CARPE DIEM
QUATRIÈME ANNÉE
TOME II
XII
Mensonge avoué
Mensonge à moitié pardonné
Une cérémonie d'hommage fut organisé dans l'après-midi, au lendemain des événements tragiques, qui avaient ébranlé tout le monde sorcier. Toute l'école fut rassemblée dans la grande salle, les élèves se mélangeant tous, sans qu'aucune distinction ne soit faite entre maison et école. Hermione se retrouva assise à côté de Draco et d'Harry, tous deux s'ignorant royalement comme s'ils avaient la peste. Dans la même rangée se trouvaient aussi Weasley et Parkinson, ainsi que des élèves de Beauxbâtons. Tout avait des visages fermés, tristes -ou en tout cas, c'est ce qu'ils exprimaient tous, même si certains devaient probablement se réjouir plutôt qu'autre chose. Tous les élèves regardaient le directeur de Poudlard, attendant l'inconcevable: le retour de Lord Voldemort et de la mort de deux élèves de Poudlard. Quand Albus Dumbledore avoua qui était le responsable de la mort des deux garçons, un brouhaha se fit entendre dans toute la salle. Beaucoup étaient surpris. Beaucoup étaient choqués. Les Serpentard et les Poufsouffle pleuraient un ami perdu, tous profondément endeuillés. Mais certains restaient impassibles, probablement déjà au parfum si leurs parents étaient... comme celui de Draco. Le directeur continua son discours en demandant le silence, racontant les louanges et les anecdotes des garçons, la prouesse d'Harry Potter. Mais Dumbledore nia volontairement l'implication de Draco et d'Hermione, les protégeant du ministère de la magie et de la presse. Pour ce qui était de ses explications sur la raison de la présence de Blaise Zabini au cimetière, il resta vague, préférant se concentrer sur le combat qu'avait mené Potter.
-Le chagrin, que nous éprouvons devant ce drame affreux, me rappelle, nous rappelle, que même si nous venons d'autres pays et parlons d'autres langues, nos cœurs, battent à l'unisson. À la lumière de ce qui s'est passé, les liens d'amitié que nous avons tisés cette année deviennent plus important que jamais. Souvenez-vous-en, et Cédric Diggory et Blaise Zabini ne seront pas morts en vain. Souvenez-vous-en, et vous honorerez la mémoire de garçons courageux jusqu'à leurs derniers souffles.* (tiré du film)
Hermione n'avait vu pleurer Draco que le matin-même, quand ils étaient enfin retournés à Poudlard, sain et sauf. Depuis, il était resté très silencieux, stoïque, et n'avait même pas protesté quand Harry était venue s'asseoir auprès de la sorcière, l'ignorant simplement. Levant les yeux vers lui, la jeune fille le vit regarder le professeur Dumbledore avec douleur et peine; il était rare de lire en lui une seule émotion.
-Ça va aller, lui souffla-t-elle en lui frottant le bras, celui qui était désormais si sensible.
Draco ne répondit pas, ne la regarda qu'une seconde, avant de se lever, comme toute la salle. Harry passa devant Hermione et posa une main sur son épaule, le visage défait, fatigué.
-Je suis encore désolé, murmura-t-il, baissant la tête.
-Ne te reproche rien, Harry, sourit Hermione en lui pressant la main. Tu ne pouvais rien faire. Tu as bien fait de partir. Draco et moi nous en sommes sorti quand même. C'est moi qui suis désolée... J'aurais aimé avoir le temps de te dire que Maugrey était dangereux. Si Dumbledore n'était pas arrivé à temps, il t'aurait...
-C'était Barty Croupton Junior, pas Maugrey. Et je sais encore me défendre, sourit le sorcier, lui faisant un clin d'œil. J'ai pas survécu au sort de la mort pour me faire tuer par un partisan.
Hermione lui tapa dans l'épaule, secouant la tête en riant doucement.
-Ça aurait été une mort stupide, souffla la sorcière. Je suis contente que tu ailles bien.
-Je crois que pour cette année, c'est Draco et toi qui avez le plus de mérite. Et Blaise, bien sûr.
-Non... c'est toi la cible, pas nous, se désola Hermione, lui faisant un sourire d'excuse.
-Écris-moi, pendant les vacances. Ça me fera plaisir.
Hermione hocha de la tête, étirant un faible sourire. Harry haussa des épaules et partit, laissant la jeune fille dans ses pensées.
...
Hermione resta prostrée un moment sur son banc, la salle ayant déserté depuis un bon moment. Elle repensa malgré elle au cimetière, au sacrifice de Blaise, au regard glaçant du mage noir. Elle revit Draco, effondré au sol, gémissant de douleur, son père ne faisant rien pour l'aider tandis que son fils unique convulsait devant lui. Elle entendit encore les cris d'Harry, le rire sinistre de Voldemort, les éclairs du tonnerre dans le ciel, le sortilège de la mort... le corps de Blaise et de Cédric. Tout cela la hanterait un moment, elle le savait. Rien ne pourrait lui faire oublier cette affreuse nuit. Le pire resterait probablement le moment où Voldemort marqua Draco.
-Non ! Cria la sorcière, voulant empêcher le mage de poser la marque des ténèbres sur son meilleur ami.
Voldemort s'interrompit un instant, levant les yeux dans sa direction. Il lui sourit cruellement.
-Draco, dis-moi... souhaites-tu me rejoindre ? Grinça Voldemort, le bout de sa baguette déjà posé sur la peau du garçon.
Ce dernier jeta un œil sur son amie puis se détourna, serrant le poing.
-Je suis votre serviteur, maître, déclara-t-il froidement.
-Non, Draco, ne fais pas ça ! Hurla la jeune fille, des larmes coulant à nouveau sur ses joues. Ne fais pas ça !
Dans un rire diabolique, Voldemort avait marqué Draco, sous le regard défaitiste de son père, qui avait posé sa main sur l'épaule de la sorcière, l'empêchant de s'avancer.
Il ne lui avait jamais reparlé de son choix. Simplement, ils devaient en parler à personne. D'où leur silence quand ils étaient revenu à Poudlard. Hermione l'avait accepté... mais tout cela la hantait.
La grande porte de la salle s'ouvrit soudain bruyamment, et des pas se dirigèrent vers elle lentement, dans un bruissement de tissu. La sorcière ne releva pas les yeux, devinant qui était assis à ses côtés. Elle préféra admirer ses pieds, gardant le silence un moment.
-Cela fait un moment que nous n'avons pas discuté, commença-t-il en inspirant un coup.
-La seule fois, officiellement, c'était en présence d'Harry, répondit Hermione en grimaçant. Ça remonte à trois ans. Seul Potter vous intéresse, sinon.
Elle ne voulait pas paraître cynique, ni manquer de respect au directeur de Poudlard, mais elle n'était pas vraiment d'humeur à l'entendre lui faire la morale, et raconter des idioties, comme d'habitude.
-Je n'ai jamais ignoré l'implication de Blaise, Draco et toi, dans la sauvegarde de Poudlard, lui répondit Dumbledore gentiment.
-Toujours est-il que servir les louanges d'un Gryffondor est plus aisé pour vous que les louanges d'un Serpentard.
-C'est ce que tu penses réellement ? Soupira le directeur en se tournant vers elle, la mine sérieuse. Que les Serpentard ne sont pas dignes de confiance ? Qu'ils ne peuvent changer ? C'était pourtant mon objectif, quand Harry et toi avez demandé au choixpeau une maison si différente de votre destin. Faire changer les choses.
-Rien n'a changé, affirma Hermione, sombre. J'ai voulu vous aider, mais une étrange colère m'a envahi, cette année. Je n'avais qu'une envie, faire gagner ma maison... à n'importe quel prix. J'ai menacé Weasley, Parkinson et bon nombre de sorciers, j'ai fais des recherches sur la magie noire, j'ai usé de sorts puissants... Je mens depuis des années à Draco, sur l'origine de mon sang. Et comme je ne suis pas une vraie sorcière, j'ai causé la mort de Blaise, parce que malgré ma maison, malgré mon étrange comportement, je reste profondément fidèle à Harry et à sa lutte contre Voldemort. Alors non, cracha Hermione en le regardant froidement, réconcilier les maisons n'est pas possible. Rien ne changera jamais. Tout a été parfaitement inutile.
-Mais ton objectif, Hermione. Qu'en est-il ? Insista le directeur, la regardant par-dessus ses lunettes.
Hermione le fusilla du regard. Son objectif ? Il était tout aussi stupide et inutile ! Elle avait voulu être l'amie de Draco et le changer, afin qu'il puisse sourire. Il était devenu un mangemort, maintenant. Elle avait été naïve de croire que les Serpentard étaient différents. Ils ne changeraient jamais. Comme elle.
-Il est à l'exact opposé de ce que j'avais prévu, cracha-t-elle.
Dumbledore sourit tristement. Il ne posa pas plus de question.
-Si vous saviez ce qui s'est réellement passé ! Rie-t-elle, cynique.
-Tu peux me le dire, lui dit le directeur d'un ton apaisant.
-Non ! Éructa-t-elle. Jamais ! Harry Potter vous a déjà tout raconté. Je ne parlerai pas de ce qui s'est passé après le départ d'Harry.
-Il m'a expliqué comment Blaise est mort, soupira le directeur. J'aurai dû te parler avant.
La sorcière le regarda sans comprendre, fronçant les sourcils. Le grand sorcier désigna son pendentif, fissuré depuis hier soir.
-Sais-tu son utilité, Hermione ? En dehors des dires de Draco.
Ce vieux fou savait décidément tout ce qui se passait dans le château ! C'était à se demander pourquoi il n'était pas intervenu quand Tom Jedusor était élève à Poudlard.
-Non... mais vous, oui, comprit la sorcière, souriant qu'à moitié. Vous savez toujours tout, n'est-ce pas ! C'est toujours comme ça, avec vous ! Les Serpentard sont fourbes, mais les Gryffondor sont manipulateurs !
-Si je savais tout, j'aurai su que Tom prévoyait de revenir.
-Pourtant, les signes étaient là ! Cracha-t-elle, moqueuse.
-Je reste un éternel optimiste avec lui. J'espère qu'un jour, il comprendra.
-Jamais. C'est fini, professeur. Tom Jedusor n'existe plus depuis longtemps. Parlez-moi du pendentif que je porte. Que fait-il ? Pourquoi Narcissa Malfoy me l'a donné ?
-Ce n'est pas la mère de Draco qui t'a offert ce pendentif, avoua le directeur, regardant droit devant lui. Cet objet m'appartiens, en réalité. Je l'ai confié à Rogue, qui l'a ensuite donné à Narcissa.
-Que fait la pierre ? demanda sombrement la sorcière.
-Il protège son propriétaire. C'est une magie rare, presque disparue. Elle protège de tout... même du sortilège de la mort. Au fil des années, tu as vaincu au côté d'Harry les forces du mal. Tu es puissante, mais ton cœur pourrait un jour te trahir. Tu avais besoin de ce pendentif. Il te protégeait.
-Si vous me l'aviez dit avant, Blaise ne se serait pas sacrifié ! S'écria Hermione en se levant brusquement. Pourquoi avoir caché cela ?! Et qu'est-ce que la pierre me fait ?!
-C'est son seul défaut, j'en conviens. Il y a de la magie noire, à l'intérieur, et celle-ci transforme la personne.
-Alors pourquoi me l'avoir confié ?! Pourquoi pas l'avoir donné à Potter, plutôt ?
-Tu as fais ton choix en entrant à Serpentard malgré le danger. Tu en avais besoin.
-Alors... Narcissa est au courant pour moi ?
-Non, Rogue ne lui a rien dit à ce sujet. Seulement, il lui a donné l'idée que tu en avais besoin. Que les Granger n'étaient pas partisan de Tom.
-Le professeur Rogue... mais êtes-vous si stupide !? C'est un partisan de Voldemort, et vous, vous lui confier mon secret ?!
-J'ai toujours agi dans l'intérêt général. Que se soit pour Harry Potter ou pour toi.
-On voit le résultat ! Blaise est mort, maintenant ! Parce que, depuis toujours, vous manigancer sans m'en parler ! Je suis même sûre que vous cacher des choses à Harry ! Vous l'avez toujours fait !
-L'ignorance est source de protection.
-Protection ! Se moqua la sorcière. En attendant, ce n'est pas moi qui suis morte ! La vérité, c'est que vous êtes très bien à Poudlard et que si des enfants peuvent se charger de la protection du monde sorcier, vous n'hésiter pas.
-Ce n'est pas toi qui parles, tu sais, l'informa Dumbledore avec prudence.
-Non, c'est le pendentif, c'est ça ?! Ricana Hermione, portant la main sur la pierre. Il y a de la magie noire, c'est évident que je...
-Il te permet de garder ta couverture. Tu es une Serpentard, mais ton cœur est loin d'être celui d'un serpent.
-Je devrais donc vous remercier ! Se moqua-t-elle en levant les yeux au ciel. Par salazar !
-Non, tu devrais en user avec stratégie, comme le fait si bien ta maison, soupiras Dumbledore, se levant lentement, toujours avec calme. La pierre est une serpentine. Elle est faite de lumière et de ténèbres. À toi de l'user avec sagesse.
Le directeur posa une dernière fois son regard sur la jeune fille puis s'en alla, les mains derrière le dos, nonchalant.
-J'ai une dernière question, professeur ! Cria Hermione.
Dumbledore se retourna lentement.
-Vous savez mieux que quiconque que je ne suis pas une sang-pur... Qui a inscrit mon nom dans le registre ? Qui me protège de la sorte ?
Le directeur baissa la tête, la regardant à travers ses lunettes, un sourire aux lèvres.
-Quelqu'un en qui je confierai ma vie, répondit-il, tournant ensuite les talons pour sortir.
Vieux fou ! Pensa Hermione en se rasseyant rageusement.
...
Draco pénétra dans la grande salle seulement quelques minutes après que Dumbledore soit parti. La sorcière essuya les dernières traces de ses larmes et se tourna vers lui, inquisitrice. Son ami semblait troublé, penseur. Elle fronça les sourcils, perplexe.
-Tout va bien ? Lui demanda-t-elle nerveusement.
-Mon ami est mort, répondit Draco sans même la regarder, marchant droit devant lui, les mains dans les poches.
Il dépassa la jeune fille et continua son chemin jusqu'à l'estrade menant à la table des professeurs. Il resta ainsi un moment, la sorcière l'observant à la dérober, perturbé.
-Désolée... ce n'est pas ce que je voulais dire, murmura-t-elle en baissant les yeux. Que ce passe-t-il ?
-Pourquoi Dumbledore voulait te parler ? Lui demanda Draco, l'air de rien.
Son ton était étrange.
-Oh... rien. Il voulait savoir des trucs sur hier soir. Ne t'inquiète pas Draco... j'ai rien dit sur ce qui s'est passé. Tu peux me faire confiance, sourit-elle.
-Vraiment ? Demanda-t-il en levant les yeux, se retournant vers elle.
La sorcière fronça les sourcils, se levant lentement. Qu'avait-il ?
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Je ne suis pas sûr de pouvoir te faire confiance, Hermione. Pas après ce que je viens d'entendre, entre Dumbledore et toi, cracha-t-il, son regard s'assombrissant.
Hermione blêmit dans la seconde, déglutissant. Elle avait l'impression que son monde venait de s'effondrer. Il avait tout entendu !
-Draco... souffla-t-elle, le visage blême, sa tension artérielle baissant dangereusement.
Elle commençait à voir trouble, soudainement. Ses jambes commençaient à trembler et des points noirs venaient obscurcir sa vision. Hermione posa une main sur le banc derrière elle et s'effondra dessus, roulant des yeux. Pendant ce temps, son meilleur ami la toisait méchamment, impassible.
-Ne me déteste pas, murmura-t-elle en fermant les yeux, sentant son nez la piquer, signe qu'elle allait se mettre à pleurer. Tout mais pas ça.
Son malaise s'était légèrement calmé, pourtant, elle sentait l'inconscience la gagner.
-Je ne te déteste pas, cracha Draco. Mais j'exige de comprendre ! Regarde-moi, Hermione ! Lui ordonna-t-il, furieux.
La jeune fille secoua la tête, des larmes coulant sur ses joues. Elle garda les yeux fermés, fuyant sa fureur, sa haine, son dégoût.
-Ne soit pas lâche pour une fois dans ta vie, Hermione, et regarde-moi !
Il vint lui agripper le visage brusquement, la faisant sursauter. Alors elle ouvrit des yeux effrayés, s'attendant à ce qu'il use d'un sort sur elle, ou qu'il la frappe. Il ne fit rien, seulement, son regard glacial suffit pour la faire souffrir. Draco était à deux centimètres de son visage, les dents serrées, le regard meurtri, menaçant.
-Dis-moi qui tu es, dit-il en détachant chaque syllabe. Maintenant ! Cria-t-il.
Elle sursauta une fois encore, pleurant derechef. Draco soupira bruyamment en la relâchant, restant accroupi devant elle, patient.
-Tu as dit à Dumbledore que tu n'étais pas une sang-pur, marmonna Draco en regardant le sol, perplexe. Mais tu n'es pas non plus comme Blaise, pas vrai ! C'est bien pire, en fait ! Tu es juste une sang-de-bourbe, une... née moldu, grimaça-t-il, relevant les yeux vers elle, trahis. J'ai raison, Hermione ? Est-ce que j'ai raison !? Hurla-t-il, rageur.
Des larmes coulèrent sur ses joues, son visage devint rouge. Draco semblait peu à peu perdre le contrôle, ouvrant et refermant convulsivement ses poings. Hermione le regarda sans un mot, les épaules avachies.
-Mais parle, par Merlin ! Tempêta son meilleur ami en l'attrapant par les épaules, la secouant comme un prunier. Secoues-toi et parles, par Salazar ! Tu es pire qu'un pantin sous l'effet de l'imperium ! Parle ou je l'utilise sur toi pour que tu puisses sortir de ta léthargie ! Maintenant, Hermione ! Parle !
-Ar...ar...arrête Draco...
Hermione était toujours secouée par le sorcier, hoquetant de douleur tant ses larmes l'empêchaient de respirer correctement. Elle voulait parler, elle voulait tout lui dire... mais c'était comme si elle n'était plus elle-même. Comme si sa colère, son courage, son cynisme, tout ce qui la caractérisait, s'était totalement envolé. Ne restait plus qu'une fille effroyablement pathétique, noyé par ses larmes. Elle se donnerait des gifles elle-même si elle pouvait !
Quand elle essaya à nouveau de parler, Draco arrêta de la secouer, se reculant un peu trop au goût de la sorcière. Elle usa de ses manches pour s'essuyer le visage. Elle n'avait encore rien dit... ! Dans quel état sera-t-elle quand Draco saura tout !
-Je suis bien une née moldu, murmura-t-elle en reniflant bruyamment. J'ai découvert le monde sorcier quelques jours avant qu'on se rencontre. Je ne connaissais rien, encore moins les rivalités entre sang-pur et sang-de-bourbe. Mais... c'était déjà trop tard pour m'y intéresser, souffla-t-elle en le regardant. Tu étais le seul sorcier après Dumbledore que je connaissais. Je voulais pas connaître quelqu'un d'autre.
C'était la vérité. Hermione avait eu en tête pendant des jours le jeune Draco Malfoy, si beau, si charismatique, si généreux, si... triste. La petite sorcière avait été déconcerté par sa froideur et la tristesse qu'il avait dégagé à travers son regard, sa posture. Ça l'avait inexplicablement attiré. C'était là qu'elle avait fait des recherches sur la famille Malfoy.
-Je voulais être ton amie, même si tout semblait impossible. Je me fichais bien de ton nom, du passé de tes parents. Je voulais juste te revoir. Juste ça, murmura-t-elle.
Après, le petit garçon qu'avait été Draco lui avait parlé des sang-de-bourbe, de Serpentard, de l'importance d'être un sang-pur... c'est à ce moment-là qu'Hermione avait commencé à mentir.
-On était tous les deux dans le train et tu... tu semblais tellement dégoûté par les nés moldu que... j'ai pas réfléchi, balbutia Hermione, se triturant les mains en le regardant. J'ai pris peur et je... je voulais rester avec toi, aller dans la même maison... J'ai donc demandé au choixpeau de m'y envoyer.
Draco la regarda sans toutefois l'interrompre, toujours accroupis devant elle, stoïque. Il semblait légèrement plus calme, et les rides de son front s'étaient atténuées.
-Dumbledore était au courant, bien sûr. Il m'a convoqué dans son bureau, parce qu'il était inquiet pour moi, pour ce que les Serpentard pourraient me faire si... s'ils apprenaient la vérité. Harry était aussi là.
Le visage de Draco blêmit. Hermione arrêta de parler, retenant son souffle.
-Tu n'es pas en train de me dire que Potter était au courant, quatre ans auparavant ?! Lui demanda-t-il calmement, le ton restant menaçant, acerbe.
-Sans ça, Harry n'aurait jamais été mon ami, répondit-elle en essuyant une larme. Il déteste notre maison... j'aurai été une ennemie pour lui.
-Et Blaise ? Tonna Draco en se relevant lentement. Il était au courant, pour ton... secret ?
Hermione secoua la tête, haussant les épaules.
-Je ne sais pas, avoua-t-elle dans un murmure. Il avait des soupçons mais... je sais pas. Qu'est-ce qui s'est passé, quand Blaise t'a révélé que son père était un moldu ?
Le garçon renâclât, la fusillant du regard.
-Tu n'es pas en position de me poser des questions, railla-t-il. Hermione, tu m'as menti depuis le premier jour ! Tu es une sang-de-bourbe, par Merlin ! Rappelles-toi qui je suis, maintenant ! Hurla-t-il, haineux.
Draco se rapprocha d'elle au moment où la sorcière se releva du banc, sortant sa baguette. Ses yeux étaient écarquillés, ses mains tremblantes. Son ami se figea, regardant son arme, perplexe.
-Je sais parfaitement qui tu es, répondit-elle avec crainte, reculant d'un pas. Je pensais juste devoir craindre ton père ou Voldemort... pas toi.
Draco ne dit rien, l'observant d'un air impassible.
-Pourquoi tu avais accepté Blaise en tant que sang-mêlé ? Insista Hermione.
La tension était palpable.
-Parce que c'était mon meilleur ami, souffla Draco, détournant les yeux. J'étais en colère. Mais on était amis depuis trop longtemps. Je pouvais pas lui tourner le dos.
-Mais moi... je suis une sang-de-bourbe ! Cracha Hermione, furieuse. Ça fait une grosse différence, n'est-ce pas !
Draco la toisa une fois encore sans dire le moindre mot, l'imitant il y a quelques minutes. Cela exaspéra Hermione, qui se précipita sur lui, le poussant violemment en arrière.
-Dis-le ! Hurla-t-elle, commençant à pleurer à nouveau. Dis-le que je ne suis rien, que je ne mérite pas d'user de la magie, que je suis une moins que rien ! Vas-y Draco, dis-le-moi en face, tu en as une en face de toi, prête à recevoir ton venin. Vas-y, Draco, hais-moi, humilie-moi, torture-moi ! Tu sais ce que tu es, alors pourquoi ne pas impressionner ton maître dès maintenant !? Il serait tellement fier, j'en suis sûr ! Allez Draco, agis ! Fait quelque chose, dit quelque chose, mais arrête de faire comme à chaque fois: ressent quelque chose, par Salazar ! Cracha-t-elle, haineuse, le poussant une fois encore, incontrôlable.
Hermione posa encore ses mains sur le torse du sorcier, voulant le repousser une troisième fois, mais Draco se réveilla de sa léthargie et emprisonna ses poignets dans ses mains, la gardant contre lui, la regardant de ses yeux gris. La sorcière se débattit brièvement, lâchant sa baguette quand Draco resserra sa prise. Elle le foudroya du regard, serrant les dents. Ils étaient contre un mur, désormais.
-Tu touches une sale sang-de-bourbe, grinça-t-elle, souriant méchamment. Tu as embrassé une sale sang-de-bourbe.
Draco fit volte-face et plaqua la sorcière contre le mur, serrant toujours ses poignets, les gardant contre son torse. Hermione expulsa l'air dans ses poumons, furieuse.
-Tu respires le même air qu'une sale sang-de..., continua la sorcière avec mesquinerie, se faisant ensuite interrompre par le sorcier.
-La ferme, Mione, la ferme ! Soupira le garçon, plaquant alors son visage contre le sien.
Draco l'embrassa passionnément, la serrant contre lui. Du moins... c'est ce qu'imaginait Hermione, qui ne lui laissa guère le temps de goûter ses lèvres, lui balançant son genou dans l'entrejambe rapidement.
-Merde ! Jura-t-il en se courbant en deux, une grimace déformant ses traits. Ça fait mal !
Hermione leva les yeux au ciel, exacerbé.
-Arrête de m'embrasser sans ma permission ! S'énerva-t-elle, furibonde. Je viens de te dire que je suis une née moldu, idiot ! Tu es un mangemort, par Merlin ! J'ai l'impression de me retrouver devant un nazi, ma parole !
-Un quoi ? Gémit Draco, toujours courbé en deux.
-Un soldat lobotomisé, grinça Hermione en se passant une main dans les cheveux, furieuse. Tu sais, Voldemort est loin d'être le premier détraqué dans le monde. Chez moi aussi, on connaît des tyrans dans son genre. D'ailleurs, à côté des nôtres, Voldemort est un enfant de cœur !
-Je me fiche pas mal du lord, répondit Draco en se redressant difficilement, faisant toujours la grimace.
-Quoi ? Demanda Hermione, croyant avoir mal entendu.
Draco secoua la tête, se tenant l'entrejambe d'une main.
-Alors pourquoi avoir accepté d'être mangemort !? Renâcla-t-elle. Juste pour pouvoir avoir une bonne raison de haïr les sang-de-bourbe ?!
-Putain, arrête avec ça, merde ! Jura-t-il, furieux. Tu n'arrêtes pas de dire sang-de-bourbe, t'en a pas marre !
-C'est l'hôpital qui se fou de la charité, ou je rêve ! S'écria-t-elle, scandalisé.
-Ce n'est pas moi qui le répète, en tout cas, cracha-t-il.
-Tu détestes les nés moldu, insista Hermione.
-Mais toi, je ne te déteste pas ! Hurla Draco, coupant court à la colère d'Hermione.
La jeune fille resta estomaquée, bouche-bée, figée par ce que venait de lui dire son meilleur ami. Le silence entre eux s'éternisa, et Draco finit par soupirer, commençant à reculer, tournant les talons.
-Je devrais, pourtant, pas vrai ?! Dit-il en continuant de marcher dans la grande salle, s'éloignant d'elle. Après tout, tu m'as menti depuis le premier jour ! Je devrais te haïr, Mione, mais je t'aime... et je croyais que c'était pas grave. J'ai dit à Blaise: «Hey mec ! Je suis tombé amoureux de ma meilleure amie. C'est dingue, mais ça peut marcher !» Sauf que je ne sais pas qui tu es, finalement. Je t'aime, mais tu es une née moldu... et moi... j'ai choisi ma voie. C'est terminé.
Quand il arriva à la porte, Draco sortit, sans un regard en arrière.
...
Le lendemain, Hermione était allé à Milan, accompagnée de Madame Zabini, afin que le corps de Blaise puisse reposer dans la ville moldu de son père. C'était ce qu'il avait demandé à Hermione quand son spectre était apparu dans le cimetière. Pour l'occasion, Hermione était allé demander à Draco s'il souhaitait assister à l'enterrement. Comme elle s'en était douté, il avait refusé, probablement de peur d'être en contact avec des moldus.
À son retour, la jeune fille était allé directement dans sa chambre, n'ayant plus qu'à refermer sa valise et partir, achevant sa quatrième année, encore très mouvementée, mais plus sombre que toutes celles qu'elle avait vécus. Elle avait dit au revoir à Harry, avait même fait un signe de tête à ce rouquin qui le suivait partout comme un chien et était ensuite parti à la recherche de Draco, à la fin du wagon du train. Elle l'avait trouvé, comme à son habitude, dans le même compartiment qu'en première année, assis près de la fenêtre, les jambes croisées, un coude sur le rebord de la lucarne, la tête dans sa main.
Inspirant un coup, Hermione toqua sur le bois de l'entrée puis toussota, restant prostré devant le compartiment.
-Tu penses à quoi ? Demanda-t-elle, ne sachant comment amorcer la conversation.
Mise à pars le moment où la sorcière lui avait demandé s'il voulait dire au revoir à Blaise, ils ne s'étaient pas reparlé depuis hier soir, quand Draco avait découvert l'origine de son sang. Elle redoutait autant qu'elle espérait lui reparler. Pour ça, Hermione n'avait pas menti: elle souhaitait de tout cœur le garder dans sa vie, être son amie... quoi qu'il en coûte.
-Tu ne veux pas me parler, ou c'est simplement le fait que c'est une sang-de-bourbe qui te parle ?
Draco soupira bruyamment mais ne releva pas.
-Je ne suis plus assez bien pour te parler, c'est ça ? Maintenant que tu sais la vérité sur mon sang, tu dois te dire que je triche forcément pour avoir d'aussi bonnes notes que toi. Bah oui, tout le monde sait que les nés moldu sont idiots et nuls en magie !
Draco continua à regarder dehors, l'ignorant royalement. La sorcière perdit patience et vint s'asseoir près de lui, tirant sur sa cape noire et émeraude. Le garçon tourna lentement la tête vers elle, impassible, presque ennuyé.
-C'est bon, t'as fini, railla-t-il en tirant un coup sec sur sa cape, lui faisant lâcher prise. Tu peux arrêter de croire que le monde tourne autour de toi !
Hermione voulut répliquer, furieuse, mais Draco leva une main, menaçant.
-Depuis que je sais que tu n'es pas une sang-pur, tu me balances «sang-de-bourbe» à la figure constamment. Sauf que t'as encore rien compris ! Ragea-t-il.
-Alors expliques-toi, rétorqua Hermione, croisant les bras sur sa poitrine.
-Ce n'est pas ton sang qui me pose problème, cracha-t-il en la regardant dans les yeux, se rapprochant d'elle dangereusement. C'est ton mensonge. Tu m'as trahi, Hermione. Je me fous de ton sang, je t'aime, tu le sais ! Mais tu n'as pas eu assez confiance en moi pour m'avouer la vérité, au contraire de Potter ! Ça, je ne peux pas te le pardonner !
-Draco..., plaida la jeune fille, surprise par ses propos.
-Si tu comptes rester ici, j'espère que tu as un livre, parce que je compte pas te faire la conversation.
Draco retourna à sa contemplation, tandis que le train menant à Londres amorçait son départ. Hermione se décala légèrement sur la banquette pour lui laisser de l'espace et resta là, à l'observer à la dérober, regardant tantôt le bras tatoué cacher sous son pull noir, tantôt le reflet de son beau visage, trahissant colère, frustration et tristesse.
...
Quand les enfants de Poudlard descendirent du train, ils se précipitèrent tous dans les bras de leurs parents, heureux et soulagés. Tout le monde était au courant du retour des mangemorts et du lord, l'effervescence dans la gare était donc normale. Quand ce fut au tour d'Hermione et de Draco de descendre, le garçon n'avait toujours pas lâcher un mot à son amie. La jeune fille était triste mais continuait à le suivre, plus par habitude que par envie.
-Mon chéri ! S'écria soudain une femme devant eux.
Exceptionnellement, Narcissa Malfoy prit son fils dans ses bras, ici, en pleine gare, où des centaines de badauds pouvaient les voir. Hermione aperçut alors Lucius Malfoy non loin, sa cane et sa cape le rendant plus sinistre encore. Pourquoi ce regard ?
-Je suis si rassuré que vous alliez bien, répéta en boucle la mère de Draco, relâchant son fils après une étreinte interminable mais rare.
-Deux sur trois, c'est plus qu'espérer, avec ces gens-là, lâcha sans le vouloir la jeune fille, regardant Lucius d'un drôle d'air.
Narcissa regarda les deux jeunes sorciers, les yeux larmoyants, puis agrippa Hermione et la serra contre elle. Au secours !
-Ma pauvre chérie, chuchota-t-elle dans ses cheveux. Je suis tellement bouleversé pour Blaise. Sa mère est dévastée, et elle n'est toujours pas revenue de Milan. Je crois... qu'elle va y rester un moment.
-À sa place, je ne voudrais pas non plus revoir l'assassin de mon fils, répondit Hermione, toujours avec ce ton sarcastique.
-Hermione ! L'avertit Draco, la tirant vers lui, loin de ses parents. Ton pendentif refait des siennes.
Baissant le regard tous les deux, ils découvrirent la pierre scintiller. Seulement, elle n'était plus de couleur émeraude, mais nimbé de noir. Draco regarda sans amie d'un air préoccupé, avant que Narcissa revienne vers eux, ses larmes ayant déjà séché.
-Ma chérie, tu viens à la maison pour quelques jours, n'est-ce pas ? Sourit gentiment la mère de Draco. J'ai déjà envoyé un hibou à tes parents, comme convenu.
-Heu... naturellement, sourit Hermione, regardant Draco derrière elle, inquiète.
Ce dernier lui décocha un sourire poli, la faisant plisser le nez, mal à l'aise.
-Ça va être mortel, ces débuts de vacances, répliqua-t-il, sarcastique.
Bienvenue en l'an 2016 mes lecteurs chéris !
Hum... qu'est-ce que vous en penser ? La réaction de Draco est crédible, selon vous ?
Je sais que Blaise vous manque, vous me le dites tout le temps, je suis tellement désolée !
*J'ai repris le discours du film parce que selon moi, il représente parfaitement le monde d'aujourd'hui.
Donc... je vous annonce que... c'était le dernier chapitre avant l'épilogue ! Comme le tome I, j'avais prévu 13 chapitres.
Donc à très vite pour la fin de ce tome, et encore mille merci pour vos avis ! J'adore vous lire, mais pour être honnête, vous êtes très perspicaces parfois, et ça, j'aime pas... non je plaisante... enfin presque :D
