Notes d'auteur :

Ça ne fait que 4 mois, vous savez. Oui, que quatre mois (pas taper !).

Pourquoi cette longue absence ici ? Je n'avais plus la moindre inspiration après la publication du dernier chapitre. Les idées, le scénario étaient là ; bien là dans ma tête, mais-... Les mots, les phrases avaient pris la poudre d'escampette entre temps. Je me suis tournée vers d'autres WIPs ; comme In a New Light que je désespérais de finir et je ne suis pas mécontente de l'avoir fait. Et aujourd'hui, je suis toute aussi contente de revenir sur Hell Sweet Hell ! :)

Si, si !

La preuve ; j'ai écrit ce chapitre en seulement quatre heures hier soir en rentrant du boulot. Quatre heures, c'est dingue !

J'ai bon espoir d'écrire le suivant dans la foulée, mais on ne sait jamais de quoi sera fait demain, n'est-ce-pas ? Je vous demande donc de me pardonner d'avancer si l'attente s'éternise encore une fois. Je ne contrôle pas ma vie, mon inspiration et ma motivation, malheureusement :/

J'espère malgré tout que cette publication vous fera un peu oublier la frustration passée.

Petit rappel :

Le chapitre qui suit est un flash-back concernant Ève et Samael ; n'hésitez pas à relire les précédents pour vous remettre dans le contexte (chapitre 1-6-11-16 et 21).

Merci pour votre patience, compréhension et soutien ; une bonne lecture !

(Merci EmilieKalin pour la correction éclair, big hug !)


SON TOUT PREMIER DÉSIR


Les nuages renfermaient plus de secrets qu'il n'y paraissait.

Beaucoup plus.

Rien n'était jamais ce qu'il semblait être ; Samael l'avait appris aux plus jeunes heures de son existence. Le devoir était plus qu'un honneur divin ; c'était une contrainte. L'absence continuelle de son Père dans chaque moment important – qu'il jugeait important pour lui – n'était pas l'excuse légitime d'une gestion de Ses créations fragiles ; c'était le prétexte facile d'un désintérêt profond de Son entourage.

Et ces nuages d'un blanc si épais – roches opalines et barrières des cieux - ne l'étaient pas tant que cela.

Samael l'avait appris lors de ses premières tentatives de vol. Il eut d'abord peur d'approcher de trop près ces masses claires au travers desquels le monde ne semblait pas pouvoir passer ; comment aurait-il pu quand une partie des Cieux s'y arrêtait net ? Au lieu de l'encourager, ses frères s'étaient gaussés de ses réserves. Ce fut par ailleurs ce comportement injuste qui poussa le jeune archange à dépasser ses craintes et découvrir la vérité.

Aucune dureté.

L'intérieur était doux, presque autant que ses ailes pouvaient l'être. Un habitacle de douceur où lévitaient quelques milliers de perles jusqu'à ce que l'humeur céleste ne change et n'en déverse chacune vers le Jardin en contrebas.

Ces nuages étaient les plus nombreux, les plus fréquents. Mais il y en avait d'autres ; plus sombres que leurs semblables et d'une allure menaçante que Samael n'exagérait pas par l'intermédiaire de son jeune âge alors. Il s'en dégageait une énergie particulière, assez proche de celle qui se développait constamment en lui. Une puissance qui mordait la peau, crépitante d'abord pour férocement gronder sa supériorité ensuite. Il arrivait même parfois que ces quelques sautes d'humeur s'accompagnassent d'une gerbe de lumière aussi vive que brève ; un éclat dirigé droit vers la terre et dans laquelle se perdait pour un moment celui de Samael. Sentir cette énergie tout autour de lui ; le long de ses ailes, avant qu'elle n'aille se précipiter ailleurs, était surprenant comme grisant.

Sombres ou blancs, perles suspendues ou pluie torrentielle, grondement impétueux ou éclat pourfendeur…

Chacun d'entre eux ne constituait plus qu'un obstacle éphémère aux heures d'aujourd'hui ; une douceur fendue par l'urgence de sa descente et la crainte dans son cœur.

« Non ! Non, non, non ! » continuait-il à jurer intérieurement tandis que ses ailes le propulsaient avec une lenteur inédite vers le Jardin, celui-ci étant à peine éclairé par l'orée du jour.

La chaleur de l'étoile – son étoile – n'avait pas encore atteint la terre ferme, à peine naissante sur les bordures montagneuses de celle-ci, à quelques centaines de lieux de l'Arbre de la Connaissance. Il survola celui-ci sans apercevoir la raison de son empressement ; juste quelques créatures quadrupèdes qui allèrent se réfugier sous un bosquet dès qu'elles ressentirent sa présence au-dessus d'elles.

Samael pesta et survola la plaine encore endormie.

Peut-être l'était-elle encore, elle aussi ?

Peut-être avait-elle facilement rejoint les torpeurs apaisantes qui lui avaient tant fait défaut ?

Elle n'avait pas conscience des implications de ce changement ; pas comme lui. Et cela la rendait d'autant plus vulnérable, maintenant. Seule, endormie… à la merci de son frère, de sa vision inflexible des choses. Endormie ou non ; son état de conscience ne ferait pas grande différence face à un soldat de Dieu. Cette constatation fit trembler l'archange.

Michael n'oserait tout de même pas- ?

Non. Bien sûr que non.

Mais Samael ne pouvait s'empêcher de repenser aux paroles qu'avait entendu Raphael.

Trahison.

Trahison.

Il pressentit l'ampleur que l'affaire pouvait prendre dans l'esprit étriqué de son frère ; dans cette ferveur fermée pour leur Père et ce devoir à remplir à tout prix. Tant que Michael pressentirait une obligation divine dans ses actions… Personne ne serait en sécurité.

Ève n'était pas en sécurité.

Ève ? Ève, où-es-tu ? cria-t-il en faisant le tour de la plaine.

Plus le temps passait, plus Samael s'inquiétait. Le jour commençait doucement à s'installer ; il avait presque atteint les branches pesantes de fruits défendus de l'Arbre au centre du Jardin.

Il se mit à jurer ; faisant une fois encore le tour en survolant la bordure des arbres. Il ne restait pas beaucoup de temps. Peut-être était-il déjà trop tard pour intercepter Michael dans l'accomplissement obscur d'un devoir qu'il pensait assurément divin. Et celui qui séparait l'intervention du reste de sa fratrie allait en diminuant.

Combien de temps encore avant que Raphael n'aille prévenir Amenadiel ? Ou Gabrielle ?

Combien de temps avant que la vérité n'éclate de la plus brutale et de la plus mauvaise des manières ?

Ce n'était pas ainsi qu'il avait prévu les choses.

Eut-il été complètement sincère à ce propos qu'il aurait admis ne rien avoir prévu du tout. Juste une petite incartade dans une obéissance injuste qu'il pensait pouvoir défendre devant son Père lors d'une réunion à huit clos.

Il n'avait pas souhaité cela.

Il voulait juste comprendre. Faire comprendre certaines choses à son Père. À Ève. À tout le monde.

Par tous les- ! cria-t-il, sur les nerfs.

Il devait la trouver.

Il ralentit, son regard attiré par une forme mouvante en contrebas ; à l'est de la plaine, là où il avait quitté Ève à regret quelques heures plus tôt. Ce n'était pas elle ; il s'en rendit rapidement compte, fonçant néanmoins rejoindre le bipède masculin qu'elle lui avait dit se nommer « Adam ». Sa vitesse aplatit l'herbe humide sur une centaine de mètres, le grondement souterrain de son atterrissage empressé fit trembler la terre et l'humain debout devant lui, figé de surprise.

— Où est-elle ? demanda-t-il sans se présenter.

— Qui es-tu ?

La même question à laquelle Samael ne désirait plus répondre.

— On s'en moque ! Où est-elle ? Tu l'as vu ?

— Elle ?

Et s'il le secouait ? Serait-il plus à même de lui donner des réponses utiles ?

Samael prit cependant une profonde inspiration pour se maîtriser, regardant en tous sens ; espérant qu'elle apparaisse subitement dans son champ de vision. Magnifique, saine et sauve, innocente. Un peu moins qu'avant, mais toujours plus que lui.

Ève !

Adam le dévisagea avec curiosité.

— Pourquoi la cherche-tu ?

— Je-… Je dois m'assurer qu'elle aille bien. C'est très important.

L'homme crut comprendre et lui sourit davantage.

— Elle est partie se promener dans la forêt.

L'archange fronça les sourcils en entendant cela.

— Dans la f-… ?

Jaillit tout à coup des taillis un hurlement strident qui traversa Samael de part en part.

C'était l'expression parfaite d'une peur qu'aucune de ces deux créatures n'étaient supposés connaître.

-xXx-


Son cri déchira les feuillages sans lui apporter un quelconque répit.

Elle aurait aimé s'arrêter ; ne plus courir, ne plus ressentir cette chose au fond d'elle. Mais ce fut cette même chose méconnue qui la poussa à courir plus vite, à crier encore… à ne surtout pas s'arrêter de courir.

Elle souhaitait regarder derrière elle ; un instant, et ne le souhaitait pas non plus.

Regarder pouvait la ralentir. Cela la ralentirait.

Ève poursuivit sa course aux milieux des arbres, ceux-là même dont elle appréciait d'ordinaire la disposition étroite et qui, maintenant, l'empêchaient d'avancer comme bon lui semblait. Contourner, éviter, enjamber racines noueuses et lianes glissantes sur la terre humide qui malmenait ses pieds nus.

Elle courait… Tout en sachant pertinemment que cela ne servirait à rien.

Comment le savait-elle ? D'où venait cette certitude ?

De cette sensation, cette chose qui lui intimait de fuir et criait son impuissance à pouvoir empêcher ce qui allait arriver. Ce qu'elle savait se produire sans en connaître le contenu exact.

C'était… mal.

Ce n'était pas « agréable » pour elle ; ça ne le serait pas. Encore moins que ses pas rapides sur des branches cassantes et son souffle désagréable le long de sa gorge échauffée.

Mal.

Un nouveau mot.

Elle ignorait son sens profond, mais le ressentait de tout son être malgré tout.

L'objet argent siffla juste au-dessus de sa tête, lui arrachant un autre cri porté loin dans les airs par cette sensation inconnue. Elle se baissa aussitôt, tombant à genoux avec un autre cri né d'un ressenti physique bien différent de tout ce qu'elle avait pu ressentir auparavant.

Courir.

Elle devait courir.

Adam ! hurla-t-elle.

Un rire lui répondit.

Au creux de son oreille, devant elle, sous ses paumes… Partout.

— Il ne peut pas t'aider, perfide créature.

Perfide ?

Ève regarda par-dessus son épaule, son souffle d'un rythme inconstant balayant son épaule. Elle regarda les arbres tombés au sol derrière elle, comme les branches fines en tombaient parfois. Était-ce l'œuvre de cette chose qui avait sifflé au-dessus de sa tête ? Pouvait-elle devenir comme eux ; des tas immobiles et froids ? D'un simple geste ?

Elle regarda autour d'elle, incapable de se lever.

La sensation dans ces genoux était-…

Où était-il ?

La voix était venue de nulle part et de partout à la fois. Comme ce rire qui lui déplaisait grandement.

Si Adam ne pouvait rien… Qui le pouvait donc ?

Qui était capable d'arrêter sa course, de stopper net cet étrange objet capable de faire plier le plus solide des arbres ?

Ses lèvres formulèrent un nom, un seul, sans qu'elle n'y pense vraiment.

— Samael… Samael !

— Cesse donc de lutter, dit la voix perdue dans l'ombre des fourrés. Nous accomplissons ici Sa volonté.

— S-Sa volonté ?

— Dieu le veut, répondit la voix.

Et Ève entendit à nouveau le sifflement se rapprocher d'elle.

Dieu le voulait ? Il voulait ceci ?

S'Il le voulait… C'est qu'elle était supposée s'y soumettre, alors. Ne plus courir, ne plus ressentir ces choses en elle, sur sa peau – là où quelque chose de rouge et d'humide en sortait par une fine fente au-dessus de son genou gauche.

Le sifflement était si proche, à présent.

Dieu le voulait.

Il le voulait.

Proche, plus proche encore.

Son souffle devint plus calme, ses pensées également.

Il le voulait, alors…

Son cœur manqua un battement, son souffle trembla entre ses lèvres quand une autre pensée accueillit la proximité de cette volonté divine.

Elle ne voulait pas.

Ce n'était pas ce qu'elle voulait.

Ça ne l'était pas…

Dieu le voulait. Mais pas elle.

Pas elle…

« Ève… Quel est ton plus profond désir ? »

Courir. Courir plus loin.

Vivre.

Non ! hurla-t-elle au sifflement qui la dominait de toute part.

Elle recula vers les arbres allongés sur le sol, s'accrochant à leurs branches tandis qu'une ombre se séparait des autres devant elle ; une ombre sifflante à laquelle elle ne désirait pas se soumettre. L'ombre devint ange, envoyé de Dieu, de Sa volonté portée par ce bras ; cet objet argent qu'il tendit haut au-dessus de sa tête.

Elle voulait vivre.

L'ascension de cette chose allait à l'encontre de ce désir, elle le sentait sans savoir comment ni pourquoi.

Comme elle savait ne pas pouvoir éviter sa descente vers elle, vers une immobilité indésirable qui figeait l'air entre ses lèvres, ses bras contre le tronc froid et ses doigts enfoncés dans le sol.

L'ange – cet ange qui ressemblait tant à Samael tout en lui était si différent en de si nombreux points – fut insensible à son refus. Il s'avança encore, déterminé à suivre une seule et unique volonté. Elle savait que ce n'était pas la sienne.

Ça ne le serait jamais.

— Le Mal doit disparaître, dit-il, ses doigts serrant plus fort l'objet brandi vers les feuillages.

Vers l'ombre.

Quelque chose de nouveau et qui allait si rapidement prendre fin perla le long de sa joue ; c'était humide… et doux. Ève entoura sa tête de ses bras tremblants, penchant son corps en avant avec un dernier cri puissant de sa propre et unique volonté.

Et la lumière y répondit.

Soudaine, infranchissable.

Juste entre elle et la volonté de Dieu.

Ève redressa la tête, aveuglée quelques instants avant d'apercevoir quelqu'un d'autre devant elle.

Debout, inondant chaque parcelle de terre, chaque arbre, chaque feuille de chaque branche d'une lumière plus coruscante que n'importe quelle autre étoile du ciel ; Samael retint entre elle et lui la main de son semblable.

— Ne. T'avise. Pas. De. La. Toucher.

Sa voix lui arracha un cri ; plus faible, épris d'une chose nouvelle qui ranima cette sensation humide sur ses joues.

Elle allait vivre.

Parce qu'elle l'avait voulu.

Parce qu'une chose était bien plus puissante, plus importante que la volonté de son créateur.

Parce qu'il était là.

Son tout premier désir.


À suivre


Notes d'auteur :

J'espère sincèrement qu'il vous a plu ! :) J'ai beaucoup aimé l'écrire, ce chapitre.

J'espère aussi ne pas publier le prochain dans quatre mois ^^' Croisons fort les doigts pour que l'inspiration et la motivation restent à portée de clavier.

N'hésitez pas à faire part de votre ressenti par reviews !

Bye, bye !