Je sais que ce chapitre fait assez mal, Dean affronte les conséquences de ses mensonges, et Castiel… voilà. Castiel pète les plombs à sa manière

Les choses vont s'arranger, même si on ne dirait pas pour l'instant

Encore merci

Bisous

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"Ruby?" fait Dean, en donnant un léger coup contre la porte. "Est-ce que tu sais où est Sam?"

"Ça fait plusieurs heures qu'il est parti… prendre l'air, je suppose," les yeux levés vers lui. "Je suppose. Il est très en colère."

"Il va bientôt faire nuit, et ça m'inquiète de ne pas savoir où il est."

Ruby se mord la lèvre, hésitante. "Je ne sais pas quoi te dire, Dean," répond-elle. "Essaie peut-être de-"

"Il ne répond pas au téléphone," en secouant la tête. "J'ai déjà essayé plusieurs fois, et il rejette mes appels. Est-ce que vous… vous en avez parlé?"

"Non," un coude sur le bureau. "J'ai entendu, mais il est parti avant que je puisse l'intercepter. Et je ne crois pas qu'il ait réellement envie d'en parler, avec moi ou avec qui que ce soit."

"Qu'est-ce que tu ferais, à ma place?"

"A ta place, je n'aurais pas menti."

Dean ne peut pas s'empêcher de relever les traces de reproches dans le ton de sa voix, légèrement accusatrice. Il soupire. "Tu dois m'en vouloir, toi aussi," en détournant les yeux pour la énième fois aujourd'hui. "Je suis-"

"Sors d'ici," derrière lui.

"Sammy," avant de lui faire face. "Je-"

"Je viens de te dire de sortir," crache Sam. "T'as rien à faire ici."

Des heures passées dehors n'ont pas suffi à apaiser la colère qui le ronge, la colère et plus que tout, cette déception, la douleur cuisante de savoir que son propre frère peut mentir les yeux dans les yeux pendant si longtemps. Sam n'a fait que marcher dans les rues et dans le froid, sans s'arrêter, à la recherche de ce qu'il n'a pas trouvé.

La rage qu'il n'a pas réussi à calmer fait tressauter sa mâchoire. "Dégage, Dean," avec un geste ferme en direction du couloir.

Il ne regarde pas son frère, qui ravale bruyamment sa salive en hochant la tête, puis relève les yeux pour accrocher les siens. "D'accord," dit-il. "Je comprends et je vais m'en aller. Je suis vraiment désolé, Sammy," avec un pas vers le couloir.

Sam fronce les sourcils, attiré par le léger hématome près de sa pommette. "Il t'a frappé?"

"Hein?"

"Ta pommette," en agitant la main. "Cet espèce de sale… ce sale connard t'a frappé?"

"Sammy…"

"Répond à ma question," plus dur.

"J'arrivais plus à me contrôler, et c'est rien… c'est juste une gifle," haussant les épaules. "C'est juste une gifle."

Sam secoue la tête, dédaigneux. "Juste une gifle?" répète-t-il. "T'as un bleu comme s'il t'avait mis son poing dans la gueule. Et s'il le faisait, tu laisserais passer, hein? C'est jamais rien, avec toi, c'est jamais grave. Tu l'idéalises tellement que tu ne vois même pas qu'il aurait dû y rester, en taule. Je ne sais pas ce qu'il t'a fait, je ne sais pas ce qui s'est passé quand tu travaillais avec lui, mais je suis curieux de savoir jusqu'où il a pu aller, à quel point il a pu t'utiliser pour arriver à obtenir exactement ce qu'il voulait. Mais là encore, c'était rien, je sais… je sais que c'est ce que tu vas me dire. Il t'a complètement foutu en l'air, mais c'est jamais rien."

"S'il te plaît, Sam… je voudrais qu'on en parle et que-"

"Et le pire… le pire, dans tout ça, c'est que tu lui fais confiance," tristement. "Tu as choisi de me mentir parce que tu as plus confiance en lui qu'en moi. Alors excuse-moi, Dean, excuse-moi d'avoir un peu de mal à te regarder. Tu peux être désolé tant que tu veux, je m'en fiche, et je veux que tu dégages."

Dean inspire calmement pour ne pas fondre en larmes. Il hoche la tête et se retourne vers la porte. Une fois dans le couloir, il lui adresse un dernier regard par-dessus son épaule. "Ce n'est pas que je ne te fais pas confiance, Sammy, ce n'est pas ça," dit-il. "J'avais juste besoin de lui et toi non, et je suis désolé d'avoir pensé que tu ne pourrais pas le comprendre."

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Castiel quitte les bureaux suffisamment tôt pour ne pas avoir à croiser Dean une nouvelle fois. Une fois de plus ou une fois de trop.

Il claque la porte de son appartement derrière lui et balance sa veste sur le canapé. Il se dirige vers la chaine-hifi, près de la télévision, appuie sur quelques boutons, et les douces notes d'une mélodie jouée au piano emplissent l'air autour de lui, sans pour autant calmer sa colère. Il se glisse sous un jet d'eau glacée, comme si souvent quand il ne peut plus vraiment se contrôler, et gronde d'exaspération quand la sonnette de l'entrée le sort de ses pensées.

A la hâte, il enfile un bas de survêtement et attrape une serviette pour se sécher les cheveux.

La sonnette, encore une fois, et puis quatre coups contre la porte. Castiel serre les dents mais l'ouvre quand même. "Je peux savoir ce que tu fais là?"

"J'ai le droit d'entrer?" doucement.

"Non," en croisant les bras.

"Je suis venu parce qu-"

"Ça ne m'intéresse pas, Dean."

Il commence à refermer la porte, agacé lorsque Dean plaque sa main contre le bois pour l'en empêcher. "Attends, Cas… attends, s'il te plaît," presque dans une supplique. "Je t'en prie."

"Qu'est-ce que tu veux?"

"Je suis désolé, Cas, je-"

"Oui, tu es toujours désolé," plein de dédain. "Tu passes ton temps à dire que tu es désolé, mais c'est à peine si tu le penses. Je peux l'entendre dans ta voix, tu sais, à quel point tu-"

"S'il te plaît," répète Dean.

Castiel secoue la tête et plonge les yeux dans les siens. Et pour la première fois, il ne ressent pas seulement cette forme de résignation, cet amour qui surpasse tout le reste. La colère boue sous la surface, le consume de l'intérieur et donne envie de faire mal. Il l'attrape brutalement par le bras pour l'attirer plus près de lui.

"Cas…?" surpris par cette violence plus brute qu'il a du mal à reconnaître.

Il se laisse pourtant faire, certain que Castiel ne lui fera jamais de mal, peu importe à quel point il peut lui en vouloir.

La porte claque derrière eux, couvre un instant le bruit du piano qui joue toujours sur la chaîne hi-fi, et Castiel agrippe son poignet trop fort pour l'entraîner dans la cuisine.

"Qu'est-ce qu'on fait?" en peinant à suivre le rythme. "Où tu… Cas, où est-ce que tu m'emmènes?"

Castiel ne répond pas. Il le force à pivoter sur lui-même et attrape son visage entre ses mains, écrasant ses lèvres contre les siennes, sans la moindre douceur. Le baiser est violent, exigeant, et Castiel lui laisse à peine la liberté de répondre. Il y met fin mais reste immobile, souffle, avant de brutalement faire pression sur ses épaules.

Sans hésiter, Dean se laisse tomber à genoux devant lui et s'empresse de défaire le nœud de son survêtement pour le baisser, en même temps que le boxer noir que Castiel porte en dessus. Celui-ci étouffe un grondement, baisse les yeux vers lui comme pour prévenir, puis s'enfonce d'un coup de rein dans sa bouche, lui arrachant un gémissement.

"Ne bouge pas," quand Dean essaie de le prendre plus profondément.

Docile, Dean se contente d'ouvrir plus grand la bouche, bien qu'un peu gêné par l'intrusion trop brusque. Ses mains retombent toutes seules, à plat sur ses cuisses alors que Castiel pose les siennes à l'arrière de sa tête, entamant un va-et-vient au rythme plutôt impersonnel. Il agite les hanches plus vite pour s'enfoncer plus loin dans la bouche de Dean, qui gémit plus fort, de plaisir ou d'inconfort. Il se laisse manipuler sans bouger, les yeux fermés pour se concentrer et contrôler du mieux qu'il peut ses réflexes.

C'est probablement trop rapide, trop brutal, et Castiel sent, il sent le plaisir grandissant qu'il éprouve à utiliser ce que Dean veut bien le laisser prendre. Il s'arrête. Il respire calmement, la chaleur ravage le bas de son ventre et l'envie de continuer à bouger grandit jusqu'à devenir presque insoutenable. Plus doux, il caresse les cheveux de Dean du bout des doigts puis finit par se retirer en le relâchant.

"Cas?" en relevant la tête.

Castiel lui fait signe de se lever, silencieux, l'attrape par les hanches et le pousse jusqu'à ce que son dos heurte le comptoir derrière lui. Il enfouit doucement son visage dans le creux de son cou, inspire et respire son odeur, le souffle de Dean brûlant à son oreille.

Un certain temps, ils ne bougent pas, l'un contre l'autre sans plus savoir qui soutient qui.

Castiel si solide et si familier, Dean se laisse aller dans la chaleur de sa peau nue et glisse une de ses mains entre eux.

"Non," en claquant sa langue contre son palais. "Si tu me touches, je n'en aurai plus assez pour toi."

"T'es pas obligé de-"

"Je ne veux pas t'entendre," coupe Castiel.

Aussitôt, ou peut-être même avant de les prononcer, il regrette ses mots. Des mots qui sonnent comme si Dean n'était qu'un autre corps sans valeur, un autre homme dont il ne veut pas connaître la voix. Un autre qu'il ne veut pas regarder dans les yeux. Castiel regrette ce qu'il dit mais ne le retire pourtant pas.

Il resserre sa prise sur ses hanches pour l'aider à se hisser sur le comptoir, et commence rapidement à défaire sa ceinture d'une seule main, alors que l'autre fouille dans le tiroir le plus proche, à la recherche d'un flacon de lubrifiant et d'un préservatif qu'il cale entre ses dents. Il ne le déshabille qu'à peine, déboutonne sa chemise et baisse son pantalon à mi-cuisse sans le lui retirer.

Le souffle de Dean se coince dans sa gorge. Il écarte les jambes, détendu pour se laisser faire.

Ce qui suit est doux, trop doux au contact de la colère que Castiel ressent sans essayer de la cacher. Il ne cache rien, et Dean sait à quel point sa douceur prépare la brutalité.

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"Dis-moi… si c'est trop pour toi," un moment plus tard. "Dis-moi, Cas, si tu ne veux pas-"

"C'est à toi de me dire, si ça devient trop pour toi," coupe Castiel, en retirant ses doigts pour reprendre le préservatif, toujours calé entre ses dents. "Ne me laisse pas faire ce que tu ne veux pas que je fasse simplement parce que tu crois mériter une punition que je n'ai pas envie de te donner. Est-ce que c'est clair?"

"Oui."

Castiel acquiesce, il déroule rapidement le latex sur lui, puis grogne de satisfaction quand Dean croise les chevilles dans le bas de son dos.

"Accroche-toi," en passant ses deux mains sous ses fesses pour le soulever, cherchant l'angle plus que parfait.

Dean enroule ses bras autour de son cou, s'accroche de toutes ses forces en étouffant un gémissement entre ses dents serrées. D'abord la douleur, alors que Castiel le pénètre d'un seul coup, puis le contentement et le plaisir des quelques secondes qu'il lui laisse pour s'habituer.

Quelques secondes, et Castiel le repose sur le bord du comptoir pour agripper fermement ses hanches.

Ses coups de reins sont presque violents, sa respiration erratique et le rythme toujours si impersonnel. Il laisse son empreinte sur les hanches de Dean mais se détourne quand celui-ci lève la tête pour l'embrasser.

"Cas?" en s'accrochant plus fort comme pour attirer son attention.

"Je t'ai dit de te taire."

Il retient son souffle pour retenir l'orgasme, sans cesser d'aller et venir en lui. Dean le serre entre ses jambes, la tête posée sur son épaule et le corps tremblant. "Plus fort," souffle-t-il à son oreille. "Plus fort, s'il te plaît."

Dean sent les larmes qui roulent sur ses joues, de plaisir et de frustration, frustré de comprendre que Castiel n'a pas envie de ce qu'il est en train de lui faire. Tous ses gestes sont calculés, dans le simple but de le faire jouir, lui. Il se retient, respire à peine, mais Dean se perd quand même. Il se noie dans sa chaleur et la brûlure de ses mains sur sa peau, parce qu'il sait que c'est Castiel, il veut que ce soit Castiel et personne d'autre.

Peu importe s'il refuse de l'embrasser ou de croiser son regard.

Brusquement, Castiel attrape un de ses bras pour prendre sa main. "Touche-toi," en la posant sur son sexe. "Je ne vais pas faire tout le travail tout seul."

Il guide sa main entre ses jambes, ne ralentit pas le rythme de ses coups de reins tout en pressant la main de Dean. Celui-ci finit par obéir, il commence à bouger lentement de haut en bas, trop lentement comme s'il ne voulait pas que ça se termine. Castiel pose sa main sur la sienne, l'obligeant à aller plus vite. Il observe son visage, ses traits tendus par le plaisir avec lequel il se débat, comme s'il luttait contre.

"Fais un effort pour moi, Dean," tout bas, en mordant violemment la peau douce de sa gorge, là où la marque est visible.

Un dernier coup de bassin, et malgré la douloureuse frustration, Castiel se retire aussitôt, juste au moment où Dean jouit en arquant légèrement le dos. Il ferme les yeux et s'accroche, et son corps n'est plus qu'une masse tremblante sur le comptoir.

Castiel le soutient tout le temps que dure son orgasme, tout ce temps qui semble durer des heures, puis le relâche et se retourne.

"Cas?" un peu perdu, en se tenant aux bords du comptoir pour ne pas tomber.

"Rhabille-toi," dos à lui.

"Pourquoi tu continues pas?" les pensées trop peu cohérentes. "T'as pas-"

"Rhabille-toi et rentre chez toi," en retirant le préservatif pour le jeter dans la poubelle avant de remonter son survêtement. "Va-t'en, Dean."

Maladroit, celui-ci descend du comptoir en remontant son pantalon. Il rattache sa ceinture, se lave les mains dans l'évier et tente de s'approcher, doucement, tout doucement de Castiel qui ne se retourne pas. "Rentre chez toi," répète-t-il.

Dean l'attrape par le bras en le contournant pour lui faire face, sa chemise toujours à moitié ouverte. Il prend sa main et la porte à ses lèvres. "Laisse-moi faire," en mordillant délicatement le bout de ses doigts. "Laisse-moi finir ce que j'ai commencé."

"Tu as eu ce que tu étais venu chercher," en le repoussant, sans un regard dans sa direction. "Va-t'en."

"C'est pas ce que je suis venu chercher," les larmes aux yeux.

"Dégage d'ici, Dean," un ton plus haut.

"Tu es… là, c'est trop pour moi," murmure Dean. "Tu as dit de ne pas te laisser faire ce que je ne veux pas que tu fasses. Je ne veux pas que tu fasse ça, Cas, je ne-"

Castiel agrippe violemment son poignet pour le traîner derrière lui jusque dans l'entrée. "Je t'ai dit de t'en aller," crache-t-il. "Dégage."

"Non, non, non, Cas," en se débattant, sans pour autant réussir à l'empêcher de le pousser en dehors de l'appartement. "Je t'en supplie, non, tu ne peux pas me-"

"Supplie tant que tu veux," en secouant la tête.

"Castiel… Cas, pourquoi…?"

"T'étais jaloux de tous ces gars que je baise n'importe où, eh bien voilà, Dean," avec un sourire. "T'es comme eux, maintenant. Un coup d'un seul putain de soir. Et tu ne restes pas, tu te rhabilles et tu dégages."

Il claque la porte et tourne la clé. Son cœur explose, éclate en mille morceaux, et Castiel se déteste, déteste les mots qui sortent de sa bouche.

Dans le couloir, il n'entend pas les pas de Dean s'éloigner, il n'entend rien d'autre que le rythme cassé de sa respiration. Et le coup de poing contre la porte.

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Dean dévale les escaliers, s'emmêle quasiment dans ses pas et une fois au bas des marches, s'accroche à la rampe pour ne pas s'effondrer. Le sang bat dans ses tempes, et Dean n'arrive plus à respirer. Il se sent mal au point d'avoir envie de vomir, il se sent sale.

Les larmes roulent sur ses joues, brûlantes, la douleur écrasante, comme si elle cherchait un moyen de sortir.

Sans savoir comment, il se retrouve dans sa voiture, le cœur pulvérisé, il griffe ses avant-bras jusqu'à sentir la peau à vif et le sang sous ses ongles. Et puis, seulement guidé par la souffrance plus aigüe, il démarre et conduit, probablement trop vite. Il se gare en bas de l'immeuble, sort de l'Impala et gravit les marches quatre à quatre, sans plus ressentir l'angoisse ou l'appréhension. Sans plus rien ressentir qu'une insupportable douleur et la peur de tout ce qu'il se sent capable de faire pour l'étouffer.

La lumière de la cuisine est allumée, et Dean s'arrête, deux pas avant d'entrer, deux pas avant Amélia. Celle-ci relève les yeux, debout derrière le plan de travail. Ils se regardent un très long moment, puis :

"Est-ce que tu t'es blessé volontairement?" demande-t-elle, avec un geste vers ses avant-bras.

"Oui," parce que Dean ne trouve plus le courage de mentir.

"Il faut qu'on parle, toi et moi, tu sais?"

"Je sais," en s'approchant.

Amélia pose le paquet de riz qu'elle a dans les mains, contourne le plan de travail et s'approche. "Viens t'asseoir," en se dirigeant vers le salon.

Obtempérant sans un mot, Dean se laisse tomber dans le canapé, les yeux braqués sur son profil lorsqu'Amélia ouvre le tiroir de la table basse pour en sortir la trousse de secours. "Je peux…?" en faisant mine d'attraper son poignet.

Dean acquiesce en silence et tend les bras devant lui. Il se tait, serre les dents quand le désinfectant pique les plaies, peu profondes mais si lourdes de sens. Si douloureuses. Amélia soigne doucement, tout en essayant d'accrocher son regard sans vraiment y arriver. Dean fuit, Dean se détourne, et ses mains tremblent.

"Dean?" en levant les yeux vers lui, puis une main sur son visage. "Est-ce que tu as reçu un coup?"

"C'est rien," la voix un peu cassée. "Amy, je-" en ramenant ses bras contre lui. "Je suis… désolé. Je suis vraiment désolé. Crois-moi, je suis-"

"Tu es désolé," coupe Amélia. "Oui, j'ai compris."

Dean ravale sa salive comme de l'acide, incapable de sortir les mots. "Je suis-"

"Arrête," en secouant la tête. "S'il te plaît. Arrête. Ce n'est pas ce que j'ai envie d'entendre, à quel point tu es désolé. Ce n'est pas ce que je veux entendre."

"Qu'est-ce que tu veux entendre?" dans un souffle.

"La vérité, pour une fois… dans notre relation, pour une fois, je veux la vérité."

"Pour une fois?" répète Dean.

Elle lève une seconde les yeux au plafond, une seconde, et puis retombe sur la trace de morsure dans son cou, si évidente sur la peau de Dean. "Il y a quelque chose, entre toi et Castiel?" demande-t-elle. "Et je ne te parle pas de ce qu'il y a eu, Dean, je te parle de ce qu'il y a maintenant."

"Oui," simplement.

"Est-ce que… est-ce que tu l'aimes?"

Ses propres mots lui déchirent le cœur, mais Amélia sait qu'elle ne peut plus vivre sans entendre les siens, cette vérité qu'il a tant de mal à lâcher.

"Oui," murmurant plus qu'autre chose.

"D'accord," les larmes aux yeux. "D'accord."

"Je suis désolé, Amy," en agrippant sa main. "Je suis désolé et tu sais… je t'aime, je te promets que je t'aime. On peut arranger les choses, on peut-"

"Est-ce que vous avez couché ensemble?" immobile.

Une nouvelle fois, comme à chaque fois, Dean se détourne. Il se mord la lèvre et ne répond pas. Amélia serre sa main plus fort. "Est-ce que vous avez couché ensemble?" le ton plus ferme. "Dis-le, Dean. Dis la vérité."

"Oui," après ce qui semble durer une éternité. "Oui, j'ai… je suis désolé. Il y a eu cette conférence, et New-York et on était seuls, et je… et ce soir, c'était… je-"

"Ce soir?" avec un mouvement de recul. "Tu viens de…? C'est ce que tu étais en train de faire?"

"Amy-"

"Deux fois, ce n'est plus une erreur, deux fois, c'est… rien de tout ça n'est une erreur. Je suis l'erreur. Dean? C'est ça? Je suis l'erreur?"

Dean se tait. Amélia est une erreur, comme tout ce qu'il a fait dans le simple but d'oublier. D'oublier Castiel.

"Réponds-moi," un ton trop haut. "Pour une seule fois dans ta vie, Dean, réponds sans mentir."

"Je suis désolé."

"T'es désolé," sans faire attention aux sanglots qui écrasent sa voix. "Combien de fois je te l'ai demandé? Je t'ai demandé de me le dire, si tu voulais qu'on se sépare, si tu l'aimais encore ou si tu… je t'ai demandé de ne pas me faire ça, et tu… tu m'as menti pendant des semaines, tu as menti. Le jour de notre mariage, tu as menti. On s'est mariés, ça ne voulait rien dire et tu le savais. Mon Dieu mais… qu'est-ce que je peux être stupide. Je suis stupide."

"Amy," sans rien trouver d'autre. "Je suis-"

"La ferme," sèchement. "Je ne veux rien entendre, rien de ce qui peut sortir de ta bouche," en se levant. "T'étais pas obligé de me faire ça. Tu pouvais le dire, Dean, je t'ai laissé tellement, tellement d'occasions de tout me dire. Mais ça, tromper et… je suis encore ta femme. Ça ne vaut rien pour toi, je sais, mais je suis encore ta femme. J'étais encore ta femme il y a une heure quand tu couchais avec quelqu'un d'autre."

Dean ferme brièvement les yeux. "Amy," suppliant.

"Il a laissé une marque sur toi," vaguement dégoûtée. "Il laisse des marques sur toi. Demande-toi pourquoi, Dean. Il laisse des marques parce que ça ne lui suffit pas de baiser mon mari, il fallait aussi qu'il-"

"Arrête," en mordant violemment l'intérieur de sa joue. "Je t'en supplie, arrête."

"Tu veux que j'arrête?" pleine de dédain. "Tu es si bon menteur, Dean, vraiment… tellement bon quand il s'agit de tromper et de mentir. Et c'était évident, pourtant, cette façon que tu as de le regarder, de lui parler, de te tourner vers lui quand tu ne sais pas quoi faire. Même ta façon de le repousser… tu le repousses en l'attirant vers toi. Il a menti pour toi, tu sais? Ce soir-là, quand il m'a aidée à te ramener, ivre mort, il a menti. Tu mens pour lui, il ment pour toi. Et je suis stupide. J'ai compris depuis longtemps mais quoi… qu'est-ce qu'on dit, déjà? Il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir."

Amélia étouffe les sanglots, ravale ses larmes et serre les dents. "Tu détruis tout autour de toi," lâche-t-elle. "Tu souffres tellement, tu souffres au point de vouloir faire du mal à chaque personne qui s'approcherait un peu trop près de toi. Tu te fais du mal et tu fais du mal, tu ne sais faire que ça. Alors vas-y, dis-moi que j'ai tort, que tu n'as pas passé des années marié avec moi quand tu ne pensais qu'à lui. Dis-moi que tu n'as pas souffert d'être avec moi quand tu voulais être avec lui, dis-moi que je te suffisais. Dis-moi que j'ai tort, Dean."

"Tu as raison," en se levant à son tour.

Ses mains tremblent mais Dean serre les poings. Contient la douleur. Il hoche la tête. "Tu as raison," encore une fois.

"Comment tu peux en arriver là, Dean?" en soufflant.

Dean garde le silence, incapable du moindre petit mot de plus.

"Je veux que tu t'en ailles," avec un signe du menton vers la porte d'entrée. "Je ne peux… je n'arrive pas à te regarder."

"Amélia…"

"Je veux que tu t'en ailles, et je veux que tu t'en ailles maintenant."

Le cœur de Dean rate un battement, puis se retourne dans sa poitrine. Il ouvre la bouche, et tout ce qui vient, c'est un "je suis désolé." Encore et encore, Dean est désolé de toujours tout détruire et d'être si incapable de ne pas faire souffrir. Dean est désolé. Il ravale sa salive et acquiesce. "D'accord," du bout des lèvres, à peine audible.

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Il referme doucement la porte derrière lui, conscient que la douleur qu'il ressent est à la hauteur de celle qu'il inflige. Et cette fois, il ne dévale pas les marches, il descend lentement, comme pour ne pas tomber. Il reprend le volant, prudemment parce qu'il ne se fait pas vraiment confiance.

Distraitement, il compose le premier numéro qui lui vient à l'esprit, même si quelque part, dans ce coin reculé de son esprit, Dean sait que ce n'est pas la bonne chose à faire. Il sait.

John décroche avant même la deuxième sonnerie, et Dean prend une grande inspiration pour s'éclaircir la voix. "Papa?" fait-il. "Désolé d'appeler si tard mais je… est-ce que je peux venir à la maison?"

"Bien sûr," après un court moment. "Tu as toujours ta chambre."

"Ok," les yeux braqués sur la route.

"Qu'est-ce qui ne va pas?"

"Eh bien," avec un rire. "Demande-moi plutôt ce qui va. Mon frère ne veut plus m'adresser la parole, et ma femme vient de me virer de mon propre appartement. Parce que je l'ai trompée deux fois en moins de soixante-douze heures, et je-"

"Deux fois?" en tiquant.

"Fais-moi la leçon, vas-y."

"Tu veux que je te fasse la leçon?" demande John. "Tu dois le savoir tout seul, que tu aurais pu attendre un peu. Divorcer, tu sais. Pour ensuite pouvoir coucher avec qui tu veux sans tromper qui que ce soit."

"Je sais," en prenant un virage. "Tu es sûr que ça ne te dérange pas si je-"

"Mais non, Dean," en le coupant. "Tu peux venir à la maison. C'est toujours chez toi, et c'est très vide. Tu peux venir. Je vais changer les draps."

Dean a un petit sourire, étrangement rassuré d'entendre son père et la douceur dont il peut faire preuve parfois. Rarement, John est plus conciliant, patient et presque prévenant. Rarement.

"Merci, papa."

"Pas de problème," simplement. "Et tu peux entrer sans frapper."