I'm Your Favorite Drug
Chapitre 25.
Warnings : Yaoi, langage cru, drogues, vulgarités, violence, un peu de lime, un peu de lemon XD
Ichigo avait tenté de se raisonner. Ce n'était pas une bonne idée, c'était impoli. Il ne devrait pas se trouver là, ou encore, il aurait dû faire marche arrière dès qu'il avait entendu que Grimmjow était en pleine conversation téléphonique. Mais non, il était resté là, la poignée de la porte en main, l'ayant seulement ouverte de quelques millimètres pour l'entendre dire :
_Alors quoi, hein? Faut quoi? Soit il devient un yakuza, soit il s'casse?
Il s'était figé là, sur le pas de la porte devant le bureau du bleuté. Comme s'il venait d'être frappé par la foudre, ou gelé sur place, il ne fut plus capable de bouger un seul membre. Son cœur battait à tout rompre, amenant son sang en un flux rapide et pressurisé jusqu'à sa tête, faisant pulser ses tympans. C'était bien de lui qu'il parlait, il n'avait pas besoin d'une information complémentaire pour le savoir. De qui d'autre Grimmjow aurait-il pu parler?
Il était seul dans la salle d'attente qui servait de sas au bureau du yakuza. Le secrétaire était dans le couloir, en train de discuter avec Di-Roy d'affaires urgentes, et Ichigo n'avait même pas pris la peine de frapper pour annoncer sa venue. Il avait cru qu'il pourrait s'en abstenir. Peut-être le regrettait-il maintenant?
La façon dont Grimmjow avait dit ces mots, hargneusement, sèchement, avec une colère et un dégoût prononcés ne lui laissait que peu de doutes. Aizen était à l'autre bout du fil et lui parlait du rouquin, et du problème qu'il représentait. Ce clan ne lâchait donc jamais l'affaire? Se demanda-t-il en serrant les dents. Après ce qu'il avait fait pour Grimmjow, après ce qu'il avait fait pour eux en Thaïlande, ils le traitaient toujours comme un étranger dangereux et indésirable. Il se sentit profondément blessé.
_Et si je refuse?
Ces mots lui avaient apporté l'espoir. Au fond de lui, tout au fond de son être, une petite voix timide lui soufflait que Grimmjow pourrait tout abandonner pour lui. Il le choisirait si ce clan de malheur lui demandait de faire un choix sans équivoque. Ichigo en était persuadé; Jaggerjack changerait de vie pour lui, c'était là que devait les amener ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Mais en même temps, il ne le désirait pas. Il ne voulait pas qu'il ait un choix à faire, il voulait pouvoir vivre à ses côtés sans rien changer.
Grimmjow ne disait plus rien, écoutant avec attention les paroles de son patron à l'autre bout du fil. Ichigo observa à la dérobée son visage concentré, ses traits tirés et sa bouche plissée par la nervosité. Il pouvait le voir jusque dans sa mâchoire serrée, le bleuté commençait à avoir les nerfs. Et il ne voulait pas savoir ce qu'Aizen était en train de lui déblatérer. Tentait-il de le convaincre qu'il fallait qu'il rompe? Non, pas Aizen. Il avait déjà fait ses preuves auprès de lui, et il pouvait compter sur Hirako. Mais derrière Aizen, il y avait ces hommes, ces dirigeants. Cet Oyabun, ce chef suprême dont les pouvoirs étaient sans limites sur son clan, et Ichigo savait pertinemment que Grimmjow ne pourrait rien contre lui.
_J'le quitterai jamais, l'avait-il entendu souffler, la gorge nouée.
Il avait alors refermé la porte incognito, sans le moindre bruit, choqué par ce qu'il avait entendu. L'émotion lui monta à la gorge et les larmes commencèrent à affluer dans ses yeux mais aucune ne tomba. Il resta longuement derrière cette porte à penser à un million de choses. Il se voyait déjà ses affaires à la main, après que Grimmjow lui ait annoncé la sentence. Il se voyait revenir chez sa colocataire, il se voyait le cœur brisé, incapable d'avancer.
C'était la fin logique à leur histoire, pensa-t-il alors en tournant les talons. Tout ça ne les avait menés nul part. Ils s'étaient accrochés à cet espoir de guérison, et maintenant qu'elle était presque acquise, on voulait le mettre dehors. Il avait fait son boulot, maintenant ces yakuzas décrétaient qu'il ne servait plus à rien. On l'avait toléré parce qu'il les avait servis, mais pour eux il était un étranger sans valeur et ils se moquaient éperdument que lui et Grimmjow soient amoureux.
Il était un petit strip-teaseur, Grimmjow était un sous-chef du Yamaguchi-Gumi. Il n'avait aucun avenir sinon celui de continuer à danser à moitié nu pour des pervers, quand Grimmjow était un des yakuzas les plus riches et les plus respectés. Les yakuzas ne se mêlaient pas au commun des mortels. Un homme comme lui ne pouvait se trouver aux côtés d'un sous-chef de la pègre. Le gouffre était immense, il le sentait plus que jamais.
La façon dont le visage de Grimmjow, fermé et crispé, lui était apparu avait laissé un goût amer dans la bouche d'Ichigo. Après avoir malencontreusement entendu sa conversation privée, l'orangé était revenu dans l'appartement, sonné et angoissé. Grimmjow l'avait rejoint plus tard, silencieux, ne lui accordant que quelques mots quand Ichigo lui annonça qu'il devait bientôt partir.
L'heure de son embauche approchait et il devrait se rendre au "Seireitei". Il préparait ses affaires quand son amant quitta les lieux sans un mot, passablement agacé, pour son habituel séance d'entrainement de boxe. Il savait que le sport l'aidait, lui faisait beaucoup de bien, Szayel le lui avait bien expliqué. Mais il s'en voulait de ne pas pouvoir l'aider plus, de ne pouvoir lui être utile.
Il n'avait osé lui dire qu'il avait entendu sa conversation. Il voulait qu'il le lui avoue par lui-même, ou peut-être voulait-il gagner du temps et retarder l'échéance le plus loin possible? Il y avait un peu des deux. Le regard turquoise avait été fuyant et il ne lui avait pas dit un mot avant de le quitter. Il avait été distant et Kurosaki comprenait pourquoi. C'était bien ce qu'il avait déduit, tôt ou tard le bleuté lui annoncerait qu'il devrait partir. Il était déçu, triste et en colère. Il voulait rester le plus longtemps avec lui, mais en même temps, voulait couper court tout de suite à ce petit jeu débile. Il voulait en finir, mais il comprenait que tout comme lui le bleuté n'en avait pas le courage.
Il avait entendu Di-Roy et un autre homme de Grimmjow discuter dans le couloir, et leur conversation ne l'avait pas vraiment rassuré. En plus de ce soucis, il lui avait semblé que le clan avait d'autres embêtements. Il avait perçu une histoire de quartier ouest, d'informations concernant un clan étranger, un complot contre le Yamaguchi-Gumi. Mais il n'avait osé les interroger. Il n'était pas un yakuza, il n'avait pas à fouiller dans leurs affaires et pire, cela pourrait même lui attirer des ennuis.
Il soupira en hissant sur son épaule son sac rempli de ses affaires pour le club. Il n'était pas d'humeur à aller travailler, surtout que le souvenir glauque de Kuchiki flottait encore dans sa mémoire, et qu'il redoutait d'avoir à faire à lui encore une fois. Et Renji, il se demandait s'il allait oser lui adresser la parole ce soir. Entre infectés de la syphilis il lui devait bien ça, non?
Il sortit du loft et salua Di-Roy qui s'inclina pour le saluer à son tour. Il grimpa dans l'ascenseur et le laissa l'emporter jusqu'au rez-de-chaussée où il prit le chemin de la salle de sport. Il était quelque peu tendu, il ne voulait pas voir à nouveau le visage marqué de Grimmjow, mais en même temps il voulait le confronter, et aussi savoir s'il était prêt à se battre pour lui. Il arrêta ses pas devant la porte en verre de la salle de sport, et y aperçut de dos le bleuté, vêtu d'un long short et d'un marcel, tapant dans un punching-ball avec force, ses gants de boxe rouge aux mains. A côté de lui se tenait Bazz-b, lui énonçant des conseils, ou bien des encouragements, Ichigo ne pouvait les entendre.
Ses sourcils se froncèrent, dans un sentiment de jalousie piquant, mais il inspira profondément et tenta de réfréner ses émotions. Il poussa la porte de la salle et les halètements du bleuté lui parvinrent aux oreilles, ainsi que les mots de son professeur.
_Upercut à distance, allez! Beuglait-il en tenant le sac de sable fermement. En rythme!
Les yeux de Bazz-b se levèrent soudain et il vit le jeune homme dans l'entrée de la salle. Ichigo croisa son regard et le soutint, la pièce rythmée par les halètements sonores de Grimmjow. Il se rendit compte bientôt que son professeur n'était plus aussi attentif et se tourna vers la source de son désintéressement. Ichigo l'observa se redresser, la sueur coulant à grosses goûtes sur son visage, son cou et le haut de son torse. Il s'essuya le front d'un revers de bras et reprit sa respiration, tandis que le silence les entourait tous les trois.
Le professeur de Grimmjow ne l'avait encore jamais rencontré, mais le rouquin avait comme l'impression qu'il avait deviné qui il était. Il l'avait lu dans ses yeux étonnés, la façon dont son corps s'était figé. Peut-être était-ce parce qu'il le regardait d'un œil noir, ses sourcil froncés et ses lèvres pincées, mais Kurosaki avait bien conscience de ne pas refléter une image sympathique. Ichigo l'avait déjà vu, mais Bazz-b ne l'avait jamais rencontré. Il avait une rancœur amère envers cet homme, et il en ignorait même la cause. De la jalousie évidemment, mais autre chose s'y mêlait, comme une défiance instinctive.
Le bleuté se tourna enfin vers l'homme à crête :
_On peut faire une pause?
_Bien sûr, souffla-t-il en hochant la tête. Je vais... euh... aller ranger quelques trucs.
Il avait certainement senti la tension dans la pièce et s'échappa rapidement par une porte d'accès derrière le comptoir à l'entrée. Ichigo se trouvait plus rassuré maintenant qu'il n'était plus là, mais à présent il devait demander à l'homme qu'il aimait ce qui le tracassait. Or, le bleuté avait toujours été un homme peu bavard, et il redoutait qu'il ne veuille délibérément lui mentir pour ne pas lui avouer la décision du clan.
_Je vais partir pour le boulot, annonça-t-il ne sachant par où commencer. Est-ce que... ça va?
Grimmjow haussa les épaules et regarda autour de lui, comme s'il l'invitait à en faire de même.
_J'vais bien, taper dans des sacs c'est mon truc.
Ichigo acquiesça d'un bref signe de tête et pinça ses lèvres à nouveau, nerveux. Il fallait qu'il lui demande ce qui n'allait pas, il fallait le lui demander franchement, sans tourner autour du pot, mais il avait une mauvaise impression. Ce qui retenait Grimmjow de lui avouer sa conversation avec Aizen était simplement la peur de le perdre, ou pire : la peur de le voir prendre la voie du yakuza pour lui. Grimmjow avait toujours eu des problèmes dans son activité de yakuza depuis qu'il le connaissait, mais jamais il ne l'avait vu aussi tourmenté.
_Grimmjow, je sais qu'il y a quelque chose. Si tu as appris une mauvaise nouvelle je veux que tu me le dises.
Sa franchise sembla désarçonner l'autre quelques instants. Il haussa ses sourcils bien haut et ouvrit la bouche, un moment totalement muet. Il poussa un soupir d'étonnement et pesta entre ses dents en pivotant sur ses talons pour faire quelques pas dans la salle. Ichigo ne savait pas pourquoi il paraissait si fuyant, surtout qu'il aurait pu lui avouer qu'il avait entendu ses mots au téléphone, mais il se garda bien de le lui dire. La dernière chose qu'il voulait c'était déclencher une querelle.
_Je te connais, reprit le jeune homme, je le sais quand tu es tracassé. Je peux le voir dans tes yeux, sur ton visage.
Jaggerjack planta ses mains sur ses hanches et s'immobilisa, dos à lui, le temps de reprendre une inspiration profonde. Mais il ne semblait pas disposé à lui répondre. Il resta un long moment muet puis se tourna enfin vers lui, écartant les bras de façon innocente :
_T'veux que j'te dise quoi?
_La vérité? Tenta-t-il.
L'autre le toisa du regard mais se refusa à toute réponse. Ichigo ne savait pas pourquoi mais son entêtement à vouloir rester muet le rendait d'autant plus nerveux. Grimmjow ne pouvait sans doute imaginer qu'il savait quelque chose, et pourtant.
_Si tu ne me peux pas m'en parler parce que c'est ton travail, au moins dis-le moi! Quand on a vu Szayel tous les deux plus tôt, tu n'était pas aussi tourmenté. Qu'est-ce qui s'est passé?
_Rien! Répondit l'autre, agacé. Rien, okay?
_Comment je pourrais te croire.
_Écoute... c'est juste... j'peux pas t'le dire.
Ichigo fronça les sourcils violemment et pencha la tête, l'air désabusé. Il ne pouvait pas lui dire? Il eut pendant un court instant l'envie de s'énerver, de lui rétorquer qu'il savait, mais il se retint. Il laissa échapper tout l'air contenu dans ses poumons par les narines de son nez et fit claquer sa langue contre son palais, comme pour lui montrer son impatience.
_Okay, si tu veux rien me dire... mais si tu me caches quelque chose, et que je l'apprends, Grimmjow... Même si ça me concerne et que tu crois que c'est pour mon bien...
_Qu'est-ce t'vas chercher, putain? Le coupa le bleuté en adoptant une expression plus agacée encore. Arrête d'croire qu'tout tourne autour d'toi.
Ichigo sentit son cœur se serrer à sa réplique. Pourquoi lui dire ça? Ce ton ne lui ressemblait pas, et sa façon de lui parler non plus. Il fronça les sourcils, sentant pendant un instant une vive frustration commencer à monter en lui. Pourquoi lui mentir de cette façon, il n'aimait pas son attitude en ce moment même. Il lui mentait délibérément, s'entêtant à lui cacher qu'il était au cœur d'une décision de son clan, de ses dirigeants. Et s'ils lui avaient dit qu'ils devaient se séparer, qu'ils ne pouvaient plus être ensemble, là, tout de suite, à partir du lendemain?
Son estomac se tordit douloureusement et une nausée piquante le prit soudain, mais il tint bon. Il pensait plutôt que le clan lui avait laissé un autre délai, peut-être plus court, pour lui annoncer la nouvelle. Mais le bleuté n'avait pas encore trouvé comment le lui avouer. C'était la seule explication possible. Ichigo voulait simplement qu'il soit honnête avec lui, mais si Grimmjow avait besoin de temps pour y penser, il lui en laisserait. Ça ne le surprendrait qu'à moitié qu'il ne tente de régler ça tout seul, de gagner du temps, de porter le poids de la décision sur ses épaules sans le mettre au courant. Ichigo savait bien les sentiments du bleuté pour sa personne, et il ne serait pas surpris de découvrir qu'il voulait le protéger, l'éloigner de ce genre de problèmes.
_Très bien, soupira-t-il enfin, je ne veux que t'aider, mais si tu ne veux pas...
Et sur ces mots, il se tourna et marcha jusqu'à la porte pour sortir de la salle. Il ne lui fallut que quelques pas, quelques secondes pour s'en aller, mais il avait compté les pas, il avait attendu qu'il ne le rattrape, qu'il ne l'arrête pour lui dire qu'il avait raison. Mais Jaggerjack ne bougea pas le petit doigt, et il se retrouva dehors, sur le trottoir, sous une pluie battante sans qu'il ne l'ait rattrapé.
Il sentit son estomac se tordre douloureusement, et la nervosité le gagner. Il voulait savoir plus que tout ce qui tracassait Grimmjow, mais s'il ne le lui disait pas, comment pourrait-il seulement être à ses côtés? Il ne comprenait pas sa manière de faire, ils avaient toujours été honnêtes l'un envers l'autre surtout dès que ça les concernait directement. Le voir agir comme ça le blessait profondément.
Il entra dans les vestiaires du "Seireitei" sans entrain aucun. Les autres étaient déjà en train de se changer, et par chance il n'était pas en retard. A cause de la pluie, beaucoup plus de personnes avaient décidé de prendre le métro, et il avait dû se faufiler dans une rame pour pouvoir grimper dans la machine. Mais le comportement de Grimmjow le tracassait tellement qu'il n'avait pas eu le temps de se rendre compte qu'il était écrasé entre deux hommes et contre une porte, à peine capable de respirer normalement, seul son visage dépassant du flot de voyageurs, puisqu'il était assez grand.
Il soupira longuement, tentant de se convaincre que Grimmjow trouverait une solution, qu'il ne laisserait pas faire ça. Il allait se battre pour lui, il le savait bien, il lui faisait confiance, il avait toujours cru en lui. Même face à Aizen, le bleuté avait tenu tête, il pourrait sûrement faire la même chose face aux dirigeants. Le jeune homme tentait de se rassurer comme il pouvait, mais une chose était certaine, il avait confiance en Grimmjow, même s'il cherchait à lui cacher des choses qui le concernaient.
Toutefois en attendant, il avait un travail à effectuer : tenter de danser du mieux qu'il pouvait sans paraître trop dans la lune. Son attitude maussade lui valut quelques réflexions, de la part de Yumichika et de Ginjo, mais il ne les releva pas et fourra ses vêtements dans son casier en poussant un soupir. Il sentit alors la présence de quelqu'un derrière lui et pensa qu'il devait s'agir de Renji, mais il ne l'avait pas encore vu ce soir-là.
_Dis, je peux te demander un truc?
C'était son senpai, Kaien, et son visage préoccupé frappa le jeune rouquin. Ce n'était pas dans les habitudes de cet homme de laisser voir ce genre de visage. Il était d'habitude plutôt enjoué, souriant et bienveillant, c'était pour ainsi dire la première fois qu'il le voyait comme ça.
_Bien sûr, répondit-il, incertain.
Il balaya la pièce du regard. Seul Ikkaku était encore là, son portable plaqué contre son oreille visiblement dans une conversation animée avec sa mère. Ichigo se demanda si son senpai allait lui reparler d'Urahara et ce qu'il devait tenter de découvrir auprès de lui, mais c'était autre chose :
_Y'a un truc entre toi et Renji, hein? Je veux dire... vous vous êtes disputés, ou quoi?
Surpris, l'orangé cligna des yeux et l'observa de manière dubitative. Renji n'était même pas là ce soir, et c'était maintenant qu'il le remarquait? Le rouge et lui n'avaient pas vraiment été des plus proches récemment, mais en même temps depuis que le club avait fermé, comment Kaien pouvait-il avoir remarqué quelque chose?
_Qu'est-ce qui te fait dire ça? Demanda Kurosaki, curieux.
_Je sais pas. Bon, c'est son jour de congés aujourd'hui, j'avais prévu de vous demander ça à tous les deux en même temps, avoua-t-il en se grattant l'arrière de la tête. Tout le monde disait que vous étiez plutôt proches et là, même pendant la fermeture du club vous vous êtes même pas vus!
_Attends, comment tu sais ça?
_Yumichika a posé la question à Renji hier, tout innocemment, hein? Et il a été surpris de savoir que vous n'étiez plus en si bons termes. Renji a juste dit que... enfin que vous aviez chacun vos occupations maintenant.
Ichigo haussa les épaules, c'était plus ou moins vrai. Pourquoi Kaien s'intéressait-il à leur relation par contre, ça c'était un vrai mystère.
_Disons juste que je m'inquiète, avoua-t-il. En tant que senpai, si l'ambiance n'est pas bonne, ça serait plutôt à moi de savoir pourquoi et tenter de résoudre les problèmes, tu crois pas? Les autres sont aussi venus me trouver pour me demander depuis quand vous n'étiez plus potes? Tout le monde s'inquiète.
_Tout va bien, Renji et moi on n'est pas... on s'est pas disputés ni quoique ce soit.
Les grands yeux de Kaien scrutèrent les siens, comme s'il tentait de lire en lui et de découvrir la vérité. Ichigo ne savait pas vraiment ce qu'il cherchait, mais s'il disait vrai alors ses intentions étaient louables. Kaien avait toujours été un soutient essentiel pour chacun des danseurs du club, pour n'importe quel problème, n'importe quoi. Son intérêt était justifié, pensa alors Kurosaki.
_Yumichika pense que c'est à propos du client de Renji, celui qui venait tout le temps le voir là... le grand brun. D'après ce que j'ai compris, Renji en est raide dingue. Mais depuis cet incident, quand son client a payé pour une danse privée avec toi plutôt qu'avec lui, ça a dégénéré.
Ichigo fronça les sourcils, cet incident lui était particulièrement douloureux. Se retrouver face à Kuchiki de cette manière ne l'avait pas emballé, surtout qu'il l'avait incité à lui dire la vérité sur sa relation avec Grimmjow. Et Renji était entré sur ces entre faits, fou de rage et avait alerté jusqu'à Urahara qui était intervenu alors que Kuchiki avait braqué son arme sur lui. Cet incident était vraiment marqué au fer rouge dans sa mémoire. Aucun autre danseur ne lui en avait parlé, mais il avait imaginé qu'ils devaient être au courant. Ils croyaient donc à une intrigue amoureuse : qu'il avait l'intention de piquer le client de Renji? Il aurait bien rigolé à gorge déployée s'il n'avait été confronté au visage sérieux de Kaien. Et puis, penser à Kuchiki ne lui donnait nullement l'envie de rire. Comment lui expliquer sans lui révéler que Kuchiki voulait le coincer?
_Je ne veux pas lui piquer son client, lui assura-t-il, et encore moins causer de problèmes. Je me fiche de son client.
_Mais lui, il s'en fiche pas de toi, hein?
S'ils voulaient croire à une histoire de fesses qu'ils y croient tous! Ca leur éviterait de penser un peu trop aux vraies raisons, et peut-être de penser à Grimmjow. Ichigo savait que tous ses collègues se rappelaient de Grimmjow, ils viendraient un jour ou l'autre à lui demander ce qu'il était devenu.
_Je ne sais pas ce que Renji a pensé, reprit Kurosaki, mais ce client ne m'intéresse pas!
_Je veux bien te croire, ricana-t-il, moi il me fait plutôt froid dans le dos.
Ichigo ne put s'empêcher d'étirer un sourire. Kuchiki faisait cet effet à pas mal de personnes. Sauf à Renji, apparemment. Il savait qu'il ne pourrait pas mentir à Kaien, si jamais celui-ci abordait le sujet de Grimmjow. Son senpai était plutôt intelligent et il écoutait beaucoup les rumeurs parmi les clients. Ichigo l'avait toujours trouvé plus sympathique et ouvert que Shuuhei, mais maintenant il revoyait durement son jugement. Cet homme semblait particulièrement intéressé par les histoires internes aux danseurs.
_Quoiqu'il en soit, réglez vos différents avec Renji. Ce n'est bon pour personne votre situation. Et le patron ne serait probablement pas content si ça lui remonte aux oreilles.
Ichigo acquiesça d'un signe de tête, pensant qu'il pourrait bien raconter tout ce qu'il voulait à Urahara, il était employé par Grimmjow maintenant. Mais ça, aucun de ses collègues ne le savait encore. Ichigo se doutait qu'un jour ou l'autre ils l'apprendraient, mais plus tard serait le mieux. La situation était bien trop tendue avec Kuchiki pour cela. Et Urahara serait lui aussi acculé et piégé.
Il observa Kaien quitter la pièce et resta assis quelques instants devant son casier. Ikkaku était toujours là, plongé dans sa conversation et ne faisait pas attention à lui. Ichigo se sentait de moins en moins à l'aise au "Seireitei", comme s'il risquait d'être piégé à tout moment. Ce n'était plus seulement Kuchiki qu'il devait berner, mais tous ses collègues, et tous ces clients qui étaient là ce soir.
Il serra les poings en essayant d'éradiquer la nervosité qui s'était emparée de lui pendant sa conversation avec Kaien. Sa confrontation manquée avec Grimmjow avait déjà bien joué avec ses nerfs, mais là, c'était la cerise sur le gâteau. Il avait la désagréable impression que Kaien voulait en savoir plus, qu'il se doutait qu'il y avait plus, mais il n'avait pas encore osé demander quoi. La façon qu'il avait eu de lui dire que Kuchiki lui "faisait froid dans le dos" l'avait interpellé. Il l'avait presque dit avec dégoût, comme s'il savait ses sentiments pour le policier. Mais ça ne devait probablement être que le fruit de son imagination, pensa-t-il en secouant la tête énergiquement.
Il se leva et inspira lentement avant de se décider à sortir de la pièce et à s'engouffrer dans la grande salle du club, où les clients attendaient en masse. Toutes les tables autour de la scène, et même celles à l'étage étaient prises ce soir-là. Quelques regards insistants d'hommes accoudés au bar l'observèrent, d'autres plus trainants glissèrent sur lui lorsqu'il s'aventura entre les tables.
Quelques habitués lui firent la conversation, rien de bien sorcier. Un homme qu'il n'avait que rarement vu lui offrit un verre pour "le mettre de bonne humeur" avait-il dit. Et Ikkaku l'avait réprimandé en lui conseillant d'afficher un sourire plus large et un visage moins renfermé. Mais le jeune homme n'y pouvait rien, même s'il avait toujours travaillé du mieux qu'il pouvait, et qu'il considérait qu'il ne fallait pas laisser la vie privée empiéter sur son travail, il était anormalement mou et la motivation avait quitté son corps.
Ce n'était pas le bon jour pour passer sur scène, et pourtant, Ichigo savait qu'il devrait interpréter un nouveau numéro ce soir sur la scène principale. Il n'était qu'à peine prêt pour cela, n'ayant que très peu répété dans les vestiaires et n'ayant qu'à peine réfléchit à un nouveau thème percutant.
_Bon, Ichi tu veux passer quand? Demanda Yumichika qui se trouvait derrière la scène.
_Comme tu veux, lui répondit-il.
_Bon bah je passe en premier, ça te va?
_Ouais, carrément.
Il observa le brun grimper sur la scène sous les acclamations du public. Il resta caché derrière les rideaux, tandis que Shuuhei et Ikkaku terminaient d'enfiler leurs costumes de scène. Shuuhei avait choisi un thème tout en cuir noir, et Ikkaku avait décidé d'adopter le look cow-boy. Cependant, les deux hommes accoururent vers lui lorsqu'ils remarquèrent sa tenue.
_Putain t'as fait fort! S'exclama Ikkaku par-dessus la musique qui retentissait.
_C'est... plutôt original, avait renchéri Shuuhei en le détaillant de la tête aux pieds.
Ichigo soupira, il avait bien eu conscience que son nouveau costume de scène allait lui apporter quelques remarques, mais franchement il s'en fichait. Il avait choisi ce costume sur un coup de tête, alors qu'il avait repensé à ses petits jeux coquins avec Grimmjow. Il se rappelait de ses yeux, énormes, sortant de leurs orbites, lorsqu'il était sorti de la salle de bain accoutré de cette manière. La façon qu'il avait eu de le rendre aussi fou. Il savait qu'il allait faire un tabac ce soir, mais cette pensée ne le revigorait même pas.
Il enfila ses oreilles de chat orange sur sa tête et glissa ses pattes en fourrure à ses mains. Il portait ce string orange, comme le jour où il avait fait ce numéro à Grimmjow, mais cette fois-ci, sa queue de chat en fourrure n'était pas un sex toy, seulement un accessoire accroché à son string. Il portait également un short en jean orange très court et une veste en fourrure orangée.
_Tu déchires! S'exclama Ginjo, des étoiles plein les yeux en le voyant dans sa tenue de scène.
Ichigo ne put s'empêcher d'étirer un sourire. Il n'était pas forcément d'excellente humeur, et l'attitude de Grimmjow lui faisait soucis, mais au moins ses collègues lui remontaient le moral. Et juste avant de monter sur scène, il réalisa qu'il n'y avait rien de mieux que le public pour oublier ses problèmes. La salle était bondée ce soir-là, comme il l'avait rarement vue et depuis qu'elle avait été agrandie cette sensation qu'une foule immense l'acclamait le prit à la gorge. C'était la première fois qu'il dansait pour autant de personnes à la fois.
Il débuta son show avec une certaine pression, l'adrénaline coulant dans ses veines en glissant son regard sur la foule hallucinante devant lui. Il aperçut des visages familiers aux premières tables, juste devant la scène. Des clients habitués étaient là, il remarqua également des visages totalement inconnus, qui l'observaient avec attention et beaucoup d'intérêt. Il bougeait de façon lente et séductrice, comme un félin l'aurait fait. Il cherchait un point dans la foule pour se mettre à l'aise et débuter sa prestation dans les meilleures conditions.
Il braqua son regard sur un homme imposant qui se trouvait au bar, le large verre de whisky dans sa main, il semblait étrangement calme et serein, ses yeux braqués sur lui. Son regard était intense, ses petits yeux noirs qui tentaient de voir à travers lui, tels des rayons laser. Cet homme ne le mettait pas à l'aise, loin de là, mais il était frappé par son attitude froide et sereine au milieu de ces hommes qui l'applaudissaient ou lui lançaient des mots salaces. Ses longs cheveux noirs et sa moustache épaisse de la même couleur lui donnaient un air rustre, sombre et mélancolique.
Ichigo détourna son attention de lui, ayant bien conscience que cet homme avait piqué son intérêt, mais d'une bien étrange manière. Il se plaça à quatre pattes sur la scène et remua sa queue accrochée à son string, faisant rire quelques clients, ou ronronner d'autres plus affamés. Il fit semblant de se passer une patte derrière l'oreille comme le faisait les chats puis se redressa, à genoux sur le sol. Il fit lentement glisser la fourrure qu'il portait sur ses épaules à terre puis se releva. Ses petits pas de félin le menèrent jusqu'à la barre de pole dance tandis que les billets commençaient à foisonner sur la scène.
Il effectua quelques figures à la barre, comme il savait si bien le faire, prenant bien garde à secouer sa queue de chat. Il vérifia que ses oreilles étaient toujours bien vissées sur sa tête et ramassa quelques billets qu'il fourra dans ses pattes de chat en fourrure qu'il venait de retirer. Il agrémenta d'un sourire un lancé de billets par un groupe d'hommes près de la scène et leur envoya un baiser. Mais son regard fut de nouveau attiré par l'homme accoudé au bar, et il ne put s'empêcher de penser que tout chez cet homme criait "yakuza". Il ne voulait pas se vanter d'avoir quelques connaissances dans ce domaine, mais après avoir rencontré tant de membres de la pègre il pouvait dire qu'il avait l'œil. Il ne le connaissait pas, ne l'avait jamais vu ici et lorsqu'il termina son numéro sous les acclamations du public, il se précipita jusqu'à Yumichika pour lui demander s'il connaissait ce nouveau client.
_Non, je ne crois pas, répondit-il en zieutant la large carrure et la moustache sombre.
_Il a l'air... bizarre, non?
_Pfff, comme quatre-vingt dix pour cent des clients ici, Ichi! Répliqua Yumichika en riant.
Il n'avait pas tort, admit-il, mais il ne put s'empêcher d'observer l'homme à la dérobée. Une chose était certaine, il ne faisait pas partie du Yamaguchi-Gumi, et s'il était vraiment un yakuza comme il le pensait, alors sa présence ici n'était pas vraiment sans conséquences. Ichigo n'y connaissait rien aux yakuza, mais il savait que ceux-ci fonctionnaient en "territoires", or ce club faisait partie du territoire du Yamaguchi-Gumi, et entrer en territoire ennemi était interdit. Voire même considéré comme une provocation violente. Le rouquin ne savait pas qui était cet homme, mais s'il cherchait la provocation, il devait savoir que ce club appartenait à Grimmjow. Mais comment?
L'homme avait détourné son attention de la scène maintenant qu'il n'y était plus. Il gardait les yeux baissés sur son verre de whisky qu'il termina d'une seule gorgée. Il s'accouda au bar et tourna le dos à la salle. Ichigo considéra son large dos et son costume noir de bonne qualité. Les hommes à côté de lui avaient l'air normaux, puisqu'ils souriaient et frappaient dans leurs mains en accompagnant le numéro de Shuuhei. S'il avait été un yakuza, il aurait sans doute eu des gardes du corps avec lui, des hommes de main, mais les yeux ambrés ne découvrirent aucun homme qui attirèrent de nouveau son attention. Que cherchait cet homme seul en venait ici? Il l'avait observé comme s'il avait su qui il était, ce qu'il représentait pour le propriétaire des lieux. Ichigo en était certain, cet homme n'était pas là par hasard, et savait qu'il était l'amant de Jaggerjack.
Il choisit d'aller visiter Urahara sur-le-champ et de le mettre au courant. Dans tous les cas, Grimmjow devait être informé qu'un yakuza se trouvait ici. Il ne pouvait en parler à personne d'autre de toute façon. Mais Shuuhei l'arrêta en chemin :
_Il y a un client qui veut te voir en salle privé, il t'attend, dans la troisième salle.
Ichigo sentit son cœur s'accélérer immédiatement et s'imagina face à l'homme moustachu en salle privée. Non, il devait d'abord prévenir Urahara et ensuite voir ce que cet homme lui voulait. Et il pensait que ce n'était pas pour le voir danser. Il retourna son visage en direction du bar, l'homme avait bien disparu, il devait sans doute être celui qui l'attendait en salle privée.
_Je dois voir Urahara avant, répondit-il.
_Urahara? Mais il n'est pas là aujourd'hui, il a chopé un mauvais rhume, lui apprit Shuuhei, l'air désolé. C'est urgent?
Ichigo ferma les yeux, réprimant un élan d'injures fleuries. Urahara avait bien choisi son jour! Il ne pouvait que prévenir Grimmjow, mais il ne pourrait rien faire, il ne pouvait pas débarquer ici et voir par lui-même. L'orangé sembla alors avoir une idée de génie et leva les yeux pour fixer la caméra de surveillance suspendue au plafond. Elle était braquée sur la salle et non sur le bar, avait-elle pu capturer l'image de cet homme étrange? Il l'ignorait. Mais si cet homme l'attendait en salle privée, la caméra qui s'y trouvait se chargerait de l'immortaliser.
Il se décida donc à rejoindre la salle privée dans laquelle l'attendait l'inconnu. Ce n'était peut-être qu'une impression après tout, cet homme n'était peut-être pas du tout un yakuza. Pourtant, son intuition lui disait qu'il en était un, et il s'était souvent basé sur son intuition par le passé, comme avec Grimmjow. Il inspira tranquillement devant la porte qui le mènerait à la salle privée, pour se calmer et tenter de paraître sous son meilleur jour. Ce que lui voulait cet homme il l'ignorait mais il ne tarderait pas à le savoir pour sûr.
Il pénétra lentement dans la pièce, refermant doucement la porte derrière lui, ses yeux inspectant le canapé de velours. La musique qui s'élevait était douce, et l'aida quelque peu à se détendre. Il ferma les yeux et imagina qu'il était de retour un mois plus tôt, quand il avait vu Grimmjow pour la première fois sur ce canapé de velours, le dévorant des yeux. C'était un souvenir particulièrement savoureux, qui le prenait aux tripes à chaque fois. Il avait en mémoire ce regard intense, foudroyant, qui l'avait happé dans un tourbillon fou d'émotions. Il se rappelait son sourire, la première fois qu'il avait entendu sa voix, la première fois qu'il l'avait touché...
Mais ce n'était pas Grimmjow qui avait pris place sur ce canapé. Une silhouette inconnue s'y dessinait, et son cœur se mit à battre plus vite par anticipation. Il s'attendit à voir la large carrure se découper dans la pénombre et sous les lumières tamisées, mais il ne rencontra qu'une silhouette longiligne. De longues jambes croisées de manière délicate, un torse haut et fin, des épaules frêles et de longs cheveux blonds tombant autour d'un visage pâle et fin. Il arborait un air sérieux, coincé presque, en l'observant avancer jusqu'à lui. Son attitude lui rappela inexorablement Kuchiki, d'une froideur extrême, muet et ses yeux d'un vert pâle étaient fins et à peine ouverts, comme s'il venait de se réveiller d'un long sommeil.
Surpris, et déstabilisé puisqu'il s'attendait à voir l'autre homme à la moustache, Ichigo marqua un temps d'arrêt face à ce client qu'il n'avait jamais vu. Ce dernier ne fit pas un geste mais l'observa des pieds à la tête, passant sa langue sur ses fines lèvres avant de parler :
_Bonsoir.
Sa voix était harmonieuse et basse, pas vraiment grave mais plutôt claire et assurée. Et même s'il n'avait jamais vu cet homme, il eut tout de suite une étrange impression. L'inconnu portait un long manteau blanc immaculé, ouvert et une veste blanche ainsi qu'un pantalon blanc et des chaussures blanches. Tout chez lui respirait l'immaculé, la fraicheur et l'innocence. Pourtant, son regard était teinté d'une lueur mâture, quelque chose de plus fort et de plus aiguisé qui ne passa pas inaperçu aux yeux du jeune homme.
Cet homme n'avait rien à faire ici, pensa-t-il en grimpant sur la plate-forme sans détourner ses yeux de lui. Il avait trop la classe, il était trop "propre" sur lui-même, bien trop sérieux. Il tranchait avec l'atmosphère sensuelle de la pièce, et l'accoutrement orange vif du danseur. Ichigo arborait maintenant un froncement de sourcils violent, quitte à plisser son front. Sa main s'accrocha à la barre de pole dance mais il n'entama aucune danse. Il observa longuement la personne face à lui, et ses longues mains fines croisées sur ses cuisses. Quelque chose ne lui plaisait pas chez lui, et il ignorait quoi.
_Bonsoir, répondit-il enfin après avoir étudié longuement l'individu. C'est votre première fois?
_Oui.
Il n'était guère bavard, remarqua-t-il, ce qui allait de paire avec son apparence. Il hésita quelques instants et recula de quelques pas sur la plate-forme, s'accrochant de plus belle à la barre mais sans effectuer aucune figure. Il était certain que cet homme ne voulait pas qu'il danse.
_Vous ne voulez pas que je danse. Vous n'êtes pas là pour ça. Je le lis dans vos yeux.
Le blond détourna rapidement le regard, baissant son regard sur ses mains. Il bougea sur le canapé, d'une façon qui démontrait une certaine nervosité et pourtant, il puait la sérénité. Un peu comme cet homme rustre qu'il avait vu au bar, son regard noir sur lui était calme et assuré, tout comme celui de cet homme. Il ne put s'empêcher d'effectuer la comparaison, et pensa immédiatement qu'ils étaient ensemble, ils cherchaient le même but. Lequel, il l'ignorait encore.
_Vous êtes perspicace, lui lança-t-il enfin en retour.
_Si vous ne voulez pas une danse, alors partez, lui ordonna-t-il.
Le blond étira un sourire forcé mais ne répliqua rien. Ichigo savait qu'il aurait dû tourner le dos et s'en aller, il devait travailler! Et peu importait si cet homme avait payé, il ne voulait pas qu'il danse. Et il n'avait pas vraiment envie de rester là sous son regard clair qui le détaillait sans vergogne.
_Pourquoi restez-vous planté ici si vous savez que je ne veux pas vous regarder danser? Questionna-t-il enfin. Vous êtes curieux. Vous avez deviné. N'est-ce pas?
_Je n'ai rien deviné du tout!
_Vous êtes nerveux, constata l'autre en le fixant plus intensément encore. Je vous comprends. Lorsque le Yamaguchi-Gumi vous menace et refuse de vous entendre, vous vous devez d'être nerveux.
Ichigo ne put s'empêcher d'étirer une grimace de stupéfaction. Il ne voulait pas montrer ses sentiments à cet homme, mais la surprise était trop grande. Il se figea, ne sachant que répondre, ne sachant quoi faire. Il aurait dû prendre la fuite avant de le laisser parler et maintenant ses craintes se montraient justifiées : cet homme était un yakuza. Et il en savait long sur le Yamaguchi-Gumi. Venait-il du cartel thaïlandais? Ou d'un clan ennemi?
_Soyons logique. Le clan ne vous laissera jamais en paix. Il ne vous laissera jamais aimer Grimmjow comme vous l'entendez, vous ne serez jamais libres. Vous êtes tous deux différents. Nous voyons les choses d'un autre œil.
_Qu'est-ce que vous voulez? Cracha alors Kurosaki. Qui êtes-vous?
Son corps s'était raidi dans une attitude défensive. Cet homme en savait bien trop long et avait pris l'ascendant sur lui. Il se sentait confiné, acculé et obligé de se défendre avec une arme de pacotille. Face à cet être assuré qui n'était pas là par hasard, il se sentit pris au piège. Urahara n'était pas là, et Grimmjow ne pouvait pas l'aider. Il ne lui restait que lui-même pour se sortir de là. Mais pas avant de savoir qui était cet homme.
_Jugram Haschwald, je suis le premier Lieutenant et conseiller du clan Quincy. Notre chef suprême voulait vous rencontrer, mais il a jugé plus prudent de m'envoyer. Il se trouvait au bar toute à l'heure, vous l'avez remarqué n'est-ce pas?
Cet homme à la moustache... il avait donc vu juste! Ichigo sentit un sentiment infime de fierté flotter dans son être en écoutant les mots de cet homme blond. Si cet homme était son chef, il ne savait pas ce qu'il venait de faire. Pénétrer un endroit qui appartenait à un sous-chef du Yamaguchi-Gumi, parler à son amant sans retenue... Ce qu'il voulait était probablement important.
Quincy? Ichigo n'avait jamais entendu ce terme, mais il avait entendu parler de conflits entre le Yamaguchi-Gumi et un nouveau clan étranger, et des quartiers ouest. Il ne voulait pas faire de conclusion trop hâtives mais il aurait pu parier que cet homme faisait parti de ce clan qui causait du soucis aux patrons de son amant. Quincy. Il se souviendrait de ce nom.
_Je vous ai demandé ce que vous voulez.
Ichigo avait conscience qu'il parlait à un homme dangereux, et bien que cet homme lui apparut calme et serein, voire distant tout vêtu de blanc, il était tout de même un yakuza. Alors, il devait faire attention. Même s'il se trouvait au Seireitei, il n'était guère en sécurité entre ces murs. Ironiquement, il n'aurait pas été contre que Kuchiki débarque à cet instant même.
_Je veux ce que vous voulez, Kurosaki Ichigo, lui répondit-il. Notre vision du clan yakuza est différente de celle du Yamaguchi-Gumi, nous sommes une famille, et libres de nos choix. Nous n'imposerions jamais que vous et Grimmjow soyez séparés.
_Comment savez-vous ces choses?
_Quelles choses? Interrogea-t-il, le regard brillant.
_A propos de moi et Grimmjow, a propos de... ce qu'ils veulent.
Haschwald poussa un infime soupir et ferma les yeux.
_Nous savons beaucoup de choses. La discrétion est une de nos armes, et nous savons écouter les bruits qui courent.
Ichigo n'en doutait pas, mais ce type était bien trop au fait de ce qui passait entre Grimmjow et lui. Il ne croyait pas à son histoire de "écouter les bruits qui courent" non, il n'était pas aussi naïf. Être aussi bien informé sur des informations telles que celles-ci devait plutôt relever de quelque chose de grave. Comme de l'espionnage. Il ne voulait pas y croire lui-même, tout ceci était trop rocambolesque pour son esprit cartésien. Mais quelqu'un proche de Grimmjow, ou d'Aizen, leur donnant des informations sur le clan n'était pas impossible. Ichigo ne se disait pas enquêteur hors pair, et il était bien loin d'être un espion, d'autant plus qu'il n'y connaissait rien à leurs histoires de yakuza. Mais il n'était pas débile.
_Les bruits qui courent? Répéta-t-il en haussant un sourcil. Vous croyez que je vais avaler ça?
L'homme blond soutint son regard lourdement, sans même battre des cils, certainement étonné de l'entendre aussi hargneux. S'il avait cru se retrouver face à un strip-teaseur écervelé, il devait être bien surpris. Peut-être ces Quincy étaient-ils au fait de beaucoup de choses, mais probablement pas de qui était vraiment Ichigo. Mais comme il restait muet, le roux reprit la parole :
_Je vous conseille de partir, avant que je ne crie ou que je ne demande à l'un des malabars à l'entrée de venir vous refaire le portrait.
_Charmant, expia-t-il du bout des lèvres en se levant.
Il avança jusqu'à la plate-forme, ses yeux clairs braqués sur lui, mais aucun des deux ne cassa cet échange. Ichigo ignorait toujours ce qu'il voulait. Cet homme n'était pas venu jusqu'ici pour lui faire peur, si? Pour lui dire que le Yamaguchi-Gumi ne l'accepterai jamais, qu'il ne pourrait jamais avoir une relation sereine avec Grimmjow? Qu'avait-il à y gagner?
_Repensez à ce que je vous ai dit, Kurosaki Ichigo, lui dit-il d'une voix plus basse. Le Yamaguchi-Gumi est un clan anarchique, autoritaire, qui veut tout contrôler, même les hommes qui n'en font pas partie. Un jour ou l'autre, ils vous chasseront. Et vous deviendrez une cible pour beaucoup de clans étrangers, il y en a plus que vous l'imaginez dans cette ville. Tous désireux d'atteindre le Yamaguchi-Gumi, de l'affaiblir, de le toucher dans sa puissance.
_Qu'en savez-vous? Répliqua-t-il. Je ne suis même pas un yakuza, comment un autre clan pourrait penser à s'en prendre à moi?
_Parce que ça leur permettrait de toucher Grimmjow Jaggerjack en plein cœur. Et atteindre l'homme qui fait la richesse de votre ennemi juré est un objectif particulièrement recherché chez tous ces clans.
Chez les Quincy aussi, Ichigo n'en doutait pas.
_Pourquoi me dites-vous ça? Vous voulez quoi? Me protéger? Pfff... Vous êtes comme les autres, c'est Grimmjow que vous voulez. Lui et sa drogue, lui et son business. Vous êtes comme les autres.
Haschwald sourit devant son discours teinté de haine et de dégoût. Ichigo savait qu'il visait juste, tous ces yakuzas étaient tous pareils; vicieux, sadiques, profiteurs et vénal. Ils ne cherchaient que l'argent, le succès, le pouvoir, et écraser les autres. Il n'y avait que ça qui comptait pour eux. Ces Quincy voulaient le protéger, mais il n'avait pas besoin d'eux! Ou bien cherchaient-ils à l'embrigader pour toucher Grimmjow en plein cœur, comme il venait de le lui expliquer. Mais Grimmjow ne l'abandonnerait jamais, il ne le laisserait jamais en danger s'il savait qu'il l'était. Et Ichigo n'était pas assez fou pour ce tourner vers ces Quincy.
_Je suis seulement venu vous offrir un soutient, vous exposer une vérité certaine. Que vous le vouliez ou non, quelque soit la décision du Yamaguchi-Gumi à votre intention, vous serez une cible pendant très longtemps. Nous pouvons y remédier.
Ichigo était bien loin de tout connaître à ces guerres de clans, et de territoires. Il n'était pas un yakuza, et espérait plus que tout rester loin de toutes leurs histoires. Mais il savait aussi se défendre, et qu'un homme vienne lui offrir la protection d'un clan dont il ne connaissait rien le piquait jusque dans sa virilité.
L'homme ne tenta pas plus longtemps de lui exposer ses arguments, ayant compris qu'il se heurterait à un mur. Il sortit de la pièce, laissant Ichigo seul au milieu de la plate-forme, enserrant la barre de pole dance si fort que sa main en était devenue toute blanche. Il la lâcha, ses yeux encore fixés sur la porte de peur qu'il ne revienne, puis il descendit lentement et leva les yeux en direction de la caméra de surveillance juste au-dessus de lui. Au moins, cet homme allait laisser son portrait derrière lui, et il était certain que Urahara s'empresserait d'en donner une copie à Grimmjow.
Ichigo ne savait pas ce qu'il devait faire après cette rencontre étrange au club. Courir jusqu'à Grimmjow pour le lui raconter, même si la communication n'était pas au beau fixe entre eux, ou garder ça pour lui? Non, il devait vraiment en parler au bleuté, surtout si, comme il l'avait deviné, quelqu'un dans son entourage donnait des informations à ces Quincy. Mais en rentrant dans le loft, après que Nell ne l'ai ramené sur le dos de sa moto, il trouva l'endroit silencieux et plongé dans le noir.
Il s'aventura jusqu'à la chambre, et aperçut Grimmjow couché, endormi sous les draps. Il ne voulait pas le réveiller, surtout pour lui annoncer une nouvelle pareille, mais il resta tout de même sur le pas de la porte, à l'observer. Un infime rayon de lumière en provenance de la lune éclairait sa silhouette couchée et son visage paisible à travers les rideaux. Ichigo eut un petit pincement au cœur en imaginant qu'il ne vivrait peut-être plus jamais à ses côtés à cause du clan. Si cet homme blond avait dit vrai, jamais ils ne pourraient s'aimer en paix.
Il soupira bruyamment et se décida à rentrer dans la pièce. A pas de loup, il avança jusqu'au lit et s'y allongea sans faire balancer outre mesure le matelas moelleux. Le bleuté grommela dans son sommeil mais ne sembla pas se réveiller. Il était déjà plus de deux heures du matin et aucun traffic ne pouvait se faire entendre au pied de l'immeuble. La ville était silencieuse et la nuit au ciel dégagé laissait voir les étoiles, plus brillantes que jamais. Un ciel clair était souvent de bon augure pour le beau temps le lendemain, Ichigo espérait qu'il en serait de même pour sa relation avec Grimmjow.
Il posa sa main sur son épaule et le poussa délicatement, secouant doucement son corps pour l'éveiller. D'abord hésitant, ses gestes se révélèrent doux et soigneux, puis un peu plus agressifs, le secouant pendant de longues secondes avant qu'il n'ouvre enfin les yeux en grommelant d'une voix rauque. Le regard turquoise se braqua sur lui et le yakuza recula sur le matelas, clignant des yeux avec surprise en le découvrant là dans son lit. Il retomba sur le dos, s'étant éloigné quelque peu du jeune homme et reprit ses esprits en passant une main hésitante sur son visage.
_Désolé de te réveiller, chuchota le danseur en pinçant ses lèvres d'un air coupable. Mais il le fallait.
_Qu'est-ce qui y'a? Demanda l'autre, encore perdu dans les brouillards du sommeil profond.
_Je crois... je crois qu'un autre clan tente de nous séparer. Je ne sais pas vraiment comment ni pourquoi, mais cet homme qui est venu savait tout de moi, de nous. Il avait l'air sûr de lui et tellement... au courant!
Grimmjow se redressa soudain en position assise, ses yeux élargis par la stupéfaction. Il l'observa sans comprendre pendant quelques instants, ses sourcils froncés, son front plissé et passa enfin sa langue sur ses lèvres avant de parler :
_Qu'est-ce t'racontes?
_Il y avait deux hommes, j'en suis persuadé. Les caméras de surveillance du club ont dû les immortaliser. L'un d'eux était au bar de la salle quand j'ai dansé sur scène, je ne l'avais jamais vu, mais tout chez lui puait le yakuza. Et puis j'ai eu une danse privée. J'ai cru que ça serait ce type-là, mais je me suis retrouvé face à un autre homme, totalement différent, que je n'avais jamais vu non plus.
Grimmjow l'écoutait avec attention, sans dire un mot, et le rouquin ignorait si c'était parce qu'il venait tout juste d'être tiré du sommeil ou parce qu'il était grandement intrigué. Peu importait, il poursuivit :
_Cet homme m'a dit que le clan ne me laisserai jamais en paix, qu'il ne nous laisserait jamais vivre tous les deux comme on le veut. Il s'est présenté comme le Premier Lieutenant du clan des Quincy. Jugram Haschwald. Il savait que le Yamaguchi-Gumi menaçait de nous séparer, il savait trop de choses! Il m'a dit qu'il voulait m'aider, m'a dit que leur clan ne nous séparerait jamais.
_Comment savait-il ça? Demanda-t-il d'une voix sourde, inquiète.
_Il a dit que la discrétion était leur arme, qu'ils savaient écouter les bruits qui courent. J'ignore comment...
Grimmjow détourna son visage de lui et soupira longuement. Ichigo n'avait jamais souhaité lui apporter ce genre de mauvaise nouvelle mais c'était trop tard à présent. Ces hommes étaient entrés au "Seireitei" et Grimmjow ne tarderait pas à mettre un visage sur des noms, et à les retrouver. Un silence lourd s'installa et Kurosaki jugea préférable de rester muet, s'abstenant ainsi de rajouter de l'huile sur le feu. Au bout de quelques instants, le bleuté quitta le lit et se leva, seulement vêtu d'un caleçon.
_Faut qu'j'appelle Aizen, marmonna-t-il en s'échappant en direction de la porte.
_En plein milieu de la nuit?
_Ouais.
Il disparut derrière la porte et le jeune homme se retrouva seul dans la pièce. Il écouta les pas de son amant s'éloigner pour laisser la place au silence. Il se laissa bercer par le sentiment de sécurité qui l'enveloppait dès qu'il se retrouvait ici. Le loft de Grimmjow était devenu son "chez lui", l'endroit qu'il considérait comme son foyer désormais. Le propriétaire des lieux avait dû rejoindre son bureau puisqu'il n'entendait plus rien. Il se dirigea jusqu'à la fenêtre, lentement, ses pas presque hésitants, et tira sur les rideaux.
La vue de la ville en pleine nuit, ses lumières multicolores par centaines, ses hauts grattes-ciel et l'obscurité qui l'étouffait suffirent à lui redonner un semblant de bonne humeur. Il ouvrit la baie vitrée et s'aventura sur le large balcon, qui servait également de terrasse. Il savait que le bleuté n'aimait guère cet endroit, tout comme les yakuzas appréciaient peu les endroits découverts, à la merci des buildings voisins. Ichigo lui, pensait autrement. Cette hauteur, cette impression de dominer tout Tokyo lui donnait le vertige, mais un vertige de puissance et de confiance.
C'était à cet endroit qu'il avait avoué à Grimmjow ne pas vouloir tomber amoureux, et que tout ce qu'il cherchait n'était qu'une passion dévorante, et une fusion des corps. Les mots les plus absurdes de toute son existence. Il sourit en se remémorant ses mots qui lui semblaient bien loin maintenant. Il ne pensait plus ainsi, et il s'était ouvert à l'amour comme il n'aurait jamais imaginé le faire. Et pourtant, il ne trouvait pas ça puérile, l'amour était plus compliqué qu'il n'y paraissait, bien plus profond, ponctué d'élans incontrôlables qui faisaient battre son cœur. Depuis qu'il avait rencontré Grimmjow, depuis qu'il s'était rendu compte de ses sentiments, il se sentait vivant et important. Il n'aurait jamais osé penser ainsi avant, que l'amour puisse lui faire ressentir ce genre de choses était pour lui impossible. Il n'y avait que dans les romans qu'on pouvait sentir ce genre d'émotions.
Il s'était trompé lourdement. Grimmjow avait changé sa vision de la vie, pour toujours, et il espérait pouvoir faire changer la sienne à présent. Jaggerjack n'avait toujours vécu que pour les yakuzas, avec les yakuzas, sans jamais croire qu'une autre vie pouvait être sienne. Ichigo voulait lui prouver que c'était possible, il voulait qu'il prenne la peine d'essayer. Tout comme lui avait essayé de changer la sienne en tombant amoureux. Il soupira en s'accoudant à la rambarde et ses yeux divaguèrent sur les lumières face à lui. Il comprenait que Grimmjow puisse tant les aimer, lui aussi commençait à les apprécier plus qu'il n'aurait dû. Cet endroit était pour lui un refuge, un cocon, et il aurait aimé y faire son foyer pour de bon. Il ne savait pas si Grimmjow le voyait ainsi. Ils vivaient ensemble, mais le plus gros des affaires du rouquin étaient encore chez Rukia, dans son ancien appartement.
Il ne sut réellement combien de temps s'écoula pendant qu'il méditait, puis la porte de la chambre se fit entendre et Grimmjow apparut près de la baie vitrée. Son visage était plus grave encore, son regard perçant s'arrêta sur le jeune homme qui fronça les sourcils en se demandant ce qu'Aizen avait bien pu lui dire. Il n'osa pas parler le premier, ayant bien conscience que c'était au plus âgé de faire le premier pas. Il espérait encore qu'il lui dise la vérité, que le clan voulait qu'il s'en aille.
_T'iras plus travailler au Seireitei, lâcha sans avertissement le bleuté.
Cet ordre lui fit l'effet d'un coup de poing en plein ventre. Estomaqué, Ichigo cligna des yeux, incapable de comprendre ce qu'il voulait dire. Ne plus travailler au club? Il avait bien conscience qu'un incident de cette gravité devait l'inquiéter mais de là à lui annoncer ça comme ça...
_Urahara est d'accord, embraya-t-il. J'l'ai appelé. J'vais m'occuper d'ces types, ces Quincy. Mais Urahara a ordre d'pas t'laisser entrer au club.
_Quoi?!
Ichigo se sentit trembler des pieds à la tête. La stature haute et immobile de Grimmjow le glaça. C'était comme s'il lui donnait un vulgaire ordre, sans même se soucier de ses sentiments. Il savait très bien combien ce travail était importait pour lui, ce qu'il représentait à ses yeux. Pourquoi le bleuté faisait-il preuve de si peu de compassion? Ne pouvait-il pas lui expliquer pourquoi? S'excuser? Ichigo sentit la fureur monter en lui et son visage se crispa.
_T'iras plus travailler là-bas, c'est tout.
_Comment tu peux dire un truc pareil? Rétorqua-t-il, sa voix tremblante. Tu ne peux pas décider de ma vie, Grimmjow! Je te l'ai déjà dit! C'est mon travail! Tu ne m'obligeras pas à le quitter!
_Alors j'te vire! Cracha-t-il en serrant les poings.
Ichigo échappa un soupir choqué. L'homme qui se trouvait face à lui n'était pas l'homme qu'il connaissait, ce n'était pas le Grimmjow dont il était tombé amoureux. Il était un autre, un yakuza. Il l'observa, ses yeux teintés d'une colère sans nom, et il fut incapable de comprendre son geste. Cherchait-il à le protéger?
_Urahara me virera jamais! Scanda-t-il, comme s'il voulait s'en persuader lui-même.
_T'veux qu'on essaye d'voir c'qu'il va dire? Lui lança-t-il en brandissant son portable. J'viens d'l'avoir, et j'lui ai dit qu'si t'démissionnes pas, t'es viré. T'as pas à discuter, j'te laisserai jamais retourner là-bas.
Ichigo ne sut pas vraiment ce qui emporta son corps à ce moment-là. A bout de nerfs, en colère et attristé par la façon dont il le traitait, il se précipita vers lui, les poings en avant et cogna son torse avec toute la force dont il pouvait faire preuve. Son visage contracté, ses yeux plissés et ses dents serrées, il abattit ses poings encore et encore contre lui, sans un mot, poussant des halètements rageurs. Il voulait lui dire qu'il savait pour les ordres du clan, qu'il devait le lui avouer. Il voulait lui dire qu'il le détestait, mais il ne put s'y résoudre. Il voulait lui dire qu'il l'aimait, mais il n'en fut pas capable non plus. Il voulait lui demander pourquoi il faisait ça, mais aucun mot ne sortit. Et Grimmjow resta là, encaissant chacun de ses coups sans broncher, sans même tenter de l'arrêter.
Lorsqu'enfin Ichigo se calma et que ses poings restèrent posés là, contre les pectoraux du bleuté, il bouillonnait d'une rage encore immense. Était-ce sa faute si ces hommes étaient venus jusqu'à lui? Était-ce sa faute si le clan avait été trahit et si ces Quincy étaient maintenant en possession de toutes ces informations? Il ouvrit soudain les yeux et un flot d'air s'engouffra dans sa gorge, gonflant ses poumons si rapidement qu'il manqua s'en étouffer. Il toussota, s'écartant de son amant pour chercher son regard.
_Tu les as appelés? Tes chefs, ceux qui sont au-dessus d'Aizen, tu leur as dit?
Grimmjow ne voulait sans doute pas lui répondre, mais il le fit malgré lui d'un coup de tête. Ichigo savait bien qu'ils devaient les mettre au courant que ce clan leur cherchait des noises, il était logique qu'il les ait contactés.
_Ils croient que c'est moi, c'est ça? Ils pensent que c'est moi.
Le bleuté détourna le regard et prit une inspiration profonde par le nez. Ce n'était qu'à peine une question, il connaissait la réponse. Grimmjow avait-il seulement cherché à le défendre? Et pourquoi n'avait-il pu se défendre lui-même? Ces hommes ne voulaient-ils pas le rencontrer? Ichigo comprit que la donne avait changé, que ces Quincy venus le trouver avaient semé le trouble, non seulement chez Grimmjow mais jusqu'à la tête du Yamaguchi-Gumi.
_Ils croient que je leur ai parlé de nous, du clan et peut-être d'autres choses aussi, reprit-il, scindant le visage face à lui. Ils croient que je leur ai dit tout ce que je sais sur tes affaires, leurs affaires, le cartel et tout ça.
Les informations que les Quincy possédaient ne pouvaient venir que d'une personne qui faisait partie du Yamaguchi-Gumi, ou qui en était proche. Et lui qui n'avait pas la confiance des dirigeants, lui qui était auprès de Grimmjow contre leurs avis, était le coupable idéal. Il comprenait à présent, ils le prenaient pour un vendeur d'informations, un comploteur. Il se fichait de ce que le clan pouvait penser, mais pas de ce que pensait Grimmjow.
_Tu crois que c'est moi aussi? Demanda-t-il, timidement, apeuré par sa réponse.
_Bien sûr qu'non, répondit-il dans un souffle en dodelinant la tête.
_Tu leur as dit?
Grimmjow poussa un soupir, tentant d'adopter un ton moins formel, une voix moins rauque. Ichigo sentit bien son ton s'adoucir et sa voix se baisser, comme s'il ne voulait pas le blesser ou rendre ses paroles moins violentes. Mais ses mots lui firent l'effet d'un trou dans la poitrine, comme si on lui arrachait le cœur.
_Mon avis vaut plus grand chose, depuis qu'j'les ai défiés, depuis qu'Aizen les a défiés pour qu'on soit ensemble. Ils veulent qu'tu partes. Sur l'champ. Ou ils viendront t'tuer eux-mêmes.
Une de ses mains se posa sur l'épaule d'Ichigo mais le jeune homme n'avait plus envie de l'entendre. Il bougea sur ses pieds, mal à l'aise, sentant les larmes lui monter aux yeux. Il savait ce qu'il devait faire, plus personne ne pourrait le protéger à présent. Ses yeux ambrés ne purent s'empêcher de scruter son visage qui s'était adoucit. Il y chercha un peu de réconfort, une assurance peut-être mais il n'y trouva que de la pitié et de la soumission. Malgré tout ce qu'il pensait, malgré son amour pour lui, Grimmjow ne pouvait plus le défendre devant les accusations de ses dirigeants. Ces Quincy venus le trouver avaient été la goutte d'eau faisant déborder le vase et le bleuté ne pouvait plus rien pour lui.
Choqué et perdu, l'orangé chercha quoi faire quelques instants. Il recula d'un pas, sentant son corps tanguer et ses jambes trembler sous son poids. La main qui avait réchauffé son épaule glissa lentement pour ne laisser qu'un froid glacial. Grimmjow l'avait déjà accepté, il avait déjà compris qu'ils devaient être séparés. Il s'y préparait depuis quelques heures, Ichigo l'avait su. Il aurait dû rompre avec lui ce soir, plutôt que de laisser ce prétexte des Quincy le rendre coupable aux yeux de l'Oyabun et de ses chefs. Il lui en voulait, mais en même temps, il était plein de gratitude envers lui.
Seulement, l'homme qui se trouvait devant lui était un étranger. Ce n'était pas le Grimmjow qu'il connaissait, et qui s'était battu contre Aizen pour lui, qui avait tout fait pour que ses dirigeants reconnaissent sa valeur. Peut-être était-il fatigué d'essayer, peut-être s'avouait-il enfin vaincu, et les laissait-il gagner. Ichigo ne le savait pas. Mais il était certain qu'il avait perdu le soutien de son amant. D'ailleurs, cet homme ne l'était plus. Leur lien venait de se briser bruyamment au milieu de la chambre qui avait si souvent accueilli leurs ébats amoureux, où il avait passé tant de bons moments.
Il sentit comme un déchirement en lui, une grande douleur le tiraillant de part en part, comme si on tentait de lui arracher une partie de lui-même. Il tenta de résister à la douleur immense qu'elle lui procurait, mais rien n'y faisait. Sa respiration s'était faite plus rapide, sous sa colère, son incompréhension et sa tristesse. Quand il bougea ce fut en se remémorant les derniers mots de Grimmjow : "ils viendront te tuer eux-mêmes". Il comprit enfin le sens de ces mots et recula d'un pas mal assuré, puis d'un second. Les yeux turquoise l'observaient avec une certaine langueur, comme s'il n'attendait qu'une chose : qu'il ne s'en aille.
Ichigo ne se fit pas prier. Il ne laissa pas plus longtemps cette douleur tiraillante l'immobiliser. Il fit volte-face avec une rapidité surprenante et quitta les lieux. Il avala les mètres le séparant de la pièce à vivre, et de la porte d'entrée. Il sauta dans ses chaussures, et sans même prendre ses affaires, sans même un regard en arrière, il s'enfuit. Devant l'entrée dans le couloir, Di-Roy et Hallibel l'observèrent détaler sans un mot.
Il sortit de l'immeuble et courut le plus vite et le plus loin possible qu'il put. Encore et encore, il lança ses jambes à toute vitesse, ses pas résonnant sur le bitume, ses halètements sonores étouffants les sanglots qui montaient dans sa gorge. Il ne se retourna jamais, traversant les rues les unes après les autres, les avenues, les parcs et les places. Sans regarder où il allait, sans penser à ce qu'il faisait, il courait. Il ne sentait plus son souffle dans sa gorge, ni son cœur qui battait pourtant à tout rompre dans sa poitrine. Il avait comme l'impression d'avoir laissé son cœur dans ce loft qu'il avait considéré si longtemps comme sa nouvelle demeure. Grimmjow le lui avait arraché si sauvagement qu'il pouvait presque distinguer le goût du sang sur sa langue.
Il ne sentait plus ses jambes, alourdies par sa course folle, ni sa tête qui tournait affreusement. Il s'arrêta enfin dans une rue qui lui était inconnue, sombre et peu accueillante puis marcha jusqu'à un abribus non loin. A bout de souffle, il tenta de respirer normalement tout en inspectant le plan et en cherchant là où il se trouvait. Il était sortit du quartier de Shinjuku à priori, et se trouvait à la frontière du quartier de Nishihara, non loin de Shibuya.
Il s'assit sur le petit banc de fortune qui se trouvait là, perdu et submergé par la colère. Pendant sa course, ses larmes étaient tombées le long de ses joues mais à présent ne lui restaient plus que ses yeux rougis et sa bouche tremblante. Était-il en sécurité ici? Était-il sur le territoire du Yamaguchi-Gumi? Dans sa profonde tristesse et sa course folle, il avait tout de même fait preuve d'un semblant de lucidité. Le contrôle du clan s'arrêtait à Shibuya, ce quartier ne faisait pas partie de leur juridiction, d'après ce qu'il en savait.
A cet instant, il réalisa alors qu'il en savait plus qu'il n'aurait dû. Lors de son voyage en Thaïlande, et cela malgré lui, il avait retenu plus d'informations qu'il n'aurait dû. Le secrétaire de Grimmjow lui avait enseigné beaucoup de choses, mais il avait également laissé beaucoup d'informations dans l'ordinateur qu'il lui avait prêté. Ichigo n'avait rien cherché à retenir, mais il se rendait compte que les choses qu'il avait simplement lues ou entendues dire, revenaient vite dans sa mémoire.
Ce quartier lui était inconnu, et il se demanda s'il ne ferait pas mieux de se trouver un coin caché en attendant le jour. Il rejoindrait Rukia en prenant le train et lui demanderait de l'aide. Il n'avait emporté aucune affaire avec lui, si ce n'était son portable et il le prit en main pour constater qu'il n'avait pas reçu d'appel. Même pas de Grimmjow. Cette pensée lui serra le cœur et le ventre, et une nausée désagréable s'empara de lui. Il crut qu'il allait vomir lorsqu'il réalisa soudain où il était. Nishihara n'était pas loin du quartier de Hanegi, à l'ouest, où Shuuhei habitait. Il ignorait comment et pourquoi il pensa à lui tout à coup, mais son instinct de survie avait probablement pris le dessus.
Il savait que rester ici en pleine nuit n'était pas l'idéal pour lui. Qui savait ce que les Quincy envisageaient de faire, ou même s'ils le suivaient. Et comment pourrait-il faire confiance au Yamaguchi-Gumi alors que Grimmjow lui avait dit qu'ils chercheraient à le tuer? Il frissonna en revoyant son visage torturé et en entendant sa voix rauque résonner dans sa tête. Comment ces hommes avaient-ils pu penser qu'il avait donné des informations à un autre clan? C'était lui qui avait révélé à Grimmjow qu'ils savaient des choses. S'il avait été un espion il n'aurait certainement pas révélé ce genre de choses, comme le fait qu'ils avaient de l'avance sur le Yamaguchi-Gumi, au contraire. Comment pouvaient-ils être aussi bêtes? Pensa-t-il, en serrant les poings.
Mais ça n'avait plus d'importance à présent. Ils avaient décidé de le prendre pour coupable idéal et avaient réussi à le séparer de Grimmjow. Il ne leur pardonnerait jamais, ne cesserait de les maudire et s'il recroisait un jour le chemin d'un yakuza, il se chargerait de l'éviter soigneusement. Sa fureur toute retrouvée fut une bonne motivation pour lui faire reprendre une marche tonique. Il écumait les mètres et les rues, s'assurant qu'il n'était pas suivi, ou qu'il ne se trouvait pas en territoire yakuza. Mais il avait bien conscience de ne pas tout connaître, très loin de là. Il ne pouvait se fier qu'à lui-même, et à son instinct. Il ne s'arrêta jamais, ou seulement pour consulter un plan par-ci par-là. Il ne rencontra personne sauf quelques voitures sur les plus grandes artères.
En se retrouvant dans le quartier de Hanegi, après plus de trois quart d'heure de marche, il composa le numéro de Shuuhei. Le brun ne devait pas être rentré depuis longtemps chez lui, avec un peu de chance, il ne serait pas encore endormi. Quoique, Ichigo avait perdu la notion du temps depuis qu'il était rentré chez le bleuté et ignorait quelle heure il était. Son portable indiquait plus de quatre heures et demi du matin et il soupira en imaginant que son collègue devait être profondément endormi. Cependant, à la troisième sonnerie, la voix ensommeillée et cassée de Shuuhei lui répondit.
_Allô?
Il hésita un instant, se demandant si son amitié toute nouvelle avec lui était propice à ce genre de demandes. Mais avait-il seulement le choix?
_Désolé de te réveiller, j'ai besoin d'un service, avoua-t-il enfin.
_A cette heure? Grommela l'autre.
Ichigo leva les yeux sur l'immeuble qui s'élevait devant lui et inspira profondément :
_Je suis devant chez toi.
_Quoi?
_Désolé de te prévenir au dernier moment. Mais j'ai besoin de ton aide.
A l'autre bout du fil, il entendit Shuuhei bouger sous ses draps puis un silence s'installa. Ichigo se pinça les lèvres en observant les alentours. Il n'avait pas croisé grand monde en chemin et s'en sentait soulagé. Les rues de Tokyo avaient la réputation d'être tranquilles et sécurisées, mais il était désormais la cible du plus grand clan yakuza de la capitale, et probablement de tous ces autres clans qui voulaient atteindre le Yamaguchi-Gumi en son cœur.
Soudain, un bip bruyant le fit sursauter et il remarqua que c'était le signe que la porte d'entrée de l'immeuble lui était ouverte. Shuuhei n'avait rien dit à l'autre bout du fil, mais Ichigo n'avait pas besoin de lui demander pour savoir que c'était lui.
_Merci, souffla-t-il.
_Cinquième étage, annonça-t-il avant de raccrocher.
Il n'était venu qu'une seule fois chez Shuuhei, s'il se rappelait bien, et n'en avait pas gardé un souvenir impérissable. L'immeuble était en piteux état et glacial. Mais il grimpa dans le petit ascenseur grinçant et arriva à l'étage de son collègue où une porte était entrouverte. Shuuhei l'attendait là, un jogging sur les hanches et un sweat-shirt enfilés probablement à la va-vite. Le rouquin s'engouffra dans son appartement et se remémora qu'il n'était pas très grand. Un salon avec une petite cuisine ouverte étaient éclairés par une lumière vive en provenance du plafonnier, et il distingua la porte menant à la chambre sur la gauche.
_Qu'est-ce qui t'arrive? Lui demanda Hisagi en se frottant les yeux. Je suis étonné que tu te souviennes où j'habite.
_Moi aussi, admit-il en baissant les yeux, mais ça m'est revenu d'un coup. J'étais pas loin du quartier alors... j'ai pensé à toi.
_En pleine nuit? Je suis flatté Ichigo, mais je pense que t'es pas là par plaisir ou par choix.
Ichigo secoua la tête pour lui montrer qu'il avait raison. Que pouvait-il lui dire? Jusqu'où pouvait-il lui parler de sa dispute avec Grimmjow, du clan, des Quincy? Il n'était pas sans savoir que Shuuhei lui aussi avait une relation avec un yakuza, et qu'il savait qu'il fréquentait Grimmjow. Ils étaient devenus plus proches depuis quelques temps, et il remerciait tout bas qu'on lui ait permis d'avoir Hisagi ce soir. Il n'aurait pu aller nulle part d'autre. L'appartement de Rukia était trop loin, il était en froid avec Renji et il ignorait où habitaient ses autres collègues. Il y avait bien ses autres amis, mais comment leur expliquer sa situation à cette heure de la nuit? Non, Shuuhei était la solution la plus sûre.
_J'ai des problèmes, avoua-t-il enfin, je veux dire... je ne sais pas ce que je peux dire ou pas.
Shuuhei soupira longuement et lui proposa un verre d'eau. Il remarqua bien qu'il était encore habillé comme la dernière fois qu'il l'avait vu, à la sortie du club, qu'il n'avait rien avec lui à part son portable. Ses yeux noirs semblaient déceler la vérité, même la plus profonde et Ichigo ne pouvait se soustraire à leur pouvoir.
_Il s'est passé quelque chose avec Grimmjow? Tenta-t-il, alors que l'orangé restait silencieux.
Ichigo acquiesça sans le regarder et but d'une traite le verre d'eau, puis le remercia. Shuuhei resta accoudé au plan de travail de sa petite cuisine mais ne fit aucun commentaire. Kurosaki ne savait pas s'il voulait plus d'informations, mais il n'avait pas vraiment envie de lui en parler. Il voulait juste pouvoir trouver un peu de repos ce soir, il se sentait tout à coup épuisé. Peut-être aurait-il la force de parler le lendemain?
Shuuhei ne lui posa pas plus de questions, ayant probablement senti que ce n'était pas le moment, et lui proposa de dormir sur son modeste canapé. Ichigo le remercia et l'aida à extraire une couverture d'un placard dans l'entrée. Ils étaient tous deux occupés à parfaire son couchage de fortune, quand la porte de la chambre grinça et qu'une voix s'éleva :
_Qu'est-ce que tu fous, Shuuhei?
Ichigo se retourna rapidement, surpris, pour observer l'homme qui se trouvait sur le pas de la porte. Une carrure massive se dessina progressivement tandis que l'homme sortait de la chambre, seulement vêtu d'un long caleçon. Il passa une main dans ses cheveux argentés et fronça ses sourcils en reconnaissant Ichigo.
_Retourne te coucher, lui lança Hisagi avec un geste de la main. C'est juste Ichigo, il va passer la nuit ici.
_Je suis désolé de vous déranger, déblatéra soudain le rouquin. Je ne savais pas...
Muguruma Kensei haussa les épaules comme s'il s'en moquait puis tourna les talons en retournant dans la chambre. Il lui souhaita tout de même une bonne nuit et referma la porte de la chambre derrière lui. Shuuhei ne fit aucun commentaire, et Ichigo savait qu'il n'en avait pas besoin. Il remercia encore une fois son collègue qui lui souhaita une bonne nuit avant d'éteindre la lumière et de le laisser seul. Il avait conscience qu'il tombait probablement mal, et la honte s'empara de lui. Shuuhei avait ses propres problèmes lui aussi, sa propre relation à mener à bien, et maintenant qu'il savait que Muguruma se trouvait ici, il s'en voulait de perturber l'intimité des deux amants.
Ichigo se glissa sous la couverture généreusement prêtée et resta allongé là, ses yeux braqués au plafond d'un air absent. Quelques minutes plus tôt il était encore heureux avec celui qu'il aimait. Maintenant il était là, en vadrouille en pleine nuit, en fuite chez son collègue, et seul. Grimmjow l'avait abandonné, et c'était bien là le pathétique résultat de leur relation. Il sentit son cœur se serrer à cette pensée et ferma les yeux en refoulant les larmes qui s'y aggloméraient.
