Spoilers : uniquement les quatre premiers tomes.
Rappel : le scénario de cette histoire a été pensé bien avant la sortie du cinquième tome, il ne se base donc que sur les quatre premiers. Il ne pourrait donc y avoir la moindre référence aux cinquième tome et à plus forte raison au sixième ! Si jamais vous en trouviez, elles ne seraient que purement fortuites !
Disclaimer : HP&C° sont la propriété de Rowling. Je n'ai aucun droit légal d'écrire ce texte, mais je jure que je ne gagne aucun argent. Prière de ne pas poursuivre en justice. Merci.
Avertissement : G ou K+
Rappel sur les personnages :
- Xino : Elfe de Maison avec lequel James a sympathisé. (ch12)
- Dia (Diablotine) : le chat nain de James. (ch1 et suivants)
- Irina Norgoth : Gryffondor, 5ème année. Amie de Lily. Descendante d'une famille célèbre d'Empoisonneurs, elle est fiancée à Harker et fait partie des Aspirants Mangemorts. Alors qu'Irina devait passer les vacances de Noël à Poudlard, elle a été rappelée dans sa famille juste avant l'attaque des Mangemorts. Lily et Irina se sont séparées fâchées (ch18).
- Névée Wight : Gryffondor, 5ème année. Meilleure amie de Lynn. Elle a été tuée par Eternat (ch22) lors de l'attaque des loups-garous (ch14). Elle était particulièrement douée pour confectionner des vêtements (ch14).
- Lynn Amberson : Gryffondor, 5ème année. Amie de Névée et des Maraudeurs. Elle est amoureuse de Sirius qui le lui rend bien, même si ni l'un ni l'autre n'a jamais avoué ses sentiments. Jeune fille pleine de vie habituellement, mais le sort semble s'acharner sur elle. Il est à noter qu'elle rappelle très fortement quelqu'un à Harry.
et les habituels...
Quelques petits éléments…
- Les petites ailes d'Hermès : cadeau que Sirius a reçu à Noël et qui permet de courir très vite et de faire des bonds gigantesques. (ch17b)
- Œil-de-Lynx : artefact magique qui permet d'enregistrer sons et images (ch13), Harry a eu un modèle réduit à Noël (ch 17b).
- Le bourdon de Thanatos Torrack : arme très puissante dont Voldemort cherche à s'emparer et qui est dans la famille Potter depuis quelques générations (ch22). James l'a reçu en cadeau de Noël (ch17b), ce qui fait de lui l'héritier légitime des Potter, au mépris de la généalogie (ch23). Le professeur Dumbledore aimerait bien que la Défense puisse bénéficier de cette arme, mais Henry Potter, le père de James, s'y oppose (ch23).
- Illusion : jeu de quêtes et d'apprentissage inventé par Esther Black, la mère de Sirius, qui permet de vivre des aventures virtuelles (ch18).
- les Anampas : cartes qui permettent de lire l'avenir, elles peuvent interférer sur le cours des événements. Moïra s'en est servi pour tirer Dumbledore d'une mauvaise situation et le permettre de prendre part aux combats (ch22).
- la montre de Harry : Elle permet de trouver les personnes (ch9), mais il faut donner leur nom complet (ch12).
- Draco et ses baguettes : Lucius a gardé la baguette de Draco (ch20). Torr a donc laissé sa baguette à Draco pour qu'il ne soit pas sans défense (ch22).
Résumé du chapitre précédent : La bataille entre la Défense et Voldemort qui a fait rage entre les murs de Poudlard est enfin achevée. Les blessés et les morts sont nombreux. James et Sirius doivent tous faire face aux décès de leurs mères. L'état du père de Sirius, Pâris Black, est encore incertain. Meredith Adhonores doit être faite Dryade si elle veut survivre au sort noir qu'elle a reçu, mais cela signifie que Remus ne pourra plus la voir. À moins qu'ils n'enfreignent l'interdit formulé par la reine des Dryades. Draco, aidé par Moïra, doit faire face à l'avenir qui l'attend s'il choisit de suivre le chemin tracé par son père. La mémoire de Harry, pour des raisons d'équilibre psychique (« l'abus de Mantra Noir est mauvais pour la santé mentale et physique »), a été effacée. Il a tout oublié des cinq mois qu'il a vécu dans le passé en compagnie des Maraudeurs. Forcément, tout l'étonne, mais ce qui le surprend peut-être le plus est d'apprendre qu'Ethan Torr, le professeur de Défenses contre les Forces du Mal, c'est lui. Un lui de vingt-sept ans revenu une seconde fois en 1975.
Notes : vous trouverez ci-dessous l'ultime chapitre des Portes et son épilogue. Le point final enfin à une folle aventure commencée pour les plus endurants (et patients) il y a cinq ans, six pour moi. J'avais au début prévu de terminer avant la parution du tome5... Comme tout le monde peut le constater, c'est un peu rapé. Ma seconde borne était la parution du tome7. Et cette fois, j'ai tenu ! Fic terminée avant que la saga ne s'achève ! Ou à peu près, car il y a de fortes chances que j'ajoute quelques bonus et annexes, revenez donc de temps en temps. Une fois par an. Comme d'hab' quoi !
Remerciements : Merci à tous ceux qui ont lu, corrigé, critiqué, commenté, attendu... Merci d'avoir fermé les yeux sur mes erreurs, bourdes, incohérences et élucubrations... Merci pour les dessins, les mails, les coups de téléphone, les encouragements... Merci à tous ceux qui ont inspiré cette histoire, certains détails et autres noms... Merci à Rowling aussi pour ses personnages et son univers. Et enfin, merci à ceux qui n'ont pas aimé.
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Chapitre 24 – La salle des anges
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– Là ! Il fallait qu'elles aillent se cacher là ! De tous les recoins moisis de ce vieux château décrépi, elles ont bien évidemment choisi le plus inaccessible ! râlait Malfoy.
Assis à même le sol, Harry gardait les yeux fixés sur les Portes. Draco faisait de même, mais debout pour éviter de se salir.
– De quoi tu te plains ? soupira Harry. On les a trouvées, non ? Tu ne crois pas que l'humeur générale devrait plutôt être à la réjouissance ? Pas à la plainte ?
– C'est facile pour toi ! Tu ne te souviens pas des cinq derniers mois.
– Merci de me le rappeler et de ne rien me raconter.
– Cinq mois à crapahuter tous les soirs dans un château plein de courants d'air, crois-moi, tu ne manques pas grand chose !
– Ce n'est pas vraiment à cet aspect que je faisais allusion, marmonna Harry.
– Sans parler du préjudice moral d'avoir dû effectuer ces recherches en ta compagnie, continuait Malfoy. Et quand je pense que tu savais depuis le début où elles étaient !
– Ok, pour la millième fois : je n'en savais rien.
– Ok, pour la mille et unième fois : lui, toi, vous êtes la même personne. Même empreinte, même plaisir malsain à me contrarier. Par votre, par ta faute, corrigea-t-il, j'ai frôlé la mort un nombre incalculable de fois.
– Ne me fais pas rire ! répliqua Harry. Ton nombre incalculable de fois sera toujours inférieur au nombre effectif de fois où j'ai failli mourir.
– Quel égo ! Il faut toujours que tu ramènes tout à toi, renifla Malfoy.
Harry s'étrangla d'indignation : « Moi ? Moi ? Je ramène toujours tout à moi ? Moi ? »
– La preuve ! En une phrase tu as dit quatre fois "moi". Typique des égocentriques !
Harry prit une profonde inspiration. Si Malfoy avait manifesté le même comportement durant les cinq mois, Harry était finalement tout à fait prêt à croire que le Serpentard avait frôlé la mort (par strangulation, noyade, combustion, violence gratuite…) un grand nombre de fois…
– Sérieusement, reprit Malfoy, pourquoi nous obliger à chercher pendant cinq mois ces Portes, si tu savais où elles étaient ? C'est de l'inconscience ! Et quand, enfin, sa Majesté daigne nous sortir du brouillard, au lieu de nous donner, je ne sais pas… une localisation. Non, il préfère nous donner deux obscurs indices.
Harry renonça à répondre une mille et unième fois qu'il n'était pas le professeur Torr et qu'il ne savait donc pas quelles étaient les motivations de l'autre lui. Toutefois, il pouvait imaginer…
– Je suppose que je… qu'il n'a rien dit parce que tu m'avais dit que je ne l'avais pas fait. Donc, tu vois, en fait, c'est de ta faute.
– Je déteste la logique temporelle, grommela Malfoy, après un silence stérile de quelques secondes.
Un petit sourire s'épanouit sur les lèvres de Harry. Mouché !
Au final et malgré les récriminations de Malfoy, les deux indices donnés par l'autre Harry (qui arborait de nouveau les traits du professeur Ethan Torr), une fois correctement interprétés, les avaient bien guidés jusqu'aux Portes de Rowena Serdaigle. Ils n'avaient pas eu le temps de se réjouir, que le professeur Dumbledore avait surgi d'un coin sombre de la pièce. Il leur avait formellement interdit de quitter la salle ou de communiquer avec qui que ce soit.
– Et qu'est-ce qu'on a le droit de faire alors ? demanda insolemment Malfoy.
– Attendre.
Quoi ? Ils n'en surent rien, mais depuis ils attendaient. Ou plutôt, Malfoy geignait et Harry patientait.
OoO
La salle commune de Gryffondor se taisait. Sirius était assis en plein océan Atlantique. Façon de parler. Il avait déployé un planisphère gigantesque sur le sol et, aidé d'un manuel de Magies du Monde et d'une plume à papote, il prenait des notes. Remus avait oublié le livre ouvert sur ses genoux et fixait le vide. De temps en temps, la tristesse le submergeait, mais d'un coup de talon, d'un sursaut de volonté, Remus refaisait surface et retournait à son historiographie de Bélinda Bétamolle. Pour quelques minutes. Peter, abruti par les potions de Madame Pomfresh, somnolait sur le sofa. Et Lily écrivait. Dernièrement, elle écrivait beaucoup, des lettres (surtout à Norgoth) ou dans un cahier relié de cuir brun. James aimait la regarder noircir les pages de son écriture pointue. Sa tête se penchait légèrement sur le côté et ses sourcils se fronçaient. Quand elle chassait la bonne idée ou le mot juste, ses doigts s'égaraient dans sa chevelure, entortillaient des mèches. Elle mordillait ses lèvres aussi. La chasse devait être décevante car le peu qu'elle écrivait, elle le raturait aussitôt. L'encre était effaçable, pourtant Lily s'entêtait à garder ce réflexe moldu. Elle soutenait que les erreurs ne devaient pas être effacées car elles avaient également guidé le cheminement de la pensée. « Il est important de ne pas oublier ses erreurs, James. »
James ne faisait strictement rien. Avachi dans un fauteuil, Dia sur les genoux, il laissait ses idées défiler. Elles s'enchaînaient libres et décousues. Les liaisons étaient un peu flottantes. Sa mère. Le bourdon. Sans sa mère. Orphelin. Orpheo. Lily. Sirius. Remus. Peter. Les blessures. Les morts. Le bourdon. Que faire ? Demain. Dans une semaine. Que faire ?
– Est-ce qu'il reste des cookies ? demanda Lily, relevant le nez de son cahier.
On répondit par la négative. Qui avait tout mangé sans penser aux autres ? Sirius jurait d'en avoir mangé que deux. Peter assurait qu'il ne pouvait rien avaler et que si on pouvait arrêter de parler nourriture, ce ne serait pas plus mal. Remus signala à Sirius qu'il en avait mangé plus que deux, ce à quoi Sirius répondit qu'il en avait peut-être mangé trois, mais c'était toujours moins que les six de Remus. Et qui était allé chercher les gâteaux ? signala Remus. Lily répliqua que là n'était pas la question. Sirius approuva. James se leva, ramassa la corbeille vide et se dirigea vers le portrait de la grosse dame rose.
– James ? Où vas-tu ? demanda Peter.
– Chercher des cookies.
Le silence retomba dans la salle commune de Gryffondor.
OoO
Harry étudiait sa main gauche. Alors même qu'il savait qu'un sort masquait l'état réel de sa main, il ne voyait rien de plus qu'une main tout ce qu'il y a de plus normal. Cinq doigts bien faits, avec le bon nombre d'articulation. La coloration n'avait rien de maladive. Les articulations semblaient se plier normalement. Les os ne paraissaient ni tordus, ni trop longs. Une main et un bras, tout ce qu'il semblait de plus normal. Et pourtant... Son double plus âgé lui avait fait passer un gant de dissimulation et avait ajouté : "Va voir Remus, quand tu rentreras. Il saura quoi faire." Et c'était tout. Et maintenant, Harry devait vivre avec ce bras immonde qui lui donnait la nausée, qui le répugnait et qui lui rappellerait toute sa vie combien il avait été stupide.
Le poignet droit de Harry avec son Bracelet du Silence était finalement bien mieux lotti. Sans grande conviction, Harry essaya de retirer le bijou. Peine perdue. Il le savait, il avait déjà essayé plusieurs fois auparavant. Même s'il comprenait toute cette histoire de ne rien perturber la chronologie, être en présence de ses parents et ne rien pouvoir dire… Il observait les inscriptions gravées dans le métal. Mais ce qui le fascinait le plus était les cicatrices que le bijou avait infligées à sa peau. Ces marques attestaient des cinq mois qu'il avait vécu dans le passé, elles disaient son envie (son besoin) de parler. Il aurait dû les détester, il les chérissait. Elles étaient ses douleurs et ses bonheurs faits chair. Le doigt léger, il en parcourait les sinuosités, comme un diamant frôle la surface d'un disque pour en révéler la musique, pour libérer les notes prisonnières. Si seulement les souvenirs pouvaient s'incruster de la même manière dans la peau.
D'un geste sec, Malfoy fit tourner autour de son poignet le Bracelet du Silence qu'il portait.
– Je ne vais vraiment pas regretter 75-76 !
– Je ne peux pas dire, répondit Harry, je n'en ai pas vu grand chose.
– Tu n'as rien manqué.
– Cinq mois avec mes parents.
– Ils ne sont pas tes parents, déclara froidement Malfoy.
Harry se redressa, plein d'orgueil blessé. Malfoy ne se formalisa pas.
– Ils sont juste des élèves comme toi ou moi, explicita-t-il.
– C'est déjà mieux que des échos.
OoO
James avançait dans les couloirs sans trop réfléchir, mû par l'habitude. Les quelques armures qui tenaient encore debout avaient regagné leurs socles. Plus besoin de chercher un chemin, de se demander quel détour suivre. James s'arrêta devant une armure à laquelle il manquait un bras et une jambe ; elle tenait d'aplomb grâce à sa lance.
– Et encore celle-ci est plutôt en bon état comparée aux autres.
James se retourna, un portrait le regardait par-dessus ses lorgnons.
– Le château a beaucoup souffert, mais personne ne s'en occupe. Heureusement que la magie qui circule entre les pierres est vive, si ça n'avait pas été le cas, il y aurait…
James n'écoutait plus, il observait l'armure. Rien. Aucune émotion. L'amputation de ses membres ne l'affectait pas, pas plus que la perte de ses camarades ne l'atteignait. Avoir cœur et chair de métal était peut-être la meilleure des situations. James reprit sa marche sans s'occuper du portrait qui gémissait et vociférait :
– Mais bien évidemment, tu es comme tous les autres, tu t'en fiches ! Vous vous en moquez bien vous, les En-Chair de ce qui arrive aux Pigmentés. Mais vous avez tort de nous mépriser ainsi, car vous pourriez vous aussi devenir de la peinture dans un cadre. Et alors…
James était déjà loin.
OoO
– Tu ne vas vraiment rien regretter ?
– De quoi ? demanda Malfoy.
– De ces cinq mois ?
– Je me demande bien ce qui pourrait me manquer.
– Des amis que tu te serais faits, proposa Harry.
– Je t'en prie ! dit Malfoy avec un mépris non dissimulé.
– J'oubliais ! Les Serpentard n'ont pas d'amis.
– Juste des relations.
– Et tes parents ?
Malfoy haussa les épaules.
– Et Moïra Carolis ?
– Occupe-toi de ton mélodrame ! aboya Malfoy.
Zone sensible malfoyenne touchée ! Bon à savoir.
OoO
Les Elfes de Maison s'étaient rassemblés devant la cheminée et jouaient avec des petits os. Ils s'interrompirent quand ils aperçurent James à l'entrée de la cuisine. Xino se mit aussitôt au service de James qui réclama cinq goûters. « Cinq ? répéta Xino. Monsieur Potter n'en veut pas six ? » James secoua la tête : Orpheo n'était pas compris dans le compte. Les deux Knight avaient repris leur investigation à travers le château. Et cela arrangeait bien James.
Depuis qu'Orpheo avait perdu la mémoire, James avait l'impression de retrouver le garçon qu'il avait rencontré au début de l'année. Il avait les mêmes sursauts, les mêmes regards et surtout les mêmes émotions dans la voix. Mais ce qu'il y a cinq mois paraissait étrange à James, était maintenant criant de sens. James comprenait, déchiffrait, décryptait et il détestait ça. Et il détestait Orpheo. Non, il ne le détestait pas. C'était compliqué. C'était emmêlé. Futur, présent, passé, tout s'imbriquait si serré qu'il n'était plus possible de faire le tri dans ses émotions et dans ses sentiments. James devait aimer Orpheo. Il l'aimait. Mais pas comme il fallait, pas comme Lily aimait Orpheo, pas comme il se devait de l'aimer. Est-ce que ça faisait de lui un monstre ? Oui, bien sûr qu'il était abominable de ne pas aimer Orpheo. Quel genre de père n'aimait pas son fils ? Mais James ne se sentait pas père, il n'était pas père, quoiqu'en dise la génétique. Comment pourrait-il être père ? Il n'avait que quinze ans ! Et son fils avait le même âge que lui. C'était absurde ! Totalement absurde ! Et il n'avait jamais couché avec une fille. Bon sang ! Il n'en avait même jamais vue une nue ! Absurde…
James s'assit sur un tabouret, coude sur la table et tête dans la main. Il faisait chaud et ça sentait bon. Il demanda une tasse de thé. On s'empressa de le servir. Il touillait. On lui apporta un panier rempli de victuailles. Il touillait toujours. Quelque chose bouillait dans une marmite. Xino demanda si Mr Orpheo Knight et Mr Silver Knight avaient trouvé la salle, James marmonna une vague réponse. Une horloge tictaquait. Le jeu d'osselets reprit.
James observait les Elfes de Maison déployer une dextérité impressionnante. On l'invita à participer. James accepta, essaya deux, trois fois puis renonça. Les Elfes n'osèrent le moquer, mais James vit bien les sourires amusés.
OoO
– J'ai du mal à me reconnaître dans le miroir.
Harry leva paresseusement les yeux vers Malfoy.
– Ce n'est pas tant que le visage de Silver Knight me manque, loin de là ! continua Malfoy. Mais en cinq mois, j'ai beaucoup changé. Or, habituellement, on ne se rend jamais compte que l'on change. Je comprends un peu mieux les exclamations de ma grand-mère, maintenant.
Effectivement, en sept mois (1), Draco Malfoy avait considérablement changé. Il avait beaucoup grandi, bien sûr (facilement dix centimètres, peut-être plus), son visage s'était allongé, ses traits s'étaient durcis, sa voix avait mué… Diable ! Harry avait lui-même beaucoup changé. Il s'était à peine reconnu dans le miroir.
Ils n'avaient pas recouvré les traits de leurs identités d'emprunt. À quoi bon ? On leur avait posé des questions : pourquoi ces déguisements ? comment se faisait-il que Harry était le portrait craché de James ? et pourquoi Malfoy avait tant une tête de Malfoy ? Ils avaient éludé, inventé, détourné… Harry s'était trouvé particulièrement peu convaincant, pourtant, à l'exception de Peter et Sirius, on ne lui avait guère posé davantage de questions. Harry en était venu à se demander si les autres n'étaient pas au courant. Il avait remarqué que Remus lui prêtait souvent secours en étayant ses mensonges, quant à Lily, elle lui assurait son soutien en rappelant à tous que Harry était amnésique, qu'il avait été grièvement blessé et qu'il méritait qu'on le laisse tranquille. Quant à James… Harry avait l'impression que James l'évitait.
– Est-ce que tu crois que cinq mois ont également passé dans le présent ?
Harry allait répondre que tout dépendait du moment où il retournait dans le présent, que le temps vécu dans le passé ne se répercutait pas forcément sur la durée d'absence, quand l'absurdité de la situation le frappa : Malfoy lui faisait la conversation et sans l'insulter à chaque phrase qui plus est.
– Rassure-moi ! Pendant ces cinq mois, toi et moi… nous ne sommes pas devenus amis. N'est-ce pas ? s'inquiéta Harry.
– Loin de là ! s'indigna Malfoy.
– Bien ! Ça m'aurait embêté de savoir qu'en plus de mes souvenirs, j'avais perdu tout sens commun.
– Pourquoi cette question ?
– Parce que, sans aller jusqu'à dire que tu as été agréable, tu as quand même eu un comportement tout à fait civil depuis…
Harry allait dire "ce matin", mais il pouvait, en toute honnêteté, remonter au moment où il s'était réveillé en 76.
– Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu es atteint d'une maladie incurable et tu redoutes de te réincarner en cancrelat dans ta prochaine vie ? Si tu crois que tu vas pouvoir purifier ton karma en te comportant correctement, je t'arrête tout de suite : c'est trop tard. Au mieux, tu hériteras de la carapace du cafard.
– Très drôle, grinça Malfoy. Le sens de l'humour, c'est fourni en compensation de la tragédie grecque ?
– Ah ! C'est déjà mieux. Là, je te retrouve. Pendant un instant, j'ai cru que tu étais détraqué et je n'ai aucune idée de comment on répare les crétins narcissiques dépourvus de moralité.
– Et si je n'ai pas envie d'être réparé ?
Harry dévisagea Draco Malfoy. Le Serpentard soutint, imperturbable, le regard de Harry. Il y avait quelque chose dans ses yeux, dans son attitude de différent. Quelque chose, mais quoi ? Harry ne parvenait pas à mettre un nom dessus. Il ne s'était jamais suffisamment intéressé au personnage pour vraiment saisir les modifications plus ou moins subtiles que ces cinq mois dans le passé avaient opérées chez Draco Malfoy.
– Qu'est-ce qui t'est arrivé ? demanda Harry.
Malfoy haussa les épaules. Il était peut-être détraqué, mais pas au point de se confier à Harry Potter.
OoO
Alors que James approchait des quartiers de Gryffondor, il aperçut du bout du couloir Moïra Carolis en grande discussion avec le portrait de la grosse dame.
– Ma petite demoiselle, moi vivante, vous n'entrerez pas dans cette pièce, claironnait le portrait.
– Vous n'êtes pas vivante ! souligna Moïra Carolis.
– J'ai résisté à des Mangermorts ! Ce n'est pas une petite Serpentard qui va m'effrayer.
– Vous vous étiez planquée comme tous les autres portraits. Je n'appelle pas vraiment ça de la résistance.
– C'est de la résistance passive, répliqua le portrait vexé.
– Carolis ? Qu'est-ce que tu fais là ? demanda James.
– Potter ! s'écria-t-elle avec soulagement. Il faut absolument que je voie Knight.
– Je crois que tu t'es trompée d'endroit.
Elle fronça les sourcils.
– Ici, c'est l'entrée du dortoir des Gryffondor, explicita James. Pour les Serpentard…
– Pas mon Knight, l'interrompit-elle avec impatience, ton Knight.
– Premièrement, Orpheo n'est pas à moi, se défendit-il vivement (un peu trop, d'ailleurs). Deuxièmement, depuis quand Silver est à toi ?
– Façon de parler, éluda-t-elle. Je dois parler à Orpheo.
– Je vais voir s'il est là. Tu peux reculer que je donne le mot de passe ?
Moïra leva les yeux au ciel.
– Comme si j'en avais quelque chose à faire de vos coussins rouges et de vos tapisseries dorées !
James lui adressa un regard appuyé et Moïra recula en soupirant. Mais James avait à peine ouvert le passage, qu'elle se faufilait dans la salle commune des Gryffondor sans que ni le portrait, ni James n'aient rien pu faire pour l'en empêcher. Certes, ce n'était pas la première fois qu'un élève de Serpentard pénétrait l'antre des Gryffondor et qu'un pied vert et argent foulait le sol rouge et or. Habituellement, ils étaient juste plus discrets ou mandatés de manière très officielle. Les quatre Gryffondor regardèrent Moïra traverser la salle commune au pas de course sans réagir, ils étaient bien trop surpris pour cela. Les portraits furent frappés de mutisme, jusqu'au feu qui sembla se figer de stupeur.
– C'est de quel côté le dortoir des garçons ? demanda-t-elle ?
Sirius le lui indiqua du doigt. Moïra n'avait pas sitôt posé le pied sur la première marche de l'escalier que tous les êtres pourvus d'une bouche de la salle commune furent tirés de leur aphasie et manifestèrent bruyamment leur désapprobation. Moïra fit mine de ne rien remarquer, rien entendre et monta quatre à quatre les escaliers.
– Qu'est-ce que Carolis fait là ? demanda Peter. Et pourquoi l'as-tu laissé entrer, James ?
– Je ne l'ai pas laissé entrer ! s'exclama James, avec humeur. Elle s'est glissée comme une couleuvre derrière moi. Et elle cherche Orpheo.
– Mais Orpheo n'est pas là, déclara Lily. Il est avec Silver.
– Elle va vite s'en rendre compte, remarqua Sirius.
La clameur des portraits gagnait en décibels et véhémence. James se demandait si dans le règlement intérieur de l'école, il y avait seulement une loi qui stipulait que l'on ne pouvait inviter un élève d'une autre Maison dans ses quartiers.
OoO
– Au fait, les cheveux longs ? Très mauvaise idée ! Horrible coiffure ! Seuls les imbéciles portent les cheveux longs, proclama Malfoy.
– Ton père a les cheveux longs, rappela Harry.
Il pensait marquer un autre point, il n'en fut rien. Malfoy ne s'énerva pas. Harry perçut alors ce qu'il y avait de différent chez le Serpentard : l'incertitude. Malfoy ne dégageait plus cette arrogance propre aux hommes sûrs de leur avenir. Malfoy doutait… C'était nouveau. C'était étrange.
OoO
– Il n'est pas là ! cria Moïra du haut des escaliers pour couvrir le tintamarre que les portraits et fantômes causaient toujours. Elle dégringola à toute allure les marches. Ils s'étaient tous rapprochés pour parvenir à distinguer les paroles des uns et des autres malgré le vacarme qui régnait dans la pièce, mais il fallait tout de même parler très fort et tendre attentivement l'oreille.
– Orpheo n'est pas là non plus, répéta-t-elle. Où est-il ? Vous le savez ?
– On aurait pu te le dire, si tu nous l'avais demandé, remarqua Sirius.
– Qu'est-ce que tu lui veux, à Orpheo ? demanda Lily, méfiante.
– Je ne lui veux rien, s'impatienta Moïra. Juste savoir s'il est toujours là.
– Où veux-tu qu'il soit ? demanda Lily. Évidemment qu'il est là.
– Où ?
– Quelque part dans le château, avec Silver.
– Mais depuis le déjeuner, vous n'avez eu aucune nouvelle ? insista Moïra.
– Non, reconnut Lily. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
– Je crois qu'ils rentrent chez eux.
Les cinq Gryffondor s'entreregardèrent, abasourdis par la déclaration de la Serpentard.
– SILENCE !! hurla brusquement Lily.
L'injonction était tellement violente et soudaine que les quatre Maraudeurs et la Serpentard eurent un mouvement de recul instinctif. Les augustes portraits et fantômes tournèrent leur attention vers la petite sorcière qui avait sorti sa baguette et bouillait de rage.
– Si vous ne vous taisez pas, cria-t-elle à l'adresse des portraits et des fantômes, je vous recouvre de moisissure et de rouille et je ferais en sorte de m'assurer que les Elfes de Maison ne vous époussètent pas pendant deux mois. Quant à vous, les ectoplasmes, je mets en place une soufflerie à décorner un Magyar à pointes. Alors, silence !
La menace fit son effet. Un silence lourd de reproche et d'aigreur tomba lourdement sur la salle commune. Les Maraudeurs et Moïra dévisagèrent Lily, mi-amusés, mi-effrayés.
– Comment ça ils rentrent chez eux ? reprit Lily, le souffle encore un peu court.
– En… Nouvelle Zélande ? bafouilla James.
– Mais c'est impossible ! s'exclama Peter. Orpheo a laissé toutes ses affaires. Rien n'est prêt.
– Quelles affaires ? Ils sont venus les mains dans les poches, souligna Moïra. Ils repartent de la même manière.
– Orpheo nous aurait prévenus ! assura Sirius. Il nous aurait dit au revoir !
– Et s'il en a été empêché ?
– Par qui ? demanda Lily.
– À ton avis ?
OoO
– Il compte nous faire attendre encore longtemps Dumbledore ? Et puis qu'est-ce qu'il nous veut au juste ? Je commence à avoir des crampes.
– Tu n'as qu'à t'asseoir !
– C'est sale !
– Tu peux nettoyer, tu sais, ça ne va pas te causer un panaris.
– Je ne connais aucun sort pour… nettoyer.
Harry soupira.
– Decrassmus.
– Quoi ?
– La formule pour nettoyer un petit espace est decrassmus.
– Oh…
– Oui…
Malfoy ne dit pas merci. Il lança la formule et s'assit avec une extrême précaution. Le Serpentard semblait tellement mal à l'aise et raide replié sur son petit bout de dalle que Harry ne put contenir un petit rire moqueur, mais rien de méchant, d'ailleurs Malfoy ne se vexa pas outre mesure.
– Navré de vous avoir fait attendre, fit le professeur Dumbledore en entrant dans la pièce.
Malfoy se releva aussitôt. Le rouge s'étendait sur son visage comme une tâche de potion sur une nappe et montait même jusqu'à ses oreilles. Harry se leva en prenant tout son temps. Le professeur Dumbledore traversa la pièce en prenant bien soin de ne pas salir le bas de sa tunique.
– Dès que vous êtes partis, il faudra demander aux Elfes de faire un brin de ménage dans cette pièce, marmonna-t-il. Il devient absolument impossible de s'y déplacer.
Malfoy, en grand expert du commentaire utile, ne put s'empêcher d'ajouter que ce ne serait pas du luxe, que tant d'immondices dans une pièce n'était pas sain et qu'il relevait de la négligence d'avoir laissé les choses s'empirer.
– Pourquoi nous avoir fait attendre ? demanda Harry.
– Parce qu'il me fallait du temps pour mettre en ordre tous les papiers administratifs. C'est maintenant chose faite. Vous allez donc tous deux pouvoir rentrer chez vous.
– Vous voulez dire… maintenant ? bégaya Malfoy.
– Mais on a prévenu personne ! s'exclama Harry.
– Que leur auriez-vous dit ?
– Au revoir pour commencer.
– Et après ? demanda le professeur Dumbledore d'une voix calme. Pour vos camarades, vous n'êtes que ça : des camarades de classe. Mais pour vous, ils sont tellement plus. Vos aux revoirs vous auraient déçu et eux n'auraient pas compris votre émotion. Croyez-moi messieurs, il vaut mieux que la séparation se fasse ainsi.
– J'aimerais quand même leur écrire un mot, déclara Harry.
– Si vous le souhaitez.
Le professeur Dumbledore matérialisa parchemin et plume. Il demanda à Malfoy s'il voulait écrire quelque chose lui aussi. Malfoy hésita, grommela, refusa, marmonna. Finalement, le professeur Dumbledore lui mit une plume dans la main et un parchemin dans l'autre : juste au cas où l'inspiration venait.
OoO
Moïra expliquait comment elle pensait quadriller le château, abreuvant ses auditeurs de salles, de galeries et de points cardinaux quand Lily l'interrompit.
– Comment peux-tu être aussi certaine qu'ils repartent ? Tu es là à nous affoler alors que tout porte à croire qu'Orpheo et Silver reviendront dans la soirée.
– Je sais qu'ils ne reviendront pas, dit Moïra avec impatience.
– Ohhh ! Tu le sais ? fit Lily avec emphase. Excuse-moi, alors si tu sais…
Lily croisa les bras et leva le menton.
– Je suis navrée, mais il m'en faut plus.
– Bon sang, Evans ! Il ne s'agit pas de toi, là, s'énerva Moïra. Nous sommes en train de perdre un temps précieux. Mais peut-être que ce n'est pas très important pour toi de revoir Orpheo avant qu'il ne parte.
– Ne parle pas de ce que tu ne sais pas ! s'écria Lily, furieuse.
– Justement, c'est ce que je me tue à te dire, je sais de quoi je parle. Je sais très bien ! Je le sais depuis des mois ! Et je sais que c'est aujourd'hui qu'ils repartent.
– Comment le sais-tu ? demanda James.
Elle sortit un jeu de cartes de la poche arrière de son pantalon.
– Grâce aux Anamapas ! Est-ce que maintenant vous me croyez ? Est-ce qu'on a suffisamment perdu de temps ?
– Je suis navré, Moïra, intervint Remus, mais ce n'est pas aussi simple. Si vraiment les cousins Knight repartent ce soir pour la Nouvelle-Zélande (Moïra voulut l'interrompre, mais Remus continua sans s'émouvoir), il y a peut-être une raison pour que nous ne soyons pas tenus au courant.
– Je n'en ai rien à faire ! déclara-t-elle, froidement.
– Carolis, tu ne comprends pas, tenta Remus.
– Je comprends très bien.
Elle planta son regard dans celui du loup-garou.
– Et je n'en ai strictement rien à faire, répéta-t-elle avec humeur.
Elle laissa tomber un regard lourd de mépris sur les Gryffondor.
– Si je comprends bien, vous n'allez rien faire. C'est ça ?
Elle fit brusquement volte-face et traversa la salle commune en quelques enjambées furieuses. Remus, leste, la rattrapa et la saisit par le bras.
– Moïra, attends !
Moïra se dégagea d'un geste brusque et comme Remus ne voulait pas lui libérer le chemin, elle le poussa sans aménité.
– Un conseil Lupin : ne me cherche pas ! Je croyais que les Maraudeurs se moquaient des convenances et des règles, lança-t-elle avec rudesse. Mais peut-être que je me suis trompée et que je n'ai en face de moi que quelques vantards de Gryffondor
Elle gagna au pas de course le portrait de la grosse dame qui s'empressa de lui dégager le passage. Le claquement du portrait qui se referma tira les Gryffondor de leur stupeur.
– Elle a raison, marmonna Sirius, encore un peu sonné, un peu dépassé aussi.
– À propos du fait que nous sommes des vantards ? demanda Remus.
– À propos du fait que nous ne pouvons pas laisser Orpheo partir sans nous avoir dit au revoir.
– C'est compliqué, soupira Remus.
– Compliqué en quoi ? demanda Peter.
– C'est juste… compliqué.
James tressaillit quand il sentit le bout des doigts de Lily effleurer les siens. Il les attrapa avant qu'ils ne s'échappent.
– Non.
– Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a James ?
– En fait, ça ne l'est pas, murmura ce dernier. C'est même assez simple ! déclara-t-il avec plus d'assurance. Orpheo s'en va, on doit lui dire au revoir.
Il disait « on » mais il pensait « je ». James avait passé les derniers jours à éviter soigneusement Orpheo et maintenant qu'il apprenait qu'il ne le reverrait plus (jamais), il ressentait le besoin impérieux de passer ces quelques derniers instants avec lui, sans ça, il le regretterait toute sa vie. La fibre paternelle ne lui était pas subitement poussée, loin de là. Il le faisait pour celui qu'il serait plus tard, ce James du futur qu'il avait aperçu dans les rêves de Lily qui se sentait père et qui aimait ça. Il le faisait pour Lily, si incertaine, si effrayée à côté de lui. Les doigts glissèrent et ce fut toute la main qu'il eut dans la sienne. Et peut-être aussi le faisait-il pour Orpheo… Il n'avait pas le droit de lui retirer ce dernier au revoir.
– James, ce n'est peut-être pas une bonne idée, tenta Remus. Orpheo…
Il essayait de dire quelque chose, mais ne parvenait pas à trouver les mots. James comprit que Remus savait. Comment ? Aucune idée ! Mais il savait. James sourit. Ou essaya.
– Il va falloir alors aussi m'en empêcher, Remus, car je vais tout faire pour voir Orpheo avant qu'il ne parte.
Lily se tenait bien droite à côté de James. Elle était la figure même de l'assurance et de la certitude, mais James sentait sa main trembler dans la sienne, ses doigts s'agripper aux siens de toute la force de son désarroi.
– Lily, je sais qu'Orpheo est important, que vous êtes devenus amis…
– Non, Remus, coupa Lily. Orpheo est plus qu'un ami pour moi. Pour nous, ajouta-t-elle en regardant James.
Le regard de Remus allait de James à Lily, le front plissé et tous ses sens de loup-garou en éveille.
– Vous savez ? dit-il d'une voix mesurée.
– On sait, affirma Lily.
– Et il sait que vous savez ?
James secoua la tête. Remus replaça ses cheveux derrière ses oreilles, signe chez lui d'embarras.
– J'ai l'impression que nous avons affaire au secret le plus mal gardé de l'Histoire des secrets… décréta-t-il finalement avec un petit sourire de connivence.
– Je ne sais pas ce que vous savez tous et que j'ignore, mais, pour ma part, je sais que si on veut dire au revoir à Orpheo, il faut peut-être y aller maintenant ! intervint Sirius.
OoO
Rédiger une lettre pour ses parents et les Maraudeurs s'avérait un peu plus ardu que Harry ne s'y attendait. Comment en dire le plus sans en révéler trop ? Harry jeta un coup d'œil vers Malfoy. L'air songeur, il se chatouillait le menton du bout de la plume. Même pour un Serpentard qui se fichait de ses parents et qui n'avait que des relations (surtout pas d'amis), la tâche n'était pas simple.
OoO
La première idée était de retrouver Moïra, ce qui leur fut assez aisé grâce à Lily. Alors que les Maraudeurs s'apprêtaient à parcourir les couloirs à toute vitesse et au hasard le plus complet, Lily s'adressa aux tableaux qui ornaient le couloir qui menait aux appartements des Gryffondor. Le portrait d'un bûcheron à barbe blonde leur indiqua la direction qu'avait prise Moïra. Ils demandèrent ensuite au portrait d'un vitrier puis à celui d'un chevalier en armure. D'indication en indication, ils rejoignirent assez rapidement la Serpentard qui les accueillit avec un petit sourire de sphinx. Sirius, au nom de tous les Maraudeurs (et probablement de tous les enfants sorciers) lui manifesta son effarement : l'idée était simple, prodigieuse et parfaitement inédite. Lily fut élevée au rang de génie. « Vous êtes nés dans le monde sorcier, les tableaux qui parlent font parti de votre environnement quotidien. Pas pour moi », relativisa-t-elle, modeste.
Moïra ramena tout le monde à un niveau plus prosaïque et plus immédiat : comment trouver deux cousins dans un immense château magique ?
– S'ils rentrent chez eux, ils sont ou dans le bureau de Dumbledore pour régler les dernières formalités administratives ou ils sont dans le hall, déclara Sirius. Je ne comprends pas pourquoi vous faites toute cette histoire à propos de les retrouver.
– C'est un peu plus compliqué que ça, Black, soupira Moïra. Pour rentrer chez eux, Orpheo et Silver vont passer par les Portes.
– Évidemment, qu'ils vont passer par les portes. Quoique pour Silver, je ne suis pas certain étant donné la taille de son égo, mais…
– Je ne parle pas de portes normales. Je parle des Portes jumelles de Rowena Serdaigle.
– Il y a ça dans Poudlard ?
– Oui, mais elles servent à voyager dans le temps, pas dans l'espace, remarqua Peter. Vous êtes sûrs que Silver et Orpheo rentrent en Nouvelle-Zélande ?
– Il y a deux portes ! rappela Remus. Si l'une sert à voyager dans le temps, l'autre doit aider à voyager dans l'espace, non ?
– Peut-être, marmonna Peter. Il n'y avait rien d'écrit à ce sujet dans l'Histoire de Poudlard.
– Tout n'apparaît pas dans l'Histoire de Poudlard, Peter, argua Remus paternaliste.
James était impressionné par le sang-froid et l'aisance avec laquelle Remus montait mensonge et contre-vérité. Les arguments et contre-arguments lui venaient avec une facilité effrayante.
– On est là pour discuter Histoire de la Magie ou pour trouver Silver et Orpheo ? s'impatienta Moïra. Le temps passe et presse ! Comment on s'organise ?
Demander aux portraits ? L'idée fut rapidement écartée : les cousins avaient probablement dû parcourir bien des couloirs depuis ce matin, suivre les indications des portraits relèverait d'un interminable jeu de piste. Peter songea à la montre d'Orpheo… Qu'il portait au poignet, remarqua Remus. Sirius pensa à se changer en chien, Remus lui signala qu'Orpheo s'était baladé un peu partout dans le château. Lily pensa à prospecter l'avenir, tous lui firent remarquer que la dernière fois qu'elle avait essayé, elle avait perdu conscience et dérivé dans le temps. Moïra suggéra de recourir à un sort de localisation, mais personne n'en connaissait. Peut-être que s'ils cherchaient la formule… Mais avaient-ils le temps de la chercher ?
– Si au moins on avait un indice ! se désola Sirius. Personne ne les a entendus dire quelque chose ce matin ? N'importe quoi ?
Tous secouèrent la tête et murmurèrent des non désolés.
– Mais si ! s'exclama Moïra.
– Quoi ?
– Mais je ne suis pas certaine que cela nous aide beaucoup, soupira-t-elle tout aussitôt.
– Dis ! l'encouragea Sirius. On avisera ensuite. Avec nos six cerveaux, nous allons bien arriver à quelque chose.
Moïra, sceptique, haussa un sourcil.
– Ce matin, Silver râlait parce qu'ils allaient devoir trouver une pièce sale. Et maintenant avisons !
– Une pièce sale ? répéta James, incrédule.
– Yep ! Une salle sale, sourit Moïra.
– C'est tout ? fit Sirius. Il est pourri ton indice (et ton jeu de mot aussi).
– Je t'ai prévenu (et va te faire voir dans la Chambre des Secrets !).
– Pourquoi tu as crié alors ? On ne crie que quand on a une véritable illumination, pas une fugace étincelle.
– Parce que ça m'est subitement revenu à l'esprit et que tu as dit n'importe quoi.
– Oui, mais là, c'est vraiment n'importe quoi ! Tu as la moindre idée du nombre de pièces sales dans ce château ?
– Va te plaindre au professeur Torr ! bougonna Moïra.
– Pourquoi au professeur Torr ?
– D'après ce que j'en ai compris des jérémiades de Silver (et il y en avait beaucoup !), cet indice serait de lui.
– Qu'est-ce que le professeur Torr vient faire dans cette histoire ?
– C'est…
– Laisse-moi deviner : compliqué ?
– Oui.
– M'aurait étonné ! Je commence à me sentir légèrement vexé.
– Black, notre but est de trouver les Knight, pas soigner ton égo blessé.
– Merci, j'avais cru comprendre.
– Pourquoi on n'irait pas demander directement au professeur Torr ? proposa Peter. Orpheo sera reparti depuis plus de dix ans si on fouille pièce par pièce tout le château. Et encore, je suis optimiste !
– Si le professeur Torr ne l'a pas dit aux principaux intéressés, soupira Lily, il y a vraiment peu de chance qu'il ne nous le dise. Mais s'il a jugé que cet indice suffisait à Orpheo et Silver, pourquoi ne suffirait-il pas pour nous ?
– Parce qu'il y en avait un deuxième, révéla Moïra.
– Et quel est-il ? demanda Peter.
– Je n'en ai pas la moindre idée. Comme Silver me cassait les oreilles avec ses plaintes, je lui ai dit de se taire s'il ne voulait pas que je lui mette la tête dans l'évier.
– C'est malin !
– J'étais énervée, bougonna Moïra. Le monde ne tourne pas qu'autour de lui, moi aussi j'ai des sujets de préoccupation.
– D'accord, fit Sirius d'un ton apaisant. D'accord ! Pas la peine de sortir les crocs. Une pièce sale, ça doit pouvoir se trouver, non.
– Surtout qu'il ne s'agit pas de fouiller toutes les pièces, remarqua James.
– Comment ça ?
Orpheo et Silver fouillaient le château depuis qu'ils étaient arrivés. On pouvait donc écarter de la liste toutes les pièces qu'ils avaient déjà visitées. En cinq mois de recherche, ça faisait déjà une bonne superficie.
– Si je comprends bien, releva Sirius, ce n'est nullement un miroir que les Knight cherchaient les nuits, mais un moyen de rentrer chez eux ? Il y a définitivement quelque chose de pas claire là-dessous, mais je suis d'accord, l'idée est bonne.
– Seulement, comment fait-on pour savoir quelles sont les pièces qu'ils ont déjà visitées ? demanda Lily.
– Je sais ! s'écria Sirius.
Avant que quelqu'un d'autre n'ait eu le temps de protester ou de poser une question, Sirius avait déjà disparu. Il revint à peine deux minutes plus tard, les bras chargés de paperasse, à une vitesse quelque peu anormale.
– Je me souvenais bien avoir vu ça, dit-il entre deux prises de respiration et il tendit un parchemin.
– Qu'est-ce que c'est ?
– La liste des salles qu'Orpheo et Silver ont déjà fouillées, répondit Remus en parcourant le parchemin.
– Ce qui veut dire que nous pouvons déjà exclure toutes ces salles.
Sirius étendit sur le sol le reste des feuilles qu'il avait dans les bras. Il s'agissait de l'ébauche de plan de Poudlard sur laquelle les Maraudeurs travaillaient.
– Il ne nous reste plus qu'à trouver dans laquelle ils peuvent être.
Tous penchés au-dessus de la carte, chacun allait de son commentaire, de sa suggestion, tandis que Peter cochait les salles à visiter.
« Celle-là est vraiment sale, disait l'un. – Peut-être, disait un autre, mais je m'y suis rendu il y a peu et je n'y ai vu aucune porte… à part celle pour entrer dedans. – Mais comment sont ces portes au fait ? – C'est plus des dessins brillants que des vraies portes.
La liste à laquelle ils parvinrent était longue et probablement incomplète, mais c'était déjà une liste.
– On se répartit les salles et chacun cherche de son côté ? proposa Moïra. Quelqu'un connaît un sort pour communiquer les uns avec les autres ?
– Pas la peine de se diviser, décréta Sirius. Je me charge des recherches.
– Ne dis pas de bêtise. À six, nous ne sommes déjà pas assez nombreux…
– Oui, mais je suis le seul à posséder des ailes d'Hermès, l'interrompit Sirius.
Son index pointait vers ses chaussures. Au talon de chacune d'entre elles battait doucement une paire d'ailes dorées.
– Je me suis dit que ça pourrait nous être utile, sourit-il.
– Eh bien qu'est-ce que tu attends, Black ? s'impatienta Lily. Cours !
Sirius démarra plus vite que James n'avait jamais vu aucun balai ne le faire. Lily se leva et retourna vers la salle commune.
– Qu'est-ce que tu fais ?
– Je vais rassembler les affaires d'Orpheo. Si on le trouve, il aura des souvenirs de nous. Même s'il a perdu la mémoire.
– Attends-moi ! Je t'accompagne.
– Ce n'est pas nécessaire.
– J'ai moi aussi quelque chose à donner à Orpheo.
OoO
Le professeur Dumbledore rangea les deux enveloppes que lui tendirent Harry et Malfoy dans une poche en jurant de les donner à leurs destinataires, sans les lire bien évidemment, Mr Malfoy. Il annonça ensuite qu'il allait leur retirer les bracelets, oui, pour de bon, Mr Malfoy. Il y avait quelque chose de vexant à voir combien la tâche était facile pour lui. En trois secondes, Malfoy et Harry avaient retrouvé leur totale liberté d'expression.
– Je vous les aurais bien cédés en souvenir, mais c'est la propriété de l'école, sourit le professeur Dumbledore.
– Même pour tout l'or de Gringotts, je n'en aurais pas voulu, assura Malfoy.
– Je doute que cela ait vraiment valeur de souvenir pour moi, déclara froidement Harry.
Le professeur Dumbledore hocha la tête.
– Vous savez que vous ne devez pas parler de tout ce que vous avez vu ?
– Sans vouloir vous vexer, je ne vois pas en quoi cela pourrait changer l'avenir que de révéler quel a été le passé. On nous invite même souvent à nous souvenir de ce qu'a été le passé.
– Ce n'est pas pour le présent, mais pour Mr Potter ici présent.
– Vous croyez que je vais lui révéler quoique ce soit ?
– Vous pourriez.
– Pas même en rêve ! Je ne sais pas si vous vous rendez compte mais j'ai au moins trois longueurs d'avance sur Potter. Vous m'avez donné une arme de choix.
– Et tu te crois malin ?
– Non, juste en position de supériorité.
– Tu sais que t'es vraiment un gros nul ?
– Suffit ! coupa le professeur Dumbledore. Mr Malfoy, je ne vous laisse pas le choix, vous allez jurer sur la Magie que vous ne révélerez jamais rien de ce que vous avez vécu ici.
– Je le jure, marmonna Malfoy.
– Enfin, Mr Malfoy, vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a toute une procédure ?
– Vous… Vous voulez dire que vous voulez que je jure vraiment ? Pour de vrai ? Sur ma Magie ?
– C'est exactement ce que je veux dire, Mr Malfoy.
Harry n'avait aucune idée de ce que signifiait de jurer sur la Magie, mais la tête catastrophée de Malfoy lui indiqua qu'il s'agissait d'une procédure assez importante et lourde de conséquence. OK, Malfoy garderait ses petits secrets, mais apparemment ça allait être un peu plus compliqué que ça.
OoO
Quand Lily et James rejoignirent les autres dans le couloir, ils les trouvèrent assis sur le sol, le dos appuyé contre le mur. Ils faisaient la conversation avec le portrait d'une jeune femme coiffée d'un chapeau de paille.
– … le duc a alors répondu : « je m'en fiche, je suis un portrait en pieds. »
Les trois adolescents éclatèrent de rire.
– Et qu'a répondu le portrait du sorcier ?
– Que vouliez-vous qu'il réponde : il n'a rien dit. Depuis, ces deux-là ne se parlent plus.
– Qu'est-ce qui vous fait rire ? demanda Lily.
– Oh rien ! Ce très charmant portrait nous racontait l'origine de la dispute entre le portrait du duc du troisième étage et le portrait du sorcier borgne du rez-de-chaussée.
– Je pensais à ça, intervint James. Moïra, pourquoi ne te sers-tu pas de tes cartes pour localiser Orpheo et Knight.
– Tu penses bien que j'ai déjà essayé.
– Et alors ?
– Alors, rien.
– Comment ça ? Tu n'as pas réussi à aboutir à un tirage ?
– Si. Les cartes se sont bien retournées, mais je ne parviens pas à comprendre le tirage. Je crois qu'elles m'en veulent de les avoir brusquées. Depuis que j'ai retourné la carte contre leur volonté, elles sont devenues très difficiles à manipuler et encore plus à interpréter.
– Mais ce tirage, quel est-il ?
– Que Silver et Orpheo sont avec les anges.
– Les anges ? s'écria Lily, catastrophée. Est-ce que ça veut dire qu'ils sont morts ?
– Bien sûr que non, la tranquillisa James. On nous aurait prévenus. Et que veux-tu qu'il leur arrive au sein du château ?
– Tu étais où ces deux dernières semaines ? répliqua Lily froidement.
– Depuis tout à l'heure, avec l'aide du portrait de la demoiselle au chapeau, on cherche à quoi peut faire allusion le tirage, expliqua Remus. Mais on sèche.
Peter était penché sur le plan de Poudlard.
– Je n'ai pas de salle avec des anges en magasin, dit-il d'un ton désolé.
– C'est vrai qu'une école de magie et de sorcellerie n'est pas le meilleur endroit pour trouver des anges, soupira Lily.
– J'ai beau chercher, je ne vois pas, fit le portrait. Est-ce que les statues des sangliers ailés pourraient faire office d'anges ?
– C'est gentil, mais non, sourit Lily. Voyez-vous les anges sont…
Elle s'interrompit et se baissa prestement vers le plan de l'école.
– À moins que…, murmura-t-elle.
– À moins que… ? l'encouragea Moïra.
– À moins qu'il ne s'agisse pas vraiment d'anges, mais de personnes que l'on peut associer à des anges.
– Tu veux dire qu'on doit chercher un type asexué avec des ailes dans le dos ?
– Il y a le vieux Bartholomé, proposa Peter. Vous croyez que Silver et Orpheo sont avec le vieux Bartholomé ? Personne n'a envie d'être avec le vieux Bartholomé.
– Un ange est un guerrier et un protecteur, expliqua Lily, fouillant parmi les ébauches et les plans gribouillés.
– Donc, il faut chercher qui pourraient être les anges de Poudlard. Et si on les trouve, on trouve Orpheo et Silver, résuma James. Donc, qui sont les guerriers et les protecteurs de l'école ?
– Les statues, proposa Peter.
– Elles n'ont pas de salle propre.
– Les sphinx, proposa Remus.
– Ils sont tous morts.
– Oui, mais ils avaient une salle.
– Ça pourrait être ça, murmura Peter. Les cousins n'ont jamais visité cette pièce.
– Impossible, intervint Lily.
– Pourquoi ?
– Les Portes tirent leur pouvoir du centre de Poudlard qui est issu de la magie des Dryades. Les sphinx n'auraient jamais accepté une telle présence dans leur antre.
– C'est juste, convint Remus.
– La salle du dragon qui dort ? proposa James.
– Il ne s'agit que d'une légende, James, soupira Remus.
– De plus, si on en croit la légende, le dragon est tout seul. Nous, on cherche des anges, rappela Moïra.
– Et s'il s'agissait des professeurs, murmura Peter.
– En fait, je pensais plus aux directeurs, dit Lily. Et justement, Orpheo et Silver n'ont jamais fouillé le bureau du directeur, déclara-t-elle en tendant la liste faite par Orpheo.
– Et ça t'étonne ?
– Le bureau est sale ? demanda Moïra.
– Ce n'est pas l'endroit du château le plus propre, répondit Remus.
– C'est un euphémisme ! commenta James. Les Elfes redoutent d'y entrer, ils ont toujours peur de déranger le professeur Dumbledore.
– Qui est allé dans le bureau du directeur, récemment ? demanda avec urgence Moïra.
– Moi, dit James.
– Est-ce que tu as remarqué quelque chose ? Est-ce que tu as vu les portes ?
– Je n'en sais rien, je n'ai pas fait attention. Et puis on ne voit pas vraiment les murs, il y a des étagères et des portraits partout.
– Quel meilleur endroit pour se cacher que le bureau du directeur ?
– Mais si Dumbeldore les avait sous le nez, il l'aurait déjà signalé à Orpheo et Silver, remarqua Lily.
Ils échangèrent un nouveau regard.
– C'est sûr ! Elles sont là-bas ! souffla Moïra.
– Alors ? Qu'est-ce qu'on attend ? s'écria Remus. On y va !
– Et Sirius ? fit Peter.
– Il nous rejoindra !
OoO
Dans le monde magique, on jurait sans cesse sur la magie. « Je te jure, je ne t'ai jamais emprunté ton balai, je te le jure sur la magie. », « Non, je ne le vois plus, je te le jure sur la magie. », « Évidemment que j'ai complètement arrête, juré sur la Magie. » On jurait tout le temps, mais personne ne prêtait réellement serment. Et Draco comprenait pourquoi, jamais, même au pire de la grippe des marais, il ne s'était senti aussi mal. Tout tournait, résonnait, se fondait, se déformait, se décuplait, se démultipliait…
Et puis une seconde plus tard, tout fut fini. Draco se releva, encore un peu secoué, couvert de sueur, mais il n'avait plus mal. Il était juste un peu nauséeux. C'était l'avantage avec les douleurs magiques : elles ne duraient pas, n'élançaient jamais. Il épousseta ses vêtements et remit ses cheveux en ordre.
– Mr Malfoy, je vous rappelle que cette procédure ne vous empêchera pas de parler si vous le désirez, il ne s'agit pas d'une entrave comme l'était le Bracelet. Par contre, si vous prenez la décision de parler, vous devrez faire face aux conséquences, lui déclara sentencieusement le professeur Dumbledore.
– Je sais, marmonna Draco.
OoO
– Vite ! Les escaliers vont tourner ! cria Remus.
Ils accélèrent le pas et Moïra eut juste le temps de sauter avant que les escaliers ne s'éloignent de la passerelle. Ils s'enfoncèrent dans une galerie.
– Je vois la gargouille. On y est presque.
Ils s'arrêtèrent hors d'haleine devant l'imposante statue. Il y eut un instant de panique où l'on se demanda quel était le mot de passe, mais James le connaissait (2). La gargouille dévoilait à peine le passage que les enfants s'engageaient déjà dans l'escalier en colimaçon.
– Attendez ! Attendez ! criaient-ils.
OoO
– Attendez !
Le professeur Dumbledore, Malfoy et Harry se tournèrent vers la porte.
– Attendez ! répéta-t-on.
OoO
Remus poussa la porte du bureau du professeur Dumbledore. « Attendez ! »
Sur son perchoir, le phénix tourna vers les nouveaux arrivants des yeux dorés tout étonnés. James, Lily, Moïra et Peter se pressèrent derrière Remus.
La pièce était vide.
OoO
– Attendez ! répéta le professeur Torr, alias l'autre Harry Potter.
Draco poussa un soupir. Un Harry, Draco pouvait gérer. Deux, il était en infériorité numérique, d'autant plus si l'un était un adulte bien au fait des sorts et contre-sorts.
– Chaque fois que tu me vois, ta tête s'allonge de trois pieds, Draco. Tu vas finir par me vexer, sourit Torr.
– D'une, je n'en ai rien à faire de te vexer. De deux, arrête de m'appeler Draco. On n'a pas élevé les griffons ensemble.
– Professeur, pour quelle raison êtes vous là ? demanda le professeur Dumbledore avec un soupçon d'impatience.
– J'ai également quelques recommandations à faire à nos deux élèves transtemporels.
OoO
Ils étaient tous les cinq au milieu du bureau, pantelants, désespérés.
– L'idée était bonne pourtant, s'énerva James.
Le phénix s'ébroua, puis donna un coup de tête à James pour qu'il lui accorde un peu de son attention. Moïra se laissa tomber dans un fauteuil.
– Il ne fallait pas qu'elle soit bonne mais juste.
– Si les Anges ne sont pas les directeurs qui sont-ils ? demanda Remus.
– Les Dryades ? proposa Peter.
Tous grimacèrent. Il était dorénavant difficile de considérer les Dryades comme des anges.
Lily s'approcha, les yeux fixés sur le phénix, comme si elle en voyait un pour la première fois. Fumseck conscient d'être le centre de mire, paradait, posait, faisait le beau. Lily était fascinée.
– Et si…
Elle effleura les plumes écarlates du bout des doigts.
– Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Moïra.
Elle caressa le phénix.
– Les anges, avant d'être des guerriers, sont les messagers de Dieu.
– Effectivement, acquiesça Peter. En grec, "angelo" veut dire messager.
Ils se regardèrent et d'une même voix crièrent : « LA VOLIERE !! ». Fumseck, surpris, battit des ailes en poussant des cris perçants pour signaler son mécontentement, mais les cinq adolescents avaient déjà dévalé l'escalier.
OoO
– Draco… Pardon, Malfoy, corrigea Torr, qu'as-tu fait de la baguette que je t'ai donnée pendant l'attaque ?
Le regard de Torr tomba sur la ceinture de Malfoy à laquelle pendait une baguette, probablement celle dont il parlait. Malfoy eut l'expression d'un chat surpris avec des plumes de perruche entre les canines.
– Tu comptais partir sans me la rendre, n'est-ce pas ?
Ce n'était pas vraiment une question. Harry remarqua que l'autre lui ne se formalisait pas de l'attitude de Malfoy ce qui fit que Malfoy retrouva sa belle assurance outrecuidante.
– Effectivement. J'espérais que tu oublierais de me la redemander. Elle ne te convient pas du tout, alors que je la trouve parfaite. Et je te signale qu'à cause de toi, je n'ai plus de baguette.
– À cause de moi ? répéta Torr amusé.
– En fait c'est plus à cause de ton toi plus jeune, dit Malfoy en tendant le pouce vers Harry. Mais vous êtes la même personne, same difference, comme dirait ta copine.
Quelque chose qui ressemblait vaguement à un sourire passa sur les lèvres de Torr. Il hocha la tête.
– Tu peux la garder, déclara-t-il finalement.
– Pardon ?
– Cette baguette t'a toujours été destinée. Ta version adulte me l'a confiée afin de te la remettre.
– Il y a quelque chose de pas net dans nos rapports, déclara Malfoy. Jamais je ne te confierais une baguette.
– L'avenir est un grand mystère, révéla Torr avec un grand sourire.
– Mais ma baguette, tu l'as toujours ? s'inquiéta Harry.
– Bien évidemment, sourit Torr. Je ne pouvais pas m'en servir car tu l'aurais tout de suite reconnue, mais…
Il fouilla dans les plis de sa cape et en sortit sa baguette. Exactement la même.
– … Tu te doutes bien que je ne m'en serais jamais réellement séparée.
Harry approcha la sienne. Les deux baguettes réagirent immédiatement à la présence de l'autre : elles vibrèrent, se contorsionnèrent comme deux mêmes serpents qui chercheraient à se rejoindre.
– Que se passe-t-il ? s'écria Harry, affolé.
– Les deux baguettes se reconnaissent, expliqua le professeur Dumbledore. Vous feriez mieux de les éloigner. La Magie n'aime pas les paradoxes. Elles pourraient vouloir fusionner. Les deux Harry se dépêchèrent de ranger leurs baguettes avec la même précipitation angoissée.
– Avez-vous encore quelque chose à communiquer, professeur Torr ? demanda le professeur Dumbledore.
– Une dernière. Harry, la prochaine fois que tu reviendras, offre à O un collier protecteur pour Noël…
– Professeur ! l'interrompit avec colère le professeur Dumbledore. Vous êtes en train de prendre des libertés avec le temps.
– Sauf votre respect, c'est un peu plus compliqué que ça, monsieur le Directeur, tempéra Torr. Beaucoup plus compliqué que ça en fait. Le temps n'est pas aussi linéaire qu'on veut bien le croire.
– Et comment est-ce alors ?
– C'est plus comme…
Il fit des gestes indéterminés pour pallier une panne de vocabulaire.
OoO
Ils couraient dans les couloirs quand un courant d'air noir les frôla. « Sirius ! » appela Remus. La tornade s'arrêta et revint vers eux.
– Comment nous as-tu retrouvés ?
– J'allais vous poser la même question !
– On va à la volière, dit Moïra. C'est là qu'ils sont !
– Je sais.
– Tu sais ? Comment tu sais ? s'étonna James.
James découvrit que parler quand on courait n'était pas une très bonne idée, surtout quand on avait un point de côté aussi douloureux au flanc droit. Bon sang, ce n'était pas un point c'était carrément une plaque ! Et ça faisait fichtrement mal. Il était joueur de Quidditch, pas marathonien !
– J'ai demandé aux Elfes de Maison, répondit Sirius. Après avoir visité quatre salles, je me suis dit que les plus au courant des salles qui avaient besoin d'un bon coup de nettoyage étaient les Elfes de Maison. Et Xino m'a appris que ce matin, Orpheo était venu leur poser la même question.
James se souvint subitement avoir vaguement entendu Xino mentionner Orpheo et une salle qu'il cherchait. Quel idiot !
– Il leur a aussi demandé quelle salle leur faisait peur.
– Pourquoi cette question ? demanda Lily.
– La présence des Portes les terrifie apparemment.
– C'était ça le deuxième indice ! s'exclama Moïra. Demander aux Elfes une pièce dans laquelle ils n'osent pas aller !
– Mieux vaut tard que jamais ! commenta Remus.
– Et vous, comment vous savez ? demanda Sirius.
– À cause des Anges ! dit Peter.
– Quoi ? Vous avez eu une Révélation ?
– Ce n'est pas le moment de discuter, coupa Lily. Sirius, cours devant ! On te rattrape !
Sirius accéléra, clouant sur place ses amis soufflant, crachant et suant.
OoO
– … Comme une pelote de laine ?! Vraiment ? La comparaison est pour le moins triviale ! déclara avec mépris Malfoy.
– Est-ce que toutes les formalités sont finies ? demanda le professeur Dumbledore qui ne semblait guère convaincu par la morphologie temporelle expliquée aux profanes par le professeur Ethan Torr, alias Harry Potter +12.
– Pas tout à fait, répondit le professeur.
Dix secondes passèrent pendant lesquelles Torr ne dit le moindre mot, ni fit le moindre geste. Il était là, bien campé sur ses deux jambes, les mains dans le dos et le nez en l'air.
– Eh bien quoi ? Qu'attendez-vous ? s'impatienta le professeur Dumbledore.
– Oh ! Excusez-moi, ce n'est pas moi qu'on attend. J'aurais dû vous le dire. J'ai cent cinquante mille choses à penser et résultat, j'oublie que tout le monde n'a pas déjà vécu toute cette histoire une première fois. Vous savez c'est très bizarre de revivre les mêmes événements. L'expression de "déjà-vu" prend un tout autre sens.
– Qui attendons-nous alors ?
Le professeur Torr regarda sa montre.
– Il ne devrait plus tarder.
– Ça ne répond pas…
– Attendez ! cria une voix qui montait des escaliers.
– Le voilà, sourit Torr.
Voyant l'air courroucé du professeur Dumbledore, Torr expliqua que trois formalités devaient être effectuées pour que tout soit dans le plus parfait ordre chronologique et que le raccommodage soit parfait.
– Trois formalités ? répéta Harry.
– Un objet doit être donné, une décision doit être prise et une formule doit être récitée, énonça Torr.
– Attendez ! répéta la voix.
Sirius émergea dans la volière, aussi rouge qu'une bannière de Gryffondor. Il fit quelques pas, mais ses genoux cédèrent. Il se rattrapa au dernier moment au rebord d'une fenêtre.
– Je crois que je vais d'abord mourir, mais surtout ne partez pas, les autres arrivent.
Il s'assit et se laissa aller contre le mur. Harry voulut lui dire que c'était sale, mais Sirius avait déjà fermé les yeux et tentait de recouvrer son souffle.
Le professeur Dumbledore se pencha sur son élève pour essayer de lui porter secours, ou au moins s'assurer qu'il n'allait pas réellement mourir. Il lui donna un peu d'eau, puis sortit de ses poches une friandise qu'il mit d'office dans la bouche de Sirius : pour rependre des forces.
OoO
Remus cavalait en tête. Il ralentissait l'allure pour ne pas les distancer et leur dispensait quelques paroles encourageantes types. James avait beaucoup d'affection pour son ami, vraiment, mais s'il ne se taisait pas très bientôt, il commettrait l'irréparable.
– Vous y êtes presque ! cria Remus. Plus que deux étages !
– Lupin, boucle-la ! répondit Lily.
Ils entrèrent si brusquement dans la volière que les oiseaux, effrayés, s'envolèrent en poussant des hululements/piaillements/croassements/etc… stridents. Sirius était avachi par terre. Les deux Knight et les professeurs Torr et Dumbledore les dévisageaient attentivement. Silver Knight semblait ennuyé, Orpheo paniqué, Torr était bienveillant et Dumbledore grave.
– Je ne sais pas ce que je vais faire de vous, soupira finalement le vieux sorcier.
– Les plus intrépides sorciers de leur génération ? proposa Sirius cabot.
– Je l'espère bien, Mr Black, je l'espère bien.
Moïra explosa d'une colère bruyante et gesticulante. Elle oublia respect et convenance et s'en prit à tout le monde, aux prétendus cousins Knight et aux professeurs Dumbledore et Torr. James n'avait jamais eu l'occasion de voir la Serpentard faire démonstration de ses talents de Wrestleuse en dehors d'Illusion, ce qui ne représentait rien, mais il avait suffisamment entendu Sirius vanter les qualités de la jeune-fille pour comprendre que sous son apparence frêle, presque chétive, se cachait un petit concentré de force. « Elle est capable de faire de ces choses ! tordre ses bras, marcher sur les murs, allonger ses jambes ! Et puis elle a une force ! »
Quand Moïra eut fini sa diatribe, elle avait le feu aux joues, le souffle court et elle tremblait un peu. Tous la dévisageaient avec effarement.
– Mais qu'est-ce qui te prend ? s'exclama Silver Knight, choqué par cette éruption de mots et d'émotions.
– Ce qu'il m'arrive ? Il me demande ce qu'il m'arrive !
– Oui, je te le demande.
– Il m'arrive que mon premier et unique ami décide de rentrer chez lui et il ne trouve même pas de bon ton de m'avertir.
– D'une, je n'ai pas décidé de rentrer chez moi, ça m'a été quelque peu imposé. De deux, depuis quand on est ami ?
– Depuis que je t'ai appris la contre-attaque de Keynaïne !
– C'est ça ton sens de l'amitié ?
– On voit que tu ne sais pas ce que représente la contre-attaque de Keynaïne, intervint Torr.
– Je n'ai pas besoin de tes commentaires !
– C'est peut-être trop pointu pour toi, mais je pensais que le fait qu'on ait partagé le même lit t'avait mis sur la voie.
Il y eut des rires étouffés et des coups d'œil.
– Euh, ce n'est pas ce que vous croyez ! bafouilla Silver Knight.
– Je ne vois pas ce que ça pourrait être d'autre que ce que l'on croit, sourit Sirius.
– Là n'est pas la question ! coupa Moïra. Elle se tourna vers le professeur Dumbledore. Comment avez-vous pu ? Elle le regardait avec des yeux pleins d'incompréhension, mais également de défi. Vous savez… Vous savez qui ils sont et vous les empêcher de nous dire au revoir ?
– Miss Carolis, plus que quiconque je pensais que vous comprendriez qu'il est dangereux…
– Vous alliez les renvoyer chez eux sans nous avertir, reprit-elle interrompant le directeur.
– C'était mon idée, convint le directeur, mais le professeur Torr ici présent avait d'autres plans.
Le masque plein de gravité se fendit d'un sourire chaleureux.
– Même la centaine passée et la longue barbe blanche n'évitent pas de faire des erreurs de jugement. Miss Carolis, je vous prie de bien vouloir m'excuser. Et séchez donc vos larmes, vous inquiétez votre petit ami.
– Je ne pleure pas… – Je ne suis pas inquiet ! – … et il n'est pas mon petit ami !, s'écrièrent en même temps les deux Serpentard indignés.
Un peu gauche, Lily tendit à Orpheo le sac qu'elle avait apporté.
– Ce sont tes affaires, expliqua-t-elle. Il y a tes cadeaux de Noël, ton costume du Bal. Celui que Névée t'a fait. Mais je suppose que tu ne te souviens pas d'elle. Et puis deux ou trois bricoles.
La voix de Lily n'était pas très claire. Orpheo hésita un instant puis saisit le sac en la remerciant. Et sans prévenir, sans signe avant-coureur, Lily se jeta dans les bras d'Orpheo qui pendant quelques secondes ne sut pas quoi faire. Il était pétrifié, incapable de la moindre réaction. Puis il sortit de son état d'hébétude et rendit son étreinte à Lily. Il la serra fort. Lily ferma les yeux, retint son souffle. Ils s'abandonnèrent dans l'étreinte de l'autre, juste heureux de pouvoir se toucher, respirer le même air et le parfum de l'autre.
– Tu n'es pas jaloux ? chuchota Sirius à l'oreille de James.
– Il n'y a pas de raison.
Lily embrassa Orpheo sur la joue, sur le front et enfin sur l'autre joue.
– Enfin je crois… ajouta James.
Puis Orpheo et Lily s'éloignèrent l'un de l'autre à contre-cœur.
– Prends bien soin de toi.
– Toi aussi.
Orpheo s'essuya maladroitement les yeux puis jeta un regard gêné autour de lui.
Remus effleura l'épaule de James.
– C'est à ton tour, lui murmura-t-il.
Mais James secoua la tête et recula, il ne pouvait pas le faire.
– Très bien, dans ce cas, c'est moi qui y vais ! déclara Remus.
Il fit ses adieux à Orpheo, puis se fut au tour de Sirius et enfin de Peter. Ce fut bref, une poignée de mains, une tape sur l'épaule et quelques paroles insipides échangées. Seul Remus fut un peu plus effusif et moins guindé. Et de nouveau, ce fut au tour de James.
James avança d'un pas, hésita, puis en fit un second. Il évitait toujours soigneusement de regarder Orpheo. Éviter les yeux. Quoiqu'il arrive, ne pas regarder ces yeux verts… Mécaniquement, James tendit ce qu'il avait apporté pour Orpheo.
– C'est pour toi, déclara James.
Orpheo ne bougea pas.
– Mr Potter… , intervint le professeur Dumbledore.
– C'est le bourdon de Thanatos Torrack, continua James. Prends-le !
Il fit un petit mouvement pour inciter Orpheo à s'en saisir et Orpheo finit par s'exécuter.
– Mr Potter ! fit Dumbledore avec plus d'insistance.
– Il est dans ma famille depuis quelques générations, poursuivit James, mais d'après mon cousin, on ne devrait pas l'avoir.
– Mr Potter, vous ne devriez pas ! Ce bourdon nous est précieux, nous pouvons le garder, le protéger…
– Nous ne pouvons pas, contra James. Mon grand-père n'en a pas été capable et c'était un sorcier habitué à se battre. Quant à Poudlard… James haussa les épaules. J'y ai beaucoup réfléchi et c'est la seule solution. Jamais Voldemort ne le trouvera.
– Mr Potter…
– Mon grand-père me l'a offert, il est ma responsabilité.
– Mr Potter…
– Souvenez-vous professeur, un objet doit être donné, intervint le professeur Torr, quoique cela puisse signifier.
– Et tu me le donnes ? À moi ? Pourquoi à moi ? demanda Orpheo.
James regardait le bout de ses chaussures.
– Parce que…
Il leva les yeux et fixa le plafond, un hibou qui somnolait sur une poutre, ses amis. Il regarda partout sauf en direction d'Orpheo.
– Parce que j'ai confiance en toi.
– Mais on se connaît à peine !
James ferma les yeux. Tout cela se révélait bien plus difficile qu'il ne l'eût imaginé.
– Je sais…
James inspira profondément et lentement, précautionneusement, il ouvrit les yeux et regarda Orpheo. Ce qu'il vit lui coupa le souffle. Son fils. Sa tête avec les yeux de Lily. Le cœur lui battit fort. Douloureusement.
– Mais je te connais et ça me suffit.
Orpheo fronça les sourcils, écarquilla les yeux, ouvrit la bouche, chercha ses mots. James sourit avec un peu de maladresse et tendit la main.
– Je ne sais pas vraiment s'il s'agit d'un adieu ou d'un au revoir.
Les sourcils d'Orpheo se défroncèrent, ses yeux se décarquillèrent, sa bouche se referma. Il regarda la main de James, puis James, puis de nouveau la main.
– Eh bien… heu… Un au revoir. Je crois que c'est un au revoir.
– Alors au revoir. J'ai été… très… content de te… James chercha le terme approprié. Il ne trouva que « rencontrer »
– Oui, c'était… sympa.
Les mains se serrèrent timidement, gauchement. Et aucun ne bougea. Ils étaient mains jointes et regards fixes, empêtrés dans leurs émotions.
– Bon ! On ne va pas y passer des heures ! ronchonna le Serpentard. Et le voilà qui pousse James vers Orpheo.
Orpheo enserra aussitôt James, l'agrippa. Pendant quelques secondes, James resta totalement roide, ne fit pas un mouvement, comme effrayé et puis, avec beaucoup de précaution, il referma ses bras sur Orpheo. Son fils venu du futur. Il ne s'y ferait jamais. C'était vraiment absurde.
– Je compte sur toi, glissa James à l'oreille d'Orpheo.
Orpheo hocha la tête.
– Reste en vie, ajouta-t-il.
– Je vais essayer.
– Non. Tu ne dois pas essayer, tu dois réussir, tu dois rester en vie…
James s'interrompit. Furieusement, il essuya ses yeux. Tellement absurde.
– Tu dois rester en vie, reprit-il. Pour Lily et pour moi.
– Ça va encore durer longtemps ces démonstrations d'affection ? râla Silver Knight.
– Cesse d'être jaloux, Dragon ! le gronda Moïra. Tu ruines la magie du moment avec tes ondes négatives.
Silver Knight protesta vaguement.
– Si tout le monde est prêt… fit le professeur Dumbledore. Je crois qu'il est temps d'ouvrir ces portes. Professeur Torr, puisque vous êtes là et que vous faites, je présume, figure d'expert, peut-être voudriez-vous indiquer à nos deux élèves quelle est la marche à…
– Attendez !
Tout le monde se tourna vers Moïra.
– Qu'y a-t-il Miss Carolis ?
Moïra hésita un instant, son regard s'aventura du côté du professeur Torr qui lui sourit tranquillement.
– Miss Carolis ?
– Je voudrais partir avec eux…, annonça-t-elle finalement.
La déclaration de Moïra surprit tout le monde, à commencer par le professeur Dumbledore.
– Mais tu ne peux pas, bégaya Silver Knight. Ce n'est pas possible. Elle ne peut pas… Est-ce qu'elle peut ?
– Non, bien sûr que non, répondit le professeur Dumbledore.
Le directeur de Poudlard essaya de ramener la jeune Serpentard à la raison, pendant que les autres écoutaient sans rien dire. L'argumentaire du professeur Dumbledore était rendu difficile par la présence indiscrète de toutes ces oreilles avides d'informations. Comment convaincre Moïra de la folie de son entreprise sans éventer le secret des cousins Knight ? Dumbledore essayait de faire appel à la raison de la jeune fille, à son bon sens, mais elle ne voulait rien entendre, elle voyait dans ce voyage la chance pour elle d'échapper à l'emprise de sa mère.
– Je comprends qu'être la fille d'Adelhaidis n'est pas chose aisée, mais, Miss Carolis, votre place est ici à Poudlard et maintenant. Quand vous en sortirez vous serez une sorcière diplômée et autonome, vous aurez tout pouvoir sur votre vie.
Moïra secoua la tête.
– Je ne veux pas attendre d'être plus vieille et plus forte. C'est maintenant que j'ai besoin de m'échapper. Les Anamapas ont failli tomber dans les mains du Seigneur des Ténèbres. Ma mère ne voit en moi qu'une potentielle promotion sociale. Mon père est fou et ne me reconnaît plus. Je déteste la quasi-totalité de mes camarades de classe et je méprise les quelques autres.
Chouette portrait de famille ! Il ne manquait que la méchante belle-sœur.
– Miss Carolis, je suis désolé, mais ce n'est pas parce que votre situation n'est pas très heureuse que je peux vous autoriser à emprunter ces portes.
– Sauf que vous n'avez rien à autoriser, contra Moïra.
La brusquerie de la réponse démonta le professeur Dumbledore et estomaqua les autres.
– Miss Carolis… allait commencer le professeur Dumbledore, mais il fut interrompu par le professeur Torr.
– Monsieur le Directeur, si vous me le permettez, je crois que la demoiselle a pris une décision. Elle a fait un choix clair et net.
Le professeur Torr adressa un sourire bienveillant à son élève qui le lui rendit, soulagée d'avoir trouvé un allié.
– Professeur, je ne veux pas être comme Narcissa ou Irina, reprit Moïra d'un ton plus apaisé. Je ne veux pas être juste une fille qu'on marie pour grappiller un peu plus d'importance. Si vous ne me laissez pas partir, mon seul recours sera de m'enfuir.
– Très bien, céda le vieux sorcier. Vous devez toutefois être consciente que là-bas, si je puis dire, vous ne pourrez plus être ni Moïra Grindelwald, ni Carolis d'ailleurs. Cette jeune personne est morte. Pour tout le monde.
– Ce ne sont que des noms, je ne suis pas très attachée aux noms.
– Et vous comprenez que c'est un voyage à sens unique. Vous ne pourrez jamais revenir à votre vie d'avant.
– Techniquement, commença-t-elle, mais devant le regard de Dumbledore, elle s'arrêta. Oui, je comprends. Mais je ne compte pas revenir en arrière.
Avant de partir, il ne restait plus qu'une dernière formalité : actionner les portes de Rowena Serdaigle. Silver Knight se tourna vers son cousin et décréta que c'était le moment de lancer l'alohomora, mais le professeur Torr déclara que le rôle revenait en réalité au Serpentard. D'une certaine manière. Le professeur Torr demanda à Silver de traduire la mise en garde rédigée en runes. Il n'avait pas fini qu'Orpheo Knight et le professeur Torr, d'une même voix, récitèrent une incantation runique. Aussitôt, tout là-haut, deux rectangles s'illuminèrent dans les ténèbres de la volière.
– Que s'est-il passé ? demanda Orpheo Knight. Pourquoi j'ai prononcé cette formule ? Je ne sais même pas ce qu'elle veut dire, ni d'où je la connais.
– Pour faire simple, il s'agit d'un réflexe conditionné, expliqua le professeur Torr. La formule de mise en garde, plus précisément la combinaison des trois derniers termes, déverrouille un accès de ta mémoire dans lequel on a très soigneusement caché la formule d'ouverture des Portes.
– Qui a caché cette formule dans ma mémoire ?
– Ta mère.
– Ma mère ?
Le regard d'Orpheo glissa vers Lily qui regardait avec attention le professeur Torr.
– Pourquoi ? demanda Lily.
– N'est-ce pas évident ?
– Pour qu'il retrouve toujours son chemin.
– Oui.
– Et vous ? demanda Peter. Pourquoi avez-vous la formule gravée dans votre mémoire ?
– Pour la même raison.
– Est-ce que ça veut dire, intervint Silver Knight, que si je n'avais pas lu la formule de mise en garde, il y a cinq mois…
Il n'acheva pas sa phrase, effrayé par l'implication.
– Finalement, dit Orpheo, il semblerait que tout est arrivé par ta faute.
– C'est un peu plus compliqué, intervint le professeur Torr.
– C'est le maître-mot de cette histoire, remarqua Sirius.
– Comment fait-on pour rentrer chez nous ? demanda Orpheo.
– Exactement comme pour l'aller : vous prenez la porte blanche. Le premier qui passe choisit le lieu d'arrivée. Il lui suffit juste d'y penser très fort.
– Et cette porte sert à… ? demanda Peter, mi-curieux mi-soupçonneux.
– N'est-ce pas évident, Mr Pettigrow ? À rejoindre l'école de magie de Nouvelle-Zélande. Il existe un réseau de portes qui permet de relier toutes les écoles magiques du monde. Ou presque. C'est certes moins pompeux et impressionnant qu'un carrosse volant ou qu'un bateau sous-marin, mais c'est rudement efficace.
– L'autre porte, à quoi sert-elle ?
– À voyager dans le temps, tout bêtement. Enfin je crois.
– On va arriver par le plafond également ? demanda Moïra le nez en l'air.
– Oui, répondit Silver Knight. La dernière fois, les Portes ont réapparu au même endroit.
– J'espère qu'un comité d'accueil est prévu, sinon l'arrivée risque d'être douloureuse.
– Effectivement, remarqua le professeur Dumbledore. Je rédigerai un mémo.
Le professeur Dumbledore plaça chacun des trois voyageurs sur une dalle et d'un coup de baguette magique, les voilà tous les trois dans les airs ! Ils s'élevèrent doucement vers le plafond. À mi-chemin, le professeur les plaça en ordre : Orpheo en tête, suivi de Moïra puis de Silver. Les portes brillaient avec violence et des effluves de magie s'échappaient et invitaient les voyageurs à les rejoindre encore plus vite. James sentit un bras s'enrouler autour de sa taille. C'était Lily. « Au revoir ! » cria-t-on de toutes parts, des mains s'agitèrent. James noua son bras autour des épaules de Lilly. Il y eut un éclat de lumière quand Orpheo passa le premier sous l'arche. Puis ce fut Moïra et enfin Silver. Et la lumière des Portes s'affaiblit jusqu'à disparaître. Ils fixèrent longtemps un plafond qui se devinait à peine dans la pénombre.
– Où sont les Portes ? demanda Sirius.
– Quelque part sur un mur du château ou un plafond ou un sol…, répondit distraitement le professeur Torr. Pour le moment, hors d'atteinte de la curiosité de petits Gryffondor aventureux.
Puis peu à peu et les uns après les autres, ils quittèrent la volière. Lily déposa un baiser sur la joue de James et s'échappa. Il ne resta plus que James et Sirius.
– C'est ton fils, n'est-ce pas ?
– Qui ?
– Orpheo.
– Ne dis pas de sottise ! Comment pourrait-il être mon fils ? Il a mon âge !
– Ne me prends pas pour un idiot ! Ces portes sont un portail temporel. Ils ne rentrent pas en Nouvelle-Zélande, ils retournent dans le futur. Ou le présent, question de relativité.
– C'est absurde !
James tenta de rire mais même à ses oreilles cela ne semblait guère convaincant.
– Un peu, oui, admit Sirius. Et pourtant c'est l'explication la plus sensée, ajouta-t-il avec un petit sourire malicieux
– Peut-être…, concéda James.
– Sûr ! corrigea Sirius.
Il y eut un silence puis Sirius demanda : « Qu'est-ce que ton fils fait avec le fils Malfoy ? »
– Je n'en ai pas la moindre idée !
oOo
Albus Dumbledore a beau convoquer tous les événements vaguement importants, il ne parvient pas à élucider le mystère de la croix rouge sur son calendrier.
– Ce n'est pas encore l'anniversaire de mon frère. Mon rendez-vous chez le Médicomage est prévu pour dans un mois. Ce n'est pas non plus la date d'anniversaire de ma grande-tante Léontine.
– Votre grande-tante était française ? demande le professeur McGongall entre deux bouchées de macaron à la violette.
– Juste de prénom, marmonne le professeur Dumbledore. Il cherche, remue, dépoussière, suppose et conjecture… en vain. Sa mémoire le trahit.
– Peut-être avez-vous adjoint un mémo, suggère le professeur McGonagall par-dessus sa tasse de thé.
L'idée est bonne. Le directeur de Poudlard effleure la croix rouge du bout de sa baguette. Une petite étiquette apparaît. Le professeur Dumbledore s'approche du calendrier. Il a le nez presque collé contre le papier jauni par le temps et lit : 'Réceptionner trois transtemporels dans la volière'
– Alors ? demande le professeur McGonagall. Qu'est-ce que ça dit ?
– Trois transtemporels ? répète le professeur Dumbledore, un peu désemparé. Trois…
Brusquement, cela lui revient.
– Par le sourcil du cyclope ! s'exclame-t-il. Excusez-moi, Minerva. Buvez votre thé sans m'attendre, lance-t-il à la cantonade alors qu'il traverse son bureau à grands pas.
Sur le mur en face de son bureau, des veines de magies dessinent une arche : une porte mise à la disposition des directeurs de Poudlard pour pouvoir être en un rien de temps aux quatre coins de son école. Le professeur Dumbledore effleure l'arche de sa baguette et ordonne : « La Volière ! »
Le pouvoir de la porte se réveille, les veines de magie s'illuminent de mauve et un passage s'ouvre dans le mur de pierre. En dépit de toute logique spatiale, de l'autre côté de la porte se trouve la volière de l'école.
– Il n'y a pas à dire, commente le professeur McGonagall, Rowena Serdaigle avait vraiment un faible pour les portes.
– Elle était surtout une architecte absolument géniale, corrige le professeur Dumbledore avant de s'engager dans le passage.
Le premier réflexe du professeur Dumbledore est de regarder le sol et il est soulagé de constater qu'il n'est souillé que par les déjections des oiseaux et non par les corps désarticulés et éclatés de ses élèves. Il lève les yeux et aperçoit les Portes Jumelles de Rowena Serdaigle qui s'illuminent doucement.
– Juste à temps !
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Épilogue
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– Là-dessus, Sirius Black se tourne vers moi et me déclare d'une voix d'aspirateur asthmatique : "je suis ton père", raconte Seamus. Moi, je hurle, évidemment.
– Évidemment, reprend Dean toutes mirettes écarquillées et oreilles tendues.
– Harry n'est toujours pas levé ? demande Neville.
– Il s'est couché tard, répond Dean.
– Mais si on le laisse dormir plus longtemps, il va rater le petit-déjeuner…
– Bien vu !
Quelque chose de lourd s'écrase dans un bruit sourd contre les épaisses tentures rouges et ors du lit de Harry.
– T'es obligé de balancer une chaussure ?! s'exclame Neville indigné. Imagine si tu l'avais frappé ?
– Arrête de t'inquiéter, il en faut un peu plus pour abîmer le Survivant, soupire Seamus.
Harry entrouvre les tentures qui bouchent son champ de vision. Lentement, paresseusement, il s'assied, baille, s'étire, se gratte la tête, les yeux, la nuque. Le sommeil traîne encore un peu son emprise sur son corps et son esprit.
– Alors, ça s'est passé comment ta retenue avec Malfoy ? demande Seamus.
– J'ai survécu, répond Harry entre deux bâillements.
– Comment ça se fait que tu sois rentré aussi tard ? Tu t'es perdu dans les couloirs ? demande Ron qui sort de la salle d'eau. Ses cheveux gorgés d'eau gouttent sur ses vêtements.
– Quelque chose comme ça, répond distraitement Harry.
Après être tombés sans douleur dans la volière en septembre 1995, le professeur Dumbledore les a conduits dans son bureau. Ils ont longuement discuté formalités, détails et couvertures. Vers deux heures du matin, Harry et Malfoy ont regagné leurs dortoirs respectifs. Seule Moïra est restée en compagnie du directeur de Poudlard, afin de préparer la rentrée d'une nouvelle élève transférée au dernier moment d'une école encore à déterminer.
Malgré sa fatigue, Harry n'avait pu s'endormir immédiatement. Il était resté jusqu'au petit matin à étudier à la bougie le contenu du sac que Lily –sa mère– lui avait remis : des photos, des petits mots échangés, un oreiller, une boule de cristal, un costume, des petits objets fantaisistes… Un véritable trésor. Et puis il y avait le gros bâton –un bourdon– que James –son père– lui avait confié. Harry avait longtemps réfléchi aux implications de ce geste et aux interminables "et si" qu'il entraînait. Et si James –son père– l'avait gardé, peut-être aurait-il pu s'en servir pour défaire Voldemort et peut-être ne serait-il pas mort et peut-être… Et si… Harry s'était endormi entre bonheur et tristesse.
– Par le chat de la Mère Michelle, un Œil-de-Lynx modèle réduit ! C'est à toi ? demande Seamus, apercevant sur la table de nuit ce que Harry a pris pour une petite boule de cristal.
– Tu sais ce que c'est ?
– Bien sûr ! Mais ce modèle remonte à Mathusalem ! Tu permets ?
Seamus n'attend pas que Harry permette, il s'empare de l'objet et le manipule en tous sens.
– 'Modèle Alphastar !' lit-il sur le socle de l'artefact. Ça date au moins de…
Il cherche.
– 1975, dit Harry.
– Oui, c'est ça. Un véritable collector ! Ça vaut une fortune maintenant. Où as-tu eu ça ?
– On me l'a donné. Et qu'est-ce que ça fait ?
– Tu ne sais pas ?
– Puisque je te le demande !
– C'est un genre de caméra, explique Seamus. Pour sorcier.
– Caméra ? relève Ron, c'est le truc qui sert à mettre les gens dans cette boîte… ? Comment ça s'appelle déjà… ? Tévision ? Té… ? Tévélision ?
Il claque des doigts pour l'aider à trouver le mot moldu qui se défile et se contorsionne dans son esprit.
– Télévision ! soupire Dean.
Seamus manipule avec dextérité l' Œil-de-Lynx, donne des coups de baguette précis sur sa surface translucide.
– Il y a plusieurs films enregistrés. Douze, exactement.
Seamus tend la boule à l'intérieur de laquelle Harry aperçoit une dizaine de petits rectangles, grands comme des timbres-poste, dans lesquels des tous petits gens s'agitent.
– On ne voit rien, se désole-t-il.
– Il faut que tu sélectionnes un enregistrement, sourit Seamus. Là on est dans le sommaire. Lequel veux-tu voir ?
– Le premier.
Seamus donne un coup de baguette et aussitôt les onze autres petits cadres disparaissent tandis que le premier enregistrement s'élargit jusqu'à prendre tout l'espace disponible à l'intérieur de la sphère.
– Tu peux changer l'angle, isoler, agrandir, rétrécir… explique Seamus, mais Harry n'écoute plus. L'air vient de se bloquer et son estomac de se nouer. Là, dans la sphère, ce sont James et Lily –ses parents–, Remus et Sirius…
Il prend le globe dans ses mains. Le son est trop bas, il n'entend rien, mais ce n'est pas grave. Ils sont là, ils bougent, ils rient, ils sont vivants, insouciants, heureux. C'est Noël, ils ouvrent les cadeaux. Ils sont déçus, heureux.
– Qui est-ce ? demanda Seamus qui se penche sur l'Œil-de-Lynx.
– Ma famille, répond Harry.
Il ne reconnaît pas sa voix, étranglée par l'émotion. Un lourd silence tombe dans la chambre, mais Harry s'en moque. Il est avec ses parents et c'est réel. Ça a réellement existé. Ce n'est pas une illusion, ce n'est pas un reflet de ce que son cœur désire de toutes ses forces.
Il s'essuie maladroitement les yeux, tandis que ses camarades regardent ailleurs. Il aimerait voir et revoir les autres enregistrements tout de suite, mais il n'a pas le temps, il doit se préparer. Et peut-être qu'il veut aussi repousser l'échéance.
Dean rappelle que Seamus n'a pas fini de raconter son rêve et qu'il aimerait bien en connaître la fin.
– Sirius Black me révèle donc qu'il est mon père et c'est alors que je m'aperçois que mon sabre-laser est en fait un tournevis sonique, raconte Seamus enthousiaste.
– De mieux en mieux ! s'exclame Dean également gagné par l'excitation.
Et les trois autres de se regarder avec perplexité.
– Et après ? demande Dean.
– Après je me mets à regarder X-Files avec Black et il m'explique que les Détraqueurs ont une peur phobique des poules rousses.
– Et je crois que la morale de l'histoire est que tu regardes trop la télé, rit Dean.
– Je me demande si c'est un rêve prémonitoire.
– Ne rêve pas, mec ! Tu ne verras jamais l'intérieur du T.A.R.D.I.S..
– Ex-faille ? Tardis ? Tournevis-je-ne-sais-pas-quoi ? répète maladroitement Ron. Vous me parlez Troll !
– Pour ma part, intervient Neville, j'ai juste retenu que tu étais le fils de Black, ce qui représente le summum de la terreur !
– Mais non ! J'ai juste regardé la trilogie il y a deux jours.
– La trilogie ? Quelle trilogie ?
Seamus et Dean s'entreregardent, désespérés, et en appellent aux grands panthéons (Saint Lucas, Master Whedon, Spielberg-tout-puissant et le divin fils John McClane) et à leurs saintes reliques (la Super Nintendo®, D&D, la télécommande universelle et le ketchup).
– Plaisanterie mise à part, il n'est pas normal que vous soyez aussi ignorants !
– Ehoh ! Je te rappelle nous sommes des sorciers, pas des moldus, fait Ron.
– Et alors ? Ça ne vous dispense pas de vous cultiver, au contraire même ! Au cas où vous l'auriez oublié, la population moldue occupe tout de même quatre-vingt-dix-neuf virgule soixante-dix-sept pour cent de la planète, rappelle un peu sèchement Dean. Se couper du monde moldu est le chemin vers l'obscurantisme et le ségrégationnisme.
– Tu ne crois pas que tu exagères ? tente d'apaiser Ron.
– Demande à Diggory si j'exagère ! réplique froidement Dean.
Le nom est un coup de tonnerre dans un ciel bleu estival. 1995 se rappelle de toutes ses forces à Harry. 1995… Cédric Diggory est mort et Voldemort est de retour. Une nouvelle guerre est sur le point de débuter.
Harry s'est préparé dans un silence gêné, mais dans le couloir, alors que les cinq garçons avancent d'un même pas, la conversation reprend. Ils racontent leurs rêves, imitent Trelawney et sa voix inspirée et prédisent catastrophes et drames à cause d'une petite cuiller verte, d'un ballon carré ou d'un balai à hélices.
– Et toi Harry ? Raconte-nous ton dernier rêve "prémonitoire", dit Ron entre deux éclats de rire.
– J'ai rêvé que j'allais à Poudlard en même temps que mes parents.
– Tes rêves prémonitoires ont un peu de retard, Potter.
Les accents traînants trahissent sans l'ombre d'un doute l'identité de l'auteur du commentaire. Les Gryffondor se retournent d'un même mouvement, déjà prêts à mordre. Ron, poings serrés et regard acéré, veut répondre, mais Harry le devance :
– Dans ce cas, je crois qu'on appelle ça un rêve "postmonitoire".
Malfoy sourit rapidement, Harry hoche la tête et les Serpentard passent devant les Gryffondor. Compagnons de Harry et de Malfoy échangent un regard incrédule et apeuré aussi. Est-ce là le premier signe annonciateur de l'Apocalypse ?
– Je suis passé de l'autre-côté du miroir, ou quoi ?
– C'était bizarre, non ? Ce qui vient de se passer là, maintenant, tout suite, c'était bizarre, non ?
– Totalement ! Depuis quand tu fraternises avec l'ennemi ?
– Harry, que s'est-il réellement passé pendant cette punition ? Tu peux tout me dire tu sais, je suis ton meilleur ami !
Harry ne répond à aucune question, il avance vers la grande-salle, mi-amusé, mi-pensif. Il se souvient de sa version future qui évoque Malfoy en l'appelant par son prénom. Il repense à la conversation qu'il a eue avec Malfoy pendant qu'ils attendaient Dumbledore. Il n'oublie pas que c'est le Serpentard qui a poussé James dans ses bras (sous couvert d'ironie, certes). Un cerveau et une conscience serait-il finalement poussé à Malfoy pendant ces cinq mois dans le passé ?
Les Gryffondor s'assoient à leur table. La Grande-Salle est en pleine effervescence : il court le bruit que deux nouvelles élèves vont être réparties.
– Vraiment ? s'exclame Seamus, enthousiaste. Des nouvelles têtes ! J'espère qu'elles sont mignonnes.
Harry jette un coup d'œil du côté des Serpentard. Malfoy a obligé Crabbe a laissé sa place et il défend maintenant cette place vide convoitée par Parkinson. Il lui aurait peut-être même poussé un cœur.
Le professeur Dumbledore réclame le calme et annonce qu'effectivement, comme la rumeur le prétend, deux nouvelles étudiantes sont arrivées cette nuit.
– Ces demoiselles viennent d'horizons différents, l'une étant originaire de France et l'autre de Nouvelle-Zélande.
Les chuchotements reprennent. On commente, on suppose et on suppute. Le professeur McGonagall entre dans la Grande-Salle. Elle a le Choixpeau dans les bras et est suivie par deux adolescentes. Moïra marche en tête. Elle ne peut contenir un petit sourire amusé. Quand elle arrive à hauteur de Harry, elle lui adresse un petit clin d'œil.
– Elle t'a fait un signe ! s'exclame Ron. Tu la connais ?
– Je l'ai croisée dans les couloirs hier soir, improvise Harry.
La seconde est une grande fille exsangue. Ses longs cheveux blonds sont ramenés en une natte impeccablement serrée. Ses yeux bleu glace sont étrécis par les verres de ses lunettes de myopes, aussi épais que des hublots. Elle avance la tête haute et le pas cadencé, on dirait presque qu'elle défile.
– Ces deux charmantes jeunes-filles intègreront la classe de cinquième année. Professeur McGonagall, je vous prie…
Le professeur de Métamorphoses place le Choixpeau sur son tabouret à trois pieds, puis recule. Harry perçoit le bruit de déchirure caractéristique et aussitôt le chant du Choixpeau s'élève sous les poutres de la Grande-Salle de Poudlard.
Pour la première fois depuis vingt années,
Je m'en souviens bien, mon office est doublé.
Approchez petites demoiselles !
Je ne suis pas fait de dentelles,
Je ne sais mettre un regard en valeur
Mais je ne fais jamais erreur.
Je lis dans les cœurs et les esprits
Et parmi les quatre Maisons je fais le tri.
Serpentard aime les ambitieux
Serdaigle s'occupe des studieux,
Gryffondor valorise la force de cœur
Et Poufsouffle accueille en sa demeure
Tous les avenirs indécis, tous les possibles.
Aucune Maison ne doit être jamais prise pour cible,
Car, reprenez ce refrain en chœur,
Chacune a sa valeur, chacune a sa grandeur.
Avancez petites demoiselles
Qu'enfin je vous révèle
La couleur de votre bannière
Pour une année entière.
Une fois la chanson finie, le professeur McGonagall sort de sa manche un parchemin et d'une voix claire et forte appelle la première étudiante :
– Moïra Grindelis !
Moïra pose le chapeau sur sa tête et il ne faut pas longtemps pour décider l'artéfact magique d'envoyer la jeune-fille à Serpentard. Comme c'est étonnant !
Seamus est un peu déçu, Ron observe avec suspicion la nouvelle prendre place à côté d'un Malfoy presque rayonnant.
– Aurora Lagarde ! appelle le professeur McGonagall.
La seconde jeune-fille prend place sur le tabouret et se coiffe du chapeau.
– Gryffondor ! déclare le Choixpeau.
– Oh ! La poisse ! marmonne Ginny, assise à côté de Harry. Je suis sûre que cette fille va être une véritable plaie.
– À croire que nous sommes poursuivis par les Françaises, commente George entre deux bouchées de porridge.
– Tu sais que Bill et Fleur s'entendent très bien, ricane Fred.
– Sauf que celle-là est beaucoup moins jolie, marmonne Ron.
– Elle a surtout l'air moyennement aimable, déclare Harry.
Il n'ose croire qu'il s'agit de la même Aurora dont l'autre lui est amoureux. Franchement ? Comparée à Cho, y a pas photo ! Qu'est-ce qui a bien pu lui prendre ?
– C'est une caractéristique française ! certifie Ginny en découpant furieusement sa tranche de bacon. Ils sont désagréables par nature.
– Ginny et Fleur ont passé toute une partie de l'été à se disputer sous couvert de mots polis et de sourires.
– Je la déteste !
Ginny a la fourchette menaçante et son regard jette des éclairs de haine.
– Tel que c'est parti, elle pourrait bien entrer dans la famille.
– Oh tu parles ! Bill n'a jamais été capable de garder une fille plus de trois mois.
– Il l'a présentée à maman ! souligne George.
– Et zut !
Et Ginny s'acharne avec plus de fureur sur sa tranche de bacon. Aurora Lagarde s'assoit près de Neville. Elle tressaille quand assiette, verre et couverts apparaissent magiquement devant elle. Elle regarde la nourriture sans oser se servir. Suspicion ou gêne ? Difficile à dire. Remarquant son embarras, Neville l'invite à se servir. Elle le regarde sans rien répondre. La langue fait visiblement barrière. Neville attrape donc un plat et le lui tend. Elle articule un maladroit "merci". Neville lui sourit gentiment puis se présente en lui tendant la main. Il présente ensuite tous ses nouveaux camarades.
– Et puis bien sûr, finit Neville, Harry Potter.
Harry esquisse un rapide signe de la main et replonge le nez dans son bol. Introduit de cette manière, il a l'impression d'être le monument incontournable d'une expédition touristique de premier prix. « Et pour finir, voici Big Ben. »
Le regard bleu glacé se pose sur Harry.
– The Boy Who Lived ? demande-t-elle, distraitement.
Neville cligne des yeux.
– Pardon ?
– I'm a bit disappointed. I was expecting something better…
On la regarde un peu surpris. Qu'est-ce qu'elle vient de dire ? Personne ne sait et on ne peut s'interroger davantage car le professeur Dumbledore annonce qu'il a encore quelqu'un à présenter. Un collègue et un ami : le professeur Alcor Cetus.
Un sorcier à la mèche blanche et folle se lève. Il n'est pas grand, un peu voûté, pas très épais non plus, rien de très imposant en somme.
– T'as vu la touche ? ricane Ron.
Harry ne voit que ça. Comment ce vieux sorcier qui sourit benoîtement aux anges saurait leur enseigner quoique ce soit en art du combat ? Ses lorgnons lui écarquillent les yeux lui conférant un air perpétuellement ahuri. Certes, il a fière allure dans son beau costume vert d'eau ourlé d'or et sa chemise à jabot de dentelles, mais il n'a rien d'un combattant.
– J'ai entendu dire que les Duellistes siégeaient à vie, chuchote Fred.
– Eh bien, il devrait songer à prévoir une clause de péremption, réplique George.
– Moi, j'ai surtout remarqué l'attirail qu'il porte à la ceinture, souffle Neville, impressionné.
Tous baissent le regard et découvrent alors les deux épées, le poignard, le pistolet et la baguette que le Duelliste arbore avec désinvolture.
– Il compte prendre d'assaut un galion le vieux ? s'exclame Seamus, presque un peu trop fort. Les paroles irrespectueuses ne devraient pas porter jusqu'à la table des professeurs, pourtant Seamus les a à peine prononcées qu'Alcor Cetus tourne brusquement la tête dans sa direction. Pendant quelques horribles secondes, le regard du vieux sorcier n'a plus rien de benêt, puis son sourire s'agrandit jusqu'à découvrir une canine en or. Seamus déglutit difficilement et se ratatine sur sa chaise.
– C'est un véritable honneur d'accueillir le professeur Cetus en notre école. Il est une des quinze Lames de la Guilde d'Artemis et, en ces temps difficiles, il a accepté de partager un peu de ses précieuses connaissances. Vous constaterez donc à réception de votre emploi du temps que toutes les classes se sont vues ajouter une matière obligatoire : Duels. Je vous prie de croire que cela ne s'approche en rien de ce que vous avez pu voir au cours du club de Duels qui avait été temporairement ouvert il y a de cela trois ans.
Quelques rires et commentaires parcourent les quatre tables d'élèves. Le professeur Dumbledore ramène le calme d'un mouvement de mains.
– Bien que le Duel ne soit pas dans la culture magique britannique, je compte sur votre ouverture d'esprit, votre enthousiasme mais également votre bon sens pour vous intéresser et vous investir pleinement dans cette nouvelle matière. Son coefficient sera d'ailleurs à la hauteur de l'importance que le corps professoral lui accorde. Si cela peut vous rassurer ou vous encourager, j'ai souvenir qu'il y a vingt ans de cela, alors que les temps n'étaient guère plus réjouissants, nous avions ouvert un cours de Duels qui avait reçu un très bon accueil parmi vos anciens. Cela étant dit, j'appelle tous les préfets à venir récupérer auprès de leurs chefs de Maison les emplois du temps. J'aimerais également que Miss Lagarde vienne afin que l'on puisse régler ce problème de langue, la potion de Babel étant fin prête.
Lavande remarque qu'il s'est passé beaucoup de choses, il y a vingt ans. Parvati suggère de mener une enquête. Elles pourraient faire une séance de spiritisme pour convoquer les esprits défunts ! Hermione les avise qu'il y a vingt ans, leurs parents étaient probablement à Poudlard, qu'il leur suffit donc d'écrire chez elles. « Et laissez les morts en paix ! » Lavande veut répliquer mais elle est interrompue par l'arrivée du courrier.
Harry qui n'attend aucune lettre, ni aucune commande, n'accorde que peu d'attention à cet événement. Il préfère écouter les jumeaux parler de l'avancée de leurs travaux. Il n'attache pas non plus beaucoup d'importance au hibou gris qui se pose devant lui. Sûrement une erreur d'aiguillage. Dans quelques secondes, l'oiseau va repartir. Mais l'oiseau reste et le voilà même qui commence à tirer les cheveux de Harry pour attirer son attention.
– D'accord ! D'accord ! dit-il tout en repoussant le volatile loin de son visage. Je m'occupe de toi.
Le hibou a déposé sur la table un épais et lourd paquet. D'un coup de couteau, Harry défait les liens, puis déchire le papier brun. Un livre et une lettre. Il regarde les deux alternativement, indécis, étonné et peut-être un peu suspicieux aussi. Il se décide pour la lettre.
Harry,
On est enfin le 3 septembre 1995.
J'ai bien cru que cette date n'adviendrait jamais. J'ai également craint que l'un de nous deux ne soit plus de ce monde… D'après ce que je lis et ce qu'on m'en dit, tu as la funeste manie de te retrouver dans des situations un peu plus incommodes chaque année… Il y a de cela quatorze ans, j'ai reçu la mission de te remettre ce volume à cette date précise. Je peux enfin m'en acquitter.
Je saisis l'occasion que m'offre cette lettre pour te faire une proposition. Libre à toi de la refuser ou de l'accepter.
Il semblerait, malgré tous nos efforts, que le passé nous rattrape ces derniers temps. On pensait que toutes les douleurs et les pertes endurées il y a quatorze ans ne remonteraient jamais à la surface. On pensait que les morts reposeraient, que les blessures cicatriseraient et que le temps passerait et atténuerait tout. On pensait… On rêvait surtout, on voulait y croire ! Nous étions stupides ! Et nous voilà maintenant forcés de nous souvenir ! Quitte à se remémorer, autant raconter ce qui s'est passé, autant partager son expérience. J'en arrive à ma proposition : accepterais-tu de passer quelques jours à la maison ? J'ai bien connu tes parents et je les ai beaucoup aimés. Si tu voulais, je pourrais te parler d'eux, répondre aux questions que tu te poses peut-être. J'aimerais aussi te connaître, Harry. À toi de voir…
NB : je fais les meilleurs gâteaux au fromage blanc.
L'émotion frappe Harry au ventre sans prévenir. Surprise, curiosité, trouble, douleur et espoir s'enroulent et se nouent au beau milieu de ses entrailles. Ses mains tremblent un peu et sa gorge gratte. Il inspire profondément. Une fois.
– Ça va ? lui demande Ron.
Deux fois.
– Une mauvaise nouvelle ?
Trois fois.
– C'est bizarre, dit une voix. On dirait mon hibou. Angelot ?
Le hibou hulule et d'un coup d'aile s'en va rejoindre la voix.
– Mais c'est Angelot ! C'est lui ! Qu'est-ce qu'il fait là ? Potter, qu'est-ce que…
Harry n'écoute pas, il relit la lettre et puis son regard tombe sur la signature qu'il avait jusque là mise de côté.
Avec toute mon affection,
Lynn…
– … Finnigan ? lit Harry, interloqué.
– Oui ! fait Seamus. Je t'appelle depuis deux minutes ! Qu'est-ce que mon hibou fait de ton côté ?
– Ton hibou ? répète Harry.
– C'est surtout celui de ma mère, admet Seamus, mais…
– Lynn Finnigan ?
– Oui. Ma mère. Lynn Finnigan, répète Seamus comme s'il s'adressait à interlocuteur un peu déficient. De son nom complet : Lynn Andrea Finnigan, née Amberson. Ma mère. Son hibou.
– Elle m'a envoyé un paquet.
– Bravo, la mère ! Elle m'écrit à peine une lettre pour mon anniversaire, mais toi, tu as le droit à un paquet. Génial ! grommelle-t-il. Et qu'est-ce que c'est ?
– Un livre.
– Bon ça va, je n'ai pas trop de regret.
– Pourquoi Mrs Finnigan t'envoie un livre ? s'étonne Hermione. Quelque chose qu'elle t'a promis ?
– Pas à moi, il semblerait.
– Ouvre-le ! fait Ron qui s'impatiente comme s'il s'agissait de son propre paquet.
– Eh ! fait Seamus, laissez-moi une place, je veux savoir ce que ma mère offre à un gars qui n'est PAS son fils.
On s'est amassé derrière Harry tandis qu'il soulève, un peu hésitant, la couverture en cuir.
– C'est un journal, déclare-t-il, après avoir lu l'en-tête sur la page de garde.
– Tu ferais peut-être mieux de te méfier, souffle Ginny, inquiète.
Harry atteint la première page.
Samedi, 20 décembre 1975
Je n'ai jamais été capable jusque là de tenir plus de trois jours un journal. Trop fastidieux et au nom de quelle utilité ?
La respiration se bloque, la tête tourne. Cette écriture… Cette écriture. Harry pense qu'il va se sentir mal.
– Harry ?
Hermione lui serre le bras.
– Harry ? Ça va ? Tu m'entends ?
– Je vous avais dit qu'il ne fallait pas le lire ! Je vous l'avais dit !
Quelqu'un veut lui retirer le volume des mains, mais Harry l'agrippe.
– NON ! crie-t-il avec rage.
Tous font un mouvement de recul et le regardent interloqués. Effrayés aussi.
– Non, dit-il d'une voix plus calme. Il n'y a aucun danger…
– Harry, tente Hermione, tu sais…
– Il s'agit du journal de ma mère.
Ils hochent la tête et se rassoient en silence.
Harry a l'impression qu'il va perdre pieds. Pendant près de quatorze ans, on ne lui a jamais révélé des informations qu'au compte-goutte sur lui, ses parents, sa famille. Ne pose pas de questions ! L'ordre est tellement inscrit dans son inconscient (et probablement dans son conscient également) que même maintenant, alors qu'il a toute liberté de parole, il n'ose pas, il ne peut pas poser toutes les questions. La faim est devenue tolérable, pire : un état normal. Il ne sent plus les chaînes, son psychisme les a intégrées, les reconnaît comme siennes. Et voilà brusquement qu'il est saturé d'informations, de souvenirs… C'est trop ! Beaucoup trop…
– Harry ? murmure Hermione, comme s'il n'était qu'une pauvre chose qui menace à tout instant de s'effondrer.
– Je vais bien, fait Harry. Et il est heureux de constater que ce n'est pas réellement un mensonge. Harry serre le journal de sa mère contre sa poitrine. Ça tambourine là-dedans !
Les Gryffondor escortent Aurora Lagarde dans les couloirs pour une visite des lieux orchestrée par Neville. Hermione grommelle que c'est une perte de temps. Lavande et Parvati submergent Aurora de leur babillage : « – Comment est-ce la France ?, – Tu es déjà allé à Paris ?, – Quelle est la mode en ce moment ?, – Que penses-tu de Fleur Delacour ?, – Comment sont les garçons en France ? »…
– Si elles ne se taisent pas très vite, je leur fais pousser des furoncles dans la gorge !, marmonne Hermione.
Un peu derrière, Seamus se plaint de sa mère à Dean :
– Finalement, Sirius Black comme Darth Papa c'est Bisounoursland à côté, maugrée-t-il.
Ron aimerait en savoir un peu plus sur cette retenue avec Malfoy. Harry ne dit rien. Son esprit vagabonde, tente de trier, d'intégrer, de rassembler… Une main se pose sur son épaule et le ramène ici et maintenant. Il se retourne, c'est Moïra nouvellement Grindelis.
– Rogue, prof ? fait-elle avec enthousiasme. Je crois que je n'ai jamais eu aussi hâte de ma vie d'être en cours de potions.
Elle se fend d'un sourire extatique et double Harry. Elle interrompt Lavande et Parvati sans la moindre gêne et entame une conversation avec Aurora, qui l'accueille avec soulagement.
– Elle est complètement tarée cette fille ! s'exclame Ron, les yeux ronds.
Harry sourit à son tour. Les prochains cours de potions promettent d'être mémorables. Et aussi choquant que cela puisse être, il est impatient d'y être. Il imagine déjà...
Le passé peut encore attendre un peu.
FIN...
1) Les cinq mois dont Harry ne se souvient pas + les deux mois de grandes vacances.
2) « Roudoudou ». James l'entend prononcer par le professeur Torr dans le chapitre 17a.
