Chapitre 26 Vérité
Bethesda. Maryland. Un mois plus tard…
Assise sur son lit, Ziva regardait Tony, anxieuse. Ils venaient d'être transférés à Bethesda la veille. Et Tony n'avait pas très bien supporté le voyage. Si elle était plus ou moins apte à quitter l'hôpital, elle avait catégoriquement refusé de le faire, tout comme elle avait refusé qu'on lui retire son arme. Pour ne pas les fatiguer plus, les médecins s'étaient pliés aux vœux de la jeune femme, de toute façon, elle avait besoin d'être encore un peu réalimenté.
Tony : Cesse de m'observer Ziva, je vais bien.
Tournant mieux la tête vers elle, il ouvrit les yeux et croisa le regard de la jeune femme. Lui ouvrant ses draps, la jeune femme bondit de son lit pour se glisser dans le sien. Après deux semaines passées dans les bois, le manque de proximité les rendait nerveux. Mais alors qu'on toquait à la porte, Ziva vit le mouvement de Tony et recula dans le lit pour s'assoir au pied, restant quand même couverte. La porte s'ouvrit soudain sur leurs plus fidèles amis, Gibbs, McGee, Abby et Ducky. Utilisant la télécommande, Tony releva la tête de son lit pour se retrouver en position semi assise, ce qui lui arracha une méchante quinte de toux. A travers les couvertures, il sentit la main de la jeune femme se poser sur son mollet et il posa les yeux sur elle pour la rassurer.
Tony : Salut. Content de vous voir.
Abby voulait les serrer dans ses bras, elle ne les avait pas vu depuis presque deux mois, mais le médecin leur avait déconseillé les contacts physiques, tant sur le plan émotionnel de Ziva qui ne voulait pas être touché que pour les microbes et virus éventuels qu'ils auraient pu ramener de l'extérieur.
Ziva : Gibbs ?
La jeune femme pencha la tête et observa celui qu'elle considérait comme un père, intriguée. Elle voyait clairement la culpabilité sur son visage.
Ziva : Gibbs, tu ne pouvais pas nous retrouver. Pas plus que tu ne peux nous protéger de nos passés.
Gibbs : On a trouvé la liste…
Tony : Qui est au courant ?
McGee : Juste les personnes présentes dans cette pièce.
Gibbs : Et l'agent Callen.
Tony : On peut avoir confiance en Callen. Gibbs, cette liste est un véritable poison, mais le seul moyen que j'ai trouvé pour protéger Ziva.
Ziva : Hé ! Tu n'aurais jamais eu cette liste sans moi.
Abby : Mathématique et informatique associés. C'est comme ça que vous l'avez obtenu.
Tony : Oui. J'ai conçu le programme à partir des calculs de Ziva.
McGee attrapa le calepin de Ziva posé sur la table de chevet du lit le plus proche de la porte.
McGee : Tu as recommencé.
Tony : Ne touche pas à ses notes. Elle n'aime pas ça.
McGee reposa le bloc de papier, et posa ses mains sur ses genoux. Alors que tous étaient assis sur le lit de Ziva.
Ziva : Nous sommes désolés.
Gibbs : Ne jamais…
Tony : Elle a raison Gibbs, je n'aurais pas du te laisser des indices, pour que vous trouviez cette liste. Vous êtes maintenant en détention d'un des secrets les mieux gardés du monde et cela vous met en danger.
Gibbs : J'aurais du voir que quelque chose n'allait pas.
Tony : Je t'en prie Gibbs, ne soit pas aussi naïf. Oui tu as de l'instinct pour le mensonge, mais vivre dans le mensonge entraine une certaine impression de vérité. Dans mon cas, je bernais déjà le polygraphe à l'âge de quatre ans. Certains enfants naissent avec des capacités comme c'est le cas pour Ziva et moi, nous sommes recrutés très tôt et privé d'amour parental.
Ziva : Privé d'amour tout court. C'est ce qui est sensé nous rendre obéissant et docile.
Tony : Mais tu as l'air de savoir ça Gibbs.
Gibbs : J'ai parlé avec Callen.
Tony : D'accord. Cette absence de liens affectifs, c'est ce qui nous rend instable aussi.
Ducky : Combiner le génie et un manque de liens affectifs peut se révéler extrêmement dangereux, en effet.
Tony : Pourtant les gouvernements prennent le risque pour avoir des super soldats. CIA, Services Secrets, DGSE, Mossad, et j'en passe, nombre de ses agences ont des programmes Athéna. Ziva et moi savions ce qu'étaient nos vies, les buts qu'on nous avait fixé, nous avions été élevé pour ça, nous jouions le jeu, nous n'avions pas le choix.
Tony eut une violente quinte de toux qui fit grimacer Ziva, elle décida donc de continuer à sa place.
Ziva : Et nos routes se sont croisés et les choses ont commencé à changer. Nous n'étions plus seuls. Même si à la différence de Tony, j'ignorais ce qu'il était. Ils nous ont poussé dans les bras l'un de l'autre, pour nous utiliser, ils n'ont pas prit en compte que nous pouvions tomber amoureux, on nous avait pas éduqué pour aimer.
Gibbs fronça des sourcils.
Abby : Pourquoi vous êtes vous marié ? Si cela représentait un danger. Tu étais si jeune Ziva.
Ziva : J'avais pour mission de séduire Tony, de l'épouser s'il fallait, Eli David voulait une taupe au sein du gouvernement américain.
Tony : Et moi, j'avais pour mission d'utiliser cette soit disant affection de la fille du directeur adjoint du Mossad pour le surveiller. Keller ne savait pas que l'affection de Ziva était bien plus compliquée que ce qu'il pensait. Kate le savait elle. Elle a su garder le secret, et je ne lui en serais jamais assez reconnaissant pour ça.
McGee : Comment as-tu su ce que Ziva était comme toi alors que vous avez conçu le programme informatique à deux ?
Tony : Tu as déjà vu une gamine de 17 ans à la tête d'une équipe de protection de hauts diplomates ?
Ziva : Hé ! Je te rappelle que la gamine de 17 ans tu l'as épousé !
Tony : Vrai.
McGee : Mais alors toutes les femmes avec qui tu disais…
Ziva : Oh, elles sont passées dans son lit, McGee.
Tony : Je te demande pas avec combien d'hommes tu as couchés Ziva.
Ziva : Tant mieux parce qu'à la différence de toi, je ne les ai jamais compté.
Tony : Gibbs…
Gibbs : Vous me mettez au pied du mur, tous les deux.
Ziva : Nous sommes toujours les mêmes, Gibbs.
Gibbs : Un couple dans une équipe c'est dangereux.
Tony : Si tu as peur qu'on se déteste un jour, ça n'arrivera jamais.
Gibbs : Ah oui ? Et avec Rivkin s'était quoi ?
Tony et Ziva se regardèrent, la mine sombre. Rivkin, ils essayaient d'oublier depuis deux ans. Sa mort, la Somalie, le Damoclès…
Ziva : La jalousie. Une jalousie qui a failli nous détruire. Un piège de mon père, quand il a découvert que…
Gibbs : Que vous couchiez de nouveau ensemble ?
Ziva : Nous ne couchions pas ensemble !
Tony : C'est de ma faute…
Ziva : Non.
Tony : Si. La mission avec Jeanne a affaiblie nos liens, j'aurais du mettre Ziva au courant, au lieu de ça, j'ai essayé de la protéger pour la laisser reconstruire sa vie ici. Et Eli David a découvert la faille et il y a planté un pieu. La jalousie, la colère, la méfiance, la perte de confiance… Tout va très vite Gibbs.
Ducky : Ziva…
Le médecin légiste fit un geste pour attirer son attention, mais plongée dans les yeux de son amant, Ziva ne réalisa que lorsque le regard de Tony dévia une seconde avant de se reposer sur elle.
Ducky : Ziva, jusqu'à quel point contrôles-tu tes émotions ?
Ziva grimaça.
Ducky : Tony ?
Tony leva les yeux au ciel, mal à l'aise, lui qui s'était caché jusque là, devait se mettre à nu. Et après une vie repliée sur lui-même, puis sur Ziva, ça n'était pas simple. Il en avait déjà dit tellement.
Tony : Un peu plus qu'elle.
Gibbs : Ducky qu'est ce que ça signifie ?
Ducky : Quand on prive quelqu'un d'amour comme eux, on les prive également de contrôle sur ses émotions et quand elles apparaissent c'est violent et incontrôlable. La colère, la violence, l'amour, la jalousie, la peur…
Tony : Non celle là on la contrôle plutôt bien.
Ducky : Enfin bref, les émotions deviennent explosives. L'amour tel que nous la ressentons doit être minime face à l'amour de ses deux là. Je n'ose imaginer ce que tu as ressenti quand on t'a annoncé sa mort en Somalie.
Tony : La vengeance et la mort.
Ziva : Stop… On arrête. Ca suffit…. Ca suffit !
Mal à l'aise, blessée, mise à nue, fragilisée, Ziva quitta le lit sans que Tony puisse la retenir et s'enferma dans la salle de bain.
Ducky : La peur d'être rejeté ?
Tony : Oui. Entre autre. Depuis qu'elle est au NCIS, Ziva a trouvé une forme de stabilité qui lui permet de relâcher la pression. De tous les agents Athéna que je connaisse, elle est la plus détruite par son Contrôleur. Eli David l'a démolie, il l'a privé de sa sœur, de moi, de sa fille.
Abby : Le bébé était aussi de toi ?
Tony : Ziva dit que oui.
McGee : Tu en doutes ?
Tony : Non. Mais j'ignorais qu'elle avait porté un enfant, ce bébé n'a pas vraiment d'existence pour moi, d'autant plus que nous n'en auront jamais d'autres.
Des pleurs étouffés se faisaient entendre derrière la porte de la salle de bain et Tony ferma les yeux, le cœur serré par la douleur de sa compagne.
Gibbs : On va vous laisser, vous avez besoin de repos. Je vous veux en forme tous les deux pour reprendre le boulot.
Mais alors qu'ils allaient passé la porte de la chambre, Tony l'interpella.
Tony : Boss… Merci à vous quatre.
Gibbs : Pour quoi ?
Tony : Pour nous avoir laissé entrer dans votre famille. C'est la plus belle chose que l'on nous à offert. La seule vraie chose qui a du sens. Et Ziva en est peut-être encore plus consciente que moi.
TBC
