Après moult réflexion j'ai décidé de garder la suite

Tel que je l'avais prévu à l'origine

En espérant ne décevoir personne .


Jasper :

Trois mois plus tard, aéroport de San Francisco.

J'avais du mal à réaliser que trois mois venaient de s'écouler. J'avais l'impression que c'était la veille que je la tenais serrée contre moi.

Je n'avais cessé de penser à elle, à ce que je lui avais fait. Chaque semaine, chaque jour était encore plus difficile que les précédents.

Je m'étais montré lâche, stupide, un vrai con. Elle avait sans doute dû croire que j'avais profité d'elle. Que je m'étais joué de ses sentiments.

Or, c'était tout le contraire, je l'aimais. Ce sentiment étrange et déroutant m'avait envahi, alors que le plaisir que je lui donnais l'envahissait. Embellissait ses traits.

Elle m'avait séduit, charmé et j'avais succombé. Mais ce n'était pas bien, je n'avais pas le droit. Voilà pourquoi j'étais parti - en plus de ma lâcheté bien sûr.

Je l'aimais à en crever, j'avais adoré chaque instant passé ensemble, mais je savais que jamais rien ne serait possible entre nous.

Elle avait 18 ans, moi 34. Un monde entier nous séparait, un océan même...

Sa vie commençait à peine, alors que la mienne était déjà bien entamée. J'avais un travail, un appartement. Elle allait au lycée et vivait chez ses parents.

Je soupirai de lassitude, alors que j'attendais pour récupérer mes bagages. La même ville, le même aéroport, et pourtant tout était différent.

À l'époque j'avais une famille, des amis. Maintenant je n'avais plus rien. Pourtant je n'arrivais pas à regretter, je ne le pouvais pas. Ce que l'on avait partagé était bien trop précieux.

Je m'apprêtais à heler un taxi, quand mon regard se posa sur une silhouette familière. Emmett se tenait debout devant moi, les bras fermement croisés contre sa poitrine.

Son regard était froid, impénétrable. Bien loin de ses clowneries et gamineries habituelles. Il semblait avoir vieilli, ses traits étaient tirés et d'immenses cernes lui mangeaient la moitié du visage.

Alors je sus qu'elle lui avait dit, qu'elle lui avait parlé de nous et j'étais pratiquement certain d'être un homme mort.

- " Comment c'était l'Afrique ?" Me demanda-t-il sans bouger. Son ton était neutre, mais je savais qu'il gardait les questions difficiles pour plus tard.

- " À chier ! " rétorquais-je .

À quoi bon lui mentir, je m'étais fait l'effet d'un zombie. Travaillant chaque jour plus durement que le précédent.

Je n'avais rien vu, rien découvert. J'aurais très bien pu me trouver en antarctique que je n'aurais pas vu la différence.

- " Si on allait boire un café ? " en me prenant mon sac des mains. " On a pas mal de choses à se dire..." J'acquiesçais d'un rapide hochement de tête, conscient que l'instant des explications était arrivé.

Je le suivis sans broncher dans le café central de l'aéroport. Il choisit une petite table à l'écart et commanda deux cafés.

Assis l'un en face de l'autre, le nez plongé dans notre tasse, nous nous laissons haper par le silence. Je meurs d'envie de lui parler, mais je ne sais pas par où voudrais savoir comment va Bella, mais je n'ose pas lui demander.

- " Trois mois que j'attends ce moment..." maugréa-t-il dans sa barbe. " Et maintenant que tu es là, je ne sais même pas quoi te dire..."

- " Agonise-moi d'injures, frappes-moi ! Je sais que tu en meurs d'envie ! À ta place, c'est ce que je ferais..." répondit je .

Il redresse la tête, plonge son regard dans le mien. Je peux y lire la colère, la déception, la douleur...

Tout ça par ma faute, je suis le seul fautif, le seul responsable. Je les ai trahis, j'ai détruit notre groupe.

- " J'y ai pensé ! J'en ai eu envie ! " Rétorqua-t-il. " Mais en fait, je n'ai qu'une question..."

- " Laquelle ? " Je lui demande, surpris.

- " Pourquoi ?"

Il y a tellement d'attente, tellement d'espoir dans cette simple question, que je ne sais pas quoi lui répondre. Je me rappelle de cette soirée, de l'alcool qui coulait dans mon sang et m'embrumait le cerveau.

Qui avait muselé mes craintes et m'avait laissé aller. Aurions-nous couché ensemble cette nuit là, si je n'avais pas été saoul ? Probablement pas !

Mais cela ne changeait rien, ce n'était pas tant le sexe qui était important dans cette histoire, mais les sentiments. Les siens et les miens que je sentais grandir.

Si cela n'avait pas été cette nuit là, cela aurait été une autre, car ce que je ressentais pour elle ne cessait de croître, de m'envahir.

- " Je l'aime..." Simple, limpide, concis.

Fini les mensonges et les non-dits, il était temps pour moi d'assumer. D'avoir le courage qui m'avait tant fait défaut ce matin-là.

Sa mâchoire se contracta et ses mains se crispèrent. Je sais que pour lui mon aveu est dur à entendre.

- " Elle pourrait être ta fille, tu l'as vu grandir ! " Grogne-t-il.

- " Mais elle ne l'est pas ! " Rétorquais-je dans un soupir. " Tu es son père... Et moi je suis..."

Je n'ose pas finir ma phrase, je ne sais plus qui je suis pour elle, ce que je représente. Elle doit me détester, me haïr...

- " Toi, tu es l'homme qu'elle aime..." murmure-t-il si doucement que je suis certain d'avoir mal compris.

- " Quoi ?! " Balbutiais-je.

- " Tu as très bien compris ! " S'exclame-t-il. " Pendant toutes ces semaines, je t'ai détesté, je t'avais en horreur. Tu ne peux pas savoir le mal que tu as fait..."

- " Je suis désolé ! " Je savais que c'était trop tard, que le mal était fait, mais je tenais tout de même à m'excuser.

- " Ça ne suffit pas ! " Réplique-t-il un peu plus fort. " On était amis, bordel, depuis aussi loin que je m'en souvienne... Mais tu t'es montré lâche, faible, pathétique..."

- " Je sais ! " Acquiesçais-je faiblement.

- " Tu as fui ! Tu l'as abandonnée... Tu n'imagines pas à quel point ça l'a détruite..."

Je suis surpris qu'il ne m'en veuille pas particulièrement d'avoir couché avec sa fille, je croyais que cela serait le principal sujet de notre conversation

Au lieu de cela, il semble m'en vouloir d'être parti, de l'avoir quittée. Sa douleur avait-elle été si dure à voir qu'il en avait occulté tout le reste ?

Je ne préfère rien dire, je sais que dans tous les cas j'ai eu tord, que quoi que je fasse plus rien ne sera comme avant désormais.

- " Maintenant elle va mieux, elle se reconstruit lentement mais sûrement..."

Ses mots sonnent comme une menace, je lis entre les lignes, je sais ce qu'il veut.

- " Je ne l'approcherai pas Emmett, je t'en fais la promesse... "

Rien que l'idée de ne plus la revoir me serre le cœur, mais c'est pourtant ce qu'il y a de mieux à faire.

- " C'est ce que je veux ! " Approuve-t-il. " Mais ce n'est pas ce qu'elle souhaite !"

- " Qu'est-ce que..." croassais-je, blême.

- " Ça ne tiendrait qu'à moi, je te ré-expédierais dans le pays du tiers-monde d'où tu viens d'arriver. Mais je ne veux plus plonger dans ses yeux et y lire l'intolérable douleur que ton départ lui a causé, je veux y revoir de la joie, du bonheur, et je ne suis pas assez égoïste pour ne pas me rendre compte qu'il n'y a que toi qui pourras lui rendre le sourire... "

Il soupèse chaque mot, pour être certain que cela soit le bon. J'ai l'impression qu'il a consciencieusement préparé son petit discours, d'ailleurs sans doute est-ce le cas.

-"Je ne sais pas si je pourrai un jour te pardonner, mais..."

- " Mais ! " Répétais je .

Je le vois hésiter, tordre ses doigts.

- " Mais son enfant aura besoin d'un père..." murmure-t-il en me dévisageant longuement, détaillant chacune de mes réactions.

- " Quoi ? " Balbutiais-je en sentant une sueur froide remonter le long de mon échine. " Elle... elle est..." Mais les mots refusent de sortir de ma bouche, je n'y crois pas. Je refuse d'y croire. Mon cœur bat comme un fou dans ma poitrine.

- " Enceinte ! " S'exclame-t-il. " Elle est enceinte... Mais tu le saurais déjà, si tu n'avais pas fui à l'autre bout de la planète.

Bella est enceinte, Bella est enceinte, Bella est enceinte ...

Cettephrase résonne dans ma tête, mais elle refuse de prendre un sens.

- " Un bébé..." Balbutiais-je en blêmissant sien, le notre.

Un peu de moi, un peu d'elle. Un bébé avec ses yeux chocolat et mes boucles blondes, ou bien l'inverse. Peu importe de toute façon. J'avais un bébé, un enfant, une famille.

- " Exact ! " Acquiesça-t-il. " Et crois-moi que t'as plutôt intérêt à assumer sur ce coup-là, ou l'Afrique ne sera pas assez loin pour te protéger de mon courroux.

- " Je veux la voir ! " J'exige, j'implore.

Peu importe la promesse que je lui avais faite, tout avait changé. J'avais besoin de la toucher, de la prendre dans mes bras, redécouvrir les formes de son corps qui s'épanouissait pour protéger notre enfant .

Je le vois hésiter, mais je suis prêt à retourner tout San Francisco pour la retrouver.

- " Elle est chez toi..." Soupire-t-il.

- " Quoi ? "

- " Elle y passe tout son temps libre, elle t'attend, elle espère..."

La mâchoire d'Emmett se crispe et ses traits se durcissent, il souffre de la voir comme ça, il souffre de ne pouvoir rien y faire

- " Est-ce qu'elle sait que je suis là ? " Mon cœur rate un battement et mon estomac se tord d'angoisse

- " Non..." rétorque-t-il comme s'il ne pouvait en être autrement, comme si ce que je lui avais demandé était d'une absurdité sans nom.

- " Pourquoi ? " Ne puis-je m'empêcher de demander.

- " Une précaution, juste au cas où... Je n'avais pas envie de la regarder s'écrouler... encore..." réplique-t-il acide .

Je me lève brusquement et entraîne Emmett vers sa voiture, ce dernier se contente de me suivre dans le silence le plus absolu.

- " J'ai besoin de tes clés ! " M'exclamais-je en m'arrêtant devant un gros 4X4 .

Il grogne, soupire en levant les yeux au ciel. Mais finalement fouille dans la poche arrière de son jean et me les tend.

- " Si jamais tu lui fais du mal... ! " Grogne-t-il, on ne peut plus sérieusement.

- " Plus jamais ! " Répliquais-je en savant que j'avais intérêt à faire les choses bien, parce que je n'aurais pas de seconde chance.

- " Ya plutôt intérêt ! " Insiste-t-il. " Et, au fait, Jasper ! " M'interpelle-t-il alors que je suis sur le point d'ouvrir la portière .

Je n'ai que le temps de me retourner, que je vois son poing menaçant se diriger droit sur ma joue.

- " Depuis le temps que ça me démange! " S'exclame-t-il dans un sourire sadique .

Je sens ma pommette droite me lancer douloureusement. Emmett n'est pas un petit gabarit, alors je devrais sans doute m'estimer heureux qu'il ne m'ait rien cassé.

- " Ça va mieux ? " Lui demandais-je en gémissant.

- " Rends-la heureuse, c'est tout ce que je demande ! " Réplique t-il .

Je sais que ma vie est sur le point d'être totalement chamboulée, mais pour la première fois je n'ai pas peur, je suis juste impatient...