Chapitre XXV : A l'état Pur
PDV Blaise :
Tout le monde semblait choqué. Un silence de mort régnait dans la salle maintenant que je leur avait avoué le but de la mission, à savoir faire rentrer des cohortes de Mangemorts dans Poudlard. Je voyais bien qu'aucun des petits Gryffons, pas même Potter, n'avait jamais réellement envisagé l'existence des Mangemorts. Harry Potter avait vaincu Voldemort, alors qu'il n'était qu'un bébé. La communauté sorcière célébrait encore cette victoire. C'était la fin de la souffrance et de la guerre. La paix était revenue pour toujours. Enfin ça c'est ce qu'ils croyaient.
En revanche, ce que personne ne soupçonnait, c'est que même sans Voldemort à leur tête, les adeptes de la magie noire étaient toujours vivants. Et tandis que l'Ordre du Phénix lui-même se reposait sur ses lauriers et oubliait peu à peu de se méfier, les Mangemorts se reposaient en silence. Ils se faisaient discrets, pansaient leurs blessures et organisaient leurs forces. Car le jour viendrait où ils prendraient leur revanche, et ils étaient prêts. Tapis dans l'ombre, ils se cachaient et attendaient l'instant propice pour attaquer. Et ils feraient en sorte qu'il n'y ai pas de survivants. Aucun des rouge et or ne semblait avoir déjà pensé à ça. Mais nous, les enfants de Mangemorts, nous avions grandi dans la violence et le chaos. Nous savions ce qui se préparait. Nous savions à quoi nous attendre. Et nous étions prêts aussi.
« - Ok ! Très bien, mettons-nous au travail !
- Hermione…
- Non, il ne sert à rien d'en parler puisque Drago n'a pas réussi à les faire rentrer. Sans vouloir te vexer Drago. Il ne sert à rien d'envisager le pire, n'est-ce pas ?
- Au contraire. Cela sert à nous garder en vie, annonça sombrement Harry. Voldemort a tué mes parents. Il a gâchée ma vie. Je suis donc le mieux placé pour te dire que faire l'autruche ne nous mènera à rien. Si ses disciples sont toujours en vie, et nous savons qu'ils le sont puisqu'ils ont déjà tenté de nous atteindre par le passé, lorsqu'ils ont lâché ce troll sur nous en première année par exemple, nous devons être extrêmement prudents. Nous ne sommes en sécurité nulle part. Surtout que nous sommes des cibles privilégiées.
- Pas nous, affirma doucement Théodore. Nous sommes les enfants des Mangemorts.
- Honnêtement Nott, continua l'élu d'un ton sympathique, j'ai bien moins peur de vous que de vos parents. Je vous ai bien observés depuis que nous sommes dans cette pièce, et aucun de vous n'est un Mangemort. Et je ne parle pas du fait de porter ou non la marque des ténèbres, je parle du fait d'être convaincu que les idéaux de vos parents sont vrais et d'être prêts à tuer pour ça. Aucun de vous ne l'est. J'aurais pu à la limite avoir des doutes sur Malefoy, mais je ne pense pas qu'un Mangemort, même avec toutes les potions et sphère bleues du monde, serait tombé amoureux d'une née-moldue. Vos parents ont fait de vous des combattants surentraînés, c'est indéniable, mais vous n'êtes pas mauvais. Sans compter que vous n'êtes pas les seuls à avoir reçu un entraînement particulier. L'Ordre du Phénix se relâche peut-être depuis quelques années, mais il existe toujours, et il sait ce qu'il fait. Si une guerre se prépare, nous devons le savoir.
- Pour l'instant la potion a raté alors rien ne se passera dans les prochains jours, argumenta Pansy. Mais je vous conseille tout de même de ne dormir que d'un œil.
- Notre priorité pour l'instant, commença Weasley fille en prenant la parole à son tour, c'est de briser les liens entre Hermione et la fou… je veux dire Malefoy. Nous verrons ensuite, une fois que toute la magie aura cessé, si vous êtes vraiment sincères et dignes de confiance. Il est trop tard pour ce matin puisque la sonnerie ne va pas tarder, mais nous nous retrouvons tous ici ce soir à la fin des cours. Maintenant que Zabini peut nous dire quels sont les ingrédients utilisés, nous allons gagner un temps fou. Quand au grimoire, ce n'est pas que je n'ai pas confiance en toi Nott, mais en fait c'est exactement ça, alors je vais le récupérer et je le ramènerais ce soir. »
PDV Hermione :
Les jours passaient à une vitesse effarante. Pour la première fois de ma vie, je n'écoutais pas en cours. Mes professeurs semblaient scandalisés. Moi pour ma part, je m'en fichais. Mes études étaient une de mes priorités dans la vie, je l'admets, mais le fait d'apprendre que Poudlard pouvait potentiellement être envahi par les Mangemorts à chaque seconde qui passait me faisait un peu relativiser. Et me terrifiait aussi complètement. Je ne mangeais plus. Une sorte de boule d'angoisse était tapie au creux de mon estomac en permanence. Je ne dormais plus. A chaque fois que je fermais les paupières, j'imaginais Drago, que j'aimais de plus en plus chaque jour, et Pansy, dont je commençais à être vraiment proche, se jeter sur moi, vêtus de noir des pieds à la tête, et ensuite menacer de me tuer parce que mon sang n'était pas assez pur selon eux.
Je tremblais d'angoisse. J'avais peur pour mes amis de Gryffondor et pour tous les élèves innocents qui vivaient à Poudlard sans se douter que chaque jour qu'ils passaient ici pouvait être le dernier. Étrangement, j'avais également peur pour les Serpentards, ou en tous cas ceux que je fréquentais. Nous passions toutes nos soirées dans la Salle-sur-Demande à étudier le grimoire tous ensemble. Notre groupe était devenu incroyablement proche, comme une espèce de famille dysfonctionnelle qui passerait son temps à hurler et à s'invectiver mais où, au fond, chaque membre aurait beaucoup d'affection pour les autres. Les différences de maisons finissaient par ne plus avoir d'importance après un certain temps. J'appréciais autant Blaise, Théo et Pansy que certains élèves de ma propre maison. Voire même plus, ajoutai-je en mon fort intérieur en pensant à Lavande et Parvati.
Je craignais pour Drago aussi. Je tremblais d'effroi en songeant à tout ce que sa famille pouvait lui faire, surtout s'ils apprenaient pour nous deux. A vrai dire, c'était le cas pour chacun d'entre eux. J'avais sans arrêt peur qu'il ne leur arrive quelque chose, car en tant qu'enfants de Mangemorts, ils étaient aux premières loges de la guerre qui se préparait. J'avais peur que leurs familles les forcent à devenir Mangemorts à leur tour. Ce n'était qu'une fois le soir venu, lorsque je les retrouvais tous dans la Salle-sur-Demande en parfaite santé, que je respirais à nouveau. Jusqu'à ce qu'on les quitte. Je n'en pouvais plus de vivre ainsi. Nous étions tous à bout.
Drago et moi nous accrochions l'un à l'autre comme à une bouée de sauvetage en pleine tempête. Peu nous importait désormais que notre relation ne soit peut-être pas basée sur des sentiments sincères. Cela nous préoccupait bien sûr, mais nous n'abordions jamais le sujet et reléguions cette idée dérangeante dans un coin sombre de notre esprit, ne voulant pas y penser. Nous avions peur tous les deux pour ceux que nous aimions. Et donc peur l'un pour l'autre. Trop effrayés à l'idée de perdre bientôt ce que nous avions, nous profitions au maximum de chaque instant ensemble. On se fuyait comme la peste pendant la journée, mais dès nos retrouvailles le soir dans la Salle-sur-Demande, qui était devenu le repère de notre bande, nous ne nous lâchions plus. Notre relation était parfaite. Et c'était bien la seule chose qui l'était.
Blaise n'était plus que l'ombre de lui-même. Pour quiconque le connaissait, on pouvait dire que Blaise était un farceur. Le premier mot qui nous venait à l'esprit quand on l'évoquait était 'taquin'. Et pourtant, toute la malice de Blaise semblait s'être envolée. Plus de blagues vaseuses, d'humour graveleux, de rires, de cris, de bêtises, de chamailleries, de boutades, de moqueries. On avait l'impression que Blaise, qu'on pouvait auparavant comparer à un arc-en-ciel qui irradiait autour de lui, avait maintenant décoloré. Il était devenu gris et terne.
Théo pour sa part se plongeait dans l'étude acharnée du grimoire. Quand on lui parlait, il répondu vaguement et distraitement, souvent à côté de la plaque d'ailleurs, comme si son cerveau n'assimilait plus les informations qu'il recevait. Sa vie était dédiée à l'étude et à la recherche. Il était absorbé dans de vieux livres poussiéreux du matin au soir, s'acharnant encore et encore à traduire le grimoire, page après page. Il faisait indéniablement de son mieux pour aider mais il cherchait également à fuir la réalité. Le nez dans ses livres à longueur de journée, il arrivait souvent qu'il ne décroche pas un seul mot de toute la journée.
Pansy avait radicalement changé : restant une jeune fille trop maquillée et en apparence naïve et futile en public, elle était devenue une tout autre personne en privé. Dès que nous entrions dans la Salle-sur-Demande, elle partait enfiler des vêtements de sport et demandait à la salle de lui faire apparaître son matériel d'entraînement. Là, pendant des heures, elle s'exerçait à combattre des hologrammes magiques avec acharnement, comme si la révélation de la mission lui avait rappelé qu'elle était une combattante surentraînée. Elle était impressionnante de par sa force et son agilité, mais quand elle faisait des pauses, nous remarquions tous ses mains qui tremblait et ses yeux débordants de larmes. Elle voulait se prouver qu'elle était forte, mais elle avait aussi peur que nous.
Harry de son côté semblait revivre son passé douloureux. Il avait toujours su que les Mangemorts étaient encore vivants et en liberté pour certains, mais il n'en prenait réellement conscience que maintenant. Et cette prise de conscience était cruellement douloureuse. L'annonce de l'existence des Mangemorts l'avait remis face à la mort de ses parents. Brutalement. Les événements avaient ravivé un blessure oubliée depuis longtemps mais jamais vraiment cicatrisée. C'était comme retourner sans arrêt le couteau dans la plaie. Il savait également qu'il était une des cibles prioritaires des Mangemorts et cela lui faisait peur. Harry s'était toujours senti obligé de protéger les gens qui lui étaient chers, aussi avait-il l'impression de nous mettre tous en danger en restant avec nous. Mais il ne pouvait pas non plus se résoudre à nous laisser. Heureusement, Ginny était toujours là pour lui. Elle se montrait attentionnée et compatissante quand il le fallait mais elle savait également le recadrer quand il réagissait de manière excessive. Il n'avait pas fallu plus d'un mois pour qu'Harry tombe enfin sous son charme et ils étaient maintenant ensemble, se cramponnant l'un à l'autre comme nous le faisions avec Drago.
C'est Ron qui me faisait le plus peur. Tout comme moi, il ne mangeait ni ne dormait plus. Mais il avait également arrêté le Quidditch, les échecs version sorcier, et rompu avec Lavande. Tout le même jour. J'avais déjà essayé plusieurs fois d'avoir une discussion avec lui mais il était encore moins réceptif que d'ordinaire. Il m'avait simplement confié qu'il n'avait pas rompu avec Lavande à cause de tout ce qu'il se passait en ce moment pour nous, mais simplement parce qu'il ne l'aimait plus depuis longtemps déjà. Je n'avais réussi à tirer aucune autre réaction de lui.
Pansy en revanche semblait savoir mieux s'y prendre avec lui que moi. Se pensant plus fort parce qu'il était un garçon, Ron avait un jour proposé à Pansy un combat pour lui montrer ce que lui avait appris l'Ordre en matière de techniques de combat. Fort de sa puissante musculature, il était monté sur le tatami pour un combat à mains nues contre la fluette Pansy. Le combat avait duré 28 secondes et Ron s'était fait laminé. Et depuis il en redemandait tous les soirs. Il disait que cela remplaçait ses entraînements de Quidditch, mais personne n'était dupe. Nous avions tous très bien compris que Pansy lui plaisait. Tous sauf elle.
Un soir que nous étions, une fois encore dans la Salle-sur-Demande, quelque chose d'inhabituel se produisit. Comme d'habitude, Ron et Pansy se battaient au corps à corps sur le tatami. Comme d'habitude, Harry et Blaise élaboraient des stratégies pour défendre le château et le maximum de ses habitants en cas d'attaque. Comme d'habitude, Ginny et Drago s'emparaient de la liasse de feuilles que Théo et moi avions transcrites, à la recherche d'informations. Mais contrairement à d'habitude, Théo se leva d'un seul coup en hurlant « J'ai trouvé ! ». En entendant ça, tout le monde arrêta ses activités et se précipita vers le bureau où Théo travaillait depuis pas loin de quatre heures sur la même feuille.
« - Quoi ? Que se passe-t-il ? Qu'as-tu trouvé Théo ?
- La potion, je sais pourquoi elle a cafouillé ! annonça-t-il fébrilement, la voix rauque de ne pas avoir parlé pendant trop longtemps.
- Explique-toi ! tonna Drago au comble de l'excitation.
- Dray', tu as bien dit qu'en faisant la potion, tu avais pensé à Hermione ?
- Oui. Où veux-tu en venir ?
- Et bien il se trouve que la potion que tu as faite était une potion d'appel. Et c'est bien ce qu'elle a fait. Sauf qu'au lieu d'appeler les Mangemorts vers Poudlard, comme c'était prévu au départ, elle a appelé Hermione vers toi. Je parie que c'est à partir de ce moment-là que vous avez commencé à vous sentir attirés l'un par l'autre à chaque fois que vous êtes ensemble. C'est plus qu'une attraction, c'est presque irrésistible ! Comme… le chant d'une sirène par exemple. C'est exactement ce qu'elles font quand elles chantent, elles appellent. Et bien vous aussi. Il y a comme un chant de sirène entre vous, qui vous pousse l'un vers l'autre et que vous êtes les seuls à entendre. Au figuré bien sûr.
- Comment ce 'chant' a-t-il été créé ? demandai-je doucement. Et comment peut-on le détruire ?
- On ne peut pas le détruire.
- Pardon ?
- Enfin si, mais pas totalement. Le 'chant de la sirène' qui vous unit prend racine dans ce qu'on appelle un Sentiment Pur. C'est expliqué en détails dans cette page. Un Sentiment Pur est un sentiment très rare mais très puissant. C'est une connexion naturelle et profonde entre deux êtres humains. C'est l'équivalent sorcier de ce que les moldus appellent des 'âmes sœurs'. Ce lien est indestructible car il est issu de l'amour de Drago, qui est entré dans la potion et t'as appelée.
- Seulement mon amour ? demanda le concerné d'une voix blanche.
- Non, ne t'en fais pas, répondit Théo. C'est un lien à double sens. Si Hermione a été appelée par ton Sentiment Pur, celui que tu as créé pour elle, c'est parce qu'il a fait résonner celui qu'elle avait en elle. Vous êtes des Purs et les Purs vont par paire. Vous êtes très rares car la probabilité de trouver l'autre moitié de sa paire est assez faible. Et la probabilité que l'appel ait lieu est encore plus infime. D'après le grimoire, votre puissance est sans pareille quand vous vous unissez.
- Mais alors ça veut dire… commençai-je d'une petite voix, que nous sommes amoureux l'un de l'autre ? Réellement amoureux ? Ce n'est pas dû à la potion ?
- La potion a une grande influence sur votre relation actuelle, je ne le nierais pas, mais normalement non. Comme je l'ai dit, vous êtes des Purs. »
Mais je n'écoutais déjà plus. Je plongeai mon regard dans celui de Drago et constatai qu'il était aussi abasourdi que moi. Aucun de nous deux ne s'attendait à ça. Des Purs. Nous étions des Purs. Notre amour était pur. Et sincère. Je n'arrivais pas encore à réaliser tout ce que cela impliquait.
« - Nous… nous devrions quand même annuler les effets de l'appel. C'est le seul moyen d'être sûr que notre amour est sincère.
- Oui, d'accord… déclara Théo, légèrement surpris par ma réaction. Je suis presque sûr qu'il l'est, il suffit de vous voir tous les deux ensemble, mais d'accord. Levons le sortilège.
- Mais Hermione… commença le blond.
- Non, commençai-je d'un ton sans appel. Toi tu es sûr Drago mais ce n'est pas mon cas. J'ai trop peur d'y croire et que tout cela se révèle être faux. J'ai besoin de preuves.
- Très bien, je comprends. Mais tu ne viendras pas te plaindre quand je te dirais 'Je te l'avais bien dit' ! »
