Hey !
Un grand merci à Noellou, comme toujours :)
Merci également à Christelle Jacques pour sa review :)
Bonne lecture :D
Chapitre Vingt-six
15 Janvier 1981, Godric's Hollow
James s'éveilla le premier, ce matin-là. Il entendit la pluie battre contre les volets, et le chauffage qui tentait de réchauffer la pièce, au prix de bruits étranges. Le jeune homme poussa un soupir, épuisé. Il s'était encore réveillé trop tôt, comme à chaque fois qu'il faisait un cauchemar. Involontairement il se retourna, et son regard croisa le visage endormi de Lily. Il observa un moment les tâches sombres qui cernaient ses yeux, et ses traits fins altérés par la fatigue. Son impatience poussa James à se lever, effrayé à l'idée de la réveiller et de lui voler ces instants de répit. Après s'être habillé, il sortit de la chambre, et descendit lentement les escaliers.
La cuisine était lugubre. En ouvrant les volets, James avait pu voir que le temps ne s'était pas améliorer, et qu'il pleuvait toujours sur Godric's Hollow. Il avait allumé la lumière, et mis en route la cafetière, qui sifflait joyeusement à présent. Assis à sa place, le jeune homme se frottait les yeux, en pensant à ces derniers jours. Ils les avaient passé dans le salon, à côté de la cheminée, dans l'espoir d'y trouver une chaleur réconfortante face à la morosité des éléments. Lorsque le soleil brillait, il était toujours plus facile de faire semblant d'être heureux.
_ James ?
La jeune femme se tenait debout, dans l'encadrement de la porte. Elle ne semblait pas surprise par sa présence ici, et un doux sourire animait son visage. Elle s'assit en face de lui, resserrant contre elle les pans de son gilet. James lui adressa un sourire chaleureux à son tour, avant de sortir une autre tasse et de lui servir un café brûlant. En silence, plongés dans leurs réflexions, ils savouraient le breuvage réconfortant. C'était l'un de ses moments privilégiés, où les mots ne suffisent plus à exprimer ce que l'on ressent. La colère, le sentiment d'injustice, mais aussi la fatigue occupaient leurs pensées, ce matin-là.
_ Je vais donner à manger à Iris, annonça James après un moment, en laissant sa tasse sur l'évier.
_ Prends ton temps, répondit Lily en terminant sa tasse. Je vais voir si Harry dort encore.
Elle sortit à la suite de James, et monta les escaliers sans faire de bruit. James sortit par la porte de derrière, et s'approcha de la tonnelle. La petite chouette hulotte s'agita sur son perchoir, en le voyant arriver. Depuis son arrivée, James et Lily avait construit un abri, mais pour éviter qu'elle ne se fasse remarquer par des sorties diurnes et impromptues, ils avait été obligé de créer une sorte d'enclos, avec un toit également grillagé. Au départ mécontente de se trouver enfermer ainsi, Iris avait protesté, avant de finalement s'habituer à son nouvel espace. Ce matin-là elle picora les graines que James lui tendait, avant de lui mordre affectueusement le doigt. Le jeune homme grimaça un peu, mais lui aussi était habitué, et la douleur s'estompa vite.
Il refermait la porte du jardin derrière lui quand une voix inquiète résonna dans le vestibule. Curieux, le jeune homme s'arrêta et tendit l'oreille. Lily semblait affolée, et parlait d'une voix où pointait l'urgence. Que s'était-il passé ? Harry était-il brusquement tombé malade ? Cela pouvait arriver, et d'ailleurs de ce côté-là il touchait du bois, puisque l'enfant avait rarement été malade, ne nécessitant jamais l'intervention d'un médecin. Mais ce n'était pas Harry qui semblait préoccuper Lily. D'une voix bouleversée, elle demandait au téléphone :
_ Maman, dis-moi ce qui se passe, je ne peut pas comprendre ce que tu dis ... Maman ne pleure pas, ça va aller, dis-moi seulement ce qu'il se passe ...
James s'était rapproché près de sa femme, les yeux grand ouverts. Sans comprendre de quoi il s'agissait, le jeune homme pouvait en saisir la gravité. Il fit signe à Lily, espérant qu'elle pouvait comprendre ce qui se passait, mais la jeune femme secoua la tête silencieusement, la miné inquiète. Une voix sanglotait à l'autre bout du fil, et Lucy Evans semblait pouvoir à peine parler. Elle murmurait sans cesse des "Désolée", ce qui ne semblait avoir aucun sens.
_ Maman, calme-toi, dis-moi ce qui se passe, repris Lily, essayant de maîtriser sa propre angoisse.
_ Je suis désolée Lily ... Tellement désolée ... Il est ... Il est ... Lily, il est mort ...
Lily pâlit soudainement, les larmes lui montant aux yeux. Ces mots, qu'elle avait toujours redouté, elle les entendait aujourd'hui. Et une partie de son monde s'effondrait avec eux. Elle resta sans voix pendant quelques minutes, le combiné toujours collé à l'oreille, transmettant les pleurs de sa mère. James avait réussi à saisir quelques mots, et la mine de Lily lui avait fait comprendre le reste. Il ferma les yeux un moment, cette phrase tournant dans sa tête sans discontinuer :
_ Pitié, pas encore. Faîtes que ce soit un cauchemar, pitié, faîtes que ce jour n'existe pas.
Lily finit par surmonter ses larmes pour murmurer au téléphone :
_ Oh maman, je suis désolée ... Je ... Je fais de mon mieux pour venir, je te le promets, je fais mon maximum.
La jeune femme raccrocha le combiné, et leva des yeux embués de larmes vers son mari. James la prit dans dans ses bras, et la jeune femme s'y laissa tomber en éclatant en sanglots. D'abord Dorcas, et maintenant son père. La jeune femme voulait que ce train infernal s'arrête, elle voulait que tout s'arrête, que tout s'estompe, et ne plus jamais ressentir cette douleur vive. Elle ne voulait plus jamais avoir mal comme ça. Plus jamais.
_ Tout ira bien, Lily, je te promets. Tout ira bien, murmurait James en passant sa main dans le dos de la jeune femme. Je vais contacter l'Ordre, et nous trouverons un moyen pour que tu te rendes auprès de ta famille. Je resterais ici et je garderais Harry, ne t'inquiètes pas. Ne t'inquiètes pas, tout ira bien, Lils.
Lily se détacha un moment de son mari, des larmes sillonnant son visage. En un instant, elle était redevenue cette première année, frêle et inquiète, dont on ne soupçonnait pas la force. Mais James voyait dans les yeux de la jeune femme une étincelle, celle d'un courage à toute épreuve. Les larmes ne réduisaient pas une personne à la faiblesse, alors. Elles ramenaient à l'humanité, à ces valeurs comme l'empathie, et les montrer relevait d'une grande force morale. On ne pouvait pas briser Lily, d'une manière ou d'une autre, elle saurait toujours se relever. Elle le faisait toujours.
La jeune femme s'était enfermée dans la chambre, et refusait d'en sortir, ou de laisser James entrer. Adossée à la porte, assise au sol, la jeune femme s'était recroquevillée dans son désespoir. Rester forte lui semblait impossible, elle était fatiguée de se battre, fatiguée de se cacher. Elle ne cessait de formuler des hypothèses dans son esprit, pensant à ce qui aurait pu se passer s'ils n'avait eux-mêmes pas été enfermés ici. Aurait-elle pu seconder ses parents au mieux ? Et lorsqu'elle repensait à cette maladie déclarée incurable, un autre doute la saisissait. Avait-elle vraiment bien cherché ? N'y avait-il vraiment pas de remède pour soigner son père ? Et ces questions sans réponses tournaient dans sa tête, la harcelant sans discontinuer.
De l'autre côté de la porte, James s'était accroupi, et ne cessait d'appeler Lily dans un murmure :
_ Lily, ouvre la porte ... S'il te plaît ma chérie, ouvre, il faut que tu ouvres ... Tu ne pouvais rien faire, personne ne le pouvait, je t'assure ... Lily, ne t'enferme pas dans ton chagrin, je t'en prie, tu sais qu'il ne l'aurait jamais voulu ...
James soupira. Ses mots glissaient sur la porte, sans pouvoir en franchir la frontière. Malgré tout, le jeune homme était déterminé à ramener Lily de ce monde où elle s'était enfermée. Ce monde de douleurs et de questions. James frappa encore, une fois, deux fois, et ainsi de suite. Malgré cette porte hermétiquement close, il n'abandonnait pas. Elle finirait par ouvrir. Au bout d'une heure, le bruit d'une porte qu'on déverrouille se fit entendre. Lily apparut dans l'encadrement de la porte. Ses yeux étaient rouges, ses cheveux hirsutes, son mouchoir détrempé. James se tenait devant elle, son soulagement s'exprimant dans l'éclat de son regard.
_ Oh Lils ...
_ Je suis désolée, murmura Lily, surprise par la réaction de son mari.
_ Tu n'as pas à t'excuser, je suis seulement heureux que tu sois de retour
James fut le seul à comprendre le sens de ses propres paroles, ce matin-là. Il connaissait Lily, il savait qu'en cas d'événement grave, la jeune femme s'isolait. Il savait que cet isolement ne durait pas, pourtant ce jour-là, il avait eut peur de la perdre. Pas physiquement, non. Mais moralement, oui. Parce qu'à force de rester enfermés, les jeunes gens avait besoin de respirer.
En espérant que vous avez aimé !
Désolée pour ce chapitre au ton peu réjouissant, mais c'était un passage obligé.
N'hésitez pas à laisser une review, c'est toujours encourageant !
À bientôt !
