Annexe 4 : Rapport

Ses pas rapides lui valurent plusieurs regards lancés à la dérobée -et pas seulement parce qu'il avait du sang de Vélane coulant dans ses veines. Il haletait malgré ses inspirations profondes -il fallait croire que son enseignante de sport avait raison, il n'était pas fait pour la course. À vrai dire, son cœur menaçait d'exploser -mais ça, Enaël n'était pas certain que ce soit dû à son activité physique.

Lorsqu'il arriva devant le bureau de Remus, il s'arrêta quelques instants, le temps de reprendre son souffle et de toquer à la porte. Comme d'habitude celle-ci s'ouvrit automatiquement, sans même grincer. En arrivant à l'intérieur de cette pièce qu'il allait finir par connaître dans ses moindres recoins, il fut surpris d'y voir Remus en pleine conversation avec le premier ministre bulgare, un homme à l'allure hautaine à qui il avait plusieurs fois serré la main par politesse lors de soirées mondaines.

Les deux adultes se tournèrent vers lui, et Enaël remarqua bien la mine furieuse que le ministre s'était empressé d'afficher.

- Pouvez-vous me donner encore quelques minutes ? demanda Remus à Enaël. La discussion touche de toute façon à son terme.

L'adolescent hocha la tête, et écouta vaguement les adultes repartir dans leur discussion indéchiffrable.

- J'entends bien, M. le Ministre.
- Ils veulent faire venir des dragons, vous rendez-vous compte ?
- Qu'en dit M. Karkaroff ?
- Je n'en sais rien justement, il m'envoie pour, comme qui dirait, tâter le terrain !
- En tout cas, si cela se fait, ce ne sera pas avant deux ans, dit Remus. Le projet peut paraître insensé, mais s'il s'effectue, il donnera lieu à des rencontres enrichissantes.
- Vous savez bien qu'Albus Dumbledore a accepté avec ses propres conditions, souleva le Ministre.
- Qu'insinuez-vous ? La limite d'âge me paraît être une excellente idée.
- Il prépare quelque chose ! affirma le bulgare avant de se diriger vers la porte.

Il adressa un dernier regard mauvais à Enaël et Remus, puis sortit avec des gestes théâtraux. Dès que la porte fut refermée, Enaël s'approcha du bureau, agité, et déclara de sa voix tremblante :

- Leo va mal, très mal.
- Tu peux m'en dire plus, Enaël ? s'enquit à son tour Remus.

En présence d'une personnalité, Remus vouvoyait Enaël, mais quand ils étaient seuls, ils n'hésitaient pas à laisser tomber ce genre de politesse inutile.

- Il a des marques sur ses bras, des griffures dans le cou. Des traces magiques, dévoila l'héritier Delacour en soupirant.
- Que veux-tu dire par là ? s'intéressa Remus en fronçant les sourcils.

L'adolescent déglutit puis désigna un coin de la pièce, où gisait un récipient en pierre, d'où émanaient un léger voile bleuté :

- Ce serait plus simple que vous exploriez mon souvenir.

Remus acquiesça et se dirigea vers la Pensine, suivi de près par Enaël. Ce dernier pointa sa baguette contre sa tête et l'éloigna progressivement, alors qu'un mince fil lumineux s'en extrayait. Il déposa le souvenir dans le récipient, et regarda son professeur, avant de plonger son regard dans la Pensine.

La scène s'était déroulée quelques minutes auparavant, le souvenir était donc d'une précision saisissante. Remus et Enaël se trouvaient sur le toit de Beauxbâtons. Remus n'avait pas besoin de demander pour savoir que c'était l'endroit où Marion s'était jetée dans le vide. Le toit était plat, de simples barrières robustes mais uniquement physiques séparaient le vide du sol ferme.

Leo et Enaël, ceux du souvenir, se tenaient contre une de ces barrières. Le plus jeune avait les manches retroussées mais ne disait rien. Son ami demanda :

- Vas-tu enfin m'expliquer ce que sont ces marques ?

Leo se tourna vers lui et afficha un sourire vide d'émotion, avant de murmurer :

- D'habitude, j'en ai bien plus, je me demandais combien de temps il te faudrait pour remarquer.
- Que veux-tu dire ?

Le plus jeune passa une main entre les oreilles d'un chat que Remus reconnut immédiatement. Azazel appartenait à Enaël, il ne le laissait jamais seul. L'animal miaula avec satisfaction, et Leo continua :

- Mes tuteurs m'ont fait ça. Chaque matin, chaque soir, ils expérimentent sur moi. Parfois, je suis une simple toile de peinture sur laquelle ils essaient de nouveaux sorts, des potions, des runes même... D'autres fois, je me réveille des heures après mon dernier souvenir, sans savoir ce qu'il s'est passé.

Enaël, celui du souvenir, regardait Leo avec choc. Quand à celui aux côtés de Remus, il avait détourné le regard.

- Il leur est arrivé, juste une fois, de toucher à mes souvenirs. Après cette séance, je ne savais plus où j'en étais, ni même qui j'étais. Ils faisaient pareil, mais avec plus de virulence, sur... Elle.

À présent, Enaël tremblait de rage mais aussi de tristesse. Il demanda d'une voix vacillante :

- Est-ce qu'ils... t'ont...

Leo le fixa, sans vraiment comprendre. Il répondit finalement, avec lenteur :

- Je ne suis... plus sûr... de rien.

Une brûme envahit le souvenir, et Remus jeta un regard interrogateur à son élève, qui déclara d'une voix rauque :

- C'est l'essentiel.

Quand il revint à lui, Remus entendit sa porte claquer. Il était à présent seul dans la pièce.

Deux semaines plus tard, Remus John Lupin adoptait Leo Potter Lupin.

Finalement j'ai posté l'annexe plus tôt, je me sentais de bonne humeur :) J'espère que vous avez apprécié, n'hésitez pas à commenter et mettre l'histoire en favori, et on se retrouve dans deux semaines pour la suite de l'histoire !