Coucou tout le monde. Tout d'abord, un énorme merci à Calimanga, Zign et Laorah qui ont pris le temps de reviewer le dernier chapitre. Merci beaucoup les filles. C 'est toujours un réel plaisir de lire vos impressions et vos avis.
J'espère que le chapitre 26 vous plaira. Bonne lecture.
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Chapitre 26 : Un malaise d'outre-tombe
Qu'a-t-il fait ? Plus il y pense, moins il comprend son comportement. Qu'est-ce qui lui a pris ? Merlin, il est sûr que s'il retourne dans ce couloir, il l'y trouvera encore : prostrée dans la même position entre terreur et dégoût…
Il se revoit, le bassin plaqué contre ses fesses, maintenant ses deux mains dans un étau de fer, lui murmurer dans le creux de l'oreille, que tant qu'elle aurait cette marque imprimée sur la peau, elle serait sienne. Il sent encore le pouls de la jeune femme s'emballer. Il la voit se laisser glisser sur les genoux, face au mur, quand il la lâche… comme pétrifiée.
- Zini, un double !
Il lui faudra au moins ça pour oublier. Lui qui appréhendait son retour, de quoi sera fait demain ? Ce n'est pas comme s'il pouvait se permettre de laisser filtrer le moindre malaise quant à ce qu'il vient de faire. Un suçon, il lui a fait un suçon ! Il laisse tomber son front dans la paume de sa main. A-t-il cherché à marquer son territoire vis-à-vis de Malefoy – il songe avec un rictus éloquent qu'il aurait pu s'y prendre d'une façon bien moins élégante – ou bien a-t-il voulu lui faire peur ? Pour aussi horribles que puissent paraitre certains de ses agissements, il ne s'était jamais comporté comme un animal. Pire : comme un adolescent.
« Sois honnête ! C'est à toi que tu as besoin de prouver qu'elle t'appartient et tu as voulu qu'elle ressente ton emprise. »
Il ne lutte même plus contre cet intrus omniprésent. Aussi désagréables et déplacées que soient ses remarques, elles sont, malheureusement, souvent bien vues…
Pour faire enrager Marcus Malefoy ? Non… même s'il est certain que lorsqu'il apercevra cette marque, il perdra toute illusion d'obtenir sa primeur. Pour tenter de tenir tous les autres loups de la meute en respect… Pour qu'elle comprenne… pour se rassurer ?
- Tss… un autre !
Pourquoi s'être livré à cette mascarade ?
« Parce qu'elle t'a provoqué et que tu avais une furieuse envie d'elle ! »
Dans un accès de rage, il jette son verre encore à moitié plein qui se brise dans l'âtre. Durant quelques secondes, les flammes montent si haut à l'intérieur de la cheminée qu'elles lèchent les pierres ouvragées qui en ornent le sommet. Ce serait se mentir à lui-même que de nier qu'il a eu le plus grand mal à ôter ses mains, à quitter sa nuque, à se décoller du corps encore humide et tremblant… en deux mots : à garder le contrôle.
Il pensait qu'elle contribuerait à rendre son été divertissant et moins morne. Il n'imaginait pas s'encombrer d'une nouvelle source de problèmes. Après avoir passé près de la moitié des vacances scolaires enfermé à Poudlard pour fuir sa présence, il ne saurait nier que les deux semaines restant avant la rentrée des classes vont être longues. L'ennui aurait peut-être été préférable… Gérer Potter sera peut-être même plus supportable que cette abominable tension qu'il doit endurer au quotidien. D'ailleurs, rien qu'à imaginer les impertinences du jeune homme, ses regards arrogants dont il balaye tout ce qui l'entoure…
Quelque chose se tort dans son estomac. Le regard suffisant de Potter… les yeux de Lily… un éclat de rire cristallin se rappelle à son souvenir. Son nom honni prononcé avec tant de douceur qu'il pourrait presque paraitre charmant. Les coudes appuyés sur ses genoux, il prend son front à deux mains.
Qu'est-il en train de faire ? Comme s'il avait le temps pour ces enfantillages… la brûlure dans son estomac s'accentue. Comme s'il en avait le droit… comme s'il le désirait vraiment.
Tout ce qu'il voudrait…
Il se relève promptement. Non ! Il ne faut pas. Il ne doit pas !
« Tu te l'imagines candide à ce point ? »
Il ne s'agit pas que d'elle.
« De qui d'autre ? »
… Lily…
« Lily ? »
Oui.
« Ne me dis pas que tu éprouves de la culpabilité à l'égard d'une promesse faite à une morte ! »
…
« Il y a plus de quinze ans. »
…
« Aux yeux de qui tu n'avais d'ailleurs pas plus de valeur qu'une bombabouse après date limite d'utilisation ! »
…
« Pathétique ! »
Sans doute.
« Ce n'est pas comme si Lily avait un jour eu à cœur que tu lui restes fidèle. Elle ne t'a même jamais regardé ».
L'étau qui comprime sa gorge se resserre.
Tu ne m'apprends rien.
« Ce n'est pourtant pas la première fois que tu en culbutes une autre, sans état d'âme, sans jamais avoir eu le sentiment de la trahir. »
C'est différent.
« Parce que ? »
Il ne s'agissait que de pulsions physiques, de besoins basiques à assouvir.
« Et pas avec elle ? »
… si.
« Plus qu'avec Lily ? »
Je sais ce que tu es en train de faire. Ne te fatigue pas ! Elles n'ont rien en commun. Elle était spontanée, vive, intelligente et rayonnante de vie…
« Parce qu'il est évident que ce n'est pas le cas de ta souillon… »
Elles n'ont rien à voir l'une avec l'autre : Lily était rafraîchissante et brillante. Elle irradiait de beauté tout ce qui l'entourait.
« Sauf toi… »
…
« Tu sais qu'elle a ce potentiel en elle. On ne lui a simplement jamais donné l'occasion de l'exploiter. Quel genre de fille aurait-elle été si elle n'avait pas perdu ses parents ? Si sa condition de sorcière n'avait pas été brimée ? Si elle n'avait pas fini à la rue ? Si elle n'avait pas croisé ta route… tu te poses souvent la question ! Et c'est la réponse qui te vient à chaque fois qui te culpabilise à ce point. »
NE LES COMPARE PAS ! Elles n'ont rien en commun !
« C'est vrai… C'est même parce qu'elle n'est pas Elle que tu te détestes tellement. Mais si ça avait été elle, tu te haïrais encore davantage ! »
Lily était un désir chaste… je l'ai aimée. Et elle a été la seule.
« Un « désir chaste »… Ce n'est pourtant pas la vertu que tu as chevillée au corps. »
Non mais je m'y efforçais. Je ne supporte pas de désirer ce que je ne peux avoir.
« Parce qu'elle tu penses pouvoir l'obtenir ? »
Elle, je ne la « veux » pas !
« Mais tu la désires… »
Ca n'a rien à voir.
« Ardemment… sinon elle n'aurait pas ravivé cette culpabilité au sujet de Lily. »
Crois-tu qu'elle ait réellement un jour disparu ?
« Certes non… mais elle n'a jamais été de cette nature auparavant. »
…
« Il s'est toujours agi de la culpabilité d'avoir réduit sa vie en miettes… pas de celle de son éclipse par une autre… »
Personne ne pourra jamais l'éclipser ! Ni la remplacer… Jamais !
« Mon cher Severus que tu te trompes de problème. Sans mettre en doute la sincérité de tes sentiments envers Lily Evans, ne serait-ce pas le poids de ce remords qui t'oblige à lui rester fidèle ? »
Balivernes !
« Vraiment ? Si tu n'avais pas commis l'immense erreur de dévoiler la prophétie au Seigneur des Ténèbres et que Lily Evans était encore en vie, elle ne serait plus pour toi aujourd'hui qu'un amer souvenir, un ancien amour de jeune garçon éconduit. »
Tu ne peux pas comprendre !
« Ou peut-être au contraire que je comprends mieux que tu ne voudrais l'accepter. »
STOP !
Ce qu'il n'accepte plus ce sont ces intrusions d'une « conscience éclairante » dans son esprit. Jamais il ne parvient à les éviter et ces parties de ping-pong l'épuisent. Il ne veut pas réfléchir à tout ça maintenant. Il n'en a pas la force, pas ce soir.
D'un geste nonchalant et harassé, il dépose son second verre sur la commode et se met en quête de la lettre litigieuse. Si Malefoy a eu la présence d'esprit d'écrire à la jeune femme afin de se ménager le plus de chances possibles qu'elle la reçoive, il n'aura pas eu l'inconscience de ne pas faire de même à son attention de sorte qu'il ne puisse pas jouer sur la corde du manque de conventions pour lui refuser sa présence lors de ce bal... Evidemment, son courrier est resté à son bureau et comme il n'a pas très envie de courir le risque de la trouver là où il l'a laissée, il transplane directement dans la pièce au rez-de-chaussée. Sur son bureau, une pile gargantuesque de lettres et autre gazette de sorcier l'attend. Il ne lui faut pas longtemps pour démêler les courriers importants de ceux qui partiront directement au feu sans même avoir été ouverts. Entre une revue scientifique et un exemplaire de la gazette, il tombe sur une petite enveloppe couleur chair, scellée par un morceau de cire gravé d'un serpent. Il la tient quelques secondes entre ses doigts avant de prendre place dans son fauteuil et de la décacheter d'un coup sec. Contrairement à ce à quoi il s'attendait, la missive n'est pas de Marcus Malefoy mais de Lucius.
Mon cher Severus,
Tu n'es pas sans savoir que Septembre est un mois spécial et plus particulièrement cette année-ci. Je ne parle bien sûr pas de la rentrée scolaire et des pénibles préparatifs stériles qu'elle implique à ton égard – il ne peut empêcher ses dents de grincer face au manque de considération criant de la part de Malefoy –, mais tu t'en doutes, de l'accession à la majorité de mon fils : Drago.
Evidemment, comment aurait-il pu en être autrement…
Pour l'occasion, nous organisons au manoir comme il est de coutume dans notre famille, un grand bal costumé auquel tu es bien évidemment convié. Je connais ta répugnance à l'égard de ce genre d'évènements et il va de soi que je ne m'appesantirais pas sur l'importance de ta présence lors de cette fête si elle ne l'était pas pour Drago.
Cela va de soi… Toujours plus soupçonneux, il continue sa lecture.
Cela étant, il me semble nécessaire de te prévenir que ta moldue de servante va elle aussi recevoir d'ici peu un carton d'invitation. Je peux d'ici imaginer ta réaction et avant que tu ne m'accuses de quelque manigance que ce soit, je préfère te préciser que la brillante idée n'est pas de moi. Si mon neveu n'avait pas lourdement insisté pour qu'elle soit des réjouissances, elle aurait au meilleur des cas, aidé au service.
C'est ça oui… il a encore en mémoire la dernière fois que Lucius a sollicité ses « services ».
Toujours est-il que j'ai jugé préférable de t'en informer moi-même avant que ton poil ne se hérisse au moment où ton insolente te présentera sa lettre.
Alors c'est de ça qu'il s'agissait…
Je t'avoue ne pas savoir exactement ce qui lui passe par la tête mais il semble être très intéressé par ta domestique. Avant de tenter de le faire déshériter pour démence, je pense qu'il vaut mieux lui laisser le bénéfice du doute.
L'espace d'un instant, il s'interroge. Est-ce que Lucius lui non plus n'est pas au courant de ce que prépare Marcus ou bien feint-il l'ignorance dans le but de ménager leurs rapports ? D'un côté, il lui parait assez invraisemblable que Malefoy senior prenne le risque de ruiner la si importante fête de son fils unique, simplement pour assouvir les caprices de son neveu. De l'autre, il est convaincu qu'il n'a aucun intérêt à lui cacher la véritable nature des intentions de cet avorton… Sans doute, croit-il lui aussi à l'insouciance d'une jeunesse fougueuse… aussi insouciante et dépourvue de malice que peut l'être celle d'un Malefoy.
Marcus viendra te l'enlever pour préparatifs le 29 août. Fais-moi parvenir ta réponse par retour de hibou dès que tu auras pris ta décision.
Bien à toi.
Lucius Malefoy.
Il froisse la lettre entre ses doigts blafards et se laisse glisser contre le dossier de son fauteuil. Il aurait dû s'en douter : Marcus Malefoy n'aurait jamais eu le cran de se frotter à lui en personne. Il reconnait bien là les façons d'agir de l'auguste famille de mangemorts. La question qui se pose maintenant c'est : que va-t-il faire ? Va-t-il permettre à ce cancrelat de venir dérober sa propriété à sa barbe et sous son propre toit ou va-t-il répondre à Lucius que son neveu fera sans la présence de la jeune femme ? Après tout, il est lui aussi prévu au banc des invités et même s'il est vrai qu'il déteste ce type de réjouissances, il ne peut pas la laisser là bas, seule. Il ne peut pas non plus lui donner l'impression de la chaperonner. Il perdrait doublement la face. En outre, l'empêcher de se rendre au manoir alors qu'elle brûle de lui prouver qu'il est dans le faux concernant les intentions de Marcus à son égard, constituerait un aveu d'échec de sa part. Et d'un autre côté, elle se rendra compte par elle-même de l'ampleur de sa stupidité.
Il exhale un long soupir.
Elle ira. Lui aussi mais elle n'en saura rien. Il connait d'ores et déjà la teneur de sa réponse à Lucius. Il ne tarde pas à la rédiger et charge Zini de la lui faire porter.
Il rejette la tête en arrière et lâche un grognement. Le 29, c'est dans deux jours… Il ne supporte pas l'idée de voir ce misérable entrer dans sa demeure, le pas conquérant, un sourire victorieux rivé aux lèvres pour quitter les lieux sa servante arrimée à son bras. L'image lui arrache une nouvelle et sonore manifestation d'agacement. Que ce morveux ne pense pas s'en tirer à si bon compte il sera là et il veillera à ce que la soirée ne soit pas trop bonne… Surtout, il veut assister à la chute spectaculaire qu'elle va subir lorsqu'elle tombera du piédestal fictif sur lequel elle se pense juchée… même s'il aurait préféré que cela se passe en comité restreint : une seule personne, elle et ses yeux pour pleurer. Il n'a jamais aimé les effusions à étages multiples. Ni le partage. Il se demande quelle tête elle fera lorsqu'elle comprendra. D'ailleurs – il ouvre le premier tiroir de son bureau et s'empare d'un petit morceau d'étoffe bleu nuit – il va falloir qu'il se penche sérieusement sur « ce problème-là » aussi et qu'il prenne enfin une décision.
Dans la pénombre de la pièce, un reflet argenté éclaire son visage alors qu'il déplie le tissu.
Oui, il est plus que temps. Sans doute s'y emploiera-t-il après les festivités…
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J'espère que ce petit chapitre vous a plu. L'épisode du bal... j'espère qu'il vous plaira. Je lance la machine pour la suite?
