J'ai un emploi du temps tellement chargé que je peux tout juste publier. Alors merci à Ramen96, Shinigami95, Angelyoru, BleachPower, Trolocat et Heather30 pour leurs reviews que j'ai appréciées.


Chapitre 26 : Un nouvel aménagement et un homme séduit


Les deux hommes sont serrés dans les bras l'un de l'autre lorsque les rayons du soleil qui filtrent à travers les rideaux, viennent se poser sur eux. Dans l'urgence, Sosûke a omis de fermer hier soir les stores, ce qui les aurait assurés de ne pas être réveillés trop tôt. Le brun est d'ailleurs le premier à ouvrir les yeux. Il cligne des paupières plusieurs fois, puis regarde dans la direction du chevet. L'affichage digital du réveil indique huit heures cinquante-sept. Sentant le corps chaud d'Ichigo contre son flanc, il tourne la tête vers lui et baisse son regard, un sourire de bienheureux faisant son apparition sur son visage. Il observe le plus jeune commencer à papillonner des yeux, puis s'écarter de lui pour aller se cacher la tête contre l'oreiller, au grand dam du brun qui ne veut surtout pas perdre sa bouillotte humaine. Celui-ci se tourne sur le côté, s'appuyant sur un coude.

- « Bonjour la marmotte. »

- « 'jour », répond une voix endormie après plusieurs secondes.

- « Il est presque neuf heures. »

- « Trop tôt. »

- « Il n'est jamais trop pour t'embrasser, amour », réplique Sosûke en se penchant vers le rouquin.

Est-ce le surnom ou l'envie réciproque d'échanger un baiser, reste qu'Ichigo a les yeux bien ouverts lorsque Sosûke clôt la distance qui sépare leur bouche. Le baiser empressé finit de le réveiller. Et quand un autre suit le premier, il songe que ça lui avait manqué d'être dans ces bras-là. Il est heureux autant qu'il a été malheureux quand Sosûke était loin de lui.

Sosûke aussi nage en plein bonheur. Les déconvenues qui se sont enchaînées pour lui, lui paraissent être un mauvais souvenir. Peut-être était-ce nécessaire d'en passer par là pour connaitre cette sensation d'être complet. Quoique pas complètement. Il lui reste à aborder un sujet en particulier, et malgré l'envie de rester collé à son amant, il doit le faire au plus tôt. Trop de malentendus se sont suffisamment glissés entre eux.

- « Ichigo, j'ai quelque chose à te dire. »

Il sent son jeune amant se tendre imperceptiblement. Ce qu'il s'apprête à dire n'est pas aisé et il n'a aucune idée de la façon dont le rouquin va réagir, surtout après ce qu'il vient de traverser par sa faute à lui, et à Grimmjow. Mais il ne peut pas reculer, l'échéance est trop près de lui. En fermant les yeux, il inspire fortement l'odeur des cheveux qui lui chatouillent le nez.

- « Je t'ai dit que j'avais dû m'éloigner de Karakura pendant plusieurs jours. Ce n'était pas pour des vacances, mais pour des raisons personnelles. »

Brusquement, Ichigo se redresse sur un coude et le regarde avec les yeux écarquillés.

- « Tu es malade ? »

- « Non, je ne suis pas malade, idiot. » Il l'attire vers lui, le forçant à regagner ses bras. « Tu te souviens, je t'ai dit un jour que j'avais une cousine. »

- « Mm. »

- « Eh bien, elle et son mari sont décédés dans un accident de la route. »

- « Ooh… je suis désolé, Sosûke. »

- « Je sais, laisse-moi finir. Ce que je ne savais pas, c'est qu'ils laissent derrière eux deux enfants, une petite fille de deux ans et un garçon âgé de sept mois. Je ne savais même pas qu'elle s'était mariée », ajoute-t-il un peu amer.

Ichigo s'est à nouveau redressé. Il s'est mis à genoux devant le brun et le regarde avec intensité, patientant pour que ce dernier lui dise la suite. Une suite qu'il espère de tout son cœur être celle à laquelle il pense.

- « Après l'enterrement, j'ai été convoqué par leur notaire. Son mari étant orphelin comme elle, ils m'ont confié la garde des petits… et j'ai… j'ai accepté. »

Un grand sourire vient éclairer le visage jusque-là en alerte d'Ichigo. Il voit distinctement le soulagement détendre tous les muscles du visage de Sosûke, chassant la tension qui l'avait paralysé auparavant, et réalise alors que le brun craignait sa réaction.

- « Tu veux dire que… »

- « Que si tu es toujours d'accord pour venir vivre ici, nous accueillerons deux enfants dans peu de temps. »

- « Evidemment que je suis d'accord. Jamais je ne refuserais une chance pareille. Si nous deux…, enfin tu vois, si entre nous, ça fonctionne… »

- « Ça va fonctionner entre nous, n'en doute pas s'il te plait. »

- « Je voulais dire que ce serait probablement ma seule possibilité d'avoir des enfants, tu vois. Et puis, qu'est-ce que tu ferais sans moi avec deux enfants en bas âge ? » Le brun hausse un sourcil pour exiger une explication qui vient sur un ton ironique. « Bah oui, ces pauvres gosses ne savent pas tenir une conversation intelligente. »

- « Tout juste. Voilà pourquoi, tu vas devoir rester avec moi pendant au moins les quinze prochaines années, pour réconforter ma pauvre petite personne contre ses diablotins. »

- « Quinze ans seulement ? »

- « Oh mais j'espère bien que d'ici là, tu ne pourras plus te passer de moi. »

Ichigo s'assoit correctement sur le lit, s'éloignant un peu du brun qui n'aime pas l'air pensif qu'il arbore. Le jeune homme vient de passer du stade de l'euphorie la plus totale à une tristesse néanmoins ponctuée d'un pauvre sourire.

- « C'est déjà le cas et parfois, ça me fait peur. Je deviens quoi si tu rencontres quelqu'un de mieux que moi ? Je te perdrais… »

D'un mouvement souple, Sosûke vient d'allonger Ichigo sur le matelas, le coinçant sous lui sans qu'il n'ait l'espoir de lui échapper. Son regard est terrible, et Ichigo comprend qu'il vient de le vexer.

- « Tu es ce que j'ai attendu pendant si longtemps, même si je ne le savais pas. J'ai toujours pensé que je ne savais pas aimer, que je n'aimerais jamais. Tu t'en souviens sûrement, je te l'ai dit au début à notre premier rendez-vous, dans ce parc. Mes premiers sentiments, je les ai eus pour Kisuke, et c'était de l'amitié. Toi, je t'aime et c'est une chose certaine pour moi. Est-ce que tu m'aimes Ichigo ? »

Tétanisé par la solennité de l'instant, le rouquin acquiesce vivement, pas vraiment sûr de ne pas flancher s'il ouvre la bouche. Il refuse de se remettre à pleurer devant Sosûke.

- « Répond-moi Ichigo ! », le presse cependant ce dernier.

- « Je t'aime, Sosûke », fait la voix tremblotante du jeune homme.

- « Voilà, nous nous aimons. Nous venons de traverser une crise grave qui a failli nous séparer et surtout qui a failli t'éloigner de moi à tout jamais. Alors, ce n'est pas deux enfants et les tracas du quotidien qui nous empêcheront de vieillir ensembles. Quant à trouver quelqu'un mieux que toi, je ne crois pas que ce soit possible. Tu es ma moitié, tu es tendre, tu es généreux, tu es beau et ton corps épouse le mien à la perfection. Je ne veux personne d'autre que toi, tu entends. »

Il arrache un petit soupir à son amant avant de lui arracher un baiser. Deux bras s'enroulent avec fougue autour de son cou. Ce n'est pas passionné comme leurs ébats de cette nuit, c'est juste un élan de tendresse pour les rassurer, pour se dire autrement que par les mots qu'ils s'aiment, qu'ils s'acceptent et qu'ils sont prêts à prendre un chemin. Leur chemin.

- « Tu n'as pas faim ? »

- « Très. Je crois en fait que j'ai retrouvé l'appétit. Grâce à toi. »

- « Normal, je suis ton sauveur. »

- « Rien que ça ? »

- « Oui et tu es le mien, Ichigo. Allez debout. »

Sosûke se lève d'un bond et écarte les rideaux, faisant entrer les rayons de soleil. Ichigo ne se lasse pas d'observer le corps nu de son petit ami. L'homme est encore plus parfait dans la lumière du jour, qu'il ne l'était déjà dans la lumière tamisée de la chambre. Il enfile un peignoir en soie et regarde dans la direction du rouquin qui n'a pas bougé, le découvrant en train de le mâter.

- « La vue te plait ? »

Aussitôt une adorable teinte rouge vient orner les joues d'Ichigo qui commence à se lever en ronchonnant, et s'arrête en voyant Aizen le dévisager, les bras croisés.

- « Euh… »

- « Oui ? »

- « Tu n'aurais pas vu mes vêtements ? »

Le brun regarde autour de lui, avant d'afficher un sourire qui tient plus de la cruauté que de la gaieté. Bien évidemment, il ne bouge pas d'un millimètre pour les amener à son amant.

- « Tu peux me les passer ? »

- « Pourquoi faire, tu es très bien comme ça. »

- « Je ne peux pas rester nu ! »

- « Je peux te prêter un peignoir, si tu veux », répond le brun en ouvrant son dressing. Il farfouille un moment et en sort un peignoir de couleur bordeaux avec des arabesques noires. « Viens le chercher. »

Face au face au sommet. Un homme à l'assurance outrageante contre un jeune amant mal à l'aise avec son corps. Capitulant, Ichigo se lève d'un bond et vient se planter dans sa complète nudité devant l'autre, qui n'est pas peu fier de l'avoir fait fléchir.

- « Tiens », fait le vainqueur.

Il lui embrasse le bout du nez et sort de la chambre en éclatant de rire. Pendant ce temps, le vaincu enfile le peignoir, en marmonnant des mots incompréhensibles pour le commun des mortels.

En passant dans le couloir, Ichigo passe la tête par la porte allant du couloir au salon. Au grand jour, la pièce lui parait gigantesque. Puis, il revient dans le couloir et regarde derrière lui, constatant qu'en plus de la chambre dont ils viennent de sortir, il y a quatre autres portes et une cinquième après la chambre, en allant vers la cuisine.

- « Les toilettes sont au fond du couloir », fait la voix de Sosûke depuis la cuisine où on entend un bruit de poêle.

Au moins, Ichigo sait déjà ce qui se trouve derrière la porte du fond. Il s'empresse d'y aller et revient vers la cuisine.

- « Installe-toi là, c'est bientôt prêt. Tu aimes les œufs brouillés ? »

- « Oui. J'aimerais me laver les mains ? »

- « La salle de bain, c'est la première porte avant la chambre. »

Et voilà, encore une porte qui vient de lui livrer ses secrets. La pièce n'est pas très grande, mais elle a le mérite d'être très bien agencée. Une double vasque en entrant sur la gauche, une baignoire dans le fond de la pièce et une douche à l'italienne sur la droite. Petit et fonctionnel.

De retour dans la cuisine, il va s'assoir sur un tabouret haut près du comptoir séparant la cuisine de la salle à manger.

- « Je ne pensais que ton appart était si grand. En même temps, jusqu'à maintenant, je n'ai visité que ta chambre. »

- « La pièce la plus importante. »

- « Obsédé ! »

Le rire du brun retentit dans la cuisine où il continue la préparation du petit déjeuner.

- « J'assume », fait-il en se retournant.

Ichigo lève les yeux au ciel. Pas la peine de s'appesantir sur le clin d'œil qu'il vient de recevoir.

- « Si j'ai bien compris, tu disposes de trois pièces en plus de ta chambre. »

- « Exact. J'ai un bureau, une chambre d'amis et une quatrième chambre un peu plus petite. Elle donne sur la cour, comme ma chambre. J'y entasse quelques cartons et une armoire qui peut être repeinte, si tu te sens l'âme bricoleuse. »

- « Laisse-moi deviner, le bricolage c'est pas ton truc ? »

Le brun se retourne avec deux assiettes d'œufs brouillés et vient les poser sur le comptoir, une face à Ichigo. Au passage, il l'embrasse sur la tempe.

- « Tu as deviné juste, amour. Mais Kensei l'est et c'est un ami. Si ça ne te dérange pas, bien évidemment. »

- « Pas du tout. Je l'aime bien Kensei. » Sosûke saisit la main d'Ichigo, ayant aperçu le voile de tristesse qui vient de passer dans les iris ambre. Le jeune homme décrypte le geste comme de la jalousie. « Je ne l'aime pas comme ça, mais comme un ami. Ça m'a beaucoup aidé de lui parler. »

- « Je sais, Ichigo, et je l'en remercierai. Mange pendant que c'est chaud. »

Rassuré, Ichigo s'attaque au copieux petit déjeuner préparé par Sosûke, puis revient sur le sujet de la future arrivée des deux bambins.

- « Tu me feras visiter après. »

- « Bien sûr, on pourra même les baptiser, si tu veux », rétorque l'autre avec un air lubrique.

Le rouquin le regarde sans comprendre au début, mais la lumière se fait aussi vite que les rougeurs gagnent ses joues.

- « C'est pas vrai, certaines de ces pièces sont destinées à des enfants, Sosûke ! »

- « Justement. Raison de plus pour le faire avant qu'ils n'arrivent. »

- « Bon sang, je comprends mieux pourquoi tu t'entends si bien avec le pervers blond », maugrée le plus jeune sous le rire du plus vieux.

Les deux hommes poursuivent leur petit déjeuner, leurs échanges essentiellement basés sur les enfants. Ichigo pose les questions et Sosûke tente d'y répondre du mieux qu'il peut. Au bout du compte, il n'a pas vu bien longtemps son neveu et sa nièce. Ichigo apprend tout de même que le plus jeune s'appelle Seiichi, qu'il vient d'avoir sept mois et que l'aînée se prénomme Ryoko et qu'elle a deux ans et trois mois.

L'étape suivante les conduit dans la salle de bain où ils prennent une douche conjointe, malgré les cris véhéments d'Ichigo qui dit avoir bien assez mal aux fesses comme ça. Malheureusement, face à un Sosûke pas vraiment prêt à lâcher son petit ami, il n'a aucune chance. Si bien, qu'après un bon quart d'heures de soupirs, de gémissements et autres cris rauques, la salle de bain est baptisée, Aizen extatique et Ichigo sur les rotules.

Les deux hommes s'habillent rapidement et la visite peut commencer.

La première pièce visitée est celle qui sert actuellement de débarras. Elle est certes petite mais très lumineuse et une fois l'armoire gigantesque enlevée, elle conviendra parfaitement pour un lit de bébé et une table à langer.

- « Elle est en bonne état. Un coup de peinture, ça devrait le faire. C'est quoi ce qu'on voit derrière cette armoire ? »

- « Un placard que je n'utilise pas. Et pour cause, j'ai l'armoire. »

- « Mais c'est parfait ! Il suffira de mettre un lit à barreau et une table à langer. Je vais demander à mes parents s'ils ont encore les nôtres, même s'il faut les rafraîchir. Par contre à l'armoire, elle me semble disproportionnée pour un enfant. »

- « Je n'y tient pas particulièrement. Disons qu'elle était pratique avant que je n'achète ici. Il y a des placards dans toutes les pièces. Je connais une personne qui travaille dans un foyer qui pourrait en avoir besoin. Pour les cartons, on les descendra à la cave. »

- « Parce qu'en plus, t'as une cave ? Heureux homme que tu es ! »

Deux bras forts viennent enlacer par derrière Ichigo. Une voix vient susurrer à son oreille « Et il le sait », avant de commencer à grignoter son cou.

- « Sosûke, on vient de le faire... », gémit-il.

- « Oui, mais c'était dans la salle de bain. Là, on a changé de pièce. »

- « Mais t'es pire qu'un lapin ! Aaah ! »

Le brun vient d'attraper entre ses dents le lobe de l'oreille, alors que l'une de ses mains fourrage sous le t-shirt de l'orangé, pour remonter vers un téton qu'il pince doucement entre ses doigts.

- « Sosûke, arrête… »

A la surprise du rouquin, le brun s'écarte brusquement. Ichigo, qui commençait à avoir chaud, reprend contenance en baissant son haut qui était légèrement débraillé.

- « Très bien. Je reste sérieux, mais avant embrasse-moi. »

Avec un sourire, Ichigo s'approche. Il pose ses mains de part et d'autre du visage, puis fait glisser ses doigts dans les cheveux soyeux, alors qu'il se hausse pour poser ses lèvres sur celles de son amant. Le baiser est doux, puis devient passionné lorsque Sosûke le saisit par la taille.

Quand ils reprennent leur souffle, Ichigo garde les yeux fermés appréciant jusqu'au bout le gout de cet homme dont il est éperdument amoureux. Aizen est bien conscient de l'effet qu'il lui fait. Toutefois, il ne veut pas non plus aller trop vite. Ichigo est encore fragile et doit être ménagé. Comme si lui coller deux gosses en bas âge dans les bras, était idéal.

Il lui prend la main et le tracte hors de la future chambre.

- « Eh, on n'a pas décidé de la couleur ! »

- « Du bleu ? Pour un garçon, ça semble logique. »

- « Trop, si tu veux mon avis. Je pensais à du vert. Qu'est-ce que tu en dis ? »

- « Va pour le vert. Allez viens, allons dans le bureau, il est juste en face. »

La pièce est l'antithèse de la précédente. Parfaitement ordonnée, elle est à l'image de son propriétaire, classieuse et chaleureuse. Le mur du fond est tapissé d'étagères bardées de livres, et un bureau en acajou est disposé dos à la fenêtre sur rue.

- « Je ne vois pas comment on peut transformer cette pièce en chambre. Elle est magnifique telle quelle. Et puis, où est-ce que tu vas mettre tous ces bouquins ? Sans compter que tu as besoin de ce bureau. »

- « Eh bien, je suppose que les étagères pourraient aller dans le salon en modifiant un peu l'agencement. Après tout, j'ai peu de meubles dans cette pièce. »

Ichigo ressort du bureau et file dans le séjour. De grande taille, il est pourvu d'un canapé et en face d'un meuble très bas où repose le téléviseur. Une plante verte en caoutchouc a été mise dans un coin, dans la continuité du meuble, presque comme si on avait voulu boucher un trou.

- « Si je viens m'installer ici, ce truc disparaît. »

- « Il va disparaître puisque tu viens t'installer ici. Considère qu'il n'est plus là. »

Un petit tapis moelleux est posé sur le sol entre les deux meubles. Ensuite, un grand espace libre offre une sorte de démarcation entre la partie salon et la salle à manger. Face à la cuisine américaine, cette partie est remplie avec une longue table de salle à manger et huit chaises. La pièce principale est en forme de L, puisque qu'Aizen a la chance d'avoir un appartement qui s'étend sur un angle de l'immeuble. La cuisine dispose d'une fenêtre sur une rue et la salle à manger de deux, l'une sur la même rue et l'autre sur la rue perpendiculaire. Du salon, on accède par une large baie vitrée à un balcon de bonne taille.

- « Il est vraiment grand cet appartement. Combien de surface ? »

- « Un peu plus de cent mètres carré. »

- « Comment as-tu dégoté cette merveille ? »

- « Une rentrée d'argent inespérée, il y a environ cinq ans. De madame la loterie nationale », précise le brun. « J'ai pu me payer cet appartement cash, surtout que les anciens propriétaires étaient pressés de vendre. J'ai âprement négocié, ce qui m'a permis de le refaire à neuf sans avoir à emprunter à ma banque. »

- « Veinard de ne pas avoir de dette. »

- « Oh, serais-tu surendetté ? »

- « Eh bien, comme je suis locataire de mon magasin, et que moi aussi, j'ai disposé d'un peu d'argent, j'ai préféré acheté mon appartement. Et j'ai dû faire un emprunt pour compléter. »

- « Tu peux le vendre ou mieux le louer. Ça peut être bénéfique pour ton affaire. »

- « Tu as sans doute raison. Revenons à notre sujet. A mon avis, il faudrait sur tout ce mur », il montre le mur du salon devant lequel gisent le meuble télé et la plante en plastique, « un meuble fait sur mesure et ton sur ton. Peint comme ton mur, en parme grisé. Sur toute la partie basse, des caissons à même le sol avec des tiroirs sur roulettes pour les jouets des enfants. Je ne sais pas, disons de quarante centimètres de haut. Au-dessus, des espaces avec des portes coulissantes, certaines en plexi pour aérer l'ensemble. Un plateau et au-dessus les étagères pour les livres. Il faut aussi une niche pour le téléviseur. »

- « Tu veux aller jusqu'en haut ? »

- « Bah, tu as pas mal de libres et puis… j'ai quelques objets que je tiens de ma grand-mère… »

Sosûke est heureux. Même s'il est hésitant, Ichigo se projette déjà dans leur futur chez eux. Il sait que plus tôt le jeune homme le fera, et mieux ce sera pour tous, pas seulement pour eux deux. Il est lucide quant à la difficulté qui les atteint. Réussir leur couple tout en élevant deux gamins qui viennent de perdre leurs parents et qui doivent, du moins pour la petite Ryoko, retrouver leurs marques.

- « Oui, les jolies poteries. Tu as raison, il faudra les mettre en valeur. Je ne possède rien de ce genre. D'artistique, je veux dire. Nous pourrions peut-être acheter un ou deux tableaux, qu'est-ce que tu en dis ? »

- « L'idée est bonne, mais on ferait mieux de se concentrer sur l'aménagement pour les enfants. Dans dix jours, ils seront là, et il y a tellement à faire. »

- « On a déjà la chambre pour Seiichi, bien qu'il nous reste à trouver où on va mettre mon bureau. »

- « Et pourquoi pas là-bas ? », propose Ichigo en montrant le coin du salon. Celui où l'énorme plante verte occupe un bon mètre carré.

- « Tu veux me mettre au coin ? »

- « Non, je pensais à faire un bureau dans la prolongation du meuble. L'intégrer en quelque sorte. Tu aurais un plateau, des tiroirs dessous et des étagères au-dessus, fixées conter le mur. Bon, évidemment, il ne serait pas aussi beau que ton bureau en acajou, mais il serait fonctionnel. »

- « J'ai mieux. Je te signale que nous disposons encore d'une chambre, la chambre d'amis. Elle est équipée d'un lit pour deux personnes et d'une commode qui ne sert à rien. »

Les deux hommes se dirigent vers la pièce en question. Située face à la chambre d'Aizen, entre le bureau et le salon, elle donne aussi sur la rue. Un grand lit positionné perpendiculairement à la porte, une commode sur le mur qui lui fait face, et un placard près de la porte.

- « Regarde, en changeant le lit de sens et en l'insérant près de la fenêtre, je peux mettre mon bureau contre ce mur. Il y largement la place, et cela me permettra de m'isoler. La commode est blanche et je la verrais bien dans la chambre de Ryoko. »

- « Ouais. Ce qui nous fait deux pièces à déménager et à repeindre. »

- « On ne pourra pas échapper à du rose pour Ryoko. Apparemment, elle en raffole. Moi, je déteste », fait remarquer le brun avec une moue dégoûtée.

- « C'est vrai que cela ne t'irait pas au teint », pouffe Ichigo. « Cela dit, on n'est pas obligé de tout repeindre en rose. On peut en mettre juste sur un mur. T'inquiètes pas, les couleurs, je maîtrise. »

- « Tu as des meubles auquel tu tiens ? »

- « Pas vraiment. C'est essentiellement de la récupération. Excepté le fauteuil en cuir que je tiens de mes grands-parents. »

- « On le mettra dans le salon. Bon, puisque nous avons tout décidé, si on passait aux choses sérieuses », propose Sosûke en enlaçant Ichigo.

- « Mais t'es insatiable ! »


Pas très loin, dans un immeuble flambant neuf, un bleuté se réveille, seul dans son lit. Il ne se souvient pas s'être endormi. Il se rappelle que Kenpachi était près de lui, allongé dans le lit. Puis, plus rien. Il tend l'oreille et entend des bruits étouffée, en provenance de la cuisine.

Son pot de colle est toujours là.

Simple constat.

Constat qui, au demeurant, ne l'énerve pas. Il repousse la couette et sort de son lit. Le mouvement lui arrache une grimace de douleur. Après les deux séances éprouvantes de sport, il ne peut s'étonner. Il ouvre sa commode et en sort un boxer propre. Puis il se dirige vers la salle de bain, après un détour obligé par les toilettes.

Tout en se déshabillant pour entrer dans la douche, il revient sur la présence du brun. L'idée ne lui déplaît pas tant que ça. Il a toujours réfuté avec vivacité les plans de vie en couple, aspirant à vivre de façon indépendante. Pas pour être libéré de toutes contraintes, mais plutôt parce qu'il refuse que quelqu'un dépende de lui. Étant un dominant assumé, il part du principe que s'installer avec un 'soumis', implique de devoir tenir la culotte, et lui, ça le fait chier d'être responsable de quelqu'un.

Pour en revenir à Zaraki, il est clair que cet homme n'a pas besoin de qui que ce soit. Il se suffit à lui-même. Il est d'ailleurs plutôt doué pour s'occuper des autres. Le repas qu'il lui a fait hier soir est une preuve irréfutable des qualités du brun. Quant au sexe, c'était… bah encore maintenant, sous la douche, ça lui donne des frissons. Et que dire de la tendresse dont il a fait preuve dans ses baisers. Celui qu'il lui a donné sous la douche au dojo, après leur petite compétition de masturbation, et celui de la veille dans le canapé…

Grimmjow est perdu. Il est conscient du trouble qui est en train de naître en lui, mais sa part macho refuse d'être le soumis dans leur couple. Leur couple…

Il se secoue la tête et coupe l'eau. Il sort et se sèche, frictionnant sa peau tout en bougeant la tête pour détendre ses cervicales. Il enfile son boxer et son peignoir. Il sort et rejoint la cuisine. Une bonne odeur flotte dans la petite pièce.

- « Bonjour. »

Zaraki se retourne et lui sourit.

- « Bonjour, installe-toi. J'ai fait une soupe Miso et du riz doré à l'œuf. Y'a du thé aussi. »

Grimmjow ne se le fait pas dire deux fois. Il s'installe à la mini-table et commence par se verser un peu de thé. Il est chaud et goûté, comme il l'aime. Zaraki le rejoint avec deux assiettes de pain. Du pain toasté et du pain qui semble avoir cuit. Face au regard interrogatif de Grimmjow, le brun lui explique.

- « On appelle ça du pain perdu. Si t'as du pain rassis, tu le trempes dans un peu de lait et dans des œufs battus. Tu fais dorer à la poêle. Reste plus qu'à ajouter du sucre ou de la confiture. »

- « J'en ai dans le frigo. A la mirabelle. »

Le brun se lève aussitôt et sort le pot entamé de la porte du frigo. Il le pose sur la table, tandis que Grimmjow a déjà attaqué la soupe miso et le riz.

- « C'est rudement bon ! »

Un sourire fleurit sur les lèvres du brun qui se dit qu'il pourrait bien avoir séduit le bleuté revêche avec ses repas, à défaut de ses baisers et de ses caresses.

Face à lui, Grimmjow se dit qu'il pourrait facilement s'habituer à être dorloté comme ça, oubliant qu'à peine dix minutes plus tôt, il s'insurgeait sur le fait de ne pas vouloir être en-dessous.

La vie est décidément surprenante.


- « Voilà, c'est fait. J'ai appelé maman, elle ne va pas tarder. T'es sûr que ça ne te dérange pas ? »

Aizen lève les yeux au plafond, juste un rien agacé par les craintes sans fondement d'Ichigo.

- « Ichigo, c'est bien que ta mère vienne ici. Comme tu l'as gentiment souligné, nous disposons de peu de temps. Autant faire vite. »

Après une bonne demi-heure passée à ranger la cuisine tout en discutant organisation de leur future vie, les deux hommes sont installés dans le salon. Sur une feuille de papier, Ichigo a esquissé l'allure générale de leur futur meuble de salon et Sosûke est en train de faire quelques commentaires lorsque la sonnette de l'entrée retentit.

- « Ce doit être maman. »

- « Laisse, j'y vais », fait remarquer Sosûke en se levant et en sortant du salon.

Ichigo continue de réfléchir au dessin lorsqu'il entend des éclats de voix. Il se précipite et découvre dans le couloir, sa mère, ses deux sœurs et son père, tous avec le visage tendu.

- « Mais… pourquoi vous êtes tous venus ? »

- « Fils, nous étions inquiets. Quand tu as appelé ta maman pour lui dire que tu avais besoin d'elle, on s'est dit que c'était grave. »

- « Grave ?... mais enfin… »

- « Ichigo, tu as tellement insisté pour que je vienne tout de suite et tu n'as rien voulu me dire. »

- « J'ai alors décidé qu'on devait tous venir. C'est à ça que sert la famille, à se soutenir, à se serrer les coudes. »

- « Ouais, ouais, tu nous l'a déjà sorti ce couplet ! Et à voir la mine parfaite d'Ichigo, j'en déduis que t'as encore fait des tiennes. »

- « Mais enfin, Karin, ne me dis pas que tu n'étais pas inquiète. »

- « EVIDEMMENT que j'étais inquiète ! », se met à hurler la brune. « Tu nous as décrit la scène quand t'as retrouvé Ichi-ni chez lui ! »

Yuzu a les larmes aux yeux au souvenir des détails tragiques. Après un regard noir vers son père, Ichigo vient enlacer sa petite sœur dans ses bras.

- « Pleure pas ma toute belle. Je vais bien et je te jure que jamais je ne recommencerai. »

Alors qu'il berce la jeune rousse, Ichigo se rend compte que cela va prendre du temps avant que sa famille ne lui fasse à nouveau pleinement confiance. Il sait que c'est mérité, mais il s'inquiète. Comment cette bande d'hurluberlus va réagir à l'annonce des deux enfants ?

Sosûke qui est resté silencieux depuis l'arrivée de son compagnon, reprend les choses en mains.

- « Entrez-donc. Ichigo, tu les conduis au salon, je vais préparer du thé. »

- « Suivez-moi. Il n'y avait rien de grave, vous savez », leur dit-il en les invitant à s'assoir. « Et papa, à l'avenir, évite de raconter… ça aux filles. C'est pas un truc dont je suis fier. Je m'en veux terriblement de vous avoir fait peur. »

- « Fils, il nous faudra du temps, tu comprends ? »

La gorge nouée, Ichigo hoche la tête. Sa mère vient poser sa main sur son genou. Sa mère a toujours eu un effet apaisant sur lui, ce qui est ce dont il a le plus besoin en ce moment. Ça et la présence de Sosûke qui revient les bras chargés d'un plateau qu'il dépose sur la table du salon.

Pour l'aider, Yuzu écarte le dessin réalisé par son frère.

- « Vous dessinez des meubles, professeur Aizen ? »

- « Non, c'est l'œuvre d'Ichigo. »

- « Je ne savais pas que tu avais un don pour ça mon chéri. C'est pour ton magasin ? »

- « Non, c'est pour mettre sur ce mur », répond le rouquin en prenant la tasse que son amant lui tend. « On va avoir besoin d'un grand espace de rangement pour les livres de Sosûke. »

- « J'ai demandé à votre fils de venir s'installer avec moi », déclare le brun.

La déclaration laisse tous les membres de la famille Kurosaki pantois. A l'exception d'Ichigo bien entendu.

- « Ce n'est pas un peu prématuré ? », fait remarquer le chef de famille un peu mécontent.

- « Non. J'aime votre fils et il m'aime. Je ne vois pas ce qu'il y a de mal à vouloir partager notre vie ensembles. »

- « Vous ne voyez pas ? »

Le ton grinçant n'annonce rien de bon de la part du père, que l'idée de voir son fils échapper à sa surveillance rebute au plus haut point.

- « Isshin ! Je refuse que tu t'énerves comme ça », intervient Masaki. « Nous pouvons tout de même parlé civilement. »

- « Tu as raison. Parlons civilement. Lorsque vous quitterez à nouveau mon fils, il deviendra quoi lui dans tout ça ? Il ne lui restera plus qu'à se… »

- « Papa ! »

- « Isshin ! »

- « Je suis inquiet, vous pouvez comprendre ça ? », se met à crier le brun en se levant.

Ichigo a posé sa tasse. Sa main tremble trop pour qu'il continue à la tenir sans risquer de la casser. Il se lève doucement pour faire face à son père.

- « Papa. Je sais que tu es inquiet, je sais aussi que je t'ai déçu… si, ne dis pas le contraire. Je t'ai déçu en choisissant cette facilité de ne pas me tourner vers vous, de ne pas m'être battu. Mais, c'est du passé. Je ne peux rien te garantir sur l'avenir. Sosûke non plus. On n'a pas de boule de cristal. La seule chose dont je sois sûr, là maintenant tout de suite, c'est que je suis tombé amoureux de Sosûke. Je l'aime et je veux faire ma vie avec lui. J'ai commis une erreur… qui a failli m'être fatal… mais maintenant, je veux vivre… tu comprends, papa, je veux vivre. Vivre avec Sosûke. »

Isshin jette un œil au compagnon de son fils. L'idée ne lui plait pas, il voudrait avoir Ichigo sous la main encore quelques semaines, quelques mois. A bien y réfléchir, il aimerait que ses enfants ne quittent plus jamais leur nid. Après cet épisode malheureux, la famille s'est ressoudée. Lui et Masaki ont revécu ce bonheur d'être entourés de leurs enfants. D'un autre côté, son fils a repris du poil de la bête. C'est comme si l'éloignement d'Aizen lui avait pris toute son énergie vitale et que le fait qu'ils se soient reconnectés, l'est fait revivre comme par magie.

- « Monsieur Kurosaki, je n'ai pas l'intention de laisser partir votre fils. Jamais. Il le sait. Je n'ai pas fait cette proposition à la légère. Il est la plus belle chose qui soit arrivée dans ma vie », termine Sosûke en prenant Ichigo par les épaules. « Indéniablement la plus belle, et depuis fort longtemps. »

Emu et amusé par la possessivité sous-jacente, Ichigo se retourne et dépose un baiser sur les lèvres de son homme.

- « Bon, c'est très beau tout ça, mais pourquoi tu voulais voir maman au juste ? »

- « Karin, tu as le chic pour gâcher les scènes romantiques », lui reproche doucement sa sœur en pouffant de rire.

- « Non, Karin a raison. Nous avons une chose à vous annoncer. »

Les trois hommes reviennent s'assoir en compagnie des trois femmes. Hésitant, Ichigo regarde dans la direction de Sosûke qui d'un hochement de tête, lui signifie qu'il prend le relais

- « Ma cousine est décédée la semaine passée dans un accident de la circulation. Elle était avec son mari. Ils sont tous les deux morts sur le coup. »

- « Mais c'est affreux ! », s'exclame Masaki. « Vous étiez proches ? »

- « Non, pas vraiment. Elle est… non, elle était la seule famille qui me restait. Du moins à ma connaissance. »

- « Que voulez-vous dire ? »

Sosûke échange un regard convenu avec Ichigo. C'est le moment ou jamais.

- « Ma cousine et son mari ont eu deux enfants. Une fille et un garçon. Et par la force des choses, je suis leur dernière famille. »

Il laisse les Kurosaki digérer la nouvelle. Karin lance un regard par en-dessous à son frère, ayant parfaitement compris l'implication du 'je suis leur dernière famille' de son futur beau-frère. Yuzu a mis la main devant sa bouche, pas parce qu'elle est scandalisée mais bien parce qu'elle est heureuse. Elle a toujours affirmé que son frère ferait un formidable papa. Masaki est sans voix. Isshin vient poser sa main sur la sienne et elle la serre.

- « Vous voulez dire que… »

- « Oui, maman. Nous allons les accueillir ici dans une dizaine de jours. Voilà pourquoi je voulais que tu viennes… tu comprends je suis novice et Sosûke aussi. On a pensé au réaménagement mais on a peut-être oublié des choses. Et surtout, on aurait besoin de lits pour deux enfants en bas âge. »

- « Quel âge ? », demande aussitôt la femme.

- « Ryoko a un peu plus de deux ans et Seiichi vient d'avoir sept mois », lui répond Ichigo.

- « Mais ils sont très jeunes ! Comment allez-vous faire avec vos travails respectifs ? »

- « J'ai l'intention d'engager quelqu'un à demeure pour s'occuper des enfants. J'ai une femme de ménage qui vient de temps en temps. Je sais qu'elle n'est pas très heureuse de ses heures de ménage qui la traîne d'un bout à l'autre de la ville, et je sais aussi qu'elle a élevé cinq enfants, qui sont majeurs pour la plupart. Le dernier termine bientôt le lycée. Je pensais lui proposer le poste. »

- « Oui, bien évidemment… je vais vous aider. Pour les lits, pas de problèmes, nous irons au grenier. Un bon nettoyage et ça fera l'affaire, n'est-ce pas Isshin ?... Isshin ? »

Le brun semble dans un autre monde. Un monde merveilleux à voir la tête de niais qu'il affiche. Un monde où semblent se mêler joie et tristesse, à voir ses joues inondées de larmes.

- « Mon fils va être papa ! », finit-il par sortir lorsque Karin le secoue un peu sèchement.