Hello ! Je vous prie de m'excuser pour mon retard, j'étais en partiel toute la semaine, et le moins que l'on puisse dire, c'était que c'était dur. Je suis dans une fac emplie de profs sadiques et d'élèves masochistes pour continuer à se présenter aux épreuves. Bref, je n'ai pas pu vous répondre, je me rattraperais pour celui là. À bientôt ;)

Disclaimer : JK tout est à toi, sauf quelques personnages de mon cru

Playlist : Matt Corby (Kygo Remix) : Brother - Ludovico Einaudi : Night - The Cinematic Orchestra : Arrival of the Birds

Résumé des chapitres précédents : Alors que Mrs Bittersweet est dans le coma suite à l'attaque de Voldemort, dans le passé, après avoir échappé à Grindelwald, Lily embrasse Tom et finit par s'enfuir à sa suite dans Londres en pleine guerre.


Les méchants ne sont pas toujours punis, ni les bons récompensés

Oscar WILDE


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22 Janvier 2025

Rita et Veronica arrivèrent silencieusement à Sainte Mangouste. La pendule du hall affichait deux heures du matin, au dessus d'un secrétaire ronflant au possible. L'heure des visites était dépassée depuis longtemps, mais cette visite là n'avait rien de conventionnel ni de légal.

Elles montèrent vers l'étage des blessures magiques, esquivant des aurors en ayant vaguement métamorphosé leur robe de sorcières pour une robe de guérisseuse. Les deux femmes passèrent devant la chambre où se trouvaient les trois Potter. Rita eut juste le temps de les voir tous les trois blottis les uns contre les autres à travers le hublot d'une porte avant de s'esquiver au regard suspicieux d'un jeune auror aux cheveux atypiques.

Elles tournèrent à l'angle pour continuer le long du couloir et arriver devant la chambre de Mrs Bittersweet. Une seule auror montait la garde.

—Selena, roucoula Veronica dans un chuchotement allègre.

La jeune auror se tourna vers les journalistes et son visage se plissa comme si elle se trouvait devant une énorme bouse de dragon. Selena Candle, selon son badge d'auror les toisait de haut en bas, dégoûtée et quelque part… effrayée ? Rita aimait beaucoup ça.

—Tu es là, toi ? Et tu as amené un autre rapace en prime, Rita Skeeter rien que ça.

—Ouvre moi la porte mon cœur, et tais-toi surtout.

—Ne m'appelle plus mon cœur.

Madone prit un air faussement peiné. Ses lèvres roses se tordirent en une moue affligée.

—Que tu es cruelle, nous avons passé de si beaux moments toutes les deux. Après tes baisers, c'était nos discussions que j'aimais le plus, surtout quand tu me racontais les derniers cas de vos affaires censément ultra confidentiels… Il serait dommage qu'une petite note de ma part atterrisse sur le bureau de Potter, n'est-ce pas ?

La jeune femme blêmit. Elle déverrouilla la porte d'un coup de baguette.

—Tu n'es qu'une garce Madone, siffla-t-elle. Pas de photos, essayez de lui parler, mais nous n'en tirons rien de toute façon. Et…

—Pas de photo, oui on sait, cingla Rita avant de pénétrer dans la minuscule chambrée.

Mrs Bittersweet était au fond de la pièce, sous l'unique fenêtre, éclairée par un rayon de lune la rendant encore plus blafarde et misérable au fond de ce grand lit pour son corps si chétif. La vieille sorcière était toute maigre, bandée et pansée en de multiples endroits. Sa respiration était difficile, mais selon Madone, elle s'était à peu près réveillé de son coma dans l'après midi. L'entretien avait été fait par un Harry Potter à peine conscient du fait des révélations qui venaient d'arriver, et les informations récoltées avaient été pitoyables.

Rita posa sa main sur celle de la vieille femme. Elle eut la désagréable surprise de trouver la sienne plus ridée et parcheminée que celle de Bittersweet. Elle avait vieilli. Quand l'âge l'avait-il atteint ? Elle grimaça.

—Mrs Bittersweet ? Nous sommes des amies de votre mari. Il n'est pas venu vous voir n'est-ce pas ? Nous sommes là à sa place.

Annick Bittersweet papillonna des yeux, semblant à peine se réveiller. Son visage se tendit.

—Jebediah ? murmura-t-elle d'une voix faible et brisée.

—Il sera bientôt là, promit Madone. Quand vous nous aurez répondu, il pourra venir auprès de vous.

—Nous aimerions savoir qui vous a attaqué.

Pas de réaction. Veronica mastiqua son chewing gum de dépit. Ses cheveux animés par la magie du bonbon suivirent le mouvement de sa mâchoire.

—Savez-vous qui vous a attaqué ?

La femme lui serra la main. Les deux journalistes se mirèrent.

—Etait-ce Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ?

Elle serra de nouveau plus violemment, Rita retint un petit cri. Elles avaient la confirmation, enfin. C'était Voldemort.

—Vous a-t-il menacée avant de s'attaquer à vous ? questionna Veronica.

Rien.

—Savez-vous comment il est entré chez vous ?

Elle serra.

—Quelqu'un lui a-t-il ouvert ?

De nouveau elle serra. À nouveau les sorcières se regardèrent.

—Intéressant. Savez-vous pourquoi il vous a attaqué ? Cela a-t-il un rapport avec votre époux ?

Elle serra légèrement.

—Est-ce à cause du procès ?

Cette fois Rita dût se cramponner car la vieille femme s'agrippa à sa main de toutes ses forces, laissant une trace blanche qui rougit. Annick Bittersweet retomba ensuite dans un sommeil bienheureux. Skeeter dégagea sa main et colla au mur avec Madone quand Selena Candle siffla discrètement. Deux aurors saluèrent la jeune femme, ne s'inquiétant pas de l'état de Bittersweet, car la porte semblait fermée à double tour.

—Ça, souffla Madone c'est intéressant.

—Oui, ce procès est encore plus intéressant qu'escompté. Mettons tous les éléments ensembles, souffla Rita. Tom Jedusor ou Tu-Sais-Qui, revient miraculeusement à la vie, par l'aide ou non des trois Potter. La plus petite des trois, s'acoquine franchement avec lui pour nous dévoiler tout une part de son passé… Tu ne crois pas qu'il voudrait tout sauf que ce procès se continue ? Le Seigneur des Ténèbres veut tout sauf voir sa vie privée s'étaler au grand jour. Il a voulu faire plier Bittersweet.

Madone sourit. Elles notèrent chacune leur réflexion dans un coin de leur tête pour quitter la chambrette sous le regard sombre de Candle. Rita avait encore à creuser, elle le savait.

oOo

Le lendemain, Harry Potter n'était pas là. Ginny Potter se trouvait seule sur le banc le plus proche de ses enfants. Elle avait pleuré, en témoignaient ses yeux rouges et gonflés, mais sous doute pas autant que Lily Luna sanglée fermement à son siège, le visage marqué de sillons encore humides. James Potter n'était pas mieux. Il serrait les dents, le visage tendu en arrière à cause des chaines l'étranglant presque.

Quelle délicieuse vision, songea Rita en s'asseyant auprès de sa nouvelle collaboratrice Veronica. Les deux femmes se sourirent faussement, avant que la plus jeune ne photographie avec un vieil appareil cracheur de fumée plusieurs images de la scène.

Percy Weasley au grand dégoût apparent de McFleetwood. Le roux semblait pâle comme la mort. Nul doute qu'il devait être au courant des révélations de la veille.

Quand il s'assit, James Potter s'exclama :

—Je suis volontaire pour passer ! Je suis volontaire !

Quelques personnes commentèrent ce fait. Nul ne doutait que c'était pour retarder l'échéance visant Lily Luna Potter. Ce fait amusa Rita Skeeter. James Sirius, se tortillait sur sa chaise comme pour attirer l'attention sur lui, laissant sa sœur dans une ombre confortable compte tenu des circonstances.

—Nous allons laisser à votre sœur le temps de se reposer, convint finalement Percy Weasley. Je pense… qu'il est mieux de poursuivre avec vous.

—Restez calme, intervint tout de suite Susan Bones. Nous devons éviter tout mouvement de panique de votre part. Ce qu'il s'est produit hier est un malheureux incident, nous en sommes persuadés.

Lily Potter n'ajouta rien, refusant telle une enfant de regarder la Haute Juge.

—Procédez, fit presque douloureusement Percy Weasley.

oOo

—LILY !

James continuait à hurler alors que cela faisait bien une minute que dans un flash blanc foudroyant. Il shoota dans un caillou invisible retenant un cri rageur. Est-ce qu'elle avait bien conscience de ce qu'elle venait de faire cette andouille ?

—Il faut aller la chercher ! cingla James en se tournant vers Dumbledore.

Ce dernier comme Al et Père Athénodore, semblait à peine se remettre de la disparition soudaine des deux.

Jedusor et Lily. James grogna en passant sa main sur son ventre là où le sale gosse l'avait frappé. Il avait eu raison de le détester.

D-é-t-e-s-t-e-r. R-e-t-s-e-t-é-D.

Ça il savait le faire. Le brun toisa Dumbledore, pressé qu'il crée un autre portoloin pour rattraper sa sœur par la peau du cou.

—Je ne pense pas qu'il serait très avisé d'aller chercher la jeune Lily maintenant.

—Pardon ? Non, je vais aller chercher ma sœur maintenant ! Pas question que je la laisse avec quelqu'un d'aussi louche que ce Jedusor !

—Paix.

Le vieil Athénodore posa sa main sur son épaule. Une main étonnement douce et ferme qui réussit l'exploit de le maintenir sans lui faire mal au niveau de manque où il était rendu. L'envie d'allumer une cigarette était puissante, il tapota sur sa cuisse, sachant pertinemment qu'il n'y avait plus de nicotine. Alors il se décida à fusiller du regard le Sous Directeur de Poudlard.

—Il faut faire quelque chose, clarifia Al.

Les deux frères se toisèrent avant de détourner la tête.

—Le plus important est vous. J'ai croisé le cadavre du Traceur en m'enfuyant de Nurmengard. Vous n'êtes plus directement menacés par cette bête. Votre sœur est au milieu de moldus désormais, plus difficile à tracer que jamais.

—Ils l'ont trouvée une première fois, pourquoi pas cette fois ? On ne peut pas la laisser.

—Ça te va bien de dire ça, cingla Albus. Toi qui as toujours voulu la mettre de côté comme si elle n'était qu'une pauvre petite chose !

—La ferme ! Les choses sont différentes cette fois !

—L'Orphelinat Wool, où se trouve Mr Jedusor bénéficie du fait de la guerre moldue de nombreuses protections. Elle y sera certainement plus en sécurité que perdue au milieu de la campagne anglaise du fait de vos querelles.

Dumbledore les vrilla de son regard bleu électrique. James serra les mâchoires, tandis qu'Al eut le bon goût de ne pas essayer muettement de jeter la faute sur lui. Nul doute qu'il lui aurait collé un taquet. James se détourna, regarda par une meurtrière. Les dragons filaient vers l'Ouest, leur laissant enfin le champ libre. Ça, au moins c'était fait.

F-a-i-t. t-i-a-F.

—Je n'ai pas confiance en ce garçon au nom idiot. Tom Jedusor.

—Et je me méfie de lui également, confia Dumbledore d'une voix soucieuse. Mais j'aimerais réaliser une expérience auprès de lui avec Lily.

—Notre sœur ne servira pas vos desseins bizarres.

—Il ne s'agit nullement de mes desseins, votre sœur majeure a fait le choix de suivre ce garçon, il serait bon de s'intéresser à la suite des évènements.

James eut envie de jurer. Lily était une fille débrouillarde et intelligente, mais l'imaginer dans un orphelinat, avec ce type ? Ça lui donnait la nausée.

« Jaloux ? » souffla la voix de Johann à son oreille sans qu'il n'apparaisse cette fois. Il chassa la voix comme un moucheron sous le regard curieux des trois autres sorciers. Il était le fou au milieu des sages, et ça lui allait foutrement bien.

—Et puis, j'aimerais que pour débuter votre sœur ne soit pas inquiétée par ce que j'ai prévu pour vous.

—Que voulez-vous dire ? demanda Albus.

Dumbledore soupira. Il leva son bras vers l'endroit où les dragons avaient fait des cercles dévoilant une cicatrice de quelques jours sur son avant bras. Le vieux moine recommanda à son ami de s'asseoir le temps d'être soigné. Ce qu'il fit bon gré malgré, en s'asseyant sur un des bancs de l'entrée. Il piocha dans la poche de sa robe de sorcier et en sortit une poignée de bonbons aux citrons qu'il proposa aux autres sans résultat probants. Il l'avala avant de déclarer d'une voix beaucoup, beaucoup plus dure comme dissimulant sa colère.

—Grindelwald est désormais au courant de votre particularité Messieurs Potter. Il est fort à parier qu'en ayant connaissance de vos vrais noms, il va s'intéresser d'autant plus à la famille de votre arrière grand père et par essence à l'Angleterre pour ce fait. Il est à votre recherche et à la recherche d'une des reliques. J'ignore s'il possède plus que la baguette de Sureau, mais sa puissance s'accroit de plus en plus. Nous sommes dans une impasse jeunes gens. Il vous veut. Gellert Grindelwald est un enfant capricieux, s'il ne vous obtient pas, il vous tuera, soyez en certains.

—La meilleure stratégie est l'attaque, grogna James.

—Je suggérais la défense plutôt que la fuite, prononça Dumbledore avec fatalisme. Vous êtes au milieu d'une guerre qu'aucun sorcier en Grande Bretagne ne veut reconnaître, mais pourtant bien présente. Vous allez devoir avancer ensembles si vous voulez survivre aux années sombres qui s'annoncent. C'est là la raison pour laquelle j'ai choisi de laisser votre sœur au loin, pour que vous régliez tous les deux vos différends.

James lorgna de haut en bas son cadet comme s'il rencontrait pour la première fois un individu particulièrement répugnant.

—Cela risque d'être compliqué.

—Et pourtant, il va vous falloir vous entendre rapidement, car Grindelwald n'attendra pas, il est sûrement déjà en train de préparer ses coups en Angleterre. Je compte déjà m'assurer de la sécurité de Charlus Potter et de la famille Potter, et différents points stratégiques sans avoir à m'inquiéter pour vous. Les querelles de frères sont là les choses les plus complexes qui soient, mais vous ne pouvez plus vous permettre de perdre du temps ainsi. L'heure est grave.

—Okay, dirent les deux Potter avec répulsion.

Dumbledore sourit légèrement. Le vieux moine finissait de refermer avec sa baguette un vicieux effet d'un sort de magie noire dans la chaire du Gryffondor. James se surprit à couler un regard rapide vers Al. Lui aussi avait subi, il se demandait comment il se remettait. Puis l'idée formulée, une plus acide lui vint en tête. Peut être souffrait-il toujours ? Auquel cas c'était bien fait pour ne pas l'avoir suivi et écouté.

É-c-o-u-t-é. É-t-u-o-c-É. Ce que lui ne faisait jamais.

Il se gratta la gorge violemment. Il avait besoin de sa dose, n'importe quoi, mais le plus rapidement possible. Il sauta sur ses pieds.

—Du coup que faisons-nous ?

—Nous rentrons en Angleterre, chez une connaissance qui saura vous accueillir.

—Non, répondit alors James.

—Je crains que vous n'ayez pas comprit Mr Potter, dit Dumbledore le vrillant de ses yeux semblables à des rayons X moldus. C'est la seule option que je vous donne. Désormais, nous suivons mes règles, voulez-vous ?

Le voulez-vous semblait uniquement décoratif. Ils n'avaient pas le choix. Dumbledore ne les abandonnerait sans doute jamais, il craignait désormais trop qu'ils finissent entre les griffes de Grindelwald, mais il n'accepterait pas de refus. Que ferait l'homme s'ils refusaient ? Les savoir dans la nature était trop inquiétant. Pouvait-il les enfermer comme des bestioles curieuses ? se demanda James horrifié.

C-u-r-i-e-u-s-e-s. S-e-s-u-e-i-r-u-C.

« C'est toi la bête, l'informa la voix de Johann. Tu es un loup pathétique et solitaire Potter. »

—La ferme, souffla-t-il dépité.

—Nous acceptons, déclara Albus à sa place non sans l'avoir dévisagé étrangement.

—Alors nous partons.

Athénodore se releva et chercha dans sa soutane une vieille paire de ciseaux qu'il tendit à Dumbledore. Le vieux Grec s'adressa à eux.

—J'ai le sentiment que nous ne nous reverrons jamais plus. Que la Magie et le Destin guident vos pas.

—Pareillement, souffla Al. Merci infiniment. Merci pour tout.

La voix de son cadet était rauque, comme s'il retenait son émotion. Il n'allait pas pleurer quand même ? Chochotte ! James ne fit même pas les salutations d'usage contrairement à Dumbledore qui embrassa chaleureusement son vieil ami avant de faire un portoloin avec des ciseaux. Ils disparurent à leur tour dans un scintillement bleu et puissant. James se sentit attiré par un hameçon invisible au niveau du nombril et cela dura longtemps.

Quand il ouvrit les yeux, il se retrouva nez à nez avec une sorte de grande demeure sombre et tarabiscotée, aux immenses murs un peu tordus et aux huit cheminées toutes plus hautes l'une que l'autre sur un toit pourtant déjà bien pointu. Quelque part, cette demeure lui rappela le Terrier, mais en beaucoup plus sombre, moins chaleureux et à l'aspect à peine moins miteux. Cabbage Street était écrit sur un vieux panneau défraichi, mais c'était là la seule maisonnée de la rue, car sans doute personne n'irait se perdre dans un endroit aussi désolé.

Devant des grilles en fer forgé tordues et cassées par endroit, un autre petit panneau en bois nommait la bâtisse étrange. La Coquetière.

.

.

La porte s'ouvrit devant Al, James et Dumbledore. Une jeune femme était collée aux battants. James la toisa, elle n'était pas jolie, très grande, et très maigre avec un visage très allongé et chevalin, encadré d'une masse de cheveux brun sombre peu reluisants. Elle devait avoir la vingtaine estima l'aîné des Potter en la voyant froncer son long nez entre deux petits yeux violets sombres. Ce qui frappait chez cette femme ce n'était pas son manque apparent d'esthétique, mais ni plus ni moins qu'une jambe en ferraille grossière ajoutée au niveau de sa cuisse gauche pour remplacer celle qu'elle avait perdue. Elle finit son cigare, l'écrasa contre la porte en bois noir puis dit d'une voix aigre :

—Bonsoir professeur Dumbledore. Je ne vous attendais pas de sitôt.

—Bonsoir Bridget. Vous avez donc bien reçu mon Patronus, fantastique, sourit Dumbledore. Pouvons nous entrer ?

La femme les laissa passer, puis les dirigea entre les minuscules couloirs tortueux de la demeure jusqu'à une petite cuisine sur deux étages comme semblaient l'être beaucoup de pièces de la maison. Le réchaud se trouvait sur une petite mezzanine accessible par une échelle de fortune, tandis qu'une table à moitié brisée et tenue sans doute par magie se trouvait couvertes de vieilles assiettes. Dumbledore d'un coup de baguette les nettoya puis fit apparaître un fauteuil à fleur plus confortable que les tabourets branlants pour s'asseoir. Où s'étaient-ils fourrés encore ?

James se demanda sérieusement s'il ne valait mieux pas attraper Al par la peau des fesses et transplaner en vitesse. À la place, il se mâchonna la langue à toute vitesse pour calmer son manque ardent.

—Messieurs Potter, je vous présente Bridget Maugrey. Bridget, voici Albus et James Potter.

Les deux garçons se mirèrent, surprit. Leur identité ne devait pas être la dernière chose au monde à être révélée ? Pourquoi la donner à cette femme ? Quoique le nom de Maugrey ne lui était pas inconnu. Mais tout de même !

—À en voir vos visages, je me doute que vous devez être méfiants, jeunes hommes. Bridget, était le contact dont je vous avais parlé avant que vous n'en fassiez qu'à votre tête. Mais je lui laisse le loisir de se présenter.

La femme béat de surprise. Elle joua avec un revers de sa robe de sorcière verte feuillage, avant de déclarer :

—Je suis une auror, je travaille au gouvernement depuis cinq ans déjà. Mais mon affiliation avec le professeur Dumbledore est plus lointaine. La guerre sorcière qui nous couve est pour l'instant retardée par de petits groupes de personnes dans mon genre ayant fait le serment de protéger notre communauté contre les forces de Grindelwald.

—De tels groupuscules avaient déjà commencé en France et en Espagne contre le sorcière noire Belladona Flamina. Ces pays sont aujourd'hui malheureusement trop pris par la guerre moldue pour pouvoir correctement se défendre d'une menace magique aussi puissante, explicita Dumbledore. Vous êtes au milieu d'un chassé croisé jeunes gens. Il vous faut vous défendre, et pour cela vous ne pouvez refuser de l'aide. J'ai toute confiance en Bridget, ses parents m'aidaient déjà quand elle étudiait à Poudlard. Elle saura conserver votre secret et vous aider à le protéger.

La jeune femme leur sourit. James se renfrogna, alors Johann apparut aussi sarcastique qu'on pouvait l'être, ses jambes/pattes de puma trônant sur la table à demi brisée.

—Tu n'as pas confiance, Potter ? C'est normal après tout, tu as perdu tout repère après avoir compris que la personne auquel tu tenais le plus s'était foutu de toi depuis le début.

Tsss.

—J'ai rapidement été mise au courant de votre histoire par le professeur Dumbledore. Quand il a vu que la situation dégénérait entre vous trois, il a jugé bon de m'envoyer un courrier pour me parler de vous. Tiens ? Il n'était pas censé il y en avoir trois ? Où est la fillette ?

—Miss Lily Potter est en passe de devenir une jeune femme. Ce n'est plus une enfant comme vous avez souvent refusé de l'appréhender, corrigea doucement Dumbledore. Elle est partie dans un endroit où elle sera certainement aussi en sécurité qu'ici.

—Je n'aime pas votre « certainement ».

—Elle ne risque rien, clarifia Albus. Je lui ai remis des protections d'occlumencie quand nous sommes arrivés au Monastère. Je vous en ai mis à tous les deux.

James sauta sur ses pieds, c'était quoi encore cette histoire ? Johann gloussait. Le blond se leva pour se déplacer près de lui, sardonique.

—Je vous ais protégés par de l'occlumencie pendant tout ce temps. Après… Nurmengard, j'étais trop faible, j'ai attendu pour vous les remettre. Normalement, rien ne pourra lui arriver sans que je ne sois au courant.

—Et c'est depuis quand ça ?

—Depuis le début, répondit son cadet sur un ton de défi. Tu ne me l'as juste jamais demandé.

Quelle puissance fallait-il pour arriver à tenir constamment des protections comme celles-ci malgré la distance ? À nouveau l'écart entre son frère et lui se fit sentir et James haït cela.

—Avoue que tu aimerais éclater cet air suffisant sur son visage comme moi je le voulais, susurra Johann. Un coup de poing c'est rapide et ça ne coûte rien, J.

Un frisson parcourut l'échine de James et à peine eut-il amorcé un mouvement violent vers Al qu'un sort le cloua à son siège. La sorcière rangea sa baguette aussi sec alors qu'il grognait de fureur.

—Bien. Je vois que vous n'avez pas menti Dumbledore. Les faires s'entendre pour nos plans risque de ne pas être aisé.

Oh non, et tant mieux. James sourit, insolent comme jamais.

I-n-s-o-l-e-n-t. t-n-e-l-o-s-n-I. Il savait si bien l'être.

.

.

Bridget Maugrey les conduisit à travers les couloirs tarabiscotés de la maisonnée en montant des escaliers, et en descendant d'autres sans ordre définit. Elle leur montra salle d'eau et chambres aussi étranges l'une que l'autre. James et Al n'avaient d'autres vêtements que leur robe de sorciers déchirées. Une armoire cabossée leur fut donnée. Après s'être baignés dans une baignoire trouée (James avait mit un doigt de pied pour empêcher l'eau de s'évacuer, mais Al avait trouvé plus fin d'ensorceler un bouchon pour l'y mettre), ils s'étaient habillés. Une partie de la maisonnée leur était inaccessible selon Miss Maugrey, alors ils redescendirent. Le fantôme de Johann ne l'avait pas quitté, souriant comme un fou dans un asile.

—Que fais-ton donc ? questionna James, en tentant d'occulter cette présence malvenue.

La sorcière leur présenta des sandwiches faits à la va vite. James piocha dedans et se servit d'un verre de jus de citrouille. La pendule tordue près de la fenêtre indiquait huit heures du matin. L'heure d'un petit déjeuner, et peut être après d'une sieste réparatrice. Il toisa les cigares sur la table.

—Je peux en avoir un ?

—S'il te plait Bridget, fit la jeune femme.

Elle n'en fut que plus hideuse aux yeux des James. Elle souriait vaguement satisfaite dévoilant des dents tordues en croisant des doigts noueux sous son menton allongé. Il réitéra sa demande avec l'ajout de politesse élémentaire et alluma enfin le précieux cigare.

Ça tiendrait allez quoi quelques jours, mais bien vite il aurait besoin de plus. Derrière lui, Albus ricanait de le voir si déconfit. Il voulut attraper un pot de marmelade pour lui jeter à la figure mais la main de la fille l'en empêcha.

—Pas de gaspillage ici ! J'ai suffisamment de mal à joindre les deux bouts sans que vous ne jetiez au quatre vents ma nourriture pour vos imbécilités ! Pour ce qui est de ce que nous faisons, j'aimerais maintenant que Dumbledore est parti que nous nous présentions plus correctement et dans les formes. Je commence, dit-elle en finissant un nouveau cigare. Bridget Wemina Maugrey, vingt quatre ans, auror.

—Albus Severus Potter, dix huit ans… hum, sans emploi et comme vous le savez, nous venons du futur.

Non mais quel idiot. L'envie de le frapper fut encore plus violente. Johann assit sur la table, se tartinant un toast aussi fictif que lui sans doute se pencha :

—Ça te démange, hein ? Fais le. Je me suis retenu de te démembrer toi, en le faisant souffrir lui. Allez, tu l'as déjà fait… Plusieurs fois. Un coup de poing et il est à terre à chialer.

À la place il se tourna vers Bridget et sourit insolemment.

—James Sirius Potter… Et c'est tout.

Il sourit encore plus, plein de satisfaction.

S-a-t-i-s-f-a-c-t-i-o-n. n-o-i-t-c-a-f-s-i-t-a-S.

—Bien, et j'aimerais en savoir plus sur vos aptitudes à tous les deux. Sur quoi que ce soit. Si je dois mixer une équipe avec vous deux, bien que ça m'ait l'air d'une difficulté rare, je propose que nous en sachions plus sur vous.

James bondit sur sa chaise.

—Je suis bon avec les créatures magiques, et en métamorphose. Je suis animagus. Un loup.

Il eut encore plus la joie de voir un sourcil de la femme se lever. Eh oui. Qui dit mieux ? Albus s'éclaircit la gorge avant de dire timidement :

—Je… suis plutôt bon en sortilèges, en runes, en arithmancie, en potion et métamorphose… Et moi aussi je suis animagus. Le mien c'est un serval.

James se stoppa automatiquement. Il tomba presque de son siège. Non, c'était impossible. Il n'avait pas pu le devenir tout seul, comme ça. Il n'avait pas pu être une nouvelle fois dépassé par son idiot de frère !

—Que crois-tu, Potter. J'ai réussi à le devenir, pourquoi pas lui, alors qu'il était l'un des meilleurs élèves de Poudlard ? siffla Johann. Tu as envie de lui en coller une, hein ? Ça te démange ?

Oui ça le démangeait, et ça devait se voir sur son visage car Albus fut plus méfiant. Il plissa ses yeux verts comme s'il voulait analyser la meilleure stratégie à adopter pour éviter un coup en traitre.

—Et c'est quoi un serval ? grogna-t-il dédaigneusement.

—Une sorte de gros chat, marmonna Al.

James éclata de rire. Il était une espèce de gros chien et son frère une espèce de gros chat. Ça leur correspondait tellement bien. Alors il lui sauta dessus. Il eut le temps de lui saisir une poignée de cheveux au milieu de cette cuisine tarabiscoté avant qu'un nouveau sort ne les expulse l'un et l'autre de chaque côté de la kitchenette. Albus finit dans la mezzanine non loin du réchaud et James poussa un hurlement rageur. Sale petit con !

—Je vais en prendre un pour taper l'autre !

—Mais c'est quoi ce cirque ? Bridget !

Les trois protagonistes tournèrent la tête de concert vers un garçon aux cheveux châtains foncés, au visage assez peu gracieux et attaqué d'acné. Il devait avoir dans les treize ans tout au plus, mais à sa façon de les lorgner d'un air dédaigneux on lui aurait volontiers donné plus. Il était en chemise de nuit couverte de chats noirs et quand le regard de James s'attarda dessus, il vira au rouge cramoisi. Il cacha la chemise de ses mains avant de siffler :

—C'est qui ces deux là ? Tu fais dans le gite Bridg' ? T'as enfin été virée des aurors ?

—C'est ça, Alastor, viens donc prendre ton petit déjeuner et épargne moi tes commentaires.

Le garçon fit un geste peu gracieux et s'assit sur la table, à l'endroit où aurait dû se trouver l'image de Johann qui lui laissa gracieusement la place avant de disparaître. Il prit un toast :

—Quoi ? Vous voulez ma photo ?

—Alastor Maugrey, débuta Al.

—Quoi ? Et comment tu connais mon nom le binoclard ? T'es moche. Ferme cette bouche tu vas gober un doxy.

Et sur ces politesses, il disparut dans un nouveau couloir tortueux de la demeure. James cligna des yeux. Alastor Maugrey, oui ce nom là ne lui était pas inconnu. Il se frappa la tête pour se forcer à réfléchir. Alastor Maugrey, c'était le nom de l'auror qui avait été pratiquement le mentor de leur père. On racontait qu'il était une véritable légende et considéré comme le meilleur auror ayant jamais exercé, leur père était le premier à leur dire sans fausseté. Le garçon qu'il venait de voir était loin de l'image du héros. Bridget suspecta visiblement quelque chose :

—Vous venez de faire la connaissance de mon frère, cingla la femme. Si d'aventure vous le connaissez de votre époque, c'est que petit un, il aura une sacrée longue vie pour le petit emmerdeur que c'est, et de deux ne lui montrez rien. Il n'est pas et ne sera pas au courant de votre petit secret. C'est plus prudent.

P-r-u-d-e-n-t. t-n-e-d-u-r-P.

Les deux hochèrent la tête. James préféra reporter sa hargne nouvelle vers Albus. Quel sale petit idiot. Alastor Maugrey avait au moins raison sur une chose :

—J'ai une autre qualité, des deux, je suis le plus beau. Et de loin. Allez salut.

—Où vas-tu ? questionna Bridget Maugrey.

—M'acheter de quoi me murger. Bye.

.

.

Trouver de quoi répondre à ses besoins fut mal aisé, mais il y parvint en dépensant ses toutes dernières pièces qu'il avait acquises en tant que serveur. Il se calla dans la première ruelle dégueulasse pour tester la consistance de sa marchandise. Une drôle de poudre blanche, de la moldue, lui avait certifié un vendeur, il en abonde sur le marché avec la guerre. S'il avait bien compris il devait se le mettre dans le nez. Chose qu'il fit nettement dégoûté après une inspiration. Les moldus avaient les pires idées qui soient. Il se dépêcha ensuite de rentrer. La pluie tombait à gros bouillon. Seulement prendre une cheminée publique était impossible. Les protections de la maison ne le lui permettaient pas, et la Coquetière semblait être sous fidélitas. Par conséquent, il se sentit bien con.

Après avoir erré hors de l'Allée des Embrumes, il poussa un juron dans le Chemin de Traverse et s'affala près de l'entrée du Chaudron Baveur en cherchant quoi faire. Il se massa les paupières.

Cette journée était merdique. Sa sœur chérie embrassait un garçon étrange et sournois donc haïssable au possible puis disparaissait après, Albus se montrait une fois de plus le meilleur, puis on les collait tous les deux dans les bras d'une drôle de fille et de son frère peu sympathique. Il détestait Dumbledore pour l'avoir forcé à suivre cette voie.

—Te voilà enfin. Tu as pris ce qu'il te fallait ? On y va. Ne perdons pas de temps tu as déjà assez attiré l'attention.

La drôle de fille était justement là. Bridget le prit par le bras, car il pouvait à peine se lever et elle transplana.

Il ne fut pas certain qu'elle l'assit sur un siège du salon ensuite, ou qu'il s'y mît seul, mais quand il émergea, il était en boule dedans.

Il ne semblait y avoir personne à l'horizon, on entendait le tic tac régulier et sinistre de la grosse horloge, le ronronnement d'une théière et les petits pas feutrés d'Alastor à l'étage au dessus. Où étaient passés Bridget et Al ?

Il grogna puis s'ébroua comme un chien pour partir à la recherche de son frère et de l'autre fille. Il monta l'escalier vers l'endroit qui leur était déconseillé par Bridget, il s'agissait en fait de la chambre d'Alastor. Il toqua et poussa le battant. Le garçon était occupé, pied nu à bidouiller une drôle de machine.

—Hey, où est ta frangine ?

—Casse-toi le grand dadais. Tu as l'air encore plus bête que le nabot.

Soit.

—Où ils sont ?

—Dans la cave. Maintenant décarre.

Glauque. Il descendit les escaliers branlants et rafistolés avec des moyens précaires vers le lieu indiqué. Un coup de vent s'infiltra par une fenêtre et fit siffler la maison de toute part. Il frissonna et se dépêcha d'atteindre la cave.

En soulevant la trappe, il se retrouva non pas dans une vieille cave miteuse comme il le supposait mais dans une véritable aire d'entraînement digne des plus grands aurors. Des mannequins de combats étaient positionnés partout dans la large pièce ainsi que des armes très semblables à celles que leur père pouvait ramener parfois dans son bureau. Il eut un pincement au cœur à ce souvenir. Il descendit pour voir Al s'esbigner face à un mannequin et Bridget occupée à fabriquer une étrange potion.

—Je veux vous voir à l'œuvre. Chacun sur un mannequin, allez.

—Non, je veux m'mesurer à lui, grinça James en pointant Al.

—Pas question, répondirent les deux boiteux d'une même voix.

—Ils vont pas me donner des ordres les clopinants !

—Ne m'appelle plus jamais comme ça, siffla la femme dont les traits se durcirent.

—Sinon quoi ?

James eut la réponse, il fut envoyé à l'autre bout de la pièce par un puissant expelliarmus de la femme. Il rebondit contre un mannequin de combat, avant de retomber violemment sur ses pieds. Il voulut hurler, soufflé de douleur. Quelques grammes de la poudre blanche lui glissèrent du nez, il se dépêcha de les laper pour échapper aux rappels de son corps.

—Ma jambe, commença la semi cul de jatte d'une voix horriblement mauvaise, ne te concerne absolument pas. Je ne veux plus de commentaires sur ce fait. Tu vis sous mon toit, je vous nourris, vous protège et m'assure que vous soyez tous en sécurité. C'est déjà largement suffisant. C'est la mission que le Professeur Dumbledore m'a confiée. Entraine toi sur ce mannequin d'abord.

James la fusilla du regard

—Okay…

—J'espère bien. Allez.

Il se faufila jusqu'à un mannequin à l'autre bout de la pièce, trop humilié et fatigué pour répondre. Encore une fois il avait du mal à distinguer ce qui était vrai ou ne l'était pas et peut être que Johann ne tarderait pas à apparaître pour le poignarder une bonne fois pour toute. En repensant à cela, il frissonna puis avisa la besace d'Al qui trainait. Il l'ouvrit. Le sabre de Gurt Krauss jaillit dès qu'il y fourra la main. Il l'inspecta d'un œil morne. Il n'y avait pas que Grindelwald derrière eux, mais aussi Krauss. Son estomac se noua et il eut une envie si violente de vomir qu'il s'assit. Le Hunter lui avait offert d'apprendre à vivre avec ses meurtres. Il avait refusé d'office, mais pouvait-on survivre avec du sang sur les mains indéfiniment ? Le retour du fantôme de Johann était bien la preuve que quelque chose clochait quelque part.

Il soupira. Les jours suivants s'annonçaient terrible. James regretta amèrement de ne pas avoir Li et d'être si furieux et désespéré.

D-é-s-e-s-p-é-r-é. –é-r-é-p-s-e-s-é-D.

oOo

—Bien, souffla Percy Weasley. Je pense que nous allons faire une pause pour vous laisser souffler ainsi que l'auror.

Sa voix était hésitante. Douglass transpirait de s'aventurer dans l'esprit si tortueux et complexe de James Sirius Potter. Le vieil auror s'assit sur un banc, alors que quelques sorciers se levaient pressés de déjeuner. Rita ne prit pas cette peine, les yeux rivés sur les deux jeunes Potter, elle relut consciencieusement ses notes, indifférente aux coups d'œil peu discret de Veronica à ses côtés.

Quelque chose ne collait pas. Elle se fichait totalement que les deux Potter aient rencontré Alastor Maugrey, elle ne l'avait jamais aimé ce vieux cinglé et sa mort ne l'avait en rien affectée, mais seulement qui était cette Bridget ? Rita n'avait jamais entendu que le vieil homme ait eut une sœur auror…

Cela n'avait encore une fois pas de sens.

Ginny Potter avait choisi elle aussi de se passer de pause déjeuner, elle gardait les yeux rivés sur ses enfants, ses mains jointes devant sa bouche en une prière muette. Pourquoi pries-tu ? eut envie de l'invectiver de loin, Rita. Manifestement toutes ces choses là s'étaient déjà passées, prier ne servait à rien, ils avaient vécu tous ça ces gamins et y avaient survécu.

C'était des Survivants bon marchés quelque part. Elle garda cette phrase pour plus tard pour ne pas se la faire voler par la Madone à ses côtés. Le véritable Survivant n'avait pas osé venir, et ce constat était délicieusement agréable. Sa fille avait embrassé son pire ennemi et l'autre y avait répondu. Tout cela prenait un tour tellement mélodramatique.

Percy Weasley revint ensuite, le dos courbé. La masse de travail en amont se lisait sur son visage aux traits tirés. Ses lunettes tordues sur le bord de son nez tressaillirent en même temps que le reste de son corps quand il s'assit lourdement. Il n'osa pas s'intéresser à sa petite sœur, préférant de loin le regard vide des enfants de celle-ci.

Le vide vaut mieux que la haine parfois.

Les autres sorciers revinrent petit à petit, discutant légèrement puis se rassirent indifférents aux deux Potter.

—Nous allons reprendre, annonça le rouquin. Par vous Mr Potter ?

Même lui n'avait pas l'air très à l'aise. Pourtant, ce fut l'auror Douglass qui prit la parole.

—J'aimerais demander à la Haute Cour du Magenmagot plus de temps de repos. Ce garçon ne fait que lutter quand j'ai affaire à son esprit.

—Dans ce cas nous pouvons stopper là la séance et la reprendre demain, proposa timidement Susan Bones.

—Et pourquoi ça ? L'esprit de Miss Potter est plus facilement lisible et il nous semble bien qu'elle ne soit absolument pas claire, cingla McFleetwood approuvé par plusieurs sorciers.

—En effet, opina Joemie Talendur, une vieille sorcière rabougrie, que Rita connaissait pour avoir récité les actes de condamnation pour son propre procès sur le livre de Dumbledore. Nous pourrions en effet continuer avec Miss Potter.

Des regards coulèrent vers Percy Weasley qui s'éclaircit la gorge, sentant la pression de toute la salle d'audience sur lui, et encore une fois, les gens étaient nombreux, terriblement nombreux. Car les évènements de la veille avaient été répétés, amplifiés et déformés quand bien même fussent-ils dans l'édition du soir et tout le monde voulait en savoir plus.

—Effectuez le sortilège, soupira l'homme.

Sa voix était aussi brisée que les illusions de Lily Luna Potter.

oOo

Lily courait en tentant de suivre le rythme du garçon devant elle. La pluie tombait désormais à grandes eaux sur Londres, les forçant à se dépêcher depuis plusieurs minutes déjà. La rousse était gelée. Le soleil se levait à peine derrière la lourde chape nuageuse lorsqu'ils arrivèrent devant les grilles sombres d'un bâtiment lugubre. Il était l'un des seul n'ayant pas l'air sur le point de s'écrouler, mais n'était certainement pas neuf. L'immeuble sur trois étages arborait une façade grisâtre et son premier étage était éclaboussé de traces de boues qui avec le temps avaient laissé un marquage indélébile. Sur les grilles, l'Orphelinat Wool se voyait nommé.

Lily jugea avec horreur que c'était là un des endroits les plus tristes pour passer sa jeunesse. Néanmoins, elle avait fait le choix de le suivre, elle ne pouvait pas reculer, surtout transie comme elle l'était. Tom saisit une petite clef sous un pot de fleurs fanées et rempli d'eau. Manifestement, cette clef n'était pas à leur intention, vu qu'il la replaça parfaitement après avoir ouvert la porte.

Ils se dépêchèrent d'entrer, trempés. L'intérieur était aussi sombre que l'extérieur. Le bâtiment avait l'air de fêter peu glorieusement au milieu de cette guerre son petit siècle d'existence à en juger par le sol et les murs d'une autre époque. Tout était propre et bien rangé, mais si sombre, cela manquait tellement de vie. Elle frissonna.

—Tom ? C'est toi ?

Une femme entre deux âges, habillée d'une robe de chambre rose passé sortit d'une petite porte du hall. Ses cheveux grisâtres étaient attachés en coque au dessus de sa tête, elle fronça les sourcils.

—Tu déposes tes affaires pour disparaître plusieurs semaines, et tu ne reviens que maintenant ? J'étais inquiète. Et qui c'est elle ?

La femme la lorgna. Lily fut étonnée, non pas qu'on s'adressât à elle, mais du certain manque d'attention de la femme pour Tom.

Si ses parents étaient encore en vie et qu'elle avait disparu autant de temps, sa mère lui aurait hurlé dessus pour lui faire comprendre la leçon. Mais non, cette femme avait à peine moufté.

—C'est une connaissance de l'école. Sa maison a été bombardée. Ses parents sont morts, fit derechef le jeune homme d'une voix froide avant qu'elle ne puisse se présenter. Je suis allé la chercher.

Aussi, alors que la femme ouvrait la bouche, le brun tournait déjà les talons pour monter un escalier usé.

—Oh… Mais nous manquons cruellement de place et…

—Mes frères ne devraient pas tarder, normalement. Je les ais appelés, ils vont arriver. C'est une solution de repli.

La femme soupira.

—Je vois… Il me semble qu'il doit nous rester une couchette dans le grenier avec les petits, maintenant que Lizzie White s'est engagée comme volontaire chez les infirmières de guerre. Tu vas avant tout prendre un douche. Ici on m'appelle Mrs Cole. Je n'aime pas le manque de respect, alors fais attention à toi. Comment t'appelles-tu ?

—Lina Pieters.

La femme le nota dans un registre, puis lui indiqua un couloir au premier étage où se trouvaient les douches féminines. La jeune fille s'y dirigea avec en main un nouvel uniforme gris et informe bien plus saillant que ses frusques sales et déchirées.

Elle tourna le robinet d'une douche à l'air aussi vieux que le bâtiment, l'eau qui coula n'était ni glacée, ni chaude, à peine un filet tiédasse avec un peu de savon, mais c'était déjà beaucoup. Après, elle s'habilla rapidement, avec l'envie furieuse de retrouver son nouveau lit. Ce fut sans compter l'entrée d'un groupe de filles d'environ quinze ans.

—Tiens, une nouvelle ! Salut. Je suis Amy, se présenta l'une d'elle, une blonde au léger embonpoint.

—Lina, murmura-t-elle vaguement.

Elle voulait juste dormir, et ces moldues aussi gentilles étaient-elles étaient un obstacle de poids envers son objectif.

—Tu as l'air bien perdue toi. Je suis Shelley, se présenta une fille à grosses lunettes rondes. D'où viens-tu ?

—Je… je suis une amie d'école de Tom.

—Jedusor ? questionna l'une d'entre elles d'une voix blanche.

—Oui.

La température de la pièce chuta de dix degrés rien qu'au regard des jeunes filles.

—Jésus Christ… Il est revenu à l'orphelinat ?

—Oui.

Les filles se toisèrent entre elles, l'air horrifiées. Lily comprit qu'à l'avenir elles ne lui parleraient plus. La rousse sortit donc de la salle de bain, les cheveux humides sur sa nuque, pour monter un nouvel escalier plus étroit menant aux combles. Des jeunes enfants y étaient entassés sur des couchettes peu épaisses. Il était tôt, la plupart dormaient encore à poings fermés. Tom n'était pas là, songea-t-elle un peu dépitée. Elle finit par trouver une couchette libre et à peine se mit-elle dedans, qu'elle s'endormit.

.

.

Elle se réveilla quelques heures plus tard. Le soleil chauffait la lucarne contre laquelle elle était couchée de façon agréable. Les petits enfants cependant chahutaient trop, forçant la jeune fille à se lever. Lily redescendit alors, tentant de suivre le flot d'orphelins vers le réfectoire. En voyant ces petits enfants et ces adolescents en uniforme gris, le constat la frappa à nouveau que ce n'était pas là un lieu très joyeux. Puis elle songea que quelque part, elle avait sa place dans cet endroit, dans cette époque où ses parents étaient à la fois morts et non encore existant tout comme le reste de sa famille pour s'occuper d'elle. C'était triste.

En dehors de Mrs Cole, l'Orphelinat Wool était tenu par des sœurs, qui servaient le déjeuner, une sorte de bouillie blanche mais à l'air consistant. La rousse tenta d'occulter les regards curieux des quelques pensionnaires occupés à manger, pour être servie de la pitance puis s'asseoir dans un coin du réfectoire, là où on ne l'embêterait pas. Elle avait manqué le petit déjeuner, son estomac criait famine. Les filles de la salle de bain, lui jetaient des regards en coin de leur table en semblant chercher tout comme elle même une silhouette bien spécifique. Celle de Tom.

Il arriva que ce dernier apparût au moment où la plupart des enfants avaient quitté le réfectoire pourtant bondé. Changé lui aussi, la mâchoire contractée comme rarement Lily l'avait vue l'être, il traça jusqu'à une des sœurs, une femme au visage sévère, se fit servir pour tourner les talons jusqu'à s'asseoir en face d'elle. Les deux enfants qui jouaient non loin s'écartèrent, et Amy et Shelley blêmirent de leur table avant d'elles aussi se carapater.

Lily grimaça en triturant du bout de cuillère la bouillie dont elle n'arrivait toujours pas à déterminer l'origine.

—Ils te craignent. Qu'as-tu fait à ces enfants ?

—Ce qu'il fallait pour qu'ils me laissent en paix.

—En ayant une peur bleue de toi, les gens ne te laissent pas en paix. La peur et l'ignorance entraînent la haine, et une haine commune amène une volonté de se battre. Tu risques d'avoir des ennuis.

—C'est toi qui dis ça, alors que tu es haïe de la majorité des garçons de Serpentard ? Tu es bien mal placée pour me faire la morale.

Lily eut un pincement au cœur en jugeant qu'en effet elle ne pouvait pas trop s'attarder sur le sujet. Les garçons de Serpentards ne l'aimaient pas, car elle avait été très proche d'Antonin à un moment. Était-elle suffisamment proche de Tom à l'heure actuelle pour mériter une agressivité semblable ? Et Antonin la haïssait-il ? Elle n'avait même pas envie de retourner à Poudlard pour le savoir. À vrai dire, elle ne savait même plus quoi faire. Elle ne se sentait pas prête à aider James à décuver, à soutenir Al dans la nouvelle appréhension de son handicap, pas maintenant.

—Cet endroit est-il toujours si…

—Sombre ? Oui. Ce n'est pas là une chose qui me gêne. Les gens me gênent.

La rousse, le vit piocher vaguement dans son bol pour la première fois. Après une bouchée, il repoussa l'assiette, dégoûté alors que dehors la pluie reprenait doucement en couvrant le ciel de nuages. L'endroit en fut encore plus assombris. Lily frissonna. Elle remit avec application les manches de son pardessus sur ses poignets

—Je n'ai pas de nouvelles de mes frères. J'imagine que je vais rester ici quelques temps.

Était-ce normal d'ailleurs ? Et si les dragons avaient réussi à passer après qu'ils se soient enfuis ? Mais non, ils avaient Dumbledore.

—Grand bien t'en fasse. Tu veux tester ? Voir ce que c'est que de vivre dans cet endroit, infect pour te faire une idée ?

Il se leva abruptement, et ramena son plateau à la sœur. Complètement désorientée, Lily le suivit, alors qu'il débouchait sur la petite entrée.

—J'en ai marre ! Je n'ai rien dit de blessant ! Tu es impossible Tom Jedusor ! Ce n'était qu'une remarque !

—Et toi tu es une idiote, siffla-t-il d'une voix si froide que plusieurs pensionnaires s'écartèrent sur leur passage.

Beaucoup d'entre eux jugèrent bon de s'en aller une bonne fois pour toute. Le rouge aux joues, honteuse et vexée Lily se mordit la lèvre inférieure férocement.

—Tu veux encore moins que moi être ici. Tu me colles aux basques. Va-t'en ! Pourquoi m'as-tu suivi, hein ?

La rousse ne répondit pas et la colère de Tom cessa aussi subitement qu'elle avait commencée. Il s'écarta et soupira. Lily en fit de même. La porte était juste là, elle pouvait s'en aller, oui. Mais elle ne le voulait surtout pas. Elle n'avait nulle part autre où aller.

—Je vais rester. Peu importe ce que tu en penses.

—Fais ce que tu veux. Tu es adulte.

Ils se toisèrent à nouveau.

—Oh ! Tom ! s'écria soudainement la voix de Mrs Cole derrière eux. Tu es là ! Viens vite ! Il est là. Il est finalement venu !

Qui ça ? Les deux jeunes gens se tournèrent vers le bureau de Mrs Cole qui en sortait justement et venait de les remarquer. Elle était accompagnée d'une autre personne, un homme au riche pardessus en cuir noir que Lily reconnut. Tom Jedusor Sr.

.

.

Que faisait-il ici ? Que faisait le père de Tom dans cet endroit se demandait Lily horrifiée ? Les deux hommes s'étaient toisés une longue minute, faisant encore plus chuter la température de la pièce, chose que Mrs Cole n'avait même pas remarqué tant elle semblait excitée. Après avoir proposé à l'homme de le débarrasser de son manteau et son chapeau elle leur indiqua son bureau où ils pourraient discuter en toute quiétude. Elle partit ensuite à la poursuite d'un petit enfant dont les langes étaient souillés. Tom Jedusor Sr retourna dans le bureau et s'assit tranquillement, attendant que son « fils » vienne le rejoindre.

—Ne me suis pas, siffla le plus jeune.

—Au contraire, autant qu'elle vienne. Elle est concernée aussi.

La porte claqua derrière elle.

—J'étais sûr que la petite serait avec toi, débuta aussitôt le père siégeant comme un roi.

Un roi sur une montagne de détritus, son mouchoir de poche était posé sous lui en lieu et place de là où Mrs Cole s'asseyait habituellement.

Tom ne prit même pas la peine de s'asseoir. Ils se toisaient furieusement l'un et l'autre. À nouveau la ressemblance entre les deux saisit violemment Lily. Hormis l'âge, la couleur des yeux (bleus pour le père, noirs pour le fils) et un discret grain de beauté sur la pommette du plus jeune, ils auraient pu prétendre à être jumeaux. Ce constat devait agacer au plus au point Tom.

—Que fais-tu ici ? Va-t'en.

—Je suis venu discuter, déclara sèchement Jedusor Sr. Après ce qu'il s'est passé, c'est là quelque chose de nécessaire.

—Et tu es venu me trouver, fantastique. Je ne veux pas te parler. Va-t'en avant que je ne te tue.

L'homme blêmit légèrement. Il les regarda, d'abord Tom, puis Lily comme s'il s'attendait à ce qu'elle l'arrête à la moindre tentative d'exécution de ses menaces. La rousse le trouva bien couard.

—Te trouver n'a pas été très difficile. Quand on a les moyens, évidemment. Tu avais disparu, j'ai dû attendre dans cette ville nauséabonde que tu réapparaisses. Cette grosse idiote, Mrs Cole c'est ça ? m'a appelé ce matin.

Lily vit Tom trembler de rage, ses poings étaient serrés tellement fort, rendant ses mains blanches comme de la craie. Un léger filet s'écoulait entre ses doigts. Du sang, devina-t-elle.

—Épargne moi tes commentaires, rétorqua le fils.

—Tu es comme elle. Tous les deux, vous êtes comme elle.

—Qui ça ?

—Ta mère, cingla le père. Son frère et elle étaient des ensorceleurs, des sorciers.

—J'ai un oncle ? cracha le garçon.

—Oui. Morfin Gaunt. Il est resté dans la même crasse depuis bien des années. La crasse dans laquelle aurais dû rester ta folle de mère au lieu de me jeter son venin !

Tom bondit sur ses pieds. Il s'avança vers son géniteur, sa main déjà dans la poche de son pantalon pour saisir sa baguette d'if. Lily réagit aussitôt, sa baguette sortie, d'ores et déjà parée à stupéfixier le garçon avant qu'un sort malheureux ne quitte ses lèvres. Jedusor Sr tressaillit, mais sourit néanmoins en toisant la rousse.

—Cette jeune fille a parcourut la moitié du pays pour entrer à mon service dans le seul but de t'empêcher de m'attaquer. Car elle a comprit ce que tu étais, ce que tu refuses de voir. Tu es né d'un sortilège de cette femme dégoûtante sur moi. Tu es un résultat abominable et contrenature.

—La ferme !

—Tu serais né sur mes terres je t'aurais noyé dans l'évier comme un chiot dont on ne veut pas. Ta génitrice étant décédée lamentablement, tu es le seul reliquat de l'horreur qui m'a été faite.

—Taisez-vous, hurla Lily. Vous n'avez pas le droit de dire de telles choses ! Je ne sais que peu de choses de ce qui vous lie à cette femme, mais vous ne pouvez pas être aussi haineux, aussi amer et horrible !

Le sortilège ou la potion d'amour de la mère de Tom avait fait plus de désastre qu'il n'y paraissait. Le père était rongé de dégoût en partie par sa propre idiotie, et le fils par la haine. Une erreur entachait deux existences. Les yeux de Tom rougeoyaient dangereusement, sa mâchoire était si fermement serrée que deux veines blanches saillaient le long de son cou.

—Sale moldu !

—J'ignore ce que ces mots veulent dire dans ta bouche, et je vais les occulter. Tu es né, et presque adulte, à mon grand agacement. Tu es désormais un obstacle dans mon existence.

—Pardon ? cingla le plus jeune d'une voix glacée.

—Oui. J'entends bien profiter de ma vie. Mes parents ne tarderont pas à mourir, me laissant le loisir de disposer de ma fortune comme je l'entends. Toi, tu es un moucheron sous mes bottes. Oublions chacun notre existence mutuelle. Combien veux-tu ?

L'homme sortit un chéquier et se saisit de la plume de Mrs Cole et de l'encrier de celle-ci.

—J'espère avoir mal comprit.

—Combien ? Je n'ai pas toute la journée. Dix mille livres ? Vingt mille ? Une belle somme. De quoi commencer à te payer de belles études, ou le début d'une belle maison. Tu prends cette somme et ensuite tu disparais.

Lily eut un haut le cœur de dégoût, Tom lui, claqua ses mains violemment sur la table, renversant encrier et plumes sur les mains de son géniteur.

—Fous le camp. Maintenant. Tu es pathétique.

Les deux hommes se toisèrent. Le plus vieux secoua sa main couverte d'encre, puis saisit quelque chose. Une vieille valise. La vieille valise de Lily. Cette dernière ouvrit grand les yeux.

—Tu vas le regretter, mais tu m'as l'air bien sot, alors il te faudra du temps. Quant à toi, jeune fille, tu as oublié ça chez moi. Oh, et évidemment tu es renvoyée.

—Adieu, répondit aussi sec la rousse.

L'autre eut un bref ricanement avant de saisir la poignée de la porte de Mrs Cole avec son mouchoir. Il se retourna au dernier moment.

—Si tu reviens sur mes terres, je te ferais ce que j'aurais dû faire à ta garce de mère. Je te ferais cuire sur un bûcher en place publique.

Il ferma la porte derrière lui.

—Salaud ! hurla Tom aussitôt en se jetant vers la porte du bureau.

Lily entre lui et celle-ci s'écrasa contre la porte.

—Non, Tom ! Il n'en vaut pas la peine ! Si tu lui jettes un sort tu risques l'expulsion !

—Écarte-toi ! Je le tuerais de mes mains !

—Non !

Le brun lui attrapa l'épaule et la projeta contre une vieille bibliothèque alors qu'il sortait en trombe. Horrifiée, Lily se releva et le suivit dans le hall déserté. Tom l'avait déjà traversé à la suite de son géniteur, il était dehors trempé. Une voiture s'en allait déjà en embrayant sur North Street. Elle disparut dans une grande gerbe d'eau. Le Serpentard hurla de rage.

—Tom qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'inquiéta Mrs Cole en ouvrant la fenêtre au dessus d'eux. Ne restez pas sous la pluie. Où est ton-

—Ne prononce pas son nom !

Il tourna rapidement les talons, écumant de rage et d'envie de meurtre.

.

.

« La vision de la pensine se troubla, Lily Luna Potter voulait passer le souvenir suivant, tentant de chasser avec de l'occlumencie, les images qui venaient. En vain, une image se stabilisa. »

Lily toqua à la porte de la chambre de Tom, clairement mal à l'aise. Les lumières de l'Orphelinat tressautaient au rythme effréné des gouttes de pluies rendant ce couloir vide durant la soirée, bien peu accueillant. Elle frissonna.

Cela semblait assez idiot de vouloir voir le garçon malgré le fait que quelques heures se soient passées, mais il devait persister en elle, une toute petite part d'idiotie. Cette part même que James appelait volontiers courage. Il ne pouvait pas aller bien, oh non. Elle n'aurait plus osé bouger pendant plusieurs jours si son père lui avait dit des choses aussi affreuses. Évidemment, le brun et elle étaient radicalement différents, ce qui était là tout le problème. De quoi était-il capable ? Lily craignait réellement de le découvrir. Elle se doutait bien que Tom n'était pas à proprement parlé une personne bonne, mais ni plus ni moins qu'une personne perdue.

—Tom c'est moi.

Évidemment, personne ne répondit. Elle attendit, une minute, deux minutes. D'un coup le tonnerre fractura la monotonie des gouttes sur l'orphelinat la faisant sursauter. Peu de temps après dans un grincement, la porte s'ouvrit.

Tom arborait un visage indéchiffrable, seuls ses yeux étaient rouges sang. Il ne persistait aucune trace de noir dans ces prunelles, ce constat fit reculer Lily.

Cependant, le brun lui saisit violemment le poignet. Elle glapit, avant que la porte ne se ferme derrière elle aussi sec. La jeune fille se colla au mur de la minuscule chambre. Un lit, une armoire et un bureau servaient de mobilier, et rendaient par conséquent l'endroit encore plus exigu. Tom débuta d'une voix glacée et hachée :

—Tu n'as pas pu t'en empêcher, n'est-ce pas ? Tu t'es encore mêlée de ce qui ne te regardait pas.

—Tu aurais risqué de te faire renvoyer pour quelqu'un comme ton père ? Il n'en vaut pas la peine. Ignore-le ! C'est l'attitude la plus noble que tu pourrais avoir, plutôt qu'essayer de le tuer.

—Ne me parle pas de noblesse ! Tu es une des dernières personnes à pouvoir parler en ces termes ! Tu n'es qu'une poufsouffle ratée, une sang mêlée !

—Tu es aussi sang mêlé, Tom, par Merlin !

Le brun coinça l'une de ses mains au dessus de sa tête, la droite, celle où elle tenait sa baguette qu'elle ne put prendre dans sa poche. Lily inspira difficilement tandis que l'autre reprenait sur une voix beaucoup, beaucoup plus dangereuse :

—Je ne cesse de te dire de t'en aller, de te rejeter, de t'écraser et tu es toujours là… Tu n'es qu'une masochiste. J'en viens à regretter de t'avoir sauvée, tout aurait été tellement, tellement plus simple ! Tu aurais été souillée par ces deux types le soir de Noël pour ensuite être noyée une bonne fois pour toute au fond du lac noir. Ainsi se serait terminé ta minable exist-

SBLAF.

Lily le gifla avec violence de sa main libre. À nouveau une bête hurlait à l'intérieur d'elle. Elle lui hurlait de se venger du garçon. Elle tenta un nouveau coup furieux qui fut arrêté. Elle tomba au sol. Tom arborait une expression livide et furieuse, donc dangereuse. Ses yeux rougeoyaient comme sa joue à l'endroit où elle l'avait frappé. Ses mains lâchèrent d'un coup les siennes pour enserrer brutalement son cou. La rousse glapit, l'air en peu de temps commençait à lui manquer. Elle battait, des pieds et des mains.

—Arrêt-t-te !

—Oui, tout serait tellement plus simple si tu disparaissais. À qui vas-tu manquer ? Tes frères qui se moquent bien de toi ? Pourquoi ne sont-ils pas là ? Tu sais que j'ai raison. Tu me penses seul, mais tu es bien plus esseulée que je ne le serais jamais.

Ça faisait tellement mal.

—Tais-toi ! hoqueta-t-elle en tentant de reprendre de l'air.

—Alors que tu débarques dans ma vie, pleine de bons sentiments en pensant tout savoir, cela m'exaspère. Tu n'es personne, tu n'as même pas de nom !

—Lily Luna !

De surprise le brun cessa la pression sur son cou. Lily en profita pour prendre son visage en coupe et l'embrasser avec fureur. Cela n'avait aucun sens aucun, après tant de mots blessants, après avoir été à moitié étranglée.

Et pourtant, cela semblait être là la meilleure réponse. Un courant électrique circula entre leurs lèvres jointes jusqu'à ce que Tom ne se recule, le souffle erratique. Il la toisa durement. Lily déglutit. Il aurait pu se passer un milliard de choses dans sa tête à cet instant. Peut être se demandait-il comment la tuer, comment être encore plus horrible ?

Et pourtant non, il saisit son visage les faisant basculer tout les deux sur le plancher pour s'emparer sèchement de ses lèvres.

Lily apprécia comme jamais la sensation, les mains du brun descendirent le long de son cou, jusqu'à sa poitrine. Ses lèvres s'attardèrent sur les siennes, sa langue vint prendre la sienne dans un duo compliqué. Il atteignit un bouton de sa chemise pour les enlever.

Lily répondit en l'aidant à ôter son pull gris.

Leurs lèvres à nouveau se joignirent et une ivresse indescriptible les prit tous les deux.

oOo

Lily Luna Potter baissa la tête. Veronica prit une photo. Rita se lécha les lèvres alors que dans la salle d'audience un mot était sur toutes les lèvres.

Catin.

Oh, il ne serait jamais prononcé ici, mais tous le pensaient dans leur bienheureuse bienpensance. Elle avait touché, embrassé, donné corps et âme au Seigneur des Ténèbres. Elle méritait ce triste titre.

Enfin de l'avis de Rita pas tout à fait. Il fallait beaucoup plus que se donner pour être une catin. Mais qui lui demandait son avis ? Personne. Les gens préféraient amplement lire des sornettes pour s'autoforger une opinion au vitriol. Et demain toute l'Angleterre sorcière aurait sa langue fourchue à propos de Lily Luna Potter.

Ginny Potter essuya quelque chose sous ses yeux, une larme même si elle ne l'avouerait jamais, puis se concentra sur sa fille, tout comme James Potter. Il y avait entre eux quelque chose qui donnait des frissons à Rita. De l'amour, une idiotie assez forte pour leur tenir la tête hors de l'eau à tous. Sa plume s'hérissa de cet étalage avant de se réfugier au creux de sa main.

—Je pense que tout est clair, déclara McFleetwood. Nous avons les résolutions et motivations et Miss Potter.

—Non ! Vous, vous trompez !

—Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est-il devenu votre amant ?

La jeune fille rougit de honte et d'embarras.

—Oui, mais…

—Vous ne niez pas. Bien. Votre relation avec lui a bien conditionné la suite de votre histoire ? demanda un petit sorcier le nez plissé de dégoût.

—Oui ! Mais il…

—Il ne vous a pas forcée ?

Rita releva les dents. Susan Bones tentait d'aider, mais prestement, elle enfonçait encore plus le cas de la jeune fille. Percy Weasley tapa brutalement son maillet sur le socle de bois :

—Assez ! Nous avons assez persécuté cette jeune fille pour aujourd'hui. Par les pouvoirs qui me sont accordés, je demande l'ajournement de ce procès pour être repris demain.

Lily Potter eut un soupir de soulagement particulièrement audible. Ses épaules tombèrent comme frappées par le poids de la voûte d'Atlas. Les chaines se déroulèrent autour d'elle pour la laisser se lever, tout comme son frère. Encadrés de sorciers, le regard baissé pour éviter toute confrontation visuelle, ils s'en allèrent se soutenant l'un l'autre. Nul doute qu'une fois à St Mangouste, ils s'effondreraient.

Rita ragea de ne pas voir cela.

oOo


Et voilà

J'espère que cela vous a plus, malgré le retard. J'attends vos avis avec impatience, ils réchaufferont mon petit coeur meurtri par les partiels :')

Bon courage pour vos examens !

Love,

Hugs,

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La chauve souris requin transgénique