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CHAPITRE 26
"Bella est-ce que tu vas bien?"
Je peux entendre Edward crier mon nom pendant qu'il court dans l'escalier.
"Je vais bien," lui crié-je, en ouvrant grand la porte et en tombant dans ses bras. Il me rattrape sans effort et ensuite m'emmène sur le canapé où il embrasse mon front et me tient contre son torse, plus pour lui que pour moi, je suppose, parce que je vais vraiment bien.
Ce tremblement n'a duré que quatre ou cinq secondes mais ça été le plus violent que j'ai ressenti dans cette partie du monde. J'étais sûre qu'Edward n'était pas bien loin mais ça m'a terrifié parce que j'étais seule. Maintenant qu'Edward est là je me sens de nouveau en sécurité parce que je sais qu'il a la force et des capacités surhumaines pour me sauver si le pire arrivait avant lundi alors j'espère qu'il n'a aucune raison de devoir me quitter à partir de maintenant.
Et même si cette secousse avait été forte ça n'était rien comparé à ce que j'avais vécu en Italie en 2016, 6.2 sur l'échelle de Richter. Celui-là m'avait littéralement expulsée de mon lit, même si Pérouse où nous nous trouvions à l'époque, se situait à de nombreux kilomètres de l'épicentre. Des centaines de bâtiments s'étaient effondrés dans la région et il y avait eu environ trois cents victimes et certaines des répliques étaient tout aussi terrifiantes que le séisme principal.
Quand le bâtiment a commencé à trembler pendant les premières secondes je me suis dit qu'Alice s'était trompée et que c'était maintenant. J'admets avoir paniqué mais ça s'est atténué avant même que je puisse penser à quoi faire si le bâtiment s'effondrait.
Quand j'ai été sûre que ça s'était arrêté, j'ai nettoyé le verre de ma fenêtre brisée tout en regardant le chaos dans la rue au-dessous et j'ai passé en revue toutes les choses étranges qui m'étaient arrivées depuis que j'étais rentrée chez moi d'Ecosse. Après avoir passé une semaine tranquille à Forks avec Charlie à me reposer, à partir du moment où j'étais entrée dans la tour municipale, mon monde était devenu complètement fou.
Au-delà de la folie entourant les peintures et le désastre imminent, j'étais tombée véritablement amoureuse de quelqu'un qui était en fait un "petit-ami fantastique", peu importe le fait qu'il ne soit même pas humain. Edward était incroyablement beau, un amoureux incroyable (oh ouais) un artiste incroyable, il aimait les enfants, réparait mon chauffage et préparait un bon café, il brillait de toutes les façons. Ça me faisait me demander si c'était trop beau pour être vrai et un jour je découvrirai qu'il avait un côté sombre caché sous sa peau ivoire impeccable, outre son désir instinctif de me tuer bien sûr. J'en doutais même si j'avais le sentiment qu'Edward pourrait être terrifiant s'il se mettait en colère.
Je ris en me souvenant de mon adolescence en Floride quand nous traînions avec mes copines de l'école. Nous devions avoir quatorze ou quinze ans à l'époque je suppose. Nous rêvions à ce que serait notre avenir comme les filles le font et nous avions écrit ce que nous pensions être le mari parfait (évidemment en négligeant Justin Bieber) Edward remplissait chaque condition de ma liste à part que je ne savais pas encore s'il aimait la musique ou les animaux. Visiblement il mangeait les animaux mais était-il gentil avec ceux qu'il ne mangeait pas? Mais même si Edward n'avait rien à voir avec le charmant Justin, je sais que je ne trouverai jamais quelqu'un de meilleur que lui, même si nous sommes d'une espèce totalement différente.
Je reconnais que j'accepte probablement trop calmement que je partage la planète avec des êtres surnaturels. Je n'ai pas eu le temps de trop y réfléchir, probablement à cause de toutes les autres choses ridicules qui me trottent dans la tête en ce moment. Cette révélation qui m'aurait probablement foudroyée si je l'avais appris il y avait quelques mois est en réalité beaucoup moins importante que de savoir que Seattle est sur le point d'être détruite. Je l'avais juste accepté comme un fait, il en serait de même si la NASA annonçait qu'ils avaient trouvé des preuves d'une vie alien sur d'autres planètes. Alors quoi?
A présent je sais que des 'amis' avec qui j'ai grandi, comme Jake peuvent se transformer en loup et que les vampires existent vraiment et sont immortels. D'accord Edward n'est pas effrayant, mis à part la fois où nous étions au lit et que ma vie avait définitivement été en jeu. Mais ça m'avait fait me demander s'il existait d'autres types de créatures surnaturelles que je ne connaissais pas. Ai-je vraiment envie ou besoin de le savoir car je regarderais par-dessus mon épaule pour le reste de mes jours s'il y avait autre chose qui pourrait attaquer et consommer au hasard des femmes sans défense. Avoir peur des rats, des araignées et des serpents était déjà assez grave y ajouter des trolls, des gobelins ou des zombies serait trop.
Jay avait suggéré qu'Edward avait l'intention de me demander de passer l'éternité avec lui. En d'autres termes il voudrait que je devienne comme lui un jour. S'il me demandait de me transformer maintenant je savais que je serais tiraillée entre une vie humaine, ce qui voudrait dire que je vieillirai et mourrai pendant qu'Edward resterait jeune et fort ou alors accepter d'être comme lui. Les implications étaient trop grandes pour que je puisse les appréhender maintenant.
Ça m'étonnait encore que Jay envisage de se lancer dans ce style de vie sans vraiment y réfléchir. Il m'avait avoué qu'il ne savait pas quel chemin prendre pour le moment alors il serait fou de choisir cette décision irréversible. Je sentais que je devais lui parler mais je n'étais pas sûre de le revoir avant qu'il ne parte pour l'Alaska avec Alice. Je suppose que je pourrais l'appeler ou lui envoyer un texto. Je ris alors en passant à ce que j'allais écrire. "Attends Jasper. Ne te précipite pas pour devenir un vampire!"
Beaucoup de choses dépendaient de Charlie… s'il survivait ou non. Si c'était le cas il n'y avait pas moyen que je sois transformée tant qu'il était en vie car il verrait la différence immédiatement. Mon père est très affectueux, il passe son bras autour de moi à chaque occasion et il remarquerait instantanément que sa fille est maintenant de marbre. Je ne pouvais pas lui faire ça alors au moins ce serait une décision facile à prendre pour moi. Mais Edward serait-il prêt à me regarder vieillir et à me transformer après le décès de Charlie? J'avais tellement de questions mais pas encore beaucoup de réponses.
Jay a dit qu'Alice lui avait raconté qu'elle avait été attaquée dans un parc et qu'elle avait donc apparemment été transformée sans son accord mais si j'avais l'occasion de lui parler seule, elle pourrait peut-être me conseiller, vu que ça ne fait pas très longtemps qu'elle est vampire. Bien sûr je présume qu'Edward pense à moi sur le long terme. Je pourrai juste être une distraction passagère bien sûr, une autre dans son lit de six cents ans. Je m'étais demandé combien d'autres partenaires sexuels il avait eu au cours de cette période et s'il avait réellement "aimé' l'un d'eux et si l'un de ses anciens amants était toujours en vie. Ce serait gênant et peut-être même très dangereux pour moi si j'étais toujours humaine car il pourrait y avoir une vampire amère et tordue qui était toujours amoureuse de lui.
J'ai arrêté de penser à des scénarios ridicules et tourné mon attention sur la situation de Charlie. Si Jake allait se transformer en loup ou pouvait déjà le faire, il y avait trois possibilités. Soit son foie n'affecterait pas Charlie et il irait bien, soit son foie contiendrait le gène surnaturel ce qui pourrait l'affecter et le transformer en loup à son tour, soit le gène rendrait le foie incompatible… ça signifiait que Charlie pourrait revivre normalement ou qu'il se transformerait ou qu'il mourrait. Je n'arrivais pas à saisir tout ça. J'espérais simplement qu'Edward ou quelqu'un qu'il connaissait aurait quelque connaissance en la matière ou alors j'allais devenir folle. Quels seraient les signes, aurait-il plus de cheveux...?
C'était ce à quoi je réfléchissais quand j'entendis Edward monter dans l'escalier en me demandant si j'aillais bien. Je n'ai pas vu sa voiture et je ne sais pas comment il a pu rentrer dans l'immeuble mais il était là et maintenant je suis contre son torse, ce qui est un bon endroit mais j'aimerai que ce ne soit pas si froid. Je ne vais pas me plaindre car je ne peux penser à aucun autre endroit où je préférerais être.
"Alice était-elle au courant pour cette secousse?" lui demandé-je alors qu'il repousse mes cheveux de mon visage puis passe ses doigts dedans. Je peux dire qu'il aime vraiment mes cheveux, en fait je peux dire qu'ils l'obsèdent.
"Je ne sais pas," répond-il. "Je ne l'ai pas appelée. J'essayais d'arriver jusqu'à toi et c'était un peu le chaos dehors, là. Je m'étais douté que ce serait un exode massif. Les gens ne vont pas attendre la prochaine annonce du maire."
"C'est bon pas vrai? C'est ce que tu voulais," lui demandé-je avec curiosité parce qu'Edward semblait inquiet.
"Oui bien sûr mais j'espère que le maire ne sera pas trop confiant maintenant et pense que le plus gros est passé. Il faut vraiment qu'il avertisse les gens qui sont toujours ici qu'il va y avoir un tsunami."
J'allume la télé et les nouvelles locales font état des dégâts dans la ville. Beaucoup de personnes ont été blessées par des chutes d'objets et il y a eu plusieurs accidents de la circulation. Les hélicoptères de la chaîne sont en place et signalent que les routes menant en ville sont exceptionnellement fréquentées même pour un vendredi mais le maire n'a pas encore fait de nouvelle annonce. L'un des présentateurs de nouvelles a même déclaré que c'est manifestement ce que le maire avait prédit et qu'on pouvait revenir en ville maintenant… ce qui était complètement fou.
Je peux dire qu'Edward est inquiet, même moi je le suis et je réfléchis au moyen de convaincre le maire que c'était juste la prémisse du grand tremblement. Je me prépare du café ce qui aide toujours mon cerveau à s'activer et après les premières gorgées j'ai une idée.
"Edward peux-tu appeler Alice et lui poser des questions sur la course de samedi? Je veux connaitre le plus de détails possible, comme qui sera le deuxième et le troisième, combien de temps pour courir ce genre de choses. Si elle le sait je vais appeler le maire et lui dire que nous avons été contactés de nouveau."
"Bien sûr," répond-il en mettant le haut parleur, comme ça je peux me joindre à la conversation.
"Okay je vais faire de mon mieux," répond Alice quand je lui fais ma proposition. "Laissez-moi un peu de temps et je vous enverrai les détails."
"Merci," réponds-je et Edward raccroche. J'appelle Jim, qui je le sais, dispose d'une ligne directe avec le maire en cas d'urgence. Après avoir noté le numéro je suggère à Edward de partir maintenant pour l'hôpital car cela pourrait prendre plus de temps que d'habitude pour y arriver. Nous devons aussi partir plus tôt pour être au club d'art à temps.
Pendant le trajet je dis à Edward que je crains que le foie de Jacob infecte Charlie avec le gène surnaturel. Il me dit qu'il en a parlé à un membre de sa famille qui est médicalement qualifié (une autre surprise) qui a déclaré qu'à son avis, cela ne se produirait pas. Edward me convainc de ne pas y penser car il est trop tard pour y faire quoi que ce soit maintenant et que c'était la seule option pour mon père, ce qui est vrai, bien sûr.
Il nous faut presque deux heures pour arriver à l'hôpital car les routes sont pleines à cause du nombre de personnes qui essaient de partir et certaines routes sont coupées à cause des bâtiments qui ont été endommagés et des gravats qui les bloquent. Les files d'attente s'allongent pour accéder à l'autoroute et les esprits s'échauffent mais heureusement Edward connait d'autres itinéraires, ce qui signifie que nous ne nous retrouvons jamais coincés.
Papa est réveillé quand je rentre aux soins intensifs et je remarque tout de suite qu'il n'est plus branché à autant de machines que ce matin, ce que je considère comme un bon signe. Je remarque également que la couleur de sa peau est presque revenue normale. Avant l'opération il avait une teinte malsaine et le blanc de ses yeux était jaune. Maintenant il ressemble plus l'ancien Charlie même s'il est encore très maigre et pâle.
"Hé!" lui dis-je et je l'embrasse sur le front. Je prends automatiquement sa main lorsque je m'assieds à côté de lui et il sourit en me serrant les doigts. "Comment tu te sens?" lui demandé-je.
"Mieux que ce matin," répond-il. "Je peux rester éveillé pendant une heure maintenant," dit-il presque avec fierté.
"C'est bon. Tu as senti la secousse il y a quelques heures?"
"Oh oui, toutes les alarmes se sont mises à sonner et tout le monde paniquait. Cela fait longtemps que je ne me suis pas senti aussi fort. Il y a des dégâts en ville?"
J'allais juste répondre à sa question et lui parler du tremblement de terre quand une infirmière entre.
"Je suis désolée Bella, est-ce que vous pourriez sortir?" dit-elle gentiment. "Les médecins vont passer, vous pourrez revenir dans une demi-heure."
"Bien sûr," et je serre la main de mon père avant de sortir.
Après avoir abandonné ma tenue de Schtroumpf, je vais vers la salle d'attente où Edward regarde le magazine que Jasper avait lu lui aussi.
"C'était rapide," remarque-t-il quand je franchis la porte.
"Le docteur fait sa visite," j'explique en m'asseyant à coté de lui. "J'aurai aimé être là-bas pour entendre ce qu'ils ont à dire mais j'espère que mon père pourra m'annoncer de bonnes nouvelles."
"J'ai eu des nouvelles d'Alice," annonce Edward en me montrant un texto qui me donne tous les détails dont j'ai besoin. J'appelle immédiatement le numéro du maire mais je n'ai que sa messagerie vocale. Je laisse dont le message suivant.
"Monsieur c'est Bella Swan. J'ai reçu une autre communication de l'artiste. Il veut que je vous transmette que Always Dreaming remportera la course en exactement deux minutes trois secondes et neuf dixièmes. Le deuxième cheval sera Lookin at Lee et le troisième Battle of Midway. Il veut aussi que je vous demande d'informer les habitants qu'après le séisme un tsunami envahira la zone qu'il a dessinée sur le mur et de partir tant qu'ils en ont l'occasion.
Monsieur, je suis heureuse que vous nous ayez crus mais pouvez-vous faire quelque chose pour moi. Mon père est un patient de l'Hôpital Universitaire dans Pacific Street. Pouvez-vous demander à ce que l'hôpital soit évacué car ils semblent peu réceptifs à votre premier communiqué. Si vous pouviez faire ça je vous en serai éternellement reconnaissante."
Je raccroche et pose ma tête sur l'épaule d'Edward.
"J'ai fait tout ce que j'ai pu," soupiré-je. "Je ne l'appellerai plus, tout est entre ses mains à présent."
Je vois à nouveau Charlie mais brièvement cette fois car je peux dire qu'il est fatigué. Je ne mentionne pas l'imminence du désastre, je pourrai faire cela demain. J'ai un échange rapide avec l'une des infirmières qui me dit que les médecins sont très contents que mon père fasse des progrès aussi rapides et que c'est une bonne nouvelle. Ensuite Edward et moi partons pour le club d'art.
Nous arrivons en avance et je l'aide à tout mettre en place. Edward est très silencieux et je pense qu'il sait que ce sera peut-être la dernière fois qu'il verra les enfants en groupe. Ils commencent à arriver juste avant sept heures mais un quart d'heure plus tard il n'y en a que la moitié par rapport à ceux qui étaient là lundi. L'atmosphère est trouble et je peux dire que les enfants les plus âgés s'inquiètent de ce qu'il se passe en ville. L'un des garçons me dit que beaucoup de ses amis d'école sont déjà partis et vont vers Portland ou ailleurs. Beaucoup d'autres prévoient de s'en aller ce weekend.
Quand il est presque neuf heures Edward dit aux enfants que le club sera fermé lundi et le restera jusqu'à nouvel ordre. Il a leurs numéros de téléphone alors il promet d'appeler leurs parents lorsque le club pourra rouvrir. Il leur demande de prendre leur travail à la maison ainsi que les affaires qu'ils gardent ici habituellement.
Quand ils partent il discute avec tous les adultes qui viennent chercher les enfants et les incite à quitter la ville en disant qu'il connait un gars qui travaille à l'université et qu'ils sont à cent pour cent convaincus qu'il y aura une véritable destruction due à un tremblement de terre très bientôt. Il ne manque que deux parents mais ils vont bientôt quitter la ville.
Une fois que tous les enfants sont partis Edward envoie un texto à tous les parents dont les enfants ne sont pas venus ce soir pour leur dire que le club est fermé pour l'instant et ensuite je l'aide à prendre tout ce qu'il reste sur les murs, vide les étagères de tout ce qu'il reste. Nous remplissons la voiture puis nous revenons pour fermer. Edward fait un dernier tour avant de fermer la porte pour la dernière fois. Le vaste espace est triste comme une maison après Noël quand toutes les décorations ont été enlevées et je sais qu'Edward est choqué que cette importante partie de sa vie touche à sa fin. Il ne dit pas grand-chose alors je le laisse avec ses pensées. Il a fait tout ce qu'il a pu pour sauver ces enfants, maintenant c'est à leurs parents de prendre le relais et de les emmener loin du danger d'ici lundi.
Edward ralentit à l'approche d'un restaurant mais je lui dis non cette fois. Je ressens encore les effets d'avoir trop mangé. Je me demande alors si Jasper ressent la même chose après tout ce qu'il a avalé.
Nous retournons directement à mon appartement et au lit où nous faisons l'amour toute la nuit. Eh bien il semblerait que ce soit toute la nuit mais j'arrive à avoir un peu de sommeil. C'est au petit matin après une autre expérience incroyable que je me demande pour la première fois si je pourrai tomber enceinte. Je prends encore la pilule qui m'a été prescrite en Ecosse alors que j'avais commencé une relation à court terme avec un type pour la seule et unique raison qu'elle maintient mon cycle régulier. Mi-juin elle sera finie alors je devrais lui demander s'il y a un risque que je donne naissance à un bébé vampire ce qui serait un peu effrayant. En fait être mère de n'importe quel type de bébé serait vraiment effrayant pour le moment.
Samedi 1er mai
Quand je me réveille, je me rends compte que c'est samedi et que je n'ai pas beaucoup de nourriture dans le frigo. Mercredi, quand Charlie a été appelé à l'hôpital, j'avais toujours l'intention d'aller à Forks pour le weekend. Je laisse Edward dans l'appartement prendre une douche et je pars au magasin pour prendre du lait, du pain et des œufs pour le petit-déjeuner. Dans le magasin, la plupart des étagères sont vides, il est évident que les gens ont fait des provisions.
La fille à la caisse a pitié de moi quand elle voit mon expression et me vend des bagels vieux d'un jour qu'elle a gardés en réserve pour ses clients habituels mais m'avertit que la boutique fermera dans la journée, qu'aucun de leurs fournisseurs ne livrera rien ville et que sa famille quittera la ville dès la fermeture.
Alice et Jasper arrivent à midi dans un 4x4 très cher pour récupérer mes vêtements et toutes les autres choses que je veux sauver, y compris mes deux convecteurs que j'ai achetés et que je veux garder par principe. Edward remplit le reste de l'espace avec son équipement du club d'art plus les dessins des enfants qu'il ne veut pas laisser derrière lui.
Dès qu'Alice et Jasper franchissent ma porte, il m'apparaît évident qu'ils ont passé la nuit ensemble, car l'alchimie qui s'en dégage est évidente. Pour commencer, ils n'arrêtent pas de ricaner et vu la gravité de la situation, ils se comportent comme deux adolescents malades d'amour. Même Edward, qui, de toute évidence, lit dans leurs pensées, est puissamment gêné par leur démonstration d'affection en public et est content une fois qu'ils sont partis.
L'après-midi, nous nous dirigeons vers l'hôpital, en pensant que le trajet durera à nouveau deux heures. Mais il nous faut moins d'une demi-heure pour nous y rendre car la ville est en train de se vider. Edward s'assoit dans la salle d'attente pendant que je me rends à l'unité de soins intensifs mais je suis arrêtée par une infirmière avant d'avoir la chance de mettre mon costume de Schtroumpf.
Elle me dit que la condition de Charlie s'est assez améliorée pour qu'on le mette dans une chambre simple au même étage parce qu'il n'a plus besoin de surveillance 24 heures sur 24. Quand je finis par trouver sa chambre et entrer, Charlie est assis sur le lit en train de regarder la télé et il a l'air étonnamment bien vu que ça ne fait que trois jours qu'il a été opéré. Il est toujours branché à un équipement impressionnant mais rien à voir avec ce qu'il avait aux soins intensifs.
Jusqu'à seize heures, on regarde le Kentucky Derby ensemble et je dis à Charlie le nom du cheval que j'aie eu au tirage au sort. Comme prévu Always Dreaming gagne, Lookin at Lee et Battle of Midway arrivent derrière. Je plaisante avec Charlie en disant que pour la première fois de ma vie j'ai gagné quelque chose mais je ne lui dis pas que je ne pourrai pas récupérer mon prix de plus de cent dollars parce que personne ne sera au travail lundi.
C'est bien ma chance. Environ cinq minutes après que la course soit terminée, un journaliste fait irruption sur la chaîne sportive pour dire que le maire de Seattle va faire une annonce importante au sujet du récent tremblement de terre et de rester à l'écoute.
"De quoi s'agit-il?" demande Charlie.
"Je te dirai après," je réponds tranquillement lorsque le visage du maire apparaît sur l'écran. Il a l'air d'avoir pris dix ans depuis jeudi et il ne mâche pas ses mots.
"Mesdames et Messieurs, jeunes gens, je m'adresse à vous dans l'espoir que vous prendrez sérieusement tout ce que je vais vous dire et agir immédiatement.
"Il y a quelques minutes, j'ai reçu la preuve indiscutable qu'un grave séisme en mer va se produire très bientôt. Il ne fait aucun doute que cela provoquera un tsunami... un raz-de-marée... qui frappera la côte... qui inondera une grande partie de notre Etat ainsi que des parties de l'Oregon et de Vancouver. Les sismologues m'ont également informé qu'il est possible que certaines zones de notre littoral s'effondrent dans la mer, il est donc impératif de s'éloigner le plus possible de la côte.
J'exhorte les gens qui ne sont pas encore partis à évacuer la zone indiquée sur la carte derrière moi. Elle restera affichée à l'écran après cette annonce et est maintenant sur les sites web des chaînes de télévision. Si pour quelque raison que ce soit, vous ne pouvez pas partir, rendez-vous au moins sur un terrain élevé d'au moins cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer, de préférence à l'écart des bâtiments et des arbres et de restez là jusqu'à ce que vous ayez le feu vert. Un numéro d'urgence s'affichera à l'écran mais seulement pour les situations de vie ou de mort.
"La Garde nationale est en route pour aider mais tous les bâtiments du gouvernement seront fermés jusqu'à ce que tout danger soit écarté. Cela comprend les écoles et les universités et tous les bureaux de l'administration locale, à l'exception de deux centres d'opérations d'urgence qui seront situés sur un terrain élevé.
J'ordonne aux hôpitaux d'arrêter toute intervention chirurgicale non urgente et d'évacuer leurs patients vers l'extérieur de la zone dangereuse. Deux unités de traumatisme resteront ouvertes jusqu'à dimanche soir mais elles seront réservées aux urgences de vie ou de mort. Le gouverneur a été informé et j'ai avisé les autorités de l'autre côté de la frontière au Canada du risque grave pour l'île de Vancouver et la ville.
J'ordonne aux propriétaires d'immeubles de plus de dix étages de laisser les portes des cages d'escalier ouvertes, donc si pour quelque raison que ce soit vous devez rester en ville, vous aurez un endroit pour vous abriter avant que l'inondation ne frappe. Les pillards et tous ceux qui profiteront de cette situation seront lourdement sanctionnés une fois l'urgence passée.
Je terminerai par ceci. Faites d'abord attention à votre famille mais si vous connaissez quelqu'un de vieux ou d'handicapé qui a besoin d'aide, veuillez faire ce qu'il faut et aider si vous le pouvez.
Bonne chance et que Dieu vous bénisse."
"Nom d'un chien, Bella !" Charlie s'exclame puis il se tourne vers moi. "Depuis combien de temps sais-tu ça?"
"Pas mal de temps, c'est une longue histoire," réponds-je. "Il faut qu'on te sorte d'ici, papa. J'ai déjà demandé aux médecins quel est leur plan mais jusqu'à hier, ils avaient prévu de rester. J'espère qu'ils vont changer d'avis après ça."
"Bella, tu ne peux pas rester dans le coin. Je veux que tu quittes la ville ce soir. Ne pense même pas à rester avec moi. Tu dois aller te mettre en sécurité."
"Je serai en sécurité, papa. J'ai Ed... " et puis je me tais.
"Qui diable est Ed ? Qu'est-ce que tu ne me dis pas, Bella ?"
"Euh, il est là. Je ferai mieux de l'amener ici pour que tu le rencontres. Ne sois pas en colère, c'est un gars adorable et c'est vraiment important pour moi. D'accord ?"
Charlie fait un de ses grognements désapprobateur et je sors de la pièce avant qu'il puisse voir mon visage s'enflammer. Je compte jusqu'à vingt puis je me dirige vers la salle d'attente où Edward regarde une vidéo du discours du maire sur son téléphone.
"Hé!" dis-je en entrant. Edward se lève et s'approche de moi en un clin d'œil. Comment diable bouge-t-il si vite?
"Qu'est-ce qu'il y a? Ton père va bien, ton visage est rouge vif?" Il pose ses mains sur mes épaules et je vois qu'il s'attend à ce que je flanche.
"Il va bien mais j'ai accidentellement parlé de toi. Euh, peux-tu le rencontrer?" Je lui fais un sourire penaud, je déteste le mettre dans l'embarras.
"Bien sûr, bien sûr que je vais le faire," dit-il doucement. "Qu'est-ce que tu lui as dit?"
"J'ai sous-entendu que tu veillais sur moi."
"Eh bien, c'est vrai. Je reste avec toi jusqu'à ce que tu sois prête à partir."
"Et Alice, Jasper et le bateau?"
"Elle est déjà partie, Bella. Alice est tout à fait capable de se débrouiller. De toute façon, elle a Jasper pour lui tenir compagnie, elle ne voudrait pas de moi."
"Mais..."
"Pas de mais, Bella. Je ne te quitterai pas, même si tu es là quand le tremblement de terre se produit. Je ne serai pas en danger et je m'assurerai que tu ne le sois pas non plus. Maintenant, allons voir ton père. Je vais le rassurer."
"Il voudra te serrer la main, Edward."
"C'est bon, je sais quoi faire."
Je le regarde bizarrement mais je le suis à la porte sans l'interroger puis dans le couloir vers la chambre de Charlie. Nous passons devant un distributeur automatique où Edward achète une bouteille d'eau glacée puis la tient dans sa main droite en entrant dans la pièce.
"C'est Edward, papa," je bégaye et je sais que je redeviens rouge. "Il m'a été d'une grande aide ces derniers jours," j'ajoute, puis j'avance pour qu'Edward puisse s'avancer aussi.
"Enchanté, monsieur," dit Edward d'une voix ferme puis il transfère la bouteille dans sa main gauche et offre sa droite pour le saluer. "Désolé, ma main est gelée."
Je vois papa évaluer Edward de la tête aux pieds. Heureusement, les yeux d'Edward sont presque normaux, la couleur en ce moment et l'éclairage dans la pièce ne les rend pas trop brillants.
"Edward quoi ?" demande-t-il d'une voix bourrue.
"Cullen, Monsieur. Mon père, mon frère et moi dirigeons une entreprise de réparation de bateaux à Elliott Bay. Nous sommes à Seattle depuis treize ans."
"Comment connais-tu Bella?" grogne-t-il. "Elle vit à Seattle depuis à peine cinq minutes."
"On s'est croisés dans la file d'attente de son magasin local. On s'est mis à parler et on s'est rendu compte qu'on s'intéressait tous les deux à l'art. Je lui ai proposé de l'emmener dans les galeries locales."
"Vraiment?" Il marmonne dans sa barbe comme s'il ne le croyait pas.
"Ça suffit avec l'interrogatoire!" interviens-je. "Edward a été très gentil de me conduire partout. Je lui en suis très reconnaissante. Il faut qu'on parle du tremblement de terre. Je vais insister pour que tu sois déplacé demain au plus tard. Le maire a fait l'annonce, donc je vais... essayer de découvrir ce qu'ils prévoient."
"Mais je veux quand même que tu quittes la ville," grogne-t-il en colère. "Ne reste pas là à m'attendre, je t'en prie."
"Ça va aller." Il se tourne vers Edward et se met à lui faire signe. "Edward, je veux que tu la persuades de partir maintenant."
"Je ne peux pas faire ça, Monsieur," il répond et secoue la tête comme si mon attitude le désespérait. "J'ai déjà essayé et elle insiste pour rester avec vous. Je ne la quitterai pas non plus, donc je vais tout faire pour qu'elle soit en sécurité, je vous le promets."
Je me lève et me dirige vers la porte. "Je vais trouver un médecin ou quelqu'un qui peut me dire ce qu'il se passe. Je ne quitterai pas cet hôpital tant que je n'aurai pas de réponse…"
Je me précipite hors de la chambre avant que Charlie puisse m'arrêter et je vais jusqu'au poste des infirmières, qui est une ruche d'activité. Je vois que les tensions montent en flèche, donc je suppose que les plans d'évacuation ou de sortie des patients battent déjà leur plein. Je finis capter l'attention de l'une des infirmières qui vient me voir.
"Pouvez-vous me dire ce qu'il se passe pour l'évacuation de mon père, Charlie Swan?" lui demandé-je en lui faisant un grand sourire car je ne veux pas qu'elle pense que je suis arrogante.
"Greffe du foie?" demande-t-elle.
"Oui," réponds-je nerveusement.
Elle s'approche d'un bureau et regarde l'écran de l'ordinateur puis revient vers moi de l'inquiétude sur le visage.
"Votre père est trop malade pour être déplacé, j'en ai peur. On ne pourra pas le transporter tant qu'il est encore connecté à la machine qui soutient son foie, donc ce sera mardi au plus tôt."
"Quoi?" je crie. "Vous devez l'évacuer avant. Il va vraiment bien."
"Je suis désolée," dit-elle gentiment. "Nous avons un grand nombre de patients critiques qui ne peuvent pas être déplacés. Votre père est l'un d'entre eux. Il devra rester ici, au moins jusqu'à ce que son foie fonctionne complètement tout seul. L'hôpital est bien construit, Mlle Swan, donc il ira bien si le pire arrive."
Je ne peux pas m'énerver contre elle car ce n'est pas sa décision. Les médecins ont pris leur décision et c'est tout. Et je n'ai pas d'autre choix que de rester avec lui, ce qui me terrifie.
Je retourne dans la chambre de papa avec un dilemme : que lui dire ? Je ne peux pas lui dire que je sais quand le tremblement de terre va se produire car cela l'angoisserait totalement. Je devrais me taire pour le moment puis discuter du problème avec Edward dès qu'on sera seuls.
"Qu'est-ce qu'ils ont dit?" demande Edward quand je rentre.
"Ils évacueront papa dès que possible," lui répondis-je, "Mais pas avant quelques jours," ajouté-je, puis je lui lance un regard dur qu'il capte immédiatement.
Charlie a l'air fatigué alors je lui dis que j'y vais mais que je reviendrai demain. Je le serre dans mes bras et Edward lui serre à nouveau la main. Alors que nous passons la porte, les yeux de Charlie sont déjà dans le vague mais il parvient à me faire un signe de la main quand je regarde derrière moi.
"Mardi," je crache en marchant dans le couloir. "Pas avant. Je ne le quitterai pas, Edward."
"Je le sais," répond-il d'un ton résigné. "Je ne te quitterai pas non plus mais il y a d'autres options, on en discutera dans la voiture, d'accord?" Je me demande ce qu'il a dans sa manche mais peu importe ce que c'est, ça ne changera pas ma décision.
Il ne démarre pas la voiture tout de suite mais reste assis tranquillement pendant un moment et je suppose qu'il veut s'assurer de mettre ses mots dans le bon ordre afin de ne pas m'énerver. Je suis toujours inflexible mais il n'y a pas de mal à écouter ce qu'il a à dire, alors je me tais.
"On sait à quelle heure le tremblement de terre va se produire, non?"
"C'est vrai", dis-je.
"Il y a une petite chance que l'hôpital s'effondre, non?"
"C'est vrai," je suis encore d'accord.
"Tu réalises qu'il y a des chances que tu sois tuée si cela se produit. Ton père est au troisième étage dans une chambre sans fenêtre. Il y a sept autres étages au-dessus de lui. Tu seras écrasée et il n'y a rien que je puisse faire pour te protéger de cela, même si j'essaie. Je ne suis pas aussi fort que ça. Tu comprends ça, Bella?"
"Oui, mais..."
"Il n'y a pas de mais. Tu veux vraiment que la dernière image de ton père de toi soit celle d'un gros morceau du béton qui pourrait te décapiter?"
"Non, mais..."
"Quel est l'intérêt d'être dans la pièce avec lui à vingt heures zéro trois lundi soir?"
"Je ne supporte pas l'idée qu'il soit seul, Edward."
"Si le tremblement de terre détruit l'hôpital, ses dernières pensées seront qu'il est content que tu ne sois pas là avec lui, tu ne comprends pas ça? Ce que je te suggère, c'est qu'on reste à Seattle, quelque part près d'ici, probablement au milieu d'un parc ou quelque part comme ça. Si l'hôpital survit, génial, nous pourrons retourner là-bas et être avec lui quand le tsunami frappera et rester avec lui aussi longtemps que nécessaire. Sinon, je t'emmènerai loin de Seattle dans un endroit sûr, loin de tsunami."
Même si je déteste l'admettre, je vois que la proposition d'Edward est pleine de bon sens. Je pourrai rester avec papa lundi soir, sortir de l'hôpital avant que le tremblement de terre ne frappe et rester en sécurité. Au moins si papa survit, je serai là pour l'aider autant que possible. Ça ne sert à rien de risquer ma vie et j'imagine ces quelques secondes de terreur quand l'hôpital se mettra à trembler violemment et la possible culpabilité dont mon père souffrirait s'il survivait et pas moi. Je prends une grande respiration avant de lui dire ce que je pense de sa suggestion.
"D'accord, Edward. On va le faire et merci d'avoir dit que tu resterais avec moi. Je ne sais pas comment j'aurais fait sans toi."
Edward me tire de l'autre côté de console et m'embrasse sur le dessus de la tête puis incline mon visage, pour que nous nous regardions yeux dans les yeux.
"Je t'aime, Bella Swan. Je n'irai nulle part sans toi à partir de maintenant. Tu es ma vie à présent."
"De même," réponds-je, et je le pense vraiment. J'espère juste qu'il me reste un peu de vie après tout ça pour profiter avec lui.
Note de l'auteur :
Pensez-vous qu'elle aura la force de quitter Charlie quand l'heure s'approchera? Même si elle fait ce qu'Edward lui dit et qu'elle va dans un endroit " sûr " avec lui, pensez-vous qu'ils auront assez de temps pour quitter la ville avant que le raz de marée les rattrape?
Au chapitre suivant, c'est le point culminant, car le temps est définitivement écoulé. Ce sera très tendu.
- Je le promets.
Joan xx
