellerons.

- Et, Bruce ?

- Il va bien, ne t'inquiète pas pour lui.

La petite finit par descendre de son perchoir, claquant une bise sur la joue des adultes à proximité, n'échappant pas au câlin réglementaire de tonton Thor. Hela leva les yeux au ciel, cette fois-ci bien plus agacée. Elle arracha la jeune enfant des bras massifs de son oncle, marmonnant quelque chose d'incompréhensible, et tourna les talons sans plus un mot.

- Je ne sais pas ce que tu lui as fais, mais elle a l'air de vraiment t'en vouloir.

Le Dieu passa une main dans sa nuque en haussant les épaules et sous son regard quelque peu perdu, Jane se permit d'entrelacer ses doigts avec les siens. L'immortel, qui depuis sa récente réapparition n'avait consacré que peu de temps à sa compagne, s'en sentit soulagé. Il serra sa main un peu plus fort dans la sienne.

- Bruce est réveillé.

Natasha s'appuya un instant contre la porte, un café fumant dans les mains. Voyant ses amis se lever d'un même mouvement, elle eut un sourire en coin, et les fit stopper d'un geste.

- Il a de la visite. J'ai aperçu une grande brune entrer dans sa chambre il y a quelques instants.

- Genre, grande brune infirmière ou grande brune scientifique sexy ?

Les regards se tournèrent vers Clint qui se contenta de hausser les épaules.

- Quoi ? Bruce m'a parlé de cette fille, une fois, son grand amour, c'est avec elle qu'il a élaboré tout ce truc avec les rayons gamma.

- Je dirai, définitivement pas infirmière, au vu de la façon dont elle lui a sauté dessus. C'est cela qui a de bien avec les chambres des hôpitaux, ici aux Etats-Unis, toutes ces baies vitrées qui vous permettent de vous surveiller même sur votre lit de mort, vous n'avez vraiment aucune notion de décence et d'intimité.

Elle finit par quelques mots en russe et se détourna, plongeant sans plus un mot ses lèvres dans le breuvage brûlant. Il y eut des questions, quelques pouffements, qui se tarirent sous l'entrée timide de la grande brune en question. Natasha lui offrit un sourire et s'écarta pour la laisser passer. Elle lui demanda si elle pouvait voir Bruce et la nouvelle venue hocha la tête d'un air absent, très visiblement mal à l'aise.

- Betty ?

La jeune femme en question tourna la tête vers Jane, qui quitta Thor pour s'avancer vers elle, un grand sourire aux lèvres.

- Jane … Cela fait si longtemps …

Les deux femmes s'étreignirent, et leurs paroles devinrent soudain ce marasme scientifique intelligible dont tous les habitants de la Tour Stark semblaient si friands, ces temps-ci. N'y avait-il donc que des docteurs pour réellement s'autoproclamer super-héros ? Clint et Steve, qui avaient à peine eut le temps de sortir du lycée avant d'être recrutés – SHIELD ou armée, c'était un peu du pareil au même -, échangèrent un regard agacé, et l'archer s'empressa de se racler la gorge de façon bruyante et légèrement déplacée, faisant retourner les deux jeunes femmes vers lui.

- Alors … Vous vous connaissez ?

- Nous avons été dans la même université. Je ne savais pas que tu connaissais Bruce.

- Eh bien, nous avons été collègues, c'est une histoire assez compliquée, en fait.

Elle promena son regard foncé sur son environnement, et tous purent constater qu'elle cherchait issues de secours et menaces potentielles du regard. Quand on est la petite-amie d'un « monstre » recherché par l'État, cela devait être une habitude.

- Ne vous inquiétez pas pour votre sécurité, Miss Ross. Cela fait déjà un moment que l'armée et votre père n'en ont plus après Mr Banner.

- Je sais tout cela, Mr Fury. Vous et le SHIELD veillez à cela, Stark Industry donne des pots-de-vin une fois l'an, cela contente tout à fait mon père. Ce n'est pas pour cela qu'il faut que j'en vienne à baisser ma garde. Il y a toujours des fous avides de pouvoir pour venir détruire votre monde.

Elle pose ses mains sur ses hanches, elle semble assez agressive, son ton est froid et son regard est déterminé. Elle est bien plus grande que Jane, et dépasse peut-être même Banner de quelques centimètres, en fait. Il faut bien un tel caractère pour contenir un homme comme Bruce.

- Stark donne de l'argent à l'État ?

- Tony Stark a convaincu mon père d'abandonner la poursuite du Hulk. Contre certains avantages financiers. Il n'a plus d'armes à vendre, il fallait bien trouver autre chose, je suppose. Comment va-t-il, d'ailleurs ?

- Vous êtes les proches d'Anthony Stark ?

D'un seul mouvement, ils se tournèrent vers le chirurgien, qui sourit poliment en retour à tous ces énergumènes aux tenues éclectiques. Ils approuvèrent vivement, se levèrent. Le chirurgien savait qu'il n'aurait aucune chance à leur dire qu'il ne devait parler qu'à la famille proche. Au vu du regard que lui jetèrent certains, il préférait parler.

- L'opération a été une réussite. Il avait une hémorragie interne, que nous avons pu contrôler. Nous avons dû enlever la rate, mais cela n'aura aucune incidence pour son bon rétablissement. Il a également un œdème cérébral. Nous avons bon espoir qu'il se résorbe rapidement, avec un traitement adapté. L'hémorragie externe provenait d'un morceau de métal, certainement de son armure, profondément enfoncé dans l'abdomen. Nous avons réparé tout cela. Il est encore endormi, pour le moment. Il devrait se réveiller dès que l'effet de l'anesthésie se sera estompé, d'ici une à deux heures. Avec du repos, il devrait parfaitement s'en remettre.

Ils échangèrent tous un regard soulagé. Fury s'échappa dès lors qu'il eut entendu la fin, emmenant Natasha et Clint dans ses pas. Il y avait une ville à reconstruire. Encore.

Jane prit la responsabilité de prévenir Jézabel et Hela. Elle s'éloigna un instant, contactant Jarvis, dans un premier temps, qui préviendrait à son tour les deux jeunes filles. Hela n'avait pas de téléphone portable. Elle s'habituait encore aux grattes-ciels, aux avions, aux voitures, aux êtres humains, la technologie de cette sorte n'était pas encore sa priorité.

Elizabeth s'excusa et se rendit de nouveau au chevet de Bruce, afin de lui annoncer que son ami allait bien. Il lui demanda quand elle repartirait. Elle sourit. Toutes ces recherches pouvaient attendre.

- Ah oui, excusez-moi, Mr Stark a parlé de quelqu'un à son arrivée. Il souhaitait qu'un dénommé Loki soit prévenu, je pense, l'avez-vous contacté ?

Un silence dérangeant, un peu froid. Le soignant se demanda un instant s'il avait bien fait d'en parler. Steve se releva, et répondit d'un ton sombre, s'éloignant à son tour.

- Ne vous inquiétez pas, il est parfaitement au courant.

X

Du haut de cette grande tour, Hela regarde la ville. Le quartier détruit. Les immeubles effondrés. Les services d'urgence toujours sur place. Ils extraient des corps sans vie des décombres. Ils tentent de rassurer les familles. Elle contemple cela de très haut, les bras croisés sur sa poitrine, le regard dédaigneux. Les fourmis s'acharnent. Les Dieux s'en foutent complètement.

- Tu es une princesse, certes, mais cette attitude ne fera jamais de toi une bonne reine.

La jeune femme sursaute et se retourne vivement. La lance rougeoyante est déjà apparue dans sa main. Sous sa cape noire, la Mort la regarde en souriant. Un mouvement des doigts et Hela se retrouve à genoux, le souffle coupé. La lance lui est arrachée des mains.

- Maîtresse, Madame, je …

- Je n'ai pas besoin de tes explications, Hela.

La Mort s'avance doucement vers la grande baie vitrée. À son tour, elle regarde les ruines et reste un instant silencieuse. Ce sont de longues secondes pour la jeune déesse. Agenouillée, soumise, la tête baissée et le souffle court. Elle s'est enfuie, elle a volée, ses actes ne pouvaient mener qu'à la mort. Elle serra les poings, se força à ne pas pleurer. Tout cela était injuste, elle ne voulait pas. Mais, tout cela, c'était la vie.

- Thanos est mort. Ton père l'a tué. Massacré, serait plus juste. Quel gâchis.

Elle se mordit les lèvres. Devant ses yeux nimbés de larmes jouèrent une nouvelle fois les images imputables aux gestes de son père, au meurtre de Thanos, et la vision du regard anéanti de son dernier parent en vie lui tira une sueur froide qui finit de la bouleverser.

Comme ignorante de cet état d'esprit, l'entité crainte délaisse la vitre pour de nouveau se placer à son côté. D'elle, Hela ne peut voir que le bas de sa longue et élégante robe noire, reflet luxueux des guenilles qu'elle-même semble porter, ainsi que le bois noir et veiné de la lance millénaire. Un mot, un geste, et s'en était fini d'elle. Desserrant ses poings, elle posa ses paumes à plat contre la surface froide du sol. Une grande inspiration lui permit de faire le vide, de relâcher la tension qui animait son corps. Elle se dit des choses réconfortantes, des « Je suis prête », pria pour sa sœur et son père, pour Stark aussi et, à sa propre surprise, pour le grand soldat qui avait su tiré de son cœur une brève étincelle de vie. Puis, elle se redressa et n'hésita pas à planter le bleu éclatant de ses yeux dans les prunelles flamboyantes de la Mort.

Cette dernière ne sembla pas s'offusquer de ce geste insolent. Mais, avec elle, les apparences pouvaient être trompeuses, Hela le savait bien.

- Je suis prête à recevoir mon châtiment, Madame. J'ai trahis votre confiance, vous ait volée, je ne mérite pas la clémence.

Elle baissa la tête, à ces mots. Bientôt, elle le savait, la Mort lui demanderait son épée. En signe de soumission et d'acceptation, elle la lui tendrait. Et, alors sa tête roulerait sur le sol du salon de cette grande tour, là où elle resterait, afin de jurer de sa perfidie et de sa traîtrise à ses proches.

Cependant, la Mort ne fit que poser sa paume glacée sur le sommet de son crane. Rendue stoïque par le jugement, Hela ne comprit ni le geste, ni les mots, jusqu'à ce qu'elle sente une sensation glacée lui couler sur le corps et jusque dans les veines. Un reflux chaud repoussa la sensation au bous de quelques secondes, et le sang dans ses veines sembla presque au bord de l'ébullition. Hoquetant, haletant, elle vacilla sur ses pieds, ses doigts agrippant la robe qui couvrait l'emplacement de son cœur.

Ses yeux s'embuèrent définitivement et des larmes finirent par s'en échapper. Un temps, elle se cru mourir. Un instant, elle pensa à Jézabel, seule dans sa chambre qui, attirée par le vacarme, se verrait découvrir le cadavre encore chaud de sa sœur dans les minutes à venir. Les sanglots qui l'étreignirent à cette pensée lui serrèrent la poitrine, et elle se vit bientôt rampante sur le sol froid, cherchant de l'air, cherchant la clémence, cherchant la vie.

Et, soudainement, à l'instant même où sa vision commençait à s'obscurcir à cause du manque d'air, tout cessa. Le front posé contre le sol, elle ferma les yeux, laissant ses pleurs la quitter, ramenant son cœur à une dynamique plus douce. Lorsque, enfin, elle releva les yeux, la Mort n'avait pas bougée. Elle ne l'aida pas même à se relever, se contenta de la fixer durement, âprement, sous les sentiments bousculés et indécis de la jeune femme.

- Vous, vous … Que m'avez-vous fait ?

- Tu m'as bien servie, Hela Laufeyson, tu fus une pupille qui combla toutes mes espérances. Mais, il est temps pour toi de goûter à de nouveaux savoirs, de parfaire ton apprentissage. Tu fus éduqué par la Mort, j'entends désormais que tu apprennes de la vie.

Voyant la jeune femme rester incrédule face à ses paroles, l'entité soupira, décrit les lieux d'un geste de sa lance.

- Tu es libre, Hela. Je te répudies.

Sans qu'elle n'ait eut le temps d'esquisser le moindre geste, la jeune femme se jeta à son cou et l'enlaça, riant de bonheur. Amusée, elle se risqua à poser une main dans son dos et à répondre brièvement à l'étreinte.

- Vis, Hela, prospères. Nous finirons par nous retrouver.

Éreinté, Steve entre dans le salon, seul, prêt à rejoindre ses appartements et à s'y terrer jusqu'à ce que des nouvelles d'Anthony lui parviennent. Quelle ne fut sa surprise de trouver, voguant ça et là de la pièce, une Hela rayonnante, discutant vivement avec Jarvis, touchant à tout et cherchant quoi faire de ses mains, semblait-il. Il s'arrêta sur le seuil, la regardant s'affairer à remettre les coussins sur le canapé, et un sourire tendre vint doucement étirer ses lèvres et éclairer son visage rendu amer par les récents événements.

Elle avait attaché ses cheveux sombres et semblait sans cesse devoir repousser les quelques mèches qui lui retombaient sur le front. Délaissant ses longues robes, elle avait revêtu un jean noir et un tee-shirt simple de la même couleur. Sachant pertinemment qu'elle ne possédait aucun vêtement de ce style, Steve pensa qu'elle les avait sûrement dénichés dans la penderie de Tony. Il avait toujours quelques vêtements appartenant à Pepper, au cas où … A moins qu'elle n'ait osée se servir dans les affaires de Natacha.

Elle finit par s'apercevoir de sa présence et, serrant un coussin contre son cœur, se tourna vers lui brusquement, le faisant quelque peu rougir. Le tee-shirt était ample et descendait bas sur une épaule. Elle n'avait pas de bretelle de soutien-gorge, peut-être n'en portait-elle tout simplement pas. L'imagination le poussa jusqu'à repenser les courbes de sa jeune aimée, et ses joues s'empourprèrent lorsqu'il alla jusqu'à penser que, nue, elle devait être la perfection faite femme.

Hela rougit de même et posa une main contre sa bouche, semblant soudainement des plus gênée.

- Je, euh, je ne pensais pas que tu serais là, comment va Jézabel ?

Il détourna le regard, posa ses mains sur ses hanches, tentant d'oublier la vision, fit quelques pas vers la baie vitrée. Elle ne répondit pas.

Lorsqu'il tenta de nouveau un regard dans sa direction, elle avait délaissée le coussin. Elle le regardait fixement, presque indécise. Il ne fallut que la rencontre de leurs yeux bleus pour qu'un sourire vint doucement illuminer ses traits. Le genre de sourire que Steve ne lui avait encore jamais vu, le genre de sourire qui lui coupa instantanément le souffle.

- Hela, je ...

Des lèvres posées sur les siennes le firent taire. Le premier baiser fut chaste, doux. Il lui rappela le tout premier, des jours plus tôt, et pour lui cela pouvait bien sembler être il y a des siècles. Tant de choses s'étaient passées, en si peu de temps … Il n'avait même pas eut le temps d'honorer son invitation à dîner.

La magicienne se recula après un court instant, bien trop court de son propre aveux. Il n'eut besoin que de plonger dans ses prunelles glacées. Cédant à l'impulsion de l'instant, il se pencha de nouveau vers elle, l'attirant dans un baiser bien moins chaste, auquel elle se pressa de répondre. Bien moins timide que le soldat, elle passa une main dans sa nuque et colla son corps au sien.

Soudainement, les choses lui parurent si claires, si précises qu'il ne pensa pas même à être effrayé. Il aurait pourtant dû l'être. Il avait eut des expériences depuis son « réveil », mais cela n'avait jamais été plus loin que quelques baisers et quelques caresses. Là, maintenant, l'instant présent semblait bien plus réel, bien plus excitant que tout ce qu'il avait pu alors ressentir ou penser. Il avait juste tellement envie de … juste de … Ses pensées le faisait rougir bien plus encore que la sensation des doigts fins et frais d'Hela sur sa nuque, sur son ventre, alors qu'elle osait lentement passer une main sous son haut.

Lui-même avait déjà posé une main dans le creux des reins dénudés de la jeune femme lorsque ses scrupules le forcèrent à la repousser doucement. Hela, les joues rouges, haletante, lui lança un regard un peu noir qui le fit rire. Sifflant entre ses dents, presque menaçante, elle tenta de se rapprocher de nouveau, mais Steve l'en empêcha, se détachant d'elle très clairement, cette fois. La frustration fut très vite remplacée par la surprise, et la jeune déesse se mordit un peu la lèvre d'un air gêné, se rendant certainement compte de la situation et de son comportement fiévreux.

- Hela, je pense que tout ceci est précipité, peut-être devrions-nous …

- Pourquoi attendre ?

- Je pense juste que le salon et le canapé ne sont pas des endroits appropriés pour … ce genre de choses. Et puis, nous nous connaissons à peine, peut-être devrions-nous d'abord sortir un peu, mon invitation à dîner tiens toujours, tu sais.

Elle se contenta de le fixer pendant de longues secondes. Il eut soudain peur d'avoir brisé le charme et le lien, peur qu'elle ne se détourne.

- Je serai prête dans une heure.

Le laissant la bouche ouverte par la stupéfaction, elle tourna les talons, pas peu fière de son effet et de sentir son regard s'appesantir sur ses courbes. Steve passa une main dans sa nuque, un léger sourire venant fleurir sur son visage surpris. Dans quelle histoire s'était-il encore embarqué ?

Lorsqu'elle entra dans sa chambre, Jézabel l'y attendait déjà, allongée sur son lit, les yeux fixés au plafond. A son entrée, elle releva la tête, la fixa quelques instants de ce regard pénétrant qui laissa l'aînée frissonnante et gênée, avant de se laisser aller à nouveau vers l'arrière, un étrange sourire épinglé aux lèvres.

- Est-ce que c'est bon ? Je peux l'appeler Oncle Steve, maintenant ?

X

Est-ce que Loki ne possédait réellement que ce qui fut doté de plus de huit centimètres de talon et trop court de cinq bonnes mesures ? Elle se sentait gourde dans sa robe noire ajustée, et manquait de se tordre une cheville à chaque pas, avec ces maudites chaussures ! Certes, aurait-elle pu les ajuster magiquement, mais ses goûts personnels semblaient être bien trop en discorde avec la mode actuelle de ce monde. Les longues robes, l'épée à la taille, la majestueuse cape, rien qui n'était compatible avec les tenues de peu de tissus qu'offrait ce monde. C'était un rendez-vous, son premier, alors des concessions pouvaient bien s'y appliquer.

Depuis de longues minutes, Steve n'avait de cesse de jeter de furtifs regards dans sa direction. Hela en était ravie. Certes, aurait-elle dû prendre quelques pincettes lorsque, à sa question quant à l'origine de ces vêtements, elle avait répondue qu'ils appartenaient à son père et qu'elle les avaient trouvés dans la penderie de Stark. L'expression de son visage avait été des plus drôle. Oh, bien sûr, la suite avait été la meilleure, lorsqu'il avait osé demandé si le changement de sexe était une des choses habituelles quant à l'origine Jotun, ce à quoi elle avait répondu très calmement en affirmant qu'elle lui ferait très vite une démonstration de cette part masculine qui était sienne.

Il en avait avalé de travers sa bouchée. Les rires inépuisables d'Hela et les malheureuses tentatives de Steve pour retrouver son calme les avaient poussés à quitter le restaurant précipitamment. Déambulant désormais dans la nuit noire, ils restèrent silencieux un moment, l'une tentant de garder un équilibre qui lui semblait bien précaire, et l'autre essayant de trouver la meilleure façon de l'aborder sans trop entrer dans le cliché.

- Merci pour le dîner. La nourriture était véritablement succulente, j'ignorai que ce monde renfermait tant de richesses.

- Attend d'essayer le cheeseburger.

Elle lui rendit son sourire, serrant un peu plus autour de ses frêles épaules la veste en cuir qu'il lui avait prêté. Hela ne souffrait pas réellement du froid, un don de sa condition Jotun, mais elle n'avait pas su refuser lorsque Steve avait insisté pour qu'elle se drape de sa veste. L'odeur du cuir était tout simplement lui, et elle se surprit à resserrer plus fermement la veste autour d'elle, laissant venir à elle le parfum entêtant de l'homme qui l'accompagnait. Avant qu'elle ne sache comment, ils furent de retour près de la moto du soldat, qui se gratta un instant la nuque en regardant distraitement les alentours.

- Eh bien, souhaites-tu que nous rentrions, ou voudrais-tu que nous … fassions autre chose ?

Elle pencha la tête légèrement sur le côté et, se mordit la lèvre, ne pouvant contenir un sourire quelque peu gêné. Le geste ne lui échappa pas puisque son visage se colora presque instantanément. Elle ignorait totalement la façon dont il fallait s'y prendre pour flirter avec un homme. Ses gestes n'étaient que le fruit de l'instinct – et des nombreux films et magazines qu'elle avait vue et lue depuis son arrivée -, mais cela semblait pourtant marcher. Le regard bleuté de Steve venait quelque peu de s'assombrir, et elle prit cela pour un signe favorable.

- Nous devrions rentrer. Cette journée fut éprouvante, pour nous tous.

Elle aimait se tenir derrière cet homme, l'enserrant de ses petits bras, alors que la nuit défilait autour d'eux et que le vent fouettait agréablement son visage. La peau était chaude sous ses doigts et le ronronnement du moteur lui faisait l'effet d'une musique claquante, vibrante, qui la fit se sentir vivante, enfin. Libre. Elle posa son front contre son dos, un sourire si grand sur les lèvres qu'elle en eut mal aux joues. Odin seul savait à quel point elle rêvait de l'embrasser à cet instant, là, maintenant. À quel point elle rêvait de lui dire qu'elle était enfin libre, qu'elle pourrait rester avec lui, si tel était son désir, qu'elle ne possédait désormais plus d'obligations envers quiconque.

Sa seule répugnance à l'en informer restait dans le fait qu'elle ne le connaissait pas assez pour le penser tout à fait sincère. Une chose qu'elle avait apprise de ses longues années passées en captivité : ne faire confiance à personne. Oh, certes, ces propos devaient être nuancés, mais elle avait déjà bien du mal à croire aux mots de Thor, alors ceux d'un total inconnu … Ce qui ne l'empêchait pourtant pas de clairement s'amuser avec ce dernier.

Bientôt apparu entre les immeubles l'immense Tour Stark, illuminant de mille feux la ville qui ne dormait jamais, et Hela aurait presque pu penser que le malheur ne les guettait plus tant l'instant lui sembla magique.

Puis, elle repensa au regard fou de son père, au sang de Stark maculant ses doigts, aux hurlements désespérés de sa sœur. Lorsque Steve vint à s'arrêter en bas de la Tour et à se tourner vers elle, il fut d'ailleurs surpris de la trouver soudainement si silencieuse et peinée. Elle avait le regard levé vers l'immeuble, les bras croisés autour de son corps, et il pu très clairement voir ses yeux briller d'une lueur qui ne pouvait être provoquée que par des larmes stagnantes.

Répondant à une impulsion, il l'attrapa par les hanches, la soulevant très simplement de terre, sous son regard surpris et interrogateur. Alors, il passa une main dans son dos, l'autre dans le creux de ses jambes et, ainsi, comme un couple célébrant leurs noces, la porta jusqu'à l'entrée du bâtiment.

- Que penses-tu donc être en train de faire ?

- Je ne souhaiterai pas que tu tombes et te fasse mal à cause de ces épouvantables chaussures que tu portes.

Hela eut un léger rire, qui donna de nouveau du baume au cœur au soldat.

- Je te l'ai dis, elles appartiennent à mon père.

- Oui, d'accord, eh bien, et si nous évitions de reparler de cela, je t'en prie ? Je n'aimerai pas que ce genre d'image vienne parasiter mes pensées actuelles.

Oh, ses pensées actuelles … Est-ce qu'Hela devait lui révéler tout de suite qu'elle pouvait les lire, que son esprit était pour elle un véritable livre ouvert ? Que l'apparence de timide et parfait gentleman était en total désaccord avec ses pensées charnelles et oh combien équivoques ? Elle aimait cela, elle était loin d'avoir peur. Il était parfait.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sans qu'il ne chercha à la lâcher, malgré ses véhémentes protestations. Il arborait un sourire joueur, une expression de défi qu'elle ne lui connaissait pas encore, et elle entreprit donc de se défaire de son étreinte par la force, riant allégrement, ne parvenant en aucun cas à se dégager et ne s'attirant dans l'effort que l'hilarité du soldat.

Seul un idiot aurait été incapable de prédire la suite des événements.

Un sourire joueur vint ourler ses lèvres. Sous son regard interloqué, elle usa de sa magie, disparut pour réapparaître quelques instants plus tard à ses côtés, libérée. L'empêchant de reprendre ses esprits, elle déploya un peu de la force qu'elle possédait en son sein pour le plaquer contre le mur le plus proche, et ce sans aucune difficulté. Elle rit de son expression choquée et stupéfaite.

- Comment est-ce que tu … ?

- J'ai beau posséder l'apparence d'une jeune femme, je n'en reste pas moins une déesse.

Une déesse. Une Princesse. Une Asgardienne. Une Jotun. Petite fille du Père de Toutes Choses. Fille du Dieu des Mensonges. Gardienne des portes de l'Enfer. Aux cinq siècles de vie. Qu'était-il, lui, face à tout cela ?

Vraiment, cela faisait parti des choses dont il ne voulait présentement pas se soucier.

Ses lèvres avaient de nouveau touchées les siennes, leurs corps se rapprochant, lorsqu'un raclement de gorge des plus distingués les força à se séparer.

Steve sentit ses joues s'empourprer lorsqu'il aperçu les pairs d'yeux qui, entre l'amusement et la gêne, les observaient. Tous réunis dans le salon, le reste de l'équipe semblait n'avoir rien perdu de leur échange. Barton, un grand sourire aux lèvres, était sans conteste le plus ravi de la bande.

- Ça va, on ne vous dérange pas, au moins ?

Du coin de l'œil, Steve aperçu Hela se renfrogner, reprendre le masque de froideur et d'arrogance qui la caractérisait si bien. Elle n'enleva pourtant pas sa main du torse de son compagnon. Au contraire, elle y accentua même la pression.

- Que faites-vous tous ici ?

- A la dernière nouvelle, nous vivons toujours dans cette tour.

Steve, bien qu'il fut gêné au point de vouloir disparaître sous terre, ne comprit pas réellement l'agressivité d'Hela. Elle posait un geste possessif sur sa personne, et son regard dur, glacé, était presque terrifiant. Pourtant, bien que Clint sembla prendre la mauvaise humeur de la jeune déesse pour lui-même, Hela, elle, portait son attention sur quelqu'un d'autre.

Thor s'était redressé. Les deux mains agrippées à son bras, Jane tentait de le faire se rasseoir. Interloqué, Steve se permit de regarder avec un peu plus d'attention le grand Dieu lui faisant face. Et, ce qu'il vit ne lui plu pas réellement.

En une fraction de seconde, la tension accumulée fit exploser les alentours. Mjöllnir déchira la pièce et vint se planter dans le mur, à un mètre à peine de sa tête. Hela, sifflant de rage, brandissait une épée à la lame noire qu'elle venait apparemment de sortir du néant. Tous véhéments, bien que choqués par la surprise de ces gestes, les espions sautèrent sur leurs pieds et braquèrent leurs armes aux alentours, Jane et Darcy se contentant d'hoqueter de terreur. Déjà, le marteau magique revenait dans la main de son propriétaire qui, transcendé par la rage, dardait un regard colérique et froid, non pas sur sa nièce, mais bien sur celui qu'elle protégeait.

- Tu es devenu fou, Thor ?!

- Comment as-tu osé, toi que je considérais comme mon frère d'armes, comment as-tu osé poser la main sur une Princesse d'Asgard, de surcroît ma nièce ?!

Tous, stupéfaits, le dévisagèrent un instant, n'osant croire un instant ces paroles. Finalement, Hela, levant les yeux au ciel, baissa légèrement son épée, non sans cesser de protéger de son corps la massive silhouette de Steve qui, ainsi ramené au second plan, se sentait on ne peut plus démuni.

- Nous ne sommes pas sur Asgard, Thor. Tes valeurs ne sont ici pas d'usage. Steve n'a rien à se reprocher.

- J'ai promis à ton père, à ta naissance, de te protéger, et …

- Et mon père et toi n'avez pas été présents, ne m'avez pas protégés pendant les quatre derniers siècles ! Aujourd'hui, honteux, tu souhaiterais tenir ton rôle, mais il est bien trop tard pour cela. Je suis libre, et j'entends faire mien qui me semble bon, sans avoir à m'en justifier.

Le visage de Thor venait de passer du rouge au blanc, et tous semblèrent juger que cela n'était pas bon. Darcy s'était d'ailleurs déjà éclipsée, et les trois autres tentaient de calmer le grand homme, tout en restant à une distance raisonnable. Steve lui même, soudain furieux de n'être qu'une espèce de chose secondaire dans cette conversation, ouvrit la bouche avec la claire intention de faire valoir son statut de leader, mais Hela lui jeta un regard si noir et glacial qu'il préféra retrouver son mutisme. Finalement, après un lourd silence, Thor finit par soupirer et se rassit, toute colère semblant soudainement le quitter. Il posa Mjöllnir sur le sol, le bruit sourd semblant sortir de leur torpeur le reste de l'équipe.

- Très bien, si tel est ton désir, ma nièce. Mais, Rogers, ne t'avises plus de recommencer ce genre de familiarités en ma présence.

Se rendant soudainement compte qu'il parlait du baiser qu'Hela et lui avaient échangé, il se contenta d'hocher la tête, n'osant faire plus d'esclandre. Défiant encore un instant son oncle du regard, la déesse finit néanmoins par prendre la main de son compagnon dans la sienne, sous l'éclat venimeux mais silencieux de Thor, l'attirant rapidement dans le couloir adjacent. Ruminant ses pensées, Steve n'en eut cure.

Lorsqu'ils furent enfin enfermés dans la chambre d'Hela, celle-ci se permit de relâcher la tension qui parcourait son corps. Elle fit disparaître son épée dans une volute de fumée et, se tournant vers le jeune homme, se permit d'être gênée.

- Je me permets de m'excuser pour mon oncle. Je sais comme il peut être dur, j'espère que cela ne changera rien à …

Ne sachant quels mots prononcer, elle préféra se taire. D'autant plus que le regard de Steve n'était pas fait pour la rassurer. Plus froid que tantôt, il sembla soudainement être plus distant, plus gêné que jamais. Intérieurement, elle maudit Thor d'être aussi stupide, se promit que lors du prochain combat, ce sera elle et non l'ennemi qui embrochera de son épée le grand dadais blond. Elle resta un instant, bras ballants, à le regarder, l'esprit vidé, cherchant un moyen qui ne venait pas de lui certifier que les valeurs ancestrales de Thor ne leur causerait plus de soucis. Steve ne faisait que regarder par la fenêtre, le regard accroché en un point au-dessus de son épaule droite. Elle s'en sentait blessée, gênée.

- Qu'y a-t-il ? Aurais-tu changé d'avis ?

Steve soupira. Reportant son regard sur elle, il finit par lui sourire doucement.

- Je viens d'une époque où les mœurs d'aujourd'hui ne s'appliquaient pas, d'un temps où, pour courtiser une jeune femme, il fallait l'approbation de son père, d'un temps où les oncles protégeaient l'honneur de leur nièces.

Elle fronça les sourcils, peu désireuse de comprendre ce qu'il insinuait dans ces paroles.

- Es-tu sûr le point de m'annoncer que tu approuves ce genre de choses ? Souhaiterais-tu que je t'expose en détails les points qui me font abhorrer cette attitude ?

- Je dis juste que …

- Les temps changent. Les mentalités changent. J'étais une Princesse aimée de ses parents, je fus une orpheline laissée sur le parvis des Enfers. Je suis, désormais, une jeune femme libre. Et j'entends profiter de cette liberté. Ni toi, ni Thor, mon père, Thanos lui-même, ne pourront m'en empêcher.

Elle se rapprocha de lui, plantant les saphirs glacés de ses yeux dans les siens, martelant d'un doigt rageur son torse. Elle était forte, animée d'ambitions, de passions, indomptable. Fougueuse. Indestructible. Ignorant ses paroles devenues venimeuses, dénigrant les mœurs venues du passé et les « foutus bien pensants qu'ils étaient tous », il leva une main vers son visage, replaçant derrière son oreille une mèche de cheveux noirs. Animée comme elle l'était de rancœur et de colère, elle ne le vit pas se rapprocher et fut ainsi couper dans ses mots par les lèvres avides de Steve sur les siennes.

Les temps changent. Autrefois, déjà, l'agent Carter lui avait rabattu le caquet d'un baiser, lui avait fait ravalé ses sermons de jeune homme bien sous tous rapports en se montrant indépendante, forte, indomptable, en le poussant dans ses derniers retranchements, et en lui montrant que, oui, les mœurs d'antan n'étaient plus celles de leur jeunesse. Alors, réellement, aujourd'hui ? Des décennies plus tard, qu'advenait-il des traditions ?

Contre ses lèvres, la jeune femme eut un sourire. A croire qu'elle parvenait à lire ses pensées. Elle passa ses bras autour de son cou, approfondissant leur baiser plus si chaste et, lorsque la veste de cuir tomba au sol, lorsque d'autres vêtements vinrent la rejoindre, les mœurs étriquées de Steve Rogers volèrent unanimement en morceaux.

Une Princesse, une orpheline, une femme libre, aujourd'hui sienne.


J'espère que cela vous aura plu, le chapitre XXVII ne se fera plus tarder. N'hésitez pas à commenter.

Bonne nuit !