Chapitre 25

Scène 108 – James, Albus, Scorpius et Lily

Dans l'angoissant silence de la forêt, chaque bruit les faisait sursauter. Un oiseau s'envolant, un corbeau croassant, les branches grinçant au-dessus de leurs têtes, le vent mugissant dans les arbres. Leurs pas lents faisaient craquer le bois mort sous leurs pieds et leurs yeux fouillaient les environs, cherchant un abri et surveillant l'approche d'une éventuelle créature maléfique.

Il n'y avait pas d'autres animaux que des oiseaux dans cette forêt, comme si le sol froid et humide n'était propice qu'au développement d'arbres décharnés et de cette mousse noire et gonflée d'eau. Les couleurs étaient ternes. Le ciel était gris, les arbres d'un marron sombre et triste, et le sol alternait entre une boue noirâtre et des tapis de feuilles mortes recouvrant la mousse. La seule couleur vive dans le champ de vision d'Albus provenait des cheveux roux de Lily qui marchait devant lui, aidée par James.

Scorpius et lui se soutenaient l'un l'autre en silence, enjambant les arbres effondrés et les flaques de boue. Il se sentait vaseux et était essoufflé malgré leur lente marche. Il avait faim mais n'osait pas s'en plaindre car il savait qu'il n'était pas le seul à avoir l'estomac vide. Le dire tout haut ne ferait qu'aggraver la sensation pour tout le monde.

Scorpius se prit les pieds dans une racine et trébucha. Albus tira sur son épaule pour l'aider à rester debout et son demi-frère le remercia à voix basse pour la dixième fois depuis qu'ils s'étaient mis en route. Le sol inégal était traitre et les arbres prenaient un malin plaisir à leur barrer le chemin, leurs troncs tournant sur eux-mêmes dans un grincement pour tendre leurs plus basses branches vers eux. James s'attelait à les repousser de sa baguette mais ne pouvait rien faire contre les racines qui sortaient brutalement du sol pour leur attraper les pieds.

Les yeux rivés sur l'endroit où il marchait, Albus laissa son esprit vagabonder en tentant d'oublier sa faim, la douleur dans ses membres et sa faiblesse. Il n'était pas déçu que Scorpius soit son frère, il l'aimait déjà auparavant presque comme un membre de sa famille, mais il était tout de même étrange de devoir incorporer quelqu'un à leur fratrie. Comme l'avait dit James, ils auraient pu tomber sur pire que Scorpius, mais même s'ils l'aimaient bien, il ne partageait pas la quantité phénoménale de souvenirs que James, Albus et Lily avaient en commun. Il n'avait pas grandi au même endroit, dans la même famille, il n'avait pas la même éducation ni les mêmes expériences. Albus ne le connaissait pas par cœur comme il connaissait James et Lily. Il avait beau être celui qu'on pouvait appeler son ami le plus proche, il restait tout de même un point d'interrogation pour lui. Il n'était pas capable d'anticiper ses réactions, de connaître ses pensées sans qu'il les dise à voix haute, de déterminer la limite entre ce qui pouvait lui faire mal et le faire rire.

Il savait par exemple qu'il pouvait se moquer de James parce qu'il s'était fait jeter par Leanor. Son frère aîné bougonnerait pour la forme, mais Albus savait qu'il n'était pas amoureux d'elle et qu'il trouverait rapidement une autre petite amie bien plus intéressante qu'elle. Quand ils sortiraient de cette forêt. S'ils sortaient de cette forêt.

James glissa et Lily se prit une branche dans la figure, le premier jurant entre ses dents et la seconde se mettant brutalement à crier.

« J'en ai marre ! LAISSEZ-NOUS PARTIR ! » Ordonna-t-elle en levant le menton pour interpeller leurs kidnappeurs, imaginant peut-être qu'ils les regardaient, les écoutaient. James se releva en s'aidant d'un arbre et essuya sa baguette boueuse sur son manteau.

Quelque chose sauta sur le dos d'Albus qui s'écroula dans les feuilles mortes et Scorpius poussa un cri d'horreur. La panique lui faisant tourner la tête, Albus essaya de se relever mais s'arrêta net en entendant les cris de ses frères.

« NE BOUGE PAS ! » Hurlèrent-ils en même temps, et Albus écarquilla les yeux de terreur. Quelque chose marchait sur son dos.

« Oh Merlin, Oh Merlin … ! » Gémit-il en enfouissant son visage dans les feuilles, tout son corps tendu par la peur. Il savait que c'était une araignée, ça ne pouvait être qu'une araignée, et il sentit une vague de dégoût et d'horreur menacer de le faire vomir.

« Le sort de Ron … le sort de Ron … » Réfléchissait James à toute allure. « Albus ! » Appela-t-il son frère à l'aide. Celui-ci se retint de lui demander en hurlant s'il se foutait de lui et crispa le visage en serrant les poings, sentant la chose gigoter sur son dos. Elle avait l'air énorme !

« Arania … Arania Exumai … » Gémit-il en se souvenant des histoires de leur père et d'Oncle Ron dans la forêt interdite. James répéta immédiatement la formule et Albus sentit un brusque choc dans son dos suivit d'un claquement puis d'un bruit sourd. Il se redressa aussitôt, se retournant et reculant jusqu'à foncer dans James. Une araignée noire et velue de la taille d'un chien gisait sur le dos quelques mètres plus loin.

« Diffindio ! » Prononça Scorpius juste après que les huit pattes de l'araignée se mettent à nouveau à gigoter, et l'énorme insecte fut tranché en deux dans un bruit ignoble.

« Merlin … » Gémit encore Albus, dégoûté d'avoir eu pareille créature sur son dos. « Merci James … » Souffla-t-il avant de renifler, ses épaules étant prises d'un frisson.

Ils se remirent en marche, Albus et Scorpius se retournant régulièrement pour surveiller leurs arrières. Il leur fallut près d'une heure entre les arbres sournois pour atteindre une nouvelle clairière et lorsqu'ils s'arrêtèrent au centre de celle-ci, Albus eut une étrange sensation de déjà-vu.

« On tourne en rond … » Murmura Scorpius.

Le tronc de l'arbre qu'ils avaient fait tomber par la force de leurs sorts conjugués fumait encore.

« C'est pas possible ! » S'exclama James avec colère. Il donna un coup de pied dans les feuilles mortes qui bruissèrent tranquillement comme si elles se moquaient de lui, puis il regarda autour d'eux avec un air énervé qui ne suffisait pas à cacher sa peur.

« Qu'est-ce qu'on fait ? » Demanda Lily d'une petite voix.

« On se repose. » Souffla Albus en pliant les jambes pour se retrouver accroupi sur le sol. « Et on réfléchit. » Ajouta-t-il avant de coller son front à ses genoux pour cacher son visage.

« On pourrait grimper aux arbres pour voir dans quelle direction se diriger ? » Proposa Lily.

« Je doute que les arbres nous laisse faire … » Soupira James avant d'imiter son petit frère et de s'installer à même le sol. Scorpius et Lily s'assirent à leur tour, cette dernière se collant à son plus grand frère qui passa son bras autour de ses épaules.

Albus finit par basculer en arrière, les fesses sur les feuilles, et croisa les jambes pour se mettre en tailleur. Ils échangèrent tous un regard désespéré.

« Clairement, ils ne veulent pas qu'on sorte d'ici. » Dit Scorpius.

« Pourquoi ? » Demanda Albus. « Qu'est-ce qu'on a à voir avec les histoires de nos parents ? »

« Tu veux dire … A part le fait qu'ils soient nos parents ? » Railla James, ignorant le regard noir de son petit frère.

« Je ne pense pas que des gens qui kidnappent des enfants et les abandonnent dans une forêt soient des personnes rationnelles … Ils en veulent à mon père et ils nous font tous payer, c'est tout ce qu'i comprendre... » Soupira Scorpius en baissant la tête.

« C'est pas de ta faute. » Grogna James. « Peut-être qu'ils essayent de nous faire passer une sorte de test ? »

« Dans quel but ? » Interrogea Albus. « Qu'est-ce qu'on doit prouver ? »

« Qu'on est différent d'eux ? » Proposa Scorpius.

« Ca risque d'être problématique … » Souffla James. Au regard interrogateur des deux autres, il haussa les épaules. « On n'est sans doute pas très différents. »

Le sol trembla soudainement sous eux. Ils arrêtèrent de parler, les yeux écarquillés, et ils sentirent une nouvelle secousse. Ils se relevèrent en même temps, tournant fébrilement la tête pour essayer d'en trouver l'origine.

« Champio. » Prononça Lily, créant le même dôme que Scorpius plus tôt dans la matinée. Albus ne put s'empêcher d'être impressionné par sa petite sœur.

« Parfait Lily. » Dit James. « Tu tiens le bouclier, et nous on attaque. »

Le sol trembla à nouveau et ils entendirent un rire qui leur glaça le sang. Ils se tournèrent tous dans sa direction pour voir un énorme lion entre les arbres. Alors qu'il posait sa patte sur le sol, la secousse fut telle que Scorpius dû s'accrocher à James pour ne pas tomber. Albus vacilla, ses yeux s'écarquillant de terreur. La créature semblait apparaître puis disparaître, comme le Spectre, comme si elle n'était pas sur le même plan qu'eux. Mais ses énormes pattes l'amenaient inexorablement dans leur direction et le bruit de son rire résonnait dans la clairière. Son visage était humain et sa queue était celle d'un gigantesque scorpion.

« Dites moi que ce n'est pas une Manticore … » Murmura James. Personne ne put répondre à sa requête. Albus écarta les jambes pour gagner en stabilité.

« Comment est-ce qu'on tue une Manticore déjà ? » Demanda Scorpius d'une voix blanche avant de manquer de tomber à cause de la secousse suivante.

« On pourrait courir ? » Gémit Lily entre eux.

« Pour aller où Lily ? » Demanda Albus avec panique.

« Sa peau repousse les sortilèges. » Rappela Scorpius. « Donc si vous avez une idée, c'est le moment. » Ajouta-t-il d'une voix aigue qui trahissait sa peur.

« Comment comptez-vous me tuer, Humains ? » Rit la Manticore alors que sa tête dépassait d'entre les arbres, son énorme patte les faisant trembler. Ils eurent alors le même réflexe.

Comme un seul homme, ils se retournèrent et se mirent à courir à toute vitesse entre les arbres. Les baguettes de James et Scorpius lançaient des flashs aveuglants qui repoussaient les branches tentant de les atteindre, et Albus tirait Lily en courant si vite qu'il avait la sensation de voler.

La Manticore galopait derrière eux, secouant la forêt comme un séisme. Le grondement les rendait sourds à leurs propres cris de terreur. Ils se baissaient pour éviter les branches, escaladaient les troncs renversés, sautaient au dessus des énormes flaques de boue. Albus lança un Mobilicorpus sur Lily qui peinait à les suivre et il lui suffisait alors de lui tenir la main pour l'entrainer derrière eux.

La créature n'était pas aussi rapide entre les arbres qu'elle l'aurait été sur un terrain dégagé, son imposant corps l'empêchant de se faufiler comme ils le faisaient.

« JAMES ! » Hurla Scorpius devant eux. « L'ARBRE ! TAILLE-LE EN POINTE ! »

Sans s'arrêter de courir, James tendit sa baguette en avant et fit plusieurs mouvements de bras en utilisant l'épée magique, imité par Scorpius pour former une pointe acérée sur un énorme tronc renversé loin devant eux. Comprenant ce qu'ils essayaient de faire, Albus se décala sur la gauche en courant, ouvrant le passage. Une branche lui griffa la joue jusqu'à l'oreille mais ne réussit pas à l'arrêter.

James se décala sur la droite et après avoir regardé derrière lui, Scorpius tendit les deux mains en avant dans sa course et tenta de déplacer l'énorme tronc pointu. James lui prêta de sa force, le Wingardium Leviosa redoublant d'intensité. Les tremblements de la terre les déconcentraient et les branches profitaient de leur inattention pour fondre vers eux. Albus prit le relais et foudroya les arbres qui tentaient d'attraper ses frères. Il finit par dépasser le tronc, ayant pris de l'avance sur Scorpius et James, et s'arrêta pour leur prêter main forte.

Imité par Lily dont les pieds touchaient à nouveau le sol vibrant, il poussa de toute la force de sa magie et fut récompensé en voyant le tronc prendre de la vitesse en filant à travers les arbres. James et Scorpius le suivirent des yeux et de la baguette et leur puissance conjuguée provoqua une onde de choc qui se réverbéra sous leur pied et souffla les feuilles qui tapissaient le sol, les laissant en suspension dans l'air.

La Manticore qui hurlait de rire fut frappée de plein fouet par le tronc qui s'enfonça dans son poitrail, l'expulsant loin en arrière où elle s'écroula dans un grondement sourd qui fit trembler une dernière fois la forêt.

Albus s'assit brutalement et tomba en arrière avec les yeux écarquillés et le souffle court, les bras en croix. Dans le silence qui suivit, il n'entendait que le grincement des arbres qui bougeaient au dessus de sa tête.

Il entendit James éclater de rire un peu plus loin.

« Les gars, on a tué une Manticore ! » S'exclama-t-il comme s'il n'y croyait pas lui-même.

Albus réussit à rire entre deux respirations rapides et ferma les yeux.

Scène 109 – Harry et Draco

Harry n'arrivait pas à écouter Galvin. Il voyait Draco hocher doucement la tête malgré son air malade et sa mâchoire serrée, mais tout ce qu'il avait envie de faire était de fondre en larmes. Ron venait de lui apprendre qu'Hermione avait elle-aussi disparu et il n'arrivait pas à s'empêcher de penser qu'il ne les reverrait jamais vivants. Le sort réservé à Mellowen en était la preuve. Même si son corps n'avait pas été retrouvé, Harry était persuadé qu'il était mort.

Des Langues-de-plombs, anciens collègues d'Hermione, s'agitaient en vain autour de la sphère argentée. Ron distribuait des ordres et lisait des mémos avec l'air d'un homme en phase terminale d'une longue maladie, et Harry ne pouvait que comprendre son sentiment. Mais il ne pouvait rien faire. Il restait planté là, les bras ballants, le regard rivé sur Draco qui essayait de soutirer le maximum d'informations de Galvin. Il s'en voulait de le laisser tout gérer, il avait envie de lui dire que ce qu'il faisait était inutile, qu'il se faisait encore plus de mal. Mais il n'était même pas capable d'ouvrir la bouche.

La femme qui avait lancé les Portoloins sur les enfants avait été retrouvée parmi la foule qui se trouvait à la Tête de Sanglier en même temps qu'eux. Harry n'avait pas retenu son nom. Il ne la connaissait pas. Il ne voulait pas la connaître ou en savoir plus parce qu'il avait peur de ne pas pouvoir se retenir de la tuer. Un Serment Inviolable l'empêchait de parler et de partager ses souvenirs et tout ce que les Aurors pouvaient faire était de fouiller dans son entourage, son passé, son environnement pour trouver le moindre indice leur permettant de retrouver les enfants.

La porte du bureau des Aurors de la section de Ron s'ouvrit pour la énième fois derrière Draco, et Harry vit un très grand homme blond entrer dans la pièce, tenant un long morceau de métal sous son bras. A l'autre bout de la plaque couverte de sang se trouvait Lysander. Les yeux de celui-ci s'agrandirent en voyant Harry, et il dû lire quelque chose sur son visage car son expression se fit soudainement dévastée. Il échangea quelques mots avec le grand sorcier et ils posèrent la plaque contre un mur. Lysander se dirigea alors rapidement vers eux.

« Qu'est-ce qui se passe ? » Demanda-t-il avec panique.

« Les enfants d'Harry et Draco ont disparu. » Répondit rapidement Galvin. Lysander les regarda tour à tour avec horreur avant d'inspirer brièvement.

« Julian a dessiné une rune dans l'ascenseur. On pense que ça peut nous aider à le trouver. Peut-être qu'on trouvera les petits aussi. »

Galvin tourna brutalement la tête vers la plaque de métal et les abandonna pour se déplacer vers elle, suivie de Lysander. Avec un moment de latence, Harry se rendit compte que Draco lui touchait le bras et il tourna les yeux vers lui.

« Potter. Remue-toi. » Lui demanda-t-il. Les mots lui firent mal, perçant à travers la bulle anesthésiante qui l'entourait. Draco serra un peu plus fort ses doigts en signe de soutien et hocha la tête pour l'encourager. Harry déglutit et s'éclaircit la gorge.

« Allons-y. » Dit-il.

Ils s'approchèrent du petit groupe qui se formait près du mur et Galvin interpella une Langue-de-plomb qui les rejoignit.

« C'est une rune de connexion. » Leur expliqua le géant blond avec un fort accent londonien, très similaire à celui de Mellowen. Il ouvrit la main droite où apparut un tatouage quasi-identique. « Je sais que deux runes de connexion tracées par la même personne et avec la même encre sont liées, mais je ne sais pas comment utiliser ce lien. » En voyant le tatouage, Harry comprit qu'il s'agissait de Vallen Yantar.

« Quel rapport avec votre main ? » Demanda Draco. « Où est la deuxième rune ? »

Yantar lui envoya un regard perdu étonnant sur son visage aux traits durs. Il désigna le petit dessin sanglant sur la plaque.

« Si Julian est resté conscient assez longtemps, il a put tracer la deuxième à l'endroit où il a été amené. » Il montra à nouveau sa main. « Pour celle-ci, l'autre est en bas de ma nuque. Les deux runes créent un tunnel qui transporte la magie de mon dos à ma main. Mais je ne sais pas comment. »

Hermione disait que la magie d'un sorcier ou d'une sorcière naissait quelque part dans le cerveau plutôt que dans le cœur, comme la plupart des gens semblaient le croire. Elle théorisait sur le fait que la magie pouvait être un champ électrique transporté le long des nerfs et que les sorciers étaient capable d'extérioriser pour manipuler la magie ambiante. Les runes sur Yantar servaient donc de connexion entre le point où sa magie était la plus brute et le point où elle était la plus simple d'utilisation.

« Elles sont un peu différente. » Nota-t-il en regardant d'une rune à l'autre.

Yantar referma sa main.

« Celle-ci est mêlée à une rune de concentration. Mais ça n'a rien à voir avec notre problème. »

« Pourquoi tracer cette rune ? » Demanda Galvin. « En quoi est-ce que ça peut nous aider à le retrouver ? »

« Si c'est d'un tunnel qu'il s'agit, comment l'emprunter ? » S'interrogea Lysander.

« C'est le symbole des enfants perdus. » Dit la voix de Ron derrière eux. Harry et Draco se retournèrent pour voir ses yeux s'écarquiller de surprise. « Certaines anciennes familles sorcières les faisaient tracer par leurs enfants, chez eux. S'ils se perdaient, ils devaient tracer la même là où ils se trouvaient. » Expliqua-t-il.

« Comment on s'en sert ?! » S'exclama Lysander.

« Vous cherchez Mellowen ? » Demanda-t-il, son visage se faisant déterminé. Yantar et le détective hochèrent la tête. « Écartez-vous. » Ordonna-t-il, tout le monde obéissant alors qu'il sortait sa baguette de sa manche. Il s'avança vers la plaque et posa le bout sur le point, l'empreinte digitale du Briseur de Sort qui faisait partie intégrante de la rune.

« Julian Mellowen. » Prononça-t-il. La rune sembla gonfler, le sang séché se craquelant. Elle s'étala sur une plus large partie de la plaque de métal que Vallen et Lysander avaient découpée. Puis elle disparut, remplacée par la même surface sombre que le miroir à double sens.

« Lumos. » Entendirent-ils, et le visage d'Hermione apparut dans la pénombre, encadrée par ses lourds cheveux ondulés comme si elle penchait la tête vers le sol. « Ron ! » S'exclama-t-elle, ébahissement et soulagement se mêlant sur son visage. « Je savais que tu comprendrais ! »

« Hermione … » Sanglota presque Ron en posant les deux mains sur la plaque, ignorant les personnes autour de lui. « Tu vois que je t'écoute parfois … » Dit-il en tentant de contenir ses larmes. Hermione se mit à rire avant de tourner la tête vers le côté.

« Julian, vous êtes un génie … »

« Je sais … » Entendirent-il faiblement. Lysander eut un rire bref qui ressemblait à un aboiement et il s'approcha de la plaque alors que Ron reculait un peu pour laisser la place à Vallen et lui.

« Chef … » Fit une voix derrière Harry. Galvin tourna la tête et il l'imita pour voir le visage paniqué de Dean. « Il y a quelque chose que vous devriez voir … Harry et Malfoy aussi … »

Le léger soulagement qu'Harry avait ressenti en voyant Hermione s'évanouit aussitôt. Il sentit son sang quitter sa tête et il suivit mécaniquement la Chef de Section et son ami. Son épaule frôla celle de Draco et il s'accrocha presque désespérément à sa main. Tout mais pas ses enfants morts. Tout mais pas ça.

Dean les guida à l'extérieur de l'énorme bureau des équipes de Ron et le silence du couloir rendit son angoisse encore plus étouffante. Draco se tenait le cœur et Harry réalisa qu'il n'avait pas pris sa potion du midi et que la peur devait le faire souffrir autant physiquement que psychologiquement. Mais encore une fois, il fut incapable de lui dire quoi que ce soit ou même de lui venir en aide. Il pouvait seulement suivre Dean et Galvin vers ce qui ne pouvait être qu'une terrible nouvelle.

Ils entrèrent dans un petit bureau et quatre Aurors, l'équipe de Dean, levèrent la tête à leur arrivée. Ils étaient précédemment occupés à regarder une télévision moldue qui avait été posée sur un plateau à roulette sans doute emprunté aux Services Administratifs Magiques. Leur regard se posa sur les mains jointes d'Harry et Draco, mais ceux-ci étaient trop occupés à fixer la télévision avec ébahissement pour le remarquer.

Ils se lâchèrent, se plantant devant sans pouvoir prononcer un mot.

« Dites moi que ce n'est pas une Manticore … » Entendirent-ils James murmurer dans la télévision, et Harry prit une grande inspiration tremblante.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? » Demanda Galvin.

« C'est sur la BBC … » Expliqua Dean.

« Sa peau repousse les sortilèges. Donc si vous avez une idée, c'est le moment. » Fit la voix chevrotante de Scorpius.

Galvin sortit du bureau précipitamment. Ni Harry ni Draco ne pouvaient détacher leur regard de la télévision où leurs enfants se mettaient brutalement à courir en hurlant de terreur. Ils filaient à toute vitesse malgré les branches, les obstacles et l'énorme créature qui les poursuivait, défonçant les arbres à coup d'épaules. Ils eurent soudainement un gros plan sur le visage concentré d'Albus dont le regard bougeait sans arrêt, veillant à son environnement et prenant de courtes inspirations sifflantes alors qu'il courait en entraînant Lily derrière lui.

« JAMES ! L'ARBRE ! TAILLE-LE EN POINTE ! » Hurla soudainement Scorpius. L'image se rapprocha de son visage écorché et de sa grimace alors qu'il prononçait le sort d'épée magique. Une branche le frappa par derrière et une autre tenta de le prendre à la gorge mais il se baissa en continuant de courir. Il jeta un coup d'œil derrière lui puis lança les deux bras en avant alors qu'un éclair au-dessus de sa tête empêchait une autre branche de l'attraper. Ils l'entendirent prononcer un Wingardium Leviosa sans savoir ce qu'il visait. Ils virent James courir derrière lui et lancer le même sort, le visage dur et le regard déterminé. La magie crépita autour d'eux, dressant les cheveux de James sur sa tête.

Scène 110 – Olivia

Galvin courut dans le couloir et ouvrit la porte du bureau des équipes de Ronald. Vallen et Lysander aidaient Julian à sortir de la rune. Un Auror passa à côté d'elle pour quitter le bureau, et sachant qu'elle aurait du mal à attirer l'attention autrement, elle frappa des mains après y avoir concentré un peu de magie. Le souffle fit voler quelques parchemins mais tout le monde tourna la tête vers elle.

« Une chaîne de télévision moldue, la BBC, transmet des images des jeunes Potter et Malfoy dans une forêt. Je veux deux équipes pour comprendre comme ils font, et deux équipes sur le Portoloin. » Elle reprit son souffle et désigna la plaque de métal qui provenait de l'ascenseur. « Trois équipes pour retourner là-dedans, défoncer les murs et trouver les autres disparus. Tous les autres Aurors, sur un balai, survolez-moi toutes les forêts de la Grande-Bretagne. » Ordonna-t-elle.

Après une seconde de flottement, tout le monde s'agita dans la salle et chaque équipe s'organisa. Weasley prit note de quel groupe faisait quoi, prenant à peine le temps d'étreindre sa femme qui s'approchait déjà du Portoloin.

Olivia se dirigea d'un pas rapide vers ses amis. Vallen tirait délicatement Julian par les épaules pendant que Lysander guidait ses jambes à l'extérieur de la plaque de métal. Ils le transportèrent jusqu'à un bureau qu'Olivia dégagea sans scrupule d'un coup de baguette et le posèrent dessus. Dans son dos, Ronald et ses équipes passaient par la rune pour trouver les autres sorciers.

« Il faudrait l'emmener à Ste-Mangouste. » Nota-t-elle en voyant le teint cireux de Julian.

« J'ai envoyé un Auror chercher un médicomage. Je ne préfère pas le bouger dans cet état. » Répondit Lysander pendant que leur ami ouvrait un œil.

« Vous en avez mis du temps, bande de traitres … Vous vouliez vous débarrasser de moi, hein ? » Dit-il d'une voix faible. Olivia fit l'effort de lui sourire même si la situation ne s'y prêtait pas puis tourna la tête vers Lysander.

« Je vous laisse vous occuper de lui, désolée. J'ai des choses à faire. » Déclara-t-elle. Son ami hocha simplement la tête et elle posa sa main sur l'épaule du briseur de sort avant de s'éloigner. Ils ne s'entendaient pas toujours très bien, mais son cerveau était trop précieux pour qu'elle ne soit pas triste s'il lui arrivait quelque chose.

Elle traversa le long bureau pour rejoindre les Langues-de-Plomb et Hermione Weasley. Celle-ci avait le visage à quelques centimètres de la sphère d'argent qu'ils avaient trouvé à la Tête de Sanglier. Elle entendit Olivia approcher et lui jeta un coup d'œil.

« Ca fait combien de temps qu'ils ont disparu ? » Demanda-t-elle.

« Six heures. » Répondit-elle après un bref regard vers sa montre. « Vous allez avoir besoin de Julian ? »

« Je crains que oui … » Souffla Hermione en retournant son attention vers la sphère. « Je doute que la destination fasse partie des runes tracées dessus, mais il pourra peut-être nous aider à trouver qui a fabriqué ce Portoloin. »

Olivia hocha la tête, réfléchissant à toute allure avec les bras croisés. Elle fit pivoter le haut de son corps pour jeter un coup d'œil à Mellowen et ses amis, puis se mordit les lèvres avec un froncement de sourcils.

« Hermione, prenez la sphère et restez avec Julian. Ne laissez pas les médicomages vous empêcher de lui parler. » Commanda-t-elle-même si la sorcière n'avait aucun ordre à prendre d'elle. La femme de Ron hocha tout de même la tête et prit la sphère dans une main en se redressant. Elles se fixèrent un instant, chacune prenant la mesure du sérieux et de la détermination de l'autre, puis elles s'éloignèrent dans des directions opposées.

Lorsqu'Olivia retourna dans le petit bureau d'à côté, James Potter annonçait qu'ils avaient tué une Manticore et Harry Potter et Draco Malfoy avaient disparu.

Note de Maelström : Je pars en voyage, je vous retrouve dans trois semaines. A bientôt !