Trop d'Amour Te Tuera
26 – Mon amour ne peut être détruit
Ils se trouvaient tous les deux dans le salon. Lorena jouait une douce mélodie pour violon qu'elle avait entendue sur une radio moldue, intitulée de manière tout à fait appropriée 'Remembrances'. Elle y travaillait. C'était tendre, triste et nostalgique. Le morceau correspondait à son humeur du moment – et aussi à celle du Maître des Potions.
Severus ne l'écoutait pas exactement car il était occupé à mettre en place son programme de cours. Pourtant, il se prenait conscience, à l'entendre, de la somme de travail impliquée avant de pouvoir exécuter un morceau jusqu'à pratiquement la perfection. Lorena s'arrêtait et reprenait, encore et encore, il y avait des faux départs et des fausses notes, comme si l'instrument qu'elle maîtrisait habituellement, devenait rebelle entre ses mains expertes. Il lui jetait des coups d'œil plusieurs fois, ému par ses efforts, sa persévérance et son application, ses doigts agile luttant pour trouver le bon enchaînement sur les cordes. Il se demanda combien d'années il lui avait fallu avant qu'elle puisse donner un résultat acceptable de l'Adagio pour Cordes.
Il se leva pour prendre un livre dans sa bibliothèque lorsque soudain, une douleur féroce le lança dans l'avant-bras gauche. Il serra son bras, frappé de plein fouet. La Marque des Ténèbres.
Par leur lien, Lorena perçut la souffrance dans son esprit. Elle s'arrêta de jouer et posa son instrument sur le sofa à côté d'elle. "Severus ?" Son ouïe fine entendit sa respiration saccadée. "Severus !" Elle se leva du sofa et s'approcha de lui. Il pouvait refuser le moindre geste tendre pour elle mais il ne la rejetterait pas dans un tel moment.
Lorena vint à lui. Elle avait raison. "Il t'appelle, n'est-ce pas ?" demanda-t-elle doucement. La douleur était affichée sur ses traits mais ce que Lorena ne pouvait voir, elle pouvait le ressentir. Il s'était appuyé contre les étagères. Elle perçut l'angoisse dans l'âme de l'homme – et son combat pour ne pas laisser cette angoisse le submerger. Il lutta pour reprendre le contrôle de lui-même. Elle lui glissa un bras autour de la taille pour le soutenir. "Viens avec moi."
"Non, je dois partir. Maintenant !"
"Prends seulement un peu de repos avant, je t'en prie…"
"Non. Quand le Seigneur des Ténèbres appelle… il n'aime pas attendre. Nous devons partir rapidement."
"Nous ?" Pendant une seconde ou deux, Lorena crut qu'elle devait partir avec lui et rencontrer le Seigneur des Ténèbres.
"Oui… Je ne peux pas te laisser ici toute seule."
"Je peux prendre soin de moi-même toute seule, Severus. De plus, Ziggy peut m'aider."
"Non… Je ne parlais pas de la vie quotidienne. Ecoute, Lorena, ça peut être un leurre pour t'enlever une fois que je serai parti. Je ne pas prendre ce risque. Nous partons pour Poudlard maintenant. Ne discute pas !" Il prit une profonde inspiration. "S'il te plaît, Lorena. Il nous reste très peu de temps. Prends avec toi ce dont tu as besoin."
C'était dit. "Est-ce que ça va aller ?" Il lui serra le bras et Lorena obéit. Elle prit son violon qu'elle remit dans son étui. Elle alla prendre son manteau et vérifia que sa baguette se trouvait bien dans sa manche droite. "Je suis prête à partir, Severus," dit-elle d'une voix déterminée.
"Allons-y alors." Il la saisit dans le milieu de la pièce.
"On ne sort pas pour Transplaner ?"
"Non… En cas d'urgence, je peux Transplaner d'ici directement." Il la tint serrée tout contre lui et dans un crac, ils étaient partis.
Quelques secondes plus tard, ils se trouvèrent dans son salon à Poudlard. Lorena était désorientée. "Où sommes-nous ?"
"Dans mes appartements à Poudlard."
"Je croyais qu'il n'était pas possible de Transplaner à l'intérieur du château !"
"Le Directeur m'a accordé ce privilège, en tant qu'espion pour l'Ordre. C'est le seul endroit d'où je peux partir et revenir, et je suis le seul à pouvoir le faire."
Lorena se rappela alors lorsqu'il était parti plus tôt cet été. Seuls le Directeur et lui sont au courant de cet arrangement. Et désormais moi aussi. Elle réalisa qu'elle connaissait un secret de l'Ordre du Phénix. Il était revenu avec du sang sur ses vêtements, avec de sérieuses blessures dans le dos, dans le milieu de la nuit. Maintenant, ce serait la même chose. Cette fois, cela pourrait être même pire.
Severus ne perdit pas de temps. Il alla à sa chambre et retrouva une petite boîte dans son armoire. Elle contenait son masque de Mangemort, ainsi que plusieurs fioles. Il absorba le contenu de l'une d'entre elles – une potion d'impuissance – puis il prit les trois autres fioles dans ses poches, après les avoir rendues incassables avec un charme. Des potions analgésiques. Des potions régénératives. Il attrapa son manteau de Mangemort et revint au salon.
Lorena était toujours là. Elle avait un air anxieux sur ses traits. Il avait l'impression qu'elle savait à l'avance ce qui l'attendait cette fois. Il jeta le grand manteau noir sur ses épaules.
"Severus…" l'appela-t-elle d'une voix brisée. "Quand… quand est-ce que vous pensez revenir ?"
C'était une question difficile. Les Mangemorts savaient toujours quand ils arrivaient en présence du Seigneur des Ténèbres – mais jamais quand ils repartaient. "Je ne sais pas, Lorena. Peut-être un jour ou deux ou trois. Je ne peux pas dire."
L'anxiété qu'elle percevait dans la voix de l'homme était plus qu'alarmante. A l'entendre, on croirait qu'il marche vers la mort. Cette pensée était insupportable. "Sois prudent, Severus."
"Oui."
Soudain, elle eut une idée. Une idée folle. Mais cela pourrait marcher quand même. Elle enleva le médaillon des Rogue de son cou. "Prends ça, Severus. Tu m'as dit qu'il est supposé porter chance à qui le porte. C'est le moment ou jamais de le prouver." Elle lui mit le médaillon autour du cou. Il était surpris mais ne dit rien. Il le cacha sous ses vêtements. "Souviens-toi qu'il a fait partie du rituel. Il est désormais doté d'une magie très puissante. Ses propriétés intrinsèques ont été accrues pendant le rituel."
Elle donna une petite tape sur son manteau, comme si elle vérifiait que tout était en ordre avec lui, qu'il serait à son meilleur avantage devant le Seigneur des Ténèbres. Il pouvait voir dans les yeux de la jeune femme les larmes s'accumuler et ses efforts pour les contenir. "Il y a une autre magie qui peut te protéger, Severus."
"Que veux-tu dire ?"
"Ecoute, je sais que tu n'aimes pas les longs adieux. Moi non plus. Quelque chose me dit que cette fois-ci, le Seigneur des Ténèbres est très en colère après ce qu'il s'est passé entre nous. Je ne serais pas surprise qu'il soit au courant. Laisse-moi te donner une protection supplémentaire. Quelque chose que je te donne et qu'il ne peut pas t'enlever."
Elle se hissa sur les pieds et ses lèvres rencontrèrent les siennes. Le baiser, d'abord timide, devint de plus en plus passionné. Tout le désir réprimé et l'amour qu'ils ressentaient pour l'un l'autre, explosèrent à ce moment-là, suivi d'une vague d'amour intense et brûlante, qui balaya l'esprit de Severus. Ils finirent par rompre le baiser.
"Severus, je viens de te donner une partie de ma magie élémentale. La plus puissante. Mon… amour." Elle lui chuchota. "Laisse-moi finir. Chaque fois que tu te sentiras sur le point de perdre le contrôle, que la douleur est trop forte pour toi la supporter, ou bien que ce que le Seigneur des Ténèbres t'inflige excèdera les limites de ton endurance, pense à ce que je ressens pour toi. Ca te protègera. Le baiser que je viens de te donner est doté de cette magie. Chéris-le." Sa voix était déterminée désormais. "Aussi longtemps que tu penses à cette petite lumière en toi, tu vivras. Parce que mon amour pour toi ne peut pas être détruit – pas même par le Seigneur des Ténèbres. Ne l'oublie pas."
Elle s'éloigna de lui pour lui laisser suffisamment d'espace pour Transplaner. Severus la laissa aller. Il savait qu'elle avait raison, même si la partie rationnelle de son cerveau avait du mal à y faire face.
"Je t'attendrai ici, Severus." Des larmes remplissaient encore ses yeux gris pâle et vides.
Il y avait tant de choses qu'il voulait lui dire mais qui restaient coincées dans sa gorge. Maintenant n'était pas vraiment le moment. Elles pouvaient même se retourner contre lui. Il les enfouit dans les profondeurs de son âme, à côté de la faible lumière qui brûlait encore en lui.
"Lorena… S'il te plaît, fais-moi une faveur. Va dire au Directeur que j'ai été appelé. Il comprendra."
"Oui, Severus, je le ferai." Sa voix ne tremblait pas, en dépit du gros sanglot qui lui montait dans la gorge. "Tu es l'homme le plus courageux que j'ai jamais connu, Severus."
Avec ces dernières paroles dans les oreilles, le Maître des Potions Transplana – vers son destin.
Lorena se permit d'éclater en larmes une fois seule, tombant à genoux, une main sur le coeur. Elle savait que cela lui ferait du bien, avant de courir chez le Directeur. Son père avait l'habitude de lui dire qu'il ne servait à rien de pleurer après, une fois le mal fait. Il fallait pleurer avant. Cela ne dura pas et elle se sentit mieux. Elle sortit des appartements de Severus, installa des gardes dessus une fois dehors et chercha son chemin vers le bureau de Dumbledore.
En chemin, elle rencontra le Baron Sanglant qui fut suffisamment aimable pour la guider dans les corridors jusqu'au bureau du Directeur. Une fois là, devant la gargouille, le fantôme lui murmura le mot de passe. Le Baron répondait toujours présent pour aider ses Serpentards.
Albus Dumbledore leva la tête lorsqu'il entendit l'escalier se mouvoir. Quelqu'un venait. Il fut des plus surpris de voir Lorena, mais alors qu'elle frappait à sa porte ouverte pour s'annoncer, il comprit immédiatement que quelque chose se tramait. La jeune fille ne pouvait pas avoir Transplané ici d'elle-même. Il vint à elle et lui prit les mains dans les siennes.
"Où est Severus ?"
"Il a été appelé, Professeur. Il y a quelques minutes seulement. Nous étions chez lui quand soudainement il a senti cette horrible Marque le brûler. C'était si puissant, si horrible, je l'ai senti dans son âme, par notre lien. Nous avons Transplané directement ici, dans ses appartements et il est parti, me demandant de vous en informer."
Il la fit asseoir sur une chaise. "Ca va aller, Lorena. Vous avez bien fait." Lorena pouvait entendre l'inquiétude dans sa voix. Cette session avec le Seigneur des Ténèbres n'allait décidément pas être une session ordinaire.
"Professeur, j'ai peur… que cette fois-ci, le Seigneur des Ténèbres sera très en colère après… après ce qu'il s'est passé entre Severus et moi." Une pause. "Ne croyez-vous pas, Professeur ?" Désormais, on pouvait entendre franchement l'anxiété dans sa voix.
Albus ne pouvait pas le dénier. Elle avait raison. Voldemort serait furieux de l'apprendre. D'abord, il déchaînerait tous ses pouvoirs pour connaître l'identité du coupable. Puis il prendrait sa revanche sur son espion de la manière la plus affreuse. Pour la première fois de sa vie, Albus eut peur. Il craignait que son Maître des Potions ne reviendrait jamais vivant.
"Que va-t-il lui arriver, Professeur ?" Des larmes lui coulaient sur les joues maintenant.
Albus décida qu'il lui dirait la vérité. "Je ne vous cacherai rien, Lorena. Severus peut ne pas en revenir vivant. Voldemort peut le tuer tout simplement parce que vous avez tous les deux fait échouer une partie de ses plans. Severus sera puni pour ça. Torturé et tué après une mort longue, douloureuse et horrible."
Elle avala sa salive. Rien de nouveau qu'elle ne sût déjà en fait. Elle ne voulait pas connaître les détails. Elle espérait seulement que sa magie fonctionnerait. "Il pourrait y avoir un espoir cependant," dit-elle après de longues secondes. Elle ne pouvait pas concevoir qu'il puisse mourir. Pas comme ça. Pas à cause d'elle. Pas à cause d'une nuit de plaisir qu'ils avaient partagée ensemble.
Dumbledore l'observa attentivement. "Je vous écoute."
"Pendant le rituel, je portais un médaillon. Severus me l'avait prêté pour le concert, en disant qu'il me porterait chance. Un joli bijou qui lui avait été donné par sa mère il y a longtemps. Naturellement, quand le rituel exigea que je porte un bijou, nous sommes tombés d'accord sur que ce serait celui-ci. Je ne sais pas si Severus vous l'a dit mais il m'a raconté que pendant le rituel, le bijou luisait. Apparemment, il s'est chargé de la magie de cette nuit-là."
"En effet. Les bijoux qui ont une signification puissante pour le couple sont dotés de pouvoirs particuliers."
"Je le lui ai rendu avant qu'il ne parte. Je sais que ce bijou est doté de la magie élémentale. Mais ce n'est pas la seule chose avec laquelle il est parti."
Albus était intéressé. La partie sur le bijou n'apparaissait pas dans le rapport de Severus – très probablement parce qu'il n'y avait pas attaché beaucoup d'importance, à moins qu'il l'ait tout simplement oubliée. "Continuez."
"Je lui ai donné mon… amour. Nous… nous sommes embrassés avant son départ. Je lui ai fait part de mes sentiments pour lui…" Sa voix se brisa à ce moment-là. Elle lutta pour réprimer ses larmes. "Mon amour pour lui ne peut pas être détruit. S'il gardait cet amour en lui, il se peut qu'il ne puisse pas être détruit. Le Seigneur des Ténèbres ne peut pas gagner contre l'amour."
Albus sentit que ses yeux devenaient humides. Il resta silencieux. Il utilisa discrètement Legilimens sur elle. Il se sentit submergé par une vague d'amour qui venait d'elle. Soudain, il sut qu'elle avait raison. Rien, aucun pouvoir, aucun être maléfique, ne pourrait gagner devant un tel amour. L'espoir revint dans son esprit. L'amour qu'elle portrait pour Severus était si puissant qu'il pouvait consoler la douleur de quiconque.
"Vous avez utilisé une forme de magie très ancienne mais très puissante, Lorena."
"Ma magie élémentale ?"
"Cela en fait partie. L'amour est la forme de cette magie la plus avancée, la plus puissante, la plus universelle." Il s'arrêta. "L'amour d'une mère peut protéger son enfant des effets de la Magie Noire. Même contre le Sortilège de la Mort. Il en est de même pour votre amour pour Severus."
"Vous voulez dire… qu'il pourrait alors revenir vivant ?"
Albus baissa la tête. "Non, Lorena. Une partie de moi dit que oui, il peut revenir. Une autre partie de moi dit que cela peut ne pas être possible. Je ne veux pas vous mentir. Je crois que vous êtes suffisamment forte pour entendre la vérité. J'aimerais vous dire qu'il reviendra vivant – il est toujours revenu. Mais cette fois-ci… les chances ne sont pas en notre faveur. En vérité, le don de votre magie à lui est l'unique espoir que j'ai de le revoir vivant. Nous faisons face à quelqu'un de très puissant. L'endurance humaine a ses limites aussi. Nous ne pouvons qu'attendre et prier, comme le disent les Moldus."
"Alors je prierai. J'ai été élevée comme une Moldue. Je concentrerai mon amour sur lui. Il devrait l'atteindre, où qu'il soit."
Albus eut un regard chaleureux pour elle. "Faites cela. Si quelque chose arrive, je veux que vous m'en informiez immédiatement. Fumseck restera avec vous et vous tiendra compagnie."
Lorena se leva de son siège. Le phénix alla se percher sur son épaule. Il émit un trille de quelques notes et elle se sentit mieux.
"Une dernière chose, Lorena," fit le Directeur. "Utilisez votre magie comme un moyen de vous concentrer sur lui. Souvenez-vous que la musique est aussi une magie très puissante en soi."
Lorena tourna son visage vers le vieil homme. Elle ne pouvait pas voir combien il était inquiet mais elle l'avait bien perçu. "Oui, Professeur. Je le ferai. Tout ce que je fais, je le ferai… pour Severus."
"Lorena… Est-ce que Severus est au courant pour votre amour ?"
"Oui, je lui ai dit que je l'aime. Cependant, je ne sais pas s'il a compris ce que je voulais dire. Il est si… réservé, si secret, j'ai perçu que ce serait beaucoup trop pour lui faire face. En fait, je ne sais pas exactement mais j'ai bien senti que je devais le lui dire, que j'éprouve des sentiments pour lui, que… qu'il veut dire beaucoup pour moi."
Albus hocha la tête. "Je comprends. Votre secret est en sécurité avec moi, jusqu'au moment où vous vous sentirez prête à le lui révéler entièrement."
"Merci, Professeur, pour votre compréhension."
Elle quitta son bureau, l'oiseau rouge-et-or sur son épaule. Albus Dumbledore resta pensif pendant de longues minutes. Il se demanda combien Severus avait de la chance d'avoir gagné un tel amour. Et il se sentit triste pour son ami de savoir qu'il ne pourrait pas vivre pour en bénéficier pour le restant de ses jours.
J'ai toujours été fascinée par la magie de l'amour que Lily a invoquée pour protéger son fils Harry, juste avant de mourir. Sûrement l'une des plus belles idées que JKR ait eue dans sa saga. Une idée universelle. Je l'ai utilisée ici, cette fois d'un amant pour un autre – mais je suis sûre que c'est la même logique et la même magique à l'oeuvre.
"Remembrances" est un morceau merveilleux qui fait partie de la bande originale du film La Liste de Schindler. Ce morceau est interprété au violon par Itzhak Perlman. Je trouvais que ça correspondait bien à l'humeur de Lorena tandis qu'elle attend que Severus revienne, dans l'espoir qu'il soit vivant. En tout cas, ça correspondait à mon humeur lorsque j'ai écrit ce chapitre. J'écris mes histoires comme un film, imaginant l'action et entendant la musique jouer dans le fond en même temps.
Merci de laisser des revues ! Plein de revues !
