Très chères lectrices! Après des mois d'absence je reviens vers vous pour une grande nouvelle! Mon roman : 6h22 Place 108, issu du retravail de la fanfiction *Ce train, cette femme, cette place* est enfin disponible à la vente. Je voulais vous remercier sincèrement, c'est grâce à vous que toute cette aventure est possible! Sans votre enthousiasme à l'égard de cette histoire, rien ne serait arrivé!

Voici pour vous remercier, le premier chapitre de la version roman, comme vous pourrez voir, c'est extrêmement proche de la fic! Les changements opérés arrivent surtout plus tard dans l'histoire avec des surprises tout au long du roman. L'histoire reste la même, mais je n'en dis pas plus. Place au premier chapitre pour découvrir les nouveaux noms nouveau contexte (je sais ça fait très bizarre de ne plus voir les prénoms d'origine surtout au début de la lecture!)

Si certaines d'entre vous sont interessées par l'ebook complet il est disponible sur le site Reines de Coeur, rubrique *Les livres*

J'ai une page facebook pour mon nom de plume : Clémence Alberie

J'en profite également pour vous annoncer que je n'ai pas arrêté les fanfictions, je suis sur l'écriture d'une et maintenant que le travail du roman est terminé (1 an de travail ahah ça commence à faire!), je vais pouvoir m'y consacrer pleinement pour publier le plus rapidement possible!

Encore merci à toutes d'avoir rendu ce rêve réalisable!


1.
Vous avez pris ma place Jour 1 : Train de 6h22

Comme chaque matin depuis un an, Gaëlle Fournier monta en trombe dans le train de 6h22 qui mettrait cinquante minutes à l'amener à Paris où elle travaillait. C'était une jeune femme de vingt-huit ans, grande et mince, le corps façonné par les heures qu'elle passait en salle de sport. Ses longues boucles blondes et son visage fin au teint de porcelaine lui avaient toujours valu un franc succès auprès des hommes. Cependant, elle n'était pas féminine à outrance, préférant un bon jean, une veste en cuir et ses éternelles Doc-Martens à une robe ou une jupe. En fin de compte, son apparence lui importait peu. Depuis quelques années, plaire n'était pas dans ses projets et elle se contentait chaque matin d'enfiler la première chose qui lui passait sous la main.

Tous les jours c'était le même rituel. Elle se levait le plus tard possible, repoussant toujours plus l'heure de son réveil. Elle se préparait en hâte et partait en courant pour attraper son train. Sur cet horaire, tous les passagers se connaissaient de vue, car tous se croisaient chaque matin pour se rendre à la capitale. Implicitement, chacun s'était approprié une place, s'étalant sur deux sièges pour finir sa nuit tranquillement avant de devoir réellement commencer sa journée de travail.

Mais ce matin-là, quand Gaëlle monta dans le train, la première chose qu'elle remarqua fut la déesse brune assise à sa place. Elle se stoppa en entrant, peu habituée à relever les charmes de la gent féminine. Comme toute personne, il lui arrivait de trouver une femme belle, mais jamais elle n'en avait croisé une qui dégageait autant de prestance.

L'inconnue était brune, les yeux d'un marron très foncé. Sa coupe au carré s'arrêtant juste au niveau de ses épaules lui donnait un air strict. Elle portait un tailleur jupe-veste noir et chemisier blanc chic qui attestaient de son niveau de vie supérieur à la moyenne. Elle se tenait droite, ses longues jambes parfaites à rendre jalouse n'importe quelle femme élégamment croisées, et elle regardait distraitement par la fenêtre. Sa peau était légèrement hâlée et rajoutait à sa prestance un côté exotique presque envoutant. C'était indéniablement une très belle créature, Gaëlle ne pouvait le nier.

C'était la première fois en un an que quelqu'un se trouvait assis à la place 108, sa place, côté fenêtre, là où d'habitude elle s'installait, étalant ses jambes jusque dans le couloir pour dormir profondément jusqu'à son arrivée en gare du Nord. Elle inspira profondément, ravalant la colère en elle qui pointait son nez à la moindre occasion ces derniers temps, et décida de ne pas en faire cas. Elle souhaitait rester calme, mais ne comptait pas céder son territoire pour autant.

Ainsi, elle reprit tranquillement son chemin dans l'allée du train et s'avachit côté couloir à la gauche de la belle brune qui bousculait, par sa simple présence, sa routine matinale bien huilée.

À peine fut-elle assise que deux yeux chocolat la transpercèrent littéralement. La jeune intruse regarda autour d'elle, notant certainement avec un agacement non dissimulé que de nombreuses autres places étaient libres, se demandant sûrement ce qu'elle avait bien pu faire pour que cette nouvelle venue se colle à côté d'elle et envahisse son espace.

Gaëlle ignora le mécontentement affiché de la brune et ricana en se calant confortablement dans son siège.

— Comptez-vous regarder par la fenêtre, ou est-il possible de tirer le rideau ? demanda-t-elle poliment.

— Je souhaite regarder par la fenêtre, répliqua sa voisine sur la défensive.

— Hum, okay…

Gaëlle s'enfonça dans son siège et étala ses jambes côté couloir pour ne pas envahir l'espace de sa voisine. Elle brancha ses écouteurs à son téléphone et enclencha la musique pour se détendre. Elle commença sa contemplation quotidienne de cet environnement qu'était le sien depuis bien des années. La moquette vieillissante, grise avec motifs, comptabilisait de plus en plus de tâches non nettoyables qui attestaient de la maladresse des passagers du train. Tous les sièges étaient bleus et en bon état, bien que légèrement délavés par endroits.

Pink résonnait dans ses oreilles et Gaëlle s'amusa à observer une valise qui tanguait dangereusement, mal rangée, dans les porte-bagages au-dessus de l'allée. Juste en dessous, un jeune homme d'une vingtaine d'années somnolait contre la fenêtre et elle commença à se demander si ce fragile équilibre allait tenir tout le trajet. Elle se perdait dans ses pensées quand elle sentit la jeune femme à ses côtés s'agiter. Gaëlle ouvrit discrètement un œil et l'observa.

Elle secouait frénétiquement le genou, visiblement agacée, et lui lançait régulièrement des regards assassins en soufflant. Après un moment, Gaëlle comprit que c'était le son de sa musique qui indisposait sa voisine, et dût lutter contre une irrépressible envie de monter un peu le volume. Décidée à rester aussi civilisée que possible, elle se résigna à écouter moins fort et entendit la brune grommeler quelque chose.

— Vous m'avez parlé ? demanda-t-elle en retirant un écouteur.

Sa voisine la regarda, surprise, mais ne se démonta pas avant de répondre :

— Pas particulièrement, j'exprimais mon soulagement à ne plus avoir votre musique en bruit de fond étouffé et gênant, répondit-elle sèchement.

— Okay, s'exclama Gaëlle, commençant à s'échauffer de l'absence de tact de cette pintade.

En réponse à son comportement, elle augmenta encore le volume en la regardant droit dans les yeux et se permit même un sourire provocateur.

— Vous vous moquez de moi ? questionna la brune choquée.

— Je réagis simplement à votre amabilité.

— Et vous vous en moquez que le son étouffé et désagréable provenant de vos écouteurs dérange tous les passagers du compartiment ?

Gaëlle regarda autour d'elle et s'amusa de voir qu'il n'y avait qu'une dizaine de personnes, chacune dormant à poings fermés ou écoutant comme elle de la musique.

— À ce que je vois, ça ne dérange que vous.

— Soyez donc un peu civile et écoutez votre musique à un volume décent.

— Soyez donc un peu civile et demandez-le-moi poliment.

La brune se tendit en serrant les dents, luttant vraisemblablement contre l'envie de la gifler pour son insolence. Elle inspira et expira profondément avant de capituler.

— Pouvez-vous baisser le volume de votre musique ? S'il vous plaît.

Le dernier mot eut du mal à sortir et fut très sec, mais Gaëlle était satisfaite de cette petite victoire. Elle baissa donc le volume, se permettant un nouveau sourire provocateur qui fit soupirer sa voisine d'exaspération.

— Vous voyez quand vous voulez, ce n'est pas si dur d'être civilisée.

La brune agita la main comme pour lui dire de ne pas en rajouter et se concentra sur sa fenêtre. La blonde prit le temps de l'observer, s'étonnant elle-même de son besoin irrépressible de la détailler. Elle admira ses formes, ses yeux s'arrêtant longuement sur les longues jambes dénudées de sa voisine.

Elle portait une jupe noire qui s'arrêtait juste au-dessus de ses genoux, dévoilant une peau ambrée et des jambes parfaites. Gaëlle secoua la tête pour arrêter sa contemplation, se disant qu'il fallait à tout prix qu'elle se trouve un homme si elle commençait à regarder une femme.

Elle jeta un regard au visage de la brune et la vit soucieuse, observant le paysage sans vraiment le voir, plongée dans des pensées qui lui faisaient froncer les sourcils. Elle se dit qu'elles étaient peut-être parties sur de mauvaises bases, et se décida à essayer d'entamer une conversation plus cordiale pour ne pas rester sur leur joute verbale.

En temps normal, elle n'aurait même pas relevé un tel incident, mais ce matin-là avait été difficile pour elle, et si elle pouvait avoir un contact social autre que conflictuel, elle voulait bien essayer avec cette femme.

— Je m'appelle Gaëlle Fournier et vous ? questionna-t-elle donc gentiment pour essayer de créer un premier contact.

L'inconnue se tourna d'un coup en la jaugeant de haut en bas et Gaëlle sentit immédiatement qu'elle n'était finalement pas la bonne cible pour une tentative de civilités. Elle semblait prête à imploser et serrait ses poings.

— Mademoiselle, aboya presque la brune. Je ne sais pas comment sont les gens d'habitude ici, mais sachez que je n'ai aucunement l'intention de nouer un quelconque lien social avec les passagers. Je ne prends ce…

Elle regarda le compartiment autour d'elle avec dégoût avant de poursuivre :

— … train que parce que ma voiture est en panne ce qui, je l'espère pour ma santé personnelle, ne durera pas longtemps. Il est donc inutile que je perde mon temps à vous faire la conversation.

Elle avait parlé d'un air hautain et supérieur qui fit gronder Gaëlle intérieurement. Quelques secondes à lui parler et elle savait déjà que cette femme était une emmerdeuse de première. Sûrement une riche fille à papa pourrie gâtée qui ne supportait pas que les gens ne se conduisent pas comme ses domestiques. Elle serra les dents, décidée à rester calme et à relever le challenge. Cette femme voulait imposer sa supériorité sur elle comme elle devait le faire avec tout le monde, mais elle n'avait jamais eu affaire à Gaëlle Fournier avant.

— Ah je vois, dit-elle alors d'un air entendu en se reculant dans son siège, avant d'affirmer tout simplement : vous êtes une garce !

— Je vous demande pardon ? s'écria la jeune femme en la fusillant du regard.

— Excuses acceptées, répondit Gaëlle nonchalamment.

— Je vous demande pardon ? répéta la brune plus énervée encore.

— N'insistez pas, je vous ai dit que j'acceptais vos excuses.

— Je ne vous ai en aucun cas présenté mes excuses, je n'ai aucune excuse à vous présenter d'ailleurs.

— Si, vous avez pris ma place.

— Votre place ?

— Oui, la 108… C'est ma place, dit-elle tout naturellement.

— On ne peut pas réserver de place dans ce train, aucune n'est donc à personne.

— C'est le train de 6h22 pour…

— 6h01, la coupa la jeune femme sèchement.

— Quoi ?

— Pour moi c'est le train de 6h01.

— Ouais bref, pour moi… C'est le train de 6h22 pour Paris. C'est toujours plus ou moins les mêmes personnes qui prennent ce train à cette heure-ci pour aller travailler. Du coup chacun a sa place.

— Sauf que je suis montée avant vous, cette place est donc à moi.

— Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça, cette place est à moi. Si vous êtes là, très bien, mais il va falloir me supporter. Si vous voulez votre tranquillité, vous êtes libre de changer de siège.

— C'est hors de question, siffla-t-elle entre ses dents serrées de colère.

— Alors supportez-moi. C'est quoi votre nom donc ? questionna Gaëlle, bien décidée à ne pas la lâcher du trajet.

Pour être honnête, elle prenait même un malin plaisir à l'asticoter.

— Mon nom ne vous regarde pas.

— Mais votre popotin, oui.

— Pardon ? s'exclama-t-elle choquée par les propos de cette insolente blonde.

— Excuses acceptées, dit Gaëlle tout aussi naturellement que la première fois.

— Oh arrêtez avec ça, s'énerva-t-elle davantage, pour le plus grand bonheur de sa voisine.

— Alors arrêtez de demander pardon, répondit simplement la blonde comme si c'était une évidence.

— Vous savez pertinemment que je ne le fais pas.

— Oui.

— Alors pourquoi répondre à chaque fois « Excuses acceptées » ? s'agaça-t-elle en se pinçant l'arête du nez.

— Parce que ça m'amuse, répondit Gaëlle avec un large sourire.

— Et en quoi mes fesses vous regardent ? souffla-t-elle comme désabusée, visiblement anxieuse de la réponse qui allait venir.

— Parce qu'elles sont sur ma place.

— Vous êtes…

La brune ne finit même pas sa phrase, libérant sa pensée à l'aide d'un grognement d'agacement.

— Je suis… la provoqua la blonde.

— Vous êtes une plaie, dit-elle alors d'une voix forte, comme incapable de se contrôler plus longtemps. Une femme insolente et irrespectueuse, vous aimez énerver les gens, car c'est un don naturel chez vous, vous ne savez pas où est votre place et vous vous moquez d'être un parasite pour les gens qui vous entourent.

Elle se stoppa, à court de mots, la respiration saccadée par sa colère. Elle se redressa, un sourire victorieux s'étirant sur son visage, satisfaite d'avoir mouché sa voisine.

— Vous avez fini ? questionna Gaëlle, complètement indifférente à la tirade de la brune, lui faisant ainsi perdre son sourire et fragilisant son assurance d'avoir gagné ce round.

— Heu… Eh bien…

— Bon alors c'est mon tour, la coupa la blonde d'une voix sèche, savourant son moment en se tournant bien vers sa voisine pour lui faire face. Vous êtes une emmerdeuse de première. Vous êtes une femme pourrie gâtée habituée à ce que tout le monde lui obéisse et ne supportant pas que « le petit peuple » prenne des libertés avec vous. Vous êtes hautaine, pédante et irrespectueuse. Vous estimez que tout vous est dû et vous sentez supérieure alors que vous ne l'êtes pas. Regardez, vous êtes dans ce train depuis une heure et vous jugez tout. Vous jugez les gens qui le prennent tous les jours en regardant le compartiment avec dégoût. La façon dont vous m'avez parlé, la façon dont vous justifiez votre présence ici à cause de la panne de votre voiture. Pour vous, prendre ce train, c'est dégradant et humiliant, mais sachez qu'on vaut largement mieux que vous. Tous les gens ici valent mieux que vous, car ils ont des valeurs, de la compassion, ils sont bien élevés…

— Bien élevés ? s'énerva la brune. Vous vous considérez comme bien élevée avec vos propos à mon égard, votre musique forte, votre tenue ? Enfin regardez-vous, avachie sans aucune classe.

Gaëlle la regarda avec affront et s'affaissa encore plus dans sa place, écartant ses jambes et posant un pied contre le dossier du fauteuil de devant. Elle releva la tête, la provocant du regard.

— Avoir de jolies manières, des vêtements hors de prix et classes et un énorme balai dans le cul vissé jusqu'au crâne ne fait pas de vous quelqu'un de bien élevé, dit-elle en contenant difficilement sa colère.

Elle s'était redressée et faisait face à l'intruse qui, surprise, s'était un peu reculée dans son siège.

— Être bien élevé, c'est avoir du respect pour autrui, c'est avoir de la compassion et des valeurs, finit Gaëlle pour achever sa pensée.

— J'ai des valeurs, répliqua-t-elle en s'avançant à son tour comme pour ne pas perdre la bataille tant par les mots que par la gestuelle.

— Pour vivre heureux, écrasons les autres ? questionna Gaëlle en s'approchant.

— Vous ne me connaissez pas alors ne me jugez pas, répondit-elle en faisant la même chose.

Les deux jeunes femmes étaient à quelques centimètres l'une de l'autre et respiraient rapidement sous le coup de leur énervement respectif.

— Ah ça, c'est sûr que je ne vous connais pas, vous ne voulez même pas me donner votre nom.

— Je ne donne pas mon nom aux inconnues.

— Nous ne serions plus des inconnues si vous me donniez votre nom.

— Vous êtes insupportable.

— Et vous très facile à énerver, dit Gaëlle avec un large sourire en s'enfonçant à nouveau dans sa place.

— Comment me débarrasser de vous ? soupira la jeune femme.

— Changez de place.

La brune grogna et se concentra de nouveau sur le paysage sans plus lui adresser la parole du trajet.

Jour 1 : Train de 17h15

Quand Gaëlle monta dans le train, rompue de fatigue, elle put voir avec soulagement que la maudite brune rencontrée le matin n'était pas là. Elle s'assit à sa place, regarda autour d'elle un moment et commença à se détendre, se disant qu'elle ne devait pas prendre le même train de retour pour son plus grand bonheur. Elle se cala contre la fenêtre attendant le départ imminent de la rame. Elle regarda tranquillement le quai pour passer le temps et c'est là qu'elle la vit. L'inconnue sortit en courant de la gare, perchée sur ses talons de vingt centimètres typiques d'une working-girl accomplie, et Gaëlle se demanda comment elle faisait pour ne pas tomber et pour garder sa prestance. Elle ne put s'empêcher de retenir son souffle, attendant de voir si elle allait avoir le train ou le manquer, et fut impressionnée de la voir sauter avec grâce à la seconde précédant la fermeture des portes.

La brune essoufflée fit de son mieux pour recomposer un peu sa tenue et sa coiffure, et entra dans le compartiment. Elle repéra Gaëlle et fronça les sourcils avant de venir s'asseoir dans le siège juste derrière elle.

La blonde l'entendit allumer son téléphone et laissa ses oreilles indiscrètes se balader vers elle.

— Oui c'est moi, l'entendit-elle dire, rageant de ne pas pouvoir savoir qui était à l'autre bout du fil. J'ai réussi à avoir le train, je serai donc à la maison vers 18h30. Tout s'est bien passé ?

Gaëlle se permit un léger coup d'œil par l'espace entre la fenêtre et son siège et vit le sourire tendre qui s'étirait sur le visage de la jeune femme si sévère.

— C'est super. Pas de nouvelles de… hum, d'accord… Bon je te dis à tout à l'heure… Oui moi aussi je t'aime papa.

Papa ? songea la jeune femme, et avant même qu'elle ne réussisse à se contrôler, les mots sortirent tout seuls de sa bouche :

— À votre âge, vous vivez toujours chez vos parents ?

Le ton n'était pas agressif, une simple question sans arrière-pensée, mais le regard noir qu'elle reçut lui fit immédiatement regretter son incapacité à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.

— Et quel âge j'ai d'après vous ? répliqua-t-elle en retrouvant le ton sec du matin.

Terrain glissant, sujet dangereux, lui cria son cerveau.

— Hum… Je sais pas, j'aurais dit… trente ans, tenta Gaëlle en grimaçant, craignant la suite.

La brune sourit légèrement en se détendant dans son siège, c'était bon signe.

— Presque. Trente-deux.

— Oh, moi vingt-huit.

— Vous ne les faites pas, répondit-elle en l'observant, s'installant confortablement dans son siège.

— Je fais plus gamine ? questionna Gaëlle en riant doucement.

— Non, simplement plus jeune que vingt-huit ans.

Gaëlle était heureuse de la voir plus détendue et souhaitait en profiter pour essayer d'établir un contact plus civilisé que celui de leur premier échange.

— Je prends ça comme un compliment. Au fait, vous êtes sacrément habile sur des talons. Moi si j'avais dû courir comme vous là-dessus je me serais sûrement vautrée avec grâce.

— Oh oui avec grâce, s'amusa la jeune femme, décidément de meilleure humeur.

Gaëlle sourit comme une idiote et se cala pour lui parler en étant plus à l'aise.

— Votre journée s'est bien passée ?

Sa voisine haussa un sourcil en la regardant longuement, semblant peser le pour et le contre avant de répondre.

— Oui, dit-elle finalement sans rien ajouter.

— Vous faites quoi comme métier… Ou comme études puisque vous êtes toujours chez vos parents ?

La question de Gaëlle se voulait courtoise et gentille, mais la brune la regarda et son œil redevint rapidement noir à l'égard de la blonde envahissante.

— Ma façon de vivre ne vous regarde en rien, aboya-t-elle agressivement.

— Hey, s'amusa Gaëlle en souriant. La garce est de retour, elle n'était pas partie bien loin.

— Je vous demande pardon ?

— Exc…

— Oh non taisez-vous avec ça, la coupa-t-elle avec force. Pourquoi me parlez-vous d'ailleurs ? Vous avez récupéré votre place que je sache, laissez-moi tranquille et arrêtez de polluer mon espace.

La jeune femme perdit progressivement son sourire et se réinstalla dans son siège. Vexée, Gaëlle se mit à ruminer toutes les choses qu'elle aurait aimé lui cracher au visage. Mais elle se retint, consciente que cela ne servirait à rien.

Elles restèrent chacune silencieuse un moment, Gaëlle luttant pour ne pas pleurer d'énervement. Elle s'en voulait de sa propre réaction. Cette femme était une pimbêche prétentieuse et elle ne comprenait même pas pourquoi elle avait cherché à échanger avec elle. Elle était fatiguée de ses journées, fatiguée de sa vie, fatiguée de ses problèmes. Elle savait qu'elle réagissait de façon disproportionnée, mais c'était plus fort qu'elle, la goutte d'eau dans la mer d'amertume qu'était sa vie. Elle était frustrée, blessée, et par-dessus tout, en colère. Elle avait envie de frapper cette femme qui se considérait supérieure sans la connaitre, elle voulait lui crier ses quatre vérités à la figure.

— Mademoiselle Fournier je…

— Je descends là, annonça Gaëlle en se levant, ignorant le regard gêné de la brune qui semblait regretter son emportement. Comme ça votre petit espace de petite princesse va redevenir sain, ajouta-t-elle sèchement.

Sa voisine sembla se refermer aussitôt et retrouva son air hautain en la voyant partir. Une fois Gaëlle sur le quai, leurs regards se croisèrent à travers la vitre et elles se défièrent, aucune ne voulant céder et baisser les yeux face à l'autre.

Jour 2 : Train de 6h22

Gaëlle en était sûre, ce matin-là elle allait louper son train. Elle venait enfin d'acheter son billet, se maudissant comme chaque matin de ne pas en avoir acheté un la veille en prévision, se maudissant encore plus de ne pas avoir souscrit à une carte d'abonnement pour ne plus s'embêter avec ça.

Elle courait à en perdre haleine sur le quai et accéléra en entendant la sonnerie annonçant la fermeture des portes. Le réveil avait été dur, elle avait mal dormi, pensant toute la nuit à l'insupportable brune rencontrée la veille. Cette pintade avait envahi ses pensées toute la soirée et c'est ce qui l'agaçait le plus. Elle bondit littéralement devant les portes à peine refermées, appuyant sur le bouton et soupira de soulagement quand elles s'ouvrirent. Elle grimpa, haletante et à bout de souffle, et dut attendre quelques secondes avant d'être suffisamment sûre de ses jambes pour avancer.

Elle entra finalement dans le wagon et remarqua immédiatement la même brune à sa place. La jeune femme la regardait droit dans les yeux, un sourire victorieux sur le visage. Son regard en disait long, elle avait repris sa place malgré les événements de la veille…

C'était une déclaration de guerre.


Voila pour le premier chapitre

J'espère vous retrouver nombreuse avec moi dans cette aventure qu'est la publication de l'ebook

A très bientot également sur fanfiction pour une nouvelle histoire SwanQueen