Chapitre 26; Orgasme


"Orgasme. Point culminant et terme de l'excitation sexuelle, caractérisé par des sensations physiques intenses."

Frêle et courte définition, cachée derrière une pile de tabou. Il y aurait pourtant tellement de choses à dire sur ce petit mot à l'apparence si innocente et qui pourtant vous retourne le cerveau.

Selon Tony Stark, ce n'est pas pour rien si le mot orgasme commence par un Ô. Après tout, c'est bien la forme si ronde d'un Ô ravalé que prennent les lèvres rougies sous le coup de la jouissance. Tony pourrait d'ailleurs répertorier chaque écriture de chaque Ô qu'il a vu s'inscrire sur la bouche de ses partenaires. Une calligraphie douce, passionnée, sauvage, indécente, prétentieuse, retenue sur le bout des lèvres. Alors assurément, il est logique que ce génie de Tony Stark s'imagine et dessine le Ô de Loki dans ses rêves les plus fous.

Est-ce que Loki écrit son Ô à la plume, griffonné rapidement sur un papier à grain ? Ou bien le peint-il avec passion en une épaisse lettre noire ? Le soupire-t'il ou le hurle-t'il ? Sera-t'il prématuré ou dur à arracher ? Tant de questions encore sans réponses, réponses que Tony comptait bien arracher sans pudeur du corps arqué de son amant.

Mais l'heure n'était pas à cette belle définition, l'heure était à; la cantine, des balais, des chiffons. Une punition. Un garde Ase au sourire moqueur était assis sur une des tables.

Le prince d'Asgard et le génie de Midgard étaient relégués à une tâche des plus ingrates, celle de nettoyer l'immense self du Pavillon des Mots. Donc, un gosse de riche et un prince têtu au milieu d'une grande salle se demandaient bordel, comment est-ce qu'on faisait pour enlever la crasse. Que ce soit grâce au domestique ou au valet, aucun n'avait expérimenté la fâcheuse tâche du "détartrage de chambre d'adolescent fumante". Tony attrapa maladroitement le manche d'un balai, et, se tenant raide, hasardeux, il passa lentement les fibres sur le sol. Silence dans la salle, la garde étouffa un rire.

- C'est ridicule, grinça Loki en tapant du pied, pour avoir plus d'effet. Je suis prince d'Asgard !

- Et vous êtes également le mec qui a réveillé la moitié de la prison cette nuit en criant des inepties à cet autre type qui passe son temps à dérégler le fonctionnement du Pavillon, répondit sèchement l'Ase. Ça fait bien longtemps qu'on aurait dû vous mettre un torchon entre les pattes, prince.

- Je pourrais simplement prononcer un petit sort, et on n'en parlerait plus, répliqua Loki avec un sourire confiant. Je pourrais m'arranger pour que votre bourse d'or mensuelle soit un peu plus pesante que d'habitude, si vous voyez ce que je veux dire...

- On ne corromps pas les gardes, chéri, le sermonna Tony. Non, ce que mon adorable compagnon essaie d'exprimer c'est que vraiment, putain, y'aurait pas une punition plus adaptée ? Je suis clairement pas fait pour les tâches ménagères.

Pour toute réponse, le garde lui tendit un torchon et Tony grogna. Il était Tony Stark bordel, pas un homme de ménage ! Il avait volé -bourré certe, mais volé quand même- le plus précieux trésor d'Asgard à Odin, déjoué un complot dans la plus grande prison intergalactique privilégiée et séduit le dieu du Chaos, c'était pas rien ! Et maintenant il devait se taire et faire le ménage ! C'était... logique, soupira intérieurement Tony en s'appuyant sur son balai et en frottant négligemment le sol. Fallait bien que quelque chose lui tombe dessus dans cette prison, et il avait assez emmerdé les gardes pour que ceux-ci aient enfin le privilège de se venger. Il jeta un œil à Loki, et manqua de s'étouffer en ravalant un rire.

Le dieu essayait désespérément de nettoyer les tables du réfectoire, mais il semblait qu'il rencontre quelques... résistances. Il arrivait quotidiennement qu'un détenu tâche la surface de sa table avec de la nourriture, et de grosses tâches ornaient les meubles. Ils mangeaient comme des porcs, les pensionnaires du Pavillon des Mots. Les yeux brillants d'amusement, Tony observa Loki se démener, grogner, frotter plus fort, grincer des dents, et pour finir agripper la table et la renverser rageusement au sol.

Le garde Ase prit sa tête entre ses mains et gémit. Un long après-midi s'annonçait.

...

La journée fut éreintante, interminable aux yeux des deux détenus. Quelle tâche ingrate.

Mais le soir vînt, et avec celui-ci la libération. Le chef Ase passa en revue leur nettoyage, leva un sourcil sévère mais soupira en les renvoyant dans leurs chambres.

- Vos cellules respectives, messieurs, rappela durement l'Ase.

Ils acquiescèrent à contre-coeur, parce que valait mieux pas provoquer quand ils étaient déjà punis pour un mois. Avant de rentrer dans sa chambre, Tony souffla à l'oreille de Loki:

- Aucune chance pour qu'on se retrouve tout à l'heure ?

Et Loki repoussa avec un sourire amusé son nouvel amant avant de monter à son étage.

Tony soupira en se retournant. C'était pas ce soir qu'il allait réapprendre la définition d'orgasme.

Après trois jours de ménage non-stop surveillés par des gardes, Tony commençait à fulminer intérieurement. Il avait un dieu consentant à quelques mètres de lui toute la journée et il n'avait pas encore pu poser ne serait-ce que le petit doigt sur lui. Les soirs, Loki se dérobait après un rapide baiser.

Le balais à la main, Tony se rapprocha de son amant avec un sourire mesquin. Loki l'observait, un sourcil levé dédaigneusement.

- Que veux-tu ? Demanda Loki.

- Tu sais très bien ce que je veux, se renfrogna Tony.

- Non, je ne sais pas, petit Midgardien fougueux.

- Je peux monter dans ta chambre ce soir ?

- Pourquoi donc ?

- Enfoiré, souffla le génie en souriant. Tu veux me le faire dire ?

Le dieu confirma en hochant la tête lentement, dents dévoilées par ses lèvres étirées en un sourire vicieux.

- Ce soir, je veux te faire l'amour, lança l'humain.

- Je voulais vraiment pas entendre ça, déclara franchement l'Ase qui les surveillait. Mais sachez qu'aux dernières nouvelles, vous étiez punis jusqu'à nouvel ordre. Pas de dépassement de couvre-feu pour vous.

Loki étouffa un rire qui sonna comme un clairon mal attentionné aux oreilles de Tony. Rire de fourbe, rire cassé, rire vicieux, rire prévoyant. Eh merde, Loki semblait avoir quelque chose de prévu, et c'était pas vraiment une bonne nouvelle. Le dieu lui souffla discrètement à l'oreille "ce soir, minuit, la bibliothèque".

Il se la jouait mystérieux en plus. Rendez-vous nocturne, souffle qui ricoche sur son cou, sourire malicieux... Bien sûr que y'a un truc louche là-dessous, pensa Tony en frottant le sol de plus belle.

Mais c'était mal connaître Tony Stark de penser qu'il allait pas jeter la tête la première dans le truc louche.

...

À 22h30, le couvre feu tomba sur la prison; ainsi débuta la longue attente de Tony Stark.

Assis sur son lit, il faisait tourner et retourner la batterie à la pierre bleue que le Pavillon lui avait fournie. Des pièces de technologie autres s'amoncelaient sous son lit, mais la pierre produisait cette douce lumière bleutée qui l'attirait.

Une source d'énergie qui vrombissait doucement dans sa paume. Rassurante.

À 23 heure, Tony Stark regardait ses pieds, levés vers le plafond alors qu'il était couché sur son lit. La pierre était posée sur son oreiller, à côté de sa tête.

À 23h15, Tony Stark faisait des roulades sur son matelas. Vous savez, ça passe le temps. Quand son voisin de cellule tapa avec énergie sur le mur en gueulant de "stopper immédiatement ces putains de galipettes", Tony soupira en se laissant glisser au sol.

À 23h30, Tony Stark comptait le nombre de mots dont il avait appris la définition dans ce pavillon, sans arriver à trouver le nombre exact. Quel imbécile il était, avant de venir ici.

Avant de rencontrer Loki.

À 23h40, Tony Stark chantait des chansons en yaourt parce qu'il se souvenait plus des paroles. Quand son même voisin de cellule retapa sur le mur avec force, il cria un "VAS TE FAIRE VOIR" avec véhémence et continua sa sonate.

À 23h45, Tony Stark faisait des ombres chinoises à l'aide de la lumière bleue de la pierre de la batterie. Seul son lapin était reconnaissable, même s'il aurait assuré qu'il avait un talent caché aux ombres chinoises.

À 23h50, Tony Stark mettait la pierre dans sa bouche, mais si, pour "voir de la lumière bleue sortir de ses joues et de son nez, c'est marrant".

À 23h55, Tony Stark était frappé par un éclair de génie, faillit avaler la pierre en se redressant, s'étrangla pendant quelques secondes mais se précipita pour attraper des objets sous son lit.

À 00h10, Tony Stark ouvrait silencieusement la porte de sa cellule pour se diriger vers la bibliothèque.

Quand il pénétra dans la salle, Loki était accoudé à une table, vêtu seulement de son bas d'uniforme. Le salaud.

- Dis-moi, ordonna le dieu.

- Moi.

- Imbécile. Dis-moi.

- Te dire quoi ?

- Des choses sales.

Tony se mordit les lèvres, contemplant Loki tourner autour de la table avec un sourire joueur. Il esquissa un pas vers la droite, observa son amant partir dans l'autre sens.

-"Se tourner autour", dit simplement le dieu. Une expression Midgardienne n'est-ce pas ?

- Ouais, répondit Tony en plissant les yeux. Tu comptes faire ça longtemps ?

- Faire quoi ?

- M'appâter en te dérobant à mon toucher.

Loki se pencha sur la table de manière à ce que ses longs cheveux noirs pendent le long de son visage fin avec un sourire.

- Je préfère t'entendre parler pour le moment mon amour.

- Je suis un homme d'action, répliqua Tony avec un mouvement de sourcils douteux.

- Il va donc te falloir apprendre à manier le verbe, décréta le dieu en s'écartant brusquement de la table.

Le terrien fronça le nez et suivit son amant à travers la pièce.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Je veux dire, chéri, que je ne te laisserai pas poser un seul de tes doigts sur moi tant que tu ne m'auras pas prouvé que tu peux me faire l'amour avec les mots.

- Avec les... T'es sérieux ? Grimaça Iron Man. C'était donc ça que tu préparais tout ce temps.

- Tout à fait. Tu sauras, Tony Stark, que je ne m'échauffe qu'après une discussion bien orientée.

- Tu parles. Y'a plein d'autres manières de chauffer, je suis à la hauteur de ma réputation, tu sais.

Pour toute réponse, Loki inspira et dit:

- Lèche-moi sur tout le corps, laisse traîner ta jolie langue dans des endroits de mon anatomie que je ne connaissais pas. Ravis tes papille avec mon épiderme palpitant, Tony. Parle-moi.

- C'est toi la langue d'argent, pas moi, chéri.

- Langue d'argent sur ton torse, langue de bronze sur ta joue, langue d'or dans ta bouche. Tu le vois scintiller, l'argent de ma langue ? Il brille seulement pour toi cette nuit, tu l'entends miroiter au creux de mon palais ?

Tony avait la bouche sèche.

- Tu dis n'importe quoi, tu le sais ça ? Articula l'homme.

- J'en ai parfaitement conscience, mon amour. Je ne suis pas rationnel face à l'orgasme, futur, prochain, promis. Tu vas m'en donner un, n'est-ce pas ?

- Je...

- Tu vas me le céder à la force de tes reins. C'est une exigence, pas une question, précisa l'Ase. C'est une belle nuit pour jouir ensemble tu ne crois pas ?

- Oh merde...

- Le légendaire Tony Stark, coureur de jupon de Midgard serait-il gêné ? S'esclaffa le dieu. Je vois pourtant ton corps frémir d'envie.

Et pour frémir, Tony tremblait de frustration, le dieu se dérobant à lui de plus en plus loin entre les rayons de livres. Passant distraitement ses mains fines sur les ouvrages, Loki roulait des hanches en se reculant rapidement, laissant les doigts de Tony seulement frôler sa longue chevelure sombre.

- Fais moi plaisir Anthony, parle.

Et Loki comme tout bon enfoiré qui se respecte, avait appuyé sur le mot plaisir, se léchant les lèvres avec appétit.

- Eh Lo, je t'aime et rien ne me ferait plus plaisir que te contenter, mais je préférerais vivement qu'on passe à l'action maintenant, râla Tony en croisant les bras.

Loki se stoppa au milieu de l'escalier qui montait à l'étage supérieur de la bibliothèque, les vieilles marches craquantes de bois grincèrent et Tony sut qu'il avait des ennuis.

Le dieu tourna la tête et sourit largement, et c'était beaucoup trop de sourires si vicieux en une journée et Tony savait pas s'il détestait ou adorait ça.

- L'action, Tony Stark. Tout est toujours action chez toi.

Sur ces mots, des étincelles vertes jaillirent des mains levées du mage et une chaise arriva tout droit du hall de la salle, raclant le sol pour se caler sous les fesses du Midgardien.

Loki se passa la main dans les cheveux, s'allongea lascivement sur les marches juste en face de son amant et commença à gémir.

Et non, pas gémir vulgairement comme les prostitués que Tony ramenait les nuits de cuite. Non, là, il redécouvrait délicieusement la définition du gémissement, et il aurait volontairement raturé la définition du dictionnaire pour écrire le nom de Loki si il n'avait pas le regard fixé sur le dieu en lui-même.

De sa langue légèrement tendue coulaient des sons exquis, des syllabes encore inconnues de l'univers et elles étaient rien que pour Tony. Paupières fermées, dieu lascif et cheveux qui dégringolent sur ses épaules, sa pomme d'Adam qui déglutit à chaque halètement, son torse qui se soulève... L'humain se leva pour le rejoindre.

Du moins, essaya de se lever. Une force le plaquait à la chaise, l'empêchant toute retrouvailles avec la gémissante créature haletante en laquelle s'était transformé son amant.

- Tu déconnes, là ? Grogna Tony. Laisse-moi te toucher.

- Excite-moi, ordonna Loki en haussant les épaules.

- Si je peux pas bouger ça risque d'être compliqué, grommela l'humain.

- Non Tony, souffla Loki. C'est le but.

Le dictionnaire apparu soudainement sur ses genoux, lui laissant assez de manœuvre pour le feuilleter. Et alors qu'il tournait ces pages usées et jaunâtres, un tendre sourire lui venait aux lèvres.

Il aurait dû s'en douter, qu'avec Loki, même le sexe ne serait pas pareil. Il aurait quelque chose de plus passionné, de plus amer peut-être. Parce qu'il reliait l'acide aux fringuantes jeunes femmes qu'il ramenait dans son lit. La petite jeunette acidulée avec ses légers gémissements subtils, léchés et propres.

Mais Loki, Loki ça devait être si différent. Comme un goût de folie, derrière, qui se pose sur la langue et reste dans tes papilles des heures encore après. Forcément que le sexe serait comme ça avec lui.

Tony se stoppa à une page. "O". Comme orgasme, vous aurez deviné. Sauf que Tony lui, quand il fait l'amour, il parle pas. Il emploie le langage de l'ours: tout au plus, l'homme de Neandertal. Tony Stark grogne quand il baise.

Le Midgardien leva les yeux vers son dieu, cherchant un regain de motivation, et motivation il trouva. Il la trouva dans la cambrure parfaite, dans les cuisses dénudés, dans les cheveux dénoués, dans le corps pâle à présent totalement nu.

- Ou t'as mis ton froc ? Demanda nonchalamment Tony en avalant sa salive.

- Magie, mon amour, souffla Loki. Alors ? As-tu quelque chose à me dire ?

Les rouages dans le cerveau de Tony s'enclenchèrent lentement. Devaient être rouillés, faudrait rajouter du lubrifiant, non, ne pas penser à du lubrifiant maintenant. Donc, les rouages s'enclenchèrent et Tony commença à chercher une solution. Loki ne le laisserait assurément pas sortir avant qu'il ait réalisé son vœu, c'est-à-dire qu'il le chauffe en parlant et merde, Loki était bien le seul à pouvoir monter des plans aussi tordus. Donc une seule manière de s'en sortir: jouer à son petit jeu. Et Tony avait pile ce qu'il fallait dans sa poche d'uniforme parce que Tony Stark était un génie et on ne le disait jamais assez.

- Ça vient ? Demanda Loki en rejetant la tête en arrière.

- T'es une diva, chéri, soupira Tony. Ok, je vais faire ton truc, mais tu dois me laisser bouger mes fesses de cette chaise d'abord.

- Pourquoi ? Se renfrogna Loki avec une moue qui ne devrait vraiment pas être si attirante.

- Parce que j'ai une surprise et elle sera vraiment moins bien si tu vois tout au début et laisse-moi en charge Loki.

Le dieu sembla cogiter quelques secondes en faisant tourner une mèche de cheveux entre ses doigts, et finit par sourire en soupirant.

- Vas-y, Midgardien têtu. Et on ne touche pas, rappela le dieu nu à Tony qui s'approchait de lui.

- Je sais, je veux juste...

Tony déchira hâtivement une bandelette de sa manche d'uniforme sous le regard suspicieux de son amant, et fit un geste vers lui.

- Bande-toi les yeux, à défaut de pouvoir bander d'autre part, lança Tony.

- Joli jeu de mots, siffla Loki, admiratif, en attachant le tissu pour cacher son regard vert perçant.

- Bon, pas de triche, hein ? Ordonna Tony en courant déjà jusqu'à un coin de la salle.

Il sortit un petit appareil technologique de sa poche, le bidouilla quelques secondes, et afficha un sourire satisfait. Lorsqu'il le lança en direction du plafond, l'objet sembla se fixer sur une poutre et un petit voyant vert s'alluma.

- Parfait, souffla Tony.

Il sortit trois autres appareils identiques et entreprit de les installer aux autres coin de la bibliothèque. Il avait créé ces objets avec le tas de pièces de technologies variées qu'il planquait sous son lit et espérait vraiment que son dispositif marcherait.

Il revint vers Loki, et sortit la pierre bleue de sa poche arrière. Il pouvait sentir l'énergie pulser. Il glissa l'objet dans la télécommande trafiquée qui avait autrefois servie pour sa chaîne stéréo et appuya sur le bouton, fermant les yeux. Un "zap" sec se fit entendre et Tony leva lentement les yeux au plafond.

Je suis un génie, pensa l'humain avec un large sourire. Il se posta derrière son amant et dénoua le noeud qui retenait le morceau de tissu, et inclina la tête de Loki vers le ciel.

Car ciel il y avait. Le rectangle que formaient les appareils et qui couvrait tout le plafond n'était plus couvert des poutres et de la charpente de bois qui dominait la bibliothèque. En lieu et place du toit, le ciel étoilé du Pavillon des Mots se déroulait paisiblement. La nuit était noire et les étoiles brillaient furieusement. Mais ce n'était pas une de ces nuits sans nuages, celle où ta vie te paraît soudain très vide.

Non, là, des stratus bleus flottaient paisiblement juste au-dessus de la prison, comblant le vide et la noirceur de l'univers.

- Les nuages sont l'écume du ciel, chuchota Loki.

- Je sais bien que c'est important pour toi, de parler, commença Tony en regardant Loki dans les yeux, fort. Je sais que tes mots, les mots, c'est ce qui fait vibrer. Mais je le dirais jamais assez, je suis un homme d'action, et je veux pas seulement dire mais aussi faire des choses -pour toi. Je veux faire des choses pour toi, Loki. Alors ce soir, je te fais apparaître le ciel parce que ce que j'avais me permettait d'aspirer les molécules momentanément et je te passe le bla-bla scientifique mais ce soir je te donne le ciel.

Comme Loki ne disait rien et continuait de le regarder avec ces grands yeux verts dans lesquels se reflétaient les étoiles et sa peau nue sur laquelle dansait le bleu des nuages, Tony enchaîna:

- Et toi tu veux que je te séduise avec ce que je dis, mais comment je peux te dire tout ce que j'ai envie de te faire sans faire rougir le ciel et tout ces nuages là-haut, et même les étoiles qui nous regardent savent que ce que j'ai envie de te donner, c'est pas catholique. Et la définition d'orgasme je veux la graver sur ton cou et recouvrir la morsure de cet enflure avec mes dents et te faire oublier tes plaies en laissant glisser ma langue partout, partout. Et je veux te prendre pour pas te laisser partir, et merde même le septième ciel est pas assez beau pour ce qui se passe et je te ferais bien voir des étoiles mais difficiles d'en faire des plus belles que celles qu'il y a là-haut, et...

Et Loki se jeta sur lui, plaquant sa bouche sur la sienne et pourtant c'était une bouffée d'oxygène qui lui montait au cerveau.

- Tu sais parler, Tony Stark, grogna Loki. Et tu sais faire, tu sais faire mieux que tout le monde. Merci.

Un sourire joueur.

- Ne dis pas merci avant d'avoir goûté, répliqua Tony.

...

C'était sur les marches qu'ils étaient entremêlés en un tas un peu informe, de cheveux, de mains, de bouches, de frissons, de lui, de eux.

Loki attrapa malicieusement son oreille entre ses dents et Tony grogna en serrant ses mains sur les fesses de son amant. Et les gémissements de Loki emplissaient la pièce et Tony avait raison de spéculer tout à l'heure car c'était passionné avec une pointe d'amertume, c'était bas et ronronnant sans être agaçant, c'était Loki qui se déversait par sa propre bouche. Tony se hâta donc d'attraper Loki avec sa langue en posant durement sa bouche contre celle du dieu. Raclement de dents, lèvres gonflées et éraflées qui seront sèches demain mais finalement c'était pas grave parce que maintenant elles étaient humides de salive et c'était trop bon.

Tony attrapa la main de son amant pour la serrer, et déposa des baisers sur tout son bras, remontant jusqu'au cou.

- Je t'aime, grogna Tony.

- Hn, fut la seule réponse apportée par Loki qui tentait vainement d'ôter son uniforme à l'humain. Ça ne s'enlève pas ! S'énerva le dieu.

- Je...

Tony ne finit pas sa phrase puisque Loki avait empoigné les deux côtés déboutonnés et tiré un grand coup: le bruit du déchirement de tissu excita le génie plus qu'il ne l'aurait voulu.

- T'aurais pas pu me l'enlever avec ta magie ? Soupira Tony.

- Moins marrant, déclara Loki en baissant brusquement le caleçon de l'humain et en se léchant les lèvres.

- Qu'est-ce que tu... Oh. Oh, d'accord.

Tony s'accrocha à la marche sur laquelle il était affalé et regarda avec fascination son amant se pencher en avant pour lui démontrer les compétences qu'avait sa langue. Il ne fallu pas longtemps pour que l'humain soit bientôt dépassé par le plaisir et qu'il arrête Loki.

- Je vais...

- Non, le coupa le dieu. Pas là. Pas ici.

Quelle vision que de voir Loki se redresser dignement, de jeter ses cheveux bruns en arrière et de ronronner en regardant le ciel brumeux. Tony se souvenait avoir longtemps comparé Loki à un dragon qui gardait ses richesses.

Debout dans cette bibliothèque, pupilles dilatées, peau glissante et marquées de cicatrices, cheveux bouclés emmêlés, Loki ressemblait toujours à un dragon, et son regard tourné vers le ciel ne trompait pas. Loki Laufeyson prenait le monde entier pour richesse. L'univers était un trésor qu'il chérissait, chaque culture, chaque langue, chaque définition. Loki avait beau avoir fait des erreurs, il avait un jour décidé d'assoir son corps écailleux sur l'Univers et d'y voir là le plus beau butin jamais créé. Du plus dérisoire comme un vieux dictionnaire au plus précieux comme le coeur de Tony Stark, Loki veillerait. Reptile vert et cassé, mais pourtant toujours assis là-haut.

- T'es si beau, souffla l'inventeur.

- Merci, répondit Loki en s'asseyant à califourchon sur son amant.

- Eh attend, tu dois...

Eh bien non, il ne devait pas.

- Je suis magique, souviens-toi, siffla Loki en commençant à bouger, sentant et ressentant Tony en lui.

Le reste ne fut que glissements et grognements et gémissements, coups de rein et reniement de sa personne au profit de l'autre, nuages bleus et étoiles brillantes.

Dans le ciel noir, ils se sentaient moins seuls, à deux.

- Tony... Je vais...

Tony attrapa Loki par les hanches et attira son corps plus près encore, si c'était possible, pour avoir plus, encore plus de lui. Il voulait tout de ce dragon, il voulait tout du dieu, il voulait tout de Loki. Accélérer le rythme, toucher tout son corps, lécher ce qu'il pouvait lécher.

Tony Stark pourra jurer que le "O" de Loki est un "O" étiré, rauque mais pourtant délicat, un "O" de plaisir longtemps dénié, un "O" amoureux. Orgasme signé à deux, une définition qu'ils sont sûrs de retenir. Cela ne les empêchera pas de la relire souvent.

Quand ils seront enlacés sur le sol de la bibliothèque du Pavillon des Mots, Loki étouffera un rire dans le cou de Tony. Le génie ne demandera pas pourquoi et posera un baiser sur le front de son amant.

Plus tard, l'humain comprendra que c'est parce qu'il était parfaitement heureux, et que ce rire c'était la manière de définir son bonheur. Alors Tony rigolera.


Et voilà pour cet avant-dernier chapitre ! On ne l'attendais plus mais il est bien là. Je m'excuse pour cette attente mais j'ai eu énormément de mal à l'écrire. Le fait est que je me suis lancée dans un autre projet d'écriture de fanfiction un peu étrange, et que j'ai été pas mal absorbée par ça. J'espère pouvoir vous en dire plus bientôt !

Concernant cette histoire donc, il ne reste donc qu'un tout petit chapitre déjà rédigé à poster pour finir, ce qui devrait arriver dans quelques jours.

J'espère que cela vous aura plu, en attendant je vous souhaite une bonne journée et je vous dis à la prochaine !

Zombiscornu