Riku et Hayate se retrouvent seul à seule dans la forêt...
Vont-ils arriver à se supporter?

Marchant en silence depuis probablement des heures, Riku commençait à s'impatienter. Il regrettait amèrement l'absence des ses autres compagnons, Sora en particulier. Son ami savait toujours remplir le silence de paroles insensées et inutiles – ce qui énervait parfois Riku mais, à présent, il se rendait compte des bienfaits d'une conversation insipide servant à défier les moments de silences pensant. Se faisant la réflexion qu'il devrait apprendre à communiquer tôt ou tard, et que leur situation – aussi infortunée soit-elle – était une occasion rêvée pour forcer une conversation nécessaire, Riku concentra toutes ses force et tenta une approche.

« Le soleil se lève, lâcha-t-il brusquement.»

« Bravo, Monsieur le détective, fit une réponse suintant le sarcasme.»

A nouveau, le silence s'installa et bientôt, le ciel noir commença à présenter une froide teinte matinale, tandis que les oiseaux se réveillaient dans la forêt alentours. Une intense lumière orangée commençait peu à peu à se refléter sur les quelques nuages blancs qui flottaient paisiblement dans le ciel pâle, et Riku sentit peu à peu son corps frigorifié se réchauffer au gré de la température tropicale environnante. Tandis que l'éveil du matin semblait à son apogée, Riku ne parvint pas à se convaincre d'entreprendre une seconde tentative de conversation banale. Finalement, il décida de cesser ce fastidieux plan consistant à imiter minablement le talent naturel de Sora. A défaut, il se contenta de rester fidèle à sa propre nature et se résolut donc à profiter de cet instant rare, afin de suivre les ordres de Yen Sid et d'investiguer sur cette fille mystérieuse qui, pour une fois, était seule avec lui, sans échappatoire.

« Tu n'as vraiment aucun souvenir de ton passé ? » demanda le jeune homme, intrigué.

« Non. » Vint la réponse, sèche comme une pizza oubliée dans une boîte depuis trois jours. Prenant son courage à deux mains, le jeune homme tenta d'insister un peu.

« Rien du tout…? »

« Non. »

« On m'a parlé de tes dessins, s'aventura le jeune homme. Tu ne sais pas ce qu'ils pourraient signifier ?

« Non. »

C'était un échec. La tigresse n'avait aucune ouverture. Elle marchait devant, lui tournant le dos et fixant le paysage droit devant elle, ses yeux froids restant hors de portée. Le jeune loup poussa un soupir, et voulut s'abandonner à nouveau au silence. Contre toute attente cependant, la voix de la jeune femme retentit à nouveau. Mais Riku remarqua que, au vu de son langage corporel, elle ne souhaitait pas réellement commencer une conversation – juste mettre les choses au clair afin qu'il cesse son harcèlement.

« La vérité c'est que j'ai pas du tout envie de te parler, affirma-t-elle avec un ton sans appel. Je réponds juste par politesse.»

Riku haussa ses sourcils de surprise, puis regarda froidement l'échine tigrée qui avançait devant lui.

« Ah, c'est bon à savoir. Et pourquoi ?»

« Je ne te fais pas confiance, grogna-t-elle presque, en signe d'agacement.»

Mécontent de devoir entretenir une conversation avec un dos, Riku s'impatienta finalement et s'arrêta.

« Je te retourne le compliment, lâcha-t-il impérieusement en croisant les pattes sur sa poitrine. Sauf que moi, contrairement à toi, je ne tourne pas le dos à une personne dont je me méfie. »

Hayate arrêta finalement son avancée et se retourna brusquement, fixant Riku avec défiance et amertume, semblant le maudire silencieusement de son regard.

« Sache que je n'ai réellement aucune envie de te connaître, continua alors le jeune homme encouragé par la réaction de la jeune femme. Je ne fais que suivre les ordres de Yen Sid. »

Une petite feuille aventureuse traversa leur échange visuel, volant nonchalamment dans l'air frais du matin, indifférent à la tension inflammable entre les deux prédateurs. Par réflexe, et voyant un énorme tigre faire un pas menaçant vers lui, Riku analysa ses chances de survie en cas d'affrontement : force contre agilité. De nombreuses stratégies d'esquives s'esquissèrent dans sa tête et ses yeux virevoltèrent dans leurs orbites en cartographiant mentalement les alentours, jusque dans le moindre détail. Après un long moment, Hayate finit par s'impatienter et grogna entre ses dents:

« Les ordres, qui sont? Insista la jeune défenseuse restée sur ses gardes. Sérieusement, tu ne peux pas dire une chose pareille et juste t'arrêter de parler! »

Lentement, Riku cligna des yeux et esquissa l'un de ses fameux semi-sourires, qui s'évapora aussi rapidement qu'il était venu.

« Alors comme ça, maintenant, tu aimerais que je te parle ? Rétorqua Riku avec cynisme. Je trouve pourtant que tu avais été suffisamment claire concernant tes intentions de ne pas entretenir de discussion avec moi. »

Plissant les yeux, les poils roses de Hayate semblèrent se hérisser et elle serra vicieusement les poings, oubliant la présence des ses griffes tranchantes qui laissèrent s'échapper quelques gouttes de liquide écarlate. Les deux compagnons regardèrent en silence le sang couler du coussin du félin massif. Il coulait, encore et encore… sans s'arrêter.

« Ça a l'air plutôt profond, murmura Riku dubitativement.»

Après une seconde de réflexion, Hayate planta finalement sa main dans le courant glacial de la rivière.

« C'est propre maintenant, affirma-t-elle sans émotion.»

Riku secoua la tête lentement.

« Si Iwako voyait ça… »

« Qu'est-ce que tu sais, d'Iwako ? » Vociféra soudainement Hayate avec un regard mordant et une véhémence inattendue, qui fit légèrement sursauter Riku.»

« Je sais qu'elle s'inquièterait pour toi, se défendit-il amèrement et, étant courtois dans son animosité, lui rendit un regard équivalent.»

« C'est vrai.» Admit facilement Hayate en haussant les épaules, toute agressivité ayant quitté son corps comme une bouffée d'air chaud en hiver. Riku roula des yeux ironiquement, ne s'attendant réellement pas à une réaction si honnête. Il ne savait sincèrement pas comment poursuivre son interaction avec une interlocutrice si lunatique. Ainsi, le silence s'installa à nouveau. Cette fois-ci cependant, il s'avéra moins pesant… Ils marchèrent pendant plusieurs heures jusqu'à ce que finalement, leurs deux souffles commencèrent à être saccadés; ils ne s'étaient pas reposés depuis leur arrivé à Zootopie et la petite aventure dans la rivière les avait tout de même épuisés. Même en tant que guerriers bien entrainés, le repos commençait à s'imposer suite à cette journée ininterrompue de marche dans le dense feuillage de cette forêt étrange. Tandis que les derniers rayons de soleils disparaissaient peu à peu de l'horizon et teintaient le ciel de leurs myriades de couleurs, les deux promeneurs s'arrêtèrent en raison d'un bruit étrange qui venait de troubler la tranquillité ambiante. Un gargouillement d'abord discret puis – au grand chagrin de Riku – titanesque, était la source de leur arrêt soudain. Cela faisait un moment que Riku commençait à s'inquiéter quant à leur manque de ressources et finalement, son ventre se porta volontaire pour exprimer haut et fort ses appréhensions.

« Nous devrions peut-être camper… » Proposa Hayate en observant les recoins de plus en plus sombres des bois environnants.

« Certes... répondit le jeune homme, quelque peu dépité. Mais qu'est-ce qu'on peut manger ici?»

« Tu veux dire qu'est-ce qu'on a le droit de manger, corrigea Hayate en affichant une étrange expression de dégoût. »

« Oui… c'est exactement le problème que nous devons affronter, affirma Riku en regardant les denses feuillages dénués des mammifères consommables habituels, dont la chair parsemait les pensées nostalgiques du jeune loup.

« … la dernière fois qu'il était en lion, Sora a mangé des insectes, continua soudainement le maître de la Keyblade avec un peu plus d'énergie. Ça avait l'air de fonctionner.»

Frappant du poing dans sa paume ouverte, Hayate sembla approuver de cette idée et affirma avec motivation.

« La survie, c'est le plus important ! Les protéines Riku, les protéines ! »

Sur ces sages paroles, les deux animaux se mirent à fourrager la forêt et à recueillr des insectes de tailles et d'espèces diverses. Heureusement, ce bois étant relativement dense et humide, il révéla un trésor de diversité inattendu, en quantité suffisante pour assouvir les besoins vitaux des deux prédateurs affamés. Finalement, le tigre massif s'exclama de joie en trouvant un véritable nid de grillons géants, aux apparences délicieusement rassasiantes. Finalement satisfaits de leurs trouvailles, les deux compagnons trouvèrent une clairière à distance auditive de la rivière et commencèrent à improviser un campement. Riku alla chercher un maximum de feuillage sec afin de créer une isolation sur le sol, tandis que Hayate allumait un feu en utilisant la friction de la rotation accélérée d'un bâton sur une feuille morte. Une fois la flamme allumée, Riku utilisa des bâtonnets afin d'empaler les grillons, créant ainsi des sortes de brochettes d'insectes, parodies macabre des marshmallow de son enfance.

« On faisait ça souvent avec Sora… sur l'île, pensa-t-il à voix haute, tout en embrochant avec mélancolie le dernier cadavre d'hexapode.»

« Griller des grillons mutants? » fit une voix amusée dans le dos de Riku.

Celui-ci décida de ne pas honorer cette question sarcastique avec une réponse.

Suite à un long moment de silence consentant, le deux mammifères se couchèrent finalement côte à côte en regardant les étoiles depuis leurs lits d'herbe et de feuilles mortes. Les deux jeunes gens essayèrent tant bien que mal de trouver le sommeil, mais échouèrent lamentablement, éblouis par une étrange lumière. Finalement, ils durent se rendre à l'évidence : le pelage blanc de Riku était anormal. Il reflétait excessivement la lumière de la lune, comme un phare construit accidentellement dans un lieu sans bateaux et sans mer. Cruellement, comme pour augmenter la pollution lumineuse déjà produite par le pelage immoral de Riku – qui les empêchait de dormir – des lucioles décidèrent à cet instant de virevolter autour de nos deux compagnons récalcitrants. Cela aurait presque été romantique…si la compagnie avait été différente, pensa Riku tandis que, le temps d'un bref instant, une fugace image de deux yeux en amande lui traversa l'esprit. Riku fut cependant tiré de ses pensées par une voix rendue irrégulière par la fatigue et l'énervement.

« Tu… essais de te camoufler c'est ça ? murmura Hayate alors qu'elle enleva d'un geste vif l'avant bras qu'elle avait drapé sur ses yeux afin de créer un faux sentiment d'obscurité. Allez, avoue : tu caches toutes tes ténèbres sous ta fourrure et la brillance de ton poil n'est que mensonge, n'est-ce pas ?»

Le jeune maître de la Keyblade sentit un de ses sourcils titiller en signe d'irritation, mais il s'efforça de ne pas grimacer tandis qu'il répondait froidement à l'énorme tigre allongé à ses côtés.

« Malgré tes intentions de vexation, tu t'efforces de faire preuve de beaucoup de poésie, je dois l'admettre. Mais vraiment. C'était pas nécessaire...»

« Oh ! Je te remercie, ronronna la défenseuse en se redressant. Tu m'inspires beaucoup, je dois l'admettre! »

« ...de confiance? Intervint Riku sur un ton ironique. Une émergence de tendresse après cette journée de découverte mutuelle dans les bois ?»

« Non. » vint la réponse si prévisible.

Par conséquent, Riku continua sa provocation.

« Je n'arrive pas à déterminer si tu es une personne avec beaucoup de détermination, ou si tu es juste intolérablement bornée. »

« Un peu des deux, admit la tigresse. Et toi, je ne sais pas si tu te donnes un genre ou si tu as juste un balai dans le cul.»

« Un peu des deux» répondit finalement le jeune maître de la Keyblade, le plus sérieusement du monde.

Un bref silence s'installa entre les deux prédateurs, qui regardaient toujours sérieusement le ciel, entourés par les lumières flottantes des lucioles. Sur ce, un éclat de rire jusqu'alors maintenu prisonnier s'évada du museau de la jeune femme, qui se roula sur le côté afin de mieux respirer. Riku, quant à lui, se contenta d'un petit sourire en ajoutant d'une voix monocorde.

« On est tombés bien bas dans nos interactions verbales. »

« Oui, concéda Hayate en tentant de calmer sa respiration, tendant une patte vers le ciel. Où s'est enfuie la poésie ? »

« Dans le calme de cette douce nuit, répondit Riku sans réfléchir et sans émotions perceptibles.»

« Je vois… Ma présence est douce pour toi... le taquina le grand félin. Est-ce là une invitation?»

« Ta gueule. C'est la fatigue. »

« J'aurais dû m'en douter.»

Un moment de silence s'installa à nouveau. Respirant l'air froid de la nuit, le jeune homme se laissa bercer un instant par les dessins irréguliers des insectes luisants qui semblaient vouloir leur tenir compagnie. Alors soudainement prit d'une vigueur nouvelle, le jeune maître décida de profiter de l'étrange ambiance provoquée par leur fatigue respective pour poser la question qui le démangeait réellement.

« Pourquoi tu me déteste? »

Après un silence prolongé, Riku ne pensait plus obtenir de réponse mais contre toute attente la voix de Hayate emplit à nouveau la clairière qui leur servait de campement.

« Je ne te déteste pas…je ne t'aime pas, nuance. C'est parce que tu es froid et antipathique, s'indigna-t-elle doucement. Surtout envers Iwako. »

Cette dernière phrase, elle l'avait presque chuchotée à elle-même, mais l'ouïe canine développée de Riku parvint à discerner le ton boudeur de sa voix.

« Franchement, Iwa ça va, rétorqua alors le jeune homme. C'est plutôt toi le problème.»

Hayate haussa les sourcils et tourna son corps allongé en direction de son interlocuteur.

« Et qu'est-ce qui me vaut cet honneur ? »

« Tu es agressive envers moi depuis le premier instant, répondit Riku en se tournant à son tour, se retrouvant donc face à face avec la tigresse. »

« Pour être exacte, c'était à partir du second instant, précisa Hayate, son regard adamantin s'échappant pour regarder dans le vide. »

« Ha ? »

« Non rien, ajouta-t-elle rapidement, sur un ton monocorde, avant de continuer. Je t'avoue que ton comportement en soi n'est pas si problématique. C'est tout le reste qui me dérange. »

« Le reste ? »

Riku s'était relevé un peu, s'appuyant sur son avant bras, soudainement très intéressé par les paroles de la jeune femme.

« Tu étais comme un frère pour Sora et tu l'as trahi. Tu as fréquenté de trop près les ténèbres et maintenant tu reviens comme si de rien n'était, et tu as l'audace de nous faire la morale parce que soit disant tu es maître de la Keyblade. »

En effet, Riku n'avait rien à ajouter. Il s'agissait là d'une raison qu'il jugeait légitime mais qui, par la même occasion, le désarmait totalement. Véritablement, le passé serait éternellement inchangé et inchangeable. La jeune femme se retourna vers Riku, resté silencieux face à ses accusations, et s'appuya à son tour sur son coude, posant le côté de sa tête contre sa main.

« Je tiens énormément à Sora et Iwa et…tu me parais dangereux, ajouta-t-elle tandis qu'un clou imaginaire s'enfonçait dans la conscience meurtrie du jeune homme»

Riku se reprit enfin avant d'expliquer à son tour.

« C'est drôle, nos pensées sont assez similaires finalement. Je tiens à Sora : C'est mon meilleur ami –…voire mon seul ami…– et vous deux, vous n'avez même pas réellement d'identité, vous ne savez pas vraiment qui vous êtes. Et si…après que Sora se soit attaché à vous, comme il le fait avec tout le monde, vous le blessiez gravement ? Disons, même sans le vouloir ? »

« Tu veux dire, comme ce que tu lui as fait ? Intervint le ton accusateur de Hayate.

« …Oui, avoua le loup arctique en fermant des yeux pleins de regrets. Comme ce que je lui ait fait. Mais soyons honnêtes. Tu ne trouves pas ça étrange qu'au moment exact où nous essayons de rassembler notre armée, vous apparaissiez comme par providence? Tu ne te doutes pas que vous pourriez n'être qu'une part d'un plus grand plan de Xehanort, plan que vous-même ignoreriez ?»

Haya réfléchit un instant, s'asseyant en tailleur sur le lit de feuilles devenu inutile. Riku miroita ses positions et, à nouveau, ils se retrouvèrent assis face à face, se regardant droit dans les yeux.

« Oui, commença-t-elle finalement sur un ton accablé. J'y pense tout le temps. Mais….on peut prétendre la même chose de toi, non ? »

Un sourire amer étirait les babines de l'imposant félin rose alors que Riku lui rendait l'expression avec une motivation similaire.

« Oui, admit-il encore une fois. Je crois qu'une part de Xehanort est encore en moi : mais je le tiens enfermé. Pour être honnête, ça me terrifie et je pense être la dernière personne qui puisse remettre en question votre allégeance à la lumière. Mais je dois me méfier de vous aussi, parce que Sora n'en est tout simplement pas capable. »

Sur ces paroles, Hayate sembla réfléchir un moment avant de le regarder avec une étincelle d'humour dans le regard.

« Tu veux dire qu'il t'as refilé le sale boulot, c'est ça ? »

« Oui, reconnut Riku en souriant avec une rare sincérité. Et c'est pas la première fois ! Mais je ne m'en plains pas. Je n'aime pas l'admettre ouvertement, mais il m'a sauvé la vie après tout, ce morveux.»

Hayate éclata alors d'un rire limpide, sans retenir une unique larme de soulagement qui coula de ses yeux opalins. Puis, elle s'efforça de reprendre un peu de sérieux avant de regarder Riku avec humour.

« Bon… maintenant que c'est dit. On peut se haïr avec bonne conscience ! C'est plutôt positif!»

« J'avoue, répondit Riku en souriant légèrement et se recouchant dans son lit improvisé. La vie est plus belle avec des ennemis à la hauteur...»

« Oh, je suis touchée. Je te retourne le compliment, conclut finalement Hayate avant de tenter d'obtenir un peu de sommeil à son tour, malgré la présence continue de divers troubles lumineux.»

Riku et Hayate se sont ouverts à l'autre, et ils semblent avoir trouvé un terrain d'entente avec l'autre! Cela va-t-il tenir?