Vingt-Huit Octobre: Araignée (300 mots)
Il était déjà là quand je suis née. D'après ma maman, son arrivée date du temps de mon arrière-arrière grand-mère.
Mon aïeule racontait que ce n'était alors qu'un tout petit bout d'humain, avec des cheveux en pagaille, de grands yeux verts, et une étrange cicatrice en forme d'éclair sur le front.
Aujourd'hui, il a grandi, mais la cicatrice n'a pas bougé. Les cheveux et les yeux n'ont pas changé non plus d'ailleurs.
La dame qui empeste le parfum et qui crie beaucoup a bien essayé de couper sa tignasse une fois, mais dans la nuit, les cheveux bruns ont repoussé comme par magie.
Je le sais, j'étais là. Je veillais sur lui, garçonnet pleurant dans le placard sous l'escalier.
Vous comprenez, ce n'est qu'un humain, mais il était si jeune encore, je n'avais pas le cœur à le laisser seul dans le noir.
Et puis, au fil des années, je me suis attachée à lui. J'ai même appris qu'il s'appelait Harry.
Les humains donnent de drôles de noms à leurs petits. Décidément, à force de marcher sur deux pattes, leur cerveau se détraque.
Et puis un jour, je l'ai vu partir, ce petit Harry fin comme une brindille.
Forcément, j'étais un peu triste de me retrouver seule dans le placard sous l'escalier.
Mais il est revenu ! C'était au début de l'été, mes premiers bébés venaient juste de naître.
J'étais contente, parce que le petit humain, il avait l'air heureux.
En plus, il ne m'a pas oublié. Au début, j'ai cru que si, parce qu'il ne dort plus dans le placard sous l'escalier maintenant.
Mais en fait, il a continué à venir me voir. Il m'a même ramené un gros biscuit hier.
Je crois qu'on s'aime bien, Harry et moi, même s'il n'est qu'un petit humain, et moi une araignée.
A demain !
