Raaaah… J'arrive pas à terminer ce chapitre avec les rivales… T-T Pourquoi ai-je créé Sayuri avec un caractère aussi buté ? Ah oui, parce que j'aime la difficulté. XD

: Journal des Reviewers :

Mokoso : Ouiiiii ! Encore une nouvelle lectrice qui veut bien me laisser une review ! Merciii ! ¤se jette à ses pieds¤ En tout cas, merci beaucoup pour tous tes encouragements. Je fais comme je peux. Mes jumeaux ? Pas trop OOC ? Aaaah… Ca me soulage. J'ai conscience qu'ils n'ont pas exactement le même caractère que dans l'œuvre originale, mais tant que je ne tombe pas dans l'excès, ça me suffit. En espérant te revoir ! Kiss et merci !

Elenthya : Si si, je t'assure, j'étais morte de rire derrière mon écran. Et en même temps, je me disais « Cette fic peut donc procurer autant d'émotion » ? O-o' Lol. Mais tu sais, mettre les lecteurs dans tous leurs états comme ça pendant la lecture, je trouve que c'est l'une des plus belles récompenses pour un auteur.
Tes suppositions pour remonter le moral de Sayuri sont très bonnes ! Tu as le doigt dessus sans être dans l'exactitude. Hélas, pour Takumi, on ne le reverra pas. A ce stade, je n'ai pas encore fini la fic, mais je ne pense pas le faire revenir. On va dire qu'il s'est suicidé de désespoir. XD Mais tu me connais, j'ai pas besoin d'un rival amoureux pour foutre la merde entre mes personnages. Ce chapitre en est la preuve ! Kiss et merci !

Vous commencez à connaître mon système : quand tout va bien, je casse le tout avec un nouveau problème. Tout va plutôt bien entre nos 4 acteurs, donc… ?

J'avoue, je me suis bien inspirée de « Lovely Complex ». Je regardais le film quand j'ai écrit ce chapitre. XD


Chapitre 26 : Chassé-croisé

- C'est parfait ! s'exclama Hikaru avec un grand sourire.

- C'est une idée de Sanae, expliqua son cadet avant d'étreindre celle-ci, tout heureux. Ah, Sanae ! Tu ne pouvais pas nous faire plus plaisir !

- Euh… Kaoru… C'était surtout pour Sayuri… Lui changer les idées… bégaya l'adolescente, cramoisie par tant de proximité.

- Ah oui, bien sûr. Mais pour nous aussi, c'est super ! On ne sait pas encore comment ça marche, ça pourra être drôle.

- « Comment ça marche » ?

- Peu importe ! coupa Hikaru. On s'occupe de tout préparer pour ce soir !

Les trois amis restèrent donc autour de la table du déjeuner pendant l'après-midi pour mettre en place la surprise pour Sayuri. Tout ce qui lui fallait, c'était de lui changer les idées. Et l'idée de Sanae était vraiment très bonne.

Passé le déjeuner, Sayuri resta dans sa chambre à lire. Ou plutôt, à essayer de lire. Elle n'avait pas franchi le chapitre suivant de son roman tant elle était énervée. Contre qui ou quoi d'ailleurs ? Contre elle-même, parce que encore, elle refusait l'aide qu'on lui proposait. Elle comprenait les bonnes intentions de sa jumelle, mais elle ne supportait pas d'avoir à s'apitoyer devant elle. Elle était l'aînée, elle devait rester forte quoiqu'il arrive !

Au final, à force de ruminer et aussi fatiguée par sa dernière nuit, Sayuri avait fini par s'endormir, son roman ouvert sur son ventre. Elle ne se réveilla qu'au soir avec de jolies marques de pliure des draps sur les bras, les jambes et les joues. Un petit coup d'œil à sa montre lui indiqua qu'il était 18 heures passées. Elle avait longtemps dormi et se sentait dans le brouillard.

- J'ai transpiré… Un bon bain ne me ferait pas de mal…

Tout d'abord, elle s'assura qu'il n'y avait personne dans la salle de bains puis dans le bassin baignoire avant de tomber les vêtements et de se plonger dans un délicieux bain tiède. La jeune fille joua un peu avec la mousse, perdue dans ses pensées. Plus de danse dans l'école de sa mère. La sentence aurait pu être pire, cependant, la sensation de vide lui creusait la poitrine d'un trou béant. Elle avait l'impression qu'une partie d'elle venait de mourir.

Sayuri paressa au moins une bonne heure dans son bain et, décidée à ne pas se négliger pour autant, elle se fit un soin du visage car elle ne supportait plus ce teint de monstre et ces cernes sous ses yeux. Une fois qu'elle se jugea présentable, l'adolescente remit ses sandales puis tourna la poignée de sa porte de chambre pour sortir.

Tout se passa très vite. Sayuri sentit qu'on l'attrapait par les bras pour l'immobiliser et on passa un bandeau noir sur ses yeux.

- Hééé ? Mais… !

A présent, on la soulevait et on détalait avec elle dans les bras. Sayuri eut beau se débattre et crier au kidnapping, son ravisseur ne s'arrêta pas et dévala les escaliers à grande allure. Plus tard, un rayon de chaleur vint caresser sa joue, ils venaient de sortir.

- Laissez-moi ! hurla Sayuri qui commençait à paniquer. Au secours !

Le bruit d'une portière qui s'ouvrait, on la mettait dans une voiture. Mais n'y avait-il donc personne pour l'entendre ?!

- LA… !

- Ne crie pas si fort, Sayuri !

- Sanae ? Mais… !

- Chut.

Sans rien dire de plus, Sanae s'occupa de maintenir sa sœur tranquille. Cette dernière eut beau sommer sa jumelle de lui dire ce qu'il se passait lorsqu'elle sentit qu'on s'occupait de lui retirer ses vêtements pour la changer.

- Qu'est-ce que… ?! Sanae !

- Hi hi ! Oui, c'est moi.

Sayuri n'avait pas d'autre choix que de se laisser faire. Sa cécité l'agaçait franchement et ne lui permettait pas d'identifier ce vêtement léger et ample qu'on lui mettait de force.

Le trajet en voiture lui parut très court car le temps de lui enfiler son vêtement, Sayuri était déjà emmenée hors de la voiture et guidée par les bras de personnes qui l'accompagnaient. On lui fit monter quelques marches. Une porte se referma derrière elle et on la fit asseoir dans un fauteuil bien confortable.

- Ca suffit maintenant ! Je veux savoir ce qui se passe !

- Si on ne peut plus faire des surprises…

- Hikaru ? Kaoru ? « Une surprise » ?! s'étrangla-t-elle avec colère en reconnaissant leurs voix. J'ai cru être enlevée par un pervers !

Le ricanement des jumeaux lui parut encore plus insupportable que d'ordinaire dans la mesure où elle ne pouvait pas voir leur visage.

- Aucun pervers n'oserait s'attaquer à toi. Trop effrayé, raillèrent les garçons qui devaient se trouver en face d'elle.

- Grrr ! Vous me le paierez, les Hitachiin Brothers ! Et toi aussi, Sanae !

- On ne prend que les cartes gold ! rirent-ils en chœur à cette menace.

Sayuri sentit qu'on l'attachait et quelques minutes après, elle sentit le sol s'incliner vers le haut. L'avion ? Ils partaient en avion ? Mais pour aller où ? Sa surprise décupla lorsqu'elle entendit sa sœur chantonner gaiement tout en lui coiffant les cheveux. C'était quoi, ce plan ?

Le vol ne dura pas très longtemps car très vite le commandant de bord annonça l'atterrissage du jet. Quand ils atterrirent, Sayuri se laissa guider plus docilement –non sans s'indigner de ce genre de méthode condamnable- vers la nouvelle voiture qui les attendait. Après tout, si elle était avec sa jumelle et les frères Hitachiin, elle pouvait considérer qu'elle ne risquait rien. Quoique avec Hikaru et Kaoru…

Le trajet fut une nouvelle fois assez bref. Et quand on fit sortir Sayuri, elle entendit beaucoup de bruit autour d'elle. Des gens discutaient ou riaient, elle entendait d'autres crier joyeusement plus loin. Une douce odeur sucrée flottait dans l'air et des points de lumière perçaient au travers de son bandeau sombre. Les doigts de Sanae s'attaquèrent au nœud de son bandeau qui glissa enfin et libéra sa vue.

- Mais…

Elle se trouvait devant une longue allée bordée de stands en bois décorés de lampions. Des vendeurs de confiseries appelaient les clients potentiels, tous vêtus de yukatas et de getas ou de zoris. Les enfants riaient avec leur barbe à papa dans la main à s'amuser avec leur petit moulin à vent en papier quand d'autres ne tentaient pas leur chance aux différents jeux. Un matsuri ?

- Vous…

Elle fit volte face et rencontra les sourires gentiment moqueurs de ses trois kidnappeurs. Hikaru et Kaoru arboraient fièrement leurs beaux kimonos bleu canard qu'ils avaient porté au Cercle d'hôtes lors de la journée à thème spécial kimono et avaient relevé leur frange avec plusieurs barrettes assorties. Sanae s'était coiffée par un chignon serré avec des kanzashi pour le décorer et avait revêtu un joli yukata léger lilas agrémenté de gros camélias serré par un obi multicolore.

- On a bien choisi la couleur, on dirait… se félicita Sanae en admirant son aînée qui détaillait sa panoplie.

Sayuri portait un yukata bleu pastel parsemé de petits papillons qui remontaient le long de son vêtement pour se cacher sous son obi bleu nuit et doré et ses cheveux avaient été tressés en deux nattes basses nouées par un ruban. Elle accepta d'un air perplexe le petit sac en shirimen assorti à sa tenue que Sanae lui tendait.

- Mais…

- Quand on a vu qu'il y avait un matsuri à Kyôto, on n'a pas hésité ! s'amusèrent les jumeaux. On a encore plein de pratiques populaires à découvrir, nous !

- Tu es contente ? demanda Sanae.

Sayuri fit une petite moue grimaçante. Elle n'avait pas vraiment le cœur à s'amuser et aux réjouissances. Elle voulait juste rester un peu seule. Mais ils étaient tous là, enthousiastes, prêts à rire toute la nuit durant. Décidément, elle n'arrivait pas à résister au sourire de sa jumelle.

- Humph ! Très bien. Que je ne me sois pas époumonée pour rien… accepta-t-elle, le nez en l'air.

- Ouiiiiiiiii ! Let's gooooo !

Trop tard, Hikaru et Kaoru avaient déjà tracé dans la foule, excités comme des petits enfants à Noël. C'était vraiment pour Sayuri qu'ils étaient venus ou pour eux ?

Cette soirée au matsuri était absolument délicieuse. Un parterre d'étoiles scintillait dans le ciel noir de Kyôto qui exhalait une douceur dans l'atmosphère agréable pour le festif qui flânait dans les allées. Le son des tambours traditionnels marquait un rythme lent en accord avec la démarche tranquille de nos quatre amis. L'odeur doucement alléchante des confiseries et autre nourriture eut vite raison d'eux. Hikaru et Kaoru se partagèrent une brochette de poulpe pendant que leurs compagnes dégustaient une barbe à papa filandreuse rose.

Une fois encore, ils ne passèrent pas inaperçus. Forts et fiers de leur beauté, les jumeaux se complaisaient à lancer des sourires enjôleurs à toutes les filles qui les dévoraient du regard à la dérobée et qui détournaient les yeux en rougissant quand elles croisaient leur regard. Cet engouement qu'ils suscitaient leur valut rapidement un planter de bâtonnet de barbe à papa droit dans la glabelle.

Pour Hikaru et Kaoru, c'était le Paradis. Ils voulaient tout faire, tout goûter jusqu'au petit matin, tout ceci était très amusant ! Pour Sayuri et Sanae, elles profitaient simplement de l'instant. Elles n'en étaient pas à leur premier matsuri après tout.

- Ils portent bien le kimono, tu ne trouves pas ? murmura Sanae à son aînée en regardant Kaoru qui disputait une partie de Janken avec un homme assis derrière son stand.

Sayuri releva la tête vers lui puis finit par regarder sa jumelle. Cette étincelle dans ses yeux…

- Il te plait vraiment, hein ?

Elle hocha timidement la tête tout en tournant et retournant dans ses mains son uchiwa clairsemé de nuages. Oui, la réponse était d'une telle évidence. La jeune fille posa les mains sur son sternum.

- Mon cœur va exploser… Oui ! Ce soir, je lui dis !

- Hein ? s'étrangla Sayuri. Mais… Sanae ! C'est… enfin… lui ?

- Quoi ? Tu sais ce que je ressens pour lui depuis des mois ! Je ne peux plus garder ça pour moi ! Et toi, depuis le temps que tu fréquentes Hikaru, il ne s'est jamais rien passé ?

Sayuri garda le silence et contempla de loin Hikaru qui s'amusait à essayer le masque d'un kitsune. Elle gonfla un peu les joues. Pourquoi Sanae devait-elle lui rappeler quelque chose qu'elle préférait occulter pour le moment ? S'était-il réellement passé quelque chose ? Elle lui avait bien dit qu'elle avait accepté son baiser mais qu'elle ne voulait pas débattre et lui était d'accord. L'affaire était close. N'est-ce pas ?

- Eh ! Sayuri, Sanae ! Regardez ! appelèrent les garçons qui les rejoignaient. Ce n'était pas évident, mais on a réussi !

Ils brandirent chacun devant elles le petit yoyo d'eau qu'ils étaient parvenus à pêcher dans une petite piscine à l'aide de crochets reliés à des feuilles en papier très délicates. Fiers de leurs exploits comme les grands gamins qu'ils étaient encore, ils offrirent leurs prises de guerre à leurs accompagnatrices. Celui de Sanae était jaune poussin cerclé de rose, de bleu et de vert et celui de Sayuri était blanc. Chacune glissa la ficelle de son yoyo autour de son majeur.

- Bien joué, s'amusa Sanae, touchée par le cadeau. Mais c'était facile, ça. La pêche au poisson, c'est plus difficile.

- Où ça ? s'exclama aussitôt Kaoru, surexcité et avec les yeux brillants. Je veux essayer ! Venez, on y va !

Sur ce, il empoigna la main de Sanae et tailla la route au grand galop. Hikaru commença à leur courir après en les priant de l'attendre parce qu'ils n'avaient pas le droit de s'amuser sans lui mais s'arrêta bien vite, remarquant que Sayuri ne suivait pas. Elle restait là, la mine bougonne et sans entrain.

- Tu pourrais au moins faire semblant de t'amuser.

- Je ne vous ai rien demandé. J'ai le droit de déprimer.

Alors qu'elle venait de baisser la tête, une pichenette bien sentie claqua sur son front.

- Aïe ! Ca fait m… !

- Justement non, tu n'as pas le droit de déprimer, grogna-t-il en croisant les bras. A l'adresse de l'être qui occupe ce corps : rends-moi cette horripilante peste hautaine et méprisante qu'était l'ancienne propriétaire des lieux. Ce qu'elle est là ne me plait pas du tout.

Elle fronça les sourcils. Quelle suffisance ! Hikaru haussa les épaules et s'approcha d'un stand de tir. Il paya et s'empara d'une carabine pour mettre une peluche de nounours avec un gros ruban en joue.

- A moins que ce ne soit là la vraie Sayuri Suzumura… soupira-t-il en fermant un œil avec un sourire machiavélique. Quel ennui. Les jumeaux Hitachiin ont encore gagné, il semb…

Pan ! Le voisin du nounours, un éléphant rose dodu, tomba de son étagère. Surpris, le jeune homme abaissa son arme et se tourna vers la snipper qui rechargea sa carabine comme un G.I américain, l'œil brillant d'une lueur inquiétante.

- Prépare-toi, Hikaru Hitachiin.

Le sourire en coin d'Hikaru s'agrandit. Trop facile. Tellement prévisible, tellement fière… Mais tellement mieux.

S'ensuivit alors une lutte acharnée à la carabine entre les deux concurrents. Ils étaient tellement motivés qu'ils enchaînèrent les parties avec une telle virulence qu'un attroupement s'était formé autour d'eux pour les observer dégommer une à une toutes les peluches du stand.

Au final, ils ne gardèrent pas les 16 peluches qu'ils avaient gagnées chacun mais repartirent avec juste la première qu'ils avaient remportée. Le défi était plus pour se mesurer à l'autre et lui rabattre son caquet plutôt que de gagner. Hikaru était content, son exaspérante et fière Sayuri était de retour. Il lui suffisait juste de confirmer son retour. Il jeta un regard à l'adolescente qui jouait avec les oreilles de son éléphant. Elle fronçait encore les sourcils. Cependant, cette fois-ci, c'était avec cette même expression d'envie de vaincre et de s'imposer.

- Encore déprimée ?

Elle pesta.

- Si tu crois que je vais pleurer dans tes bras, tu rêves en couleurs.

- Tu l'as bien fait hier.

Sayuri s'arrêta et le regarda continuer de marcher, une curieuse sensation dans son ventre. En fait, lui, ce garçon menteur, joueur, tricheur, immature… C'était quelqu'un de bien. Quelqu'un dont les qualités pouvaient vous amener à tomber a…

- Un moment secret à taire, n'est-ce pas ? susurra Hikaru qui fit volte-face vers elle avec son immortel sourire de diablotin. Alors, attention. Je pourrais me servir de cette parenthèse si tu venais un jour à…

Son interlocutrice manqua de s'étouffer de rage, le visage rouge.

- Tu serais capable de me faire chanter ? hurla-t-elle avant de s'élancer pour le courser. Espèce de profiteur ! Menteur ! Pernicieux personnage ! Je te hais ! Je te hais et je te méprise, Hikaru Hitachiin !!!

Tout en prenant ses jambes à son cou, Hikaru riait de bon cœur. Mission accomplie ! Dieu qu'elle lui avait manqué !

¤¤¤

- Juste du papier ? Mais dans l'eau, l'épuisette va se crever !

- Ah ah ! C'est là la difficulté, jeune homme ! Bonne chance !

- Tu y arriveras, Kaoru ?

- Et comment ! Laisse-moi faire !

Agenouillé devant un baquet d'eau rempli de petits poissons rouges, Kaoru s'arma de sa petite épuisette de papier et scruta la vingtaine de proies qui nageaient avec tranquillité pour en élire une. Juste à sa droite, Sanae pouffa un peu de rire. Quel enfant il faisait ! Le forain aussi s'amusait aussi de l'ignorance du jeune homme et pour sa première pêche, il lui conseilla de prendre un petit poisson.

Sanae contempla Kaoru qui venait de choisir sa victime et un sourire discret étira ses lèvres. Le visage de la candeur lui allait si bien. Et ce n'était pas pour la jouer la comédie, il était sincère. A la pensée de savoir qu'elle était la seule à voir ces grands yeux pétillants et ce sourire impatient, son cœur s'allégea encore plus, prêt à s'envoler hors de sa poitrine.

- Le petit blanc tacheté de rouge, ça ira, Sanae ? demanda le garçon, en position.

- Hum ! Courage, Kaoru !

Le forain eut un petit rire.

- Avec une aussi charmante petite amie pour t'encourager, tu ne peux que gagner !

Pfiuuut ! Il n'en fallut pas plus aux deux jeunes gens pour devenir rouges comme des tomates trop mûres. Kaoru baissa la tête sur le bassin et Sanae se cacha derrière son uchiwa.

- Nous… Enfin… Euh… C-Concentre-toi, Kaoru…

- H-Hum…

Il reprit un peu de concentration et se pencha au-dessus de l'eau, l'épuisette bien en main, tandis que Sanae essayait de calmer ses palpitations cardiaques. Oui, elle devait se lancer. Ce soir, elle lui dirait qu'elle l'aime depuis longtemps déjà. Mais elle se sentait si nerveuse. Oserait-elle ?

Elle ferma les yeux.

- Si Kaoru réussit à prendre ce poisson, je me confesserai. S'il n'y parvient pas, c'est que le destin ne veut pas que je le fasse. Alors je m'effacerai et continuerai d'agir comme d'ordinaire…

Elle regarda le petit être qui frétillait de sa nageoire caudale. L'issue de sa vie sentimentale dépendait de lui alors, qu'il fasse ce qu'il fallait.

Les sourcils froncés, Kaoru leva un peu la main. Ses yeux se fixèrent sur la proie. Il plongea le bras et le ressortit aussitôt de l'eau.

- Ah !

Le poisson était là, à gigoter comme un fou sur son petit lit de papier mouillé. Il avait réussi ! Non, car dans la seconde qui suivit, l'épuisette se craquela. Sanae crut voir au ralenti le poisson retomber dans le bassin. Il tombait, il tombait, il tombait.

Plitch.

- Aaaah, nooon ! pleura Kaoru en serrant le poing. Je l'avais ! Je l'avais !

- Bien essayé, jeune homme.

Sanae restait encore pétrifiée. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il réussissait pour finalement échouer. Non…

- Je ne dirai rien…

- Hé ? Qu'est-ce que tu dis, Sanae ?

La jeune fille croisa le regard bronze du rouquin, incapable de lui répondre. Inquiet de voir son amie aussi pâle tout d'un coup, il lui proposa d'aller ailleurs pour retrouver Hikaru et Sayuri. Alors qu'il lui prenait la main pour l'entraîner, Sanae baissa les yeux sur ses doigts qui se refermaient lentement. Quelle était cette douleur dans sa poitrine ?

¤¤¤

- Ouille… Tu cognes vraiment fort… Tu n'as vraiment pas la douceur d'une ballerine…

- Ca t'apprendra.

Remis du courroux de Sayuri qui n'avait vraiment pas apprécié la façon d'Hikaru d'exploiter ainsi ce qui s'était passé entre eux, le garçon eut un petit rire et regarda autour de lui. Avec tout cela, ils en avaient perdu Sanae et Kaoru dans toute cette foule.

La jeune fille à ses côtés plissa un peu les yeux et préféra s'occuper de sa canette de thé froide.

- Bah. Ils ne doivent pas faire grand-chose de bien méchant.

- Tu dois avoir raison. Il s'entendent plutôt bien tous les deux, dit Hikaru en s'asseyant sur le banc avec elle.

Ils firent silence. Pendant quelques minutes, ils ne se parlèrent pas et ne firent qu'observer les gens qui passaient devant eux. Il y avait pas mal de couples. Certaines filles complimentaient leur compagnon pour la prestance qu'ils dégageaient en kimono. Ce détail interpella Sayuri qui jeta un coup d'œil de biais à son voisin. C'est vrai que le kimono lui allait bien. La couleur froide du tissu faisait ressortir l'orangé doux et chaud de ses cheveux légèrement en bataille. Elle gonfla un peu la poitrine de fierté. Oui, elle est était heureuse d'être aussi bien accompagnée.

De son côté, Hikaru pensait la même chose de son accompagnatrice. Il n'avait fait qu'à moitié attention quand elle avait mis un kimono le jour où Rin avait pris possession de son corps, mais ce yukata lui allait à ravir. Et ces tresses qui retombaient sur son buste, cela lui donnait un petit côté « enfant sage » qui cassait la rude image que Sayuri donnait d'ordinaire. Eh oui, messieurs, cette fille m'accompagne moi.

- Le mariage, tu le prends comment aujourd'hui ?

Hikaru cligna des yeux et regarda Sayuri. Elle faisait tourner sa canette dans ses mains, l'air pensif. Il n'avait perçu ni angoisse, ni ironie. C'était une question comme cela. Néanmoins, elle semblait sérieuse ; ses yeux étaient fixes.

Le jeune homme se permit un petit temps de réflexion. Aujourd'hui ? Il y a environ trois semaines, il hurlait à l'hérésie, et à présent, il voyait ce passage obligé comme un événement important mais pas insurmontable. Un peu comme un examen en fait. S'il faisait le travail correctement, ce qu'il y aurait derrière n'en serait que bon. Les révisions avaient commencé très tard, mais il se sentait serein.

Un feu d'artifice rougeoyant explosa au-dessus de leurs têtes dans le ciel.

- On sera promis l'un à l'autre pour le meilleur et pour le pire, non ?

Il se leva et sourit à Sayuri.

- Le pire est passé. Le meilleur reste à vivre.

Sayuri le regarda longuement, muette. Pourquoi ce sourire lui avait-elle donné l'impression qu'on lui donnait un coup de poing dans le ventre ?

¤¤¤

A force de rechercher Hikaru et Sayuri, Kaoru et Sanae avaient fini par sortir du matsuri pour se retrouver dans la cour déserte d'un temple. Les lieux étaient vides et sombres, faiblement éclairés par les lointains lampions de la fête à quelques pas d'ici. Le bruit était comme étouffé entre les murs de pierre. Il faisait plus frais aussi.

- Je n'ai pas souvent l'occasion d'aller au temple, ça ne te dérange pas si je fais une prière ? demanda Kaoru en s'approchant de l'autel.

- Non, bien sûr. Fais.

Sanae le regarda jeter sa pièce de 100 yens, joindre ses mains en prière et baisser un peu le front dessus.

Alors, ça se terminerait ainsi ? Après tout ce temps à le voir de loin, de détailler chacune de ses expressions faciales à la dérobée, d'apprendre chacun de ses sourires en cachette, écouter son rire sans qu'il n'en sache rien, elle devrait renoncer à tout cela ?

Elle se remémora la première fois qu'elle l'avait vu avec son jumeau, à Cerisiers et Orchidée. C'était peu après la création du Cercle d'hôtes. Elle bavardait avec une amie quand, en passant devant la salle de musique numéro 3, cette amie lui signala qu'ici siégeait un club uniquement composé de très beaux garçons. Elle avait alors tourné la tête. Au même moment, la porte s'entrebâillait pour laisser une fille en sortir. Plus loin, derrière elle, installés dans un sofa, les jumeaux Hitachiin qui souriaient. Ce qui s'émanait d'eux était si chaleureux. Son cœur s'était mis en suspend, le temps pour la porte de se refermer.

Depuis, chaque jour était une lutte pour le voir un maximum de fois sans que lui ne la voie. Elle se sentait si insignifiante à côté de ce charisme et de cette assurance que tout son être lui inspirait. Elle avait fini par le connaître sans jamais avoir pu décrocher un mot à son adresse. Mais cela lui suffisait. Cela lui suffisait jusqu'au jour où son père lui révéla à elle et Sayuri que son entreprise allait fusionner avec celle de la Madame Hitachiin.

« - Hitachiin ?

- Oui. Elle a deux fils, des jumeaux. Pour assurer la transmission du patrimoine et ne pas perdre le contrôle de « Sakura & Ayame », Madame Hitachiin et moi avons décidé de vous fiancer tous les quatre. »

Elle avait cru mourir tant le choc lui avait été violent. Son ouïe, sa vue et sa perception des choses s'étaient coupées pendant quelques secondes. Fiancée… à lui ?

Sanae releva un peu le menton et ses yeux caressèrent les contours de la silhouette qui lui tournait le dos dans la pénombre. Elle serra le poing. Jamais ! Elle ne se résoudrait jamais à taire ce que son âme hurlait tous les jours toujours un peu plus fort. Au diable le destin ! Elle était amoureuse de Kaoru Hitachiin et ce soir, son cœur s'ouvrirait.

- Kaoru…

- Sanae, je voudrais te dire merci.

- Hé ?

Kaoru releva la tête de sa prière et tapa dans ses mains comme il fallait le faire pour attirer la bienveillance des esprits à soi, le visage vers le ciel étoilé.

- Quand ton père a dit que le 31, nous serions fiancés, j'ai enfin réalisé que le temps de l'insouciance et de la légèreté s'achèverait sous peu et que bientôt, toutes les choses du monde adulte allaient nous tomber dessus avec le mariage, les responsabilités, le sérieux, etc… D'ici là, je veux profiter de cette indolence et ne pas me prendre la tête avec ce genre de choses. Je n'ai pas envie de m'encombrer. Et là, on est juste dans un matsuri à s'amuser comme les gens du peuple. Je ne veux rien de plus que cela. C'est parfait.

Il se tourna vers elle avec un grand sourire un peu enfantin.

- Et je te remercie de cet instant simple et sans ajout superflu en ta compagnie, Sanae. Merci.

Un feu d'artifice rougeoyant explosa derrière lui dans le ciel.

- Whouaa ! Regarde, le feu d'artifice commence ! s'extasia le jeune homme en se retournant, les yeux aux ciel.

Le bruit de la détonation avait couvert celui de la large craquelure qui venait de fendre le cœur de son accompagnatrice. « Je n'ai pas envie de m'encombrer ». « Je ne veux rien de plus que cela ». « Sans ajout superflu ». La bouche de son âme qui, quelque instants auparavant, était prête à s'époumoner, se referma lentement à mesure qu'elle se gelait. Kaoru, pourquoi as-tu tout gâché ?

- Ca ne vaut pas ce que l'on donne pour nos garden-parties, mais c'est quand même très joli ! Tu en penses quoi, Sa… ?

Quand il fit volte-face, il ne vit plus personne. Le son des getas de la jeune fille avait déjà disparu dans la nuit.


Maintenant, on comprend le sens du titre de ce chapitre. XD Quand ça va mieux entre Hikaru et Sayuri, la roue tourne chez Sanae !

Je ne sais pas si les jumeaux sont déjà allés à un matsuri, mais je me disais que ça serait plus drôle de les y emmener pour la première fois. XD

Comme vous le devinez, Sanae sera la jumelle centrale pour quelques chapitres. Finira-t-elle par se confesser ? Affaire à suivre !

Prochain chapitre : Cachotteries ! Je continuerai de faire bonne figure !