Haha ^^' Oui, j'avais dit début Septembre... Pour être tout à fait honnête, le retard que j'accuse cette fois n'était pas entièrement dans mon contrôle. J'ai eu (et j'ai encore) des problèmes familiaux et si je vous dis ça c'est juste pour vous prévenir que j'ai beaucoup de choses à gérer en ce moment et que du coup j'essaye de mettre l'écriture en priorité... mais des fois ce n'est juste pas possible.
Mais je fais de mon mieux et je suis assez fière de ce chapitre que j'ai enfin fini de corriger :) Plein plein plein de mots, un peu de suspens, des vikings en colère, des désaccords, des changements, bref plein de choses que je vous laissé apprécier !
Et comme ça fait longtemps, un rapide résumé de où en sont nos personnages : Arwen vient tout juste de ramener Emma à Berk après qu'il l'ait trouvée délirante de fièvre sur l'île aux corbeau suite à sa blessure dans le dos (causée par un cauchemar monstreux lors du dernier raid).
Chapitre 26 : En voie de guérison
Quand Emma rouvrit les yeux, pour la première fois, au milieu d'une brusque inspiration et d'un spasme violent qui souleva tout son corps, elle était dans le noir. Un noir complet, chaud, étouffant, épais, qui l'englobait de toutes parts, qu'elle sentait sur ses bras, sur sa peau partout et auquel elle ne pouvait pas échapper. Elle entendait une respiration sifflante, la sienne, et même au fond de sa gorge qui haletait, elle ne sentait que l'air moite et immobile, un trou où on l'aurait enfermée.
Alors elle se tourna, elle essaya de se relever. Elle gémit, ses mains étaient prises dans des draps, un étau enroulé tout autour d'elle dont elle ne pouvait pas se tirer. Elle voulut crier, elle se retint. Qui sait où elle se trouvait. Mais elle s'agitait, elle se tournait dans tous les sens. Elle voulait sortir.
Ses yeux fous grands ouverts tournaient dans leur orbite et elle commença à voir. Au dessus d'elle, des poutres de bois qui craquaient. Derrière elle, quand elle cambrait le dos au milieu d'une longue plainte, un autre mur, vertical, fermé, duquel aucune lumière ne filtrait. Et ces odeurs, des odeurs étrangères qui lui engluaient le nez. Trop fortes, trop sèches, pas naturelles.
Elle tordait son corps, elle tendait le cou. Elle cherchait la lune, les étoiles, l'ombre rassurante d'un arbre. Elle ne cherchait pas Toothless. Il n'était pas là, c'était évident. Elle était seule, toute seule, perdue, loin dans un monde étranger, et elle avait peur, et elle étouffait. Il faisait trop chaud dans cette pièce et aucune trace du vent. Peu importe où elle tournait son visage, elle n'arrivait pas à attraper une brise fraîche pour souffler sur son front ou sur ses yeux qui la brûlaient. À bout de ses forces, à bout de ses peurs, elle enfouit son visage dans un oreiller qui sentait trop fort les odeurs humaines et elle y gémit ses sanglots.
Elle entendit vaguement les petits bruits de pas nus sur le plancher, les minuscules murmures et craquement de sa prison qui trahissaient la forme qui se rapprochait dans son dos. Mais elle n'y fit pas attention, trop préoccupée par sa panique et la pensée qui rebondissait dans tous les coins de sa tête jusqu'à lui faire perdre son souffle : « Il faut sortir ! Je veux sortir ! De l'air ! Libérez-moi ! De l'air !». Elle sentit pourtant son matelas qui s'affaissa et une présence qui s'assit à côté d'elle et posa une main apaisante sur son bras. Elle se retourna enfin, trop confuse pour avoir peur. La lumière d'une bougie aveuglait ses yeux remplis de larmes, lui cachant le visage devant elle. Mais elle s'en fichait. Elle était juste triste, paniquée et triste. Et elle voulait juste que ça cesse.
La main posée sur son bras vint lui caresser doucement les cheveux, les décoller de ses joues humides, les démêler alors qu'une voix douce s'élevait, lui chantant une chanson, une berceuse si familière qu'elle aurait pu être tirée de son propre imaginaire. La main était sèche, usée, mais à chaque fois qu'elle se posait sur son front, elle emmenait un peu avec elle la douleur sourde qui y pulsait et petit à petit la respiration d'Emma se calma. Après de longues minutes rythmées seulement par la voix qui chantait et ses respirations syncopées, elle se rendormit en avalant le goût salé de ses larmes.
..
La seconde fois où elle se réveilla, il faisait jour. Elle ouvrit lentement les yeux. Elle sortait d'un sommeil plus profond que tout ce qu'elle avait jamais connu et elle flotta un moment dans cet instant indéterminé, les yeux ouverts, regardant simplement, mais ne pensant pas, profitant de la vraie objectivité de l'amnésique.
Au plafond au-dessus d'elle, il y avait des poutres auxquelles étaient suspendus des fagots d'herbes de toutes sortes. Sur le mur, dans son dos, était accroché un casque à cornes. Sur sa gauche, au niveau de ses yeux, il y avait une table de travail, où s'entassaient des manches de pillons, sortant de mortiers en pierre ou en bois, au milieu d'un bazar de feuilles sèches, de fioles remplies de liquides sombres et de pots ouverts de toutes tailles.
Et tout à coup, quelque chose s'alluma au fond de sa conscience, des souvenirs lui arrivèrent d'elle ne savait où, des images, des sensations, autant de filtres incompatibles qui essayaient tous ensemble de se poser sur la scène devant elle pour lui donner un sens.
Elle était allongée dans le vieux lit au bout de la pièce, souffrant d'une de ces maladies enfantines, sérieuses et interminables, avec encore dans sa bouche le goût désagréable des potions qu'on utilisait pour la soigner.
Elle sortait tout juste d'une fièvre grave. Elle avait encore sur le front la fraîcheur de toutes les nuits passées à l'extérieur. Elle sentait encore l'odeur du vent dont la séparaient maintenant quatre murs épais. Elle avait été absente pendant longtemps.
Elle allait guérir, on prenait soin d'elle. Bientôt elle serait de nouveau sur pied. Bientôt, elle reverrait ce qu'il y avait de l'autre côté de la porte imposante en face de son lit.
Et juste au moment où toutes ces images allaient se joindre dans le moment présent, juste au moment où le nom – Gudrun – lui revint, son esprit glissa de nouveau sur le terrain traître où on l'avait placé et elle retomba dans le noir.
..
La troisième fois, ce furent des doigts tremblants frôlant ses épaules qui la tirèrent de son inconscience. Elle était tournée sur le ventre et quelqu'un tirait sur quelque chose collé à la peau de son dos. Quand elle poussa une petite plainte, une voix se fraya un chemin dans ses oreilles bourdonnantes.
– Ah ! Enfin réveillée, ma fille ?
Emma ne répondit pas. Elle essayait d'avaler sa salive. Elle essayait de bouger ses muscles et de comprendre, par les tiraillements, les picotements, les sensations qui lui revenaient ce qui se passait, où elle en était. Elle était allongée sur un lit, elle n'avait pas bougé depuis des jours. Ses membres étaient faibles, cotonneux, et elle avait enfin commencé à guérir. Les mains continuaient les soins dans son dos. La voix se mit à fredonner et Emma, les yeux à demi fermés, se contenta juste d'être allongée, là, dans une pièce chaude, reposée et calme.
Puis les doigts arrêtèrent leurs mouvements et Emma sentit le toucher plus rêche de la bande de coton posée sur ses blessures. Gudrun l'aida à se retourner. Emma, au travers de ses cheveux tombés sur ses yeux, put enfin voir son visage. Elle portait un sourire tranquille, peut-être un peu plus tiré que dans ses souvenirs, peut-être avec des plis un peu plus marqués autour de ses lèvres fines, mais sinon c'était le même. Et elle ne voyait pas d'hostilité dans son regard, ses yeux d'un bleu délavé la regardaient avec la même douceur qu'elle avait toujours connu chez la vieille femme. Elle essaya de dire quelque chose mais sa gorge refusait de fonctionner. Gudrun n'avait pas fini, elle se pencha vers elle, plaça ses mains au bas de son dos et la força à se relever, son front appuyé sur son épaule osseuse. Si près d'elle, Emma put entendre sa respiration sifflante. Dans le creux de sa clavicule, elle pouvait sentir son cœur qui battait plus vite que celui d'un souriceau qu'on tient entre ses doigts. Gudrun n'avait plus la force de s'occuper de ses patients ainsi, cela faisait longtemps qu'elle ne l'avait plus eue.
Emma essaya de redresser le dos, de se tenir toute seule. Elle sentait Gudrun qui passait un bandage autour de son torse. Derrière le dos courbé de la guérisseuse, Emma pouvait voir, sur une petite table basse apportée près du lit, le tas des anciens bandages ensanglantés et recouverts d'une décoction verte. Elle eut un peu la nausée. Relevée ainsi, sa tête commençait à tourner. Mais Gudrun avait fini. Elle sentit ses doigts qui attrapèrent son menton pour tourner son visage vers elle. Emma ferma les yeux, elle commençait à perdre sa vision.
– Là ma fille.
Gudrun balayait avec douceur quelques mèches sur son front.
– Tu te sentiras bientôt mieux.
Puis elle attrapa quelque chose sur la table basse qui râpa contre le bois. Quelques instants plus tard, Emma sentit la vapeur sur son visage et le bord d'un gobelet contre ses lèvres.
– Il faut boire. Après tu pourras dormir.
Gudrun dut tenir Emma debout pendant qu'elle essayait de lui faire avaler l'infusion amère. Et quand le liquide chaud glissa le long de sa gorge et le long de son menton, Emma, la tête lourde, lâcha enfin le fil pour retourner à ses songes.
..
La quatrième fois qu'elle se réveilla fut la première fois qu'elle appela Toothless. Elle se leva en sursaut sur son lit, son cri gonflant encore sa gorge, et elle vit sous la porte la lumière grise du petit matin. Cette fois, elle était consciente. Elle put toucher le bandage qui barrait sa poitrine, apprécier la douleur dans son dos qui avait beaucoup diminué ; elle put voir la pièce dans sa lumière achromatique, elle put enfin penser avec lucidité à l'endroit où elle se trouvait et la première chose qui lui vint à l'esprit fut : «où est Toothless ?».
Elle regarda le rectangle noir en haut des escaliers à droite de son petit lit. Gudrun devait être en train de dormir, elle n'entendait pas un bruit, pas un mouvement. Il faudrait qu'elle soit silencieuse. Elle balaya du regard ce qui se trouvait autour d'elle. Le verre d'eau posé sur sa table de chevet, les plantes médicinales odorante suspendues au plafond, les quelques armes viking usées accrochées au mur derrière elle en guise de décoration, ses couvertures emmêlées au pied de son lit. Elle ne vit pas sa cape sombre, ou ses vieilles tuniques en coton. Elle n'avait aucune de ses affaires avec elle. Elle n'avait pas son arc, ni même son poignard.
Elle ne savait pas exactement combien de jours elle s'était battue avec l'inconscience. Il y avait eu au moins une nuit, et deux jours. Elle soupçonnait beaucoup plus de temps que cela de s'être écoulé. Doucement, ne voulant pas faire grincer le sommier, elle balança ses pieds hors du lit. Elle vit, dans la faible lumière, les deux bandages blancs qui remontaient de ses chevilles à ses genoux. Mais au moins sa peau lui faisait moins mal. Elle balança son poids en avant et ses pieds touchèrent le plancher froid.
Elle fut agréablement surprise de se sentir tant de forces alors qu'elle se redressait. Elle rassembla autour d'elle la fine chemise qu'elle portait, sa seule protection contre l'air froid de la maison endormie, et tourna sur elle-même. Que pouvait-elle faire ? Par instinct, elle regarda en l'air mais il n'y avait que le plafond poussiéreux. Il fallait qu'elle sorte.
Elle se souvenait vaguement d'Arwen qui était venu la chercher dans la clairière et qui l'avait ramenée au village. Elle était quasiment sûre que c'était Arwen. Elle n'avait pas pu voir son visage et ses rêves le confondaient souvent avec Flavien mais ça ne pouvait être que lui. Il avait été le seul à savoir où elle était et il était assez stupide et têtu pour la ramener au village malgré qu'elle lui ait dit non. Emma s'approcha de la porte. Elle posa d'abord son oreille contre le battant.
Elle voyait le rayon de lumière qui éclairait en oblique le seuil. La pleine lune n'était pas due avant plusieurs semaines, elle était donc quasiment sure que c'était le tout début du jour ; bien trop tôt pour que quiconque ne soit déjà réveillé et bien trop tard pour que certains ne soient pas encore couchés. Elle ne risquerait rien. Il fallait juste qu'elle jette un coup d'œil, un tout petit coup d'œil à l'extérieur.
Elle ne savait pas ce qu'Arwen avait bien pu faire avec Toothless quand il l'avait emmenée. Il n'était pas à l'aise avec le dragon, elle l'avait senti. Il avait donc dû le laisser sur l'île aux corbeaux. Mais Toothless l'aurait-il laissé faire ? Elle ne pouvait pas imaginer qu'il soit sagement resté assis alors qu'un inconnu l'emmenait loin de lui. Et c'était ça qui l'inquiétait, faisait battre son cœur un peu plus fort. Comment pouvait-elle être là si Toothless avait veillé sur elle ?
Elle poussa la porte. Elle voulait l'ouvrir, juste un tout petit peu. Toothless avait été là quand Arwen l'avait emmenée, cela lui revenait maintenant. Des sensations de quelqu'un qui la portait et des pas sur le sol souple de la forêt. Elle avait senti la présence rassurante de Toothless l'accompagner au début du chemin. Mais peut-être que ce n'avait été qu'une hallucination de son esprit fiévreux. Savait-il qu'elle était encore en vie ? Peut-être qu'il s'était absenté pendant un tout petit instant pour aller se nourrir et Arwen l'avait emportée à ce moment-là ? Mais Toothless n'était pas idiot. Si elle n'était plus dans la clairière, il devait savoir qu'elle était au village, il devait avoir senti l'odeur d'Arwen et ses traces qui menaient jusqu'à Berk. Il devait être en train de la chercher, depuis plusieurs longs et agonisants jours.
Elle poussa un peu plus fort. Il fallait juste qu'elle sorte dans la rue, qu'elle lui fasse un signe. Voir son ombre planer dans le ciel, lui dire qu'elle était là et qu'elle allait bien. Elle espérait juste qu'elle n'arrivait pas trop tard. Elle s'agita, elle poussait de toutes ses forces contre le battant mais quelque chose n'allait pas. Elle se redressa, regarda la porte contre laquelle elle s'appuyait. Elle donna plusieurs à-coups, s'y projeta de tout son corps, elle la fit claquer contre ses gonds mais la porte ne bougeait toujours pas. Elle était fermée à clef.
Emma recula un peu, essoufflée. Elle regarda les planches de bois polies, mal jointées par endroit qui laissaient passer un peu de lumière. Son visage n'exprimait aucune émotion. De la glace venait de remplir ses veines.
Ils l'avaient enfermée.
Ses bras tremblants appuyèrent encore une fois contre la porte, mais ce n'était plus que de la panique maintenant. Elle avait compris. Ils l'avaient trouvée blessée. Pendant qu'elle était inconsciente ils l'avaient ramenée ici, dans cette petite pièce, toute petite pièce, poussiéreuse, sombre, et ils l'avaient enfermée. Toothless était encore dehors. Sans doute, ils attendaient, toutes armes aiguisées, qu'il vienne la retrouver. Et elle était bloquée, attrapée, aveugle derrière ces fichus murs !
Mais… Mais… Gudrun… Elle avait été si douce avec elle. Elle entendait encore sa voix chantante qui la guidait à travers ses cauchemars. Ils l'avait soignée, remise sur ses pieds. Elle allait mieux maintenant, elle avait repris des forces, elle avait repris conscience et elle ne boirait plus de cette potion amère, celle qui la renvoyait tout le temps dans le noir. Elle ne comprenait pas à quoi ils jouaient, ce qu'ils voulaient. Pourtant, les vikings avaient toujours eu des motivations si simples à élucider.
Puis elle secoua la tête. Chaque minute qu'elle perdait, le soleil se rapprochait un peu plus de l'horizon, bientôt le coq allait chanter et le village allait se réveiller. Peu importe leurs intentions, il fallait qu'elle sorte. Elle n'était plus malade à présent, il fallait qu'elle aille retrouver Toothless.
Elle regarda de nouveau autour d'elle, plus concentrée cette fois. Ses yeux se posèrent immédiatement sur les vieilles haches accrochées au mur. Même rouillées et pas aiguisées, avec assez de force elles seraient suffisantes pour oblitérer la porte. Quand Emma posait la main dessus, elle pouvait sentir le vent qui passait dans la rue, elle entendait les sifflements et grincements de l'autre côté, les planches de bois n'étaient pas épaisses.
Elle allait faire un pas vers les armes, les saisir et percer son chemin vers la liberté quand elle s'arrêta. Quelque chose n'allait pas. C'était trop facile. Elle se tourna vers la porte, puis vers le carré sombre qui menait à la chambre de Gudrun à l'étage. Où était le piège ?
Elle resta de longues secondes parfaitement immobile. Elle sentait l'air froid de la pièce qui rentrait dans ses poumons, elle cherchait dans sa mémoire confuse des derniers jours un tout petit indice sur ce qui se passait, où elle était et ce qu'on voulait faire d'elle.
Mais tout ce qui lui revenait c'était les mains douces de Gudrun, sa voix presque effacée et le cocon de douceur et de confort dans lequel elle avait été plongée depuis qu'elle s'était réveillée, la première nuit dans cette pièce. Elle avait vu le visage de la guérisseuse, elle avait regardé dans ses yeux bleus, elle avait vu son sourire. Elle ne pouvait pas croire à la duplicité de cette femme. Elle la connaissait depuis qu'elle était une enfant, depuis ses premiers souvenirs.
Gudrun ne lui ferait pas de mal. Elle ne pouvait pas lui mentir, elle ne pouvait pas la tromper. Elle ne pouvait pas l'enfermer.
Lentement, Emma se tourna de nouveau vers la porte, ce rectangle sombre étoilé de ses petits trous de lumière. Alors quoi ? Elle s'approcha, reposa lentement son oreille contre le battant. Un petit vent frais passait sous le seuil et venait souffler sur ses orteils nus. Dehors, elle entendait les poussières de la rue se faire balayer et déplacer, un va et vient constant et régulier. Elle sentait la présence inquiète de Gudrun dans la chambre sombre derrière elle. Elle lui disait de faire attention, de ne pas trop s'approcher, de ne pas passer le seuil de cette pièce où elle était en sécurité. Et tout à coup cela lui vint : si la porte n'était pas là pour la garder à l'intérieur, alors elle était là pour garder quelque chose à l'extérieur.
Emma lâcha brusquement le battant et s'éloigna de plusieurs pas. Quelque chose respirait derrière la porte, elle en était sûre. Elle entendait un souffle qui venait puis qui repartait. Il y avait quelqu'un, un homme, habillé de fourrures sales, qui tenait une hache contre sa cuisse et qui appuyait son oreille sur le battant, de l'autre côté des fines planches de bois. Un garde peut-être ? Elle savait que c'était ridicule. Son cœur avait commencé à s'affoler. Si il y avait quelqu'un, elle verrait l'ombre de ses pieds sur le seuil. Mais elle ne pouvait pas se défaire de son horrible impression. Sûrement, le seul bruit du vent n'aurait pas pu produire un son si rauque et régulier.
Elle commença à reculer vers le refuge de son lit. Un craquement la fit sursauter. Suivi d'un autre. Elle plaqua ses mains sur sa bouche pour faire taire sa respiration. L'homme pouvait-il l'entendre ? S'était-il approché un peu plus près de la porte ?
Elle osait à peine respirer. Elle recula et recula, ses oreilles remplies de son propre silence. Elle ne savait plus ce qu'elle entendait, ce qu'elle inventait. Là, un frottement. Venait-il de la pièce derrière elle ? De la porte devant elle ? Elle sursauta quand son mollet toucha le bord de son lit. Elle bondit sur le matelas et enfouit ses pieds sous les couvertures.
Elle resta encore longtemps, les yeux grands ouverts, assise sur son lit en serrant ses genoux. Elle essayait de ne pas faire un seul son, de prendre tout juste l'air qui lui était nécessaire, malgré son cœur qui battait vite et voulait l'essouffler.
Toute son attention était tendue sur ce qui se passait derrière la porte. Elle voulait savoir si la personne était partie, si elle pouvait se recoucher et essayer de dormir. Par moments, elle arrivait à se convaincre que tout ce qu'elle entendait n'était que le vent soufflant autour de la maison, qu'elle se faisait des histoires. Et puis il y avait un craquement, ou quelque chose qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à des bruits de pas passant dans les rues vides, et elle n'arrivait plus à entendre dans les frottements et crissements contre le bois autre chose que le souffle enragé de celui qui l'attendait, à l'affût, de l'autre côté de la porte d'entrée.
..
La cinquième fois, ce fut une exclamation, lancée par une voix grave, qui réveilla Emma. Elle releva la tête brusquement et ses cheveux emmêlés lui tombèrent sur le visage. Elle s'était endormie, la tête posée sur ses genoux repliés. Ses épaules étaient tordues de froid, ses couvertures étaient restées roulées au niveau de ses hanches.
Elle souleva ses bras engourdis et tenta de remettre de l'ordre dans ses cheveux quand la voix retentit de nouveau, si proche que le cœur d'Emma s'arrêta un instant, croyant que la personne se trouvait dans la pièce avec elle. Puis elle comprit : les voix venaient de l'autre côté des murs.
C'était le matin. Elle voyait la lumière chaude, dorée, sur le seuil de la porte qu'elle avait fixé toute la nuit. Cette fois, elle n'inventait rien, elle entendait la vie qui courrait dans la ruelle juste devant la petite maison de Gudrun. Elle baissa lentement les bras et s'appuya sur son matelas, immobile, tête baissée. Elle écoutait.
Il y avait une grande variété de sons qui lui parvenaient. Le grincement des roues d'une brouette qu'on poussait dans l'avenue plus large à sa droite, les bêlements furieux d'un bélier qu'on traînait derrière soi, sans doute à plusieurs rues de là. Et puis il y avait les bruits de pas qui passaient plus près, juste de l'autre côté de la porte.
– Thorin ! J'attends encore ce nouveau tonneau que tu m'as promis !
Emma sursauta, elle ne put pas s'en empêcher. Elle n'arriva pas à comprendre ce que disait la voix bourrue qui répondit. Mais déjà les pas s'éloignaient et d'autres arrivaient. Elle entendait tous ces inconnus, des voix, graves, pâteuses, légères, joyeuses, de tous les côtés. La plupart s'échangeaient le bonjour, les platitudes habituelles. Pour beaucoup, elle n'arrivait même pas à déchiffrer leurs paroles, mais tout le temps elle reconnaissait l'accent rauque, les 'r' roulant et les voyelles rondes de sa langue natale.
Dans son esprit, tout à coup, son petit monde s'élargit. Elle ferma les yeux et ses souvenirs dessinèrent tout ce qui se déployait au-delà des quatre murs aveugles de sa petite chambre. L'allée principale, quelques dizaines de mètres à sa droite, et tous les hommes, femmes, charrues et bœufs qui la descendaient tôt le matin. Les rues sinueuses à sa gauche et toutes les bicoques arrondies et fatiguées qui dormaient là, un feu allumé dans leur sein pour réchauffer l'air du matin et sortir du lit ceux qui rechignaient encore. Et derrière elle, la surmontant, imposant, le grand Hall et sa grande cheminée fumante, éclairé par la lumière claire du soleil levant.
C'était le village, c'était Berk qui l'entourait de toutes parts, juste derrière la porte d'entrée. Elle rouvrit les yeux. Elle entendait encore les gens qui passaient, quelques enfants qui avaient fini de déjeuner et qui sortaient déjà en courant retrouver leurs amis. Maintenant, elle voulait s'approcher, elle voulait aller écouter, presser son oreille contre le bois et espionner, presque, toute cette vie qui battait autour d'elle apparemment inconsciente de sa présence, si proche.
À quoi pensaient-ils tous ces vikings qui passaient de bon matin devant la petite maison de la guérisseuse ? Lançaient-ils des regards sur la porte fermée ? Fronçaient-ils les sourcils, leur venait-il des insultes à la bouche, pour la traître, celle qui avait détruit leur village ? Ou bien avaient-ils oublié qu'elle était là, ne savaient-ils pas ?
Elle voulait aller respirer l'air qui filtrait dans la moindre fente. Le village sentait-il encore le bois brûlé, souvenir de la bataille affreuse qui venait de s'y livrer ? Si elle tendait l'oreille, entendrait-elle le bruit des marteaux sur le port ? Avaient-ils rebâtit, comme ils le faisaient toujours ?
Et puis aussi : parlaient-ils de Toothless ? Du fier Furie Nocturne qu'ils avaient tué ou capturé ? Elle devenait suspicieuse quand après les bonjours lancés de loin, les voix baissaient et elle n'arrivait plus à comprendre.
Elle avait replié ses couvertures et avait avancé ses jambes vers le bord du lit quand un bruit différent lui parvint, un bruit plus clair, qui ne venait pas de l'extérieur. Elle se retourna. En haut de l'escalier, les pieds et le bas de la jupe de Gudrun était apparus.
Emma oublia les ombres à l'extérieur. Elle regarda la vielle femme qui prenait son temps pour descendre chaque marche. Elle vit d'abord ses genoux noueux puis sa taille fragile et enfin son dos courbé. Emma remit rapidement ses pieds sous les couvertures, elle essaya de mettre de l'ordre dans son lit, elle ne savait pas trop pourquoi. Avec un autre craquement des marches de bois, le regard bleu clair passa sous le plancher de l'étage supérieur et alla se poser immédiatement sur le petit lit et la jeune fille anxieuse assise au milieu.
Gudrun accusa à peine un instant de surprise, puis son visage s'éclaira d'un sourire doux et bienveillant. Emma sentit en son sein une chaleur qui lui rappela son enfance. Elle se sentait bien mieux ce matin, et Gudrun en était contente et soulagée.
La guérisseuse se détourna pour regarder où elle mettait ses pieds alors qu'elle descendait les dernières marches et Emma prit sa couverture pour la remonter sur sa poitrine avant d'appuyer son dos contre la tête de lit alors que Gudrun s'approchait d'elle à petits pas.
– Comment tu te sens ? dit-elle d'une voix incroyablement douce en prenant la couverture pour la border elle-même sous son menton.
– Je suis réveillée, lâcha Emma un peu maladroitement.
Gudrun l'observa. Elle vint poser sa main légère sur son front et son sourire revint, plus vif encore.
– C'est bien. Tu as faim ?
Quand Gudrun revint avec un plateau tremblant entre les mains qu'elle posa sur les genoux d'Emma, elle tira une petite chaise et s'installa à côté de sa patiente, sans dire un mot. Emma la regarda alors qu'elle mordait avec appétit dans un bout de pain chaud. Elle avait tant de questions. Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Qu'en pensaient les autres ? Était-elle en danger ? Toothless était-il en danger ? Pourquoi la porte d'entrée était-elle fermée à clef ? Mais elle n'osait pas les poser. Elle ne connaissait pas la femme qui se tenait devant elle, pas vraiment. Elle avait ses souvenirs, et elle avait envie de lui faire confiance, elle avait besoin de croire qu'il y avait quelqu'un de son côté, mais elle avait changé, elle, Emma, et elle ne savait pas ce que Gudrun pensait de tous les choix qu'elle avait faits depuis la dernière fois qu'elle l'avait vue.
Alors elle observait la vieille femme, et au lieu de s'inquiéter de l'opinion des inconnus dehors, elle commença à s'inquiéter de ce que Gudrun avait pensé de sa petite escapade. Il n'était pas dans l'habitude de la vieille sage d'exprimer ses opinions personnelles, mais elle devait bien avoir un avis et c'est ce qu'Emma essayait de deviner alors qu'elle fixait son tranquille regard bleu.
– Que ce passe-t-il dans le village ? lâcha-t-elle brusquement.
Elle attrapa la tasse fumante sur son plateau et enroula ses doigts autour alors que Gudrun clignait des yeux, apparemment tirée d'une profonde réflexion. La vieille femme hésita, elle pencha la tête légèrement sur le côté puis son sourire apaisant, celui destiné à ses patients, celui qui rassure et qui calme, revint.
– Le village va bien, Emma.
Elle avait dit cela avec légèreté, comme si elle était amusée par la question.
– Mais le…
– Ils sont en train de réparer, comme d'habitude.
– Et le port…
– Le port va bien. Le village s'en remettra Emma, comme on l'a toujours fait.
Emma détourna le regard. Le ton de Gudrun avait été final dans sa dernière réponse. Emma prit une rapide gorgée de la boisson chaude, pour s'occuper, se laisser le temps de penser à sa prochaine question. Elle le regretta immédiatement, c'était la potion amère qu'on lui avait fait boire la dernière fois qu'elle s'était réveillée.
– Qu'est-ce que les gens disent ? Du fait que je sois là…
Gudrun pinca les lèvres. Elle baissa le regard sur les plis de sa jupe mais un faible sourire titillait quand même le coin de ses lèvres.
– Ils en débattent.
Puis elle revint poser son regard perçant, doux mais soudainement sérieux, sur Emma.
– Il faut leur laisser le temps.
Emma hocha la tête mais c'était un mensonge. Elle n'avait pas compris, cette réponse ne lui suffisait pas. Elle reposa la tasse sur son plateau et essaya de se redresser. Elle avait besoin de plus de temps encore pour réfléchir à tout ça.
– Je suis guérie, dit-elle. Je peux sentir que la fièvre est passée pour de bon.
Gudrun posa immédiatement la main sur sa cuisse pour l'empêcher de se relever.
– Pas si vite Emma. Les plaies ne sont pas encore cicatrisées. Celle dans ton dos…
Elle secoua la tête et se leva. Elle s'affaira à débarrasser Emma de son plateau, puis elle repoussa les couvertures pour découvrir ses jambes et les pansements sur ses tibias.
– Elle était profonde, la plaie n'est pas encore refermée, dit-elle en inspectant les pansements souillés.
Elle passa ses ongles sous les bandes de tissus pour commencer délicatement à les détacher.
– J'ai fait tout ce que j'ai pu, souffla-t-elle, mais il t'a apportée trop tard. Tu vas garder d'importantes cicatrices.
À ce moment-là, Gudrun s'arrêta pour lui lancer un regard mais Emma ne réagit pas à cette annonce. Elle s'en fichait. Une petite voix venue de ses souvenirs dit : « c'est pas marrant si on en ressort pas avec une cicatrice, n'est-ce pas ? »
Gudrun se détourna et se mit à retirer le pansement sur sa jambe gauche. Une forte odeur de potions désinfectantes attaqua le nez d'Emma. Elle regarda sa peau rouge et encore boursouflée. En effet, ce n'était pas beau à voir mais peu importe. Personne d'autre qu'elle ne verrait jamais ses jambes découvertes. Et puis ça lui faisait un peu penser au moignon mal cicatrisé sur un des côtés de la queue de Toothless…
Gudrun se mit à travailler. Elle alla chercher plusieurs crèmes et fioles sur sa table de travail. Emma léchait sur ses doigts les derniers vestiges de miel de son petit déjeuner luxueux. Son ventre, plein pour la première fois depuis une semaine, commençait à peser sur ses paupières. Mais elle luttait.
– Gudrun ? l'appela-t-elle faiblement alors qu'elle revenait les bras pleins.
– Hum ?
Emma hésita. Elle tourna la tête d'un côté, puis de l'autre. Elle s'était rallongée dans son lit, et ses pensées commençaient à échapper à son contrôle.
– Comment Arwen m'a-t-il amenée jusqu'ici ? Dans cette maison, je veux dire.
Gudrun sourit mystérieusement alors qu'elle s'asseyait sur sa chaise.
– Oh le garçon n'a pas réussi à venir jusqu'ici.
Emma se releva un peu sur ses coudes pour mieux la regarder.
– Il n'a même pas réussi à mettre un seul pied dans le village avant de se faire arrêter !
Elle lança un regard pétillant à Emma puis elle lui souleva la jambe pour placer un bout de tissus en-dessous avant de pendre sur ses doigts une bonne couche d'une pâte translucide qui avait une forte odeur de thym et de fleur fanée. Emma la fixait, toujours aussi confuse et cela fit rire la vieille femme.
– Le garçon a toujours bien aimé les arrivées dramatiques. Mais se présenter ainsi à la porte du village avec ton corps inconscient dans ses bras ! Je crois qu'il n'a jamais fait aussi fort.
Emma se laissa retomber sur son coussin et fronça les sourcils.
– Mais alors… comment est-ce que je suis arrivée ici ? Sans un coup de hache dans la poitrine ? dit-elle presque pour elle-même.
Elle inspectait les bouquets de plantes séchées au plafond et elle essayait d'imaginer la scène : elle pâmée dans les bras d'Arwen et tous les Vikings armés jusqu'aux dents autour d'eux. Gudrun finit d'étaler une bonne couche de sa pâte graisseuse sur sa jambe puis son siège craqua et elle pencha son visage sur Emma, le dos de ses phalanges caressant doucement ses yeux pour lui fermer les paupières.
– Tu as de la chance d'avoir tant d'esprits qui veillent sur toi.
Emma fronça un peu plus les sourcils et résista le sommeil qui voulait la reprendre.
– Qui ?
Gudrun secoua la tête alors qu'elle revenait à ses soins.
– Repose-toi. Ton corps à encore beaucoup de travail avant que tu ne sois complètement remise.
Les yeux d'Emma papillonnaient. Elle sentait le soupir de ses muscles qui se détendent, son dos qui s'enfonce un peu plus dans son matelas et elle faillit ne pas entendre les dernières paroles de Gudrun, déjà à moitié dans ses rêves.
– Il te faudra des forces, ma fille, tu verras.
..
La sixième fois où Emma ouvrit les yeux, elle se sentait pâteuse. Elle regarda les poutres au plafond et essaya de sortir de son rêve profond. Elle était quasiment sûre qu'il y avait eu plusieurs dragons, un serpent de mer, peut-être deux ou trois sirènes, et une tentacule qui l'attirait de plus en plus profondément sous la surface de l'océan. Elle inspira et remua sous ses couvertures.
Puis, à sa gauche, un craquement. Elle se tourna lentement, pensant trouver Gudrun qui se baladait à pas de velours dans la pièce. Elle cligna des yeux face à l'ombre imposante qui se penchait sur elle. Elle mit un moment à comprendre. Et puis elle sursauta et se leva d'un coup, s'éloignant le plus possible sur le matelas étroit de son lit.
Son père était assis à son chevet.
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Arwen avait trop chaud. Il était coincé dans la marée de corps échauffés, de visages rouges, de mains aux veines gonflées de colère et d'agitation. L'entrée du grand Hall était complètement obstruée, les vikings se pressaient les uns contre les autres, certains sur la pointe des pieds, appuyés sur les épaules de ceux de devant, pour mieux voir. Depuis plus d'une heure, pas un seul souffle d'air frais n'était entré dans la salle et l'air rance des respirations et des corps commençaient à l'étourdir.
– Il sait où est le dragon. Si la fille vit, qu'on nous livre au moins le dragon !
C'était Orgen Dithersson qui avait parlé, un doigt tremblant pointé vers la poitrine d'Arwen. Depuis plus d'une heure, le débat faisait rage. Depuis qu'il s'était présenté aux portes du village, qu'on avait pris Emma de ses bras et qu'on l'avait saisi, violemment, pour le traîner jusqu'au grand Hall, l'enfermer dans la salle sombre jusqu'à ce que tout le village le rejoigne pour venir discuter de son sort et de celui de la fille qu'il venait de leur livrer.
Au début, il était resté en retrait. On l'avait poussé derrière les dirigeants, derrière la haute carrure du chef, les bras musclés de Gobber, et les généraux principaux qui se retournaient de temps en temps pour lui jeter des regards peu amènes. Ils avaient discuté, sans lui demander son avis, de ce qui devait être fait de la vie de la jeune fille, de la bannie. Mais Arwen, à ce moment-là, avait été bien content de rester en retrait. Emma avait dans ce village des champions dont les arguments pesaient bien plus lourd que les siens.
Mais maintenant que la vie d'Emma était jouée, que personne n'avait plus rien à dire sur elle, le débat en était venu au dragon, le Furie Nocturne, son compagnon qui demeurait introuvable et dont tout le monde était sur maintenant qu'il rôdait autour de leur île et à lui, Arwen, qui savait des choses que personne dans ce village n'avait soupçonnées.
De toutes parts, les cris affluèrent pour soutenir Orgen. Il portait la parole de tous les guerriers dans la salle. Arwen vit la foule, dans un élan de colère, s'avancer d'un seul mouvement vers lui, comme une vague prête à se briser juste au-dessus de sa tête. Il fit un pas en arrière, il chercha autour de lui un soutient. Auprès du Chef, mais son regard s'était de nouveau éteint depuis qu'il n'était plus question de sa fille. Auprès de Gobber, mais le forgeron le regardait comme les autres, il attendait. Les dirigeants autour de lui s'étaient écartés et Arwen voyait la longue table ovale qui s'étendait devant lui. De partout, elle était prise d'assaut par les bras musclés qui s'appuyaient dessus, les bustes qui essayaient de s'avancer devant les autres, pour être de ceux qu'on voit et qu'on entends. Partout, Arwen reconnaissait les visages enragés. C'étaient les camarades aux côtés desquels il avait combattu, les hommes et les femmes desquels il avait protégé les enfants, tous tournés maintenant contre lui. Et peu importe où il essayait de tourner son regard, nulle part au-dessus des têtes dressées, des mâchoires ouvertes, des peaux rouges et tirées, il ne pouvait trouver le visage d'Helgua. Ou celui de son père.
– Qu'on vous livre le dragon ? essaya-t-il de se défendre. Je ne contrôle pas le Furie Nocturne ! Il est blessé mais il peut encore voler. Il ne restera pas longtemps là où je l'ai trouvé.
Ce n'était pas la bonne réponse. Les insultes fusèrent. Traître ! Lâche ! Rejeton de dragon ! Arwen carra ses épaules et les laissa déferler sur lui, le frapper et puis glisser lentement et se retirer.
– Tu aurais dû l'achever dès que tu as posé les yeux dessus ! cria une voix anonyme en arrière de la foule. Il nous a prouvé à tous dans quel camp il est !
Arwen secoua la tête, mais dans un tel vacarme, il n'arrivait pas à placer un seul mot. Sa gorge était si serrée, il avait l'impression qu'il n'arriverait pas à parler au-dessus d'un murmure.
– Il n'y en a qu'une qui peut vous livrer une telle bête, tenta-t-il faiblement, et c'est Emma elle-même !
Arwen voyait les regards incrédules, consternés, énervés, la même réaction répétée des centaines de fois sur cents visages différents.
– La fille ! Il veut qu'on fasse confiance à la fille ! se gaussa l'un.
– On sait très bien ce qu'elle fera si elle s'approche du dragon ! lui répondit un autre.
– Tu es peut-être fou, garçon, mais moi je tiens encore à ma tête sur mes épaules !
Et la voix de Dithar Gerulfsson qui s'éleva au-dessus de celles des autres :
– Je peux supporter d'avoir la fille parmi nous – côtoyant nos enfants, côtoyant nos femmes ! – mais jamais je ne la laisserais approcher son dragon de nouveau. C'est livrer sur un plateau à ces reptiles un village que nous avons défendu vaillamment pendant huit générations !
Des applaudissements retentirent à la droite. Juste devant Arwen, Hjalmar se retourna.
– Qu'as-tu à répondre à cela, Hofferson ? Parle !
Le général était rarement aussi hostile. Il le prit presque par le bras pour le jeter au-devant de la foule. Pendant tout ce débat, il avait été celui qui avait essayé de garder une tête froide, de voir tous les côtés de la question, de ne pas considérer ses propres sentiments mais les intérêts du village qu'il était chargé de défendre. Et de le voir abandonner maintenant tout son sang froid, de voir sa colère qu'il avait retenue contre le Chef, contre Gobber, contre Dithar même !, et qu'il crachait soudainement à sa figure fit lâcher le peu de contrôle et d'inhibition qui retenait encore Arwen.
Que voulaient-ils entendre ? Oui le dragon se cachait dans les bois juste derrière leur village ! Il avait suivi Arwen tout le long du trajet ! Il l'avait ramené sur Berk ! Il n'allait pas leur mentir. Mais si ils pensaient qu'ils allaient pouvoir entrer dans ces bois et en ressortir avec la carcasse du dragon le plus craint de toute l'histoire de l'archipel traînant derrière eux, ils commettaient la plus grave erreur de leur histoire.
– Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? explosa-t-il en s'avançant au-devant de la foule. Je ne sais pas où est le dragon, tout ce que je peux vous dire avec certitude c'est qu'il n'est plus là où j'ai trouvé Emma. Et pour répondre à votre vraie question : je ne vous le livrerais pas !
Les visages choqués, outrés, valurent toutes ses paroles imprudentes. Arwen savait qu'il était en train de commettre une erreur, une grave erreur, le genre d'erreur qu'on ne peut jamais effacer. Il essaya d'imaginer le visage de son père, qui devait être dans la foule quelque part, mais même cela ne put pas lui faire ressentir du remord. Toute sa vie il avait marché sur la fine ligne de ce qui était attendu de lui, il ne pouvait pas exprimer le sentiment d'euphorie qui le prit d'enfin dire à voix haute ce qu'il avait pensé tout bas, de leur jeter enfin à la face ce que personne ne voulait entendre.
– Hofferson, ça suffit ! s'exclama Hjalmar. Tu sais très bien sous les ordres de qui tu vis, ici. Tu as prêté un serment en entrant dans l'armée et j'entends bien que tu l'honores ! J'exige des réponses : où as-tu trouvé l'exilée ? Où se cache le dragon ?
– Quand Emma était blessée, le dragon restait avec elle là où je l'ai trouvée mais depuis il n'y est plus. Il n'a plus aucune raison de rester là-bas si sa cavalière n'y est pas.
Arwen avait le menton levé, les bras croisés. Hjalmar s'approcha de lui, sa main appuyée sur le pommeau de son épée brillante.
– Tu peux arrêter tout de suite avec tes pirouettes, Hofferson. Une réponse : où.
Arwen soutint son regard pendant de longues secondes. À leur gauche, il voyait du coin de l'œil la foule agitée qui se pressait autour de la table, il entendait leur brouhaha qui bouillait son sang, troublait sa tête et lui donnait envie de crier aussi fort qu'eux, plus fort qu'eux !
– Est-ce que vous réfléchissez un peu à ce que vous faites ? Je croyais qu'on s'était mis d'accord, il y a pas cinq minutes, pour qu'Emma ait une seconde chance ! Vous avez tous juré au Chef ici présent que quand elle serait guérie, elle répondrait elle-même aux accusations contre elle, qu'elle aurait l'immunité ! Est-ce que vous vous rendez compte que si vous tuez son dragon, elle ne vous dira pas un seul mot ? Elle sera repartie avant que vous ne puissiez même la toucher ! Et cette fois, elle ne reviendra plus jamais !
Il s'était tourné vers le Chef en criant ces derniers mots. Stoick se tenait là, le dos courbé, le visage morne. Il avait si véhément défendu sa fille au tout début de la réunion. C'était lui qui l'avait prise de ses bras quand il était arrivé dans le village le matin même et s'était retrouvé face à une herse d'armes levées. C'était lui qui l'avait emmenée dans le refuge de la maison de Gudrun et qui avait négocié une deuxième chance pour elle, une chance d'être soignée et un droit à la parole. Mais ne se rendait-il pas compte que rien de tout cela n'était suffisant ? Emma l'avait quitté un jour pour un dragon et si une chose était sure aujourd'hui c'est que si elle le devait, elle le referait.
– Bon débarras ! entendit-on dans l'assemblée.
– Un problème de résolu ! dit un autre.
– J'ai jamais compris pourquoi on gardait la fille ici de toute façon !
Le Chef s'agita un peu à cette dernière phrase. De la lassitude plus qu'autre chose. Mais à part un mouvement de la tête vers l'idiot qui reposait encore les mêmes questions, il ne réagit pas. Arwen souffla. Hjalmar devant lui allait de nouveau le prendre à parti, il avait avancé sa main vers son bras. Arwen se dégagea avant qu'il ne l'attrape.
Il n'avait plus grand chose à perdre dans ce débat. Irrespect de ses supérieurs, refus de coopérer avec la traque d'un dragon, paroles hérétiques, il était déjà bon pour une éternité de travaux d'isolation. Autant que ça serve à quelque chose.
Il marcha résolument vers la table du conseil, s'appuya dessus et chercha du regard celui qui ne comprenant toujours rien.
– Pourquoi on garde la fille ici ? demanda-t-il d'une voix claire et l'on se tu un peu pour l'écouter. C'est ça que vous voulez savoir ?
Il vit des hochements de tête, d'autres qui levèrent leurs bras en de larges gestes exaspérés. « C'est ce qu'on demande depuis tout à l'heure !» « On veut des réponses».
– Alors écoutez bien, je vais vous dire moi pourquoi on devrait la garder au village. J'ai parlé avec Emma.
Il appuya un doigt contre la table et croisa délibérément les regards dans la foule pour récolter leur attention.
– Je l'ai vue. J'ai fait face au dragon également, des fois de si près que j'aurais pu le toucher ! Et vous voulez savoir ce qu'il m'est arrivé ?
Les visages étaient toujours hostiles mais un silence relatif s'était installé. Ils l'écoutaient.
– Elle ne m'a pas attaquée. Elle n'a pas lancé son dragon sur moi. Comme vous pouvez tous le voir, j'ai encore ma tête sur mes épaules ! Alors qu'a-t-elle fait ? Elle m'a parlé. Je lui ai demandé de me parler. Et elle m'a dit qu'elle avait fait des erreurs. Oui, elle regrette tous les dégâts qu'elle a faits au village lors de la dernière attaque ! Elle pense qu'elle a complètement échoué ! Parce que ce qu'elle voulait faire ce n'était pas venir nous attaquer et nous faire peur mais nous aider ! Oui, Orgen j'ai bien dit nous aider. Elle voulait nous faire voir le chemin qu'elle a pris il y a tant d'années et qui l'a conduite à la paix avec un Furie Nocturne – le dragon le plus dangereux de tous ! – pas la guerre. Vous tous qui avez peur pour vos maisons, pour vos enfants, j'essaye de vous comprendre mais est-ce que ce serait trop dur pour vous de faire confiance à des personnes, à des guerriers, qui ont été avec vous pendant des années, certains qui vous ont dirigés, et qui ont toujours voulu ce qu'il y avait de mieux pour le village ?
– Si tu t'inclues là-dedans, gringalet, tu peux aller te faire voir !
Arwen ignora l'invective, il recouvrit les voix qui essayèrent de le couper.
– Qu'est-ce qu'Emma vous a jamais fait avant qu'elle ne parte ? Hein ? Je vous le demande ! Elle nous a trahit, je comprends ça, elle a ignoré les règles d'honneur vikings, elle a menti, elle a caché ! Je lui en ai voulu pour ça aussi, bien avant qu'elle ne parte, mais quand est-ce que vous allez comprendre que la menace à la laquelle on fait face maintenant, on y était déjà exposés, sans le savoir, il y a deux étés ! Emma a apprivoisé le dragon longtemps avant qu'elle ne s'envole sur son dos, longtemps avant que personne ne remarque quoi que ce soit ! Je la voyais partir vers…
Là Arwen s'arrêta brusquement, conscient qu'il se laissait emporter par son discours. Il ne manqua pas le mouvement de Hjalmar qui s'avança vers lui, prêt à attraper au vol l'information qu'il allait laisser tomber.
– Je la voyais partir dans la forêt vers des endroits mystérieux. Elle allait déjà voir le dragon, il était déjà à sa merci et à l'époque et personne ne se doutait de rien ! Elle aurait pu nous attaquer et nous détruire tous sans que personne ne voie rien venir !
– Elle n'avait aucune raison de nous attaquer alors ! s'éleva une voix toute proche de lui à sa droite. À ce moment-là, elle faisait partie de notre village, c'était chez elle aussi, pourquoi elle y aurait foutu le feu ? Maintenant, plus rien ne la rattache ici, elle peut tous nous faire couler si elle veut !
Arwen ne put pas résister, sa bouche se fendit d'un petit sourire sarcastique.
– Qu'est-ce que tu essaies de dire, Svarting ? Que c'était une mauvaise idée de l'exiler ? Qu'on s'en est fait une ennemie ?
Les protestations revinrent comme une vague déferlante, Svarting en premier qui voulait défendre ses paroles et Arwen leva la main tout de suite pour les faire taire.
– Peu importe ce qui a été fait dans le passé, les bonnes et les mauvaises décisions de tout le monde. Emma avait tout autant de raisons de nous détester à l'époque. Qui l'a jamais considérée comme plus qu'une nuisance, trop faible pour combattre, pas bonne pour prendre la tête du village ?
Il dirigea un regard acéré vers Dithar et son groupe, vers tous les autres qui n'avait jamais raté une occasion de médire de la fille du Chef. Il vit quelques nez qui se baissèrent, des hommes qui se balancèrent d'un pied sur l'autre. Puis de l'arrière de la foule des marmonnements virent qui disaient : « Et à raison !», « On avait déjà tout compris.». Arwen ne leur laissa pas le temps de convaincre les autres.
– Enfin ça c'était jusqu'à ce qu'elle se mette à faire des prouesses contre les dragons à l'entraînement…
Cette fois tous les visages se relevèrent. Ils se souvenaient tous. Dès sa première année à l'entraînement, elle arrivait à plier les dragons à sa volonté comme personne d'autre. Et les critiques fusaient déjà. Ça avait été les premiers signes. Personne n'avait compris à l'époque mais à ce moment-là c'était déjà trop tard. Ces souvenirs devaient rappeler à tout le monde à quel point elle était dangereuse pour le village. Et ces remarques qui ne voyaient pas plus loin que le petit bout de leurs nez, qui refusaient d'imaginer au-delà, de voir ce qui aurait pu être au lieu de ce qui était réveillèrent la colère au fond d'Arwen qui s'était un peu retiré. Il frappa du plat de sa main la table et tonna :
– On s'en fout de tous vos mauvais présages, de vos prophéties et de vos interprétations à deux balles, toutes tirées à rebours ! Ce qu'il faut retenir c'est qu'Emma pourrait tous nous protéger si elle le voulait, et c'est ce qu'elle veut !
Tarken, le premier fils des Sturluson, s'éleva tout de suite à la tête du concert des opposants.
– Ah oui ? demanda-t-il la voix pleine de dédains. Et c'est toi qui nous le dit, c'est ça ? Et on est censé te croire ? Quand tu refuses de nous dire comment tu l'as trouvée ou même où se trouve le dragon !
Arwen leva le bras, indiqua la direction de la maison de Gudrun, de l'autre côté des murs du grand Hall.
– Demandez-lui vous même quand elle sera sur pieds !
– Parce que tu crois qu'on va croire quoi que ce soit qui sort de sa bouche ? On sait déjà ce que vaut sa langue fourchue !
– Vous voulez qu'elle vous le prouve ? Laissez-lui vous le prouver, elle le fera ! Même si à mon avis elle l'a déjà fait quand elle s'est battue contre un cauchemar enragée il y a trois nuits de cela et qu'elle se bat encore à l'heure qu'il est contre les blessures qu'il lui a infligées !
– Comment on peut savoir de quoi elle souffrait quand elle est arrivée tout à l'heure ? Tout ce qu'on a vu c'est une fille toute blanche que tu portais.
– Et tu crois qu'elle serait revenue dans un village qui la hait si elle avait encore été consciente ? Tu crois qu'elle est stupide en plus d'être une traître ?
– Je crois qu'elle aurait très bien pu utiliser cette excuse pour s'infiltrer au cœur du village afin de nous détruire de l'intérieur et que nos dirigeants trop sentimentaux n'y ont vu que du feu !
Tarken s'approchait d'un terrain dangereux en critiquant ainsi ouvertement le Chef mais ni lui ni Arwen ne firent attention au grognement de Stoick à la tête de la table, ni aux murmures inquiets des Vikings autour d'eux, trop engagés qu'ils étaient l'un contre l'autre.
– Et moi ce que je me demande, répondit Arwen, sa voix rendue glaciale par la colère, c'est pourquoi elle aurait eu besoin de tuer trois années à l'autre bout du monde si ce qu'elle voulait depuis le début c'était tous nous exterminer ! Pourquoi revenir, faire connaître sa présence à tout le monde en apparaissant dans le ciel ! Pourquoi demander à un cauchemar monstrueux de lui lacérer le dos – puisque apparemment, elle les contrôle tous – …
Il chercha dans l'assemblée trois visages, trois personnes qu'il aurait pu convaincre et il tomba sur le regard clair de Thorgeir qui le fixait avec une intensité impressionnante.
– Pourquoi sauver quatre hommes sur le port en faisant fuir un autre cauchemar et trois vipères ! Et puis pourquoi disparaître pendant plusieurs jours, laisser le temps au village de se reconstruire, aux soldats de se préparer, nous laisser à tous le temps de discuter son sort et de nous organiser ! Et pourquoi réapparaître après en se faisant passer pour souffrante, en laissant son dragon – sans lequel (il accrocha le regard de Dithar), selon vos dires, elle est impuissante – derrière elle, vulnérable lui aussi, à la merci des vikings qui veulent le capturer et le tuer, pourquoi se faire enfermer au milieu d'un village qui tout entier pourrait se retourner contre elle et l'assassiner au moment où elle est la plus vulnérable ! Pourquoi inventer tout ce plan farfelu, si tout ce qu'elle avait à faire, il y a trois ans, c'était s'infiltrer chez toi, Tarken, quand personne ne se souciait d'elle, et t'enfoncer un poignard dans les entrailles !
Quand Arwen arriva à son dernier mot, essoufflé et tremblant, alors qu'il frappait une dernière fois son doigt contre la table, son regard glacial revenu se planter dans celui de Tarken Sturluson, les grand Hall s'était complètement figé. Arwen reprit sa respiration, il essaya de redescendre de l'état d'agitation dans lequel l'avait soulevé sa passion et sa colère et sa frustration et alors il vit les regards qui l'entouraient. Ils étaient tous choqués, leurs mots soufflés hors de leurs esprits. Même Gobber à sa gauche et Hjalmar derrière lui le regardaient bouche bée. Arwen se redressa, il s'éloigna un peu de la table du conseil au-dessus de laquelle il était voûté. Il essaya de retrouver son calme. Il savait qu'ils n'allaient pas tarder à retrouver leurs esprits, et que la contestation allait être puissante, alors il souffla dans les derniers instants de silence :
– Emma n'a jamais voulu tuer personne.
– Et on est censé prendre ta parole pour ça ?
Arwen releva la tête. C'était Dithar qui avait repris le flambeau, de sa position à la gauche de la table, la même que lors de la dernière réunion, entouré des même hommes, dont Tarken Sturluson. Il se tourna vers le reste de l'assemblée, ignorant Arwen qui était revenu s'avancer vers lui, les sourcils froncés et sa colère toujours à fleur de peau.
– Il me parait assez clair qu'il est de mèche avec elle.
Le bruit et la vie revenaient petit à petit dans la salle.
– Elle l'a envoyé parmi nous pour semer le doute ! On devrait l'enfermer lui aussi ! Le ramener auprès de la fille qu'il a l'air d'aimer tant !
– On se calme, Dithar. Tu n'es pas le chef ici.
Avec un pincement au cœur, Arwen reconnu la voix de son père, caché dans la foule derrière l'épaule de Dithar. Mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit d'autre pour se défendre ou se condamner, il sentit une main sur son épaule et Gobber passa devant lui.
– Je crois surtout qu'il faut reconnaître que le garçon ne dis pas que n'importe quoi.
Tous les visages se tournèrent vers ce nouveau participant qui entrait la bataille et Arwen fut relégué à l'arrière, à côté du Chef qui lui lança un regard perçant.
– Emma avait un don avec les dragons, tout le monde à pu voir ça quand elle était à l'entraînement. Vous pouvez penser tout ce que vous voulez mais personne n'a jamais réussi à neutraliser un Gronkle enragé aussi vite qu'elle, et ça c'est un fait ! J'vous d'mande pas de lui prêter serment, vous pouvez continuer à la détester tout autant que vous voulez, et à le dire aussi haut que vous le souhaitez – ça lui rappellera le bon vieux temps – tout ce que je dis c'est que cet illuminé (et il lança son pouce derrière lui pour désigner Arwen) a au moins raison quand il dit qu'elle pourrait nous protéger et si c'est ce qu'elle veut faire moi je dis, qu'on la laisse faire !
Il y eut des hochements de tête dans la salle, venant des civils surtout, les mères qui avaient perdus des enfants, les éleveurs qui n'en pouvaient plus de voir leurs troupeaux décimés, les pécheurs qui se demandaient comment ils allaient se nourrir cet hiver, mais il y eut aussi beaucoup de refus. Les hommes les plus baraqués, les plus grands, les plus larges, ceux qui portaient des haches dans leur dos, et des massues contre leur cuisse, ceux qui parlaient le plus fort et noyaient toujours les paroles des autres, c'est ceux-là dont on entendit les voix exploser sous la voûte du grand Hall et Dithar résuma leur pensée quand il s'écria, indigné et insulté :
– Depuis quand les Vikings ont besoin de l'aide de personne ? Depuis quand on va supplier à genoux les traîtres pour résoudre nos problèmes à notre place ? On a toujours réussit à se débrouiller tout seuls, depuis l'époque de Sevenard le Holligan, et je ne vois pas ce qu'une petite excentrique qui a de la branche pourrait venir y changer !
Tous les guerriers applaudirent ce discours, ils s'envoyèrent des tapes sur les épaules, sûrs de leur droit et de leurs opinions, mais dans le groupe de l'autre côté de la table, il y avait de l'agitation. Des hommes se faisaient pousser d'un côté et de l'autre jusqu'à ce qu'une petite silhouette, une petite femme aux cheveux gris et aux vêtements simples, atteigne le bord de la table.
– Pas si vite, Gerulfsson ! s'exclama-t-elle, d'une voix qui ne portait pas aussi loin que celle de l'imposant guerrier mais qui était sûr d'elle et décidée.
Arwen n'était pas sûr de la reconnaître. Il pensait qu'elle appartenait à cette large famille, les Mektildsdottir, qui avait perdu tellement d'hommes qu'elle était dominée par des femmes. Ils habitaient au Nord-Ouest du village et il ne les connaissait pas très bien.
– Avant que vous n'alliez tous trinquer à votre propre triomphe et vous féliciter pour vos valeurs et votre travail, railla-t-elle, j'ai quelques questions à vous poser. Si vous vous débrouillez si bien tous seuls, à défendre notre village, j'aimerai bien savoir où sont passés mes deux premiers fils, ceux que j'ai envoyés à l'armée quand on m'a dit qu'ils allaient apporter la gloire à notre village ! J'aimerai bien savoir où est le mari de ma chère Ingrid ! Où est le père de ses enfants ? Où est son fils qui avait à peine quinze ans, magnifique garçon, et qui avait encore toute sa vie devant lui ?
– Ils sont en Valhalla, répondit Dithar avec un rictus de mépris, à boire le nectar des dieux si ils n'ont pas écouté tes discours lâches et qu'ils se sont battus avec honneur !
– Et combien d'hommes faudra-t-il que vous envoyiez dans d'autres mondes avant qu'on puisse tous profiter de la paix ici ? Je me fiche qu'ils tiennent compagnie aux dieux, moi ce que je voulais c'était les voir grandir ! Vous êtes ici pour quoi ? Pour nous protéger ou pour tous nous faire prendre les armes et nous livrer l'un après l'autre aux Valkyries ?
Dithar ouvrit la bouche pour répondre mais elle le coupa en se détournant de lui pour prendre à témoin les autres civils autour d'elle dont elle sentait le soutien silencieux.
– J'aurais perdu deux autres petits enfants ce printemps, avant même qu'ils ne sortent de l'enfance, si ce n'avait été pour celle que vous appelez une traître et son dragon ! Oui, je le dis, comme ce garçon a osé le dire (elle pointa un doigt sur Arwen et il recula presque pour aller se cacher derrière les généraux autour de lui) un Furie Nocturne m'a sauvé, moi et deux enfants, et je comprends maintenant que c'était elle qui le commandait ! Et tout ce que j'ai à vous dire (et là elle revint poser son regard sur Dithar et sa troupe) c'est que si notre armée n'est plus à même de nous défendre il me semble que certains d'entre nous pourraient très bien aller chercher leur protection ailleurs et nous pourrions décider de nous rallier sous une autre bannière !
Il y eut quelques applaudissements à son discours, d'abord timides puis qui prirent de l'ampleur quand ceux qui se croyaient isolés dans la foule croisèrent des regards qui partageaient leurs doutes.
– On s'est trop longtemps laissé guider par les idées de l'armée ! s'éleva la voix de Svigard, un des principaux producteurs de légumes du village, à l'arrière de la salle. Ils ne savent pas ce que c'est que d'essayer de vivre et de faire vivre les autres dans ce village !
Les guerriers étaient désarçonnés. Ils regardaient ceux qu'ils se flattaient de protéger, ceux pour qui ils se battaient tous les jours se retourner contre eux, mécontents, et ils perdaient soudain beaucoup de poids dans leurs arguments.
– Merci Gerda, reprit Gobber profitant du moment de flottement pour reprendre les rênes du débat. Merci de nous avoir remis les yeux en face de nos priorités. Il me semble qu'on est tous d'accord : tout ce qu'on cherche depuis huit générations c'est la meilleure façon de vaincre les dragons. Et on l'a trouvée ! Et je t'entends, Dithar, dire que tu n'as pas besoin d'aide, qu'un viking n'a besoin de rien ni de personne. Tu crois que tu es le premier à te voir attaqué dans ta virilité ? Ha ! T'as donc oublié toute notre histoire ? Ces débats ont des centaines d'année ! Qui se rappelle encore des indignations quand Gordal le Cérébral à voulu intégrer une catapulte à nos lignes de défense ? Combien lui ont répondu que c'était indigne d'un viking d'utiliser une machine pour se battre à sa place ? Allez regarder derrière le troisième pilier sud de ce Hall ! Il y est encore gravé par Lorden le Vaillant – un de tes ancêtres Dithar, il me semble – qu'un viking ne se défend qu'avec la force de ses bras et que jamais rien ne supplantera la massue dans ses mains, et regardez où nous en sommes aujourd'hui !
Il y eu du mouvement autour du troisième pilier sud alors que tous ceux qui étaient à côté se penchaient pour vérifier. Autour de la table, le groupe de Dithar gardaient leurs mentons hauts, on ne pouvait pas leur demander de changer d'avis si rapidement.
– On ne fera que gagner à donner une chance à Emma, au moins voir ce qu'elle peut nous apprendre. Et ça ne veut pas dire qu'elle est pardonnée, et ça ne veut pas dire qu'elle redevient une viking comme nous autres. Ça ne veut pas dire que nous avons perdu nos règles, nos principes, notre honneur ou quoi que ce soit d'autre que tout le monde n'arrête pas de balancer dans le débat depuis quelques jours. Ça veut juste dire qu'on est malins, qu'on saisit une chance qui passe devant notre nez et qu'on l'utilise.
Gobber se tut un instant, pour s'assurer que tout le monde était avec lui. Arwen voyait Gerda Mektilsdottir, les bras croisée sous sa poitrine qui hochait vigoureusement la tête. Peu avaient l'air aussi enthousiaste mais au moins personne ne s'opposa directement au forgeron. Arwen pensa que c'était la victoire principale de la journée.
– Mais il faut garder une chose à l'esprit, reprit Gobber en levant un doigt de sa main droite, vous ne pouvez pas marcher vers Emma, la prendre pas le cou et la forcer à vous montrer quoi que ce soit ou à se battre pour vous. Tout le monde n'arrête pas de répéter qu'elle a été bannie (et là Gobber lança un coup d'œil presque imperceptible vers le Chef) et ça veut dire qu'elle n'a plus aucune droit dans notre peuple mais ça veut aussi dire qu'elle n'a plus aucun ordre ou aucune punition à recevoir de nous. Elle est libre maintenant et si vous voulez tirer quelque chose d'elle, il faudra gagner un peu sa confiance, et cela passe par le fait de ne pas assassiner son dragon sous ses yeux.
Arwen mordit sa lèvre et retint sa respiration un instant. C'était là tout le but de cette discussion. Mais il n'était pas assez idiot pour penser que cette pilule allait passer si facilement. Et, justement, Hjalmar s'avançait déjà pour protester.
– Pas si vite, s'exclama-il. Et notre confiance à nous, qui la gagnera ? Personne n'a jamais rien fait contre la fille avant son départ, elle avait peut-être pas beaucoup de respect mais elle était logée et nourrie dans ce village ! On lui a appris nos techniques de combat, elle aurait eu un avenir ici. Il n'y a qu'elle qui nous as tous trahis lorsqu'elle s'est placée entre une hache et un dragon la première fois. Peu importe ses intentions actuelles, qui nous dit qu'elle ne retournera pas de leur côté contre le nôtre si on en vient à ça ?
Gobber se tourna vers le général.
– Rien. On sait déjà tout ce qu'elle est prête à sacrifier si il faut qu'elle fasse un choix. Il faudra juste veiller à ne pas la placer dans cette situation.
Hjalmar fronça les sourcils, Gobber continua.
– Elle est pas bête. Elle se doute qu'on lui fera pas confiance. Si ce que dis Hofferson est vrai et qu'elle est vraiment revenue pour essayer de communiquer et de réparer ses torts, elle acceptera certaines de nos conditions. Qu'on lui demande d'affronter les dragons de l'arène, vous verrez bien ce qu'elle vaut contre les bêtes et si elle prendra vraiment toujours leur côté contre le nôtre. À mon avis, si elle était vraiment acquise à la cause des dragons, elle ne serait pas ici. Il ne faut pas non plus la provoquer inutilement mais tant qu'aucun de ces idiots (et il désigna d'un coup de tête le groupe fait de tous les fils Sturluson et Gerulfsson) n'attaque directement un dragon devant elle, je ne vois pas pourquoi elle se retournerait contre nous.
Hjalmar n'avait pas l'air convaincu. Il voulait des garanties, plus de garanties mais il fallait trouver un compromis, une balance délicate si on voulait parvenir à quoi que ce soit. Gobber se détendit, il reprit son attitude vaguement railleuse et amusée qu'il avait habituellement.
– Emma n'est pas dangereuse. Elle faisait des prouesses à l'entraînement c'est vrai mais c'était seulement face aux dragons, ça je vous le promets. Avec une arme, elle était inutile. (Il eut un petit rire). Je ne crois pas qu'elle soit arrivée à soulever une seule fois un marteau en un été à s'entraîner.
Son sourire prit Arwen par surprise. Il se souvenait de ça lui aussi. Elle n'arrivait même pas à se battre correctement avec une épée sans la tenir à deux mains. Et puis l'image de l'étrangère imposante, tenant un arc pointé sur lui s'imposa à son esprit et son sourire glissa de son visage. Elle n'était plus si inoffensive. Mais ni Gobber ni Hjalmar n'avaient besoin de savoir à propos de l'arc. Il baissa le visage pour cacher une autre pointe d'amusement, plus ironique celle-là. Retenir de telles informations, cela le rapprochait de plus en plus du mensonge. Emma n'avait décidément pas une bonne influence sur lui.
Hjalmar n'avait pas l'air de goûter à l'humour de Gobber. Il fronça les sourcils et le forgeron redevint sérieux.
– Regarde, tout ce que j'essaye de dire c'est que tant que vous lui interdisez de sortir du village et que le dragon reste caché dans la forêt, personne n'aura du mal à la maîtriser si vraiment il le faut. Elle est seule, on est cinq cent. On a vraiment rien à craindre.
– Non, contra Hjalmar avant de lancer un regard vers Klothar Jorgensen puis d'hésiter et de regarder Stoick également. Le Furie Nocturne reste une bête sauvage, qui, selon ses dires (il montra Arwen du menton), se balade en liberté autour de l'île. Je n'exposerais pas les civils à une telle menace.
Il eut un sourire sans humour et fit un large geste du bras pour adresser tout le monde malgré son regard qui restait fixé sur Stoick, Gobber et Arwen.
– Il n'y a personne dans cette assemblée, j'espère, qui va me couper et se lever pour défendre l'honneur et les intentions d'un Furie Nocturne également ! Le dragon doit être capturé, si personne n'ose l'achever. Et si il faut garder la jeune fille en ligne, le dragon sera utilisé comme garantie.
Arwen grimaça. Emma n'allait pas aimer ça. C'était une condition qu'elle n'accepterait pas mais Gobber n'avait pas l'air de s'en inquiéter.
– Essayez donc d'aller l'attraper si ça vous amuse. Personne n'a jamais réussi à voir un Furie Nocturne avant alors ça m'impressionnerait que vous arriviez à ramener une seule de ses écailles.
– Emma a bien réussit à l'attraper, s'avança Ralf, parlant pour la première fois depuis le début de la réunion, alors je vois pas pourquoi on y arriverait pas aussi.
Gobber tourna un regard circonspect vers lui.
– Il a été établi qu'Emma avait un don avec les dragons qui n'a jamais été égalé dans ce village, mais si tu veux tenter ta chance, Ralf, je t'en prie.
Puis il revint vers Hjalmar :
– Tout ce que je demande c'est que personne ne fasse trop de mal au dragon. Si il est votre seul moyen de faire pression sur Emma, vous avez intérêt à en prendre soin parce qu'une seule égratignure et elle pourrait bien, comme tu le redoutais Hjalmar, se retourner contre nous et ne pas disparaître aussi proprement que la dernière fois.
Hjalmar refusa de se faire intimider, il s'avança vers Gobber, la poitrine bombée et sa main sur son épée.
– J'accepte de lui donner une chance mais ne m'en demande pas trop, Gobber. Elle ne nous doit rien mais nous lui devons encore moins. Elle n'est même pas censée pouvoir repartir de ce village avec sa vie alors la vie de son dragon, c'est moi qui en décide. J'accepte les conditions que vous avez posées mais je reste vigilant. Un seul faux-pas et je ne garantis plus sa sécurité dans le village.
Arwen vit Stoick s'agiter. Il serra les poings, s'avança à son tour vers les deux hommes, le plus grand et le plus imposant du trio.
– Ce n'est pas toi qui décide de la sécurité de qui que ce soit dans ce village, Hjalmar, dit-il à voix basse. L'armée ici est encore au service des villageois, qui se sont prononcés au cours de cette réunion, et des dirigeants.
Ils se regardèrent tous dans un silence tendu. L'armée, le peuple et le Chef. L'accord était ténu, chacun s'accrochait fermement aux compromis qu'il avait réussi à tirer des autres, mais il était là. Et avant que tout cela ne se dissolve dans un autre sac de nœuds inextricables, Klothar Jorgensen s'avança.
– Alors c'est adjugé.
Sa voix hésita à la limite de la question et de la décision puis il croisa le regard de Stoick et il raffermit son attitude.
– Dès que Gudrun déclarera la fille assez forte, dit-il à l'assemblée de villageois, elle sera conduite à l'arène pour se battre seule face aux dragons que nous avons capturés. En fonction de comment elle se débrouillera et en fonction de ses réponses aux accusations faites contre elle, il sera décidé de son sursit et de son avenir dans le village.
Il se tourna vers les généraux derrière lui jusqu'à ce qu'il ait récolté de chacun d'entre eux un imperceptible hochement de tête. Puis il se tourna vers Arwen et Gobber.
– En attendant, des équipes seront lancées dans les bois et partout dans l'archipel, jusqu'à ce que le dragon soit capturé… vivant si possible.
La sentence tomba et une vague de froid passa sur Arwen. Il espérait que ça marcherait, il espérait que le pire serait évité. C'était un Furie Nocture, sans doute il arriverait à échapper à la capture et alors ni lui ni Emma ne craindraient rien.
– Quand à Hofferson, continua Klothar avec autorité, je laisse ses supérieurs hiérarchiques décider de sa punition pour son insubordination lors de cette réunion et pour sa décision de ramener à Berk une exilée sans consulter personne.
Arwen absorba ce verdict là sans réagir. Immédiatement, des soldats passèrent derrière lui. Ils attrapèrent ses bras et les tordirent dans son dos avant de le pousser vers la sortie. Ça, il s'y était attendu. Il avait une bonne idée de là où on l'emmenait, il l'avait su depuis qu'il avait pris Emma dans ses bras, au milieu de l'île aux corbeaux, pour la ramener au village.
On le fit traverser la foule. Les vikings se poussèrent à peine pour les laisser passer et il put voir, le frôlant de tout près, tous les visages. Ceux remplis de haine, ceux plein de colère, ceux qui ne savaient plus quoi penser, les rares qui étaient un peu impressionnés. Quand il passa près du pilier où tous ses camarades étaient habituellement appuyés, il croisa le regard ténébreux de Frekrusson, celui étonné et perdu d'Helgue et celui d'Helgua. Elle essayait de ne rien montrer et en même temps elle essayait de lui dire qu'il avait merdé et aussi qu'elle s'inquiétait pour lui. Ses gardes le firent brusquement tourner à gauche et une phrase d'Emma lui revint en tête :
« Je suppose que tu as beaucoup d'influence Arwen, du moins tu en avais quand on était jeunes, mais tu n'en as pas tant que tu pourras revenir au village et divulguer mes hérésies sans que les gens te tournent le dos. Essayes, tu verras.»
Elle avait eu partiellement raison, pensa-t-il alors qu'il levait le regard vers le rectangle de ciel bleu qu'il pouvait apercevoir de l'autre côté des portes du grand Hall, hors de l'atmosphère étouffante. Il se retrouvait humilié, il avait déçu son père et beaucoup de ses camarades qui ne le regarderaient plus jamais comme avant mais il ne regrettait rien. Il ne regrettait pas sa punition si elle lui avait permis de dire ce qu'il pensait. Après tout, on lui avait toujours appris à agir en accord avec ses principes.
Et puis, ils avaient fait changer les esprits. Il fut enfin poussé hors du grand Hall et il prit une grande bouffée de l'air frais et printanier. Elle n'y avait pas cru mais doucement, après beaucoup de débats et beaucoup d'insultes, les choses, pour la première fois depuis sa naissance, commençaient à bouger. C'était à elle maintenant, pensa-t-il, alors qu'il trébuchait sur les marches de l'escalier qu'on lui faisait descendre trop vite pendant qu'il essayait d'apercevoir à sa gauche le toit de la petite maison de Gudrun. Ce serait à elle de leur montrer et de leur parler.
Et lui, il croyait en elle.
