Je fus enfermée dans la cellule numéro trois.
Primo elle était tout au fond, secundo c'était elle qui avait la porte la plus solide, Aro savait en effet que ma force était à peine inférieure à celle d'un loup non transformé et comptait bien prendre toutes ses précautions.
Je m'étais réveillée quelques heures après avoir perdu connaissance dans l'hélicoptère et avais reconnu l'avion privé des Volturis, Renata se tenait à mon côté.
Je l'avais foudroyé du regard, sachant quelle part elle avait dans l'assassinat de mon frère. Je n'ignorais pas cependant qu'elle avait sûrement du agir sous la contrainte, probablement par crainte pour sa propre vie.
Il n'empêche que je la haïssais plus que tous les autres, les trois frères exceptés.
Quand à mes blessures, la plupart étaient presque cicatrisées, pouvoir que Seth devait m'avoir transmis.
Nous étions arrivés à Volterra de nuit et j'étais entrée dans la forteresse encadrée de Felix et Demetri qui m'avaient conduite dans la grande salle par un chemin un peu plus long. De sorte que lorsque nous y étions rentrés, toute l'assistance requise était déjà présente.
En tout une centaine de vampires se tenaient là, certains ne me reconnaissaient pas mais presque tous s'accordaient à dire que la drôle de créature qu'ils voyaient devant eux était bien Jane anciennement Volturi.
On murmurait sur mon aspect physique, sur ma transformation, certains étaient effrayés, d'autres méfiants, certains simplement étonnés.
Aro trônait au centre de la pièce, Thomas se tenait tout près à la place qu'Alec avait autrefois occupée.
J'avais fermé les yeux pour ne pas céder à la colère et laissé passer sans y prendre garde les paroles du chef d'accusation. J'avais à peine entendu Aro annoncer ma sentence, mais elle avait soulevé une vague de révolte.
Tous les vampires présents souhaitaient ma mort, certains allaient jusqu'à accuser mon ancien maître de vouloir me gracier sous le manteau.
Il était pourtant resté très calme et avait calmé l'assistance à l'aide d'un des discours dont il avait le secret. Puis il avait annoncé que je serais châtiée publiquement le samedi suivant dans la cour du château.
Sur ce, il avait ordonné à Thomas de m'emmener et l'assistance s'était dispersée pour n'être à nouveau réunie que le jour de mon supplice.
Pour certains, cet événement était l'occasion d'une vengeance et ils ne s'étaient pas privés de me le faire comprendre, il y avait là des nouveau nés que j'avais transformés pour me venger d'Aro et de ses frères. D'autres étaient simplement là parce qu'ils jalousaient nos dons ou parce qu'ils avaient eu droit un jour à une décharge de ma part.
Mais pour Aro, le supplice était là avant tout pour montrer sa puissance au monde vampire, pour bien faire comprendre à tous, que même nous perdus, il avait d'autres soldats qui lui assureraient la victoire. Et le fameux Thomas était au premier plan.
Chaque vampire présent avait eu le droit de m'administrer un coup de fouet, et la plupart y avaient mis tout leur cœur, ouvrant une centaine de profondes blessures dans mon dos. J'avais pu ainsi constater que mon sang n'attirait pas les membres de mon ancienne espèce. À moi il semblait lourd et capiteux et me faisait tourner la tête, mais eux ne semblaient pas y prêter attention, même les nouveaux nés.
Aro avait du faire arrêter le châtiment à six reprises, au trente deuxième coup, puis à des poses de plus en plus rapprochées car certains coups menaçaient de me tuer. Je criais peu malgré la douleur, alors il profitait de ces instants de répit pour toucher ma nuque et s'assurer de l'effet que cela produisait sur moi.
Si c'était un humain qui m'avait administré cette punition, aucun doute que je l'aurais supportée sans peine, mais un bras de vampire n'est pas un bras d'humain. Chaque trait de feu sur mon dos saignait pendant deux ou trois minutes s'il était profond.
Deux tiers des vampires avaient suffi à me faire évanouir une première fois, en tout cela m'était arrivé à trois reprises.
Le châtiment terminé je tremblais, à genoux contre le parapet de pierre auquel on m'avait liée. Aro avait annoncé que ceux qui accepteraient de patienter un peu auraient droit à une surprise qui leur plairait sûrement et on m'avait laissé reprendre un peu des forces dans ma cellule durant une heure. Felix m'y avait déposée avec précaution et j'avais bien senti que quelque chose le répugnait dans la façon de procéder.
Sous sa force titanesque, je savais que mon ancien camarade était loin d'être le plus monstrueux de tous les Volturis, tout comme Demetri d'ailleurs. Je lui avais toujours refilé la sale boulot et même fais preuve de cruauté envers lui à plusieurs occasions. Il ne m'avait pourtant pas rendu la pareille comme beaucoup de mes anciens coéquipiers depuis mon retour à Volterra.
Il était resté avec moi durant le temps qui m'était accordé pour tenter de reprendre des forces, la douleur finissait de me faire perdre la tête et je m'étais agrippée à un pan de sa cape grise:
Felix, avais-je murmuré, tue moi, s'il te plait.
Il était resté dans la même position agenouillée près de moi et avait saisis ma main qui serrait le tissus:
Je ne peux pas, avait t-il répondu, tu le sais très bien.
Il avait entrepris de détacher ma main de son habit, j'avais résisté et nous avions ainsi lutté quelques instants avant qu'il ne gagne.
La suite des événements était pire que le fouet.
Aro m'avait faite tenir debout au fond de la cour, face à Thomas. C'était donc lui qu'il souhaitait mettre en avant depuis le début, j'avais donc été punie pour l'exemple.
Le don redoutable du vampire avait eu raison de mes dernières forces, je m'étais écroulée en moins d'une minute. Profitant d'un bref répit, j'avais rampé jusqu'à Aro pour le supplier de m'achever, l'assistance avait éclaté de rire et mon ancien maître encore plus.
Je n'avais pas la notion du temps qui s'était écoulé depuis cet épisode, je l'évaluais dans les trois ou quatre mois, peut-être plus, peut-être moins.
De toute façon cela n'avait pas d'importance, ma vie était à présent orchestrée par mes geôliers.
Thomas descendait au moins deux fois par jours, à heures précises, c'est à dire à midi et à minuit, la porte s'ouvrait juste à la fin des douze coups. Il usait de son don sur moi mais avait ordre de ne pas sérieusement me blesser, ni de me toucher au visage.
Je ne parvenais jamais à souffrir en silence, finissant toujours par pousser des hurlements aigus qui me laissaient les cordes vocales enflammées.
Une fois sur quatre, il me laissait un bout de pain ou une assiette de soupe infecte, et une fois sur deux une petite cruche d'eau qui sentait le désinfectant.
Aro descendait aussi de temps en temps, souvent juste après le passage de Thomas, quand je gisais affaiblie sur le sol de la cellule. Il promenait ses mains sur mon cou et mon visage, évaluant mon état.
Ce jour là que son assistant y était allé particulièrement fort au point que je peinais à lever la tête, il me parlait d'Alec, de ses dons, ses différences par rapport à moi, des souvenirs qu'il en avait...
Je n'en pouvais plus, je sentais d'énormes larmes ravager mes joues à chaque souvenir qui défilait. Une épine se formait dans ma poitrine et la ravageait.
Je me retournais avec l'intention d'attraper le bas de son habit mais mes mains se refermèrent sur le vide, il avait reculé à la vitesse de l'éclair. Quant à moi j'étais allongée sur le ventre dans une position douloureuse, je le suppliais, encore une fois:
Aro... Je t'en prie... Viens en au fait maintenant.
En vain, il se contenta de sourire et sortit en m'abandonnant, seule dans le noir.
Je restais hébétée à regarder ma main, celle qui avait tenté de saisir l'habit d'Aro et qui restait suspendue toute seule dans le vide à présent. Elle retomba sur le sol avec un bruit mat et ma tête se mit à tourner et à brûler. Je l'appuyais doucement sur la dalle froide et poussais un gémissement sans le vouloir.
Je me sentais immonde, nauséeuse, cela faisait des semaines que je n'avais pas vu le soleil ou la lune.
Mais pire que tout j'avais honte, depuis déjà plusieurs jours j'éprouvais ce sentiment, depuis que les derniers lambeaux de ma chemise de nuit avaient disparu en fait. J'étais à moitié nue et sale comme un peigne, mes cheveux étaient ternes emmêlés, mes ongles longs et noirs, ma peau irritée par la poussière. Ajoutons y les blessures, et cela donnait un tableau bien peu ragoutant.
Je subissais quotidiennement le mépris de Thomas et pire que tout, celui d'Aro qui venait de moins en moins et dont les passages devenaient de plus en plus brefs.
Je savais qu'il finirait par ne plus venir du tout, qu'il se lasserait, mais il n'y avait en revanche aucun espoir qu'il consente à abréger mes souffrances, je resterais sûrement encore des années dans ce cachot, à moins que je ne meure de maladie, que le mauvais rhume que j'avais attrapé ne consente à se transformer en pneumonie...
J'étais souvent prise de violentes quintes de toux, crachant mes poumons à chaque fois, je faisais des poussées de fièvre régulières depuis une semaine à présent.
En ce moment j'avais froid et mal à la tête, cela s'aggravait lorsque je toussais, j'étais obligée de respirer par la bouche à cause de mon nez bouché et ma gorge brûlait. Mes yeux n'étaient pas en reste, outre les larmes dues au souvenir d'Alec, je les sentais briller à cause de la fièvre.
Je fermais les yeux en espérant ne pas me réveiller, mais alors que je commençais à glisser dans le sommeil, un bruit m'alerta.
Quelqu'un se tenait dans le couloir, mais je ne le reconnaissais pas.
Des pas lents et plus lourds que ceux d'un vampire, une démarche étrange, une respiration et un cœur puissant. Je fus prise d'un doute, y avait-il une, ou deux personnes?
Il fallait que j'ouvre les yeux, cela me fit un peu mal et je ne distinguais que des formes floues, toutefois cela suffit pour me renseigner, trois trainées d'ombre se dessinaient dans la lumière qui filtrait sous la porte de la cellule. Mais dans ce cas pourquoi je n'entendais qu'un cœur?
Les évènements se déclenchèrent avant que je n'aie pu trouver une réponse, un grand fracas retentit dans les étages, avec des cris.
Chose sûre, on se bagarrait là haut...
Le type près du cachot comprit qu'il pouvait passer à l'action, il se mit à parler d'une voix inquiète qui me projeta immédiatement quelques semaines en arrière:
Jane, tu es là?
Je restais un instant stupéfaite, alors il répéta avec une voix anxieuse:
Jane? Dis moi si tu vas bien...
S... Seth?
Oui, c'est moi n'aie pas peur, répondit t-il, Jane, il faut que tu t'écartes de la porte, je vais la défoncer.
Attend je... Je vais essayer...
Je me redressais tant bien que mal et rampais jusqu'au fond de la cellule, croyant à peine à ce que j'entendais.
Il y eut encore du bruit en haut, on se battait avec acharnement, mais j'entendis quand même la porte se briser, ce qui projeta de la poussière partout et provoqua pour moi une douloureuse quinte de toux.
Je vis à peine Seth se précipiter sur moi, il passa sa grande main dans mon dos, l'autre sous mes jambes et me souleva avec précaution au dessus du nuage de poussière puis sortit de la cellule.
La lumière pourtant limitée du couloir me fit mal au yeux et je les fermais tout en continuant à tousser. Je sentis soudain quelque chose de frais et humide qui passait sur mon visage en appuyant légèrement, ma quinte de toux cessa presque aussitôt et j'ouvris péniblement les yeux.
Seth essayait tant bien que mal de me débarbouiller un peu à l'aide d'un mouchoir humide, je m'aperçus qu'il m'avait installée sur ses genoux et qu'il était lui même assis sur les marches de l'escalier menant des sous-sols au rez-de-chaussée. Si je pleurais à chaudes larmes à cause de la lumière, ce n'était rien comparé à lui qui sanglotait littéralement. Mon malaise s'accrut, j'aurais souhaité que personne ne puisse me voir, Aro et Thomas c'était déjà trop...
Mais inexplicablement, voir Seth dans cet état à cause de moi était encore plus insupportable, il me serrait contre lui tout en prenant garde à ne pas me faire mal mais semblait avoir perdu le contrôle de ses nerfs, comme si ce qu'il voyait était au dessus de ce qu'il pouvait supporter.
Toutefois la chaleur de la main qu'il maintenait dans mon dos me faisait du bien et je me blottis contre lui sans vraiment le vouloir, nichant mon visage dans le creux de sa gorge.
Je sentis des larmes énormes s'écraser sur mes épaules, il pleurait encore plus fort à présent et ses bras s'écartèrent un instant de mon corps pour attraper un blouson posé à côté de lui, il m'enroula dedans puis me serra à nouveau contre lui et caressa doucement mes cheveux.
Seth, il faut que tu fuie avant qu'Aro n'arrive... Murmurais-je.
Je réalisais soudain qu'Aro aurait en fait dû être là avec sa garde depuis un bon petit moment...
Que se passe... T-il? Bafouillais-je.
Seth me regardait en tentant de maitriser son émotion, finalement il répondit d'une voix tremblante:
Jane, il faut que tu saches... J'ai déclenché la révolution vampire...
