Merci à Julia Lutecia, GelanFox, Elowlie, Wado21, Kuroshine, Abby013, Turtwig et Lijovanchan pour vos reviews.
Merci pour vos mises en alerte/favori.
Bonne lecture.
Réponse aux reviews anonymes:
Turtwig: on espère tous qu'Ussop aille bien ;) Ravie que le petit clin d'œil t'ait plu!
Chapitre 28
Composition
Le feu crépitait dans la cheminée du restaurant, illuminant la grisaille matinale qui s'était abattue sur All Blue depuis plusieurs jours. Sanji observa le paysage par la fenêtre. L'hiver était là maintenant. Les arbres avaient perdu leurs belles parures automnales et les dernières feuilles sèches ne tenaient plus qu'à un fil aux branches dénudées. Le froid s'immisçait de plus en plus dans les maisons et le blond se doutait que les premières chutes de neige ne tarderaient plus au vu du vent qui se renforçait et des nuages cotonneux qui s'amoncelaient.
Le ciel gris le rendait songeur et ses pensées le ramenèrent inévitablement à l'équipage au chapeau de paille. Cela faisait un moment qu'il n'avait pas eu de nouvelles de ses amis et il se demanda quel type de météo le Sunny rencontrait sur le Nouveau Monde à cet instant. Le cuisinier faisait de son mieux pour ne pas se laisser envahir par de sombres pensées le soir venu mais en journée, il était moins sur ses gardes et il ne pouvait empêcher une certaine appréhension de l'étreindre de temps à autre. Depuis qu'il avait dépassé Red Line, l'équipage n'avait pas appelé et bien que le blond tente de se persuader que l'unique raison était probablement l'absence de porte, la réalité de la dangerosité du Nouveau Monde ne lui échappait pas.
"Arrête de rêvasser et concentre-toi, gamin, grommela soudain Zeff à ses côtés.
- Je suis concentré, vieux schnoque", répliqua immédiatement le concerné en le fusillant du regard.
Les deux cuisiniers étaient assis autour d'une table en compagnie de Liam et de Lily. Le restaurant était encore peu meublé mais il avait été décidé que le plus urgent était d'arrêter un menu. C'est ainsi que depuis presque deux semaines, Lily avait tenté de tenir les comptes du nombre de poissons qu'elle pouvait attraper ainsi que de leur variété tout en ménageant suffisamment de temps pour pouvoir continuer à fournir les habitants. Liam avait quant à lui travaillé d'arrache pied pour créer une ouverture suffisamment stable des portes. Il avait ainsi inventé des boîtiers polarisés qu'il plaçait de chaque côté de la porte afin de créer un flux de matière supplémentaire qui tendait à raffermir la connexion. Cependant, il ne les avait testés pour l'instant que sur la porte de l'île Vorgo, la plus facile d'accès.
De leur côté, Zeff et Sanji avaient parcouru les îles les plus proches grâce aux portes pour connaître leurs possibilités d'approvisionnement et ce qu'ils pourraient négocier. Ils avaient également fait le tour des trois îles principales d'All Blue pour mettre au point des partenariats locaux avec les habitants.
Sanji avait ainsi revu les villageois qui avaient attaqués leurs pairs quelques semaines auparavant. Certains l'avaient également reconnu et bien qu'ils aient tous apprécié son geste à cet instant, la plupart s'était terrée chez eux sans même lui ouvrir la porte. Le blond n'avait pas insisté. Il avait bien conscience que des années de terreur et de famine émoussaient la meilleure des volontés et qu'un seul acte ne pouvait pas tout racheter. Il était donc d'autant plus décidé à les faire participer au succès d'All Blue.
"L'île Vorgo est la plus proche et leur commerce se base déjà sur des fruits de mer de qualité, fit remarquer Zeff. Il faudra se démarquer.
- Ils profitent de la manne d'All Blue, confirma le blond. Par contre, ils se contentent de vendre ce qu'ils attrapent tel quel, ils n'ont pas vraiment développé de spécialités.
- Leurs ports sont réputés assez mal famés, se souvint Liam.
- C'est vrai, il faudra jouer sur l'aspect sécurisé pour faire venir les premiers clients malgré la traversée, approuva Sanji.
- L'emplacement de la porte de Vorgo est plutôt calme en général. Elle ne bouge pas beaucoup et les boîtiers permettent de la stabiliser assez facilement. Par contre, en cas de mauvais temps ou de courants marins importants, je ne suis pas encore en mesure de garantir des passages sans risques...
- On va se concentrer sur cette porte pour l'instant", marmonna le vieux cuisinier.
Il se saisit de plusieurs feuilles étalées devant lui et y jeta un coup d'œil.
"Ces crétins sur les îles alentours n'ont aucune idée des valeurs gustatives exceptionnelles des ressources d'All Blue. Seuls de véritables cuisiniers savent que le sel de toutes les mers est brassé ici et qu'il donne un goût unique aux poissons et aux crustacés.
- Il faut que les gens risquent le passage de la porte en sachant qu'ils mangeront quelque chose qu'ils ne pourront trouver nulle part ailleurs, continua Sanji. Il faut les éblouir et les impressionner.
- Toutes les espèces marines peuvent être trouvées ici et il suffira de leur dire qu'on ne sait pas ce qu'on aura le lendemain pour qu'ils plantent leur tente ici, ajouta son mentor. Ils voudront être les premiers à avoir goûté telle ou telle spécialité qu'ils ne peuvent pas avoir dans le même restaurant d'habitude du fait des spécificités des océans.
- Cela va demander une maîtrise exhaustive de tous les plats à base de fruits de mer et de poissons, précisa le blond.
- Une maîtrise exhaustive? répéta anxieusement Lily. Est-ce que ce n'est pas irréaliste? Personne ne peut connaître toutes les recettes du monde!
- On ne peut pas connaître toutes les recettes du monde mais on peut maîtriser chaque ingrédient qui en est à la base, répondit le vieux cuisinier.
- De cette manière, on peut inventer au fur et à mesure et s'adapter à toutes les demandes", confirma son protégé.
Ce dernier attrapa ensuite plusieurs autres feuilles et les montra à ses deux amis.
"Bien sûr, au début, on partira sur des valeurs sûres avec des espèces régulièrement présentes sur All Blue : lotte à l'armoricaine, papillotes de cabillaud, plateaux de fruits de mer, cassolettes de langouste,...
- Vous avez de bons fruits et légumes mais il n'y en aura pas assez pour tenir le rythme au lancement, ajouta Zeff. Au fur et à mesure, vous pourrez planter et on aura moins besoin de faire appel à l'extérieur.
- Le problème sera le vin, grommela Sanji en examinant ses notes.
- Ah bon? Il y a pourtant des champs entiers de raisin, s'étonna Liam.
- Vous n'avez qu'une variété et il est davantage destiné à la table, lui expliqua le vieux cuisinier. On sera obligé de monter un partenariat important pour se fournir en alcool.
- On ne peut pas planter nos propres vignes? demanda Lily.
- Le temps que vous trouviez des terres et des variétés que vous rendrez rentables, il sera passé dix ans, grogna l'ancien pirate. Il vaut mieux investir dans les fruits et légumes, vous maîtrisez déjà. En plus, vous n'avez pas des terres extensibles ici, il faut être malin et ne pas s'embarquer sur des denrées fragiles comme le raisin.
- Ca parait logique, approuva le scientifique.
- Il y a un fournisseur qui a l'air d'avoir d'assez beaux cépages sur Vorgo, j'irai y faire un tour cet après-midi", conclut Sanji.
Lily se tourna alors vers les deux cuisiniers.
"A terme, il faudra aussi former des pêcheurs. Si le restaurant attire du monde, je ne pourrai pas fournir assez de pêche.
- "Quand" le restaurant attirera du monde, la corrigea Zeff. Tu ferais mieux de former tout de suite quelqu'un, ça ira vite.
- Ne lui parle pas comme ça, gronda aussitôt le blond à ses côtés, furieux. Et puis arrête de croire que ta cuisine est la condition absolue au succès du resto, tu seras pas tout seul aux fourneaux!
- Prétentieux. J'te parle pas du niveau de ma cuisine mais de ma façon de faire. Tu crois que les gens sont débiles? Le Baratie est connu sur tout Grand Line et d'un seul coup, mes spécialités vont apparaître au milieu de nulle part. Ils mettront pas longtemps à comprendre ce qui se passe."
Sanji se renfrogna, la mâchoire serrée sur son mégot éteint, et Zeff lorgna du côté des deux locaux.
"Va falloir qu'on en parle d'ailleurs. Ouvrir un resto qui a du succès va rapporter de l'argent mais il va attirer du monde aussi, et pas que des touristes tranquilles. Il y aura des médias, des gens connus, des pirates. Faudra gérer tout ça.
- All Blue est coupé du monde, je ne sais pas comment les habitants vont réagir, rappela Liam, embêté. Quand ils en parlent, la plupart ont juste envie de profiter de l'ouverture des portes pour gagner les autres îles de Grand Line.
- Il vous faudra un protecteur suffisamment puissant ou vous ferez pas long feu, marmonna Zeff. All Blue est une mine d'or et vous êtes faibles. Les crapules mettront pas longtemps à s'en apercevoir."
Le silence tomba dans le restaurant à ces paroles et Sanji secoua la tête. Ils avaient longuement parlé avec Zeff de cet épineux problème : même avec toutes les précautions du monde, All Blue allait leur échapper. Et si voir cet océan légendaire être porté à la connaissance du monde l'enchantait réellement, les deux cuisiniers étaient aussi conscients du fait que le destin de cet endroit mythique était entre leurs mains. La responsabilité était écrasante et le blond avait terriblement conscience du poids qu'il avait décidé de porter. Entre sa promesse aux habitants et l'avenir tout entier de l'océan de ses rêves, il avait fort à faire.
"On s'assurera de la sécurité autour du resto et de la porte, fit-il finalement. Zeff et moi pourrons facilement garantir le calme ici et même sur l'île mais les portes doivent être contrôlées et il vaut mieux n'en ouvrir qu'une au début."
Liam et Lily acquiescèrent. L'ouverture d'All Blue sur le monde ne devait pas signifier sa fin.
Sanji balaya le rayonnage des yeux. Comme il l'avait annoncé plus tôt, il était parti en début d'après-midi pour l'île Vorgo afin de sonder précisément la possibilité de se fournir en vin avec un commerçant qu'il avait repéré lors de l'un ses précédents ravitaillements. Liam l'avait accompagné pour acheter des composants électroniques et ils s'étaient séparés au niveau du centre ville. Le blond avait ensuite rapidement retrouvé la boutique et son propriétaire semblait plutôt intéressé à la perspective d'approvisionner un nouveau restaurant. Après quelques explications, il avait ainsi montré à son potentiel client les vins qu'il pouvait lui procurer. Sanji avait alors décidé de tester le sérieux du fournisseur en sélectionnant plusieurs crus pour une commande d'essai.
Le cuisinier attrapa une bouteille et lut son étiquette. Un Coteaux du Layon. Ce vin était idéal pour accompagner les desserts sucrés et il la déposa sur le comptoir.
"Vous avez d'autres vins blancs moelleux?"
L'homme hocha la tête et lui montra le casier à sa gauche.
"Du Madère Sercial. Aussi bien pour les poissons que les viandes plus fortes."
Le blond approcha puis examina la bouteille en question. Il pourrait également s'en servir pour les apéritifs et en accompagnement de certains hors d'œuvre.
"Je vais en prendre, fit-il à l'adresse de l'homme en lui désignant la bouteille.
- Combien?
- Mettez-en cinq pour l'instant."
L'homme nota sa commande sur son carnet et Sanji passa à la section suivante. Il avait fait le plein en vins blancs de toutes sortes, idéal pour la plupart des poissons et des fruits de mer. Néanmoins, il voulait quand même quelques vins rouges.
"Vous avez du Médoc?
- Pas beaucoup. Il y en a eu peu ces dernières années et pas grand-monde n'a les moyens de se le payer mais si vous en voulez, je connais quelqu'un.
- Ca m'intéresse, confirma le blond.
- Vous avez dit que vous ouvriez un resto où déjà?
- Pas loin, éluda le cuisinier qui parcourait les autres casiers des yeux.
- Les gens sont pas spécialement riches par ici, vous savez.
- On ne compte pas être hors de prix, le rassura Sanji en examinant une autre bouteille. Par contre, on veut le meilleur."
L'homme hocha la tête.
"Je vais passer un coup de fil au viticulteur que je connais. Il y a d'autres vins blancs et on a aussi quelques rosés, lui montra-t-il ensuite.
- D'accord, merci."
Le fournisseur fila dans son arrière boutique et Sanji s'approcha d'une autre allée. Les alcools forts. Il ne comptait pas en acheter énormément mais il lui en fallait un peu pour les apéritifs et les desserts flambés. Il repéra alors une bouteille connue et l'attrapa. Du saké d'appellation contrôlée sans addition d'alcool.
Sanji se prit à sourire. Zoro aurait froncé le nez devant cette catégorie de saké alors qu'il s'agissait pourtant de l''un des meilleurs brassages du monde à la saveur subtilement fruitée et complexe. Son prix était aussi redoutablement élevé. Le blond rangea alors la bouteille et sélectionna plutôt un saké de qualité supérieure plus abordable ainsi qu'un autre à base de riz complet que certains clients appréciaient.
Son regard fut alors attiré par une bouteille de saké pur qui lui rappela immédiatement celle qu'il avait partagée de manière si érotique avec le sabreur la dernière fois. Peu de gens aimaient sa saveur particulière mais le blond l'attrapa pourtant. Que ce soit par nostalgie ou par instinct, il voulait croire qu'il aurait à nouveau l'occasion d'en resservir un jour.
"J'ai appelé mon ami, il pourra vous garder une part de sa production."
Sanji se tourna vers l'homme qui écrivait sur une carte.
"Voyez avec lui pour négocier le prix, fit ensuite le fournisseur en la lui tendant.
- Merci.
- Vous avez vu autre chose?"
Sanji lui désigna les bouteilles de saké qu'il avait sélectionnées et l'homme nota les références avant que le blond ne s'engage vers la dernière allée.
"En champagne, qu'est-ce que vous avez?"
Liam et Sanji remontaient le chemin en discutant de leurs achats respectifs au moment où ils passèrent devant l'atelier du scientifique. La nuit était déjà tombée et le blond souhaita une bonne soirée à son ami, sur le point de s'engager vers chez lui pour prendre une douche avant de rejoindre Zeff au restaurant où il avait élu domicile. A cet instant cependant, la sonnerie caractéristique de l'escargophone retentit derrière la porte. Surpris, les deux jeunes hommes se dévisagèrent une seconde avant de se précipiter à l'intérieur.
Sanji fut le plus rapide à atteindre l'appareil et la liste de ses commandes lui échappa sans qu'il n'y fasse attention quand il s'assit brutalement en face du bureau pour décrocher.
"Allô?
- Sanji?"
La voix du musicien paraissait aussi surprise que la sienne de l'autre côté du poste et le blond fronça les sourcils.
"Brook, est-ce que ça va?
- Yohohohoho, absolument! Je suis simplement étonné d'être parvenu à te joindre du premier coup! Nami n'était pas certaine de la qualité de la liaison."
Le cuisinier s'affala sur son siège, le soulagement le libérant d'un poids qu'il n'avait pas eu conscience de porter aussi lourdement tandis que Liam lui adressait un sourire ravi.
"Vous commenciez à m'inquiéter, admit alors le blond en se détendant. Le Nouveau Monde est si bien que vous n'avez pas le temps de m'appeler? plaisanta-t-il ensuite.
- Hormis le manque de porte, nous n'avons pas eu une minute à nous depuis que nous avons atterri dans cette mer! lui apprit le squelette.
- Vraiment?
- Comme on pouvait s'y attendre, ce n'est pas un environnement de tout repos, confirma son ami.
- Où êtes-vous?
- Nous avons jeté l'ancre sur une petite île déserte afin de reprendre quelques forces et le détecteur s'est immédiatement allumé!
- Tu as bien fait de tenter ta chance. Je rentre justement d'une après-midi sur l'île Vorgo.
- Sanji-bro! Ta cuisine nous manque autant que tes coups de pieds dévastateurs! claironna soudain la voix du cyborg.
- La concurrence est si rude que ça? répondit le cuisinier, amusé.
- Si tu savais! Le moindre péquenot est incroyablement fort ici", soupira Franky.
Le blond se redressa sur son siège, les sourcils froncés. Il n'était pas dans les habitudes du charpentier d'être défaitiste et non de lui, il vit Liam se mordre les lèvres, visiblement troublé lui aussi.
- Est-ce que tout le monde va bien? s'enquit-il, crispé malgré lui.
- On a failli perdre Ussop."
Le ton défait du petit renne figea le cuisinier qui dévisagea l'escargophone sans parvenir à y croire.
"C-Comment ça?
- Je vais bien, Sanji."
Entendre le sniper réconforta et inquiéta tout à la fois le blond. La voix du canonnier semblait fatiguée et il l'entendit s'asseoir tandis que Brook lui laissait probablement sa place en face du poste émetteur.
"Je me suis fait une belle frayeur mais je suis de nouveau debout, lui assura son ami.
- Qu'est-ce qui s'est passé?
- Notre sniper a été héroïque et il s'est interposé entre moi et la flèche qui m'aurait transpercée, expliqua Robin.
- La flèche était empoisonnée et il me manquait un ingrédient rare, se désola Chopper.
- Zoro l'a trouvé! s'enthousiasma alors la voix de Luffy.
- On a passé un marché avec Trafalgar Law pour l'obtenir et c'est à lui qu'il l'a donné, précisa la navigatrice.
- Quel genre de marché? voulut savoir le blond en échangeant un regard soucieux avec le scientifique.
- On ne sait pas encore. Il a juste dit à Zoro de rappeler à Luffy qu'il lui devrait un service, fit Franky.
- Ca peut être n'importe quoi n'importe quand...
- Ussop est vivant, c'est tout ce qui compte!"
A ces mots, Sanji hocha fermement la tête malgré ses craintes.
"Tu as raison, Capitaine. C'est tout ce qui compte."
L'utilisation automatique de ce qualificatif fit un drôle d'effet au blond et il résolut d'en faire abstraction rapidement.
"Ussop, je suis fier de toi! Tu as sauvé Robin d'amour!
- Hé, pas de quoi. Tu sais, un ami m'a dit un jour que chaque combattant avait son opposant et que je devais faire ce qu'un autre ne pourrait pas. Tu n'étais pas là alors fallait bien que je m'en occupe mais je suis sûr que tu me revaudras ça."
Sanji sentit un frisson remonter le long de son dos et il eut un sourire ému. Il se souvenait parfaitement du moment où il avait prononcé ces paroles lorsque Sniper King avait failli jeter l'éponge en voyant qu'il ne gagnerait pas son combat contre Jabura à Enies Lobby. Le cuisinier avait alors pris sa place et le sniper était monté au sommet de la tour pour empêcher Robin de traverser définitivement la porte de la justice.
"A charge de revanche", lui confirma-t-il alors, déterminé.
Un petit silence réconfortant réchauffa l'atmosphère et chacun demanda ensuite de ses nouvelles au cuisinier. Entre la création de ses menus, ses négociations avec les fournisseurs et les décisions qui venaient d'être prises, une bonne heure s'écoula pendant laquelle Sanji partagea avec bonheur et excitation ses nouveaux projets et il entendit à peine Liam ressortir de sa maison pour le laisser profiter de ses amis.
Finalement cependant, les membres de l'équipage décidèrent d'aller se coucher car comme le cuisinier l'avait bien compris, les dernières semaines avaient été éprouvantes pour le Sunny et ses occupants. Cette nuit était ainsi la première depuis bien longtemps où ils pourraient véritablement se reposer.
Nami resta néanmoins un peu plus longtemps afin que le blond note précisément l'emplacement de la porte qu'ils utilisaient pour communiquer et elle allait raccrocher après avoir promis au cuisinier de le recontacter avant de partir lorsqu'elle reprit la parole.
"Au fait, Sanji, est-ce que tu veux parler à Zoro?"
La question prit de court son ami qui mit une seconde à trouver ses mots.
"J-je ne sais pas. Tu crois qu'il est encore debout?"
La navigatrice haussa vraisemblablement les épaules.
"Je peux toujours le réveiller.
- Non, non, ne le dérange pas! Je veux dire… Sauf s'il veut me parler…"
Nami ne répondit pas tout de suite et Sanji grimaça.
"Tout compte fait, ce n'est pas la peine, Nami-chérie! Je n'ai pas besoin de lui parler!
- Tu es sûre? insista la voix méfiante de la rousse.
- Absolument certain! Tu devrais aller te reposer, navigatrice de mon coeur, ces derniers jours ont été particulièrement rudes pour toi!
- Comme tu veux… Bonne nuit, Sanji.
- Bonne nuit, Nami-chérie!"
Sanji raccrocha, la main tremblante. Il n'était pas dupe de son propre manège et il savait que la navigatrice avait également perçu son malaise mais comment aurait-il pu réagir autrement? Il aurait dû prévoir que l'un ou l'autre de ses amis lui proposerait fatalement un jour de parler à l'escrimeur. Pourtant, il ne s'était jamais projeté aussi loin.
Au vu de la personnalité de Zoro, il doutait sincèrement que les membres de l'équipage soient au courant du véritable statut de leur relation mais ça ne l'aidait pas à savoir s'il voulait ou non réengager le contact avec le sabreur. D'un côté, la fin de leur couple ne signifiait pas qu'ils ne devaient plus jamais s'adresser la parole mais de l'autre, qu'auraient-ils à se dire? Leurs échanges n'avaient toujours été faits que de rivalités et d'insultes et lorsque l'équipage avait été séparé pendant près de trois mois, le blond pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où Zoro et lui s'étaient parlés par escargophone.
Aujourd'hui, c'était plus étrange encore. Une partie de lui avait envie de savoir comme le bretteur se portait et quelles étaient ses impressions quant au Nouveau Monde. Zoro était en effet celui dont l'avis se rapprochait le plus du sien concernant leurs ennemis même si leur analyse était souvent différente. Mais il ne pouvait pas prévoir ce que déclencherait l'entente de sa voix en lui. De la souffrance? De la colère? De l'amertume? Il était certain d'attiser au moins un peu sa tristesse en tout cas. Et si l'entendre rendait son absence plus insupportable encore? Pire, et si cela rendait la situation plus difficile pour Zoro? Allait-il manquer à sa parole en demandant à l'escrimeur de se rappeler de lui?
Finalement, Sanji se releva et quitta l'atelier du scientifique en direction du restaurant. Il n'avait plus envie de repasser par chez lui. Il avait plutôt besoin de s'occuper, rapidement et intensément. La confusion qui régnait en lui était douloureuse mais pas autant que celle qui le terrasserait à coup sûr s'il se mettait à essayer de démêler ses sentiments concernant l'escrimeur. Il n'était pas encore prêt à y penser sereinement et il ne voulait pas se briser en mille morceaux encore une fois. Il avait un rêve à concrétiser, et Zoro aussi.
Ussop s'en est sorti et malgré la crainte de certains, je n'ai même pas pensé à le sacrifier!
Sanji tente d'aller de l'avant, tout comme son restaurant, et j'espère que ce cheminement parallèle vous convainc.
