Disclaimer : le monde de Harry Potter est à J.K.R. ; Alistair est à moi.

Rating : T

Personnages : le Trio d'Or, Albus, Severus, Minerva, OC

Correctrice : Fantomette34


Voyage dans les Enfers pour Severus et Circé. Du grand n'importe quoi ! Et le retour d'une Créature aperçue dans Fais de beaux rêves. (Pour Lilou !)

Bonne lecture !


Se détacher de ses ombres - Dernier arrêt, le Styx !

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La lueur d'une torche vit le retour de Severus à la conscience, enfin... à un taux minimum de perception qui se limitait à la vision de la grotte très étroite où il gisait, de la petite Circé évanouie, de ses propres robes couvertes de terre et d'une voie ferrée.

Pardon ?!

Non, il ne rêvait pas ! A quelques pas de la future Magicienne et du Sorcier se trouvait une voie ferrée.

"Hmm..."

La fillette reprenait lentement connaissance. Rassuré, le Potionniste se leva, s'étonnant de ne pas avoir mal. Leur chute avait été brutale, et la terre les avait engloutis ensuite à la manière des sables mouvants. Ils auraient dû mourir étouffés, or ils étaient vivants. Par quel miracle ?

Il se doutait que cela avait à voir avec les Dieux, encore une fois, que leur présence à tous les deux en ces lieux n'était pas fortuite.

Ils auraient pu venir nous chercher gentiment à la surface et nous éviter cette épreuve.

Oui, compte là-dessus et bois du Malvoisie ! se dit Severus pour faire local. Les Divinités ne se préoccupaient ni d'éthique, ni du bien-être de leurs pions. Seul Héphaïstos avait fait mentir ce précepte, sans doute parce que l'infirme qu'il était avait souffert lui aussi de ce manque d'égards.

"Où sommes-nous ? fit la plus jeune.

- Dans les Profondeurs. A côté d'un moyen de locomotion."

Intriguée, la fillette se mit debout à son tour et le duo vint près des rails, après avoir pris la torche avec eux : la voie ferrée si semblable à celle de Gringotts semblait en bon état, même si quelque chose qu'on ne saurait qualifier de végétal poussait au milieu des traverses et qu'une couche de poussière en plusieurs states recouvrait le tout.

"Il y a quelque chose de gravé, là !"

Rapprochant la torche, Severus enleva le lichen qui cachait en partie le message aperçu par Circé

et sa lecture le laissa sans voix :

Chers vivants (et futurs clients),

bienvenue dans la station crétoise du Trans Érèbe Express.

Le Train est sur une boucle temporelle et passe tous les millénaires, mais il vous est possible de l'appeler avant en sifflant l'air "Si toi aussi tu m'abandonnes..." *

Si vous ne savez pas siffler, il y a une Cloche au-dessus de vous qui l'appellera tout aussi bien.

Veuillez préparer votre argent pour l'insérer à l'entrée du wagon. Nous acceptons les Sesterces, les Drachmes, les écus d'or et en billets, les Livres, Dollars et Euros. ATTENTION ! L'appareil ne rend pas la monnaie.

Est-il besoin de préciser que seul l'aller est possible ?

Merci de ne pas avoir eu le choix de notre Compagnie.

Dernier arrêt, le Styx !

"C'est une plaisanterie ?!"rugit le Potionniste.

Il n'eut pas le temps d'approfondir. Circé, qui avait lu en même temps que lui, s'était transformée en singe et avait sauté sur la tête du Sorcier, et de là avait empoigné la corde de la Cloche qui tinta aussitôt.

"Pourquoi...

- ... ai-je fait cela ? Nous n'avons pas d'autres options, répondit la fillette redevenue elle-même, la grotte où nous étions est bouchée à son extrémité par un éboulement. Donc..."

Il ne nous reste qu'une seule direction à prendre.

Severus ne put qu'acquiescer, sans enthousiame. Le trajet promet de ne pas être une partie de plaisir, si les wagons sont aussi petits, sommaires et remuants que ceux de Gringotts. Ces derniers m'ont toujours rendu malade.

Ses craintes n'avaient pas lieu d'être, cependant. Le bruit caratéristique d'un train, d'un vrai train se fit entendre dans l'obscur tunnel en amont et le convoi stoppa bientôt devant eux. Il n'était guère différent du Poudlard Express : même locomotive à vapeur,mêmes wagons à l'ancienne aux vitres étroites, de quoi se sentir en terrain familier.

"Qu'est-ce que c'est ? demanda Circé, ébahie.

- Une machine comme celles que crée Dédale, une sorte de charrette qui avance sans chevaux. Viens, nous allons monter !"

Le duo se présenta à l'entrée du premier wagon. Severus glissa un billet de cent euros tout froissé dans la fente prévue à cet effet et la porte s'ouvrit. Ils entrèrent.

"Assieds-toi !" fit-il à la gamine qui ne savait où donner du regard.

Le train s'ébranla dès qu'ils furent sur leur banquette et ils plongèrent dans le tunnel aval, tandis qu'une voix suave, forcément suave, débitait un discours convenu :

"... Bienvenue dans le Trans Érèbe Express. Notre vitesse est actuellement de quatre-vingts kilomètres à l'heure, ce qui ne signifie rien puisque le temps et la distance n'existent plus, ici. Le trajet jusqu'au Styx s'effectuera dans un délai équivalent à la préparation d'une bonne Moussaka. Au terminus, assurez-vous que vous n'oubliez rien dans les compartiments. Bon voyage !"

Merlin, cette annonce est aussi fumeuse que celles de Trelawney après une bouteille de Sherry ! gémit le Potionniste, j'espère que l'on arrivera sans problèmes. Déjà que ce monde souterrain est insensé, même pour le prix des billets.

Cent euros, cela faisait beaucoup.

Effet pervers du monopole, sans doute.

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o-O-o

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"Mais comment va-t-on trouver notre chemin dans Cela ?!" fit la gamine quand ils furent arrivés.

Cela, c 'était une marée humaine qui tenait l'entièreté des quais, la "gare" et ses environs, c'est-à-dire une surface dont on ne voyait pas la fin. De toute époque et toute provenance, les défunts se pressaient devant des hautes tours aux entrées multiples, des lieux dédiés où ils devaient passer selon le type - et la date - du trépas qu'ils avaient eu. On voyait par exemple sur une face Épidémie de grippe espagnole - 1918, sur une autre Guerre de cent ans - prenez un ticket, l'attente sera longue. Le Potionniste et Circé avaient sous les yeux des dizaines de milliers de personnes décédées non encore enregistrées, et il en arrivait sans cesse.

"Où allons-nous ? réitéra la gamine perchée sur les épaules de Severus.

- Pour l'instant, nous cherchons une tour sans personne devant.

- Là-bas, c'est vide !

- Parfait..."

Ils y allèrent. Au pied du bâtiment, ils purent distinguer ce qui était écrit :

"Cas spéciaux ? Pourquoi serait-ce la Tour où nous devons aller ?

- Parce qu'il n'y a pas plus spécial que nous, vivants, au Royaume des Morts, et que la raison de notre venue ne peut être que spéciale, elle aussi. Raison que nous allons connaître."

De fait, la porte s'ouvrit dès qu'ils approchèrent et se referma dès qu'ils furent entrés.

Et Severus fut projeté à terre par une Créature des Enfers qu'il eut tout juste le temps de reconnaître.

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"OUAH ! OUAH ! OUAH !

- Ohhh, Massacre... par les chatons du Crapaud rose, arrête d'aboyer, tu me donnes la migraine !"

Massacre, le Chien des Enfers, compagnon attitré d'Elspeth, la fille adoptive de Severus brida sa fougue et se tut, mais ne resta pas inactif pour autant. Il se mit à mordiller les robes du Potionniste et bientôt celles-ci furent couvertes d'un élément mousseux plus proche de l'acide que de la bave de toutou. Tenant à ses habits, Severus poussa le Chien, se leva prestement et fit disparaître la substance d'un Evanesco. Juste à temps. Le tissu commençait à fumer.

"Décidément, entre toi et Flûtiau..."

Massacre gémit. Il savait qu'il avait fait une bêtise, que le père Sorcier de sa Maîtresse n'appréciait pas ces enfantillages, surtout quand ses fluides attaquaient la peau fragile des humains. Il se souvenait de ce qui était arrivé à ses frères assaillant les trois élèves de Severus dans son école et mordant la jeune fille à la main. Elle avait été empoisonnée et Arès lui-même, le Dieu de la Guerre, avait dû affronter la meute infernale et la renvoyer au néant. **

Sans espoir de retour dans le monde réel.

Et Massacre n'était pas prêt à connaître le même sort.

"Enfin, vous êtes là !" fit une voix qui brisa l'affrontement des regards entre le Chien et le Sorcier.

Severus se tourna, peu étonné de l'identité du nouveau venu.

"Salut à vous, Seigneur Charon.

- Houlà, pas de Seigneur qui tienne ! répondit le nocher des Enfers, j'suis pas un Dieu de la haute, moi ! Juste un employé d'Hadès."

Le batelier infernal n'était peut-être pas très haut dans la hiérarchie mais sa laideur et ses sourcils perpétuellement froncés lui donnait un air peu commode qui lui était bien utile. Il était chargé de convoyer sur son bateau les âmes qui pouvaient payer le passage sur le fleuve Styx. Pas de sous, pas de passage ! Il était inflexible là-dessus.

"J'vous ai fait venir parce que j'ai un problème, reprit-il, y'a l'âme de quelqu'un qui vous appartenait que je ne peux caser nulle part, rapport au fait que son corps a été détruit et que les rites funéraires n'ont pas été faits selon la tradition. Donc, si vous pouviez faire quelque chose...

- Mais nous ne connaissons pas le cérémonial !

- Ecoutez, allez-le voir ! Il se trouve dans la partie de l'Erèbe la plus éloignée du Styx, réfléchissez ensemble au problème, trouvez une solution."

Trouver une solution ? Le Maître des Potions n'était guère optimiste. Les règles du Royaume des Morts n'était pas sa partie, que pourrait-il bien faire ?

"Il est seul dans cet espace ? demanda-t-il quand ils furent au dehors.

- Non, il y a une autre âme. Mais vous ne vous tromperez pas !" le rassura Charon.

Severus n'était pas rassuré du tout, et ce qu'il vit en avançant dans l'aire vide ne fit que confirmer son mauvais pressentiment.

Des robes noires comme les siennes,

un air méchant persistant,

devant lui se tenait le Dark Lord,

Voldemort.

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"Tiens tiens, Severus..."

La voix était toujours aussi empreinte de malveillance mais il ne pouvait injecter son venin : la mort l'en avait dépouillé en même temps que de ses chairs. Plus de Magie de Sorcier, obligé de se soumettre aux cent ans d'attente avant d'être jugé, il n'était plus qu'une ombre, dans tous les sens du terme.

Non, j'hallucine... je cauchemarde... c'est de lui dont je dois m'occuper ?

Le Potionniste frissonna. La présence de Voldemort pesait sur son esprit. Heureusement qu'il n'était pas seul, que Massacre et Circé l'avaient accompagné. Sans cela, il aurait disjoncté.

"Que viens-tu faire ici, Severus ?

- Vous aider.

- Comment ?

- Je... je ne sais pas. Je dois faire quelque chose qui vous libèrera de l'attente."

L'ombre du Mage noir s'avança vers lui.

"Tu sais ce qui me ferait très plaisir ? susurra-t-il, que tu te débrouilles pour me faire passer aux Champs-Elysées, ce Paradis des âmes vertueuses. Ici, je m'ennuie, il n'y a personne à torturer, tandis que là-bas..."

Voldemort exultait par avance, quand le Potionniste restait interdit. Le Lord Noir n'avait-il rien compris ? Il n'avait plus de pouvoirs, et il n'était pas question qu'il aille au Paradis !

Alors Severus eut l'idée.

"Massacre ?

- Ouah !

- File à la porte que garde Tisiphone, l'une des Déesses de la Destinée, et demande-lui le passage."

Massacre avala sa salive (acide) de travers. Le Sorcier avait-il toute sa raison ? Savait-il quel royaume la Parque gardait ?

Oui, à voir le sourire carnassier qu'il lui réserva.

Le Chien des Enfers fila plus vite qu'un cyclone et accomplit sa mission. De retour...

"Voilà ! Suivez Massacre, il vous conduira vers le passage qui vous donnera ce que vous méritez.

- A moi les Champs-Elysées !

- C'est ça, et bonjour à Michel Drucker !

- Où l'avez-vous envoyé ?

- La trappe que garde Tisiphone est le passage vers la prison du Tartare, le lieu où les pires criminels de la terre sont punis. Il va tomber de haut, au sens propre comme au sens figuré.

Severus respira lentement. Il n'aurait jamais cru obtenir un jour une vengeance personnelle contre ce fou. Mais il restait frustré. Lily ne reviendrait pas pour autant parmi les vivants, pas plus que...

Quelqu'un qui m'appartenait, avait dit Charon.

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Oh . Mer . lin !

Comment avait-il pu l'oublier ?

Abandonnant ses compagnons, le Potionniste courut le long de l'aire éloignée, à la recherche de l'autre âme, celle qu'il devait rencontrer. Il finit par la trouver aux limites d'Erèbe.

Agenouillé, aussi discret dans la mort qu'il ne l'avait été dans la vie, un regard qui s'anima brièvement en le voyant.

"Professeur, murmura-t-il.

- Neville."

...


* L'air "Si toi aussi tu m'abandonnes" fait partie de la musique du film Le Train sifflera trois fois.

** Voir le Miroir de la Vérité.