André tournait comme un lion en cage. Vingt-quatre heures ! Cela faisait vingt-quatre putain d'heures qu'elle avait disparu ! Et personne n'était foutu de la retrouver ! Il en était malade d'inquiétude. Alain était chargé de mener les recherches et il lui avait avoué son impuissance. Il n'y avait absolument aucune trace d'elle, nulle part. Ses deux téléphones avaient été retrouvés dans une poubelle et ce quartier ne disposait d'aucune caméra de surveillance.
Il avait été à deux doigts d'être violent avec son ami et d'un commun accord, ils avaient préféré qu'André rentre chez lui, il ne pourrait rien faire au commissariat de toute façon. Il fut tiré de ses sombres pensées par la sonnette d'entrée. Il ouvrit la porte à un Alain décomposé. Ses jambes ne le tenaient plus, ce visage annonçait forcément une mauvaise nouvelle.
« Est-elle … ?» il n'arriva même pas à terminer sa question, s'appuyant contre le chambranle de sa porte d'entrée sans quoi il se serait effondré.
« Borelli s'est évadé. » fut tout ce qu'Alain fut capable de lui dire.
André ferma les yeux, se rappelant le profond dégoût d'Oscar pour cet homme qui avait juré qu'il la violerait un jour. Il devait être fort pour elle, maintenant qu'ils avaient une piste, ils devaient unir leurs forces pour la retrouver.
« Je suppose que ce n'est pas une simple coïncidence … » traina-t-il.
« J'ai ordonné que toutes ses planques connues soient fouillées. Mais rien pour l'instant. » lui confia son ami policier.
« Depuis combien de temps est-il dehors ? » demanda André, se disant que la réponse allait probablement lui déchirer le cœur.
« Environ une heure, … André, on va la retrouver je te le jure, il ne la touchera pas ! » Alain était farouchement convaincu qu'ils arriveraient à temps.
Cela redonna un peu de moral à André. « Qu'avons-nous pu louper dans cette affaire ? » demanda-t-il. Il avait eu accès au dossier au moment où il s'était retrouvé commis d'office pour le défendre, mais ne voyait rien qui pourrait indiquer quoique ce soit concernant une éventuelle planque.
Ils tournèrent en rond un instant, chacun plongé dans ses réflexions et ses suppositions.
« Tu m'as parlé de ses planques connues, mais combien d'autres peut-il potentiellement avoir ? Je suppose qu'il doit se douter que vous en connaissez certaines non ? » demanda André.
Alain le dévisagea, « évidemment, mais comment veux-tu que je les trouve ? A une époque on avait même tenté d'infiltrer sa bande et de lui en suggérer quelques-unes via notre taupe… »
« Fais les fouiller ! » ordonna André d'un ton qui ne laissait aucune autre réponse possible.
Alain eut soudain une fulgurance. « Attends, Oscar avait même fait une demande pour faire installer une surveillance dans l'une des planques que les profileurs avaient choisies comme étant l'une de celles que Borelli prendrait probablement ! On a peut-être même encore des micros en place ! »
Sans un mot, il sorti en trombe de l'appartement, suivi par André qui claqua la porte derrière lui, n'ayant même pas pris la peine d'enfiler un manteau.
Le trajet vers le commissariat fut ultra rapide, Alain n'hésitant pas une seconde à utiliser le gyrophare de son véhicule afin d'aller plus vite. Il convoqua immédiatement ses capitaines dans le bureau d'Oscar et l'information fut rapidement trouvée mais malheureusement l'équipement de surveillance demandé par Oscar avait été désactivé il y a quelques mois suite au manque de résultat constaté. Il y avait trois planques possibles. Plusieurs équipes furent envoyées simultanément afin de gagner du temps.
« A ton avis c'est laquelle des trois ? » demanda André.
« Oscar était persuadée qu'il choisirait celle de Conflans Sainte Honorine. Elle est située en bord de Seine, près d'un dépôt de sable et de gravats de travaux. C'est isolé, ça donne plusieurs possibilités d'évacuation … » Alain se stoppa, relevant la tête pour regarder André.
« On y va ? » lui proposa-t-il.
« Et comment qu'on y va ! » trancha André, le regard d'une dureté qu'Alain n'avait jamais vue avant. « Donne-moi une arme, » exigea-t-il.
Alain le dévisagea, partagé entre la compréhension qu'il avait de son envie de tuer l'homme qui menaçait Oscar, mais tenaillé par le devoir que son grade lui imposait. Néanmoins l'homme était dangereux … mais André n'était pas habilité …
« J'ai un permis de port d'arme si ça peut te tranquilliser, » lui dit André avec une froide détermination. Bien trop froidement d'ailleurs, une dureté inhabituelle se lisait sur son visage. Alain soupira et lui tendit une arme qu'il avait prise dans le tiroir du bureau d'Oscar. « Promets-moi de n'en faire usage qu'en cas de danger. » lui dit-il le regardant droit dans les yeux.
André prit l'arme, mais se garda bien de lui répondre et encore moins de lui faire la moindre promesse qu'il s'avait d'avance ne pas pouvoir tenir.
Ils foncèrent tous les deux, gyrophare et sirène hurlante, Alain conduisait, les traits tendus, zigzaguant à toute allure entre les files de véhicules qui encombraient la circulation francilienne. André gardait les mâchoires serrées à s'en faire mal. La vie et l'honneur de sa femme étaient en jeu !
Lorsqu'enfin ils s'approchèrent de la planque, il stoppa évidemment toute sirène et gyrophare. La brigade d'intervention qu'il avait réclamée venait également d'arriver. André insista pour participer à l'assaut, Alain, sachant qu'il n'en démordrait pas préféra le garder à ses côtés. Juste avant de donner le signal de l'assaut, il reçut un message de l'une des autres équipes : ils avaient fait chou blanc, la planque était définitivement vide.
Communiquant par des signes maintes fois répétés, l'escouade avançait lentement mais sûrement, des éclaireurs s'étant déjà positionnés au plus près de l'entrée afin d'étudier les lieux et de déposer des micros ainsi que des caméras.
Alain expliqua brièvement le protocole d'assaut à André qui acquiesça rapidement. S'il devait être honnête il devrait dire qu'il s'en contrefichait. Seule la libération d'Oscar … avant que le pire n'arrive, comptait à ses yeux.
A un signal d'Alain, l'assaut s'accéléra et la porte du portail du jardin qui était situé à l'arrière de la maison sauta. André s'étonna que l'explosion n'ait pas causé un bruit assourdissant mais il se reconcentra bien rapidement sur l'avancée des policiers. Alain l'avait autorisé à participer, mais positionné à l'arrière et équipé de la même carapace que les autres : un gilet pare-balles qui pesait le poids d'un âne mort ainsi que d'un casque. Il pestait contre Alain qui l'avait obligé à enfiler tout ça car il n'y était absolument pas entrainé et cela le gênait plus qu'autre chose.
La brigade d'intervention avait pratiquement totalement investi le bâtiment, arrêtant vraisemblablement quelques personnes s'il en jugeait par les cris des policiers qu'il entendait. Il était sur le point de pénétrer à son tour dans cette maison maudite lorsqu'il entendit un cri de douleur qui lui remua les entrailles. Oscar !
