Un grand merci à ma bêta shima-chan qui a planché hier soir sur ce chapitre pour que je puisse vous l'offrir aujourd'hui. Faut dire j'attends de le publier depuis un long moment, et j'espère qu'après l'avoir lu vous comprendrez aussi pourquoi ;)


Une rencontre fortuite

— Non ! Je refuse catégoriquement ! C'est hors de question ! Je préfère encore être suspendue dans le vide par le gros orteil, que de venir…

— Voyons Ivy, sois raisonnable…

— Non !

— Tu ne crois pas que c'est exagéré ?

— C'est sans doute les plus gros dégueulasses qui existent à travers tout l'Univers.

— Mais en dehors de ça, c'est un peuple très chaleureux…

— Y manquerait plus qu'ils mordent ! À la limite, s'ils apprenaient à garder leurs distances, ça les rendrait plus sympathiques

Cela faisait près d'une heure qu'Ivy et Carpenter se disputaient dans la salle commune de leur suite, au sommet de la plus grande tour de Raxa, la capitale de Raxacoricofalapatorius. L'endroit était plutôt accueillant, pour le peu qu'Ianto avait pu voir à peine descendus du vaisseau, on les avait jetés dans un véhicule qui les avait directement conduits à leur lieu de résidence. Et à présent, leurs deux compagnes se bouffaient le nez au sujet de la rencontre entre la directrice de Torchwood et la délégation scraldienne, et de savoir si le Docteur Moro devait ou non l'accompagnez.

— C'est toi qu'ils ont souhaité rencontrer, je vois pas pourquoi je devrais me taper cette corvée.

— Tu étais avec moi lorsqu'on s'est retrouvé coincé sur l'Astéroïde avec Zgrisf et son équipe…

— Justement ! Ca m'a largement suffit !

— Ils sont si affreux que ça, les Scraldiens ?

Installés dans le grand canapé, Ianto et Jed suivaient le match avec plus ou moins d'intérêt.

— Non, pas tellement, répondit Willow d'une voix sans émotion. Dans l'ensemble ce sont des gens biens. L'ennui c'est que dans leur langue il n'y a pas d'équivalent pour dire : « hygiène », en plus l'eau et le savon sont des éléments tabous dans leur culture. Alors on a beau être ouvert d'esprit, quand on doit négocier dans un huis-clos pendant des plombes, ça devient vite insupportable.

— Et y a jamais eu d'incident diplomatique du coup ?

— Non. Ils ne sont pas vraiment susceptibles. En plus, chez eux, dégueuler sur les bottes de son voisin est une marque de respect…

— J'IRAIS PAS, POINT !

— Ivy !… Je ne t'invite pas à aller prendre le thé chez une vieille tante. J'ai besoin de ton soutien pour fomenter ni plus ni moins qu'un coup d'état. Malgré tout ce qu'on a pu dire, tu as été une activiste importante lors de la rébellion de Sanctuary. Ta présence sera un argument de poids, surtout auprès des Scraldiens qui t'ont vue à l'œuvre sur P3X72 et lors de la bataille de Ketchatar. Désolé, mais tu m'es indispensable.

Calmée par les paroles de sa meilleure amie, Ivy parut se radoucir. Elle laissa échapper un profond soupir de lassitude.

— Très bien, lâcha-t-elle dans un grognement. Mais avant je dois me rendre en ville pour une affaire personnelle. Je ne veux pas de question, et que personne ne me suive. Sinon, les Scraldiens, tu te les farciras toute seule.

— Aucun problème. Jed sera avec moi de toute façon.

Ce fut au tour du Docteur Willow de pousser un profond soupir. Visiblement, il avait déjà eu droit à sa leçon de morale.

— Et moi, en attendant ? demanda Ianto. Je fais pousser des champignons ?

— Si tu veux nous accompagner à la rencontre avec les Scraldiens…

— Non merci, répondit-il précipitamment après un bref moment de réflexion.

Ianto était seul dans la grande suite depuis près d'une heure et demie. Les autres étaient partis à leurs affaires et l'avaient abandonné à sa solitude. C'était drôle. Cela devait être la première fois, depuis qu'il avait quitté Tempera et sa petite cabane de pêcheur, que le Gallois se retrouvait véritablement, concrètement, physiquement, seul. Allongé sur le grand lit de sa chambre, il fixait le plafond depuis un moment lorsqu'un léger frisson le parcourut le long de sa colonne vertébrale. Redressant la tête, intrigué — il lui semblait pourtant avoir fermé toutes les fenêtres — il examina un moment avec circonspection la porte de la chambre, face à lui. Il lui sembla entendre des bruits de pas étouffés sur le plancher du salon, un peu comme ceux d'un chat ou d'un furet. Ianto avisa rapidement la grande baie vitrée donnant sur la terrasse, puis jeta encore un coup sur la porte.

Lorsque la créature au long corps mince et souple pénétra dans la pièce, elle ne trouva en tout et pour tout qu'un lit vide et une chambre déserte. Cependant, elle ne manqua pas la porte de la terrasse restée entrouverte. D'un pas furtif et agile, l'intrus se glissa dehors, mais ne trouva qu'un grand espace d'une surface granuleuse dénudée d'une matière jaunâtre. Levant son museau noir vers le ciel violacé, il huma le vent qui soufflait autour du balcon. Le chasseur finit par repérer l'odeur de sa proie : à cinq mètres à l'ouest, juste derrière lui. Il tourna ses yeux jaunes vers l'angle gauche de la terrasse, rattaché à une corniche qui donnait sur le bâtiment d'à côté. Ses petites pattes griffues adhéraient facilement à la corniche, il n'eut aucun mal à se glisser sur le passage étroit. Mais au moment de sauter sur la terrasse d'en face, son flair le guidait vers une fenêtre ouverte sur un couloir. Il glissa sur le sol froid et suivit l'odeur au raz du sol, longeant les portes des ascenseurs. Son odorat le conduisit vers un escalier de service étroit et complètement clos.

Pfff ! Trop facile…

La proie serait à lui avant qu'il n'ait atteint le rez-de-chaussée.

De sa démarche souple et agile, il dévala les marches à toute vitesse. Vif comme l'éclair et plus rapide qu'un cours d'eau. Son long corps noir glissant comme une ombre sur un mur. Mais arrivé tout en bas, la piste s'interrompit brusquement. Il dut revenir sur ses pas pour retrouver la trace. Mais il n'eut pas le temps de redresser la tête, pour voir la proie jaillir d'un placard et pointer un objet métallique sur lui.

La balle traversa le crâne de la créature, lui explosant la cervelle, tout son long corps s'abattit lourdement sur le sol et un liquide bleu coula de ses yeux, de ses oreilles, de sa gueule et du petit orifice que Ianto lui avait fait au beau milieu du crâne.

Soulagé, celui-ci prit quelques secondes pour s'appuyer contre un mur, se passant une main sur le visage afin d'essuyer la sueur qui perlait à son front et ses tempes, et essayer de faire reprendre aux battements de son cœur un rythme normal.

Il sortit enfin de l'escalier de service, la porte donnant sur une rue déserte, il reprit encore un instant pour remplir ses poumons d'oxygène. Ce fut alors que quelque chose siffla près de son oreille. Il eut juste le temps de la relever pour voir trois silhouettes noires — dont une tenant ce qui devait s'apparenter à un revolver — lui barrer le passage vers l'avenue principale.

Sans hésiter, il courut dans la direction opposée, débouchant dans une petite rue un peu moins étroite, occupée par quelques passants, que le Gallois dut bousculer en voulant mettre le plus de distance possible entre lui et ses poursuivants. Ces derniers ne le lâchèrent pas d'une semelle. Bien que Ianto s'efforça d'accélérer l'allure, de changer à de multiples reprises de direction, d'aller vers des endroits fréquentés, il finissait invariablement par apercevoir les trois lascars à quelques mètres derrières lui.

Il se serait bien tourné vers un représentant des forces de l'ordre, mais il aurait été bien en peine de les distinguer au milieu de cette foule hétéroclite et exotique, majoritairement composé d'énormes créatures vertes et bedonnantes, aux yeux noirs sans pupilles et plus gros que des balles de tennis. Et en supposant qu'il mette la main sur un agent de police — ou du moins, apparenté — que pouvait-il bien lui raconter ? Qu'il était un ancien agent de Torchwood poursuivit par des tueurs à gages et qu'il venait d'éliminer l'un des leurs dans son hôtel ? Non, il ne pouvait compter que sur lui-même et espérer parvenir à les semer.

Au bout d'un moment, il dut cependant faire la désagréable constatation qu'il était complètement perdu, en passant pour la cinquième fois devant la même enseigne publicitaire représentant un des autochtones de la planète en train d'exhiber un engin qui aurait autant pu être un désintégrateur de particule qu'un aspirateur. Voulant changer de stratégie, il tenta de s'engager dans un nouveau dédale.

— Non, pas par-là ! lança une voix humaine dans son dos.

Il sentit une main agripper son épaule et le tirer en arrière. Ianto fit immédiatement volte-face, prêt à frapper son assaillant. Il fut stoppé dans son élan par une deuxième main qui arrêta son poing à quelques centimètres à peine du visage de son adversaire. Le jeune homme eut un hoquet de surprise en reconnaissant les yeux, le nez et la bouche du Capitaine Jack.

— C'est une impasse, lança Jack. Par ici…

Il l'entraina avec lui vers un forum bondé. Trop heureux de le voir, Ianto ne lui demanda pas ce qu'il faisait là et le suivit sans protester. D'autant que ses poursuivants, à peine à quelques mètres derrière lui, couraient droit dans leur direction.

Talonnant le Capitaine, ils traversèrent ensemble la grande place, gagnant une zone visiblement en pleine expansion parsemé de chantier de construction ici et là, installé sur une pente.

Alors qu'ils atteignaient le somment, la course s'arrêta net. Et Jack dut retenir Ianto par les épaules pour l'empêcher de se précipiter dans le vide qui s'ouvrait à leurs pieds.

— Oups ! lâcha le Capitaine.

— Quoi « oups » ? s'exclama Ianto en regardant derrière eux, les trois lascars en train de remonter la pente péniblement.

— Il semblerait qu'on ait deux mois d'avance.

— Hein !

— Normalement, il devrait y avoir une passerelle à cet endroit…

— Jack…

— Mais elle ne sera pas finie avant deux mois…

— Jack, ils arrivent…

— Mauvais timing. Ca peut arriver à tout le monde.

— Jack, qu'est-ce qu'on fait ?...

— J'ai bien une idée…

— Laquelle ?

— Tu me fais confiance ?

— Est-ce que j'ai le choix ?

— Bien vu !

Avant que Ianto ait eu le temps de protester, le Capitaine l'avait saisi par les épaules et entrainé dans le vide avec lui.

Par un réflexe, aussi typiquement humain que parfaitement inutile et désagréable, Ianto laissa échapper un grand cri d'épouvante en sentant l'air siffler à ses oreilles, tandis que les deux hommes se faisaient happer à une vitesse affolante par la gravité.

J'arrive pas à le croire ! ne put-il s'empêcher de penser. J'ai survécu à une invasion de Daleks et de Cybermen combinée, à une attaque bactériologique dervile, à une hibernation cryogénique forcée, et à au moins trois attentats depuis ma réanimation tout ça pour mourir écrasé comme une bouse de Gnouff, sur une planète au nom imprononçable, dont j'ignorais l'existence il y a encore une semaine, précipité dans le vide par une espèce de taré suicidaire, sorti tout droit d'un comics !…

» Oh, si seulement je pouvais être mort avant que ma vie défile devant mais yeux…

Il faut croire que quelqu'un, quelque part, entendit sa prière, car la chute fut plus rapide, et en même temps, moins brutale et moins douloureuse que Ianto ne se l'était imaginée. En fait, il n'eut même pas l'impression d'atteindre le sol. Juste qu'à un moment, l'air cessa de lui souffler dans les tympans, que son corps ne subissait plus de pression particulière, si ce n'était celle des bras du Capitaine, qui continuaient de lui enserrer les épaules. Il lui fallut quelques secondes avant d'oser lever la tête pour voir ce qui se passait autour de lui.

Il n'avait certainement pas atteint leur point de chute. Ils ne se trouvaient même plus dehors, mais dans ce qui ressemblait à une salle de commande ou de pilotage quelconque.

Reportant enfin son attention sur son compagnon — étendu sur le dos à même le sol, tandis que lui-même était étalé de tout son long sur son corps allongé juste sous lui(1) — qui, d'une respiration haletante, tentait de faire rentrer de l'air dans ses poumons, dardant sur lui son regard bleu si perçant.

— Où on est ? bredouilla Ianto, avec toute la contenance et la dignité dont il était capable.

— Dans mon vaisseau, lâcha le Capitaine d'une traite avant d'inspirer une bouffée d'oxygène. Je nous ai… téléportés…pendant la chute…

— Comment ? ne put s'empêcher de demander Ianto, sans songer un seul instant à libérer la cage thoracique du Capitaine.

Ce dernier, leva ses bras au-dessus de sa tête, et tapota de l'index le bracelet de cuir accroché à son poignet gauche.

— Télétransporteur… Règle n°1 :… ne jamais… se séparer… des clés… de son véhicule.

Ianto ne put s'empêcher d'éclater de rire, tout en roulant sur le côté pour laisser de l'air au Capitaine. Celui-ci le fixa un moment, déconcerté par son hilarité. En vain, Ianto s'efforça de reprendre contenance : c'était peine perdue. Sans doute un trop plein d'adrénaline accumulée, qui n'avait trouvé que cette solution pour pouvoir s'échapper.

C'était seulement nerveux. C'était juste le contact du sol, les vrombissements légers des machines, la chaleur ambiante dans le vaisseau, et ce type, sorti de nulle part, lui sauvant la vie, en le précipitant du haut d'un immeuble. Bon Dieu ! C'était tellement dingue ! Et pourtant, il parvenait presque à trouver tout cela normal !

Il s'était arrêté, avait tourné la tête sur le côté et posé les yeux sur le Capitaine, qui l'avait rejoint dans son hilarité. Et là… Aussi naturel, aussi simplement qu'il aurait pu lui serrer la main ou juste le remercier… Il l'embrassa.

Ce fut un baiser chaste, léger et sans conséquence. Du moins le crut-il. Car au contact de ses lèvres sur celles de Jack, la chaleur de son souffle lui caressant la peau, quelque chose au fond de lui sembla s'éveiller et lui fit perdre la raison. Prenant le visage du Capitaine entre ses mains, il approfondit leur baiser dans quelque chose qui n'avait plus rien de chaste ou d'innocent. Sa langue traversa sans difficulté la barrière des dents et vint caresser sa consœur qui lui répondait avec ferveur.

Il aurait dû s'arrêter, il aurait dû paniquer. Quelque chose en lui aurait dû lui dire que tout cela n'était pas normal, qu'il devait s'arrêter. Bien au contraire, son être tout entier en réclama davantage.

Plaquant Jack sur le sol, ses mains glissèrent sous ses vêtements, entrant en contact avec la peau chaude et douce, elles en caressèrent chaque parcelle avec une application méticuleuse. L'une d'elle glissa entre les jambes du Capitaine. Ianto sentit un léger sursaut de son partenaire, lorsque ses doigts se resserrèrent autour d'une certaine protubérance. Un soupir vint mourir sur ses lèvres. Puis la main droite du Capitaine saisit son poignet.

Il suspendit son geste : s'attendant à ce que ce dernier le repousse ou lui demande d'arrêter. Alors qu'il scrutait son visage, en quête d'un ordre ou d'une supplique, son regard plongea dans le sien : tendre, douloureux, avide...

Ianto eut mal tout d'un coup. Quelque chose en lui venait de se réveiller, un animal sauvage retenu en cage trop longtemps. Cette faim, ce désir, ce besoin de posséder ce corps qui ne l'avait plus quitté depuis que ses yeux s'étaient posés sur cet homme.

Il replongea sur ses lèvres avec une férocité redoublée. L'autre ne disait rien, n'émit aucune plainte, aucune protestation. Pas même lorsque Ianto lui ôta ses vêtements, ou plutôt les lui arracha avec une brutale autorité, le mettant complètement nu : vulnérable et soumis.

Juste quelques soupirs ou gémissements, s'échappant de sa bouche, lorsque Ianto s'attaqua à ses mamelons : mordant la chaire, suçant les extrémités brunes son sexe, toujours emprisonné dans sa main, palpitant d'excitation. Du bout de la langue, Ianto dessinait chaque courbe, chaque creux sur son torse partant de sa clavicule, descendant progressivement jusqu'aux reins, puis remontant doucement, il s'attarda sur le nombril. Il en mordilla la peau charnue qui en dessinait le contour, tandis que ses doigts pinçaient doucement celle des hanches, sa langue en explora la partie creuse, alors que sa main pressait l'arc tendu au bas-ventre de son supplicié.

Ce dernier se cambrait et gémissait sous ses caresses. Sa respiration n'était plus qu'un long râle irrégulier, et son ventre se soulevait et s'affaissait sous le poids d'une excitation de plus en plus animal.

Sortant de sa passivité, le Capitaine referma sa main autour du poignet qui le masturbait. Ianto s'interrompit, levant son visage vers le sien. Son partenaire fit alors descendre sa main vers une zone plus intime de son anatomie. Comprenant le message, Ianto se glissa entre ses jambes écartées, se débarrassant de ses propres vêtements.

Le contact de leurs deux corps nus, serrés l'un contre l'autre, eut sur lui l'effet d'un choc électrique. Autour de son bassin, les cuisses du Capitaine étaient déjà en train de se resserrer, tandis que les doigts de Ianto dessinaient le contour de son anus, exécutant de lents mouvements circulaires, qui visiblement mettaient son partenaire en émoi.

Il pénétra d'un premier doigt l'orifice étroit, ce qui eut pour effet de provoquer un grognement rauque du Capitaine. Son corps se cambra, ses cuisses s'écartant pour lui faciliter le passage. Ianto pénétra un deuxième doigt, cisaillant les muscles tendus, la chair se contractant autour des intrus.

— Ianto… soupira-t-il. Fais-moi mal…

— Non, Jack. Pas comme ça…

Etait-ce vraiment lui qui venait de dire ces mots ?

Son odeur, le son de sa voix, ses lèvres, même le contact de sa peau nue contre la sienne, tout lui paraissait si étrangement familier. Il ne s'appartenait plus, flottant entre fantasme et réalité.

Il saisit ses cuisses et les resserra autour de sa taille, surélevant un peu plus les fesses, pour les caler contre son bassin. Le contact de son sexe érigé contre la croupe offerte lui brûlait la peau. Reprenant possession des lèvres du Capitaine, il le pénétra d'un seul coup de rein.

Jack laissa échapper une plainte rauque, tout en s'agrippant aux épaules de Ianto. Ce dernier, se redressa un bref instant pour le regarder, et voir sur son visage le désir et l'excitation remplacer rapidement la douleur. D'une main, il lui caressa la joue, son pouce dessinant minutieusement le contour des lèvres finement ourlées. Puis il le prit tout entier, allant et venant dans ce corps chaud et frémissant, lui arrachant soupirs et gémissements d'extase. De temps en temps, il venait mordre sa bouche d'un baiser possessif, tandis que les mains de Jack se resserraient sur sa nuque, descendaient vers le bas de ses reins, pressant ses fesses pour l'inviter à s'enfoncer davantage en lui, sa propre érection pressée contre leurs peaux moites. Ses grognements et gémissements marquaient le rythme des coups de boutoir de Ianto, tantôt lent, tantôt rapide, régulier ou maladroit.

Bientôt, la chaleur qui s'était concentrée dans son bas-ventre remonta vers sa poitrine et s'empara de chaque fibre de son corps. L'excitation atteignit son paroxysme lorsque Ianto sentit la semence du Capitaine se répandre sur son torse trempé de sueur. Il se libéra à son tour au fond de ses entrailles, dans un grognement guttural, avant de s'effondrer sur la poitrine haletante de son compagnon, serrant toujours convulsivement ses cuisses autour de ses hanches.

Ils restèrent un long moment sans bouger, Jack le dos collé au sol, Ianto pesant sur sa poitrine. Ils étaient nus, allongés au milieu de leurs vêtements éparpillés un peu partout autour d'eux. Les bruits du vaisseau et le ronronnement régulier et discret des machines les maintenaient dans une atmosphère calme et feutrée. Le temps semblait s'être arrêté, et les deux hommes auraient donné n'importe quoi pour que ce fut bel et bien le cas.

Cependant, au bout de quelques minutes, la chaleur post-coïtale de leur étreinte s'étant dissipée, un frisson parcourut l'échine du Gallois. Jack, qui gardait ses mains autour des reins et des hanches du jeune homme, sentit ce tremblement. Redressant la tête, il chercha le regard de Ianto. Plongeant dans l'acier de ses yeux bleu-gris, il sentit un nœud se former au fond de sa gorge.

— On devrait chercher un endroit plus confortable, tu ne crois pas ? articula-t-il d'une voix rauque.

Ianto se contenta de hocher la tête. Il se mit debout et aida Jack à en faire autant. A peine remis sur ses pieds, le Capitaine enlaça le jeune homme et unit leurs bouches en un baiser langoureux. Cela lui donnait à la fois le vertige et l'impression d'être enfin à sa place, dans les bras de cet homme qui demeurait pour lui un mystère, et qui pourtant lui était aussi familier qu'une partie de lui-même.

Le prenant par la main, Jack l'entraina dans un couloir étroit et sombre. Ianto n'avait pas la moindre idée de l'endroit où le Capitaine voulait l'emmener, mais il se laissait guider comme un chien fidèle suivant son maître.

De son côté, Jack espérait que Vének n'allait pas brusquement apparaître à l'angle d'un couloir. En temps normal, ça ne l'aurait pas particulièrement gêné, mais dans les circonstances présentes cela risquait de rompre le charme fragile. Cependant, il n'eut pas la patience d'attendre d'avoir atteint la chambre. Alors qu'ils déambulaient tous les deux nus dans l'étroit passage, il avait brusquement plaqué Ianto contre un mur, faisant raisonner la paroi métallique. Le Gallois poussa un léger gémissement, mais il été difficile de dire si c'était dû au contact glacé du métal froid sur sa peau nue, ou bien à celui de la main de Jack sur son érection réveillée.

Enfin, ils arrivèrent à destination, et Jack poussa Ianto à l'intérieur de la chambre, refermant rapidement la porte derrière eux. Puis ils se jetèrent à nouveau l'un sur l'autre, s'excitant mutuellement par de multiples caresses et baisers. Dans un désordre de gestes et de soupirs, ils trébuchèrent ensemble sur le grand lit au carré. Couché sur Ianto, Jack se frottait contre lui comme un chat, le harcelant par des caresses appuyées sur les zones qu'il savait les plus sensibles.

Il s'interrompit brusquement, la main posée à plat sur la poitrine du jeune homme. Il resta ainsi quelques secondes, fixant ses doigts d'un air mélancolique. Une attitude plutôt étrange au vue des circonstances. Ianto se redressa légèrement, toujours en proie à l'excitation, mais inquiet de connaître la raison du comportement de son partenaire.

— Qu'est-ce que tu as ? demanda-t-il d'une voix douce et intriguée.

— C'est ton cœur… murmura Jack.

Il glissa légèrement sa main sur la poitrine d'Ianto, caressant et palpant avec douceur la chair tendre. En effet, il l'avait posée juste à l'endroit du cœur.

— Oui. Et bien ? s'inquiéta Ianto. Qu'est-ce qu'il a mon cœur ?

— Il bat tellement fort…

Jack paraissait fasciné, parlant tout doucement, comme au travers d'un demi-sommeil.

— J'arrive à le sentir sous ma paume… J'aurais presque l'impression de le tenir au creux de ma main.

L'atmosphère était soudain devenue plus feutrée, plus intime. Etrangement, Jack avait l'air d'un enfant, allongé nu contre lui, à s'émerveiller d'une chose aussi naturelle que les battements d'un cœur.

— C'est bon signe s'il bat, voulut le rassurer Ianto d'une voix tendre et amusée. Ca veut dire que je suis vivant.

Jack releva les yeux vers lui. Ianto en fut bouleversé : ils paraissaient si tristes et en même temps plein d'espoir.

Vivant… répéta le Capitaine comme soudain hypnotisé. Oh oui, mon Dieu, tu es vivant…

Il étira son visage vers le sien. Leurs lèvres se frôlèrent timidement. Ianto regardait faire son partenaire, à la fois fasciné et intrigué, l'encourageant pas de légers mouvements de tête venant se frotter doucement contre son front, sa joue, sa nuque. Ils semblaient caresser un rêve, un rêve doux, délicat et fragile. Que le moindre mouvement brusque risquait de faire voler en éclat.

Ianto n'avait poussé qu'un bref grognement, lorsque Jack le pénétra, vite suivi d'un râle sonore qu'il avait toutes les peines du monde à étouffer. Indifférant à la douleur qui le déchirait de l'intérieur, emporté par la vague de plaisir qui déferlait sur lui.

Il n'avait pas la moindre idée de ce qui se passait, mais pour rien au monde il n'aurait voulu que cela s'arrête. Jack était en lui. Jack faisait partie de lui. Il pouvait sentir les pulsations de son cœur battre au même rythme que le sien. Il pouvait lire son désir dans ses yeux. Il se sentait libre, entier. Le temps s'était arrêté, et plus rien d'autre n'avait d'importance que ce corps dans le sien.


1 Vous voyez le tableau )