Chapitre 26 – Confessions
- Tu parles dans ton sommeil…
Oh non, cela ne pouvait être vrai !
- Ah, tu veux parler de mon cauchemar. Constatai-je.
Il hocha la tête.
- Bella, que me caches-tu pour que tu puisses autant t'inquiéter à propos de notre enfant ? M'interrogea-t-il, sa bouche tout près de mon oreille.
- Tu sais, Edward, ce n'était qu'un rêve. Lui répondis-je la tête baissée, mon dos toujours contre son torse. Au moins, il ne pouvait pas voir l'expression de mon visage où il aurait pu facilement y lire mes mensonges.
Pourquoi avais-je parlé dans mon sommeil, pourquoi fallait-il qu'il découvre déjà ce qui me préoccupait ? Je n'étais pas prête à lui en parler. Je voulais que l'on profite encore l'un de l'autre avec insouciance. Je ne voulais pas le voir en colère ou bien se culpabiliser, il l'était déjà assez pour le moment. Je ne voulais pas ajouter cette souffrance à tout ce qu'il endurait déjà.
- Bella, lorsque j'étais encore humain, je devinais déjà aisément quand tu me mentais ou me cachais quelque chose alors, n'essaie même pas de le faire maintenant que je suis un vampire car j'entends ton cœur qui s'emballe quand tu me réponds. Pourquoi ne veux-tu rien me dire ? As-tu peur de moi ?
Je me retournai aussitôt vers lui pour lui faire face et encrer mes yeux dans ses pupilles ambrées.
- Je n'ai pas peur de toi, Edward. C'est juste que…il nous est arrivé tellement de drames en si peu de temps, ce qui nous a d'ailleurs complètement déchirés et a fini par nous séparer. Je voudrais juste avoir un temps soit peu un semblant de normalité, que l'on puisse retrouver l'insouciance de nos débuts.
Je l'entendis soupirer.
- Bella, ce que tu demandes est impossible, de la normalité, alors que je suis devenu un vampire depuis plus de huit mois. Si tu souhaites que je reste toujours à tes côtés, il n'y aura jamais de normalité. Rien que le fait que moi, un vampire, soit avec toi, une humaine, n'est pas normal.
Il avait raison, je me berçais de douces illusions en voulant une vie normale et le voulais-je vraiment ? Tout ce dont je désirais, c'était lui et notre enfant.
- Tu as probablement raison, j'en demande trop, seulement j'appréhende ta réaction.
- Tu n'as pas à avoir peur.
- Alors dans ce cas, promets-moi de ne pas te mettre en colère.
- Là, tu m'inquiètes Bella, est-ce si grave que cela pour que cela te préoccupe autant ? Dis-moi ?
J'étais au pied du mur, je n'avais plus le choix, je devais lui dire mais par quoi commencer ? J'inspirai à pleins poumons pour me donner du courage et me lançai enfin.
- Edward, tu…tu te souviens de ce qu'il s'est passé lors de ton réveil après ta transformation ? Commençai-je.
- Bien sûr, jamais je ne pourrai oublier ce que je t'ai fait à ce moment-là et je m'en voudrai toute ma vie d'avoir failli te tuer.
Cela promettait d'être très difficile s'il culpabilisait déjà.
- Tu savais aussi que, lorsque Carlisle m'a sauvée, il n'a pas réussi à retirer la totalité du venin, qu'il en restait une infime partie en moi ? Continuai-je.
- Oui, je m'en souviens, il était resté logé dans ton…ventre. Finit-il dans un murmure. Il venait de se figer, les yeux écarquillés, le regard dans le vague fixant un point invisible à l'horizon. Il fronça les sourcils et je vis de la souffrance se dessiner sur son visage. Mon Dieu, ne me dis pas que j'ai fait cela ? Me dit-il en me regardant tout en cherchant une réponse dans mes yeux.
Je me contentai de baisser les miens, ne pouvant affronter ce que je lisais dans son regard. Comme je l'avais craint, la culpabilité était en train de l'envahir et d'assombrir son si beau visage.
Il s'écarta de moi et se redressa pour se mettre debout. Il sauta lestement pour atterrir sur l'herbe haute. Il fit quelques pas puis s'arrêta juste au bord de la rivière, me tournant le dos. Je le vis se raidir et son poing se referma, faisant ainsi ressortir la blancheur de ses phalanges plus pâles encore que sa peau blafarde.
Je me laissai glisser à mon tour sur le rocher pour arriver jusqu'au sol. Je dérapai légèrement et m'égratignai le coude en voulant ralentir ma glissade. Arrivée sur l'herbe, je frottai légèrement ma petite plaie qui me brûlait. Je l'oubliai très vite pour me focaliser sur Edward et je m'avançai pour le rejoindre. Je m'arrêtai juste derrière lui et posai ma main sur son épaule. Il mit sa paume sur la mienne, la serrant étroitement.
- Je suppose que c'est Carlisle qui l'a découvert ? Dit-il, son regard errant toujours sur l'eau que crachait la cascade.
- Oui. Répondis-je simplement.
- Quand s'en est-il rendu compte ?
- En même temps qu'il a découvert ma grossesse… lorsqu'il a aspiré le venin. Lui révélai-je.
- Et que t'a-t-il dit à propos du bébé et du venin ? S'enquit-il, l'inquiétude troublant le velours de sa voix.
- Il m'a dit que le venin, en pénétrant dans mon corps, s'était mélangé aux cellules du bébé. Elles ont fusionné pour ne former plus qu'un. Il supposait aussi que cela avait pu se faire grâce au fait que le bébé avait les mêmes gênes que les tiens donc la compatibilité était totale, d'où la fusion des cellules. Il m'a proposé d'interrompre ma grossesse mais bien évidement j'ai refusé. Comment aurais-je…
- Tu aurais dû accepter. Me coupa-t-il.
- Je…je…comment ? Ces derniers mots venaient de prendre un sens dans mon cerveau. Edward, non, tu ne penses pas réellement ce que tu viens de dire ? Lui demandai-je, abasourdie par son propos, retirant ma main de son épaule.
Il ne répondit pas, restant statufié sur place, le regard toujours dans le vague.
- Edward ? L'appelai-je de nouveau. Edward ? Regarde-moi.
Il se retourna enfin et me regarda, l'expression de son visage était indéchiffrable.
- Pourquoi dis-tu cela ? Demandai-je. Ma gorge se noua et les larmes montèrent au bord de mes yeux.
Il me fixa un long moment avant de battre des paupières comme s'il sortait de sa léthargie et il se reprit.
- Excuse-moi Bella, je n'aurai pas dû dire cela. Je t'ai blessée et ce n'était pas mon intention. Me dit-il en essuyant la larme solitaire qui venait de perler au coin de mon œil. Seulement, j'ignore ce que le venin a pu engendrer comme conséquence sur le bébé. Et si j'avais créé un monstre ? Si, par ma faute, il ne ressemblait plus à un être humain ?
- Edward, ne dit pas cela. Il est totalement inconcevable d'imaginer que ce petit être qui grandit dans mes entrailles puisse être un monstre, c'est impossible et inimaginable. Carlisle surveille ma grossesse depuis le début et le seul effet qu'il ait constaté, pour le moment, est que notre enfant aurait le don de guérir les maux. La plaie que j'avais au cou après l'incident a guéri très rapidement et mes côtes brisées se sont ressoudées en un temps record. Lui expliquai-je.
Ses yeux se plissèrent de nouveau à l'évocation de toutes les blessures qu'il m'avait infligées. Il était si torturé, comment pouvais-je l'aider à part en le rassurant et en étant présente pour lui?
Je m'approchai de lui, me collant contre lui, j'encadrai son visage dans mes mains.
- A part ce petit détail, ma grossesse se passe comme une grossesse tout à fait normale. Le bébé a un cœur qui bat à un rythme régulier, il ne peut pas être un vampire, tu n'as pas à t'inquiéter mon amour, tout ira bien.
- Puisses-tu dire vrai. Pourtant, je ne peux m'empêcher d'imaginer le pire. S'il devenait comme moi, un être à la force inhumaine assoiffé de sang. Et s'il venait à s'en prendre à toi ou à tout autre humain comme tu le craignais dans ton rêve. Comment pourrais-tu te défendre ?
- J'y ai déjà réfléchi. S'il s'avère qu'il est en quelque sorte un demi vampire et qu'il devienne plus fort que moi, la seule solution que j'envisage serait que je devienne aussi un vampire. Proposai-je.
Ses yeux s'assombrir encore plus, il était en colère cette fois-ci.
- C'est absolument hors de question Bella ! Gronda-t-il en retirant mes mains de son visage pour se reculer de quelques pas.
- Edward, si je devenais comme toi, je ne craindrais plus rien de lui, ni de toi et je pourrais le protéger. Me justifiai-je.
- Je préfèrerais plutôt l'éloigner de toi pour qu'il ne te fasse aucun mal.
- Tu ne ferais pas cela ? Je ne le permettrai pas, Edward. Personne ne m'enlèvera mon enfant pour lequel je me bats depuis le début et que tant de personnes veulent m'enlever, tu ne peux pas faire partie de ces personnes, Edward, non pas toi.
Il porta ses mains à son visage et l'enfouit dedans.
- Je …je ne sais pas, je ne sais plus, tout est confus. Je suis perdu et je ne sais plus quoi faire.
Je tendis le bras et posai ma main rassurante sur une de ses joues.
- Ecoute-moi, mon amour. Nous trouverons une solution en fonction de ce qu'il se passera. Seulement, il faudra bien que tu admettes un jour ou l'autre que le plus simple pour nous serait que je devienne comme toi. De toute façon, je n'ai plus le choix. Lâchai-je, accrochant mon regard au sien en attendant que ma sortie fasse son effet, ce qui ne tarda pas.
- Que veux-tu dire ? Demanda-t-il en relevant la tête et en fronçant les sourcils.
Il devait savoir, il fallait qu'il sache que ma transformation était inévitable et imminente. Il allait devoir l'accepter, il n'avait pas le choix.
- Cela s'est passé peu de temps après ton départ pour l'Europe. J'étais chez Carlisle où se trouvaient également Esmé et Alice lorsqu'Aro Volturi, entouré de trois autres membres de son clan, Jane, Alec et Démétri, il me semble, a fait irruption dans le salon.
- Comment ! Tu as rencontré les Volturi ? Non, ce n'est pas possible, ce sont les vampires les plus craints et les plus dangereux qui existent, d'après ce que j'ai pu apprendre chez les Denali de leurs bouches ou par leurs pensées. Ils ne connaissent pas la pitié. Comment mon père a-t-il pu te laisser rencontrer ces êtres ignobles ? Gronda-t-il de nouveau.
- Carlisle n'a pas pu me cacher et surtout, il n'en a pas eu le temps. Il ne s'attendait pas à leur arrivée. Aro a prétendu venir en visite mais il était au courant de beaucoup de choses sur toi et sur moi également.
- Oui, d'après ce que j'ai pu apprendre, il arrive à être toujours au courant de tout, il a le don de pouvoir lire dans les pensées, tout comme moi, mais à la différence qu'il doit être en contact avec la personne pour les percevoir. Son don est infiniment plus puissant que le mien car il pénètre l'esprit tout entier et connaît le moindre de ses secrets ainsi que tout son passé.
- Oh, alors rien ne lui échappe…
- Non, rien. Il réfléchit un instant avant de reprendre. Mais il y a quelque chose que je ne saisis pas bien. Aro est quelqu'un de très pointilleux sur l'application des lois, notamment sur le secret de notre existence. Comment as-tu réussi à survivre à cette rencontre ? Tu étais en très grand danger face à lui.
- Cela n'a pas été facile et encore une fois, je dois mon salut à ton père. Aro a exigé que Carlisle me tue ou me transforme sur le champ puisque j'en savais trop, mais il a refusé en lui dévoilant ma grossesse et en me la dévoilant par la même occasion car je ne savais pas encore à cet instant que j'étais enceinte. Il a aussi joué sur leur vieille amitié et sur le fait qu'en me transformant, il tuerait le petit être humain qui grandissait en moi et cela il ne le tolérait pas. Aro a finalement accepté.
Il regarda au loin au-dessus de ma tête.
- Je suppose qu'il n'a pas dû en rester là et qu'il a dû poser ses conditions. Soupçonna-t-il.
- Oui, en effet, avouai-je à contrecœur, Carlisle a dû lui promettre qu'il me transformerait après la venue au monde de notre bébé.
Il ferma les yeux à mon aveu comme s'il se doutait de ce que j'allais lui répondre, il avait pourtant espéré qu'il puisse en être autrement et qu'il pouvait encore se tromper.
- Ainsi donc, tes jours sont comptés, le terme de ta grossesse touchant à sa fin. Remarqua-t-il d'un timbre neutre.
- Oui, mon destin est scellé. Confirmai-je.
Il fit un pas sur le côté et me tourna le dos, faisant face au rocher sur lequel nous étions assis et enlacés quelques instants plus tôt. Il serra à nouveau le poing et émit un grognement provenant du fond de sa gorge et qui fit écho à des kilomètres à la ronde. Puis soudain, il projeta son poing contre un énorme caillou. Je sursautai, surprise par cette réaction si violente. Le rocher se fissura en milliers d'éclats sous le choc du coup porté.
- Il faut que je parle à Carlisle, il ne peut pas faire cela, je ne le permettrai pas. Il n'a pas le droit de te prendre ta vie alors que tu es en parfaite santé et que tu vas devenir mère, c'est tout simplement impossible à concevoir. Ragea-t-il.
- Edward, il n'a pas le choix, je ne veux pas que ton père ait des ennuis par ma faute. Je savais ce que je risquais en côtoyant ta famille et c'était mon souhait le plus cher : pouvoir devenir comme toi. Cela te simplifiera la vie, tu ne souffriras plus de me sentir à tes côtés, tu n'auras plus à te contenir pour ne pas boire mon sang. Nous pourrions enfin profiter l'un de l'autre sans aucune crainte pour ma vie.
Il se tourna vers moi, je voulais lire toute la bataille qui se passait en lui pour peser le pour et le contre. Son esprit était torturé. Il s'approcha de moi et posa ses mains sur mon ventre. Je sentis aussitôt le bébé réagir à ce contact. Pouvait-il sentir la présence de son père ? Etait-ce un autre de ses dons ?
- Tu oublies le bébé, il aura besoin d'une mère,… humaine. D'ailleurs, je me demandais, si Aro exige que tu sois transformée après l'accouchement, qu'a-t-il dit à propos du bébé ?
Il me toisa d'un air grave en attendant ma réponse.
- Il…il souhaite que je me sépare de lui, toujours en rapport avec leurs lois.
- Oui, il craint sans doute qu'on ne le transforme aussi, or les enfants immortels sont interdits car ils sont incontrôlables et n'évoluent jamais. M'expliqua-t-il.
- Edward, il est hors de question que ça se passe ainsi, jamais je n'accepterai de me séparer de cet enfant, peu importe qu'il soit humain ou vampire. Je commençais à paniquer.
Il dut ressentir mon angoisse car son expression devint plus douce. Il remonta ses mains le long de mes bras où il s'arrêta un instant sur mon égratignure. Il ferma les yeux et déglutit. Il prit une grande inspiration et les rouvrit quelques instants plus tard. Ses doigts reprirent leur ascension pour encadrer mon visage et rapprocher le sien du mien.
- Nous trouverons une solution, Bella, je te le promets. Je vous sauverai tous les deux et je vous protégerai, je t'en fais le serment. Me dit-il en encrant ses yeux dans les miens.
Il se pencha vers moi et déposa délicatement ses lèvres sur les miennes. Je fermai les yeux pour mieux savourer le goût de sa bouche et sentir son souffle se poser sur moi. Je pris à mon tour son visage dans mes mains et enfouis mes doigts dans ses cheveux à la base de son cou.
- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour protéger ma famille. Me susurra-t-il entre deux baisers.
- Edward, je ne veux pas que tu prennes de risque pour moi en enfreignant leurs lois. Je ne veux pas te perdre à nouveau. Je ne pourrai jamais m'en remettre. Je ne peux vivre sans toi à présent. Je n'ai jamais pu y arriver.
- Ne t'inquiète pas pour moi, Bella, je ne risque rien. Me répondit-il tout en esquissant un sourire rassurant.
Je me pressai un peu plus contre lui, approfondissant notre baiser, puis j'enfouis ma tête contre son torse et il cacha son visage au creux de mon cou. Il encercla ses bras autour de mon corps arrondi et déposa un baiser à mi-chemin entre mon épaule et ma nuque.
Je vivais encore un de ces moments où je souhaitais que le temps s'arrête pour savourer indéfiniment cet instant, prisonnière de ses bras.
Mais comme chaque bon moment passé ensemble, il avait une fin.
Je me figeai soudain lorsque je l'entendis pousser un grognement. Il était différent des autres fois où je l'avais entendu gronder. Celui-ci était rempli de haine. J'ouvris les yeux et me reculai pour lui faire face. Je vis son regard dur et froid fixer un point derrière moi. Je me retournai alors pour voir l'objet de son attention mais je ne vis que les arbres qui nous entouraient.
- Qu'est-ce qu'il se passe Edward ? M'enquis-je inquiète.
Ses grognements cessèrent et il reporta son attention sur moi. Il me prit dans ses bras sans me répondre et fila à vive allure tout au fond de la clairière, juste en face de la cascade. Il me déposa, me maintint le temps que je reprenne mon équilibre, puis se recula.
- Reste ici, jusqu'à ce que je vienne te chercher. Tu ne bouges pas quoiqu'il arrive. M'ordonna-t-il.
- Mais, Edward, qu'y… ?
Je n'eus pas le temps de finir ma question qu'il s'était déjà éclipsé. Mes yeux le cherchèrent un instant avant de l'apercevoir enfin. Il se trouvait au même endroit que là où nous étions quelques instants plus tôt. Il me tournait le dos, le regard toujours braqué vers les bois. Il se baissa et s'accroupit comme s'il se mettait en position de défense.
Soudain, j'entendis un hurlement de loup et le bruit des feuilles que l'on foule me parvint. Je vis un loup brun roux émerger des buissons. C'était Jacob, j'en étais certaine, je le reconnaissais à son pelage si particulier.
Il courait à vive allure et se dirigeait droit sur Edward.
- Non, Jacob ! Arrête ! Hurlai-je, mais j'étais trop loin pour qu'il m'entende.
Je me mis à courir dans leur direction sachant très bien que je n'arriverai pas à temps pour empêcher l'affrontement. Jacob bondit dans les airs et Edward fit de même pour aller à sa rencontre. Ils se percutèrent de plein fouet en un bruit assourdissant. Le choc fut violent.
- Non, mon Dieu ! M'épouvantai-je, accélérant mon pas aussi vite que je le pouvais.
Edward retomba brutalement dos contre terre, les pattes du loup le maintenant plaqué au sol. Je l'entendis gronder à son tour et sa mâchoire s'approcha dangereusement du cou d'Edward.
- Non, Jacob ! Arrête ! Criai-je de nouveau. Pitié, laisse-le ! Sanglotai-je, la peur m'envahissant.
Non, mon meilleur ami ne pouvait pas faire cela. Il ne pouvait pas m'enlever l'amour de ma vie, je venais juste de le retrouver. Il ne pouvait pas me faire ce mal. Ses dents acérées n'étaient plus qu'à quelques centimètres de sa carotide, il s'apprêtait à le mordre.
Edward, d'un mouvement rapide, lui envoya un violent coup de pied dans le flan qui le fit voltiger dans les airs pour atterrir quelques mètres plus loin sur ses pattes, tel un félin, mais procurant le temps nécessaire à mon amour pour se remettre debout.
Ils se toisèrent et grondèrent tous les deux à l'unisson. Le loup avança pas à pas, les babines retroussées dégoulinant de bave, contournant son adversaire. Edward tourna sur lui-même de façon à le garder toujours en face de lui.
Il fallait qu'ils arrêtent cet affrontement car cela allait mal tourner, ils allaient finir par se blesser, voire même se tuer. Je pressai toujours le pas pour me rapprocher d'eux, espérant arriver avant qu'il ne soit trop tard.
Jacob s'élança de nouveau vers Edward mais celui-ci fut plus rapide et s'éclipsa promptement pour pouvoir l'éviter. Il lui parla en même temps qu'il évitait ses attaques mais à cette distance, ce n'était qu'un murmure et je ne pus comprendre ce qu'il lui disait. Avait-il deviné que c'était Jacob qui se cachait sous cet animal ? Probablement puisqu'il pouvait lire dans ses pensées.
- Tu te trompes, jamais je ne pourrais lui faire de mal. Réussis-je à percevoir.
A chaque tentative de Jake, Edward réussissait à l'esquiver aisément. Il ne faisait que se défendre et ne tentait aucune attaque contre lui. Mais combien de temps allaient-ils s'affronter ainsi. Il fallait que j'intervienne et que je stoppe la folie meurtrière de Jacob envers Edward. J'étais la seule à cet instant à pouvoir l'arrêter, je savais qu'il m'écouterait.
Je ne me trouvai plus qu'à quelques centaines de mètres d'eux. J'étais à bout de souffle, la corpulence de mon corps m'épuisait trop vite. Mais je persistai et continuai à avancer même si je ne courais plus.
- Jacob, je t'en prie, arrête ! Criai-je entre deux bouffées d'oxygène.
Je fis encore quelques pas de plus lorsque mon pied se prit dans les racines d'un arbre. Je basculai brutalement en avant, poussant un cri de surprise, me rapprochant dangereusement du sol.
Au cours de ma chute, j'avais précipité instinctivement mes mains autour de mon ventre de façon à protéger mon bébé. Cela me valut de nombreuses éraflures sur les bras et le visage mais la hauteur de l'herbe amortit cependant le choc.
- Bella ! Entendis-je la voix de velours d'Edward s'inquiéter mais elle fut aussitôt suivie d'un bruit de coups et de chair que l'on déchiquette.
Je me redressai aussitôt en m'appuyant sur mes mains et je relevai la tête vers eux. Mon cœur s'arrêta de battre lorsque je découvris la scène qui défilait sous mes yeux. Jacob avait profité du moment où Edward s'inquiétait pour moi pour se jeter sur lui et le mordre sauvagement à la gorge. Lorsqu'il se recula, je vis sa gueule complètement recouverte et dégoulinante de sang. Edward tenta tant bien que mal de le repousser mais sans succès, son corps s'étant affaiblit par la blessure que lui avait infligée mon meilleur ami.
A cet instant, j'aurais voulu hurler mais aucun son ne sortit, j'étais choquée et ma gorge était trop nouée pour pouvoir fonctionner. Non, cela ne pouvait pas finir de cette façon, pas après toutes les épreuves que nous avions traversées. Jacob ne pouvait pas débarquer et tout détruire, le détruire. Il ne pouvait pas lui ôter la vie ainsi. Non ! Je ne pouvais l'accepter. Il fallait que je fasse quelque chose. Je tentai de me relever mais ma cheville me fit énormément souffrir. Je ne pouvais que regarder ce qu'il se passait sans pouvoir agir.
Je vis la gueule du loup s'ouvrir à nouveau pour fondre sur mon amour qui luttait toujours. J'allais être la spectatrice de la mise à mort de l'amour de ma vie, de mon oxygène, du père de mon enfant, sans pouvoir lui venir en aide, moi pauvre petite humaine qui étais incapable de marcher jusqu'à lui, mon corps me le refusant. J'étais impuissante devant le spectacle sanglant qui s'offrait à mes yeux. Les larmes montèrent très rapidement et je fermai les yeux pour ne pas voir le massacre de mon Apollon.
Tout était noir et calme. Le silence régnait en maître et je n'osai ouvrir les paupières, terrifiée à l'idée de ce que j'allais découvrir. Je préférai ne pas savoir et ne pas voir ce qui c'était probablement passé. Comment pourrais-je accepter une nouvelle fois sa mort qui, cette fois-ci, serait définitive et irréversible ? Comment pourrais-je me faire à l'idée qu'il n'y aurait plus aucun espoir de le retrouver, qu'il allait vraiment disparaître à tout jamais, qu'il allait quitter cette terre pour rejoindre les cieux ? Non, c'était trop dur de devoir voir la vérité en face. Je voulais que le temps s'arrête pour ne pas découvrir ce qui c'était passé.
Les larmes perlèrent sur mes joues à travers mes paupières fermées. Mon corps fut parcourut de soubresauts et je tremblai de partout.
Je n'entendis rien, à part mes sanglots, le silence était pesant à présent. Soudain, je sentis contre ma joue une main glacée me caresser. Mon cœur s'emballa soudainement.
- Edward, dis-je en ouvrant les yeux, voulant me plonger dans l'ambre de son regard et le voir vivant, l'espoir m'envahissant.
Cependant, il fut de courte durée car je me retrouvai face à un visage féminin familier, encadré de longs cheveux caramel.
- Esmé ? La reconnus-je. Et Ed…Je n'osai prononcer son prénom.
J'orientai mon regard vers ce qu'il se passait derrière elle.
- Bella, il ne vaut mieux pas que tu vois cela, ma chérie. Me conseilla-t-elle.
- Pourquoi, qu'est-il arrivé, comment va Edward, il faut que je sache et que je vois. M'impatientai-je complètement terrifiée.
Je voulais savoir à présent, j'en avais besoin, c'était trop dur d'être dans l'incertitude.
Je relevai la tête pour regarder par-dessus l'épaule d'Esmé qui était accroupie à mes côtés. Mes yeux mirent un moment avant de s'ajuster pour que je comprenne ce qu'il se passait. Je vis Jasper, Carlisle et Alice debout faisant face à Jacob toujours en loup alors qu'Edward était toujours allongé au sol derrière eux. Il ne bougeait plus.
- Mon Dieu, Edward ! M'horrifiai, plaquant ma main sur ma bouche pour étouffer mes sanglots.
Je me redressai et me mis debout puis je commençai à avancer tant bien que mal, faisant fît de la douleur qui traversait ma cheville. La main froide d'Esmé me retint par le poignet.
- Où vas-tu Bella ?
- Il faut que j'aille le voir, que je sache comment il va, je vous en prie Esmé, laissez-moi aller auprès de lui. Lui dis-je en encrant mes yeux implorant dans les siens.
- Très bien mais je t'accompagne.
J'acquiesçai d'un signe de tête et nous nous dirigeâmes vers eux. Esmé me souleva aisément pour arriver plus rapidement et sans me fatiguer auprès de mon amour.
Elle me reposa à quelques mètres de lui. Je parcourus les derniers mètres qui me séparaient de lui et m'accroupis à côté de son corps. Il était allongé et ne bougeait pas. Ses paupières étaient closes et toute la partie gauche de son cou était ensanglantée. Il était complètement figé et on aurait pu croire qu'il était mort mais cela ne se pouvait pas. Il ne pouvait pas s'en aller et me laisser seule. C'était tout simplement impossible.
Mes yeux parcoururent son corps de haut en bas et je constatai une autre blessure sur sa hanche gauche où gisait un énorme trou.
- Oh, non, Edward…Sanglotai-je de nouveau…Non…Edward…je t'en pris…reviens…mon amour…j'ai besoin de toi…
Je posai ma main sur sa joue glacée. J'entendis aussitôt un grognement provenant de derrière moi. C'était Jake, n'approuvait-il pas mes gestes envers Edward ?
- Jacob, calme-toi, tu devrais t'en aller avant de commettre d'autres erreurs. Intervint Carlisle entouré d'Alice et Jasper prêts à bondir sur lui.
La colère envahie tout mon corps et je me précipitai vers mon meilleur ami en claudiquant.
- Bella, que fais-tu ? M'arrêta Alice alors que je tentais de passer entre elle et Jasper pour faire face à Jacob.
- Alice, lâche-moi, il faut que je lui parle.
- Tu n'avanceras pas plus Bella, c'est trop dangereux pour toi.
J'entendis Jake gronder encore plus.
Je me doutais qu'Alice ne me lâcherait jamais alors je lui parlerai à cette distance.
- Jacob ! Pourquoi as-tu fait cela ? Pourquoi l'avoir blessé ? Tu es devenu fou ! Comment peux-tu me faire une chose pareille alors que tu sais très bien ce qu'il représente pour moi ? Je ne comprends pas ton acte et tu me déçois énormément. Lui dis-je, crachant toute ma souffrance.
Il cessa ses grondements et ses yeux devinrent moins durs.
- Va-t-en, tu as fait assez de mal ici ! Va-t-en ! Je me détournai sans un regard de plus pour lui et me précipitai pour rejoindre Edward.
Nous entendîmes alors d'autres hurlements provenant du fond des bois et quelques instants plus tard, trois autres loups firent leurs apparitions et se placèrent devant Jacob, faisant face aux Cullen. Ils grondèrent tous et étaient menaçant. Esmé vint se placer aux côtés de Carlisle pour constituer une barrière infranchissable entre les loups, Edward et moi. C'était la première fois que j'entendais les Cullen gronder à l'unisson, se tenant tous prêts à bondir sur leurs adversaires malgré qu'ils fassent deux fois leur taille. Les loups cessèrent de gronder soudainement, baissant la tête comme s'ils se soumettaient subitement. Ils se séparèrent pour laisser le passage au chef de la meute qui était resté humain et se présentait à nous vêtu d'un simple pantalon marron tout déchiré.
Il hocha la tête en guise de salut. Les Cullen se redressèrent, baissant leur garde pour écouter ce qu'il avait à leur dire.
- Je déplore ce qu'il vient d'arriver, Jacob a complètement perdu l'esprit. Nous dit Sam en s'excusant. Nous allons le ramener à la réserve et essayer de comprendre ce qu'il s'est passé pour qu'il ait pu réagir aussi brutalement.
- Sam, je crois en effet qu'il s'agisse de la meilleure solution. Je ne comprends pas moi-même la raison pour laquelle il s'est attaqué à mon fils mais je compte bien le découvrir. Lui répondit Carlisle.
Sam se tourna vers Jacob.
- Jacob, tu rentres immédiatement avec nous.
Ce dernier se rebiffa et gronda de nouveau
- C'est un ordre. Ajouta son chef.
Le loup rabattit ses oreilles et courba la tête en signe de soumission. Je le vis me regarder et je lui jetai un regard plein de reproches et même de haine pour qu'il comprenne tout le mal qu'il venait de me faire en s'en prenant à Edward.
Les loups firent demi-tour, Jacob fit de même et ils disparurent tous à travers les bois.
Carlisle ne perdit pas une minute de plus et vint s'agenouiller auprès de son fils. Il examina ses blessures. Son visage était indéchiffrable. Je bloquai ma respiration dans l'attente de son verdict.
- Il perd énormément de sang ! Jasper, donne-moi ta chemise.
Ce dernier s'exécuta en une fraction de secondes. Carlisle utilisa le vêtement pour boucher le trou qu'il avait à l'abdomen.
- Est-il…est-il…mort ? Demandai-je en déglutissant difficilement.
- Bella, ne t'inquiète pas, il va s'en remettre, il ne peut pas mourir si facilement. Seules les flammes en viendraient à bout. Il va juste mettre un peu de temps à s'en remettre. Me rassura-t-il en m'accordant un sourire.
Je fermai les yeux et poussai un long soupir de soulagement. Je ne l'avais pas perdu, il était toujours de ce monde. « Merci, mon dieu ! »
- Il a besoin de sang. Jasper, Alice, pouvez-vous aller chasser et nous ramener tout ce que vous trouverez en sang animal ? Ordonna-t-il.
- Carlisle, tu sais que sa guérison serait plus rapide s'il prenait du sang humain. Lui rappela Jasper.
- Je sais mais je n'en ai pas sous la main.
- Je peux lui donner le mien. Proposai-je sans l'ombre d'une hésitation, prête à tout pour l'homme que j'aimais.
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