Chapitre vingt-six :
L'image du visage de Kate se décomposant à mesure que le docteur Murray, que Lanie avait contacté, lui exposait les faits, hantait l'esprit de Castle. Il avait pu voir la douleur se dessiner graduellement dans son regard, tandis que les informations lui parvenaient et se répandaient en elle, comme un poison mortel. Il aurait voulu la prendre dans ses bras à cet instant, lui assurer qu'il était là et que tout irait bien.
Elle avait commencé par diriger sa colère contre Lanie, qui avait encaissé sans broncher, mais lui avait quand même expliqué au passage qu'elle avait attendue d'être certaine étant donné que cette affaire la mettait à fleur de peau.
Montgomery avait également tenté de la réconforter, en vain, elle avait quitté le poste les larmes aux yeux, sans un regard pour quiconque. Castle avait tenté de l'appeler, elle ne s'était pas retournée. Et depuis, il n'avait plus aucune nouvelle d'elle.
Cela faisait plusieurs heures maintenant, qu'il tournait en rond dans son salon et rien de ce que sa mère ou sa fille pouvait dire ne l'aidait à se calmer. Il était inquiet. Inquiet pour elle qui se débattait avec son plus grand démon, celui qui avait déjà failli la détruire quelques années auparavant. Inquiet aussi pour leur couple. Comment pouvait-il être solide si à la première difficulté elle le repoussait et se renfermait dans sa coquille?
- Papa, laisse-lui le temps de gérer ça... Dit Alexis lasse de le regarder faire les cent pas.
- Ça fait des années qu'elle essaye de se tenir à l'écart de cette affaire et voilà qu'elle ressurgit, ça a de quoi la perturber, ajouta Martha.
- J'aurais cru qu'elle se serait tournée vers moi ! Elle est sensée se tourner vers moi ! Bon sang ! Je croyais que ce que nous vivons était important ! Explosa-t-il au comble de l'angoisse.
- Richard arrête-ça tout de suite ! avertit Martha. Ne mêle pas votre histoire à cette affaire !
- Et pourquoi pas ? Gronda-t-il se laissant soudain envahir par la colère. Je suis sensé être là pour elle ! Pour la soutenir !
- Et tu devras le faire, accorda Martha, mais seulement quand elle viendra vers toi !
- Je suis sensé faire quoi en attendant ? S'écria-t-il exaspéré.
- Attendre, justement, répondit sagement Martha.
- Tu as raison, soupira-t-il honteux de s'être mis en colère aussi vite... Mais si tu l'avais vue... Elle était heureuse, on était bien, on avait enfin réussi à être bien!...Mais au fur et à mesure des explications du docteur Murray, j'ai vu son visage se décomposer. Elle avait l'air tellement triste! Tellement vulnérable! J'aurais voulu la prendre dans mes bras, la réconforter, mais elle s'est complètement fermée. Elle a enfoui ses sentiments au plus profond de son cœur et... Elle est partie! Ça fait des heures qu'elle a disparu !
On frappa à la porte d'entrée, Castle alla ouvrir, Beckett était-là. Elle le regardait timidement, lui demandant silencieusement la permission d'entrer.
- Bon sang Kate ! s'écria-t-il en se précipitant sur elle pour la serrer dans ses bras.
- Castle… Tu m'étouffes…
- Pardon ! J'étais si inquiet !
- Excuse-moi, je ne voulais pas t'inquiéter, fit-elle désolée.
- Je t'en prie, entre ! Dit-il en lui ouvrant le passage.
- Merci !
Martha s'approcha et la prit dans ses bras à son tour.
- Essayez de tenir le coup !
- Merci Martha !
- Il y a des restes dans le réfrigérateur, dit-elle en prenant Alexis par la main pour l'emmener avec elle vers l'étage. En cas de besoin, on est là-haut !
- Tu veux manger un morceau ? demanda Rick.
- Non… Pas faim !
- Tu devrais manger un peu quand même…
- Je suis allée voir mon père, avoua-t-elle dans un souffle.
- Je ne t' … Oh ! Ton père ?
- Je lui ai parlé de ce qu'il s'était passé aujourd'hui…
- Ah… Euh... Tu sais, je suis vraiment prêt à faire ce que tu veux, y compris rien du tout. Si c'est ce que tu veux !
- Dix ans, Castle. Dix ans depuis que qu'on a trouvé cet inspecteur qui nous attendait devant chez nous. Ça fait dix ans qu'on a passé le cordon de sécurité pour remonter l'allée. Chaque fois que je passe un de ces rubans jaunes, je pense à cette nuit-là !
- C'est ce qui fait de toi un bon flic justement !
- Peut-être que je l'ai laissée tomber...
- Tu devais te préserver...
Elle acquiesça silencieusement peu convaincue.
- Tu sais pourquoi j'ai choisi de m'inspirer de toi pour Nikki Hard ? Demanda-t-il soudain.
- Non… Si on n'avait pas couché ensemble dès la fin de cette enquête, je me serais dit que c'était pour arriver à tes fins, mais…On l'a fait... Alors, pourquoi ?
- Tu es forte !
Elle sourit, il avait l'art de trouver les mots pour l'amuser et la réconforter.
- Et si j'échouais de nouveau ? Je ne veux pas sombrer de nouveau, souffla-t-elle en se lovant dans les bras de Rick.
- Tu n'es pas seule cette fois. Je suis là et je t'épaulerai, assura-t-il.
Il était là, en effet, il n'avait qu'à la prendre dans ses bras, pour la rasséréner. Elle sourit et le regarda dans les yeux.
- Je veux trouver l'assassin de ma mère Castle !
- Et bien dans ce cas... On doit faire parler Johnny Vong !
- Alors allons le faire parler !
Johnny Vong ne fut pas très difficile à convaincre de parler, il craignait vraiment celui pour qui il travaillait, Dick Coonan, le propre frère de la victime.
Ce dernier accepta de livrer le tueur à gage qu'il avait employé contre sa libération. Seulement le plan minutieusement mis en place par Beckett tourna au fiasco et pour cause ! Ledit tueur à gage était un leurre, le véritable assassin était Coonan en personne, il s'était joué d'eux et son plan machiavélique avait bien failli fonctionner. Sans la présence d'esprit de Beckett, il aurait été libéré avec les félicitations de la police de New York. Elle l'avait démasqué juste à temps, mais il avait réussi à prendre Castle en otage. Elle avait alors dû l'abattre pour sauver son amant, détruisant ainsi ses chances de trouver ceux qui l'avaient engagé pour assassiner Johanna.
Beckett s'acharnait à pratiquer un massage cardiaque sur Coonan de façon désespérée. Personne n'osait intervenir pour lui faire comprendre qu'il fallait arrêter.
- Allez ! Cinq ! Respirez ! Six, sept, huit, neuf, dix ! Restez avec moi ! Deux, trois, respirez ! Restez avec moi ! Je vous en prie ! Restez avec moi ! Deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit !
Castle posa une main sur son épaule, elle arrêta le massage cardiaque en pleurs et tourna son regard vers lui, puis se blottit contre lui. Ce qui étonna grandement l'écrivain, une telle marque d'affection en plein milieu du poste rempli de policiers, avait-elle encore toute sa tête?
- Tout le monde nous voit, chuchota-t-il.
- J'men fiche, murmura-t-elle.
Elle entendait le cœur de Rick battre et cette douce mélodie était tout ce qui comptait pour elle. Elle frissonna à l'idée de ce qu'il se serait produit si elle avait réagi ne serait-ce qu'avec une seconde de retard.
- C'est fini, Kate…
Elle inspira une grande bouffée d'oxygène.
- Tu n'as rien ? demanda-t-elle.
- Quoi ? Non. Non, je vais bien. Tu m'as sauvé la vie !
- Tu vas bien... Répéta-t-elle dans un murmure.
Le silence s'installa dans le poste. Chacun savait à quel point l'affaire du meurtre de sa mère touchait le lieutenant Beckett.
- Beckett, vous devriez rentrer chez vous, dit le capitaine Montgomery alors qu'elle s'apprêtait à s'installer à son bureau.
- Chef, il faut rédiger le rapport d'incident, soupira-t-elle.
- Et vous avez besoin de repos, lieutenant ! Rentrez avec Castle, passez une soirée tranquille et revenez demain. Je m'occupe du rapport.
- Merci chef.
- De rien ! Prenez soin d'elle Castle !
- Pardon ? fit l'écrivain surpris.
- Vous croyez que je n'ai pas remarqué votre petit manège ? Ce que je viens de voir ce soir, n'a fait que confirmer mes soupçons !
- Chef ! Je… Commença Beckett affolée.
- Pas de soucis les jeunes ! Profitez ! Mais restez professionnels au poste !
Ils sourirent en rougissant légèrement.
- Merci chef.
- Allez ! Du vent ! Ne revenez pas avant demain !
Rick n'avait pas dû beaucoup insister pour l'emmener au loft, elle ne voulait pas rester seule à broyer du noir. Martha avait animé la soirée avec ses histoires, Rick avait mit les petits plats dans les grands et Alexis avait rapporté tous les potins de son lycée. Kate leur en était extrêmement reconnaissante, même si elle était restée plutôt silencieuse et avait à peine touché à son assiette.
Ils avaient ensuite décidé de se faire une soirée DVD, durant laquelle Beckett s'était endormie contre le torse de Rick, bercée par les battements de son cœur.
- Tu devrais aller l'allonger dans ton lit, suggéra Martha en constatant la position inconfortable dans laquelle elle était.
- Vue la façon dont-elle s'agrippe à ma chemise, je crois que ça va être difficile…
- Dans ce cas va te coucher, la journée a été éprouvante pour toi aussi.
- Tu as raison.
Ce fut la sensation de froid, qui le réveilla le lendemain matin. Il se leva immédiatement et courut dans le salon, où il trouva sa mère, qui sirotait son café.
- Bonjour trésor ! Tu vas bien ?
- Euh… Oui… répondit-il en regardant de tous les côtés.
- Kate dort encore ? Demanda Martha.
- Tu ne l'as pas vue ?
- Non, pourquoi ?
- Elle n'est plus là ! S'affola-t-il en regardant dans le placard de l'entrée. Elle est partie, son manteau et ses chaussures ne sont plus là !
- Calme-toi, elle a peut être été appelée au poste.
- Pourquoi ne m'a-t-elle pas réveillé dans ce cas ?
- Elle s'est peut-être dit que tu avais besoin de repos.
- Ou qu'elle ne voulait plus me voir, parce qu'à cause de moi elle vient de perdre sa seule occasion de résoudre le meurtre de sa mère…
- Arrête de dire n'importe quoi, vu comment elle s'agrippait à toi hier, elle n'est pas prête à te laisser tomber, crois-moi.
- Peut-être qu'elle a réfléchi, peut-être qu'elle m'en veut maintenant…
La porte du loft s'ouvrit au même instant et Beckett apparue les bras chargés de paquets.
- Castle tu vas finir par réussir à m'étouffer, dit-elle alors qu'il s'était jeté sur elle, pour la serrer dans ses bras.
- Où étais-tu ? demanda-t-il d'une voix encore troublée par la panique.
- Je n'arrivais plus à dormir, alors je suis passée chez moi pour me changer et je suis allée faire un footing dans le parc. En revenant, je suis passée prendre des viennoiseries pour le petit déjeuner, enfin, ça c'était avant que tu ne les écrases en me serrant dans tes bras.
- Désolé.
- C'est moi qui le suis, j'aurais dû te laisser un mot.
- N'en parlons plus, viens t'installer, je te prépare un café.
- Merci Castle.
Elle faisait bonne figure, mais ne souriait toujours pas. Quelque chose clochait. Devait-il lancer le sujet ou attendre qu'elle se confie à lui ? Mais s'il la brusquait, elle risquait de se braquer et de se fermer encore plus. Pour l'instant, il devait reconnaître qu'elle ne gérait pas trop mal la situation, la Beckett d'avant se serait déjà enfermée dans sa forteresse et ne serait pas revenue vers lui. La Beckett d'avant aurait abandonné leur histoire et il aurait dû se démener comme un beau diable pour rester dans sa vie. Non, Beckett avait beaucoup changé et méritait sa confiance. Il devait lui laisser du temps et attendre, elle finirait par lui dire ce qui l'ennuyait.
Ils préparèrent la table pour le petit déjeuner et installèrent les viennoiseries écrasées sur la table, elles n'avaient plus le bel aspect qu'elles arboraient dans la vitrine, mais leur saveur resterait inchangée.
- Bonjour tout le monde ! Fit Alexis en arrivant à son tour. Wah ! Des viennoiseries !
- Beckett les a ramenées de son footing, répondit Martha.
- Merci Kate, fit Alexis en l'embrassant. Papa, ne la laisse pas filer, tu as trouvé la perle rare !
- Mais je n'en n'ai pas l'intention ! Sourit Castle en embrassant le front de sa muse.
- Bon ! Il est grand temps que j'aille me préparer pour aller bosser, moi, fit Beckett en l'embrassant à son tour. Tu viens avec moi ou tu me rejoindras plus tard ?
- Je te rejoindrai, il faut que je passe quelques coups de fil pour le boulot ou mon éditrice fera de ma vie un enfer !
- Ok, à tout à l'heure alors !
Rick arriva quelques heures plus tard, avec un sac en papier dans les bras. Beckett lisait un rapport à son bureau. Elle était absorbée par sa lecture, bon sang qu'elle était jolie à cet instant avec ses cheveux attachés négligemment. Il s'approcha doucement.
- Hey !
- Hey ! C'est le rapport post-incident de Montgomery, expliqua-t-elle. Tu apparais comme Steven Seagal !
- D'accord... C'est flatteur ou insultant ? demanda-t-il en grimaçant.
- Un peu des deux ! Sourit-elle.
Il resta un instant sans bouger, savourant ce premier petit sourire depuis la fin de cette maudite enquête, puis il ouvrit son sac en papier.
- Je ne savais pas ce qui te ferait plaisir alors… commença-t-il en sortant des plats au fur et à mesure, J'ai pris des sushi... de l'italien... un peu de Thaï... Tiens, j'ai même pris des Hot Dog !
- C'était pas ta faute Castle ! Dit-elle en posant une main sur son bras.
- J'ai dépassé les bornes. Je suis vraiment désolé et je pense qu'il faut que j'abandonne. Je dois arrêter de te suivre partout, si je ne m'en étais pas mêlé…
- Non arrête ! Le coupa-t-elle. Sans toi, je n'aurais pas découvert qui a tué ma mère il y a dix ans ! Bientôt je trouverai les salopards qui ont engagé Coonan. Ce jour-là j'espère bien que tu seras présent !
- Tu ne m'en veux pas ? S'étonna-t-il.
- Qu'est ce qui te fait penser une chose pareille ?
- Ce matin… J'ai cru que tu étais partie et je ne pouvais pas m'empêcher de penser que tu avais raison de m'en vouloir… J'ai tout gâché.
- J'ai fait un cauchemar !
- Tu … Quoi ?
- Cette nuit, j'ai fait un affreux cauchemar ! C'était horrible ! Je n'arrivais plus à fermer les yeux sans y repenser, c'est pour ça que je me suis levée et que je suis partie courir ! Je ne voulais pas te réveiller à force de me retourner dans le lit.
- C'est pour ça que tu as cet air triste ?
- C'est rien… Ça va passer, ne t'en fais pas. En tout cas, je t'interdis de penser que tout ce qui est arrivé était de ta faute !…
- ...
- Si tu répètes ce que je m'apprête à dire, je tirerai sur toi aussi , mais en fin de compte je me suis habituée à tes pitreries et surtout à ta présence. J'ai besoin de toi… Tu m'as redonné goût à la vie Castle ! Et en ce qui concerne notre petit partenariat professionnel, j'ai un boulot difficile et quand tu es dans mes pattes, c'est… c'est plus marrant !
Ils se regardèrent dans les yeux quelques instants.
- Je ne dirais rien, crois-moi ! Sourit-il.
Elle lui tendit des baguettes et ensemble, ils entamèrent leur pique nique en tête à tête.
