Et voilà, Carnets de guerre, c'est fini... J'ai attaqué l'écriture de cette fic il y a un an et demi, je n'ai mis que quelques mois à la finir mais bien plus de temps à la partager. J'espère que vous avez pris autant de plaisir à la lire que moi à l'écrire. Merci à vous tous qui m'avez lue et suivie avec régularité, qui m'avez laissé d'adorables reviews. Merci encore d'avoir partagé ça avec moi.
Disclaimer : L'univers HP appartient à JKR.
Chapitre 26 : Épilogue
I would have chosen you... If only you had asked.
(Baelfire à son père, Once Upon a Time, Saison 3.)
Les parents d'Emily, comme la majorité des gens ordinaires, n'avaient pas vocation à risquer leur vie pour abriter deux jeunes un peu perdus et possiblement poursuivis par des Mangemorts. Aussi fallut-il toute la gentillesse, le génie et la persuasion d'Alcide pour négocier à peine quelques jours dans le petit pavillon de la banlieue de Londres.
- Parfaitement banal, complètement parfait, avait commenté Erwan lorsqu'Emily lui avait décrit l'endroit.
Il suffisait de prolonger le petit week-end déjà prévu. Les vacances de Noël leur laissait le temps de trouver une solution, avant qu'Emily ne reprenne son travail normal à Poudlard. De toute façon, deux semaines c'était déjà bien trop pour tout le monde : pour les parents d'Emily, qui se faisaient vieux et n'avaient plus l'habitude d'accueillir autant de monde chez eux, surtout leur fille qu'ils n'avaient plus vue depuis quatre ans ; pour Alcide, qui soignait Erwan, passait désormais à faire des recherches sur le cerveau et le nerf optique, et se plaignait que son patient était bien impatient ; pour Pernelle, qui était venue un peu par hasard et par provocation et n'avait absolument pas prévu une telle situation ; pour Emily, qui voyait ressurgir tous les fantômes de son passé et n'arrivait plus du tout à gérer la situation ; et plus que tout peut-être pour Erwan, qui se faisait lire tous les jours les journaux autres que la Gazette, et qui rageait. Qui rageait de voir qu'à l'extérieur, les combats continuaient sans lui, que les Mangemorts gagnaient toujours plus de terrain et qu'il ne pouvait même pas agir pour essayer de changer les choses. Lui qui savait qu'une minuscule goutte dans un océan pouvait déplacer des vagues entières... Il aurait voulu être cette goutte, il aurait voulu être présent jusqu'au bout. Profondément idéaliste, il refusait de croire que la guerre pouvait se terminer par la victoire d'un mage noir.
Le seul avantage pendant ces sombres journées fut un net rapprochement entre Erwan et Emily, eux qui n'avaient pas arrêté de se disputer depuis de nombreux mois maintenant. "On dirait presque un couple normal !" riait Alcide en les voyant.
D'un commun accord, ils décidèrent de ne faire qu'un petit repas pour Noël ; personne n'était vraiment d'humeur pour de grandes festivités de toute façon. Cependant, Emily reçut des cartes de vœux de McGonagall, Flitwick et même Hermione, ce qui illumina un peu sa journée du vingt-cinq décembre. Quant à Rogue, il ne pouvait évidemment pas faire comme tout le monde, et il lui envoya un hibou le lendemain.
Mademoiselle Swan,
J'espère que malgré les circonstances votre soirée de Noël n'aura pas été trop catastrophique. De mon côté, je suis allé me coucher assez tôt (mais retenez vos regards de pitié, de toute façon je n'ai jamais trop aimé Noël).
Il est fort probable qu'à la rentrée de janvier, on se croise beaucoup moins souvent qu'avant, car je risque d'être assez débordé. Certains projets dont je ne peux rien vous dire occupent actuellement toutes mes journées. Ne vous étonnez donc pas de ne pas me trouver à mon bureau ; cependant, Minerva sera ravie de vous aider en cas d'urgence. Surtout, ne vous fiez à personne d'autre qu'à vos amis proches.
J'oserai également vous demander de ne pas me juger. Il est toujours fort imprudent de juger une situation ou une personne dont on ignore presque tout ; cet avertissement peut vous sembler hors de propos maintenant mais sachez vous en souvenir au moment voulu.
Avec tous mes souhaits pour l'année 1997 un peu en avance,
Severus Rogue.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Erwan.
- Une carte de vœux arrivée un peu en retard, répondit Emily d'un ton qui se voulait détaché.
Ne pas le juger... Ne pas le juger... Qu'est-ce qu'il entendait par là ?
Cinq jours plus tard, elle revenait à Poudlard et ne recroisait pas Severus Rogue. Pernelle retourna en Suède, Alcide à Sainte-Mangouste. Erwan resta chez les parents d'Emily, dans l'attente d'une meilleure solution.
1997 s'étira, brumeuse et étrangement plus calme que prévue.
En juin 1997, Rogue tuait le grand Albus Dumbledore et Emily le maudissait, oubliant soudainement tous les avertissements qu'il avait pu lui donner.
Erwan resta en tout et pour tout un an et demi chez les parents d'Emily ; contre toute attente, il développa une réelle relation de confiance, quasiment filiale, avec eux. Il cultivait leur jardin, les aidait au quotidien, et devint un pilier de leur vie. Il vendit l'immense propriété qu'il avait héritée de ses parents, sans vouloir aborder le sujet avec personne. Emily revint le voir pendant les vacances scolaires, mais contrairement à lui, elle ne réussit jamais à avoir une réelle discussion avec ses parents, pas plus qu'elle ne reparla à Pernelle.
Alcide devint un spécialiste des maladies de l'œil éminemment reconnu chez les sorciers, mais son seul et immense échec restait Erwan, pour qui aucune solution ne semblait se profiler à l'horizon ; Emily lui en voulait bêtement un peu.
En mai 1998, Lord Voldemort tombait. Emily avait fui Poudlard depuis bien longtemps pour se mettre à l'abri, et pour Erwan, le jour tant attendu de la chute du lord noir fut une journée ordinaire parmi les gens ordinaires. Severus Rogue mourut dans des circonstances étranges et inconnues du commun des mortels, et Emily le détesta pendant bien longtemps avant qu'Hermione Granger ne lui apprenne la vérité à son sujet. "Vous manquez tellement de... subtilité, mademoiselle Swan !" se serait exclamé Rogue de son ton cynique s'il avait encore été vivant.
oOo
30 août 1999.
- Tu retournes à Poudlard ?
Erwan est assis sur le perron du petit pavillon de banlieue de mes parents. Il a lâché cette phrase à l'improviste. Et son ton est un peu trop triste à mon goût. Je marche à petits pas nerveux non loin de lui ; il ne peut pas me voir, mais cela ne le perturbe plus. Il ne me cherche même plus machinalement des yeux, son regard reste toujours fixe. Il a pris l'habitude, il sait exactement où je suis grâce à mille petits détails qui m'échappent. L'ouïe l'aide beaucoup, et je suppose que je dois faire craquer des feuilles mortes sous mes chaussures.
- Oui. On est en train de tout reconstruire, tu sais. Il est temps de faire autre chose que détruire.
Je sais que le mot "détruire" lui déplaît, parce que ce n'est pas l'opinion qu'il a de ce qu'il a fait quand il était à la guerre. Pourtant je l'utilise ce mot, parce que c'est mon opinion à moi. Je comprends ce qu'Alcide disait quand il m'avait confié que selon lui, Erwan et moi avions des conceptions fondamentalement différentes de la vie.
- C'est bien. Il faut que les petits sorciers aient une école digne de ce nom. Ils ont de la chance d'avoir une professeur comme toi.
Je le remercie, un peu gênée. Nous restons silencieux. Je songe qu'il y a presque trois ans qu'Erwan entrait à la Tête de Sanglier et changeait ma vie pour toujours, et je le lui dis. Il sourit, il me dit qu'il m'aime à la folie. À la folie, parce qu'il est comme ça, il n'a jamais fait dans la demie mesure.
- Moi aussi je t'aime, je lui dis.
Je sais qu'il est nostalgique de ce temps où il se battait. Certes, notre sécurité était incertaine à ce moment-là. Tout n'était pas rose. Mais au moins il se sentait profondément vivant, et maintenant ce n'est plus le cas. Il évolue comme un zombie dans le petit appartement qu'il a pu s'acheter après la guerre. Il cuisine, il rend visite à mes parents et il apprend le braille, mais ce n'est pas assez pour remplir ses journées. Il passe des heures à rêver ou à écrire, et se sent toujours désœuvré.
Je le regarde, pâle et maigre. Il a perdu dix kilos depuis deux ans, et même sa voix est devenue plus faible qu'avant, teintée de regrets. Même ses yeux si bleus et brillants paraissent éteints, et pas seulement parce qu'ils sont incapables de voir le monde. Et je sais qu'il m'échappe toujours un peu plus, comme de l'eau qu'on essayerait de retenir entre ses doigts. Je peux être avec lui, lui faire l'amour et parler des heures avec lui, venir le voir pendant les vacances et lui envoyer des lettres plus longues que mon bras. Mais ça ne sera jamais assez.
Le 15 décembre 1996, il aurait été plus miséricordieux qu'il meure tout comme ses amis. Il n'a pas seulement perdu la vue dans l'Allée des Embrumes ; il y a aussi laissé une partie de son âme, une partie de sa fierté, une partie de sa raison de vivre. Mais j'y crois encore, parce qu'un jour Hermione m'a dit que Severus Rogue et elle avaient toujours cru à l'amour éternel.
