OS – Le Pacte
Lycée de Forks High, mai 2002
PDV Bella
« Tu as entendu la nouvelle tendance ? »
« Non. »
« Tu demandes à ton meilleur ami de se marier avec toi si à trente ans vous êtes tous les deux encore célibataires. »
« Beurk… Quoique j'en connais deux qui devraient même pas attendre ! »
« Swan et Masen ?! Tu as raison ! La honte hier il est arrivé avec des converses bleues et une veste… »
Je m'éloignai en courant de ces vipères, des larmes dans les yeux. Je serrais les dents en général quand on me critiquait aussi stupidement, j'avais appris à ne plus y accorder de l'importance. Mais je détestais qu'on se prenne à Edward, il était mon meilleur ami depuis que nous avions dix ans. Jessica et Samantha étaient des idiotes, pour rester polies.
« Tu vas bien ? » me demanda Edward quand je m'assis en face de lui à la cafétéria cinq minutes plus tard.
Je hochai la tête, mordant ma lèvre, je le protégerais aussi longtemps que je le pourrais. Mais je devais inventer quelque chose, car si j'étais protectrice envers lui, il l'était encore davantage envers moi. Il s'était déjà battu trois fois cette année et avait aussi été exclu du lycée.
« Laisse-moi deviner… Tu as eu un B en maths ? » se moqua-t-il gentiment.
« Non ça va, promis. »
« Ok si tu le dis. »
Nous mangeâmes en silence, chacun se lançant des regards de temps à autre, les siens inquiets et les miens… admiratifs. Si Edward avait été un peu retard sur sa croissance au collège, les années au lycée avaient tout arrangé. L'acné avait disparu peu à peu, ses lunettes aussi, son corps s'était musclé. Il était devenu secrètement sportif ces dernières années, car malgré ses performances au basket et à la natation, il ne voulait pas côtoyer les athlètes du lycée qui l'avaient toujours moqué, voire pire. À mes yeux, il était le plus beau garçon, chaque jour j'avais cette chance de le côtoyer et découvrir à quel point il était extraordinaire.
Mes joues se mirent à rougir en repensant tout de même à ce que Jessica et Samantha avaient dit au sujet de ce pacte. Mariage ? Beurk, pas question, mais en relation avec Edward… oui j'y pensais souvent. D'autant que dans un mois nous quitterions le lycée et entamerions, à des centaines de kilomètres de distance, l'université à l'automne.
Je mis mes pensées ridicules sur le compte de mes hormones qui ne me laissaient que peu de répit depuis plusieurs semaines. Edward et moi étions amis, ça ne pouvait pas changer. La distance n'entamerait pas notre amitié, nous nous l'étions déjà promis. Pourtant je devais avouer que la perspective était très attrayante. À trente ans, si j'étais toujours seule et lui aussi, ça pourrait être agréable d'être avec lui…
« Eh, tu sais ce qu'il se passe en ce moment ? » lança Edward.
« Non quoi ? »
« Il y a une sorte de pacte… »
Mon sourire s'agrandit et mes joues s'échauffèrent de plus belle. J'allais accepter et je n'oublierais pas, en temps venu, de réclamer mon dû…
_oOo_
PDV Alice
J'observais depuis dix minutes les autres élèves dans la cafétéria du lycée, repérant ceux qui subiraient ma vengeance dans deux semaines. J'en avais marre de voir leurs tronches et d'entendre leurs moqueries. La remise de diplômes serait trop surveillée pour que j'agisse et ma mère m'en aurait fait une syncope. Mais la fête chez Royce King serait l'occasion parfaite pour leur faire subir ma colère.
Enfin mes amis s'assirent à notre table en retrait des autres, entre gothiques on était plus à l'aise ainsi. Jasper, le co-chef de bande au même titre que moi, partageait mon besoin de sang, enfin façon de parler.
« On devra arriver vers onze heures du soir, quand ils seront tous à peu près saouls. » attaqua-t-il tout bas.
« Tu es sûr qu'on aura le temps de bousiller leurs voitures ? » s'enquit Ben.
« T'inquiète on va se séparer, toi et Lucy vous vous occuperez des voitures puis Alice et moi on rentrera chez King et… »
Je n'écoutais plus, ayant moi-même participé à l'élaboration du plan. Allais-je regretter le lycée ? Absolument pas.
« Tu lui as parlé ? » me tira de ma rêverie mon ami.
« Quoi ? »
« À Bella. Pour qu'elle prévienne son père. »
« Non, je préfère attendre, je lui en parlerai à la remise des diplômes. »
« Je te fais confiance. »
Jasper me sourit, ses yeux soulignés de noir se plissèrent malicieusement. Il repoussa ses mèches noires en se penchant vers son sac à dos. Il l'entrouvrit et me montra les deux bombonnes de gaz hilarants qu'il avait réussi à voler à son oncle dentiste.
« Alors on a tout ? »
« Exact. »
Le déjeuner terminé, nous nous rendîmes en biologie et rejoignîmes nos places au fond de la classe. Peu après, Bella et Edward entrèrent, tous les deux le feu aux joues et un drôle de sourire sur leurs lèvres.
Je donnai un coup de coude à Jasper qui suivit mon regard puis ricana. Bella et Edward étaient assez ridicules, dans le genre coincé ils étaient champions. On s'était tous déjà moqué d'eux un jour ou un autre, mais ces deux-là étaient des coriaces, ils restaient dignes et surtout heureux de venir au lycée. J'avais passé deux ans à côté de Bella en espagnol au début du lycée, on avait un peu sympathisé même si je lui faisais souvent peur. Pas à cause de mon look digne d'un vampire hyper sexy et à la mode, mais parce que j'étais trop bavarde et elle m'en avait un peu voulu de lui gâcher sa séance d'enseignement. Une intello jusqu'au bout de ses ongles mâchouillés et sans vernis.
« Ils se sont enfin dépucelés l'un l'autre ? » plaisanta Jasper.
Bella se retourna alors et nous fusilla du regard. Edward s'était raidi et dévisageait bizarrement son amie. Elle lui chuchota quelque chose en haussant les épaules, surement pour dire de ne pas nous écouter.
« Ils ont du faire le pacte ! » m'écriai-je, recevant une seconde plus tard un nouveau regard noir de la coincée.
« Quel pacte ? » me questionna Jasper en fronçant les sourcils.
« Tu devrais arrêter de fumer de temps à autre, me moquai-je. Il s'agit du pacte entre deux amis qui se promettent de se marier à trente ans si aucun ne l'est déjà. »
« Pour quoi faire ? »
« Ils ont peur de finir seul. »
« Et ça leur arrivera, chuchota Jasper. Tant mieux pour eux. »
« Et toi, tu voudras te marier un jour ? »
« Jamais. »
« Alors tu finiras aussi seul. »
« Ouais… mais vaut mieux être seul que mal accompagné. »
« On le fait ? » osai-je.
Sans être contre le mariage, j'avais d'abord l'intention de réaliser mes rêves, l'amour n'était, pour moi, pas prioritaire. Mais Jasper pouvait facilement me faire croire le contraire.
« Coucher ensemble ? Encore ? » plaisanta-t-il.
« Non, le pacte. » insistai-je, de plus en plus enthousiaste.
« Ok Alice. Mais il faut sceller notre accord. »
« Je passe chez toi ce soir ? »
Il me déshabilla du regard, je lui souris malicieusement. Jasper et moi avions couché ensemble régulièrement cette année en refusant d'être plus que des partenaires sexuels. Nous étions pour l'amour libre et contre les étiquettes.
PDV Rosalie
Le cours commença et je décrochai déjà. J'entendais ces deux pestes ricaner sur moi. Jessica et Samantha avaient été mes amies des années durant, elles s'étaient liguées contre moi l'année précédente, espérant me voler la vedette, en vain.
« Rosalie, on se voit à la sortie ! » me lança devant toute la classe Emmett à la fin du cours.
Je me mis aussitôt en colère et sortis précipitamment de la salle. Emmett Mc Carthy était l'un des quaterbacks de l'équipe de football américain, moi j'étais la cheerleader en chef, la cheffe des majorettes, nous nous connaissions depuis des années mais cette année avait mis un terme à notre entente.
Lui estimait que j'avais perdu mon aura de cheffe et que les prestations des cheerleaders avaient été catastrophiques cette année. Je lui en voulais de me faire autant de reproches, même si il n'avait pas tort.
« Il paraît que Mc Carthy veut te parler à la sortie des cours ? » me demanda mon petit-ami Royce alors que je rangeais mon livre d'algèbre dans mon casier.
« Ouais, encore un truc à redire sur la chorégraphie pour le dernier match, sûrement. » me plaignis-je.
« Tu te débrouilles pour finir rapidement, mes parents t'invitent à dîner. »
Comme à son habitude, il m'embrassa durement puis s'en alla. Il me traitait comme si j'étais à lui, je l'avais trop longtemps laissé faire. Je n'en pouvais plus d'être la copine du fils du banquier de Forks, la famille la plus riche et la plus ostentatoire. Il exigeait tellement de moi, je devais me dévouer à son bien-être. Chaque weekend, j'avais la permission de dormir chez les King, mes parents étaient aux anges de nous voir toujours en couple après deux ans de relation.
Sexuellement… c'était sympa au début, plus maintenant. Et j'avais vite appris à me taire quand une de mes « amies » se vantait pas si discrètement que ça d'avoir vécu une nuit merveilleuse avec mon mec.
Ma seule chance de m'échapper était d'être acceptée dans une agence de mannequin à Los Angeles, personne n'était au courant de mon plan sauf Emmett. Je ne m'étais pas confiée, il était juste trop curieux.
Il m'attendait devant ma Mercedes, il fit signe à Lauren de nous laisser seuls et comme elle le vénérait, comme toutes les cheerleaders et la moitié du lycée, elle obéit en souriant.
« Tu veux quoi ? » l'apostrophai-je sans cacher mon agacement.
« Le dernier match est décalé à samedi prochain. »
« Quoi ?! »
« Je sais que tu devais passer un casting… »
« Chut ! »
Nous nous retournâmes contre la voiture, ce qui était d'ailleurs dérisoire, nous attirerions les regards en permanence.
« Pas question de rater ma chance. » grognai-je.
« Je sais, je voulais te prévenir pour que tu te trouves une bonne excuse pour ne pas être là. »
« Oh… merci. »
Il regarda autour de nous, le parking se vidait peu à peu.
« On ne va plus se revoir tous les deux. » me dit-il gravement.
« Je vais te manquer ? » ricanai-je.
« Je vais à San Francisco comme tu le sais, et toi je suis sûr que tu vas faire une belle carrière. »
« Ouais enfin… »
« Si, tu vas réussir, je le sais. » affirma-t-il en posant une main sur mon épaule.
« Toi aussi mais il faut bien se l'avouer, à trente ans je ne pourrais plus être mannequin et toi tu ne seras plus le quaterback en vue. »
« Tu as raison. »
Nous restâmes silencieux, l'un en face de l'autre, sans oser nous regarder dans les yeux. Pourquoi je me sentais si… bizarre en sa présence ? Ça n'arrivait pas souvent, il y avait toujours quelqu'un avec nous. Notre amitié avait pris des allures de rivalité mais jamais il ne s'était montré agressif alors que j'avais sorti mes griffes plus d'une fois.
« Trente ans, ça me paraît si loin. » lâcha-t-il finalement.
« Ouais, qui sait ce qu'on sera et où on sera. »
Je repensai à ce pacte que certains élèves avaient passé entre eux, ils avaient peur de finir seuls. Je redoutais énormément la solitude que je connaîtrais en fuyant de mon avenir tracé par ma famille et mon petit-ami, c'était pourtant le prix à payer.
« Alors tu veux qu'on le fasse ? » me demanda Emmett en rougissant.
« Tu en as entendu parlé ? »
« Comme tout le monde. Alors ? On le passe ce pacte ? »
« Ok, même si je peux trouver mieux. » le vannai-je.
« Berce-toi d'illusions. » répliqua-t-il en bombant le torse.
Me marier à Emmett Mc Carthy ne serait pas un pis aller, jamais je ne le lui avouerais pourtant et il valait mieux pour moi de ne pas y compter. Je voulais la gloire et l'amour, lui aussi, mais nos vies se sépareraient bientôt.
« Je t'attendrai Rosie, tu auras trente ans un mois après moi alors ce sera à toi de venir me chercher. » me lança-t-il en s'éloignant, ses joues creusées par ses fossettes.
« Ok. » murmurai-je.
Douze ans plus tard…
PDV Edward
« Je n'en reviens pas. » répéta mon patron en contemplant l'accord que j'avais négocié.
« Et pourtant si, mission accomplie maintenant je vais aller fêter ça ! » me réjouis-je.
« Elle s'appellera comment ce soir ? »
« Qui sait ? Je ne suis pas fatigué, il y en aura peut-être deux. » me vantai-je.
« Sacré Masen ! »
Mon patron rigola en regrettant surement sa jeunesse, m'enviant mes conquêtes et mes succès. Je venais d'arracher un accord plus qu'avantageux et diaboliquement tordu à notre adversaire, et cerise sur le gâteau, mon client allait me verser des milliers de dollars.
Je lançai un baiser à ma secrétaire, Tanya, une quadragénaire avec des seins encore fermes, puis m'engouffrai dans l'ascenseur. Tiphany, du service fiscalité me jeta des œillades enflammées mais ce soir je n'avais pas envie de me perdre entre ses cuisses à elle, non je voulais de la chair fraîche.
Ma voiture démarra en crissant, je rôdais encore ma Porsche. Je ne savais pas où aller et une fois seul, la réalité me rattrapa. Ce soir, j'allais boire pour oublier que j'avais arnaqué une petite entreprise qui avait eu le malheur d'écouter les conseils mal avisés de sa banque. J'allais boire seul, alors que c'était mon anniversaire, j'avais perdu de vue tous mes amis de l'université et bien sur ceux de Forks.
Ma famille y vivait encore dans ce patelin, moi j'avais choisi de retourner à Chicago où j'étais né et où un ami de mon père m'avait embauché une fois mon diplôme d'avocat en poche. J'avais été ensuite démarché par un cabinet new yorkais très réputé et tout s'était emballé. Deux ans plus tard, je vivais à Manhattan dans un appartement trop grand pour moi et j'enchaînais les relations sans lendemain.
Deux whisky plus tard, dans un club branché et trop bruyant, j'avais noyé mes doutes et mes regrets, j'allais quitter l'endroit au bras d'une blonde pulpeuse.
_oOo_
« Votre dernière affaire a fait beaucoup de bruit, on a parlé de vous ce matin à la réunion des patrons pour une promotion. » me confia Tanya, ma secrétaire.
« Pour devenir un gratte-papiers ? Non merci, je ne vais pas m'enfermer toute la journée pour défendre des politiques véreux dans des histoires de mœurs. Moi je veux du sang. »
Un de mes confrères applaudit ironiquement, puis me rappela que je devais assister à une réunion dans une heure. Je l'envoyai balader, nous étions tous en compétition.
« Vous avez reçu cette lettre, j'ai failli la jeter mais comme c'est à votre nom. »
Tanya me tendit le paquet de courrier avec sur le dessus une enveloppe blanche sans logo, sans adresse tapée à la machine. Je crus reconnaître l'écriture et m'empressai de m'isoler dans mon bureau. Il s'agissait d'une personne à qui je n'avais pas voulu penser depuis quelques temps, une personne qui avait pourtant énormément compté pour moi.
« Edward, M. Jenkins vous attend à son bureau immédiatement. » me prévint Tanya.
Je montai deux étages plus haut et ignorai Kate, la secrétaire de l'un des associés du cabinet, pour aller directement frapper à la porte du bureau. Hier encore il me félicitait d'être ambitieux et sans pitié, ce matin il me reprocha de ne pas être stable et de ne pas jouer selon les règles. Je me demandais franchement ce qui lui arrivait.
« Je veux vous mettre avec Parker au service accidents, vous y apprendrez beaucoup. » décida-t-il.
« Quoi ?! Je ne veux pas perdre mon temps. Vous me voyez, moi, Edward Masen, plaider pour un connard qui ne sait pas conduire ? »
« Reprenez-vous, votre arrogance vous dessert. Vous avez besoin qu'on vous dégonfle votre égo. »
« Mais- »
« Vous avez fait du très bon boulot, ajouta-t-il, mais si vous voulez monter en haut de la pyramide, il faut prouver que vous pouvez exceller dans chaque domaine et montrer patte blanche. »
« Je ne comprends pas. » m'entêtai-je.
« Vous avez baisé toutes les femmes attirantes du cabinet en à peine six mois, même les mariées. Et je suis au courant pour l'affaire Travis, vous avez couché avec l'avocate pour gagner. »
Apparemment mes « collègues » avaient balancé mes petits secrets au patron.
« Je plaide coupable, mais ça n'est pas une raison pour me mettre au placard. » insistai-je.
« Je ne vous mets pas au placard ! » s'impatienta Jenkins.
« Et si je refuse ? »
« Vous irez plaider ailleurs, cher maître. »
Je sortis hagard du bureau et retournai au mien. Il me laissait le choix entre faire mes preuves et ranger mon deuxième cerveau, ou démissionner. Je n'eus pas la force d'ouvrir l'enveloppe ensuite, je passais ma journée à réviser mon plan de carrière. J'allais démissionner et revoir à la baisse mes standards de vie pour quelques temps. La grosse pomme m'avait aveuglé, j'en avais perdu mon envie de rendre fier mes parents, de défendre la veuve et l'orphelin, de me construire une vie équilibrée et heureuse. Qu'avais-je donc gagné en dehors de l'argent ? Je vivotais d'un lit à l'autre, me servant de mon physique pour obtenir ce que je voulais, mon appartement était digne d'une garçonnière de luxe. Ces dernières années n'étaient en rien ce que j'avais désiré en entrant à la fac de droit douze ans plus tôt.
Qu'avais-je donc fait de mes rêves ?
_oOo_
Rapidement, je démissionnai et quittai New York au début de l'été pour rentrer au bercail. Ma mère était aux anges, mon père m'aidait à me recentrer sur mes objectifs et ma dévotion pour la justice. J'avais été idiot de penser que j'étais sur la bonne voie, mais malgré mes bonnes résolutions, j'avais peur de recommencer ma carrière et de découvrir ce que je voulais faire de ma vie.
Ma mère remarqua peu après mon arrivée la lettre de Bella, posée sur mon bureau. Je ne savais pas pourquoi je ne l'avais toujours pas ouverte, ma mère m'encouragea à ne plus perdre de temps, comme si ces simples mots cachaient un double sens. Et peut-être que c'était le cas.
Je me posai enfin la question : pourquoi cette lettre maintenant ? Je ne trouvai qu'une seule raison : le pacte. J'ouvris l'enveloppe avec appréhension.
« Edward,
Bon anniversaire. Ça y est tu as trente ans et d'après ce que j'ai entendu ces dernières années tu as réussi à New York. Je n'ai pas oublié le pacte mais je ne vais pas te forcer à l'honorer. Je voudrais seulement avoir de tes nouvelles.
Je vis à Port Angeles, j'ai ouvert ma librairie il y a quelques mois. Voilà, je ne sais pas quoi te dire de plus.
Bella. »
Bella s'était mariée à la fin de ses études, alors pourquoi évoquait-elle le pacte ?
_oOo_
La librairie « Twilight » donnait sur le front de mer, il me fallut dix minutes pour trouver le courage d'y entrer. Je reconnus aussitôt Bella, ou plutôt sa voix. Elle conseillait un couple qui attendait leur premier enfant et voulait tout savoir.
Sans doute étonnée de ne pas percevoir de bruit après que la cloche ait signifié l'arrivée d'un client, elle se retourna et me gratifia d'un sourire radieux. Elle resta ainsi face à moi de longues minutes, continuant à présenter différents ouvrages. Bella était toujours aussi passionnée en parlant de livres, peu importait le sujet d'ailleurs. Elle avait changé, coupé ses longues mèches brunes jusqu'aux épaules et troqué ses sweats trop larges et ses jeans pour des tenues qui mettaient en valeur ses courbes. Elle était sublime et mon cœur se serra en me rappelant qu'elle était à un autre.
Le couple se décida enfin et régla les livres sélectionnés, Bella ne perdit pas un instant et me rejoignit au milieu de la boutique.
« Quelle surprise ! J'ai cru que ma lettre s'était égarée. » me sermonna-t-elle.
« Non mais je ne l'ai ouverte qu'hier, je suis désolé. »
« Tu es là ! C'est ce qui compte ! Merci ! »
Je la pris dans mes bras, n'en pouvant plus d'être si proche d'elle sans la toucher. Elle se laissa faire, étonnée mais ravie par mon geste. Adolescents nous avions toujours gardé nos distances mais douze ans étaient passés et je pouvais désormais contrôler mes pulsions. Si elle savait le nombre de fois où j'avais bandé en sa présence, le nombre de fois où j'avais pensé à elle, rêvé à elle, elle me prendrait pour un fou et un menteur. Elle ne pouvait pas avoir deviner mes sentiments à l'époque, j'étais tellement timide sans la moindre goutte de confiance en moi. J'avais refoulé mon amour pour elle, je l'avais laissé partir sans lui dire ce qu'elle représentait pour moi. J'étais celui qui avais cessé de répondre à ses lettres dès qu'elle m'avait parlé de Jacob Black, trois ans après son entrée en fac. Je n'étais pas non plus allé à son mariage.
« Viens. »
Elle m'entraîna dans l'arrière boutique et me proposa du café. Elle nous fit asseoir dans des fauteuils dépareillés puis me bombarda de questions. Je lui dis la vérité quant à mon départ de New York, causant de nouvelles interrogations. L'après-midi passa ainsi, entrecoupé par quelques clients. C'était si simple de lui parler, de me confier à elle, Bella m'avait tellement manqué.
« Tu ne m'as pas parlé de toi. » protestai-je en fin de journée.
« Tu as vu, ma vie est ici et je suis bien. » dit-elle avec un sourire sincère.
« Mais tu n'as pas d'enfants ? »
J'avais remarqué qu'elle ne portait plus d'alliance mais jusqu'à présent je n'avais pas trouvé le courage de tuer mes espoirs.
« Non, on a divorcé il y a trois ans. » expliqua-t-elle rapidement.
« Désolé. »
« Ne le sois pas, c'est mieux ainsi. »
« Si tu le dis. »
« Et toi ? » s'enquit-elle.
« Personne. » confiai-je facilement.
Elle m'invita à dîner à quelques rues de là, les trois heures suivantes furent consacrées à nos dernières lectures, nous nous interrompions parfois pour nous souvenir avec nostalgie du lycée. Au dessert, nous étions à court de sujet et il y avait une certaine tension entre nous, il était temps de se parler comme jamais nous ne l'avions fait. Comme depuis nos retrouvailles, ce fut elle qui fit le premier pas.
« Alors on a trente ans, enfin moi dans un mois, et on est célibataire… »
« Tu m'as dit que tu ne me forcerais pas à honorer le pacte. » lui rappelai-je, taquin.
« C'est vrai. »
Ses joues s'empourprèrent, ça non plus je ne l'avais pas oublié. Elle était gênée et émue. Je demandai l'addition, réglai malgré ses protestations. Une fois dehors, nous restâmes silencieux. Elle était toujours aussi parfaite à mes yeux, même après avoir connu des dizaines de femmes, Bella restait la plus merveilleuse. J'avais acquis assez d'expérience pour me permettre de croire que je lui plaisais. J'allais tenter ma chance dès ce soir et je me promis de lui reparler bientôt de ce pacte.
PDV Bella
Edward me raccompagna chez moi, il me prit la main en me disant bonne nuit, je ne la lâchais pas. Il se pencha vers moi, me demanda silencieusement si j'acceptai ce baiser à venir, je lui tendis mes lèvres. Ce fut magique, bien meilleur que ce j'avais imaginé tant de fois. Edward ravivait tous mes fantasmes d'adolescente, il ranimait mon envie d'être avec un homme, il m'apprenait que je pouvais aimer encore.
Je le guidai dans l'escalier menant à mon appartement, au-dessus de la librairie. Il n'eut pas le temps de découvrir l'endroit, je lui réclamai un baiser puis un autre et finalement nos corps agirent d'eux-mêmes. Edward tenta de résister, il voulut se comporter comme un gentleman, je réussis à le faire céder à mon désir et au sien.
Le lendemain matin, il n'y eut pas de gêne entre nous. Il avait gardé ses bras autour de moi les quelques heures où nous avions dormi, et les resserra quand il devina que j'étais éveillée.
« J'aurais dû revenir plus tôt. » murmura-t-il à mon oreille.
« Ne pense pas au passé. »
« Tu as raison, il faut envisager l'avenir. »
Que se passerait-il demain, la semaine prochaine, dans un an ? Si j'avais appris quelque chose de mon mariage, c'était que rien n'était gravé dans le marbre, l'amour pouvait blesser et il pouvait mourir. Mais je savais que ma vie n'était pas finie, j'avais une seconde chance d'être aimée et d'aimer, d'être plus heureuse encore. Edward était-il prêt à ça ?
« Contente-toi du présent. » rigolai-je nerveusement.
« Non, je l'ai fait trop longtemps. Bella, j'ai tellement à te dire. Tu m'as manqué et si je n'ai plus donné signe de vie c'est parce que je te croyais heureuse, sans moi, avec Jacob, je ne savais plus si j'avais ma place dans ta vie. »
« Tu l'avais. Tu sais, j'ai même espéré que tu viendrais m'empêcher de me marier. »
« Pourquoi ? » me força-t-il à me confier.
« Je voulais me marier avec toi, je te voulais depuis… toujours je crois. Mais tu ne m'écrivais plus, tu ne répondais pas au téléphone. J'ai tourné la page. En avril dernier, j'ai rencontré ta mère qui m'a dit que tu étais toujours célibataire. J'ai pensé à notre pacte. »
J'aurais sans doute dû me taire, c'était fou de parler d'amour et de mariage à mon meilleur ami du lycée.
« Je suis là maintenant, sourit-il. Il est temps qu'on fasse les choses sincèrement, tu ne crois pas ? »
« Oui. »
« Je t'aime aussi Bella, je suis chez moi avec toi, et nulle part ailleurs. »
Je fermai les yeux rien qu'un instant, bouleversée par son regard brillant et ses paroles. Il m'embrassa et me colla contre lui.
« Je dois y aller. » lâcha-t-il quelques minutes après.
« Déjà ? » boudai-je.
Il s'habilla à la hâte, mes doutes s'insinuèrent dans mon esprit. Avait-il été sincère ou bien avait-il joué avec moi comme il l'avait fait avec, selon la rumeur, des dizaines de femmes.
« Je dois faire ma demande dans les formes. » me dit-il tendrement en voyant ma mine défaite.
« Ta demande ? »
« Je vais t'épouser, Bella Swan, pas parce que nous avons trente ans mais parce que nous sommes faits l'un pour l'autre. »
_oOo_
PDV Jasper
C'était un matin ordinaire, je me levai à six heures du matin, allai faire une demi-heure de musculation, puis une autre de course. Je rentrai chez moi, me douchai, mangeai, j'enfilai mon costume et partis au travail. Ma compagne, Maria dormait jusqu'à 10 heures du matin, elle et moi avions des vies assez différentes.
Il ne se passait pas un jour sans que je me demande pourquoi j'étais toujours avec elle. Parfois j'allais même jusqu'à fouiller dans ma mémoire pour me souvenir d'un jour heureux.
J'avais perdu mes illusions, mes rêves d'adolescent, mes ambitions après la fin du lycée. Trop jeune pour comprendre le monde, trop fier pour me faire aider mais assez intelligent pour ne pas emprunter la voix facile et m'écarter de la délinquance.
Sous mes dehors de gothique, j'avais caché à tous mes désirs de normalité. Je n'étais pas le fils que mon père voulait, il avait mon frère aîné pour satisfaire ses attentes ridicules. Rejeté, j'avais cultivé ma différence jusqu'à devenir un anarchiste, gothique, drogué, sexuellement actif. Je n'avais alors aucune idée de ce que je voulais devenir.
J'avais voulu vivre à New York, puis à Los Angeles, j'avais parcouru le pays sur une vieille moto, mon look changeant à chaque étape. Sans famille ni ami, par ma seule faute, j'avais redémarré ma vie au Nouveau Mexique. Débarrassé de mes erreurs de jeunesse, j'avais travaillé dans un magasin Office Depot, et depuis j'avais monté les échelons jusqu'à devenir gérant. Pas de quoi être fier mais je gagnai suffisamment ma vie pour payer le loyer et les factures.
Maria et moi nous étions connus dans un bar, nous avions passé la nuit ensemble, oubliant ainsi notre solitude. Elle venait d'une famille tout aussi peu soudée que la mienne, nous avions pris le pari de former une famille à deux. L'illusion avait duré un an à peine, vivre avec Maria m'avait révélé sa nature égocentrique et son oisiveté. Jamais je n'avais eu le désir de la demander en mariage, je gardais en tête que je pouvais partir du jour au lendemain, elle également.
Aujourd'hui, je regrettais mes égarements après avoir quitté Forks, mais je n'aurais pas pu faire autrement. Et comme à chaque fois que je pensais à mon démarrage dans la vie, un visage m'apparaissait.
Alice.
À la soirée de fin d'année, nous nous étions enfin vengés de ces idiots qui nous avaient moqués des années durant, ils avaient tous été arrêtés, présentant tous les signes d'une consommation de cannabis. Après avoir commis notre forfait, les autres membres de notre « clan » s'étaient dispersés et Alice m'avait proposé une dernière nuit ensemble.
Des années durant, je lui avais répété que je quitterais Forks dès le lycée terminé, elle n'avait jamais envisagé que je pourrais changer d'avis pour quelqu'un. Elle seule aurait pu me retenir, mieux, partir avec moi. Car Alice non plus ne voulait pas rester dans cette bourgade ennuyeuse, elle rêvait de devenir styliste et se voyait déjà à New York, Paris et Milan.
Après nous être réveillés dans ma chambre, elle m'avait embrassé une dernière fois, m'avait souhaité bon voyage et avait disparu par ma fenêtre. J'aurais du la retenir, lui dire que je n'avais pas couché avec elle par ennui, je l'avais réellement désirée, voulue. Alice et moi aurions dû nous accrocher, je l'avais laissée partir sans lui dire que notre relation méritait une suite, que je voulais la revoir, que je ne voulais pas la quitter.
Être amis et coucher ensemble était de nos jours à la mode, à l'époque du lycée c'était tabou. Mais pour avoir entendu parler de ces relations, vu des films à ce sujet, j'avais un petit espoir. Il y en avait toujours un qui tombait réellement amoureux, et l'autre, dans les versions romantiques, ressentait la même chose. J'avais cru aimer Maria, je savais depuis longtemps que ça n'était pas le cas.
_oOo_
Pourquoi ne partais-je pas ? Un mois après mes trente ans, une semaine après les trente ans d'Alice, je me posais encore la question. Depuis deux semaines, je consultais internet à la recherche d'informations sur Alice, je savais qu'elle vivait à Los Angeles et qu'elle avait une ligne de vêtements qu'elle vendait sur internet. Je cherchais surtout à savoir si elle était mariée ou en couple mais rien de sa vie personnelle n'était connu.
Le lendemain matin, alors que je mangeai dans la cuisine, Maria rentra chez nous en titubant. Elle me vit, s'approcha et me sourit, puis elle plongea sa main dans mon pantalon. Je la stoppai aussitôt, pour la première fois d'ailleurs. Je ne lui donnerai pas un dollar.
« C'est fini, je m'en vais. » annonçai-je.
Je la laissai en plan et montai dans notre chambre. Faire mes valises, effacer toute preuve que j'avais vécu dans cette maison, ne me prit pas plus d'une heure. Maria tenta de me retenir, avec des pleurs puis des menaces, sans aucun effet sur moi.
Je pris la route vers Los Angeles, malgré les kilomètres à parcourir, j'étais serein. J'avais trente ans, je voulais être heureux, je voulais me marier, il ne me restait plus qu'à convaincre Alice.
Je profitai d'une pause repas sur l'autoroute pour envoyer un mail à Alice, je n'avais que l'adresse affichée sur son site internet. Je lui donnai rendez-vous le lendemain soir dans le bar de l'hôtel où je séjournerais quelques jours, au bord de l'océan.
Les heures se traînèrent jusqu'à ce qu'à l'heure dite, Alice pénétra dans le bar. Elle était plus belle que jamais, son look gothique définitivement abandonné. Elle portait une robe rouge vif, de la même couleur que ses lèvres peintes, et des escarpins noirs lui rajoutaient au moins dix centimètres. Elle avait laissé ses cheveux pousser de quelques centimètres, au lieu de sa coiffure ébouriffée, elle avait assagi ses mèches autour de son visage fin.
« Bonsoir Jasper. » me lança-t-elle la première.
Je la contemplai, réellement ébloui et aussi intimidé pour la première fois.
« Tu as eu mon message. » laissai-je échapper un peu bêtement.
« En effet. » rigola-t-elle.
Je remis un peu d'ordre dans mes idées et retrouvai mes bonnes manières.
« Merci d'être venue, Alice. Tu veux boire quelque chose ? »
Elle acquiesça, donna sa commande au serveur puis me regarda sans rien dire. Il était évident que c'était à moi de parler le premier, d'expliquer ma prise de contact après autant d'années. Se souvenait-elle seulement de notre pacte ?
Nos verres furent terminés dans le silence, elle avait bien caché sa nervosité, je ne le découvris que lorsque le serveur s'approcha.
« Euh… mettez ça sur sa note… nous devons y aller. » balbutia-t-elle.
Elle m'avait tellement manqué, sa vivacité, son humour, sa franchise. Elle était certes différente mais n'avait rien perdu de ses qualités. J'avais déjà gâché douze ans, je n'allais plus gâcher une seule minute. En y repensant, j'aurais vraiment dû lui annoncer mes intentions dans ce mail.
« Allons marcher un peu. » proposa Alice.
Je la suivis, elle se dirigeait vers la promenade qui longeait l'océan pacifique. Le soleil s'était déjà couché, peu de gens se promenaient à cette heure-ci à part quelques joggeurs. Alice marchait les bras le long de son corps, il m'était facile de l'effleurer à chaque pas. Finalement je pris sa main et lui intima ainsi de s'arrêter.
« Tu te souviens de notre pacte ? » la questionnai-je sans préambule.
« Bien sûr. Je n'ai rien oublié. » répliqua-t-elle, la mine sombre.
« Je ne suis pas marié… Ça n'est pas vraiment pour ça que je suis venu. Comment dire… » m'égarai-je.
Elle posa une main sur ma joue et me sourit.
« Dis-moi simplement. »
« Je t'aime Alice, je t'ai toujours aimée. Donne-moi une chance. »
Même moi j'étais soufflé par mes mots, et en les prononçant je ne pouvais pas douter de leur véracité. J'aimais ma meilleure amie du lycée, la seule qui avait pu me comprendre à l'époque. Douze ans après, je me souvenais toujours de ces heures où nous avions refait le monde, et ces nuits où elle s'était donnée sans rien me demander en échange.
« Pourquoi as-tu attendu tout ce temps ?! » se lamenta-t-elle en cachant son visage dans ses mains.
« Pourquoi ? Alice, tu ne- »
« Je suis fiancée ! »
« Oh… »
« Depuis une semaine. » précisa-t-elle.
« Eh bien, félicitations. » soupirai-je, le cœur en miettes.
J'arrivais trop tard, beaucoup trop tard.
« Tu le penses vraiment ? » m'interrogea-t-elle en se tordant les mains.
« Oui. »
« Pourquoi… pourquoi maintenant ? »
« Je n'ai jamais pu t'oublier, je n'ai jamais voulu t'oublier en fait. Alice… J'aurais dû revenir plus tôt vers toi mais je voulais faire quelque chose de ma vie avant. Puis j'ai pensé que je n'y arriverais jamais, et que tu m'avais sûrement oublié. Pourtant je devais savoir. »
« Moi non plus je n'ai pas voulu t'oublier, Jasper… Et puis zut ! »
Elle se jeta à mon cou et m'embrassa sans crier gare. Il me fallut quelques secondes pour réaliser son geste et pour répondre à son baiser. Nous gémîmes en cœur, j'étais bouleversé de l'avoir dans mes bras, de goûter enfin à ses lèvres après douze ans à ne faire que me souvenir.
« Je ne veux plus être séparée de toi, Jasper, proclama-t-elle contre mes lèvres. Je ne pourrais pas me satisfaire de sortir avec toi. Tu es venu réclamer ton dû, je vais respecter notre pacte. Je veux me marier avec toi, et personne d'autre ! »
« Mais… et l'autre ? »
« J'ai accepté par dépit, je t'ai attendu des semaines entières, quant tu as eu trente ans, puis quand j'ai eu trente ans à mon tour. Et tu ne m'as pas fait signe alors j'ai cru que toi tu m'avais oubliée. »
« Oh Alice, je suis tellement désolé. Tu es sûre de me vouloir ? »
Je me maudis aussitôt de lui offrir une porte de sortie. Elle ne relâcha pas son étreinte, moi non plus.
« Jasper, je suis plutôt certaine d'avoir été amoureuse de toi au lycée, je sais que je n'ai ressenti ça pour aucun autre homme, non pas que j'en ai connu beaucoup au passage. Et je suis plutôt certaine d'être toujours amoureuse de toi. »
« Merci mon dieu ! » m'écriai-je en la soulevant pour la faire tournoyer en l'air.
Son visage radieux transperça mon âme, il chassa toutes les ombres et je voyais enfin le bout du tunnel. Elle me donnait une chance de la rendre heureuse, elle m'aimait, elle me voulait encore. J'étais l'homme le plus chanceux au monde.
Mais trop vite, son sourire mourut, je la laissai toucher le sol et posai mes lèvres sur son front. Qu'avait-elle ?
PDV Alice
J'avais besoin de lui dire, de lui raconter tout. Mais comment le prendrait-il ? Allait-il s'enfuir en criant ? Me reprocher de ne pas l'avoir cherché ? Depuis la fin du lycée, je n'avais pas eu une vie facile. Nous avions, lui et moi, traversé des épreuves similaires, relevé des défis peu gratifiants et construit une vie bancale.
J'avais sous les yeux le vrai Jasper, celui que je n'avais fait qu'apercevoir quelques fois à Forks, au temps du lycée. Dans le costume de monsieur-tout-le-monde, ses cheveux naturellement blonds plus courts qu'avant, ses yeux bleus perçants qui n'avaient plus besoin d'être soulignés, il était toujours le même.
« Dis-moi ce qu'il y a ? » me pressa-t-il.
« Je ne sais pas par où commencer. »
« La dernière fois que je t'ai vue- »
« J'étais encore sur mon nuage de marijuana, sur mon nuage post orgasmique, dans un monde meilleur. » plaisantai-je pour gagner du temps.
« Si je me souviens bien, tu devais travailler tout l'été dans ce magasin à Port Angeles et partir à l'automne à New York pour intégrer une école de stylisme. »
« Il y a eu un changement de programme… J'y suis allée un an plus tard. J'ai vécu ensuite trois ans à Paris, cinq en Italie, c'était super. En revenant aux Etats-Unis, j'ai travaillé avec Rosalie Hale, tu te souviens d'elle ? »
« Cette pimbêche ? »
« Elle a changé, elle m'a aidée à me faire un nom. »
« Eh bien… les miracles se produisent. » rigola-t-il.
Il continua à marcher nonchalamment sur la jetée, soudain il se stoppa et je l'imitai.
« Que s'est-il passé ? Pourquoi tu n'as pas pu aller à New York comme prévu, après le lycée ? »
J'inspirai profondément, il était temps de le lui dire, même si ça ne changerait rien au présent. C'était un secret vieux de douze ans trop tard, j'étais soulagée de pouvoir le partager avec lui.
« Je suis tombée enceinte… de toi. Je l'étais déjà quand tu es parti mais je ne l'ai su qu'un mois après ton départ. »
Il parut horrifié, désolé, sur le point de dire quelque chose aussi mais rien ne sortit avant une minute au moins.
« Pardonne-moi, si seulement je n'étais pas parti comme un voleur, sans te laisser un moyen de me contacter, j'aurais pu- »
« Ça n'aurait rien changé, le coupai-je. Je suis restée à Port Angeles, j'ai vraiment voulu te retrouver mais je ne savais pas par où commencer et je n'avais pas beaucoup d'argent. Je me suis dit que tu m'écrirais peut-être. »
Jasper se laissa tomber sur un banc, il me prit la main quand il remarqua que j'étais restée debout.
« Mon Alice… »
Il posa ses mains sur mes joues et m'embrassa encore. Quand il goûta mes larmes, il se raidit, alerte et inquiet.
« J'ai fait une fausse couche à sept mois de grossesse. » murmurai-je, ne pouvant pas parler plus fort à cause de cette familière boule dans la gorge.
Jasper se mit à pleurer à son tour, il me serra fort contre lui et passa un long moment à me bercer, à me dire qu'il m'aimait et qu'il serait désormais toujours là pour moi.
« C'était un garçon, je l'ai appelé John Jasper Brandon. Son petit cœur ne s'est pas correctement développé, il n'y avait rien à faire. » lui révélai-je, un peu plus calme mais toujours en pleurs.
Il m'enlaça encore, cala ma tête dans le creux de son cou.
« Tu es si brave, mon Alice, me dit-il plus tard en me suivant jusqu'à ma voiture. Je suis très fier de toi. Et maintenant tu vis ici, à Los Angeles ? »
« Ça n'est qu'une étape. Mon site internet marche bien, je peux vivre où je le veux et L.A ne me plaît plus. Je n'ai besoin que de peu de choses pour créer, je peux être n'importe où. »
« Recommençons ensemble du début, mon amour. » proposa-t-il, faisant écho à mon vœu le plus cher.
Le baiser qu'il me donna ensuite raviva mon cœur qui se mit à battre avec plus de vigueur que jamais. Les jours sans joie étaient terminés, malgré mon petit garçon qui n'avait pas pu rester avec nous, je pourrais être heureuse avec Jasper et fonder une famille.
_oOo_
PDV Emmett
Je m'en voulais de débarquer comme ça, j'avais traqué Rosalie sur internet depuis ma cellule. Après ma libération, j'avais travaillé deux mois pour réunir assez d'argent et voyager jusqu'à Los Angeles.
J'avais raté ma vie, je l'avais accepté. J'étais prêt à changer les choses et s'il y avait une chose que j'avais apprise en prison, c'était de ne pas regarder constamment en arrière. Bien sûr, il me resterait des regrets toute ma vie, comme de m'être laissé entraîner dans les paris truqués à l'université puis dans le trafic d'amphétamines.
Après l'université, j'avais été engagé dans une équipe de Floride, j'avais quitté San Francisco et la pluie sans tristesse pour Miami. J'avais pris la grosse tête et quand je m'étais blessé deux ans après, j'avais perdu ma place dans l'équipe. Je devais continuer à assurer mon train de vie et il n'avait pas fallu longtemps pour qu'un trafiquant me fasse une proposition en or. Ça avait duré près de cinq ans, entre temps j'avais repris ma carrière mais dans une équipe de deuxième division.
J'avais été balancé par une de mes ex-petites amies, condamné à un an ferme et à une amende qui m'avait dépouillé de mon argent sale. Depuis j'avais fait mea culpa, repris contact avec ma famille et mes amis qui avaient renouvelé leur soutien indéfectible. Pourtant il n'y avait qu'une personne avec qui je voulais vraiment renouer : Rosalie Hale.
Elle m'avait rendu fou plus d'une fois. Nous étions sortis ensemble une semaine au collège, vite séparés car elle avait un sacré caractère et que j'étais trop jeune pour endurer ces caprices de nana. Le lycée nous avait donnés l'occasion de passer un peu de temps ensemble et nous étions devenus amis. Sans ce Royce King, j'aurais retenté l'expérience.
Je savais désormais avec certitude que Rosalie était devenue la femme qu'il me fallait. Le problème était qu'elle ne le savait pas. Il y avait un risque qu'elle m'ait oublié mais j'avais pour moi sa promesse arrachée douze ans plus tôt.
Mes sœurs Dina et Caroline étaient au courant de mon plan, elles me soutenaient que se marier puis tomber amoureux n'arrivait que dans les films. Surtout, elles ne croyaient pas du tout que j'avais une chance avec Rosalie. Sa carrière de mannequin avait été réussie mais en tant qu'actrice, elle n'avait pas percé. Depuis trois ans, elle avait disparu de la presse people et des podiums après une décennie au top. Elle avait été fiancée trois fois au fil des années mais ne s'était jamais mariée.
Et voilà que j'étais devant son portail, caché dans les arbustes en attendant qu'elle rentre chez elle. Au bout de deux heures, enfin sa voiture s'engagea dans l'allée et je me faufilai à temps avant que le portail ne se referme.
J'attendis deux minutes, montre en main, avant de sonner à sa porte. Quand elle m'ouvrit, mon cœur s'arrêta de battre quelques secondes. Elle était toujours aussi belle, le temps n'avait fait que parfaire sa beauté. Elle s'était figée comme moi, son téléphone à la main.
« Bonjour Rosie. »
« Emmett. »
« Tu te souviens de moi. » soupirai-je, soulagé.
Elle me sourit enfin et je ne voulus plus me retenir, je l'enveloppai dans mes bras. Elle me serra aussi fort que je le faisais.
« Comment tu as fait pour entrer ? » s'alarma-t-elle ensuite.
« J'ai fait le pied de grue pendant deux heures, je suis rentré quand tu es arrivée, ne m'en veux pas. J'avais besoin de te voir. »
Je pris son visage en coupe et la dévisageai sans retenue.
« Pourquoi ? » murmura-t-elle.
« Pour te rappeler le pacte. »
« Emmett, on ne s'est pas vu depuis- »
« Je sais, c'est fou, inattendu et je suis en avance, ton anniversaire n'est que dans deux semaines. Rosalie, j'ai foiré royalement ma vie, je ne veux rien te cacher. Je ne veux plus de regrets, je ne veux plus faire fausse route. Je te veux… depuis longtemps, depuis le lycée. Tu es trop bien pour moi mais je t'en supplie donne moi ma chance. »
Elle alla s'asseoir sur son canapé de cuir blanc, posa son téléphone à côté d'elle, resta silencieuse. Je me mis à genou devant elle et lui racontai mes erreurs de parcours et mes résolutions.
« En prison ? Ça n'a pas été trop dur ? » me demanda-t-elle plus tard.
Je ne lui raconterai jamais cette année derrière les barreaux.
« J'ai eu beaucoup de temps pour réaliser que j'avais foiré sur toute la ligne. Ça m'a servi de leçon, je te jure, je suis enfin redevenu moi-même. »
« Emmett, je ne sais pas quoi te dire. »
« Dîne avec moi demain soir. »
Elle secoua la tête comme si j'avais dit une absurdité, je ne me laissais pas démonter.
« Je passe chez toi à dix-neuf heures. » insistai-je.
« Tu ne t'es pas dit que j'étais peut-être avec un autre ? » tenta-t-elle sérieusement même si ses yeux, eux, révélaient sa farce.
« Tu m'as rembarré assez souvent quand tu étais avec Royce, si tu étais avec quelqu'un, tu me l'aurais déjà dit. Tu ne m'aurais pas laissé te toucher. »
Pour lui prouver encore que je la connaissais plus qu'elle ne le pensait, je caressai délicatement l'ovale de son visage puis posai ma main sur sa joue. Elle ferma les yeux et laissa échapper une larme.
« Tu connaissais l'ancienne Rosalie. » grommela-t-elle en s'écartant.
« Je sais que tu n'es pas si différente que ça. »
« Emmett… je n'ai pas eu la vie que j'espérais, ma carrière est au point mort et je… Je suis passée aussi par de très mauvais moments. »
« Alors recommence ta vie avec moi. » proposai-je simplement.
Rosalie échappa à mon regard puis se leva pour aller nous chercher à boire, du jus de pêche, son préféré.
« Demain soir ? » tentai-je après avoir bu mon verre.
« Tu mérites mieux que moi… ce que j'ai fait pour réussir me hante. »
« Tu n'as tué personne. » devinai-je sans hésitation.
« Non. »
« Je ne sais rien de ce milieu, je me doute que ça n'est pas rose. Mais tu sais qu'avec moi tu n'as pas à tricher. »
Je voulais qu'elle se sente en sécurité avec moi, qu'elle me fasse confiance. Le mieux était de lui donner un peu de temps seule. Je sortis de ma poche un morceau de papier.
« Voici mon numéro, appelle-moi demain. Je veux te revoir Rosalie. »
« Ok… je t'appelle demain. »
Elle me raccompagna à sa porte puis jusqu'au portail.
« Le pacte tient toujours au fait. » ajoutai-je en lui faisant un clin d'œil.
Rosalie roula des yeux et retourna chez elle sans se retourner. J'avais réussi la première étape même si je n'avais pas osé lui dire que je l'aimais.
PDV Rosalie
J'étais secouée par ces retrouvailles, émue et perdue. Emmett ne m'avait pas oubliée, il me désirait auprès de lui, et plus fou encore, il voulait me faire respecter notre pacte. C'était si absurde ! Nous n'étions que des gamins alors, ce pacte ne valait rien.
Après mon arrivée à L.A, j'avais fait la sourde oreille et pas même ma famille n'avait su où je me trouvais. Quand j'avais signé mon contrat, je leur avoué mes projets, de mes amis, je n'avais prévenu qu'Emmett. Nous nous étions rapidement perdus de vue… par ma faute.
Son histoire m'avait vraiment touchée, son parcours aurait pu le mener vers une fin rapide et tragique. Même s'il m'avait évité les détails sordides, je me doutais que ça avait été très difficile et il s'était sorti de son enfer, je l'admirais pour cela. Et évidemment que je voulais de lui dans ma vie, mais comment ?
Mon téléphone sonna, je me souvins qu'avant qu'Emmett ne sonne chez moi, j'étais en pleine conversation avec mon agent, Carmen.
« Qui était-ce ? » me demanda-t-elle dès que je décrochai.
« Emmett Mc Carthy, on était au lycée ensemble. » dis-je en regardant par la baie vitrée Emmett sortir de ma propriété de Bel Air.
« C'est génial ! » s'exclama Carmen, me faisant sursauter.
« Pourquoi tu dis ça ? »
« Rosalie, épouse-le à Vegas ce weekend ! » s'exclama-t-elle, surexcitée.
« Carmen de quoi tu parles ? »
« J'ai tout entendu, ta manie de ne pas raccrocher, ma belle… Enfin bref, épouse-le. »
« Je ne l'ai pas vu depuis douze ans. »
« Et alors ? Ça va te relancer ! À l'automne tu pourrais être dans le jury de l'émission « The Next Top Model » ! Imagine la une des journaux people : Rosalie retrouve son amour de jeunesse et l'épouse en secret à Las Vegas. Non ! Va à la Barbade, ce sera plus romantique, lui et toi sur la plage. Il est très mignon ! »
« Mais comment tu le sais ? »
« Je l'ai cherché sur le net. »
« Il sort de prison. » contrai-je, pensant que mon agent changerait d'avis.
« Justement c'est parfait, un bon vieux scandale. »
« Écoute, Carmen, je ne pense pas que ce soit juste envers lui. »
« Il t'a dit qu'il était amoureux de toi- »
« Non, il n'a pas dit ça. »
« C'était sous-entendu ! râla-t-elle. Tu as travaillé dur pour te sortir de la drogue, tu as besoin d'être avec quelqu'un et tu ne pourras pas dégoter un jeune acteur. Ils ont été sous ton charme il y a encore quelques années mais la roue a tourné, il est temps qu'elle tourne encore, mais cette fois-ci en ta faveur. »
« Non, non, je ne peux pas. J'aurais dû lui dire que je n'étais plus la même et qu'il serait mieux sans moi. »
Je lui raccrochai au nez ensuite, Carmen était si têtue, je n'en avais pas fini avec son idée ridicule.
_oOo_
Le lendemain soir, Emmett vint me chercher en vélo tandem, un panier rempli de nourriture.
« Un pique-nique, c'est très inattendu. » soulignai-je en regardant ma robe étroite.
« Je sais que tu es habituée à une vie de princesse. Un peu de changement ne peut pas te faire de mal. Va donc te changer. »
Habituellement je ne me changeais pas aussi vite, aujourd'hui, dès que j'eus fermé la porte, je courus enfiler un jean et un t-shirt. Le sourire dont il me gratifia en me voyant sortir de chez moi et courir vers lui resterait à jamais gravé dans ma mémoire.
Il nous conduisit jusqu'au Getty View Park, nous faillîmes tomber une dizaine de fois et rigolâmes sans arrêt. Tout s'effaçait avec lui, les années de solitude et de regrets, la certitude que ma vie était finie. Respirer était plus simple avec lui, sourire et parler était naturel, et manger n'était plus une corvée. Emmett était toujours aussi glouton que dans mon souvenir, toujours aussi joyeux et drôle.
Il ne me parla pas du pacte, je devais admettre que j'étais déçue. Que voulait-il de moi ? J'avais déjà écarté l'hypothèse d'une demande d'argent, et il ne s'intéressait pas à la célébrité.
Après avoir parlé du lycée et de nos bons moments, ne mentionnant alors pas une seule fois mes soi-disant amies et Royce, Emmett me questionna sur mes regrets des dernières années. Il m'avait tout dit de lui, c'était à mon tour de me confier.
« J'ai tout fait pour me protéger, je savais qu'on essaierait d'abuser de moi, je n'avais que dix-huit ans. Mon premier agent était adorable, elle a vu mon potentiel mais son agence n'était pas réputée. Je me suis laissée acheter par une autre après deux ans de galère. Le nouvel agent a été très clair, il fallait que je… que je donne de ma personne. »
Emmett posa une main sur sa bouche, se retenant sans doute de jurer. Il n'était même pas dégouté par moi, ses yeux n'exprimaient que de la compassion.
« Les années sont passées et j'ai joué le jeu, enchaînai-je. J'ai été heureuse, solitaire mais heureuse, et tout ce que j'ai dû faire pour y arriver, je l'ai enfermé en moi. Un jour ça a été trop, une de mes soi-disant amies a voulu déballer ma vie aux médias. La bataille juridique m'a laissé un gout amer alors pour oublier j'ai commencé à boire, puis fumer, puis je suis passée aux drogues dures. Ça n'a pas duré plus que quelques mois, mais guérir a été long. »
« J'aurais tellement voulu être là pour toi. »
« C'est gentil. »
Il me prit la main pour la serrer tendrement.
« Tu sais que ton agent m'a appelé hier soir ? » me demanda-t-il plus tard en remballant les restes du pique-nique.
« Quoi ? »
« Elle est du genre directe, hein ? »
« On peut dire ça, en effet. » pestai-je.
« Je veux bien t'aider à relancer ta carrière. Mais je préfèrerais que tu m'épouses parce que tu le veux, pas parce que tu le dois. »
« Emmett, tu es fou… On ne se marie pas sur un coup de tête. »
« Bien sûr que si ! Mes parents se sont mariés au bout d'une semaine, ils sont toujours ensemble et amoureux. »
« Mais ça ne marche pas toujours, contrai-je. Les temps ont changé et- »
« Je t'attendrai à l'aéroport vendredi. »
« De quoi parles-tu ? »
« Carmen a tout arrangé, j'ai mon billet d'avion pour la Barbade, viens et épouse-moi là-bas. Je ferai tout pour te rendre heureuse. »
Et le vendredi midi, j'entrai dans l'aérogare, de grosses lunettes de soleil sur le nez et mes cheveux cachés sous une casquette. L'enregistrement était bientôt terminé, aussi je dus courir, soudain terrorisée de rater la meilleure opportunité de ma vie.
J'avais beaucoup tergiversé, j'avais enchaîné deux nuits blanches, j'avais réfléchi à la proposition d'Emmett et celle de Carmen sans arrêt. Ça n'était pas ainsi que j'avais imaginé me marier. Pourtant en apercevant Emmett faire les cent pas, mes doutes s'évaporèrent, je faisais le bon choix, pour moi et pour lui. Ma carrière ne m'importait plus autant désormais.
« Emmett ! » m'écriai-je à trente mètres de lui.
Il se tourna vers moi et son visage se fendit d'un immense sourire. Il écarta les bras et je courus le plus vite possible pour me laisser enfermer. Il m'écrasa contre lui, m'embrassa férocement.
« On n'est pas obligé de se marier à la Barbade, sans nos familles. » lui dis-je après.
« On se marie où tu veux mais vite alors ! Je t'aime, Rosie. »
« Moi aussi, Emmett, pardonne-moi d'avoir douté. »
« Tu n'as pas peur ? »
« Plus jamais je n'aurais peur si tu restes avec moi. »
La Gazette de Forks
Numéro 546 – Décembre 2014
Publication des bans
Rosalie Hale et Emmett Mc Carthy
Se marieront
Le samedi 6 décembre à 11h
En l'église de Forks
Isabella Swan et Edward Masen
Se marieront
Le samedi 13 décembre à 16h
En la mairie de Forks
Marie Alice Brandon et Jasper Whitlock
Se marieront
Le samedi 20 décembre à 14h
En l'église de Forks
FIN
J'espère que cet OS vous a plu !
