Correctrice :, luna904
En ce dernier samedi de septembre, Harry trépignait d'impatience en attendant Severus. Il tenait deux balais dans ses bras et finit par râler dans le hall :
- Tu t'actives un peu ? On va finir par être en retard à ce rythme là !
Ils échangèrent des regards noirs lorsque Severus arriva enfin en bas des escaliers. Harry parce qu'il était impatient, et Severus parce qu'il était en rogne d'avoir encore cédé à son calice.
Quand ils arrivèrent à l'école, Harry partit immédiatement au pas de course vers le stade de Quidditch. Il allait enfin pouvoir rejoindre Ron pour les sélections. Severus suivit en traînant les pieds, au moins en apparence. D'un côté, il pouvait bien admettre qu'il serait sans doute agréable de reprendre un sport qui avait été sa seule distraction pendant cinq ans à Poudlard, mais de l'autre, il était hors de question qu'il laisse gagner Harry à chaque discussion.
Lorsqu'ils arrivèrent sur le terrain, Ron se précipita vers Harry pour lui chuchoter à l'oreille :
- Regarde qui est dans les gradins !
Harry se figea lorsqu'il vit son professeur de défense préféré darder un regard moqueur vers lui. Qu'est-ce qu'elle lui mijotait encore ?
Un coup d'œil vers Severus lui apprit que le regard de ce dernier s'était durci. Un nouvel épisode Ombrage – Severus était en route.
Ils se regroupèrent autour de celui que Ron leur avait désigné comme étant le capitaine de l'équipe.
- Marcus Stanley, se présenta-t-il. Harry, tu n'as même pas besoin de faire d'essai, tu es attrapeur d'office. De toute façon, tu es le seul. Maintenant, vous êtes deux pour le poste de gardien, trois pour les batteurs, et nous sommes trois pour les poursuiveurs.
- Quatre, répliqua Severus. J'étais poursuiveur, et je me dérouillerai facilement.
- Soit, répliqua Marcus, un peu dubitatif, commençons alors …
Tout en discutant avec les prétendants aux postes de batteurs et de poursuiveurs, Harry comprit rapidement qu'ils venaient pour la plupart de la faculté de potions, en première année. Les deux écoles avaient pris l'habitude de se regrouper afin de mettre sur pieds une équipe de Quidditch, car ils étaient trop peu nombreux pour faire deux équipes distinctes. Harry profita des autres sélections pour admirer le stade : il différait de celui de Poudlard en plusieurs points. Tout d'abord les buts : ils étaient de couleur argent et non or, ce qui à son avis, ne devait pas aider les poursuiveurs à marquer des buts. Ensuite les gradins : ils étaient disposés autour du stade, y compris derrière les buts, ce qui l'étonna. Il se concentra ensuite sur la prestation de Ron, qui se débrouillait de mieux en mieux à mesure des tirs, puis celle de Severus, qui lui semblait à peu près au niveau des autres poursuiveurs. Mais, chance ou non, il réussit à mettre plus de buts que ses adversaires du jour.
A la fin des sélections, Harry était content : Ron et Severus étaient retenus chacun pour leur poste. Certes, Severus avait compensé en force ce qu'il avait perdu en habileté en vingt ans, mais Harry savait d'avance qu'il se révélerai au terme de l'entraînement un poursuiveur diabolique. Ils s'apprêtaient à décoller pour s'entraîner dans la bonne humeur, lorsqu'un toussotement figea Harry sur place.
- Monsieur Stanley, dit Ombrage lentement, puis-je avoir connaissance de la composition de l'équipe ?
- Euh … oui, bien sûr. Weasley en gardien, Rogue, Carpenter et moi en poursuiveurs, Sudden et Fastick, batteurs, et Potter est l'attrapeur.
- Je suis au regret de vous rappeler que M. Potter est interdit de Quidditch …
- Le professeur Dumbledore a levé cette interdiction voilà deux ans, rétorqua froidement Severus en attrapant le poignet d'Harry pour l'empêcher de réagir, tandis que Ron rougissait petit à petit de colère rentrée.
Ombrage eut un petit sourire méprisant avant de dire à voix basse :
- Je considère que M. Potter n'est pas suffisamment stable sur le plan émotionnel pour être autorisé à pratiquer ce sport en compétition. Donc, en tant que professeur de cette école, je lui interdit de le pratiquer.
Un silence pesant tomba. Même ceux qui avaient été recalés faisaient grise mine, car personne ne se sentait d'attaque pour prendre le poste d'attrapeur.
- Vous interdisez à Harry Potter, élève de l'école des aurors, de pratiquer ce sport, reprit lentement Severus.
- C'est exact, répliqua Ombrage triomphante.
- Soit, déclara Severus avec un petit sourire rusé. Dans ce cas Marcus, on peut commencer l'entraînement. Harry, décolle et joue avec le vif !
- Vous osez l'inciter à désobéir à un de mes ordres ? Grinça Ombrage.
- Jamais je n'oserai faire ça. Madame.
Le ton de Severus était redevenu celui qui faisait encore passer des frissons d'angoisse dans le dos d'Harry. Et il n'était pas le seul, car instinctivement, les mines étaient devenues angoissées.
- Harry Potter, étudiant de l'école des aurors, est interdit de Quidditch officiel, je l'ai très bien noté. Mais il ne s'agit que d'un entraînement pour l'instant n'est ce pas ? Donc Harry peut très bien rester ici et jouer avec le vif en l'absence de notre attrapeur officiel !
- Mais bien entendu, sourit Ombrage, magnanime. Mais je vérifierai moi-même chaque match où l'équipe jouera !
- Si ça vous chante, répliqua Severus d'un ton ouvertement moqueur. Bon, on joue maintenant ?
Harry n'avait pas quitté Severus des yeux. Il était certain que ce dernier mijotait quelque chose et désormais, ce serait toujours en sa faveur. Il se permit donc à son tour un léger sourire et décolla sans attendre.
Le fond de l'air était déjà frais, mais Harry retrouvait le vol avec un plaisir sans cesse renouvelé. Il s'aperçut que ses futurs coéquipiers, il l'espérait, décollaient à leur tour tandis qu'Ombrage s'éloignait vers le bâtiment. Après quelques minutes d'échauffement, Marcus leur demanda de se réunir en vol stationnaire à côté des buts. Il ne s'embarrassa pas de préambule et demanda en regardant alternativement Harry et Severus :
- On fait quoi pour l'attrapeur ?
- Harry s'entraîne et il jouera, répondit Severus implacable. J'ai une petite surprise en réserve pour notre bien-aimée professeur de défense. Et je me demande pourquoi vous n'avez pas encore tous compris pourquoi il allait jouer !
Harry vit immédiatement Ron se renfrogner sous le sarcasme. Les autres haussèrent un sourcil interrogateur en le regardant. Il se contenta de hausser les épaules en disant :
- Pour aujourd'hui, j'ai déjà réussi à le traîner ici, le convaincre de faire les sélections, je ne vais pas en plus lui enlever le plaisir de se moquer de nous, non ?
- Harry, grommela Ron, il déteint vraiment sur toi !
- Bien sûr !
- Alors, admettons qu'on ne soit pas des lumières pour aujourd'hui, reprit Marcus d'un ton chagrin, moi ce que je veux, c'est la certitude d'avoir un attrapeur dans quinze jours lors du premier match contre la faculté de botanique !
- De toute façon, dit Harry finement, quel que soit le moyen de pression que Sev compte utiliser, vu que personne n'est très chaud pour me remplacer, autant que je continue l'entraînement, non ? Et dans quinze jours, on humilie Ombrage de la plus belle des façon, qu'est-ce que vous en pensez ?
- Et tu n'es pas curieux de connaître la façon dont il va l'humilier ? Demanda Ron.
- Au moins autant que toi, Ron, mais je me laisse quelques heures de réflexion avant de subir ses railleries matin, midi et soir !
- Et pourquoi ne pas simplement nous le dire, grommela Marcus.
- Parce que sinon vous ne jouerez pas si bien la comédie, rétorqua brusquement Severus. Parce qu'il faut qu'Ombrage soit convaincue d'avoir remporté cette partie jusqu'au jour du match. Et pour ça, il faut que vous ayez l'air angoissés ! Et non pas l'air de gamins qui vont faire une bonne farce !
- Mais … c'est vraiment sûr qu'Harry jouera ? Intervint finalement Carpenter.
- Certain, répondit Severus le regard fixe.
Seul Harry se contenta de sourire en le regardant. Non seulement il avait toute confiance en Severus sur ce plan là, car l'homme n'était pas du genre à annoncer un fait et ne pas le faire ensuite, mais lui seul pouvait maintenant contempler ce masque de dureté sans en être au minimum légèrement incommodé.
En ce début d'automne également, la Gazette et le Chicaneur commençaient à aborder le sujet des élections. Il était très clair que la Gazette était aux ordres du seul candidat déclaré pour l'heure, à savoir Fudge. Il ne se passait plus de semaine sans que ce dernier tente de montrer, par l'intermédiaire du journal, tout ce qu'il avait apporté au monde sorcier depuis qu'il était devenu ministre, huit ans auparavant. Le Chicaneur se révélait beaucoup plus nuancé, et pointait fréquemment le peu de transparence des comptes de son cabinet, ainsi que les décisions arbitraires et sa cabale contre le Sauveur du monde sorcier. Il montrait également avec inquiétude les aptitudes du nouveau professeur de défense de l'école des aurors. Certains anciens élèves martelaient avec force que cette dernière n'enseignait pas, qu'elle se contentait de leur faire lire leur manuel. Harry avait tout de même été surpris de voir que Drago Malefoy lui-même, avait déclaré : « Avec le recul, je reconnais que ce professeur était totalement incompétent, et que je ne dois d'avoir eu une bonne note à ma BUSE que grâce aux entraînements particuliers de mon parrain, Severus Rogue ». Le seul commentaire qu'avait fait Severus était le suivant :
- Parfait, les pions se mettent en place !
Le jour du premier match officiel du tournoi de Quidditch universitaire, Harry était nerveux. Il mangea à peine la moitié de ce qu'avait préparé Dobby, ce qui plongea ce dernier dans le plus noir des désespoirs.
- Mais si, Dobby, tenta-t-il de convaincre, c'est très bon ce que tu as fait, c'est juste que je n'ai pas faim ce matin à cause du match !Tiens, prépare-moi un bon dîner, ça compensera !
Il fut légèrement rassuré quand il vit Severus préparer activement une potion : pour qu'il y travaille ainsi de si bon matin, lui aussi était nerveux ! Ca faisait tout de même vingt ans qu'il n'avait plus joué de compétition ! Et il mesura toute l'étendue de sa nervosité lorsqu'il l'embrassa farouchement au moment de transplaner vers l'école.
A leur arrivée dans les vestiaires, les visages étaient tendus. Marcus les accosta aussitôt :
- Bon j'espère que tu sais ce que tu fais, Severus, car Ombrage nous attend de pied ferme à l'entrée du stade !
- Parfait ! Autant qu'elle se ridiculise devant le maximum de gens ! Tu as prévenu Lovegood, Harry ?
- Mais oui, ça fait au moins cinq fois que tu me le demandes !
- Alors en tenue !
Ils revêtirent leurs tenues de Quidditch bleu nuit bordées d'argent, et lorsqu'ils sortirent du vestiaire balais à la main, ils aperçurent aussitôt Ombrage qui les attendait juste à l'entrée du stade.
Elle les dévisagea d'un air mauvais, et dit aussitôt :
- M. Stanley, je croyais pourtant avoir été très claire concernant M. Potter ?
- C'est exact, contra Severus sarcastique, vous avez été très claire en ce qui concerne l'interdiction de M. Potter, élève de l'école des aurors, à participer à toute compétition de Quidditch. La seule chose qui ne me paraît pas claire, ajouta-t-il en continuant à avancer et de ce fait en entrant dans le stade, obligeant Ombrage à faire de même, c'est ce que vous semblez reprocher à M. Stanley …
- J'ai interdit à M. Potter d'exercer le Quidditch, siffla Ombrage sans prendre garde aux oreilles qui traînaient.
- Vous avez interdit à votre étudiant de pratiquer son sport préféré, dans lequel il se révèle doué depuis l'âge de onze ans sans qu'il n'ait rien fait ?
Les spectateurs qui étaient les plus proches commencèrent à tendre l'oreille. Mais Harry vit qu'Ombrage était suffisamment en colère après Severus pour ne pas y prêter attention.
- Je considère que M. Potter n'est pas fiable lorsqu'il pratique ce sport, c'est pourquoi je lui interdis !
- Parfait ! Rétorqua Severus sans cacher son rictus moqueur. Maintenant, madame, vous pourrez remarquer en inspectant les tenues de chacun d'entre nous, que M. Potter, étudiant à l'école des aurors, n'est pas présent parmi nous …
- Qu'est-ce que vous voulez dire, Rogue ? Que j'ai des hallucinations ?
- Non, mais un manque d'observation flagrant ! Les étudiants qui viennent de l'école des aurors portent un écusson formé deux baguettes croisées dans leur dos. Ce qui n'est pas le cas de M. Potter !
Harry vit Ron se précipiter pour voir son dos et afficher une moue interloquée. Il savait, lui, parfaitement ce qu'il avait dans le dos : un superbe chaudron stylisé … Cependant, Ron le surprit une fois de plus depuis le début de l'année. Son frère de cœur ne mit que cinq secondes avant de comprendre. Et de interloqué, son visage se transforma pour devenir rieur.
- Potter ! Retournez-vous, cracha Ombrage.
- Avec plaisir, madame, réussit-il à dire sans rire en lui tournant le dos.
- C'est … c'est …
Mais elle ne parvint pas à achever sa phrase.
- M. Frinugand a immédiatement accepté que M. Potter, élève de la faculté de potions, participe au tournoi de Quidditch. Vous pouvez aller en débattre avec lui, si vous le souhaitez, il est dans les tribunes, acheva Severus d'une voix suave. Maintenant, si vous permettez, j'ai un match à jouer …
Harry jeta à Ombrage un regard de pur défi lorsqu'il décolla pour se placer au dessus de ses camarades. Il fit un signe de tête assez raide à l'attrapeur adverse une fois qu'il l'eut reconnue : il ne gardait pas le meilleur souvenir de Cho qui représentait la faculté de botanique, mais au moins, il savait qu'elle était largement à sa portée en tant qu'attrapeuse.
Dès le début du match, Harry se força à ne pas regarder comment Severus et Ron s'en sortaient. Il voulait se concentrer sur sa recherche. Oh, le vif pouvait mettre un moment avant de montrer le bout de ses ailes, mais il voulait pouvoir lui bondir dessus à la première occasion. Il ne put s'empêcher néanmoins de tourner un peu plus autour de Ron tant que celui-ci ne se mettait pas vraiment en route, pour lui communiquer sa sérénité. Puis il sourit légèrement lorsqu'il vit un tir puissant de Severus transpercer le gardien adverse. Il suivit ensuite distraitement le match, car il scrutait le stade et le ciel à la recherche du moindre éclair doré.
Enfin, il finit par l'apercevoir, à l'autre bout du stade, comme à l'habitude. Il jeta un coup d'œil à Cho, mais celle-ci ne semblait pas l'avoir aperçu, alors qu'elle était moitié plus près que lui. Il décida donc de prendre de la vitesse mais en pointant derrière son dos pour lui donner une fausse piste. Il surveillait maintenant les deux de près. Cho se retourna brutalement en le voyant plonger, puis s'arrêta en ne distinguant rien. Les clameurs qui montaient lui firent comprendre que les spectateurs n'avaient pas manqué son brusque départ.
Le vif se rapprochait de sa trajectoire quand il vit, à sa brutale accélération, que Cho venait de le voir. Il se pencha un peu plus sur son balai pour accélérer encore. Il était encore loin du vif et Cho était nettement plus près. Elle le rata cependant alors que la petite balle les obligea à monter brutalement, puis à redescendre encore plus vite.
Le vif entama ensuite une partie de cache-cache avec eux au milieu des autres joueurs, des cognards et du souaffle. Heureusement, à ce jeu là, Harry était très bon. Il effaçait les obstacles, humains ou non, dans toutes les positions : normale, sur le côté ou même sur le ventre. Petit à petit, il se rapprochait insensiblement du vif, tandis que Cho piétinait et n'arrivait pas à refermer sa main dessus. Elle tenta de le désarçonner d'un coup d'épaule alors qu'il était en train de la dépasser, mais ses réflexes lui firent renvoyer brutalement le coup d'épaule, tandis qu'il tendait sa main devant lui. Enfin, il la referma sur les ailes qui frémirent dans sa main. Il hurla sa joie tout en cherchant ses équipiers du regard.
Bientôt, il fut submergé par une avalanche de bras qui lui donnaient de grandes tapes dans le dos ou sur les épaules.
- Tu restes le meilleur Harry, hurla Ron à son oreille.
- Combien ? S'enquit-il alors.
- Deux cent cinquante à cent, répondit alors la voix plus posée de Severus devant lui.
- C'était un bon match, les gars, fit alors Marcus. Avec seulement deux semaines d'entraînement, c'est beau.
Harry aperçut enfin le visage de Severus : heureux, bien que légèrement figé. Forcément, le vampire n'appréciait pas outre mesure les manifestations d'amitié de ses coéquipiers. Mais il lui faisait aussi la grâce de toute remarque, ce qu'Harry remercia avec un sourire encore plus prononcé dans sa direction, sourire qu'il savait aguicheur, comme Severus les aimait et comme il lui réservait.
Alors qu'il descendait vers les vestiaires, Harry aperçut M. Frinugand en grande discussion avec M. Owen. Lorsqu'il l'aperçut, il lui fit le signe impératif de venir vers lui. Intrigué, Harry se dirigea vers eux pour les saluer :
- Bon, Potter, attaque M. Frinugand, je n'irai pas par quatre chemins. Pour les raisons que vous imaginez, je vais être obligé d'assister à tous vos matchs. Donc vous avez intérêt à me gagner cette coupe pour qu'elle puisse enfin connaître les délices des effluves de potions.
- Vous exagérez, Frinugand, protesta mollement M. Owen avec un demi sourire.
- Sans moi, vous n'avez pas d'attrapeur Owen, rétorqua le directeur de la faculté de potions. Donc, pas d'attrapeur, pas d'équipe, pas de coupe. Au moins, vous pourrez toujours venir l'admirer chez moi l'année prochaine ! C'est compris Potter ?
- Je ferai de mon mieux, monsieur, parvint à dire Harry.
- Et secouez un peu les puces à Severus, tant que vous y êtes. Il est rouillé comme poursuiveur. Il a du travail sur ce plan là !
Harry se mordit les lèvres pour ne pas rire, et s'éloigna après les avoir salué. Ce ne fut qu'une fois dans l'intimité des vestiaires qu'il connaissait bien maintenant après deux semaines de cours, qu'il laissa libre cours à son hilarité. Il la fit également partager à ses coéquipiers. Bien sûr, Severus le fusilla du regard, mais cela n'amoindrit pas une seconde son rire. Ce dernier était satisfait du bonheur manifeste de son calice, même s'il payait un peu. Il avait donc pris la bonne décision en jouant avec lui : ils auraient autre chose à partager que les études. C'était vital pour que leur couple se soude encore plus.
Le lendemain, Harry faisait la une du Chicaneur. Le journal revenait longuement sur la tentative d'interdiction de jouer d'Ombrage et la question qui faisait le gros titre était claire : « Pourquoi le ministère s'acharne-t-il autant sur Harry ? ». Fudge était directement mis en cause, et même la Gazette ne pouvait passer outre l'incident. L'injustice était trop flagrante pour être omise. Certaines personnes bien placées, comme Amelia Bones ou Rufus Scrimgeour commençaient à se démarquer à haute voix des agissements du ministre. Ce dernier insistait en outre sur son inquiétude concernant la formation de ses futurs aurors : « Je sais, par un autre professeur de l'école, que le niveau en défense des aurors piétine. Ils n'apprennent rien de nouveau, ce qui commence à être très préoccupant ».
Un autre sujet divisait également les deux journaux : Sirius Black. Selon la Gazette, l'enquête diligentée par la ministère suivait simplement son cours, et aucune date n'avait été fixée pour un quelconque procès en révision, si tant est qu'il y en ait un. En revanche, selon le Chicaneur, le ministère traînait fortement des pieds pour faire avancer le dossier alors que « selon des sources proches du dossier, les preuves de l'innocence de Black n'étaient pas contestables ». Par ce fait, la communauté sorcière commençait lentement, mais sûrement à se diviser.
Au fur et à mesure des jours, Harry voyait également tous les jours divers hiboux apportant divers messages à Severus. Et lorsqu'il finit par s'enquérir de sa soudaine popularité, Severus lui expliqua :
- J'ai accepté d'aider légèrement les jumeaux Weasley à la mise au point de quelques produits pour eux. En contrepartie, ils me prennent des commandes pour la fabrication de potions diverses. Avec l'hiver qui arrive, les gens font le plein de Pimentine par exemple, et je pratique des tarifs vingt pourcent inférieur aux autres marchands.
- Voilà pourquoi je me retrouve à brasser de la Pimentine, soi disant pour la maîtrise de potions ! Dit Harry avec une petite moue.
- Je te rappelle qu'il faut bien qu'on tienne tout de même trois ans sans ressources !
- Sauf que d'après nos calculs, nous pouvons tenir six ans largement, contra Harry.
- Et bien, nous tiendrons encore plus longtemps ainsi !
- Ca m'étonne que les jumeaux se soient accordés avec toi aussi facilement que ça …
- Ca faisait trois ans qu'ils cherchaient comment stabiliser un bonbon qui change la couleur des cheveux en rose. Ils ont accepté de parier que si je leur trouvais la solution en moins de vingt-quatre heures, ils acceptaient le marché. J'ai mis quatre heures le week-end dernier, pendant que tu dormais.
Harry hocha la tête, admiratif, car il connaissait le talent des frères Weasley pour la confection de leurs farces. Severus avait donc désormais accès à une clientèle très variée en toute discrétion, les jumeaux étant des hommes de parole.
Par un froid samedi de fin octobre que Minerva McGonagall se présenta au 12, Square Grimmaurd juste après le déjeuner. Elle leur fit part immédiatement de sa surprise concernant la disparition du tableau de Mme Black, et Severus se tourna derechef vers Harry en disant :
- Toi, si jamais tu oses …
- Oser quoi ? Demanda Harry sur un ton trop innocent pour être honnête.
A cet instant, en voyant les mines des deux hommes, le professeur McGonagall mesura le chemin parcouru. Leur complicité ne faisait aucun doute, et elle n'avait jamais vu quiconque se risquer à taquiner Severus de la sorte, pas même Albus. Ce que lui avait dit Pompom au mois de juillet se révélerait-il exact ? Le caractère de Severus était-il en train de s'assouplir un peu ? Mais elle ne put résister à l'envie de le pousser un peu à son tour en se tournant vers Harry :
- Voulez-vous m'expliquer, Harry ?
- Mais certainement, répliqua ce dernier avec empressement, en fait, il s'agit du tableau de Mme Black …
- Harry, gronda Severus.
- Quoi ? Le professeur McGonagall apprécie qu'on réponde à ses questions, Sev ! Alors pour en revenir au tableau, c'est effectivement Severus qui nous en a débarrassé.
- Harry, gronda Severus un peu plus fort.
- Mais comme vous le savez, cette dernière n'était pas très coopérative, et donc, lorsqu'il a enfin réussi à décrocher le tableau, la moitié du mur s'est trouvée … comment dire …
- Effondrée ? Emportée ? Détruite ? Suggéra le professeur avec un léger sourire aux lèvres.
- Voilà, ce sont exactement les mots que je cherchais ! S'exclama Harry en claquant des doigts tout en jetant un coup d'œil en coin à Severus.
- Harry, je te jure que tu vas me le payer, ça ! D'abord Sven et Mark, puis le lycanthrope et pour finir Minerva …
- Jamais deux sans trois, quoi !
- Minerva est là pour t'aider sur ta transformation, mais ensuite …
- Oui, je sais, ça sera duel, potions …
- Mon cher Severus, il semblerait que vos menaces ne soient plus si impressionnantes que ça ! Ironisa le professeur McGonagall
Severus soupira longuement avant de répondre :
- Et bien entendu, ça vous amuse, Minerva ?
- Ca me réjouit en effet ! Harry a sept ans d'injustice flagrante à rattraper tout de même ! Maintenant, messieurs, je n'ai tout de même pas toute mon après-midi devant moi, donc passons au salon, et commençons à travailler !
Elle reprit patiemment avec eux les exercices de métamorphose sur lesquels ils butaient, puis en vint enfin au sujet tant attendu par Harry :
- Tout d'abord, commença le professeur McGonagall, avez-vous réfléchi à un animal que vous souhaiteriez incarner ? J'ai bien dit, souhaiteriez, car il est très fréquent qu'il y ait un gouffre entre le souhait et la réalité …
- Ah ? Dit Harry avec une grimace. Mais aucun livre ne parle de ça !
- Aucun parmi ceux que vous avez trouvé. En revanche, j'en possède qui en parle ! Je suis bien certaine que M. Krawitz les a également dans sa possession ! Alors, quel animal, Harry ?
- Un lynx, dit Harry timidement.
- Je vois … Une petite envie de faire des virées nocturnes avec un certain loup-garou de notre connaissance ? Quoi qu'il en soit, je ne sais pas si le lynx va correspondre à votre nature profonde … Enfin, nous verrons cela plus tard, pour l'instant je vais vous détailler les étapes à suivre : tout d'abord, je vais lancer sur vous le sort Revelatius Animalus pour que vous puissiez vous promener dans votre subconscient. Vous rencontrerez sûrement un certain nombre d'animaux. Plus vous en rencontrerez, plus ultérieurement votre transformation sera aisée, c'est en fait un signe de puissance. Prenez garde à les voir tous, Harry, et surtout, observez-les bien.
- Que se passe-t-il si je ne les vois pas tous ?
- Ceux auxquels vous n'aurez pas prêté attention tenteront de vous barrer le chemin de votre transformation. Il faut bien comprendre que tous les animaux que vous allez voir vous représentent en quelque sorte. Ils sont chacun une partie de vous, que vous l'appréciez ou non … Donc l'animal que vous ne voyez pas, c'est une partie de vous-même que vous rejetez, consciemment ou non. Et cette partie ne sera pas forcément d'accord pour s'effacer !
- Mais alors, pointa Severus, si les animaux représentent tous une partie de soi-même, ça ne sert strictement à rien de choisir un animal avant ?
- Si, malgré tout, Severus, car, parce qu'il a choisi cet animal, le lynx va apparaître dans son rêve. Mais, ajouta-t-elle en levant son doigt, il doit absolument éviter de se focaliser sur lui ! Il doit impérativement bien observer tous ceux qui voudront le voir, ainsi que ceux qui ne le voudront pas d'ailleurs.
- Ah ? Il y aura des animaux qui ne voudront pas me voir ? Grimaça Harry.
- Bien entendu ! Ce sont le ou les parties de vous même que vous souhaitez refouler.
- Bon, soupira Harry, et une fois le sort terminé ?
- Ne soyez pas si pressé, Harry, ou sinon vous commettrez des bêtises. Prenez au moins en tout sept à huit heures pour bien étudier tous les animaux qui se présenteront à vous. J'apprendrai à Severus le sort, qui heureusement n'est pas un sort complexe de métamorphose, ajouta-t-elle avec un petit sourire en coin à Severus, de sorte que, lorsque je reviendrai la semaine prochaine, vous puissiez me détailler tout ce que vous avez appris. Nous verrons à partir de là. Est-ce clair ?
- Oui, je crois, marmonna Harry.
- Toujours aussi impatient, n'est-ce pas Harry ? Etes-vous prêt maintenant ?
Sur un hochement de tête de ce dernier, le professeur McGonagall lança :
- Revelatius Animagus !
A l'instant où la lumière du sort frappa Harry, il se retrouva plongé, lui semblait-il, au cœur de la forêt interdite, dans la clairière où il avait vu Voldemort pour la première fois. Face à lui, fier, assis sur ses pattes arrières, se tenait un … lynx ? Semblable à un chat, certes, mais de taille nettement plus imposante, à moins que ce soit l'ego d'Harry qui l'ai grandi ? L'animal assis lui arrivait presque en haut des jambes, et lorsqu'il se mit sur ses pattes, Harry s'aperçut avec étonnement qu'il devait mesurer environ un mètre de long. Ensuite son pelage : s'il était bien tacheté de noir, au lieu de la couleur fauve qu'il attendait, la teinte dominante était d'un blanc surprenant.
Inconsciemment, Harry sourit légèrement à l'animal qui se tenait devant lui, puis commença à fouiller les environs du regard. Sans beaucoup de surprise, un serpent ondula rapidement vers lui et siffla à l'attention du lynx qui le regarda d'un air dédaigneux. Il s'obligea à l'observer attentivement. Les écailles ocres étaient striées de noir, la tête était triangulaire, et les pupilles jaunes fendues verticalement.
Une vipère ? Pensa-t-il.
Il fut récompensé par un sifflement approbateur à ses oreilles.
Un serpent venimeux.
Ce n'était pas très étonnant que le Choixpeau ait voulu l'envoyer à Serpentard en son temps !
A nouveau un sourire vint effleurer ses lèvres, jusqu'à ce qu'un mouvement près de lui le fasse reculer de plusieurs pas. L'araignée qui se présentait devant lui n'avait certes pas la taille d'Aragog, mais elle aurait largement suffit à Ron pour être pétrifié de peur. D'une dizaine de centimètres de circonférence, noir et jaune, et surtout velue à souhait, elle n'inspirait guère Harry. Lui ? Une part de lui même pouvait être représenté par une araignée ? Alors que l'araignée se mit légèrement à reculer, il s'agenouilla d'instinct. Il ne voulait surtout pas se mettre à dos une représentation de lui-même. Il l'observa attentivement alors qu'elle s'arrêtait, avant de revenir lentement vers lui. Au moment où il commençait à la trouver un peu plus agréable à regarder, il se sentit lentement aspiré vers l'arrière. Le sort était en train d'être levé.
En revenant dans la réalité, il vit aussitôt l'air renfrogné de Severus : il ne semblait pas avoir apprécié les effets de ce sort. Il remarqua également que le professeur McGonagall s'était reculée et dardait un regard suspicieux vers Severus.
- Que se passe-t-il ? Demanda-t-il.
- Il se passe que pendant ce maudit sort, je n'ai plus aucun contact avec toi, cracha Severus.
- Ah, fit simplement Harry.
Il savait parfaitement que la perte du lien avec son calice était une torture pour un vampire, aussi douloureuse qu'un doloris.
- Alors il faudra que je fasse vite pour trouver tout mon petit monde, ajouta-t-il d'un ton apaisant. Professeur ? Combien d'animaux dois-je trouver ?
- C'est là tout le mystère, Harry. Combien en avez-vous déjà vu ?
- Trois.
- C'est un bon début. Mais compte tenu de votre puissance, je ne serai pas étonnée que vous puissiez monter à cinq ou six. Maintenant, juste avant de vous quitter, je vous montre le sort, Severus. Ce sera peut-être plus … facile pour vous, si c'est vous qui lui lancez …
- Peut-être, dit Severus d'un ton coupant. Il a surtout intérêt à faire vite !
- Il est très important qu'il les trouve tous, Severus, insista le professeur McGonagall.
Severus hocha imperceptiblement la tête avant de sortir sa baguette, dans l'attente des instructions de son ancienne collègue.
RAR
khisanth : ton hypothèse concernant Shiskaa et Ombrage est intéressante … Vous en saurez plus un peu plus tard … Et je suis heureuse que ça continue à te plaire !
NEPHERIA : merci
petite grenouille : comme tu peux voir, les chapitres arrivent à peu près au rythme d'un par semaine ! J'espère que celui t'aura plu aussi !
moi : ce n'étaient pas exactement des cours ici, mais j'espère que ça t'aura plu quand même !
ElamRogue : nous aurons au moins une autre anecdote concernant Ombrage …
Cheshirecat : je suis heureuse que ma fic te plaise. Effectivement, j'ai choisi le thème après Voldemort, car je ne l'avais encore jamais abordé. Et comme j'écris ma fic au fur et à mesure de mes idées, non, je ne sais absolument pas combien de chapitres je vais écrire.
Tif : je suis heureuse que tu aies apprécié les deux chapitres et le début du match Ombrage – Severus.
