Chapitre 9 : Le message sur le mur.
Comme à chaque début de chapitre, retrouvons Henri et Momo en train de zoner dans les couloirs (à croire qu'ils ne travaillent jamais dans cette école).
À la suite de l'anniversaire de mort, la salle où a eu lieu les festivités est condamnée pour décontamination.
En effet, les zombis putréfiés y ont laissés leur nourriture avariée, leurs asticots et tous leurs germes nauséabonds. Cela s'est ensuite propagé à toute l'école, et un élève est déjà mort du choléra, et un deuxième du typhus.
Des bruits de sabots se firent entendre. Les enfants se retournèrent, et virent Rusard, qui passa devant eux en combinaison bactériologique, apparemment bien décidé à aller récurer la pièce pour en éliminer l'infection et les miasmes.
Il avait une combinaison intégrale étanche, et portait sur le dos deux bouteilles d'oxygène (un simple masque à gaz risquait de ne pas être suffisant).
« L'avantage, c'est qu'on a plus cours avec Drogue vu que tout le sous-sols est condamné ! s'exclama joyeusement Momo.
– Quoi ? T'as pas lu l'affichette posée par McGogonal sur le panneau en salle commune ?
– Non, lâcha Momo horrifié. Qu'est-ce que ça dit ?
– Ils ont réaffecté des salles de classe exprès pour lui, au premier étage, et il a fait commander à grand frais tous les ustensiles et ingrédients qu'il lui fallait pour assurer les cours. Ça reprend dès demain. »
Donc le lundi. Ils ne manqueront aucun cours de Drogue.
« Si j'étais pas un vrai bonhomme, annonça gravement Momo, je crois que j'en pleurerais jusqu'à dessiccation complète. »
Comme quoi, les cours de Drogue ne sont pas complètement inutile : Momo y a appris la définition du mot dessiccation.
« Tue-la, tue-la ! » hurla une voix éraillée et rauque.
Henri s'arrêta net.
« T'as entendu ? demanda-t-il.
– Non, quoi ? répondit Momo.
– Mince… Alors j'entends à nouveau des voix. La psy a dit que les résultats viendraient vite maintenant que je suis sous traitement, mais ça continue toujours… »
Il prenait de petites pilules bleues depuis quelques jours. Quatre le matin, quatre le midi et quatre le soir. Des doses de cheval.
« Mange-lui la chatte, bouffe-lui le minou ! » hurla la voix.
Ça devenait vraiment bizarre, là…
« Ça a l'air de venir de par là-bas, dit Henri avec étonnement. »
D'habitude, ça résonnait comme si ça venait de sa propre tête, mais là il l'entendait venir du fond du couloir, comme si ça n'était pas une voix dans sa tête mais quelque chose d'extérieur.
« Il faut que je vérifie ! » s'écria-t-il en partant en courant.
Momo, sans trop comprendre, lui emboîta le pas.
Au détour d'un angle de couloir, ils tombèrent sur une scène improbable : la chatte de Rusard, morte, à moitié dévorée et baignant dans une mare de sang. De l'eau ruisselait du plafond et des murs, formant des flaques d'eau tout autours des morceaux de chair éparpillés.
« T'as vu ça, Henri ? demanda Momo et lui filant un coup de coude. »
Henri était trop absorbé par le spectacle de la chatte déchiquetée. Il leva alors les yeux.
Un message était écrit sur le mur avec du sang. Au début du moins, puis par manque de sang (parce qu'il y en a peu dans un chat) fini avec un marqueur indélébile noir.
LA SALLE DE BAIN DES SECRETS A ÉTÉ OUVERTE.
ÇA VA CHIER POUR LES SANG-IMPUR ET POUR CEUX QUI PORTENT DES PANTALONS TAILLE HAUTE !
Comme par hasard, toute l''école déboula d'un seul coup à ce moment-là. Les élèves regardèrent avec effroi, curiosité ou amusement (selon les cas) cette scène.
« Qu'est-ce qui se passe, ici ? lança Rusard en fendant la foule. »
Il s'arrêta net en voyant sa pauvre chatte, morte et bien morte. Il regarda ensuite Henri.
« Mais quel genre de petit tordu peut faire une chose pareille ? articula-t-il avec peine. »
Henri protesta.
« Mais c'est pas moi !
– C'est pas toi ?! s'étrangla Rusard. Pris en flagrant délit, tu as le culot de nier ?! »
Sur ce, il se jette sur Henri, et commence à le molester à coups de claques.
« Ça suffit ! crie une voix. »
C'est Drogue qui vient d'arriver.
Il sépare Henri de Rusard, le plaçant derrière lui comme pour le protéger en faisant une barrière de son corps.
« Il est évident qu'il est coupable, mais c'est à un professeur de le punir ! »
Alors, il commence à le molester à coups de poings sous le regard satisfait de Rusard.
« Ça suffit ! crie une voix. »
C'est MacGonagagall qui vient d'arriver.
Elle sépare Henri de Drogue, le plaçant derrière elle comme pour le protéger en faisant une barrière de son corps.
« Il est évident qu'il est coupable, mais c'est à sa directrice de maison de le punir ! »
Alors, elle commence à le molester à coups de badine sous le regard satisfait de Rusard et de Drogue.
« Ça suffit ! crie une voix. »
C'est D'outretombe qui vient d'arriver.
Là, Henri se demande s'il va s'en prendre encore plus plein la gueule.
« Et la présomption d'innocence ? s'insurgea le directeur.
– Non, monsieur, répondit McGonaglal. Depuis sa fondation, l'école applique la présomption de culpabilité. Ça n'a jamais été abrogé : c'est à l'élève de prouver son innocence. »
Le dirlo eut l'air chagriné.
« En tout cas, Henri n'est pas responsable de ses actes : je vous rappelle qu'il est fou. »
Manifestement, ça n'était pas un rappel : les élèves l'apprirent à ce moment-là, plongeant Henri dans une honte absolue. Pourquoi ce couillon de directeur ne pouvait-il pas fermer sa grande gueule ?
« Et puisqu'il est fou à lier, genre frappadingue qui entend des voix, il n'a pas à être puni : il faut le soigner. »
Les autres adultes hochèrent la tête. Ça paraissait logique.
Du coup, Henri retourne chez la psy aussi sec, et tout le monde croit que c'est lui qui a tué la malheureuse créature.
Rusard, habitué, change de chatte comme régulièrement. Elle est identique à la précédente et déjà presque aussi bien dressée à traquer les élèves.
L'enquête, assez sommaire, constata plusieurs choses.
Déjà, il y avait des traces de dents dans la chatte. Elle avait été mordue à mort, et selon l'estimation du légiste, il manquait au moins un quart de l'animal. (Mangé, sans doute.)
Ensuite, l'eau retrouvé tout autour était une eau saline contenant du plancton. (De l'eau de mer, quoi.)
Il y avait donc deux choses en faveur de l'innocence de Henri :
En premier lieu, l'aspiration du contenu de son estomac n'avait pas mis en évidence de viande de chat (juste des bonbecs et du soda).
En deuxième lieu, on voyait pas bien d'où il aurait pu tirer de l'eau de mer. La composition est trop différente de celle des marécages autour de Poudlard, et la robinetterie de Poudlard offrait une eau certes salle, mais là encore de composition différente (moins de sel, autant de plancton et plus de bactéries).
Et puis Henri a un alibi : il était avec Momo toute la journée.
Drogue proposa évidemment d'arrêter Momo pour complicité, mais le directeur préféra le croire.
Rapidement, dans l'école, des rumeurs circulent, comme quoi la salle de bain des secrets existerait vraiment et ne serait donc pas issu du fruit de l'imagination de Henri.
Du coup, Henri n'est plus considéré comme un dérangé qui entend des voix et tue des animaux : il est considéré comme le sordide descendant de Serpentard qui voudrait tuer tous les sangs impurs.
Mais de nombreuses personnes, surtout des Serpentard, s'insurgent : Henri ne peut pas être le fameux héritier, puisqu'il est à Gryffondor. Et ainsi il serait complétement innocent de ce dont on l'accuse. Et que même qu'un autre, un vrai bon Serpentard, serait le véritable ouvreur de la salle de bain.
Oui, ouvreur est un vrai mot : mon correcteur orthographique ne le souligne pas en rouge. C'est bien une preuve.
Les rumeurs vont bon train, racontant tout et son contraire.
Dans ce contexte, retrouvons Henri et ses amis (ou plutôt camarades) en cours d'histoire.
Depuis la fin de l'enquête, Henri avait été libéré de ses entraves : il pouvait assister aux cours sans la camisole et le masque à la Hannibal Lecter qu'on lui avait fait mettre pendant deux semaines.
Le professeur Pine était le professeur d'histoire de Poudlard. Il avait la particularité unique d'être un zombi. Unique car c'était le seul zombi à avoir jamais été prof. D'habitude, ils servent plutôt de mascotte ou d'animal de compagnie (comme vous avez pu le constater dans cette histoire).
En fait, le professeur Pine était autrefois un prof tout à fait vivant. Et puis un jour, il était mort dans son sommeil. Mais lorsque la sonnerie de reprise des cours s'était mise à sonner, il s'était levé du fauteuil où il faisait sa sieste, comme si de rien n'était, et était allé assurer son cours. Ce n'est qu'après quelques heures que les autres profs se rendirent compte qu'il était mort : il avait changé de couleur, ne clignait plus des yeux et avait repris deux fois de la cervelle au repas du soir. Des signes qui ne trompent pas.
En tout cas, les prud'hommes avaient jugés que la mort n'était pas une raison suffisante de licenciement dans la mesure où Pine pouvait toujours assurer ses cours. Et puisqu'il était en CDI, ben ça faisait trois siècles qu'il était là.
Je n'ai pas encore évoqué les cours d'histoire. Généralement c'est soit chiant, soit sordide. C'est toujours des trucs du genre le récit d'une révolte des gobelins qui avait été noyée dans le sang. Ou alors des trucs comme l'activité minière au XVe siècle en Bavière.
Alors que le cadavre leur faisait cours depuis un bon moment, Hortense leva la main.
« Oui Mlle Lagrange ?
– Vous pourriez nous parler de la salle de bain des secrets ?
– Eh bien, ce n'est pas au programme, et nous devons finir notre chapitre sur la lessiveuse à bière.
– Oui, bien sûr, mais vues les circonstances… »
Toute la classe semblait comme suspendu, attendant d'en savoir plus. Pine n'avait jamais vu des élèves aussi intéressés (d'habitude ils dorment en cours, ou jouent au morpion). Il aurait été bête de ne pas profiter d'un public aussi attentif (pour une fois !).
« Oui, heu, en effet, cela pourrait se révéler judicieux. »
Il s'éclaircit la gorge. Enfin, sa trachéotomie (c'était un grand fumeur de pipe de son vivant).
Voici donc son récit (en version résumé, sinon c'est long et chiant, comme d'hab avec lui) :
Parmi les quatre fondateurs, Serpentard était le seul qui se lavait. Les autres étaient cradingues et le traitait de « lopette à l'eau de rose ». Mais il n'en avait cure, et poussait les étudiants à faire comme lui. Ceux qui acceptèrent restèrent avec lui, les autres avec les trois professeurs. Et comme les nés-mous-du-genou étaient de vrais porcs, sales et puants, il n'en voulait même pas : « Même en frottant très fort, on ne pourrait pas éliminer la souillure qui s'accroche à eux ! » disait-il.
Etc., etc.
C'est un peu du racisme. Mais pas vraiment parce que ça ne concerne pas les noirs : ça concerne ceux nés de parents n'ayant pas de pouvoirs.
Mais bon, ça y ressemble beaucoup.
Non, remarque c'est plutôt une parabole sur les juifs : ils nous ressemblent en tout point, mais ne sont pas comme nous en raison de leurs origines. On ne peut pas les reconnaître à l'apparence, mais ils sont quand même des ennemis.
L'argument nazi, en somme.
Bref.
Des problématiques adultes dans un livre pour enfant, ça passe souvent par la métaphore et la comparaison, hein ?
Où en étais-je ?
Selon les critères des méchants, on est un sang impur lorsqu'un de nos parents au moins est un sang impur. Être métis est un peu mieux, mais pas top quand même. Plus on dilue côté thaumaturge, mieux c'est, mais ça reste moins bien.
En tout cas (je reprends le récit du professeur), Serpentard avait fait construire une immense salle de bain sous le château. Selon la légende, du moins. À sa mort, les trois autres, qui ne voyaient pas l'intérêt d'un tel lieu, avait fait condamnée l'intégralité de la salle de bain, en murant les accès. Depuis, personne n'en a jamais retrouvé l'entrée, à tel point qu'on se demande si elle a jamais existé, cette fameuse salle de bain avec thermes romaines, bains chauds et bains froids, sauna, hammam, jacuzzi et compagnie. La légende ajoute que dans les profondeurs des bassins, Serpentard avait fait naître et grandir un monstre capable d'assurer sa vengeance en tuant tous les enfants impurs de l'école. En théorie, la bête a été emmurée au moment de la fermeture. Mais si elle existe, et si elle a survécu pendant mille ans, alors c'est sûr que rouvrir la salle de bain des secrets ça risque de lui permettre de sortir et d'accomplir son sinistre objectif.
La cloche de fin de cours sonna.
« Vous pouvez disposer. Nous reprendrons notre récit sur la lessiveuse à bière la prochaine fois. »
Les élèves sortirent, plus effrayés encore qu'avant le cours.
Là, il reste une question en suspens : pourquoi tuer une chatte, en fait ?
Ben j'en sais foutre rien.
