Les doigts pressèrent la graine de toutes leurs forces, en faisant s'écouler un liquide opaque et mauve qui piqua verticalement vers le contenu du chaudron. Quand la dernière goutte tomba, la potion vira du bleu azur au rose le plus pâle, dégageant des filets de fumée qui se recourbaient comme pour replonger dans le chaudron. Harry lança la graine vide vers une grosse poubelle cabossée qu'il avait récupérée dans l'un des placards du laboratoire. Tout semblait avoir été correctement réalisé, mais il parcourut quand même le livre pour vérifier qu'il avait atteint son breuvage correspondait aux indications notées dans le l'ouvrage : la potion aurait dû être rouge, mais uniquement parce qu'il aurait dû plonger la graine directement dans la potion, et non l'écraser avant de la vider… Après une longue réflexion, Harry conclut que sa potion d'Introspection était parfaite.
Le dimanche était arrivé, et l'excitation qui planait au-dessus du château ne cessait de croître au fil des heures : tout le monde n'attendait que le lundi et le Poudlard Reporter, car pour la première fois depuis que le journal de l'école était devenu populaire, il était possible qu'une édition soit publiée dès la deuxième semaine, et vers la fin du mois de septembre. Le Poudlard Reporter était d'autant plus attendu que « la tata de Sophia » était loin d'être une inconnue – même pour Harry : Dorcas Meadowes, censée être assassinée dans quelques années par la propre main de Lord Voldemort, était certes une employée modeste du ministère de la Magie, mais également la plus terrible « civile » que les Mangemorts aient jamais affrontée. Sa participation à l'installation des sortilèges pour le Poudlard Reporter avait accentué l'impatience et la curiosité de la communauté étudiante, qui ne cessait de se demander ce que Moira préparait. Les seuls mécontents étaient bien évidemment les supporters de Webster, mais Harry s'était rapidement aperçu qu'il n'était pas le seul à les surveiller : les filles de Gryffondor et de Serpentard, tout comme lui, se tenaient à l'affût d'une quelconque vengeance.
Pourtant, lorsque Harry ressortit du laboratoire, il n'eut aucun doute que Moira n'avait subi aucune attaque. La réputation de jeunes femmes comme Deadheart et Liz suffisait-elle à faire ravaler sa dignité à Webster ? Ou les Serdaigle cherchaient-ils à se venger de la victoire de Moira d'une façon plus subtile ? Harry misait sur le second plan, mais alors que la potion d'Introspection bouillonnait sagement dans le laboratoire de Grinval, il ne lui parut guère utile de s'alarmer, comme si son âme s'était connectée à l'atmosphère ambiante de Poudlard.
Arpentant les couloirs des sous-sols du château de Poudlard, Harry s'enferma dans ses pensées. Chaque jour, il travaillait ce qu'il fallait : la magie corporelle, la Sensibimancie, et à présent, la magie vocale. Grâce au livre que la Salle sur Demande lui avait permis de consulter, il avait associé magies corporelle et vocale pour voir s'il était capable d'obtenir un moindre résultat, mais ses tentatives avaient toutes été des échecs. Il se rassurait grâce à une pensée non négligeable : il débutait encore.
− Potter !
Harry venait tout juste de franchir la porte donnant sur le hall d'entrée, que le professeur Chourave dévalait les dernières marches du bel escalier de marbre, son chapeau vert posé de travers sur ses cheveux châtain foncé. Une de ses mains potelées était rangée dans une poche de sa robe de sorcière alors qu'elle le rejoignait en l'observant avec la plus grande attention.
− Le professeur Slughorn m'a demandée si je pouvais vous fournir une racine de Touffe-la-mort, dit-elle.
Elle extirpa de sa poche un petit flacon contenant une racine sombre, recroquevillée, semblable à des serres de faucon brûlées.
− Il paraît que c'est pour une potion ? ajouta le professeur Chourave, mi-curieuse, mi-soupçonneuse.
− Oui, assura Harry.
− Eh bien, j'espère que vous nous éclairerez sur les propriétés des racines de Touffe-la-mort quand elles seront le sujet d'un cours, Potter, dit la botaniste en lui donnant le flacon de verre.
− Je n'y manquerai pas, professeur, promit Harry, et merci pour la racine.
Poursuivant son chemin sous les regards intrigués des élèves qui n'avaient rien manqué de l'échange, Harry se jura de profiter de la première récréation pour finaliser la préparation du philtre fantomatique.
La Grande Salle frémissait littéralement d'impatience : les yeux se levaient régulièrement vers les fenêtres, les oreilles se tendaient pour percevoir le moindre battement d'ailes lointain, et chaque exclamation faisait se dresser les têtes, les élèves croyant que le crieur annonçait l'arrivée des hiboux et des chouettes. Les supporters d'Aaron Webster étaient, sans grande surprise, les moins pressés de recevoir la nouvelle édition du Poudlard Reporter : il leur faudrait découvrir pourquoi Moira avait gagné la rédaction du journal de l'école, et ils n'avaient visiblement pas hâte de s'apercevoir que la petite Serpentard avait surpassé Webster.
− S'ils ne se calment pas rapidement, ils vont finir par se faire dessus, commenta Harry en s'asseyant à côté de Lily.
− Ca calmerait l'ego de certains, d'un autre côté, fit remarquer Liz d'un ton indifférent. Où est-ce que tu t'étais encore caché ?
− Je devais voir le professeur Chourave, dit Harry en haussant les épaules. Il me manquait un ingrédient, donc Slughorn lui a demandé si elle pouvait me le filer et je suis allé le récupérer.
− Je n'ai pas souvenir que le bureau de Chourave se trouve dans les sous-sols, dit une voix.
Liz leva immédiatement les yeux vers le plafond, exaspérée, tandis que Harry, bien qu'il sut que la voix était à Sirius, se penchait pour apercevoir les Maraudeurs assis tout près des jeunes femmes – assez près pour l'entendre parler, en tout cas.
− Tu sais donc parler ? s'étonna faussement Harry.
− Il n'y a pas que toi qui ramènes des points à Gryffondor, dit Sirius avec un sourire étincelant.
− Ce qui ne l'empêche pas d'en ramener plus que vous trois réunis, lança Liz d'un ton goguenard.
Lily jeta un regard désapprobateur à la grande brune, considérant visiblement que les relations de Harry et des Maraudeurs étaient suffisamment mauvaises comme ça pour qu'elle se prive de les envenimer.
− Nous sommes trop humbles pour étaler notre science à outrance, déclara Sirius d'un air solennel.
− Vous avez bien raison, approuva Harry avec amabilité. Mieux vaut grogner que mordre, on ne sait jamais ce que réserve celui qui vous fait face.
Il se désintéressa aussitôt des Maraudeurs d'un air naturel, mais il sentit que sa dernière phrase avait produit le petit effet qu'il espérait : Sirius et Remus ne pouvaient qu'avoir l'impression d'être visés, même si Harry doutait que les Maraudeurs soient assez « humbles » pour admettre l'idée qu'il puisse soupçonner le statut d'Animagus de Sirius.
La Grande Salle retint brusquement son souffle, car les conversations venaient d'être couvertes par les ailes de la centaine de hiboux et de chouettes qui apportaient les nouvelles, les colis et les lettres familiales. Si, en temps normal, c'était avant tout La Gazette du sorcier qui provoquait cette réaction, car potentiellement porteuse d'une tragédie perpétrée par les Mangemorts, Harry eut la très nette impression qu'aujourd'hui, c'était surtout l'arrivée de la première édition du Poudlard Reporter qui imposa ce silence soudain. Déferlant sous le plafond magique et d'un bleu étincelant, les oiseaux postaux se répandirent au-dessus des cinq tables pour apporter leurs fardeaux, se faire payer ou s'abreuver de jus de citrouille, puis reprendre leur envol.
A la une du Poudlard Reporter, une photo en noir et blanc et animée montrait toute l'équipe de Moira, fière et réjouie de rempiler pour une année – et privée de Webster, bien évidemment. Elle s'étalait sous la manchette : LE NOUVEAU JOURNAL et présentait bien entendu toutes les innovations apportées par la petite Serpentard – et aussi Dorcas Meadowes – au journal de l'école. Harry ne s'y intéressa pas vraiment, juste assez pour voir le cadre des réactions accueillir son tout premier message : « M.W. », précédé d'un petit serpent, avait dit : « BOUH ! », et plusieurs élèves le firent remarquer bruyamment avant de s'empresser de prendre une plume.
Tournant la page, Harry découvrit la page Sports. Le tableau permettant de suivre en temps réel le déroulement du championnat de Quidditch était déjà là, tout comme l'article de Timothy Fowler, le seul chroniqueur de cette page. Harry se contenta de lire le résumé en diagonale, mais d'après ce qu'il put comprendre, les équipes de cette époque étaient à peu près au même niveau : Serpentard avait dominé tout le premier trimestre, puis Gryffondor et Serdaigle avaient lutté pour occuper le haut du classement, puis Poufsouffle s'était enorgueilli pour s'installer en première place pendant plusieurs semaines avant que Gryffondor, lors de son dernier match, ne remporte enfin la coupe en devançant Serdaigle de dix malheureux petits points. Comme le présageait Moira, cependant, Timothy Fowler ne semblait pas avoir trouvé le moindre capitaine à interviewer, mais comme les joueurs de Bavboules ne se trouvaient plus écartés, ceux-ci avaient visiblement pris plaisir à combler ce manque.
Orientant ses yeux sur la page de droite, La Classe, Harry remarqua que Lily et Deadheart se partageaient tout l'espace : la préfète-en-chef, comme l'avait annoncé Moira, avait apporté son regard sur le sortilège Protéiforme, expliquant comment l'aborder au mieux, partageant même l'état psychologique qu'elle adoptait pour réussir ses sorts. Quant à la Serpentard, plus douée que Lily en botanique, elle donnait ses conseils pour entretenir au mieux les Roses-de-lune, des plantes de jardin qui connaissaient apparemment un succès détonnant auprès des sorcières et des sorciers possédant des pelouses à fleurir. Mary parlait quant à elle des Gernuflons, de petites créatures très sensibles qui avaient l'étonnante capacité de sentir le moindre mal-être de leurs maîtres et savaient toujours leur apporter du réconfort. Les élèves s'en donnaient à cœur joie pour voter ou commenter les cours, certains disant à toutes « merci », d'autres critiquant allègrement la banalité des explications données – étrangement, personne ne trouva quoi que ce soit à redire sur l'article de Deadheart, mais ni Lily ni Mary ne parurent affectées par tous les reproches – infondés, aux yeux de Harry – des élèves. Néanmoins, lorsque les votes se calmèrent, elles n'avaient guère de raison de se plaindre, car leur note était très respectable.
− On va bientôt confondre Serdaigle et Serpentard, commenta Harry en parcourant les imprécations écrites par les supporters de Webster.
− L'ironie, c'est que Kevin Spencer voulait sortir avec Lily, l'année dernière, dit Mary. A mon avis, il n'a pas digéré que tu lui mettes un râteau, parce qu'il n'est vraiment pas tendre.
− S'il y a bien un Serdaigle qui n'a pas la moindre chance de me vexer, c'est bien lui, affirma Lily avec calme.
Harry tourna la page pour accéder à la page de Bowman, Poudlard, et il eut la surprise de découvrir sa propre photo sous l'intitulé « Elève de la semaine ». Juste en-dessous de sa photo qui lui adressait un sourire goguenard, Bowman avait listé toutes les raisons pour lesquelles il avait été désigné d'office : depuis l'arrestation de Burrow jusqu'à sa capture du Frère, en passant par sa démonstration en cours de défense contre les forces du Mal et cette étonnante question qu'il avait posée à Mulciber et qui laissait entendre qu'il connaîtrait l'endroit où se trouverait la Chambre des Secrets. Tumter faisait également l'objet d'un article, Bowman soulignant l'extraordinaire, assez surnaturelle même, discrétion de « l'ancien élève de Durmstrang, qu'une rumeur prétend venir en fait de l'école de Massalia ». Sans surprise, de nombreuses têtes se tournèrent vers Tumter, mais celui-ci, aussi amorphe que la semaine précédente, se contentait de regarder la une d'un regard vide. Un tableau interactif présentait également Gryffondor comme la maison ayant récolté le plus grand nombre de points depuis la rentrée, avec une avance des plus confortables sur Serdaigle, collée de très près par Serpentard et Poufsouffle. Les petites annonces figuraient également en bas de la deuxième page, accompagnées des noms des élèves qui les avaient rédigées.
La page Potins de Debby Coulson ne l'intéressa pas vraiment, bien qu'elle signalât quelques mésaventures que certains élèves avaient connues tout au long de la première semaine. Il y avait même un tableau présentant le top cinq des étudiants à avoir reçu le plus de retenues depuis le début de l'année scolaire, et Mary avait établi tout un listing des rumeurs entendues à gauche et à droite, aussi bien sur les agresseurs, les farceurs et les couples brisés ou fraîchement nés.
Le page Savoir-faire connaissait un succès assez étonnant, notamment avec ses articles Savoir se maquiller par Rebecca Stevens, Recette du fondant au chocolat par Molly Weasley, Sortilèges simples pour s'embellir toujours de Rebecca Stevens, Être de bonne humeur tous les jours par Moira Winston ou encore Fabriquer un costume de Halloween facilement par Sophia McKinnon. Les commentaires défilaient à une telle vitesse qu'il devenait assez difficile de tous les lire entièrement, mais l'idée emballait tant les élèves que nombre d'entre eux essayaient de se réserver une place pour la prochaine édition.
La photo de la semaine fit sourire Harry : Moira rayonnait, son bonheur manifeste transformant ses yeux noirs à deux fentes étincelantes, tandis que Lily embrassait sa joue gauche et que Deadheart s'occupait de la droite. Un court article, sans nul doute écrit par la petite brune, présentait toutes les similitudes entre la préfète-en-chef et la sublime Serpentard : elles mesuraient apparemment la même taille, pesaient le même poids, avaient des cheveux de la même longueur, partageaient des mensurations identiques et, selon Moira, faisaient les meilleurs bisous de tout Poudlard. Harry songea que de nombreux jeunes hommes apprécieraient de vérifier ces deux derniers points par eux-mêmes, mais il se garda bien de le dire à haute voix.
Ce qui intéressait plus particulièrement Harry, cependant, était la dernière page, Le Débat. La veille, quelques-uns des élèves à avoir participé à cette première « réunion » avaient fanfaronné dans le château pour faire savoir qu'ils savaient déjà de quoi parlerait l'article, mais ils étaient restés muets – tout au moins, en public – quand les curieux étaient venus leur poser des questions. Sans grand étonnement, toutefois, Harry découvrit que le sujet se trouvait être l'arrestation de Gabriel Burrow, et le professeur interviewé, Dumbledore lui-même :
Poudlard Reporter (abrégé, P.R.) : Quel est votre sentiment sur l'incarcération de Gabriel Burrow, l'ancien directeur du Département de la justice magique ?
Albus Dumbledore : Une franche surprise, je dois bien l'avouer. Je savais, comme bon nombre d'employés du ministère de la Magie, que Gabriel était un homme controversé : ses abus de pouvoir, son ignorance totale d'un certain nombre de lois, son laxisme vis-à-vis des protocoles et certaines de ses fréquentations, ont révélé qu'il ne pouvait être le fonctionnaire le plus intègre du ministère, mais jamais je n'aurais soupçonné la moitié de ce qu'il a fait.
P.R. :Comment Harry Potter a-t-il pu savoir ce que personne, en Grande-Bretagne, ne soupçonnait ?
A. D. : Je me suis entretenu avec Mr Potter à son retour du procès – une autre franche surprise, car je n'avais que très peu d'espoirs de le voir revenir. Il a lui-même reconnu avoir un don pour s'attirer des ennuis contre son gré, et il se trouve qu'il s'est simplement trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. L'acharnement dont il a fait l'objet pendant le mois d'août, le harcèlement imposé par Gabriel Burrow pour le retrouver, lui a donc été très révélateur sur les manigances secrètes de Gabriel.
Sean Urban : Monsieur, est-il vrai que le manoir de Burrow faisait l'objet d'une sécurité hors-du-commun que même le ministre de la Magie ne possède pas ? Et si oui, comment pensez-vous que Potter ait pu traverser ces protections ?
A. D. : Il est vrai que le ministère a découvert certaines singularités en investissant le manoir de Burrow. Pour ce que je sais du passé de Mr Potter, je peux affirmer que son enfance et son adolescence ont été très différentes de celles que les élèves de Poudlard ont connues : il est donc tout à fait possible que l'enseignement qu'il a reçu l'ait amené à appréhender des situations où il aurait à cambrioler un manoir surprotégé.
Cecilia Mount : Que pensez-vous de l'organisation à laquelle appartient Burrow ?
A. D. : Qu'elle constituerait une menace considérable si elle venait à nous prendre pour ses ennemis. Grâce à plusieurs découvertes du ministère, nous savons désormais qu'elle est extraordinairement bien organisée, que sa présence s'étend à travers toute l'Europe – voire le monde entier ! – et que ses membres ne plaisantent pas.
Bartemius Croupton Jr. : Il paraît que Potter a rejeté la faute de la destruction de Massalia sur le groupe de Burrow, qu'est-ce que vous en pensez ?
A. D. : Pour ce que j'en sais, l'enquête est toujours en cours, mais certaines preuves découvertes chez Gabriel Burrow semblent donner raison à Mr Potter.
Johan Irving : On pourrait croire que Potter cherche à protéger les Mangemorts, non ?
A. D. : Je ne pense pas. Aucun sympathisant des Mangemorts n'aurait donné les informations que Mr Potter a offertes en cours de défense contre les forces du Mal. A mon humble avis, Mr Potter cherchait juste à protéger la vérité.
P. R. : Que sont devenues les victimes de Burrow ?
A. D. : Pour celles qui ont été emprisonnées, le Magenmagot a déjà libéré les innocentes et, me semble-t-il, est occupé à faire la lumière sur celles ayant été impliquées à un moment ou à un autre dans une quelconque affaire criminelle. Il est fort à parier que nombre d'entre elles seront relâchées, leur incarcération par Burrow pouvant être considérées comme une peine officielle. Quant à celles qui n'ont pas survécu… eh bien, il est hélas trop tard pour faire quoi que ce soit, à part les réhabiliter.
Wilson Seaman : Pensez-vous que le groupuscule auquel appartient Burrow viendra jusqu'à Poudlard pour essayer de se venger de Potter ?
A. D. : Mr Potter, si vous l'ignorez encore, a capturé un intrus dans la nuit de vendredi, ce qui laisse à penser que l'organisation de Burrow cherche bel et bien à se faire venger. Par chance, Mr Potter est responsable : il ne souhaite pas que quelqu'un d'autre pâtisse des conséquences de ses actes, c'est pourquoi il devrait obtenir assez rapidement une autorisation spéciale pour participer aux patrouilles nocturnes.
P. R. : Et Logan Tumter ? La rumeur prétend qu'il serait un massalien… et Harry Potter a capturé l'intrus dans les sous-sols ! On pourrait penser que Tumter fait également office de cible du groupe de Burrow…
A. D. : Mr Tumter participera lui aussi aux rondes nocturnes. Son récent entretien avec le Département de la justice magique a permis de remettre à jour les informations officielles de son passé, mais c'est au Département de la coopération magique internationale qu'il revient la charge de se rapprocher de son homologue grec pour vérifier cette rumeur.
P. R. : Burrow emprisonné, que pensez-vous de la nomination de Bartemius Croupton Sr à sa succession ?
A. D. : Je connais Barty et je ne doute pas un seul instant qu'il saura rétablir la dignité de son nouveau poste : son aversion pour la criminalité sous toutes ses formes le présente comme un homme très intègre, il fera tous les efforts possibles pour faire oublier l'affaire Burrow.
Johan Irving : Pour en revenir à Potter, ne croyez-vous pas qu'un Mangemort aurait pu être chargé de dire toutes ces informations sur Vous-Savez-Qui pour tromper la vigilance générale ?
A. D. (en riant) : C'est une théorie très intéressante, mais, si Mr Potter était vraiment un Mangemort, je serais un peu moins insistant que vous sur son éventuel double-jeu. Un mage noir en liberté est dangereux, mais il ne sera jamais plus terrible que s'il se sent menacé. Je m'avoue cependant curieux de savoir comment Mr Potter se débarrasserait de ces soupçons peu flatteurs : nous pourrions profiter d'une nouvelle démonstration, qui sait ?
Exceptionnellement, Moira avait abandonné son idée de faire voter les élèves pour sonder l'opinion générale à propos des sujets abordés par Le Débat, mais les étudiants s'en donnèrent à cœur joie dans les commentaires. De nombreuses questions concernèrent sans surprise Harry et son éventuelle appartenance aux Mangemorts, mais on parlait aussi beaucoup de Logan Tumter et de sa potentielle scolarité passée à Massalia.
− Alors, comment comptes-tu te disculper ? s'enquit Mary.
− Ca ne servira à rien, répondit Harry en posant le Poudlard Reporter à côté de son assiette.
− Ah ? s'étonna quelque peu Lily. Pourquoi ça ?
− Parce qu'il y a une chance sur deux pour que Irving soit agressé dans les prochains jours, dit Harry avec une totale indifférence. Des élèves qui ne m'apprécient pas trouveront amusants d'amplifier ces soupçons et feront le nécessaire pour que tout le monde croie que j'ai cherché à me venger de lui…
− Sauf que c'est un ami de Webster, objecta Mary.
− Ca ne les arrêtera pas, affirma Harry. Webster est seul : à Gryffondor, il y en a au moins deux capables de lui tenir tête et à Serpentard, Rogue et Haustin, voire peut-être même Mulciber, le peuvent tout autant. En outre, tout bon duelliste qu'il soit, Webster a rarement dû affronter deux adversaires en même temps, et c'est un détail qui a son importance. S'ajoute un dernier point : Irving et Webster ne sont pas systématiquement ensemble, ils finiront par se séparer pour une raison ou une autre.
Mary hocha lentement la tête, impressionnée par la rapidité du raisonnement de Harry.
− J'aime beaucoup La photo du jour, soit dit en passant, confia-t-il.
Lily sourit.
− C'est Moira, dit-elle comme si cela expliquait tout.
− Je m'attendais à une photo plus… « Moiresque », avoua Liz.
− Hola ! dit Lily. Au début, elle voulait que Deadheart et moi fassions des cochoncetés, puis qu'on s'embrasse, puis que l'une de nous fasse des cochoncetés avec elle à tour de rôle… Il a fallu que Deadheart menace de lancer un sort qui fera disparaître son costume de Halloween au beau milieu de la Grande Salle pour que Pitchoun fasse une proposition plus décente.
− Plus ça va, et plus elle ne pense qu'à ça, commenta Mary d'un air dubitatif. Ava m'a dit qu'elle avait essayé de faire croire à Tumter que les nouveaux les plus âgés devaient lui faire un strip-tease pour respecter la tradition de la Cérémonie de la Répartition !
Lily eut un nouveau sourire, profondément amusée et attendrie par le comportement de Moira.
− D'où est-ce que ça lui vient, d'ailleurs, ces… délires ? demanda Harry.
− Les Cadeaux Spéciaux, répondit Liz.
Harry lança un regard interrogatoire aux trois jeunes femmes.
− Moira a ses petits rituels annuels, expliqua Lily. A la rentrée ou quand elle ne nous a pas vues depuis un bout de temps, comme les vacances scolaires, elle s'étonne de changements qui n'existent pas forcément : elle fait une fixation sur les cheveux de Mary, sur la taille de Liz, sur les yeux de Deadheart, sur les fesses de Bowman et sur ma poitrine. A Noël, c'est un cadeau spécial. L'année dernière, après avoir été longuement harcelée, Mary a opté pour lui faire le récit de la première nuit qu'elle a passée avec Anthony en guise de cadeau… Pitchoun a adoré et depuis, elle fait une fixation sur les « cochoncetés ».
− Vous devriez appréhender Noël, dit Harry.
− Mary et moi, on s'en fout, il n'y a que Deadheart et Lily qui fassent fantasmer Moira, dit Liz en haussant les épaules. De toute façon, j'ai déjà son cadeau : j'ai une photo de sa cousine et moi déguisées et faisant la grimace, Moira adore quand je ne fais pas « sérieuse ».
Harry admit secrètement qu'il imaginait assez mal Liz faire la grimace de bon cœur.
− Moi, je ne sais pas encore ce que je vais lui offrir, reconnut Mary d'un air songeur.
− T'as le temps d'y réfléchir, d'un autre côté, fit remarquer Harry.
− Avec Moira, vaut mieux s'y prendre longtemps à l'avance, affirma Mary. Il vaut mieux établir une liste, car tu n'es jamais à l'abri qu'elle parvienne à en obtenir un avant Noël. Pendant notre troisième année, Lily comptait l'inviter à venir dormir dans notre dortoir, sauf que Dumbledore a fait installer un quatrième lit pour la remercier de sa décoration de Halloween… Du coup, chaque année, on fait une liste d'au moins cinq cadeaux afin d'avoir la garantie qu'il en restera un le jour de Noël. Je crois que je vais lui offrir un énorme coussin ou une gigantesque peluche… Il faut que je sache ce que Deadheart et Ava ont prévu…
Emportant les sacs et quelques toasts, ils se joignirent à la foule des élèves qui se réunissait aux portes. Sortant lentement de la Grande Salle, ils suivirent leurs camarades dans l'escalier de marbre, puis jusqu'au premier étage et, enfin, à la classe de métamorphose. Harry s'assit à côté de Mary, juste derrière Lily et Liz, et concentra toutes ses pensées sur le double cours du professeur McGonagall, car le programme scolaire commençait vraiment. Les premiers cours avaient été essentiellement axés sur des révisions, sauf en potions, et Harry avait tout intérêt à se montrer à la hauteur, car la fin du mois de septembre déterminerait s'il était apte à poursuivre les matières afin de devenir Auror.
− Les sortilèges d'Animation, annonça le professeur McGonagall, sont multiples et leur complexité varie selon ce que vous cherchez à animer. Vous ne pouvez utiliser le même sortilège pour ensorceler des aiguilles à tricot et une poignée de porte, tout comme un sortilège animant un objet ne peut servir à en animer plusieurs. Il faut aussi savoir que les choses organiques ne peuvent être animées, quelqu'un peut-il me dire pourquoi ? Potter ?
− La loi de Guimers, répondit James.
− Cinq points pour Gryffondor. La loi de Guimers proscrit l'animation sur les matières organiques, car elle est aussi dangereuse pour l'ensorceleur que pour l'ensorcelé.
− Pourtant, on peut enchanter des plantes, non ? lança Huddle.
− La métamorphose et les sortilèges sont deux formes de magie très différentes, dit le professeur McGonagall. Elles n'interviennent pas de la même manière et répondent à des lois qui ne sont pas les mêmes. Vous devriez le savoir depuis votre première année, Huddle !
Le Poufsouffle parut mal à l'aise sur sa chaise et reçut quelques sourires moqueurs.
− Avant que nous n'entrions dans le vif du sujet, sortez vos agendas, reprit le professeur McGonagall. Je veux, pour la semaine prochaine, dix centimètres de parchemin sur la loi de Guimers et pourquoi elle interdit le recours à l'Animation sur les matières organiques. Et vous, Huddle, me direz pourquoi la métamorphose et les sortilèges ne sont pas régis par les mêmes lois.
Commença ensuite une très longue explication sur le fonctionnement des sortilèges d'Animation. Harry tentait tant bien que mal d'appliquer l'enseignement de Brighton à celui du professeur McGonagall mais, soit parce que tous deux avaient été séparés trop tôt, soit parce que Harry n'avait pas assez travaillé la vision du vieil homme, il eut toutes les peines du monde à comprendre réellement ce que la sorcière expliquait. Toutefois, il resta confiant, car il lui restait encore une carte dans sa manche : reprendre le cours à sa manière. Brighton avait toujours insisté sur ce point. Si Harry ne comprenait pas en classe, qu'il s'offre son propre cours pour aborder le sujet à sa façon. Une tactique qui fonctionnait plutôt bien, d'ailleurs, même si Harry se méfiait quelque peu de l'ennui susceptible de lui être inspiré par la lecture du manuel scolaire.
Le cerveau atrophié par toutes les explications du professeur McGonagall, Harry ne fut pas mécontent lorsque la cloche sonna la fin du double cours.
− Une minute, Potter, lança le professeur McGonagall.
C'est une manie, ma parole ! songea Harry, las. Même en six années d'études dans son ancienne vie, aucun de ses professeurs ne l'avait retenu autant de fois à la fin du cours, lui semblait-il. Laissant les élèves quitter la salle, la sorcière referma la porte dès que les Maraudeurs, plus lents que les autres, furent sortis.
− Pour commencer, j'ai les résultats de votre interrogation de la semaine dernière, Potter, déclara le professeur McGonagall en revenant s'asseoir derrière son bureau. Sur la théorie, je n'ai rien à redire, il vous faudra donc me convaincre sur la pratique pendant les cours à venir. Cependant, j'ai une question à vous poser : qui vous a appris la métamorphose ? Ne me dîtes pas Rodtchenko, Potter, je ne vous croirai pas !
Harry lui lança un regard intrigué.
− C'est une information qui doit rester secrète, professeur…
− C'est à vous de me faire confiance, dans ce cas !
− Il s'appelle Brighton, je ne connais que son prénom, avoua Harry.
− Brighton Stims, précisa le professeur McGonagall. Votre interrogation portait sa griffe, Potter, et je sais qu'il a toujours eu une méthode d'enseignement incompatible avec la mienne. La question que je me pose, c'est : êtes-vous quand même en mesure de suivre mes cours, Potter ?
− Oui, professeur, assura Harry. J'aurai juste besoin de les reprendre pendant mes devoirs…
− Vous savez que cela vous compliquera les choses ? dit le professeur McGonagall en l'observant à travers ses lunettes carrées. Les autres professeurs auront également beaucoup de devoirs à donner, vous devez effectuer des patrouilles nocturnes – votre temps libre diminue de façon conséquente, Potter !
− Je m'arrangerai, affirma Harry.
− Bien, mais si vous vous sentez dépassé, prévenez-moi illico ! Je ne plaisante pas, Potter !
− Je n'y manquerai pas, promit Harry.
Le professeur McGonagall lui lança un regard perçant, un peu sceptique, mais hocha finalement la tête.
− Deux autres choses, annonça-t-elle. Le projet de Webster indiquait que vous aviez joué au poste d'Attrapeur, non ? Pourtant, vous ne vous êtes toujours pas inscrit pour les sélections de Quidditch…
− Mon temps libre diminue de façon conséquente, répéta Harry avec l'ombre d'un sourire malicieux, alors j'ai quelques réticences à le réduire davantage.
− Vous êtes sûr que ce n'est pas plutôt Potter qui vous dissuade de participer ?
− Non, professeur, répondit Harry. Si je dois m'inscrire, c'est uniquement pour remplacer l'attrapeur au cas où il serait blessé pendant un match.
− Dans ce cas, je vous inscris pour les sélections, Potter, décréta le professeur McGonagall. Nous avons besoin d'un attrapeur digne de ce nom. Si Potter n'était pas un aussi bon Poursuiveur, Gryffondor aurait terminé au pied du tableau depuis mon arrivée à Poudlard en tant qu'enseignante.
Harry hocha la tête. Même si le Quidditch lui manquerait, il savait que cette époque n'était pas adaptée pour le révéler à son meilleur niveau : il avait volé sur un Nimbus 2000 et un Eclair de feu, il ne supporterait pas d'avoir à manier un balai aux performances inférieures. En outre, il avait d'autres priorités.
− La dernière chose, et certainement pas la plus agréable, concerne votre dossier, reprit la sorcière. Grâce à ses connaissances au sein du ministère, le directeur a appris que vous faisiez toujours l'objet d'une enquête. Entre la démonstration offerte pendant le cours du professeur Farewell et votre allusion à la Chambre des Secrets, je vous avoue que je ne suis pas surprise par cette réaction. Préparez-vous donc à être de nouveau interrogé, car même si les Aurors sont plus âgés, diplômés et expérimentés que les élèves, ils nourriront les mêmes soupçons qu'eux sur votre compte !
− Ne vous inquiétez pas, professeur, j'ai déjà un plan.
