Voici le dernier chapitre du tome 2, qui ne mérite pas, en mon sens, un épilogue : il se suffit à lui-même. Une conclusion belle mais à l'image de l'histoire : sombre et mélancolique.

Des petites suggestions de musique pour accompagner ce chapitre. Je recommanderais chaudement Dark Sanctuary dont Dies Mortis et Funérailles (la douceur de ces airs sont très à-propos ici) et je reprends ici, qu'on me pardonne, le titre de la première chanson pour ce chapitre.
La chanson qui m'a inspirée cette scène est d'Igorrr, Ieud dont le clip est visionnable sur Youtube. Cette chanson que j'ai écouté un millier de fois en imaginant très bien la deuxième partie du chapitre, donc merci aux groupes, aux artistes de créer de si belles choses qui font que l'on se nourrit les uns les autres afin de créer des univers et rendre le Monde plus beau.
Ieud est une chanson multi-genre métal, lyrique, opéra et électro.

Merci à tous ceux qui ont suivi, lu, aimé et commenté mes deux tomes, j'espère que vous avez passé un bon moment à travers ces lignes, qu'elles ont pu permettre, peut-être, un souffle créatif en vos cœurs. Vos commentaires et vos encouragements m'ont fait un bien immense.


Chapitre 24 : Dies Mortis


Elle contemplait la dague tout en la tournant de ses frêles mains.
La conception de l'arme, la courbure de ses lignes, son précieux alliage, jusqu'aux gravures de l'écriture disparue d'une autre humanité étaient en tout point semblable à l'épée faramineuse de Draughar, excepté qu'ici, de taille moindre, il s'agissait d'un poignard. Mais sa petitesse ne laissait aucun doute dans le cœur de la prêtresse quant à sa force et à sa capacité de ne pas la faillir dans son dernier projet.

Comme pour s'assurer une ultime fois de son potentiel, elle posa la pointe argentée sur son doigt et fit tournoyer le manche. Le doigt s'ouvrit dans une fissure de sang, un flot se déversa et elle sentit la magie fuir d'elle par cette étroite ornière, d'apparence si anodine. Mais déjà la blessure guérissait et sa force se reput d'elle-même, la magie sillonnante de ses veines exigeant l'Ultem et l'Ultem complétant sa magie. Une puissance à peine nommable.

Elle était parvenue à le mystifier, utilisant ruse et sentiment afin de l'éloigner d'elle. Elle soupira d'inéluctabilité et concentra son attention sur lui afin de boiser sa bulle de mensonge de ronces infranchissables. Bulle qu'elle avait scellé d'un baiser, la poudre de ses lèvres sur les siennes. Il était piégé, ne pouvait plus la tracer le temps de sa vie.

Il ne s'en était aperçu, mère de Prudence, Azèle avait été doublement précautionneuse et ne s'était vue utiliser la duperie qu'une unique fois, afin de préparer son départ.

Le sort la tint à lui dans un fil de laine plus vibrant que tout lien qu'elle avait créé jusqu'alors. Elle jeta un dernier regard à sa nouvelle demeure qui entravait son corps d'une relative indemnité et fixa étrangement la sphère que lui avait remis Draughar, l'homme au regard couleur de cendre. Ses paupières se scellèrent de soupirs inexprimables avant d'effectuer un transplanage plus léger que le grammage des nuages.

Le mausolée de glace jetait sur son visage une lumière évanescente, de cristal, plus précieuse encore que tous les diamants de ce monde. Elle flanqua le givre de ses émeraudes luisants, magnifiés par le lieu de flocons entouré d'un ensorcellement suprême. Le sien. Elle n'avait que peu de temps avant que le sort ne cessât de se nourrir de son énergie et le danger était bien trop grand que son amant ne s'aperçût du simulacre de ses sensations.

Elle avait revêtu une robe blanche de lin, simple et légère, à l'encolure généreuse, aux manches tombantes à même le parterre miroir de neige. Elle n'avait pas mis de khôl à ses yeux, ses cheveux n'avaient pas été brossée, et ses pieds foulaient le verglas de leur derme nu.

Le suicide, mourir, l'abandon absolu.

La solution s'était imposée en elle lors de la bataille de Poudlard. Elle allait mourir, oui. Son souhait se réaliserait enfin et Draughar, à son insu, lui avait donné l'arme, intermédiaire funeste qui lui ouvrirait la porte d'un autre monde. Draughar... homme de pierre qui s'était révélé le plus optimiste des deux, celui dont le cœur rougeoyant, incinérait passion et fureur de vivre inlassablement, alors que le sien n'était plus que soude.

Elle n'avait jamais été prête pour cette vie, non encline à fouler terres et mers de sa damnation. Quelle ineptie ! Pourquoi vivre avec ce fardeau si à la naissance, la vie n'avait pas été une alliée clémente ? Pas d'amour, que du rejet. Comment vouloir exister du supplice de la malédiction du pouvoir originel, alors que, même sans sa présence, l'envie d'être de ce monde n'est pas ?

Elle n'avait eu de cesse de prendre des risques dans sa vie de sorcière, la condamnant à l'image d'une jeune fille dangereuse et inconsciente. Mais dès le commencement, cela n'avait été qu'une volonté de disparaître. Combien de fois avait-elle espéré en secret se faire tuer tout en livrant sa rage la plus inavouable ? La rage d'une prison de chair qu'elle n'avait jamais quémandé, la rage de dons monumentaux qui lui avaient été offert par des personnes ne sachant rien d'elle. Où avait-il été écrit qu'elle fût disposée à supporter les affres d'un grand pouvoir ? Non, elle n'était pas chêne millénaire et la branche sur laquelle elle reposait s'était brisée sous le poids de son histoire.

Elle considéra le lit creusé à même la glace, son tombeau de givre et de fleurs de neige. Il fallait bien la morsure du gel pour apaiser son cœur martyrisé de mille feux. Elle lévita doucement, s'engouffrant avec délicatesse et sérénité dans l'antre de la roche translucide. Elle s'allongea, reposa sa baguette entre ses seins, une main serrant sa petite gomme.

D'un geste élégant, elle fit voler la dague au-dessus de sa tombe et regarda, presque curieuse, l'étincelle de la pointe, promesse d'un éternel béni, se noyant dans une contemplation qui lui était propre.

Elle n'avait pas peur cependant puisque chaque seconde de sa vie avait été un tourment à peine soutenable. Si elle n'avait eu la chance de rencontrer Demether à l'âge de six ans, bien plus tôt aurait sonné l'heure de sa mort. Il l'avait maintenue en vie avec le souffle de son espérance, de sa lumière obscure, de son amour entier et inaltérable. Tel un Soleil noir, il était parvenu à réchauffer son cœur gelé d'effroi.

Pourtant, rien ne lui manquerait. Comme une aiguille ayant fait le tour du cadran de l'horloge, elle avait vécu beaucoup et plus rien de souhaitable l'attendait. Elle n'avait pas été si malchanceuse, à l'âge doré de sa vie, elle avait eu des amis, une famille. Dans son cœur brillait le merveilleux, le chant douceâtre des morceaux de bonheur qu'elle avait eu le droit de goûter mais ce chant se métamorphosait en cantilène désaccordée qui blessait son âme en mille éclats de sang.

Il n'y avait rien à regretter, elle avait rencontré sa mère et avait eu l'allégresse d'aimer deux fois. Demether, Draughar. L'amour ténébreux, l'amour brûlant. Elle goûta des yeux son poignet qu'elle caressa doucement, susurrant à peine son prénom afin qu'il ne l'entendît et des arabesques sombres d'une finesse d'un autre monde, sceau d'une orfèvrerie sanglante, apparurent, se prolongeant dans la paume de sa main, encerclant son annulaire d'épines d'une beauté ravissante. Ses lèvres esquissèrent un faible sourire.

Elle inclina la tête afin de considérer son autre poignet hissé vers les étoiles gélives. Des mots englobèrent la nuit de sa voix absente et le lien d'inviolabilité la reliant à l'être de Lune perça sa peau d'une lumière blanchâtre hiératique, la gravant telle une branche d'arbre, témoin de la violence de leur promesse. L'iris attendrie, elle suivit le tracé sacré du bout des doigts, comme n'osant toucher un amour qui n'avait pu éclore.

Elle ferma les yeux et, reposant son corps dans les étoiles du gel, ses lèvres frémirent à la récitation d'une longue incantation. Des lianes de cristal et de glace se formèrent, étreignant sa peau. Elles remplirent le caveau de transparence accompagnées de leurs tintements cristallins apaisants.

Sa magie se décupla tout d'un coup. Elle ouvrit des yeux d'un abîme intense, psalmodiant l'incantation. L'ouvrage des lianes était tel qu'elle ne voyait que brume éclairée par la blancheur des tiges. Ses poumons, cinglés de la sorte, commencèrent à manquer de souffle. Alors, elle prononça le dernier mot.

La dague en lévitation chut, transperçant la couche de lianes, glissant dans la chair tendre de la prêtresse tel un couperet avant de se planter dans la glace dans un bruit d'acier. Son souffle fut coupé pendant de longues secondes. Elle sentit la chaleur de son sang se répandre de son abdomen et ses yeux redevinrent verts : la magie s'écoula d'elle, disparaissant dans les entrailles du givre et de la terre, en milliers de filaments violets. La dague commettait son méfait, la dague rendait à la Terre sa force primaire, l'anémiant au quatre coins de sa glaise apportant vie et nature luxuriante, l'emprisonnant de sa protection de mère, afin que quiconque ne pût jamais reprendre ce qui n'aurait jamais dû être volé.

Elle reprit sa respiration, à peine, douloureuse. Son cœur battait de moins en moins, décélérant rapidement.

Les yeux clos, elle se délecta de la délivrance de son fardeau, enfin, la Libération. Son corps ne devint plus qu'une entité distante, enseveli d'un brouillard cotonneux. Et dans un subrepticement, elle rendit son dernier souffle.

Demether, à plusieurs lieux du méfait de son aimée, sondait la Terre à la recherche des deux Youtrecks restants afin de s'assurer de la sécurité de cette dernière. Mais son cœur chuta subitement, le contraignant à cesser sa marche appliquée dans une forêt demeure de séquoias géants, laissant par la même occasion leurs embruns emplirent ses poumons de leurs caprices végétales.

Elle se mourrait, l'éclat de sa lumière faiblissait dans son âme. Il la localisa : elle ne s'était pas déplacée, figée dans sa demeure de fortune investie la veille. En se préparant à l'impulsion de transplanage, il prit conscience du leurre de ses ressentis. Une boucle dissimulée au cœur de son lien d'éther avec la jeune femme avait été distillée. Il déchiqueta dans un recueillement vif l'image transposée afin d'y voir clair, de la chercher, elle qui l'avait trompée. Elle qui réalisait ses sombres projets qu'il avait vu poindre dans le siège de son essence dès la première heure.

Son cœur décélérait, de cela il était certain. Il fouilla au plus profond de lui-même, luttant contre une force invisible, se démenant contre l'ensorcellement dont il était victime et qui pour l'heure le terrassait sans ménagement. Comment avait-il pu être si ignorant de la duperie au sein même de son être ?

On dit que l'amour rend faible et Demether qui avait toujours aimé jusqu'au danger de la lisière et du gouffre de son être et dans l'entièreté de sa sombre personne, était plus que quiconque soumis à cette malheureuse vérité.

La vie fuyait et lui demeurait inutile. Son cœur éclata, la panique s'infiltra dans son sang, le feu coulant de son derme, se répandit autour de lui, immobile et silencieux. Il la trouverait dusse-t-il se consumer lui-même dans cette recherche. Dans son démènement furieux, il soulevait terre, couchait arbres et ruisseaux, aveuglé par le désespoir qui plantait son oriflamme dans son cœur.

Absorbé par une vacuité effrayante, il se figea et tout devint étrangement silencieux. On eut dit que les oiseaux retenaient leurs pépiements joyeux, que les rapaces cessèrent de voler, leurs têtes tendues vers l'être de la nuit habillé de lumière, leurs yeux, billes d'abysses, appréhendant. La forêt retint son souffle, les arbres centenaires cessèrent la coulée de leurs sèves précieuses, et même les dryades, une main sur la poitrine, attendaient, les émotions au bord du gouffre.

Demether, les yeux dansants, perdu dans la contemplation du monde, ne voyait plus ce qui l'entourait. Elle mourut et il sut aussitôt, profitant de la décrue des pouvoirs qui le maintenaient prisonnier d'une illusion plus parfaite que la vérité.

Il la vit alors, le visage serein, les yeux murés. Son âme se détachait de son cœur, et il vit le sépulcre de verre et de glace, le sang, éclaboussure impie dans un monde de pureté, enfoncé telle une lame dans le gouffre de la Terre, ainsi que la dague assassine qui avait brisé le corps jadis si puissant. L'âme, petite bulle de brume, glissait rapidement, ascensionnant déjà, comme impatiente de quitter ce macrocosme dénué désormais de tout sens.

L'affliction du vampire engendra une sourde rage, empalant son cœur d'effroi et de fièvre malade. Il éclaterait les voiles fins mais tenaces du monde s'il le fallait, détruirait même jusqu'à la mort et ses anges, à qui, il avait tourné le dos quelques millénaires auparavant. Il s'envola à son tour, plus rapide que le vent, plus foudroyant que le tonnerre, son corps en feu, engendrant dans le ciel poussière de météorite.

Aveuglé par le désespoir, il talonna son âme qui montait inlassablement, franchissait les barrières de la vie et de la mort. Il se fit cendre, il se transmuta, alchimiste parfait, déploya une énergie superbe pour ne plus être, et il parvint à franchir les confins des étoiles : le royaume des morts.

Nuages de bronze et d'or, le règne des angelots pourfendait de leurs voix mélancoliques les âmes en peine, courbées d'avoir vécu. Leurs chants mélodieux se désaccordèrent de par la présence d'une vie. Une vie somme toute déchue et altérée, mais vie tout de même. Demether n'avait cure de l'anéantissement des mondes invisibles, de l'annihilation de tout ce qui fut et sera en tout temps de par son existence dans un monde de non-vie. La fureur se lisait sur ses traits conservés et un feu glacial capturait ses yeux d'écorce.

Il la chercha, faisant fi des larmes de sang des anges à son approche, les visages étrangement fixes, figés dans une moue sainte d'affliction et de douleur. Il fit chanter le lien ténu, de plus en plus faible, plus qu'un brin la reliait à elle. Elle était là, son apparence humaine retrouvée, la mort bien trop récente pour oublier ce qu'elle fut un jour.

Au milieu de la poudre d'étoiles argentée et de la brume dorée, il l'attrapa par la main, nul ne sachant comment tel prodigue put se produire, la faisant chuter à lui, plus bas dans l'astral. De par la folie de ce contact anathème, les anges chutèrent lentement, glacés de stupeur, traînée de sainteté sur leur sillage.

Dévoré de chagrin, dans un cri, Demether l'allongea brutalement sur un nuage d'airain, la tête de la forme évanescente d'Azèle se cogna sans qu'elle n'en ressentit rien. Il s'allongea sur elle, de peur qu'à nouveau elle s'évanouît, plus légère que les filles de l'air des cieux supérieurs, bien trop élevés pour lui.

- Pourquoi as-tu commis ce geste ? Hurla-t-il et sa voix résonna comme un cri de vraie dans le ciel. Pourquoi m'as tu ourdie ce piège de la sorte et osé t'empaler de la mort ? POURQUOI ?

Il la secouait énergétiquement, cerclant de ses mains son gracile cou, la ficelant dans une étreinte qui aurait été mortelle pour tout vivant. Les yeux emplis de mort, elle le contemplait sans le regarder, le regard opalin, déjà tendu vers les astres.

- Demether, je ne te demanderais pas ce que tu fais en ces lieux, toi qui ne pourrais jamais te remettre à la mort.

Sa voix était plus douce que le murmure d'un filet de ruisseau d'hiver dans les hautes montagnes. Son timbre et ses yeux étaient plus qu'il ne pouvait supporter, traces indicibles de sa mort et de son indicible volonté d'inexistence.

Elle ne se raccrochait à rien, pas même à lui, ne le considérant nullement. Face à ce triste constat, des larmes rouges noyèrent son visage et, prisonnier d'une aliénation cruelle, il toucha son corps tel un dément, apposant ses mains vigoureuse, sur ses jambes, ses cuisses, son ventre et ses seins à la recherche d'une chaleur inexistante. Il n'avait sous son corps que son fantôme, forme éteinte de celle qui lui était tout. Il la serra davantage, un sanglot éclata dans sa gorge, se répercutant en millier de larmes dans les Cieux.

- Pourquoi ? Pleura-t-il, la voix brisée enroulée de chagrin.

Les yeux de la défunte se parèrent de la teinte de son amour pour lui, cet être obscur qui pleurait sans honte en son sein, ce colosse qui, abattu, pliait sous la cassure de son être qu'elle avait instigué par son geste infâme. Elle posa une main sur sa joue humide.

- Laisse-moi partir mon amour, tu connais mes tourments mieux que quiconque, toi qui a si souvent plongé dans mon âme. Laisse le Styx couler en dehors de moi.

Et à ses mots, elle se fit vaporeuse, inconsistante, reprenant le processus de la désintégration de sa vie humaine. Les mains ceignant de brume, il tenta de retenir la fumée qui s'en échappait. Il hurla et ce cri émietta les nuages d'or et de bronze, accéléra la chute des anges, détruisit cet ailleurs, antichambre pour d'autres Univers.

La foudre s'abattit sur lui, cruelle, comme si une force invisible avait décidé que son temps en ce lieu était révolu, lui qui ne devait un jour le rencontrer. Il chut impitoyablement, à travers les Cieux et les Mondes. Il crut entendre un cri mais déjà il était à l'orée de l'atmosphère terrestre, où reprenant sa forme solide, il laissa dans son sillage un blizzard de feu incandescent.

Au point de chute, il creusa la terre sur plusieurs kilomètres, retombant dans le berceau de la forêt silencieuse de séquoias qui avait semblé attendre sa revenue, poussant un soupir aussi long que la plus pure des brises d'été afin d'accompagner le désarroi de cet être fait d'ombre et de basalte.

La légende dit qu'il resta des nuits et des journées dans le creux de la terre, forme fœtale, hébété et choqué, incapable d'admettre telle réalité. Dans sa léthargie, il n'eut la présence d'esprit de maintenir clos la communication vampirique,. Ses semblables surent son désespoir qui s'insinuait dans leur être comme une écharde malvenue, partageant sans le souhaiter son fardeau. Mais d'aucun ne vint à sa rencontre, les êtres doués d'immortalité sachant plus qu'aucune autre créature de Gaïa que seule la transe du temps pouvait leur faire revenir leur Prince, feu dans leur obscurité opaque.

Demether, perdu dans ses entrailles, les yeux entrouverts, les larmes coulant inexorablement sur le vernis craquelé des précédentes, restait fixé sur le vide à l'intérieur de ses veines. Elle n'était plus et aucun lien ne subsistait entre eux. Elle qui avait été une présence chaude dans sa vie, il se sentait désert aride, impeuplé. Il serrait sa poitrine avec force comme pour chérir cette absence qui était la seule chose qui lui restait d'elle avec les souvenirs, irréels et aussi tranchants qu'une lame, ainsi que cette marque gravée à même sa peau, composée d'arabesques et d'épines qu'il dévisageait sans répit.

Mais au gré des jours, une colère sourdait dans son cœur, non plus envers Azèle mais envers la vie elle-même qui se transforma en haine implacable contre ceux qui l'avait menée aussi bas : ses parents, Potter, Draughar Malefoy, sa dague, et bien sûr Voldemort. La colère gagna en proportion au point que, toujours enseveli dans les tréfonds de la Terre, ses pouvoirs se libérèrent à son insu, jusqu'au jour, où en fusion, il sortit, enveloppé d'un voile noir et pourpre. Une détermination létale logeait dans ses iris et à chaque pas qu'il effectuait, le feu incandescent embrasait le paysage autour de lui.

C'est ainsi que partout où il passa, il incendia villes et villages, se promettant la destruction de la Terre puisque celle-ci n'avait jamais voulu accueillir son enfant Azèle, psalmodiant de ses lèvres séchées l'anéantissement de ses ennemis.

C'est ainsi que Demether d'Annäläm, fils de Söörä d'Annäläm, perdit la raison et sema le chaos et recouvrit la Terre de son manteau de sang.