Hey!

Très guimauve ce chapitre.... mais pas trop quand même. Le titre vient toujours du poème de TS Elliot The Hollow Men.

Enjoy et review^^


Chapitre 26 : Under the twinkle of a fading star…

« Je ne veux pas te vexer, Granger, mais ça n'a rien d'une forêt. »

Et ça n'était pas un mensonge. Le paysage plat qui s'étendait à perte de vue autour d'eux était presque totalement dépourvu d'arbres. Ou de végétation. La terre était asséchée par l'hiver et toutes les plantes étaient mortes. Où diable les avait-elle faits atterrir ?

« Je pensais que ce serait trop dangereux de se transporter directement à Freun. » répondit la jeune fille en se relevant du sol où elle s'était lamentablement échouée.

Draco dissimula un sourire moqueur. Les Sang-de-Bourbe et leur incapacité à prendre un portoloin sans se ridiculiser… Enfin, elle avait tout de même réussi à en créer un. Il n'était pas certain de l'endroit où la timbale les avait amenés mais au moins, il n'y avait pas de Mangemorts.

« Où sommes-nous ? » demanda-t-il tandis qu'elle observait les environs.

Il décida immédiatement que la légère rougeur sur ses joues n'était pas bon signe, et sentant confusément qu'il n'allait pas aimer la suite, il espéra simplement qu'il parviendrait à dominer son mauvais caractère.

« Je ne suis pas… certaine. »

Prenant une grande inspiration, Draco se força à tenir ses bonnes résolutions. Mais quand son regard se porta sur le désert dans lequel ils se trouvaient, quand le vent frais passa au travers du fin Tee-shirt à manches longues qu'il portait, hérissant les poils de ses bras, la terreur qu'il avait ressentie quelques minutes auparavant se mua en colère.

« Pas certaine ? » répéta-t-il dans un sifflement furieux. « Pas certaine dans le sens, on est tout près mais je sais pas vraiment de quel côté aller, ou pas certaine dans le sens on est totalement perdus ?! »

Elle ne sembla pas apprécier son explosion. Malheureusement son air mécontent ne fit que l'exaspérer davantage. Voilà ce qu'on gagnait à faire confiance à des Sang-de-Bourbe… On mourrait de froid.

« J'ai programmé le portoloin pour nous amener vers le village Moldu qui se trouve à côté de Freun. Il ne nous reste qu'à le trouver. » répondit-elle sèchement tandis qu'il sortait sa baguette pour jeter un sort qui le protégerait du froid et de la pluie fine qui commençait à dégouliner.

Il n'eut pas le temps de seulement commencer à marmonner le sortilège qu'elle lui arrachait la baguette des mains.

« Qu'est ce que tu fais ?! » s'exclama-t-il et il fut brusquement reconnaissant envers sa mère de lui avoir maintes fois répété qu'il ne fallait jamais, sous aucun prétexte, frapper une femme.

« On ne peut pas utiliser de magie. » souffla-t-elle, une buée blanche se formant devant sa bouche à chaque mot. « Ils nous repéreraient tout de suite. On ne peut pas faire de magie avant d'être dans la forêt. »

« Tu plaisantes ?! »

Elle secoua la tête.

« Granger, on va mourir de froid sans magie. » observa-t-il calmement, en jetant un regard critique sur le pull fin qu'elle portait.

Il faisait chaud au Square Grimmaurd, les multiples cheminées leur assuraient un confort permanent. Et ils n'avaient pas vraiment eu le temps d'enfiler des vêtements chauds avant de s'enfuir. Draco n'était pas un spécialiste mais il voyait les défauts flagrants de leur plan.

« On risque tout autant de mourir s'ils nous retrouvent. » contra-t-elle.

Et Draco manqua hurler qu'il préférait mourir baguette à la main que recroquevillé dans un fossé, mais quelque chose dans sa posture l'arrêta. Elle avait croisé les bras devant sa poitrine et se balançait d'un pied sur l'autre, tentant de lutter contre la température qui chutait rapidement. Et brusquement, elle lui sembla bien fragile. Un peu trop pour qu'il l'accable davantage.

« D'accord. » acquiesça-t-il rapidement. « D'accord. »

Elle sembla surprise mais ne commenta pas.

« Il faut marcher. » déclara-t-il. « Bouger avant de geler sur place. Il est par où, ton village ? »

Quand elle grimaça en signe d'ignorance, il leva les yeux au ciel. Ca s'annonçait bien…

En soupirant, il récupéra sa baguette et la cala dans son pantalon, la dissimulant sous son pull. Il jeta un coup d'œil à la jeune fille qui le dévisageait avec incertitude et haussa les épaules.

« Tu attends quoi, Granger ? »

La Griffondor secoua la tête, visiblement irritée et commença à avancer. Il la suivit sans plus discuter. Ils ne savaient pas où ils allaient, il faisait un froid de canard et ils ne pouvaient pas utiliser la magie, mais où était le problème ? Rien de plus revigorant qu'une longue, très longue, marche sous la pluie quand l'orage menaçait et qu'une poignée d'heures les séparaient du coucher du soleil…

« On dirait un chemin… »

Trop occupé à ruminer dans son coin, en tentant d'ignorer les élancements douloureux dans son épaule blessée, depuis presque une heure, Draco sursauta à la voix inhabituellement rauque de Granger. Il avait remarqué plus d'une fois que les filles étaient plus sensibles au froid que les garçons de son âge mais jamais il n'avait compris à quel point c'était vrai. Il était gelé, mais elle semblait pire que lui.

Ses joues et ses oreilles étaient rouges, elle n'arrêtait pas de renifler et avait placé ses mains sous ses aisselles pour les maintenir au chaud.

« Ca va, Granger ? » demanda-t-il, légèrement inquiet. Et il s'étonna que sa propre voix paraisse si distante, si… grave. Oh, misère… Ils allaient mourir de pneumonie…

Elle sembla surprise qu'il pose seulement la question mais hocha néanmoins la tête. C'était un mensonge, ils le savaient tous les deux, mais Draco ne voyait pas quoi faire d'autre que faire semblant de la croire.

« On dirait un chemin. » répéta-t-elle, en désignant une sorte d'ombre au loin.

En plissant les yeux, le Serpentard finit par repérer ce qui semblait être un vieux panneau d'indication en bois. Un sursaut d'espoir monta en lui et il sourit, attrapant le bras de la jeune fille et la forçant à avancer plus vite. Si seulement ils pouvaient arriver au village… Il se contenterait des Moldus…

« Dépêche-toi. Je sens déjà la bonne odeur de la soupe et du feu de cheminée… »

Granger laissa échapper un petit rire moqueur mais accéléra quand même le pas.

« Tu es comme Ron, tu ne penses qu'à manger. »

« Sois gentille, ne m'insulte pas. » Et avant qu'elle ait pu répliquer, il explicita. « Et me comparer à la belette est une insulte. »

Il s'attendait à ce qu'elle défende son ami, au lieu de ça, elle sembla attristée. Attristée et inquiète.

« Tu crois qu'ils s'en sont sortis ? Tous les autres… On n'aurait pas dû les laisser… »

Le temps qu'elle ait fini d'exprimer des regrets que Draco jugeait inutiles –ils avaient fait ce qu'ils devaient faire pour assurer leur survie- ils étaient arrivés devant le panneau. Et le cœur du Serpentard sombra dans sa poitrine.

Un kilomètre jusqu'au village, un et demi jusqu'à la forêt.

Aucune chance qu'ils y arrivent avant que l'orage éclate.

« Je crois que ça ne fait pas grande différence, Granger. » répondit-il amèrement.

Il entendit son sanglot étouffé et ferma les yeux. Elle était fatiguée, il l'était aussi. Elle voulait s'asseoir et pleurer, honnêtement, il voulait la même chose mais il se passerait des siècles avant que Draco Malfoy ne cède à une faiblesse quelconque. Du moins en public.

Maintenant, ils avaient deux choix.

Soit ils continuaient, avançaient vite et bien et parvenaient à la forêt où avec un peu de chance ils rencontreraient l'un des leurs, avant la nuit, soit ils restaient là et se laissaient mourir de froid. Pour lui, c'était clair.

« Allez, Granger. » soupira-t-il, en recommençant à marcher.

Mais elle ne le suivit pas et il s'arrêta au bout de quelques secondes, se tournant vers elle, un sourcil levé pour marquer sa perplexité. Ne se rendait-elle pas compte que le temps pressait ?

« Je n'y arriverai pas. » déclara-t-elle. « C'est trop loin. Je suis trop fatiguée. »

Un découragement profond s'abattit sur Draco. Ce n'était pas le moment et il n'avait jamais été doué pour ce genre de choses.

« Bouge tes jolies fesses, Granger. » ordonna-t-il fermement.

Elle secoua la tête, des larmes fraîches roulant sur ses joues et se mêlant à la pluie drue qui leur tombait dessus. Brusquement, il se demanda combien était des gouttes de pluie et combien avait été des pleurs alors qu'il lui imposait un rythme de marche éreintant. Ce qui n'était pas compliqué pour un garçon de son âge et avec son physique l'était probablement beaucoup plus pour une fille comme Granger.

Mais pourquoi n'avait-elle rien dit ?

Peut-être parce qu'elle avait peur qu'il l'envoie paître une nouvelle fois.

« Tu n'as qu'à y aller. » proposa-t-elle. « Et ensuite revenir me chercher avec… »

« Je reviens chercher quoi ? Ton cadavre ? » coupa-t-il, avant qu'un sourire méprisant étire ses lèvres. « Alors c'est ça le prétendu courage des Griffondors ? C'est ça qui vous rend tellement supérieurs aux autres Maisons ? Tu me fais pitié, Granger. »

Il se détourna et reprit sa route, espérant qu'elle se mettrait suffisamment en colère pour le suivre. Il n'avait pas d'autre idée. La cajoler pour qu'elle se remette en marche… il ne saurait pas le faire. La provoquer, c'était dans ses cordes. Une minute plus tard, elle était à ses côtés, la tête haute et le regard fier.

Draco ne put empêcher un sourire satisfait de faire son apparition.

« Ne me parle plus jamais comme ça ou Voldemort sera le dernier de tes soucis. » lâcha-t-elle en réponse au rictus.

Il admirait et craignait à la fois cette capacité qu'elle avait à prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres sans trembler ou seulement flancher. Lui, ne s'y aventurerait jamais. Et si d'ordinaire, il l'aurait reprise avec véhémence, là, dans la campagne reculée, les éclairs déchirant silencieusement le ciel au dessus de leurs têtes par intermittence, il devait admettre que ça avait quelque chose de… séduisant.

Un gout d'interdit.

« Un conseil pour l'avenir. » rétorqua-t-il, élevant la voix pour passer au dessus du vacarme du tonnerre. « Ne propose plus jamais à un Serpentard de partir sans toi. Il n'hésitera pas deux secondes. »

« Tu ne m'as pas abandonnée que je sache. » renvoya-t-elle, frottant ses mains l'une contre l'autre pour les réchauffer.

Il avait enfoui les siennes dans les poches de son pantalon. Ce qui prouvait une fois de plus la supériorité des pantalons coupés par un couturier de marque sur les jeans vulgairement Moldus qu'ils portaient tous.

Il haussa les épaules. « Un instant d'égarement, Granger… »

« Tu sembles en avoir beaucoup, en ce moment. »

Ce n'était pas faux. C'était même plutôt vrai. Il devait avoir pris un sacré coup sur la tête pour avoir tourné le dos à sa famille et avoir rejoint l'Ordre du Phoenix, être devenu ami avec Potter et sa clique et discuter amicalement avec une Sang-de-Bourbe. Ce n'était plus de l'égarement, réalisa Draco, c'était de la folie.

« J'ai un prénom, tu sais. » reprit-elle, au bout de quelques secondes de silence.

Le regard de Draco quitta la route sinueuse devant eux pour s'attarder sur son visage rougi par le froid. Ses cheveux mouillés encadraient son visage, ses yeux brillaient sous l'effet de la marche, et ses lèvres, pourtant gercées, attirèrent plus particulièrement son attention. Il se força à secouer la tête.

Fou.

Il devenait fou.

« Je n'aime pas la banalité. » répondit-il finalement, presque agressif.

Elle s'était visiblement habituée à ses sautes d'humeur parce qu'elle ne releva pas sa brutalité.

« C'est-à-dire ? » insista-t-elle.

« C'est-à-dire que tout le monde t'appelle Hermione. Je n'aime pas la banalité. » rétorqua-t-il, sans patience.

Il accéléra, mais elle calqua son pas sur le sien bien qu'elle soit déjà essoufflée. Il supposa que c'était bien. Plus elle allait vite moins elle risquait de geler et moins elle parlerait.

Sans bien comprendre pourquoi, il n'aimait pas la direction que cette conversation prenait.

« Harry et Ron m'appellent Mione, le plus souvent. » déclara-t-elle pensivement.

« C'est parfait. » commenta-t-il sans y penser. « Si tu aimes avoir l'impression d'être entourée d'enfants de trois ans qui savent à peine parler. »

Et qu'elle ose le contredire sur ce point… Il ne s'attendait pas au gloussement amusé et tourna la tête vers elle avec surprise. Apparemment, elle n'avait pas prévu de rire non plus parce qu'elle semblait aussi étonnée que lui. Un malaise latent naissant rapidement entre eux, Draco détourna la tête.

Décidemment, plus vite ils arriveraient au village et mieux ce serait.

Ils continuèrent à progresser en silence pendant plus d'une heure, luttant contre le vent et la pluie. Finalement, au moment où Granger était sur le point de céder et où lui-même songeait à proposer une pause –qui, il le savait, s'avérerait mortelle- ils aperçurent les silhouettes lointaines de bâtisses.

Portés par le soulagement, ils y arrivèrent en moins de dix minutes. Le soulagement fut de courte durée quand ils atteignirent les premières maisons et s'engagèrent dans les rues. Il leur restait toujours cinq cents mètres à faire pour arriver à la forêt et la nuit ne tarderait pas à tomber.

« On devrait dormir, ici. » proposa Draco.

Ni la violence de l'orage, ni l'obscurité qui tombait petit à petit ne l'encourageait à vouloir reprendre la route. Hermione secoua la tête, et il sembla que ses traits se tordaient de regrets.

« On va attirer l'attention… » contra-t-elle, avant de soupirer. « On peut le faire, Malfoy… On a déjà parcouru les trois quarts du chemin… »

Il aurait voulu se disputer avec elle, la faire céder. Son estomac criait famine, ses pieds étaient douloureux, il ne parlait même pas de son épaule et surtout, il crevait de froid. Cependant, il savait qu'elle avait raison. Deux adolescents, habillés si peu chaudement, qui se baladaient seuls dans la campagne ne manqueraient pas d'attirer l'attention.

« Avant, c'était Draco. » releva-t-il, plus pour s'arracher à la contemplation nostalgique des maisons si attirantes que par réel intérêt. La façon dont elle s'adressait à lui ne faisait pas grande différence à ses yeux.

« Je pensais que tu n'aimais pas la banalité. » rétorqua-t-elle, lançant elle aussi un regard empli de désespoir aux dernières maisons qu'ils dépassaient.

La seule chose positive que voyait Draco était qu'au moins, ils parvenaient à voir la masse sombre de Freun. Du moins, pour le moment il voyait. Dans une demi-heure, la nuit tomberait.

« Draco n'a rien de banal. » dit-il en secouant la tête. « C'est noble, nuance. »

« Noble. » répéta-t-elle dans un ricanement moqueur qui aurait été plus impressionnant s'il ne s'était pas transformé en toux.

Il l'observa du coin de l'œil tandis qu'elle reprenait une contenance, ralentissant le pas pour qu'elle ne soit pas à la traîne. Elle souffrait définitivement plus du froid que lui, mais il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire de plus. Aurait-il eu une veste, il la lui aurait offerte, mais là… Il n'allait quand même pas affronter une tempête torse nu pour réchauffer la Sang-de-Bourbe, Miss-je-sais-tout des Griffondors…

« Tout à fait. » reprit-il quand elle eut retrouvé son souffle. « Noble. Mon arrière-arrière-arrière grand-père s'appelait Draco. Il était premier ministre. »

Maintenir cette conversation stupide était le seul moyen de ne pas trop penser au froid qui s'aventurait sous sa peau. Et il savait que Granger ne la continuait que dans le même but. Ne pas penser de trop.

« Oh. » répondit-elle. « Ma mère aime énormément Le Conte d'Hiver… »

Draco fronça les sourcils. « Le Conte d'Hiver ? »

« C'est une pièce de théâtre. » expliqua Granger. « Shakespeare. Un des personnages principaux s'appelle Hermione. »

« Ah. » dit-il, parce qu'il ne savait pas quoi dire d'autre. Il ne connaissait pas le théâtre Moldu et s'il avait déjà entendu le nom de Shakespeare, il n'en connaissait pas le travail.

« Qu'est ce que tu crois que c'était ? » reprit-elle, et Draco la dévisagea, une nouvelle fois perplexe. De quoi parlait-elle maintenant ?

« Ce… bruit. » explicita-t-elle. « Avant qu'on parte… On aurait dit un gémissement de douleur. Mais personne ne devrait avoir aussi mal… Personne… »

A la façon dont sa voix se brisa, il sut que ses pensées avaient dérivé vers ses amis. Un instant, un pic de jalousie enfla dans sa poitrine. Lui n'avait personne. Personne pour qui s'inquiéter ou qui s'inquiétait de lui. Bien sûr, il y avait Severus mais… Severus était son parrain. Pas un ami. Potter, Weasley et elle avaient de la chance d'avoir ce qu'ils avaient.

« Mieux vaut ne pas y penser. » marmonna-t-il, avant de sourire un peu plus franchement parce qu'il n'était plus qu'à quelques mètres de Freun.

« Sang-de-Bourbe. » lâcha-t-il soudainement.

Elle leva la tête et braqua son regard las dans le sien.

« Ce n'est peut-être pas banal, mais c'est insultant. »

Un sourire amusé étira les lèvres de Draco, pile au moment où ils s'arrêtaient à l'orée du bois.

« Non, ça ne l'est pas. » affirma-t-il.

Et elle leva les yeux au ciel, mais contint difficilement son propre sourire.

Parce que ça ne l'était pas.

« Et maintenant ? » demanda-t-il, trop conscient de la pluie qui labourait son épaule meurtrie.

« Je ne sais pas. » lâcha-t-elle. « Je pensais qu'il y aurait quelqu'un… »

Et brusquement, le sourire de Draco s'effaça. Etaient-ils stupides tous les deux ? Avaient-ils réellement pensé qu'on les attendrait là, qu'on les trouverait miraculeusement et les mèneraient en sécurité ? Cette forêt était immense… Comment allaient-ils retrouver les autres ? En pleine nuit ?

« Je suis une idiote. » marmonna Granger, en se laissant aller dans l'herbe trempée. « Une idiote… »

Le blond passa une main sur son visage, chassant les gouttes qui gênaient sa vision. Il était tout aussi idiot qu'elle, mais danger ou pas, il avait fini de marcher comme un Moldu. Sans prévenir, il attrapa son bras et la remit sur ses pieds, avant de tirer sa baguette. Elle le regarda faire dans un état second, apparemment indécise quand à l'attitude à adopter.

Il la traina sous le couvert des arbres, avançant prudemment pour éviter de trébucher. Quand il jugea qu'ils étaient assez loin et que la protection magique de la forêt couvrirait leurs traces, il jeta un sort pour sécher ses vêtements et se réchauffer. Granger l'imita, proposant même de s'occuper de son épaule.

Quand ils furent soignés, relativement secs et ayant un peu moins froid, ils recommencèrent à marcher, plus lentement cette fois ci. Le feuillage dense des arbres absorbait une bonne partie de la pluie, mais l'orage continuait de faire rage et leurs Lumos n'éclairaient pas très loin. Les éclairs déchiraient le ciel, le tonnerre grondait et il paraissait dangereux de rester là.

« Tu sais, Granger, c'est le moment ou jamais d'avoir une idée brillante… »

Il réactivait le charme toutes les cinq minutes mais le froid nocturne ne lui laissait pas de répit. Avancer sans savoir où aller, de nuit, ne semblait pas la conduite la plus intelligente à adopter…

Il nota, l'air de rien que la jeune fille sursauta brusquement, comme réveillée en sursaut. C'était un autre problème. Lui aussi était épuisé au point de s'être repris plusieurs fois à fermer les yeux… Or, il faisait beaucoup trop froid pour dormir en tout sécurité.

« Quoi ? » demanda-t-elle.

« Une idée brillante, Granger. » répéta-t-il. « Bien que j'ai mes doutes quant à ce que ton cerveau peut produire… »

Le sarcasme. Le sarcasme était sa solution à tout.

Sauf que ce n'était pas la solution à Granger se laissant glisser au pied d'un arbre…

« Qu'est ce que tu fais ? » questionna-t-il, mais avant de s'en rendre compte, il s'était laissé tomber à côté d'elle. Et incapable de résister à la chaleur qu'il sentait irradier de son corps, il se rapprocha d'elle jusqu'à ce son bras et sa jambe gauche la touchent.

« On ne peut pas aller plus loin. » déclara-t-elle. « Il nous faut un autre plan. »

« J'ai un plan. » décréta-t-il. « On retrouve les autres. »

Il sembla qu'il n'était pas le seul à apprécier la chaleur d'un autre corps parce qu'elle posa sa tête sur son épaule.

« Brillant, Draco. Très brillant. » railla-t-elle. « Une idée de comment on fait ça ? »

Trop fatigué pour réfléchir, il laissa tomber sa tête sur la sienne. Ses cheveux mouillés étaient froids sous sa joue mais il s'en fichait. Il n'avait pas la force de bouger.

« Je ne vais quand même pas faire tout le travail… » répliqua-t-il, sans que le cœur y soit vraiment.

« Je n'ai jamais eu aussi froid de ma vie. » murmura-t-elle en gigotant pour se rapprocher davantage de lui. Il n'avait rien contre davantage de chaleur alors sans hésiter, il passa son bras autour de son épaule, l'attirant plus franchement contre sa poitrine. Il réalisa à peine qu'elle était à moitié couchée sur lui.

« Moi si. » répondit le blond, sans savoir pourquoi il se préoccupait de faire la conversation. Ils s'endormiraient bientôt. Et ils ne se réveilleraient pas. Et brusquement l'idée de mourir ne semblait plus si révoltante parce qu'au moins une fois mort, il n'aurait plus froid.

« Quand ça ? » demanda-t-elle, son souffle chatouillant agréablement son cou. Il ferma les yeux sous la caresse involontaire.

« On était en vacances… » raconta-t-il, presqu'à voix basse, se perdant dans les souvenirs qui l'avaient poursuivi pendant des années. « Une vieille baraque… J'avais six ans, je m'ennuyais. Je suis sorti sur la lande… C'était effrayant mais j'aimais avoir peur… Je me suis perdu… Quand Dobby m'a finalement trouvé, Père était furieux. Il a hurlé et hurlé… »

Il s'arrêta, se rappelant trop bien les reproches de son père. Non pas qu'il ait été inquiet, non… Mais Draco lui avait fait perdre du temps… Et le temps de Lucius Malfoy était toujours précieux.

« Je suis désolée. » dit-elle doucement, et cette fois elle leva légèrement la tête.

Il rencontra son regard, se demandant vaguement à quel moment, il était devenu plus doré que brun.

« Pourquoi ? » Il haussa les épaules. « Tu n'y peux rien. »

« Aucun enfant ne devrait grandir comme ça. »

Il y avait tellement de compassion dans sa voix… Mais ça n'avait pas été aussi terrible qu'elle avait l'air de se l'imaginer.

« Je ne suis pas à plaindre. » contra-t-il doucement, sans pour autant détourner les yeux. « J'avais Severus. » Il sourit en se souvenant de la tête de son parrain quand Lucius lui avait raconté, en riant, la « bêtise » de son fils. Le Professeur n'avait pas été amusé. Pas le moins du monde. Il l'avait pris à part, l'avait sermonné et lui avait appris un sort au cas où…

« Je suis un génie ! » s'exclama-t-il brusquement et Granger sursauta. « Il y a un sortilège ! Il alertera tous les sorciers dans le périmètre ! Ils nous trouveront… »

Il était si heureux qu'il l'aurait très certainement embrassée si le froid ne l'avait pas tant paralysé. Cependant sa mine à moitié réjouie, à moitié inquiète l'arrêta.

« Quoi ? » demanda-t-il.

« Tous les sorciers ? » répéta-t-elle avec une grimace désespérée.

Les Mangemorts… Ca attirerait également les Mangemorts… Avaient-ils fait tout ça pour finir capturer par leurs ennemis ?

Et d'un autre côté, avaient-ils le choix ? Les paupières de Granger se fermaient dangereusement, la chaleur qui émanait d'elle diminuait rapidement, et ils ne tiendraient pas bien longtemps.

Il y avait une solution. Pas idéale. Mais c'était une solution.

Son regard d'acier se durcit.

« Je prends le risque. »

Elle sembla hésiter une seconde, puis hocha faiblement la tête avant de la reposer sur son épaule. Draco ferma les yeux, cherchant dans sa mémoire les mots exacts que Severus lui avait appris.

La litanie latine n'était pas bien compliquée mais exigeait une concentration de tous les instants. Il devait la répéter encore et encore.

Lentement, il se mit à fredonner la phrase. C'était plus compliqué que ce à quoi il s'attendait. Son esprit dérivait. C'était dur de se consacrer aux mots, à leur pouvoir, alors que le froid mordait sa peau et que la jeune fille s'affaissait de plus en plus contre lui.

« N'y vois rien de personnel… » marmonna-t-elle contre son cou, si bas qu'il l'entendit à peine. Sans comprendre, il continua à psalmodier.

Quand les mains engourdies de Granger se glissèrent sous son pull et se plaquèrent contre son dos, il révisa son jugement de pas pouvoir avoir plus froid. Son incantation s'interrompit dans un glapissement. Sa peau avait beau avoir perdu toute sensibilité, il avait l'impression qu'on lui avait plaqué des glaçons dessus.

Il raviva le sort censé les tenir au chaud.

« C'était ton plan dès le début, n'est ce pas ? » tenta-t-il de plaisanter. « Tu ne m'as attiré là dedans que pour pouvoir me peloter. »

Elle eut un petit rire moqueur, et il fut soulagé qu'elle soit assez cohérente pour être amusée. Il ne fallait surtout pas qu'elle s'endorme.

« Je suis démasquée, Malfoy. » rétorqua-t-elle en remontant ses mains le long de son dos pour s'installer plus confortablement contre lui. Et s'il frissonna, ce n'était qu'à cause du froid. « En réalité, je suis amoureuse de toi depuis des années. »

Le ton moqueur lui fit mal. Pas parce qu'il avait envie qu'elle ait vraiment des sentiments envers lui, mais parce qu'il semblait que personne n'avait jamais pris le temps d'en avoir. Là d'où il venait, les émotions, à plus forte raison l'amour, étaient une perte de temps. Il n'y avait rien à gagner à l'amour ou à l'amitié. Aucun profit. Et la vie ne valait que par le profit qu'on en tirait…

« Dommage que je ne m'intéresse pas aux Sang-de-Bourbe, dans ce cas. » riposta-t-il, avant de recommencer à marmonner le sort qui pourrait bien les sauver.

« Dommage… » répéta-t-elle dans un murmure ensommeillé.

Sans cesser de psalmodier, il glissa ses propres mains sous le pull de Granger. Dans son dos. Il était un gentleman. Parfois, du moins.

Elle sursauta brusquement et quand son regard furieux se braqua dans le sien, Draco ne put empêcher le sourire ironique de s'épanouir sur ses lèvres.

« Satisfaite ? » demanda-t-il, avant de se remettre à fredonner la litanie latine.

« Il en faudrait beaucoup pour que tu me satisfasses. » répliqua Granger dans une moue moqueuse. « Tu es trop arrogant, Draco. C'est ton défaut. »

« Mon défaut ? J'aurai pensé que j'avais plus de défauts que de qualités à tes yeux. Je ne suis qu'un Serpentard, après tout. » remarqua-t-il amèrement. « Les Serpentards ne valent rien pour les Griffondors. Ils ne sont que des lâches qui travaillent dans l'ombre… »

Et les lions n'étaient que bravade et stupidité…

« Tu es courageux. » contra-t-elle doucement, sa respiration régulière indiquant qu'elle était sur le point de basculer de veille à sommeil. « Plus que moi… »

A ça, il renifla avec mépris. Une Griffondor clamant être moins courageuse qu'un Serpentard ? Le monde à l'envers.

« Les choix que tu as faits étaient plus courageux que tout ce que j'ai jamais fait. » expliqua-t-elle, sentant probablement son scepticisme. « Tourner le dos à ma famille, à mes amis… Je ne suis pas sûre de pouvoir le faire. »

Il se contenta de réciter les mots pendant un moment, doutant de la sagesse de répondre. Mais il y avait quelque chose en Granger qui le poussait aux confidences, quelque chose qui l'attirait et le rendait méfiant en même temps…

« C'était facile. » répondit-il finalement, à mi-voix. « C'était facile, parce que je n'ai pas d'amis. Quant à ma famille… »

Soupirant, il reprit l'incantation.

Il fut surpris quand elle releva la tête, et planta fermement son regard doré dans le sien. Il y avait une lueur dans son regard, un espoir fantôme qu'il ne parvenait pas vraiment à saisir…

« Tu as des amis, maintenant. » déclara-t-elle avec force.

Quand elle se pencha et déposa un baiser léger sur sa joue avant de réinstaller comme elle l'avait été avant cet intermède, il resta choqué quelques secondes. Il avait très chaud brusquement…

« Sang-de-Bourbe. » marmonna-t-il finalement, et la note affectueuse dans sa voix l'étonna lui-même.

« Abruti. » renvoya-t-elle et à la façon dont elle le dit, il était certain, sans pouvoir le voir, qu'un sourire amusé dansait sur ses lèvres. Sans réfléchir, il resserra son étreinte.

« Ne t'endors pas. » ordonna-t-il au bout de quelques secondes, la sentant se ramollir contre lui.

« Je suis fatiguée… » souffla-t-elle.

Draco secoua la tête. « Ne dors pas. Raconte-moi… Raconte ton conte d'hiver… »

Et tandis qu'elle détaillait pour lui, avec difficulté, la pièce de Shakespeare, il se força à reprendre le rythme de l'incantation, écoutant d'une oreille le récit que lui faisait Granger.

Il espérait que les secours viendraient vite.

Parce que la voix de la jeune fille était loin d'être forte et que la sienne commençait à faiblir…