Chapitre 28
Ce fut un élève de première année qui trouva Sirius. Comme ses camarades, il s'était lancé à la recherche de ce garçon dont il ignorait à peu près tout, si ce n'était qu'il avait une formidable propension à s'attirer des ennuis, plus par désœuvrement que par réelle conviction. Il se précipita aussitôt chez MacGonagall pour la prévenir. Le professeur lâcha immédiatement son paquet de copies pour le suivre jusqu'au placard.
«Mr Black ? fit MacGonagall au travers de la porte.
- Je suis enfermé, Professeur.
- Un sort simple, apparemment…
- Mais je n'ai pas de baguette magique, professeur… lui rappela Sirius d'une voix pleine de lassitude.
- C'est vrai…»
Elle leva le sort et ouvrit le petit placard. Sirius était assis sur le sol, pâle et les traits tirés. «Très bien. Mr Perkins, veuillez informer vos condisciples que vous avez retrouvé Mr Black. Vous, suivez-moi dans mon bureau…»
Sirius se releva lentement, s'efforçant de ne pas trahir la douleur que lui causait chaque mouvement, et la suivit non sans mal jusqu'à son bureau.
MacGonagall ferma la porte derrière Sirius et lui fit signe de s'asseoir. Elle s'accorda un moment, pendant lequel elle le regarda longuement. Sirius semblait épuisé. Il était incroyablement pâle, également, et il lui sembla qu'il avait vraiment trop maigri, ces derniers temps.
Un moment, elle fut tentée de remettre les explications à plus tard, et de l'envoyer simplement se coucher. Comment n'avait-elle pas noté avant à quel point ce garçon avait changé ?
Il travaille beaucoup trop, songea-t-elle. Il a sérieusement besoin qu'on allège un peu son emploi du temps…
La punition de Dumbledore lui était apparue comme parfaitement justifiée, mais elle se demandait maintenant si ce n'était pas trop.
Vous êtes resté enfermé là-dedans depuis hier…? commença-t-elle.
- Oui, Professeur.
- Qui a fait ça ?
- Je l'ignore, Madame. On m'a poussé dans le dos.»
Sirius s'efforça de lui renvoyer un regard franc et sincère. Il savait que son professeur ne lui accordait plus aucun crédit, depuis ce qu'il avait fait avant les vacances. Tout comme Dumbledore. Mais la dernière chose qu'il souhaitait, c'était qu'elle se penche plus précisément sur son emploi du temps de la veille… et qu'elle découvre ce qu'il cachait sous sa robe de sorcier.
Il se tenait le plus droit possible et évitait de bouger. Chaque mouvement lui était douloureux et risquait de trahir son état de faiblesse. Il ne pouvait pas se le permettre.
Le professeur fronça les sourcils. Sirius lui avait si souvent menti, depuis le début de sa scolarité, qu'examiner chacune de ses paroles à la loupe était devenu une véritable habitude.
Mais il n'y avait aucune raison de ne pas le croire, dans ce cas précis. Sirius semblait mal en point. Trop pour que ce ne soit que de la comédie.
«Vous savez que je devrais vous sanctionner pour votre éclat d'hier, Sirius…»
Elle n'y tenait vraiment pas. Pas du tout, même.
«Vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait, en partant avant le début de mon cours ? poursuivit-elle.
- Je sais que je n'aurais pas dû, Madame…»
- Pourquoi l'avez-vous fait ? insista le professeur.
- J'ai tellement de mal… à gérer les disputes…»
Sirius était très mal à l'aise. Il savait qu'il avançait en terrain dangereux, et elle l'obligeait de plus à exprimer des choses qu'il gardait en général pour lui. Il n'avait pas envie de parler de sa dispute avec James. Il ne voulait même pas y penser. Pas maintenant, alors qu'il souffrait encore tant des blessures infligées par Moony.
«Une dispute avec James Potter, c'est cela? demanda MacGonagall.
- Il m'a sauté dessus avant le petit-déjeuner. Et Remus s'en est mêlé ensuite… Et James a remis ça devant la porte de votre classe…» Il inspira profondément. Pouvait-elle comprendre ce qu'il ressentait ? Pouvait-elle imaginer comme il était dur, de se retrouver en butte à ses propres amis ? «J'étais fatigué, Madame… avoua-t-il simplement.
- Je vois…»
Elle avait noté à quel point le comportement des deux garçons l'un envers l'autre avait changé. Potter était en colère contre Black. Il semblait avoir définitivement tiré un trait sur leur amitié. Pour la première fois, MacGonagall songea à quel point Sirius devait en souffrir. James et lui étaient inséparables, auparavant.
Elle soupira. Il était inconcevable qu'elle punisse Sirius. Ce garçon lui faisait de la peine.
«Je ne vois pas par quel moyen je pourrais sanctionner votre indiscipline, Mr Black, avoua MacGonagall. Vous avez déjà tellement de retenues qu'il m'est impossible de vous en ajouter davantage… Et enlever des points à Gryffondor ne servirait à rien. Je crois que vos condisciples en ont plus qu'assez, de payer pour vous. Promettez-moi simplement de ne plus vous emporter de cette façon. Il faut que vous trouviez un compromis avec vos camarades, Sirius, il est inconcevable que les élèves de ma Maison entretiennent une telle guerre ouverte! Passer votre temps à vous provoquer dans les couloirs ne peut que nuire à votre scolarité! Surtout si vous jugez bon de manquer les cours toutes les fois que l'on vous contrarie ! »
Sirius baissa la tête, retenant un sourire amer, sachant qu'il serait sans doute mal interprété. Contrarié? Le mot était faible, pour décrire son état d'esprit de la veille! Démoli, au bord de la rupture aurait été plus juste… «Ce serait plus facile pour moi si les autres acceptaient de m'ignorer, Madame… Je fais ce qu'on me dit, j'exécute mes punitions, je rends mes devoirs, je fais tout mon possible pour me comporter comme il faut…
- Mmhh… Vous êtes rentré dans le droit chemin, donc…
- Ai-je donné à qui que ce soit des raisons de se plaindre de moi, ces derniers temps ?
- Pourquoi James et Remus vous en voulaient-ils, dans ce cas ? »
Sirius prit un temps avant de répondre. Comment cette dispute idiote avait-elle débuté, au juste ? Que lui reprochait James, cette fois-là ? Il avait du mal à se souvenir, maintenant, les atrocités de la nuit avaient balayé l'amertume de la veille.
«J'ai bousculé Remus par mégarde, hier matin, dit-il finalement, retrouvant ses souvenirs.
- Par mégarde ?
- Ils discutaient devant le portrait, je voulais passer, j'étais fatigué, je l'ai bousculé. Ce n'était pas intentionnel… Mais James… Il est devenu très protecteur, avec Remus, depuis… depuis ce que j'ai fait.
- Ils vous en veulent toujours.
- Oui. Bien sûr. Je voudrais juste qu'ils m'oublient. Tous. Qu'ils cessent de médire dans mon dos, qu'ils arrêtent de m'insulter et de me rendre responsable de tout ce qui peut arriver…»
Il se força à respirer calmement, pour éviter de laisser déborder son trop plein d'émotions. S'il continuait sur sa lancée, il finirait peut-être par lui parler de Malefoy. Il ne pouvait pas se le permettre.
MacGonagall acquiesça lentement de la tête. Sirius avait fait perdre un nombre de points considérable à ses condisciples, depuis le retour des vacances de Pâques. Cela ajouté à ce qu'il avait fait à Remus… Elle comprenait parfaitement que Potter et lupin lui en veuillent.
«Vous ne faites que récolter ce que vous avez semé, vous en êtes conscient…? » avança-t-elle.
Tu as mérité ce qui t'arrive…, avait dit James. Le même message, encore une fois. Sirius serra les mâchoires. Lui, qui un instant, avait cru qu'elle pouvait comprendre… qu'elle l'écouterait simplement dire à quel point sa vie était devenue difficile… Mais non. Elle était son professeur, elle n'aurait pas manqué une occasion de lui faire la morale… Comme s'il avait vraiment besoin qu'on lui renvoie sans cesse sa part de responsabilité en pleine figure…
N'y avait-il décidément personne qui veuille bien seulement l'écouter ?
Et il se raffermit un peu plus dans sa certitude qu'il ne pouvait accorder sa confiance à aucun adulte. Parce qu'aucun adulte n'était prêt à entendre ce qu'il pouvait dire, simplement, sans le juger. Et certainement, aucun ne l'aiderait.
«Oui, j'en suis conscient, répondit-il froidement. Je mérite d'être sans arrêt conspué par mes condisciples, de subir leurs agressions pour des broutilles dès le matin, de supporter leur mépris, leurs insultes à longueur de journée, de rester enfermé dans un placard… Là, au moins, on est sûr que je ne ferai pas de sottises, hein ?
- Ne le prenez pas sur ce ton, Black… s'exclama MacGonagall, désarçonnée.
- Pourquoi ne me renvoyez-vous tout simplement pas? poursuivit Sirius. Puisqu'il est clair que je n'ai plus ma place ici… ?
- Qui a dit ça? demanda le professeur, haussant les sourcils.
- Moi, je le dis ! Je n'ai plus rien à faire à Poudlard… Je n'arrive même plus à apprendre correctement. Autant me renvoyer chez moi. Mon père se fera un plaisir de m'enseigner ce que doit savoir tout Black digne de ce nom…»
MacGonagall était surprise. C'était si peu de Sirius, de parler ainsi…
«C'est vraiment ce que vous voulez, Sirius ?
- Quitter Poudlard pour apprendre la magie noire, vous voulez dire ? Bien sûr que non ! Mais je crois que je n'ai plus tellement le choix, hein ?
- Bien sûr que si ! protesta MacGonagall. Il n'a jamais été question de vous renvoyer, que je sache… Le professeur Dumbledore s'y opposerait de toute façon.
- Bien sûr… Il sait quel genre d'homme est mon père, et ce qu'il me ferait…»
Il y avait tant d'amertume, dans sa voix… Bien trop, pour quelqu'un d'aussi jeune. Subitement, MacGonagall se sentit mal à l'aise. Parce qu'elle avait enfin compris une chose : Sirius avait besoin d'aide. Vraiment.
«Nous ne vous renverrons pas, Sirius. C'est hors de question, dit-elle, d'un ton qu'elle voulait apaisant. Et je ne laisserai pas les autres élèves s'en prendre à vous impunément. Je vais mener ma petite enquête pour savoir qui vous a joué ce vilain tour hier… Pensez-vous que ce puisse être Potter ? Il était fâché contre vous…
- James… murmura Sirius, les yeux posés sur ses propres genoux. Non…
- Pourtant…
- Il ne m'aurait pas fait cela, tout de même ! »
MacGonagall n'insista pas, tant il était flagrant que la pensée que James ait pu faire une chose pareille était dérangeante pour Sirius.
« Promettez-moi d'être sage, Sirius… De ne plus tomber dans les provocations de vos camarades… Et de mon côté, je vais m'assurer qu'ils vous laissent en paix. »
Sirius acquiesça vaguement de la tête. Il se sentait déboussolé. MacGonagall semblait compréhensive, d'un seul coup, c'était inhabituel, de sa part…
« Merci, Professeur… murmura-t-il.
- Allons ensemble dans la salle commune. »
§§§§
Lily et James entrèrent dans l'infirmerie. Mrs Pomfresh les accueillit avec un sourire. James savait que l'humeur de l'infirmière était directement liée à l'état de santé de Remus. Et Remus semblait avoir particulièrement bien vécu cette pleine lune, contrairement à Sirius.
« Oui, vous pouvez le voir, répondit Pomfresh à la demande de James. Il va bien, il sera content de vous voir. Votre ami Peter est passé, tout à l'heure…»
James et Lily se dirigèrent vers le lit qu'occupait Remus, en bout de rangée. Celui-ci ne dormait pas et semblait plongé dans ses pensées. Dès qu'il vit son ami, il se redressa avec une grimace. «Remus ? Tu es malade ? » demanda Lily. Son regard était perçant. Comme tous leurs compagnons, elle s'interrogeait sur l'état de santé de leur préfet. «Rien de bien grave…» certifia Remus. Il jeta un regard à James et celui-ci vit qu'il brûlait de lui poser ses questions, sans l'oser. Alors, il prit les devants.
« Lily a soigné Sirius. »
Remus les dévisagea tous les deux, cherchant tout ce que cela impliquait. Comment Lily avait-elle été embringuée dans leurs histoires ? « Ah…
- Et elle a trouvé un moyen pour lui permettre de réapparaître sans que ce soit trop suspect…
- Oui, intervint la jeune fille. Nous l'avons enfermé dans un placard, pour faire croire à une mauvaise blague. On ne pourra pas lui en vouloir d'être resté absent aussi longtemps dans ces conditions… »
Remus approuva d'un signe de tête. Ainsi, Lily avait vu les blessures de Sirius… Qu'en avait-elle pensé ? Se doutait-elle de quelque-chose ? Il avait beau la dévorer du regard, il ne voyait rien, chez elle, qui puisse donner prise à ses craintes.
Un peu rassuré, il revint à son inquiétude première: l'état de santé de Sirius. «Comment va-t-il? demanda-t-il.
- Très mal », répondit Lily, avant que James ait pu placer un mot. Remus vit son ami se renfrogner. Sans doute avait-il décidé, une nouvelle fois, de minimiser la douleur de Sirius pour ne pas l'inquiéter. Lily ne pouvait pas avoir de tel scrupules, après tout, elle ignorait que tout était de sa faute. Il soupira doucement.
« Je ne sais pas ce qu'il a fait, ajouta Lily, mais il est passé à deux doigts de la catastrophe ! » Elle darda sur lui ses prunelles vertes, et il se sentit subitement mal-à-l'aise. « Il s'en remettra, coupa James, sentant la gêne de son ami. Et s'il a un peu de jugeote, il se tiendra à l'écart de la Forêt Interdite, désormais… Tu sors bientôt, Remus ?
- Vraisemblablement demain. Je vais bien, je suis juste un peu fatigué…»
Oui, il se sentait bien. En attaquant Sirius la veille, le loup avait satisfait son besoin morbide de chasse et de domination, et Remus n'avait pas eu à souffrir de sa frustration. Il n'avait pas été blessé, à part quelques légers coups de griffes de Padfoot. Sirius s'était si peu défendu, quand il y repensait… Moony était vraiment en colère, il ne faisait pas le poids…
Il se laissa aller sur son oreiller et ferma les yeux. Il n'avait pas vraiment envie de parler à James ou Lily. Il avait besoin d'un peu de temps pour penser à ce qu'il s'était passé entre Moony et Padfoot.
« Repose-toi, Remus, lui dit James, lui tapotant l'épaule gentiment.
- A demain, Remus, ajouta Lily.
- A demain. »
§§§§
Une fois seul, Remus put laisser ses pensées revenir sur la nuit passée. Il ne se souvenait pas de tout. Il avait l'impression que tout se résumait à une longue étreinte sanglante, qui ne s'était achevée que par la reddition absolue du chien. Comme s'il avait eu le choix…
Les motivations du loup lui échappaient encore. Le loup réagissait d'instinct, il n'avait pas de pensées rationnelles, et Remus avait beaucoup de mal à comprendre ses réactions. A vrai dire, jusqu'à présent, il ne s'était jamais vraiment intéressé à la question. Devoir cohabiter avec ce monstre et le laisser prendre possession de lui une fois par mois lui suffisait amplement, il n'avait pas la moindre envie de s'interroger davantage sur lui. Mais aujourd'hui, les choses étaient différentes. Moony avait manqué de tuer Sirius. Il devait comprendre pourquoi, et s'assurer qu'il ne serait pas tenté de recommencer.
Bon. Moony était en colère. Comme lui, Remus. Non, pas comme moi. J'en voulais à Sirius parce qu'il m'a encore une fois envoyé balader, parce qu'il s'entête à faire le fier alors qu'il ne va pas bien et qu'il repousse toutes mes tentatives pour… Pour faire la paix ?
Voulait-il vraiment faire la paix avec Sirius ? Cela ne voulait-il pas dire qu'il lui avait pardonné sa trahison ? A la vérité, il était tellement inquiet pour lui qu'il ne s'était pas posé la question dans ces termes.
Il avait bien évidemment remarqué que Sirius était à bout. Comme James. Même si l'un comme l'autre feignaient de ne rien voir. Le seul fait que Sirius s'enferme de plus en plus en lui-même indiquait l'ampleur de son mal-être. Finies, les fanfaronnades, disparus, les airs hautains. Il ne restait plus qu'un adolescent épuisé, trop écœuré pour chercher à donner le change. Il ne se donnait même plus la peine de se défendre.
Mais Sirius était habitué à affronter l'hostilité des autres, non ? Il se débattait perpétuellement avec sa famille… Pourquoi était-il tellement affecté par ce qui lui arrivait? Etait-ce parce qu'il avait perdu l'amitié des Maraudeurs ?
Et comment tu te sentirais, toi, si les Maraudeurs décrétaient subitement que tu n'étais plus digne d'eux ?
Mais cela n'expliquait pas tout. Il était sûr qu'il en faudrait bien plus, pour abattre Sirius. Sirius était tellement fort…
Alors quoi ?
J'étais en colère parce qu'il m'a envoyé baladé… Il devait reprendre le fil de ses pensées. Revenir à hier matin, pour comprendre comment il en était arrivé à l'attaquer comme il l'avait fait. J'étais en colère parce qu'il n'a pas voulu m'expliquer… Quoi, déjà ? Sa frustration semblait avoir balayé tout le reste. Pourquoi était-il allé trouver Sirius, hier matin ?
A cause de cette odeur, sur lui…
Oui, c'était cela. L'odeur qu'il avait senti sur lui hier matin. Et cela avait exaspéré Moony, aussi. Cette odeur n'avait rien à faire sur Sirius.
Sirius saignait. Il était sûr de ne pas se tromper. Cette odeur avait agité Moony.
Il y avait autre chose aussi, plus âcre.
Et un parfum persistant. Celui de…?
Remus fronça les sourcils, cherchant à préciser ses pensées. Pas un autre élève. Un professeur, donc. Il les passa en revue un à un: MacGonagall… Flitwick… Malefoy…
Malefoy. C'était le parfum de Malefoy. Remus esquissa un sourire, content d'avoir finalement trouvé… et se rembrunit aussitôt. Qu'est-ce que cela pouvait-il bien dire ?
Il sentit ses bras se couvrir de chair de poule, stupéfait par ce qu'il venait de réaliser. Malefoy s'en était pris à Sirius. Malefoy l'avait fait saigné, il l'avait…
Merde…
Quelque-chose se noua brutalement au fond de lui, lui coupa le souffle. Malefoy et Sirius… Non, Sirius n'a pas pu vouloir ça, il ne supporte pas Malefoy, il en a… peur… ?!
Bien sûr, cela expliquait l'attitude de Sirius en cours de DCFM. Sirius qui perdait tous ses moyens lorsque le professeur l'approchait ou le prenait à partie. Sirius qui était incapable, désormais, de se concentrer sur ce qu'il faisait, alors qu'il avait toujours été doué dans cette matière.
Alors, cela voulait donc dire que…?
Dans la nuit de jeudi à vendredi, Malefoy a violé Sirius.
Remus frissonna longuement sous ses couvertures.
Depuis combien de temps cela dure-t-il ? Combien de fois l'a-t-il fait ?! Et Sirius… Sirius ne réagit pas ?!
Mais pouvait-il le faire ? Malefoy devait avoir trouvé un moyen de le faire taire… Mais de toute façon, vers qui Sirius se serait-il tourné ? Les seuls à qui il aurait pu faire une confidence pareille, c'était ses amis. Remus le connaissait assez pour en être persuadé. Et de toute façon, il le voyait mal dire un truc pareil à la vieille MacGonagall…
Mais James, Peter et lui lui avaient tourné le dos.
Brusquement, il comprit le drame que vivait Sirius.
Des larmes amères lui brûlèrent les yeux. Par sa rancœur, il avait contribué à faire souffrir Sirius… Il l'avait privé de tout soutien, lui avait même pris James, son meilleur ami. Pire, il avait failli le tuer… Quelle pouvait être l'ampleur de la souffrance de Sirius, qui avait dû affronter les crocs et les griffes de celui qui avait été son ami, une nuit seulement après avoir subi les violences de Malefoy ?
Remus étouffa un sanglot dans son oreiller, le cœur broyé, à bout de nerfs.
Pardon, Sirius… Pardon…
§§§§
Sirius entra dans la salle commune des Gryffondors derrière le professeur MacGonagall. Aussitôt, les bruits de conversations cessèrent et tous se tournèrent vers leur directrice de Maison.
« Jeunes gens ! commença-t-elle. Ainsi que vous pouvez le constater, nous avons enfin remis la main sur Sirius Black… Et il semblerait que celui-ci ait été la victime d'une plaisanterie plus que douteuse ! »
Elle survola la pièce du regard, traquant la moindre trace de culpabilité sur les visages tournés vers elle.
« Il est hors de question que pareille chose se reproduise ! poursuivit-elle. Je ne veux pas de ces actes dans ma Maison, pas de vengeance, à l'encontre de Mr Black, m'avez-vous bien comprise ? »
Il y eut quelques murmures. Finalement, Antonius Parks s'éclaircit la gorge et s'adressa au professeur.
« Il est évident que ce n'est pas à nous de réguler l'attitude de Sirius Black, Professeur, dit-il posément. Mais convenez que son attitude est loin d'être irréprochable…
- Il me semble cependant que Sirius n'a plus guère fait parler de lui, ces derniers temps, contra MacGonagall, fronçant légèrement les sourcils.
- Ne s'est-il pas disputé avec Potter et Lupin hier matin ?
- En quoi cela te regarde, toi, Parks ! lâcha Sirius, les poings crispés.
- C'était juste pour signaler que tu étais loin d'être une innocente victime, Black ! répliqua le Préfet en chef.
- Cela suffit ! coupa MacGonagall. Rien ne justifie que vous fassiez justice vous-même, et encore moins de cette façon-là ! J'espère que la personne qui a joué ce tour à Black, si c'est l'une d'entre vous, n'aura pas le mauvais goût de recommencer ! Vous êtes dispensé de vos retenues pour ce soir, Mr Black. Reposez-vous, il est évident que vous en avez le plus grand besoin. »
Sirius traversa la salle commune sous les regards noirs de ses condisciples et se laissa tomber dans son fauteuil attitré, près de la fenêtre.
Les murmures et commentaires désobligeants débutèrent dès le départ de MacGonagall.
« C'est incroyable ! Il se paye le luxe de se plaindre de nous auprès de MacGonagall !
- Après son éclat d'hier, c'est un peu fort, quand même !
- Si au moins il était irréprochable !
- Qu'est-ce qu'il a fait à Lupin ? J'ai entendu dire qu'il était à l'infirmerie…»
Sirius ferma les yeux et laissa aller sa tête contre le dossier. Ainsi, s'il obtenait le plus petit soutien de la part des professeurs, c'était pour s'attirer le mépris et la rancœur de ses condisciples en retour… C'était tellement injuste…
Le portrait s'ouvrit, et Sirius coula un regard dans sa direction. James et Lily venaient d'entrer.
Il croisa le regard de la jeune fille, mais ne parvint pas à faire de même avec James, préférant se détourner. Il avait encore sur le cœur les derniers mots qu'il lui avait dits.
§§§§
Lily jeta un coup d'œil à James, mais celui-ci, apparemment, avait décidé d'ignorer le retour de Sirius dans la salle commune. Elle le regarda s'éloigner en direction de l'escalier des dortoirs, curieusement attristée.
Pourquoi s'entêtait-il à rester brouillé avec Sirius ? Il était tellement évident qu'il en souffrait !
Sirius s'était pelotonné dans un fauteuil, l'air maussade. Et elle comprit subitement pourquoi. La plupart des conversations tournaient autour de lui. De son retour dans la salle commune, de son comportement, de ce qu'il avait fait à Remus la veille, même si personne, de toute évidence, ne savait de quoi il retournait exactement. Il ne restait plus rien, de toute évidence, de l'inquiétude généralisée dont il avait fait l'objet quelques heures plus tôt. Comment pouvait-on être aussi versatile dans ses attentions ?!
Personne ne voyait donc à quel point il souffrait ?!
C'était insupportable. Insupportable d'entendre tout ce monde médire de lui sans savoir, insupportable de le voir si manifestement malheureux.
Elle traversa la pièce d'un pas décidé, satisfaite d'entendre les murmures s'estomper à mesure qu'elle approchait de Sirius. Pratiquement tout le monde la regardait, maintenant.
« Comment te sens-tu, Sirius ? » demanda-t-elle doucement.
Celui-ci lui lança un regard incertain.
« J'ai connu des jours meilleurs, Lily », répondit-il, laconique.
Elle ne savait pas vraiment s'il voulait parler de ses blessures ou de l'attitude des autres à son égard, mais elle fut particulièrement sensible au regard troublé qu'il posait sur elle. Comme s'il était vraiment surpris qu'elle lui parle gentiment.
Elle lui tendit la main.
« Tu veux bien venir avec moi ? » demanda-t-elle.
Sirius hésita, ne sachant apparemment quoi en penser.
Elle posa sa main sur la sienne, sans le quitter des yeux. Alors, il obtempéra. Il se leva péniblement de son fauteuil et la laissa l'entraîner vers les dortoirs des filles.
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