Chapitre 26

Harlock dormait tranquillement se remettant de la dernière maladresse de Yattaran, lorsqu'il entendit des sanglots traverser les brumes de son sommeil. Il finit par ouvrir les yeux en comprenant que ça n'était pas son imagination mais qu'il y avait bien quelqu'un qui pleurait dans sa cabine. Il jeta un regard autour de lui et tomba finalement sur Harry.

Le jeune homme avait refusé de quitter la cabine, ne voulant pas laisser le capitaine seul pour cette première nuit. Mimee l'avait quitté quelques heures plus tôt et le jeune homme avait fini par s'endormir.

Il avait su dès les premiers instants qu'il était dans un cauchemar et pourtant il n'avait pas pu s'empêcher d'avoir peur. Il était de retour au ministère et ils allaient de nouveau l'enfermer dans le cristal en lui promettant que plus personne ne pourrait l'en sortir. Il se mit alors à se débattre et inconsciemment à appeler le capitaine à l'aide.

Il se débattait tant et si bien que lorsqu'il sentit une main agripper son épaule, il se défendit par réflexe et lorsqu'il sortit complètement de son cauchemar il était à califourchon sur le torse du capitaine, une main placée sur la gorge de celui-ci et l'autre levée et près à donner un coup. Il haleta et se mit à trembler avant de se pencher, baissant le poing et posant son front contre l'épaule du capitaine. Dans un état second, il sentit la main d'Harlock se poser sur sa nuque, l'étreignant doucement.

Harry s'était blotti contre l'homme sous lui et resta ainsi, tremblant sans pouvoir s'arrêter.

- Tu ne risque rien ici, murmura Harlock. Vient, il vaut mieux ne pas rester sur le sol.

Harry se leva et tendit la main vers le capitaine qui la prit sans hésiter. Puis le jeune homme reconduisit le capitaine à son lit. Harry reprit alors place dans le fauteuil près du lit.

- Prend ma cape, invita Harlock en se rallongeant sous ses couvertures, sinon tu vas attraper froid.

- Merci, murmura le jeune homme en se couvrant du vêtement du capitaine.

- De quoi parlait ton cauchemar.

- ils m'avaient retrouvé et ils essayaient de me remettre dans le cristal, expliqua Harry après un instant d'hésitation. Et ils disaient que cette fois vous ne pourriez pas me libérer.

- Qui ça, ils ? Voulut savoir le corsaire.

- Je ne sais pas, répondit Harry en remontant ses jambes contre son torse avant de les couvrir de la cape. Je n'arrivais pas à distinguer leurs visages. J'ai peur, avoua finalement Harry.

- De quoi ?

- De perdre ma famille, qu'on m'enlève à l'Arcadia et que je ne puisse plus jamais en retrouver le chemin.

- Cela n'arrivera pas, assura le capitaine, je te promets que je ne laisserais plus personne te faire du mal.

Harry eut un léger rire mi amusé, mi amère.

- C'est une promesse que vous ne pourrez pas tenir, Capitaine.

- Pourquoi cela ? s'étonne Harlock.

- Parce… quelle formulation a utilisé Remus déjà… ah oui, j'ai un certain talent pour ce qui est de m'attirer des ennuis. Je tiens ça de mon père.

- Remus ?

- C'était un ami de mon père lorsqu'il était à l'école et plus tard il est également devenu l'un de mes professeurs. Il était très gentil très doux. Ce qui est assez paradoxal avec le fait qu'il était un loup-garou.

- Comme dans les légendes ? interrogea le capitaine avec curiosité.

- Oui, il se transformait trois nuits par mois en un loup assoiffé de sang. Il était devenu comme un oncle pour moi.

- Que lui est-il arrivé ?

- Il est mort pendant la dernière grande bataille, répondit Harry en posant son menton sur ses genoux. Tous ceux qui avaient de l'importance pour moi et qui m'aimaient vraiment sont mort. A croire que je ne peux pas garder une famille, soit ils meurent, soit ils me trahissent.

- Cela n'arrivera pas, pas sur ce vaisseau, répliqua aussitôt le corsaire.

Harry acquiesça, rassuré du moins pour une partie, mais ils étaient sur un vaisseau de guerre, il ne fallait pas l'oublier.

- Et ceux qui t'ont fait ces cicatrices ? demanda Harlock doucement.

Harry se tendit à cette question, il savait de quelles cicatrices le capitaine parlait. Le jeune homme releva la tête pour plonger son regard dans celui de son capitaine. L'homme allongé devant lui l'observait avec attention et inquiétude. Harry baissa de nouveau le regard, n'osant pas regarder le capitaine lorsqu'il reprit la parole.

- Mes parents sont morts lorsque j'étais un enfant, ils ont donné leurs vies pour moi. Après leur mort, j'ai été confié à la sœur de ma mère et à son mari. Ils avaient déjà un enfant et n'étaient pas du genre à accepter la différence, alors moi avec ma magie.

Harry tressaillit doucement pas certain de vouloir continuer à parler de ça, il eut un silence alors que le jeune homme était plongé dans ses souvenirs.

- J'avais 7 ans, murmura Harry, j'étais encore naïf ou stupide à cette époque là. Je pensais que je pouvais encore plaire à mon oncle et ma tante. Que si je faisais les choses comme il fallait, ils finiraient par m'aimer. Chaque fois que je revenais à la maison avec une meilleure note que leur fils, mon oncle me battait m'accusant d'avoir triché. Alors ce jour là, j'étais revenu avec le pire bulletin de note de la classe, pire que celui de Dudley, mon cousin.

Harry trembla doucement et se recroquevilla un peu plus à ce souvenir.

- Je suis rentré, j'ai fait mes corvées et je suis retourné dans ma chambre. A l'époque je dormais encore dans le placard sous l'escalier.

- Le placard sous l'escalier, s'offusqua le capitaine.

- Ils avaient estimé que c'était là qu'était la place d'un monstre comme moi, répondit Harry en haussant les épaules. Enfin… mon oncle est rentré du travail, il a demandé à voir nos bulletins, il n'a rien dit à Dudley, mon cousin, pourtant son bulletin était loin d'être brillant. Il avait sans doute passé une mauvaise journée, parce que quand il a vu le mien il est entré dans une colère noir. Il m'a agrippé par les cheveux et m'a tiré vers l'entrée et là, il m'a battu. Je n'étais qu'un enfant, je ne comprenais pas pourquoi il était en colère alors que j'avais fait ce qu'on attendait de moi. Je lui ai demandé, supplié d'arrêter, je lui ai dit qu'il me faisait mal, mais il a continué encore et encore. Et lorsqu'il en a eu assez de ses poings, il a utilisé sa ceinture.

Harry se tut, plongé dans ce souvenir douloureux, ainsi ne vit-il pas la rage dans le regard du capitaine. Le pirate ne rêvait plus que d'une chose, avoir le pouvoir de remonter le temps pour aller dire deux mots à cet homme.

- Je ne me souviens plus à quel moment j'ai perdu connaissance, reprit Harry, mais lorsque je me suis réveillé, j'étais de nouveau dans mon placard. Je n'ai pu en sortir que trois jours plus tard.

- Tu as conscience, n'est-ce pas, que tu n'avais rien fait de mal, souffla le capitaine, que tu n'es pas un monstre.

- Je…, commença Harry.

Harlock se redressa et attira le jeune homme vers lui l'obligeant doucement à s'allonger à ses cotés sous le regard surpris du jeune sorcier.

- Tu n'es pas un monstre, murmura doucement Harlock en étreignant le jeune homme. Tu es quelqu'un de remarquable, courageux, généreux, loyal, un peu naïf sur les bords. Et surtout tu es un membre de l'équipage de l'Arcadia. Tu n'es pas un monstre.

Harry enfouit son visage dans l'épaule d'Harlock, alors que des larmes coulaient le long de son visage. Il sentit la main du capitaine caresser ses cheveux et lui offrir un réconfort qu'il ne se souvenait pas avoir eu un jour dans sa vie.

Il avait été le Survivant après tout, il avait du se montrer fort, parce que c'était ce que l'on attendait de lui. Mais pas ici, pas à bord de l'Arcadia. Ici tout ce que l'on attendait de lui, était qu'il soit lui-même. On ne le jugeait pas, on ne le critiquait pas et surtout on n'attendait pas la moindre erreur de sa part pour le mettre plus bas que terre.

Epuisé d'avoir pleuré et à cause de son manque de sommeil, il s'endormit blotti contre le capitaine qui l'observa faire avec un fin sourire, avant de sombrer à son tour, dans les bras de Morphée.

Lorsqu'Harry se réveilla quelques heures plus tard, il ne bougea pas et n'ouvrit pas les yeux dans un premier temps. Il se sentait bien et en sécurité. Il chercha pendant un temps dans ses souvenirs la dernière fois qu'il s'était sentit aussi bien, mais il ne trouva pas. Il se blottit un peu plus contre la source de chaleur qui était à coté de lui et se remit à somnoler doucement.

Harlock était réveillé depuis une bonne heure lorsque le jeune sorcier se réveilla, il eut un léger sourire en le sentant se blottir contre lui. Il l'observa pendant quelques minutes et se surprit à somnoler lui aussi. Ce fut le bruit de la porte de sa cabine que l'on ouvre qui le réveilla, il ouvrit les yeux et remarqua Kei sur le pas de la porte. Elle les observa avec un léger sourire amusé, avant d'entrer sur un signe du capitaine.

Kei s'approcha du lit avec une certaine hésitation et elle tendit une tablette au capitaine. Harlock sortit son bras gauche de sous la couverture et la prit. Le capitaine jeta un coup d'œil sur le rapport.

- Gardez le cap, ordonna dans un murmure le corsaire.

Kei acquiesça doucement, puis après une hésitation, elle posa une question qui la contrariait depuis quelque temps.

- Vous le chassez n'est-ce pas ? L'homme qui a drogué Harry.

- J'ai promis à Harry qu'il serait en sécurité avec nous, répondit Harlock doucement en jetant un coup d'œil au jeune homme endormi contre lui. Il ne le sera complètement qu'une fois cet homme mort.

Kei acquiesça doucement, puis elle prit congé. Refermant la porte de la cabine, elle trouva Yattaran l'attendant derrière, une maquette d'avion dans la main.

- Alors ? demanda le premier lieutenant.

- Il est en chasse, répondit la jeune femme.

- Bien, approuva Yattaran, enfin un peu d'action.

- Je croyais que l'action tu n'aimais pas ça, nota Kei, malicieuse, que tu préférais tes maquettes.

Harlock s'était rallongé et écoutait avec un léger sourire ses deux lieutenants se disputer gentiment.

- On dirait un vieux couple, gloussa une voix endormie.

- Ne dit surtout pas cela devant eux, nota le corsaire amusé.

Harry releva la tête et ils échangèrent un regard amusé, puis le jeune homme sembla se rendre compte de sa position et il rougit doucement.

- Désolé, marmonna le jeune sorcier.

- De quoi ?

- De m'être endormi alors que je devais veiller sur vous.

- Tu avais besoin de te reposer, rassura Harlock doucement.

Harry se redressa alors et s'assit au bord du lit, permettant à Harlock de s'asseoir à son tour. Harry était légèrement tendu, ne sachant sans doute pas comment réagir. Le corsaire eut un fin sourire puis il tendit la main et ébouriffa les cheveux du jeune homme avant de se lever et de se diriger vers la salle de bain. Harry l'observa faire, puis une fois sur que le capitaine ne pouvait plus le voir, il glissa une main dans ses cheveux avec un léger sourire.

Il était encore surpris de recevoir des gestes d'affection, en particulier de la part du capitaine. Mais il aimait ça et il attendait chacun d'entre eux avec impatience, comme lorsqu'il était enfant et qu'il espérait que sa prochaine action plairait à son oncle ou à sa tante. A part que cette fois, il savait qu'il obtiendrait l'affection du capitaine et des membres de l'équipage de l'Arcadia. Il avait enfin trouvé une vraie famille.