─ Elle a l'air un peu bizarre, non ?

Lily tourna ses émeraudes vers Alexia Lake, visiblement fascinée par l'histoire que lui racontait Harry Potter. Les yeux étincelants de curiosité et d'admiration, elle savourait la nourriture disposée dans son assiette sans lâcher son interlocuteur du regard.

─ Elle est mignonne, commenta Lily.

Bien évidemment, l'opinion de ses amies divergeait de la sienne. Mary Macdonald, de taille moyenne et les cheveux blonds coupés au carré, semblaient se méfier de l'innocence enfantine peinte sur le beau visage d'Alexia. Plus grande mais non moins critique, Rebecca Smith observait le petit bout de femme d'un œil calculateur, prudent, comme si elle s'estimait menacée d'une manière ou d'une autre par cette adolescente atypique.

Le souci était exactement le même avec Moira. Le simple fait que la Pitchoun soit à Serpentard, en fait, constituait une excellente raison de s'en méfier. Ajouté à cela l'extraordinaire personnalité de son « petit bout d'chou », Lily ne s'étonnait même pas que Mary et Rebecca considérèrent Moira comme un splendide sujet à l'incertitude et au doute.

Mais l'opinion de ses amies n'intéressait pas Lily outre mesure. Moira était son bout d'chou, et elle ne laisserait certainement pas deux pipelettes superficielles comme Mary et Rebecca la détourner de son trésor le plus cher du monde magique.

─ C'est bien dommage que Logan n'ait pas atterri à Gryffondor, lui aussi, soupira Rebecca d'une voix déçue.

Lily roula des yeux en avalant un morceau de pomme de terre. Parfois – plus souvent qu'elle n'osait le reconnaître, en tout cas – elle se demandait ce que Rebecca et Mary faisaient à Gryffondor, car toutes deux correspondaient parfaitement aux filles de Poufsouffle. Sans cesse à la recherche d'un minimum de popularité, toujours à la recherche d'un beau garçon à séduire, toujours prêtes à donner du leur pour parvenir à leurs fins.

Ces réflexions lui firent aussitôt prendre en note d'avertir Alexia qu'en aucun cas, elle ne devait causer du tort aux Poufsouffle, véritables pestes une fois énervées. Presque aussi redoutables, en vérité, que le duo Darkmind/Greengrass, mais dans un contexte sensiblement différent. Après une seconde réfléchie, cependant, Lily se promit de décrire Poudlard au petit bout de femme aussi objectivement qu'elle le pourrait.

Le reste du dîner ne fut guère passionnant, en partie à cause du long voyage qui avait épuisé les élèves et, surtout, le temps maussade qui avait accompagné les étudiants de Londres jusqu'à Poudlard. Outre les éternelles rumeurs estivales dont Mary et Rebecca se délectaient chaque année, ainsi que quelques pronostics sur les chances de certaines de séduire le beau, le séduisant, le ténébreux Logan Mirves, Lily n'écouta pas vraiment les conversations tenues par ses deux camarades.

Ce fut cependant avec grand plaisir qu'elle accueillit la disparition des desserts. La vaisselle à nouveau étincelante de propreté, Dumbledore se leva une deuxième fois et le silence s'installa. Aussi grand que fut le symbole sécuritaire et protecteur que représentait le directeur de Poudlard, Lily regrettait que sa présence dans le château ne dissuade pas certains étudiants de commettre des méfaits parfois graves, voire même illégaux. Mais, sur l'instant, elle ne songea pas à ces faits divers qui nourrissaient souvent les discussions poudlardiennes.

─ Bienvenue à tous ! déclara Dumbledore d'un ton jovial. Bienvenue pour cette nouvelle année qui, je l'espère, se présentera moins sombre que la précédente ! Avant que votre cerveau ne déconnecte votre aptitude à entendre et comprendre, je tiens à vous rappeler – et à vous informer – de certains points qui ont été établis par le conseil d'administration de Poudlard au cours de l'été.

« Comme toujours, les première année et les nouveaux, ainsi que certains anciens, doivent savoir que la forêt bordant le parc de Poudlard est interdite. J'ajouterai même qu'elle l'est encore plus que l'année dernière, car nous avons procédé à l'aménagement de nouvelles créatures durant l'été et, malgré toute ma politesse, je n'ai pas réussi à leur arracher la moindre parole aimable.

« Pour poursuivre, j'aborderai l'annuel rappel de Mr Rusard, le concierge, qui me répétait pour la cent septième fois de l'été, ce matin, que la liste des objets interdits dans l'enceinte de l'école s'est allongée au cours de ces deux derniers mois. Mais je ne doute pas que vous vous empresserez d'aller lire ladite liste pour ne vous attirer aucun ennui… »

Il afficha un sourire malicieux merveilleusement contradictoire et, laissant les quelques éclats de rire s'éteindre, il continua :

« Autre point à savoir, mais celui-ci est nouveau : vous l'avez peut-être lu dans le journal au mois de juillet, mais la vallée a été secouée par un tremblement de terre relativement important. Malgré toutes les protections dont le château dispose, la nature reste son plus grand ennemi et le séisme a ébranlé les fondations du château. La partie orientale des sous-sols est donc fortement interdite d'accès, jusqu'à ce que le ministère de la Magie nous apporte son aide pour réparer les dégâts.

« Plus réjouissant, les sélections de Quidditch se dérouleront le deuxième week-end de septembre. Les capitaines d'équipe se chargeront d'organiser tout cela avec leur directeur de maison. Pour conclure, je tiens à vous signaler qu'une chose n'est pas encore interdite à Poudlard : il s'agit d'assister aux cours de défense contre les forces du Mal, qui seront assurés cette année par le professeur Dusk. »

Quelques applaudissements polis accueillirent la présentation du grand homme mince assis à côté du professeur Slughorn. Les cheveux courts, le front légèrement dégarni et le teint cireux, l'enseignant ne manifesta aucune émotion particulière, se contentant de saluer les quatre longues tables d'un simple hochement de tête, quoiqu'un peu sec.

─ A présent, reprit Dumbledore, tout le monde au lit !

Et dans un brouhaha, les pieds des chaises raclèrent le sol tandis que les conversations reprenaient là où elles s'étaient interrompues. Mary et Rebecca se précipitant vers leurs amies de Poufsouffle pour en savoir davantage sur Melania Grown, Lily emprunta la direction opposée pour aller accueillir les deux nouveaux septième année de Gryffondor.

A moins d'un mètre de lui, Lily ne put s'empêcher d'être époustouflée par la ressemblance frappante entre James et Harry Potter. Certes, le nouveau possédait des yeux identiques aux siens et une cicatrice en forme d'éclair – étrange forme, songea-t-elle. Indéniablement, au-delà du physique, Harry n'avait pas du tout eu la même vie que James. Son seul regard suffisait à trahir un passé plus ou moins sombre même si, Lily le sut dès qu'elle croisa ses yeux, le jeune homme en connaissait un rayon en matière d'occlumancie. A l'évidence, néanmoins, il n'était pas expert en la matière.

─ Salut ! dit Lily en se remettant de ses émotions. Je m'appelle Lily Evans, et c'est moi qui vais vous servir de guide pour ce soir.

Harry eut un léger sourire, un peu crispé. Alexia, en revanche, sourit de toutes ses dents et lui emboîta le pas dès que Lily tourna les talons pour les entraîner vers les immenses portes de la Grande Salle.

─ C'est toi l'amoureuse de la Pitchoun ? demanda Alexia d'un air curieux.

Lily sourit, incapable de s'en empêcher.

─ On peut dire ça comme ça, répondit-elle.

─ Pourquoi elle s'appelle « la Pitchoun » ? s'enquit Alexia.

─ A cause des bonbons du même nom, révéla Lily. Tu as l'impression que ses joues sont des Pitchoun quand tu fais des bisous dessus.

─ Elle est rigolote, la Pitchoun, déclara Alexia d'un ton rieur.

─ Très, reconnut Lily en souriant.

Ils sortirent de la Grande Salle et traversèrent le hall d'entrée en direction du bel escalier de marbre. Se tournant légèrement pour jeter un coup d'œil en biais à Harry, Lily remarqua qu'il l'observait d'un air un peu étrange.

─ Déjà amoureux de moi ? plaisanta-t-elle.

─ Hein ? s'étonna Harry, un peu hagard. Heu… désolé.

─ Je te taquine, s'excusa Lily en souriant. Mais habitues-toi dès ce soir à entendre ce genre de phrases, les élèves sont du genre à tirer des conclusions hâtives. Par contre, ne dévisage pas trop un Serpentard, car il ne s'embarrassera pas de phrases : il sortira sa baguette magique et te lancera un sort.

Et encore, il y en a qui lancent des sorts sans qu'on les ai dévisagés, ajouta-t-elle mentalement avec une certaine amertume. Chassant cette pensée sombre, elle entraîna les deux nouveaux dans le Grand Escalier, balayé de courants d'air glacé qui s'engouffraient dans le château par les dernières fenêtres encore ouvertes. Du coin de l'œil, Lily pouvait apercevoir ses deux camarades, et tous deux étaient plus intrigants l'un que l'autre.

Alexia, émerveillée par les innombrables portraits qui tapissaient les murs, s'extasiait silencieusement devant tout : la hauteur qui les séparait du rez-de-chaussée à mesure qu'ils se rapprochaient du dernier étage, par les escaliers amovibles qui n'en faisaient qu'à leur tête, par les fantômes qui traversaient les murs ici ou là en s'échangeant leurs impressions sur le banquet.

Plus étrange que le comportement d'Alexia, il y avait celui de Harry. Marchant à la même hauteur que Lily, il ne ralentit pas une seule fois devant aucun palier, comme s'il connaissait déjà le chemin de la tour Gryffondor. Ou, en tout cas, comme s'il connaissait l'étage précis qu'il fallait traverser pour aller jusqu'au « refuge » des Lions. Lorsqu'ils atteignirent et s'enfoncèrent dans le septième étage toutefois, Lily n'eut plus aucun doute : Harry aurait facilement trouvé la tour Gryffondor sans elle.

─ Vous venez d'où, au fait ? demanda-t-elle d'un ton aimable.

─ Nouvelle-Zélande, répondit Harry.

Lily préféra ne pas soulever l'absence d'accent du jeune homme.

─ Moi, j'habitais sur une ile ! annonça Alexia d'un ton joyeux. Toute petite, et rien qu'à moi, mais j'ai préféré poursuivre mes études dans une école de sorcellerie…

Lily hocha la tête en lui adressant un sourire, mais son cerveau ne souriait pas. A part Melania Grown et Chris Bold, en vérité, les nouveaux lui paraissaient plus étranges et secrets les uns que les autres. Le court résumé offert par Alexia ne la convainquit pas, tout comme la soi-disante origine de Harry. Et, lors de la Cérémonie de la Répartition, Lily n'avait pas manqué de remarquer comment Logan Mirves avait réagi au bruit produit par les tables accueillant leurs nouveaux camarades. Quant à la splendide Sidonie Farrell, sa beauté et sa froideur à elles seules dérangeaient Lily.

Ils atteignirent toutefois le couloir au fond duquel était accroché le portrait de la Grosse Dame, et Lily écarta ses réflexions sur les nouveaux pour rechercher, dans sa mémoire, le mot de passe indiqué dans le train par le professeur McGonagall, qui s'était invitée au voyage dans le plus grand secret. Comme chaque année, en fait.

─ Le mot de passe ? demanda le tableau.

─ Orcs sylvains, récita Lily.

L'espace d'un bref instant, elle crut voir un sourire s'étirer sur les lèvres de Harry, mais elle ne jurerait de rien. S'engouffrant par le trou libéré par le portrait, elle entraîna les deux nouveaux dans la grande salle ronde et s'arrêta au beau milieu.

─ Le dortoir des garçons est à droite, indiqua-t-elle à Harry. Tes bagages y ont été acheminés. Et je te recommande de ne pas te coucher trop tard, parce que demain sera une longue journée.

─ J'en prends note, répondit Harry avec un sourire.

Pas aussi distant que ça, finalement, remarqua Lily en lui rendant son sourire. Dès qu'il eut disparu à travers l'encadrement de la porte menant aux dortoirs des garçons, Lily entraîna Alexia vers la porte de gauche qui, elle, s'ouvrait sur les marches conduisant aux dortoirs des filles. Enfantine jusqu'au bout des ongles, Alexia gravit les marches une à une en les comptant, à la fois surexcitée après chaque marche et impatiente de découvrir son dortoir.

Quand Lily ouvrit la porte du dortoir, elle entendit distinctement une succession de froissements. Sans aucun doute possible, Mary et Rebecca étaient déjà remontées et venaient de se précipiter dans leurs lits respectifs pour ne pas se retrouver confrontées à Alexia. Roulant des yeux, accablée par l'idiotie de ses camarades, Lily referma la porte derrière le petit bout de femme, tout en imaginant parfaitement les Maraudeurs se comporter de la même manière avec Harry.

─ Oh, c'est joli ! murmura Alexia d'un air enchanté.

Lily n'avait jamais rien trouvé de particulier à la pièce ronde meublée de lits à baldaquin, mais Alexia eut une telle manière d'exprimer son opinion personnelle qu'elle ne put s'empêcher de sourire.

─ Tiens, ton lit est juste ici, dit Lily sans chercher à chuchoter.

Alexia se précipita vers le lit indiqué et sauta dessus pour s'y affaler. Attrapant son oreiller, elle posa sa tête dessus d'un air curieux, puis afficha un grand sourire réjoui, apparemment satisfaite du confort que l'oreiller offrait. Deux Pitchoun, je suis gâtée ! songea Lily, amusée.