Chapitre 28 : Trouver son courage

La jeune sorcière suivait de près le maître des potions, marchant à petits pas rapides. Le vent soufflait très fort et la jeune fille rêvait d'une couverture chaude et douce sur sa peau frigorifiée.

Elle n'avait pas questionné le professeur lorsqu'il lui avait demandé de prendre son bras, mais elle ne s'attendait certainement pas à apparaître ici, dans cette petite ruelle sombre entourée de vieux bâtiment en briques usées. Bien entendue, elle avait reconnu l'endroit ; de l'autre côté de la rue se trouvait un petit pub d'aspect miteux fréquenté uniquement par des sorciers dans ce monde de Moldus. Le Chaudron baveur était également un des moyens pour se rendre sur le Chemin de Traverse, l'endroit où seuls les sorcières et les sorciers pouvaient y accéder. Mais une chose lui échappait ; pourquoi l'avoir amené ici? Pour quelle raison aurait-elle besoin d'aller sur le Chemin de Traverse?

Sans plus tarder, elle franchit la petite ruelle derrière le professeur Snape et ce dernier ouvrit la porte du pub à la volée. Amélia voulut le questionner sur leur raison d'être ici, mais patienta davantage, se disant qu'elle aurait une réponse bientôt de toute façon.

Amélia regarda curieusement autour d'elle. Le pub était très sombre, seulement éclairé par de faibles chandelles accrochées sur un luminaire au plafond et quelques-unes placées un peu partout dans la place. Dans un coin, il y avait un vieux sorcier avec une barbe mal entretenue et des vêtements longs de voyages. Il fumait une pipe en lisant un article qui semblait, de la vue de la jeune fille, d'une langue étrangère. Un peu plus loin, il y avait une sorcière d'un certain âge d'un aspect douteux qui avait les yeux rivés sur la jeune fille, un sourire maléfique qui couvrait une partit de son visage, révélant quelques dents pourrîtes. Elle flattait un grand lézard qui était installé sur une de ses épaules, révélant des oncles très longs et sales. Définitivement, cet endroit donnait à Amélia la chair de poule. Elle se rapprocha subtilement du professeur Snape, celui-ci s'approchant vigoureusement du bar.

« Ah ! Bonsoir, cher Severus. Que puis-je pour vous ce soir? », s'exclama le vieil homme derrière le comptoir du bar tout en essuyant une grande tasse à l'aide d'un vieux chiffon.

« Bonsoir. J'aurais besoin d'un endroit pour la nuit, tranquille et sans ce faire trop déranger. », répliqua calmement le professeur Snape en observant le barman d'un air indéchiffrable.

Le vieil homme édenté, se révélant être le patron du pub, regarda le maître des potions et la jeune fille alternativement en fronçant les sourcils.

« Euhm… Je… », commença-t-il en hésitant.

« Deux chambres Tom, avez-vous deux chambres de libres? », insista le professeur Snape d'un ton irrité.

Le visage ridé du patron s'éclaira soudainement.

« Ah! Oui, oui, bien sûr. »

« Parfait. », murmura le professeur en sortant d'une de ses poches quelques pièces de monnaie qu'il déposa sur le comptoir de marbre.

« Suivez-moi. Je vais vous montrer vos résidences. », dit alors le vieux sorcier.

Le professeur Snape s'avança, mais Amélia l'interpela.

« Nous ne retournons pas à Poudlard? », murmura celle-ci en jetant de nouveau un bref coup d'œil vers l'étrange femme.

« Pas ce soir. »

« Mais… »

« Le train repart seulement demain à 11h. », poursuivit l'homme d'un ton grave.

« Ah… »

Amélia soupira et suivit les deux hommes, traînant sa valise derrière elle. Elle n'avait vraiment, mais vraiment pas envie de rester à dormir ici. Elle trouvait cet endroit bizarre et trop sombre à son goût.

Une fois les escaliers montés, ils arrivèrent dans un petit couloir où se trouvaient les chambres. Le second palier semblait beaucoup plus propre et présentable que le bar. Le vieil homme s'arrêta finalement devant l'une des portes avec le numéro 7 inscrit dessus.

« La chambre pour mademoiselle. », dit-il en ouvrant la porte.

Amélia tenta de sourire, mais n'y parvint pas. À la place, elle se contenta de le remercier brièvement et entra dans la pièce.

Étonnamment, la chambre était plutôt spacieuse et invitante.

« Et voici votre clef. », ajouta le barman en tendant à la jeune fille une petite clef ancienne en fer forger. « Si vous voulez bien me suivre, Severus, je vais vous montrer la vôtre. », ajouta-t-il à l'homme vêtu de noir.

« Bien. Mais avant, auriez-vous un repas pour la jeune fille? Nous avons fait un très long voyage et elle n'a pas réellement eu l'opportunité de manger… »

« Hmm… À cette heure-ci, normalement, nous n'offrons plus de dîner… Mais je vais faire exception… Il me reste du ragoût de porc et de légumes. »

Le professeur Snape se retourna vers Amélia.

« Euh… Oui, c'est parfait… », répondit timidement la jeune Gryffondor.

« Excellent. Puis-je vous offrir la même chose? », répondit Tom en s'adressant au professeur Snape.

« Non merci. »

« C'est vous qui le dîtes. »

« Si vous pouviez lui faire un thé aussi. », ajouta le maître des potions.

« Absolument.», répondit poliment le barman en s'inclinant légèrement puis en s'éloignant avec le professeur Snape.

Amélia lui sourit un court moment puis déposa sa valise au pied du grand lit baldaquin. Elle tira les rideaux de l'unique fenêtre de la pièce et regarda soigneusement la vue dehors. Une traque de train était tout près et elle pouvait apercevoir plusieurs bâtiments à demi éclairés.

Hmmm… Pas trop mal…

Elle resta là un moment, les avant-bras accotés sur la paroi de la vitre, à regarder la pénombre d'un air absent. C'est le petit coup à la porte qui la sortit de ses pensées. Elle se retourna rapidement et aperçut le vieux barman au pan de sa porte encore grande ouverte.

« Désolé de vous avoir fait sursauter, jeune demoiselle, mais c'est simplement pour vous avertir que votre repas sera prêt dans une dizaine de minutes. Il suffit de le réchauffer dans la grande marmite et vous pourrez manger. Votre thé, par contre, pourra vous être servi à l'instant où vous serez à table. »

Amélia acquiesça de la tête subtilement.

« Merci… Je serai là dans une minute. »

Le vieil homme s'inclina poliment et quitta l'embrasure de sa porte pour se diriger vers l'escalier. Amélia se redressa, s'étira le dos puis sortit silencieusement de sa chambre en la refermant à clef.

Elle descendit les escaliers en fredonnant subtilement puis se dirigea vers la longue table en bois usé, juste en face du foyer où bouillonnait son repas. Comme l'avait promis Tom, son thé arriva presque instantanément et elle put en boire la moitié en attendant l'arrivée de sa nourriture. Puis, elle se retourna lorsqu'elle entendit quelqu'un descendre des escaliers. Elle ne fut pas surprise de voir le professeur Snape faire son apparition, bien que logiquement, il serait resté enfermé dans sa chambre, ravi d'avoir enfin la paix. Lentement, il se dirigea vers la grande table et vint s'asseoir juste en face de la jeune fille. Il reçut également une grande tasse de thé et remercia poliment l'hôte.

Amélia, ne sachant trop quoi dire, se contenta de siphonner lentement le restant de son thé, faisant mine de s'intéresser aux cinquantaines de bouteilles de substance élucide derrière le bar.

« Vous semblez fatigué. », dit finalement le professeur.

Amélia tourna les yeux vers le professeur tout en restant totalement immobile.

« La journée a été longue… », répondit-elle.

« C'est compréhensible. »

Il y eut de nouveau un moment de silence, jusqu'à ce que la jeune fille reprenne d'un ton curieux :

« Vous avez raté des cours de potions, aujourd'hui… »

Le professeur fixa la jeune fille d'un air illisible.

« Je n'ai pas de cours, le vendredi après-midi. »

« Ah… »

De nouveau le silence.

« C'est dommage, nous allons rater le premier match de la saison de Quidditch. En plus, c'est Gryffondor contre Serpentard, ça promet. »

Le professeur Snape n'ajouta rien, ce qui invita la jeune fille à poursuivre aisément.

« J'espère que les Gryffondor vont leur flanquer une volée ! De toute façon, nous savons tous que c'est les Gryffondor qui sont les meilleurs… »

Le professeur dévisagea minutieusement la jeune fille, signe qu'il était totalement en désaccord avec son propos.

« Ben quoi! C'est vrai! »,

« Miss Walters… »

« La coupe de Quidditch a appartenu à qui pour les dernières années? »

« Cela n'a aucun rapport. »

« Au contraire! Cela a… »

« Voilà votre repas, Mademoiselle. Ragoût de porc et de légumes du jour ! », intervint Tom sans réellement se rendre contre qu'il venait de l'interrompre dans son propos. La jeune fille regarda le professeur Snape et ce dernier observait le vide, un air moqueur couvrant son visage pâle. Puis, elle regarda le plat que le barman venait de déposer devant elle. Le ragoût avait l'air meilleur qu'elle l'aurait pensé et ne fut pas déçu en prenant la première bouchée.

« Hmm… C'est très bon. », répondit Amélia à Tom.

« Merci! », conclut ce dernier en s'éloignant derrière le comptoir.

Amélia vida son assiette en un moins de temps et bâilla longuement.

« Il est temps pour vous d'aller dormir. »

« Oui… »

Lentement, elle se leva.

« Bonne nuit, professeur. »

Ce dernier observa la jeune fille sans broncher. Amélia prit son assiette et alla la porter sur le comptoir du barman.

« Merci encore une fois pour ce délicieux repas, Monsieur. »

« Tout le plaisir est pour moi, petite demoiselle. »

Puis, Amélia monta les escaliers et retourna à sa chambre, prenant soin de bien refermer la porte derrière elle. Le luminaire accrocher au plafond de la pièce était encore allumé donc la jeune fille n'eut pas besoin de s'approcher à l'aveuglette vers sa valise. Elle repéra un pyjama en dessous de la petite pile de gilets et l'enfila aussitôt. Avant d'aller au lit, elle sortit de la chambre, en prenant bien soin de regarder de chaque côté pour ne pas se faire repérer dans cette tenue similiridicule, puis marcha sur la pointe des pieds jusqu'à la petite salle de bains au bout du couloir. Elle en profita également pour se brosser les dents puis se laver le visage et enlever son maquillage. Puis, après avoir terminé, elle rouvrit la porte et se rendit, encore une fois, sur la pointe des pieds à sa chambre. Elle barra la porte, referma ses rideaux, puis courra jusqu'à son lit et sauta dedans. Il n'était pas aussi moelleux que celui à Poudlard, mais il n'était pas trop mal non plus. La jeune fille s'emmitoufla confortablement dans ses couvertures et s'endormit presque aussitôt.

Elle se réveilla le lendemain matin à une heure plutôt raisonnable, due principalement au fait que la totalité de sa chambre s'était mise à vibrer au moment où un train avait fait surface sur la traque de fer près de sa fenêtre.

Lorsqu'elle écarta les rideaux, elle ne fut guère surprise par l'absence du soleil, mais fût grandement satisfaite de se retrouver face à un ciel d'un blanc de perle et non pas devant une journée sombre et pluvieuse. Elle ouvrit la fenêtre un moment pour en juger la température et constata qu'il faisait pratiquement aussi frais que le soir d'avant et que l'herbe était toujours recouverte de givre.

C'est un peu froid… Mais c'est tout de même une bonne température pour un premier match de Quidditch. La visibilité des joueurs ne sera pas éblouie par le soleil et les nuages sont assez haut donc ils n'auront probablement pas aussi froid qu'ils auraient pu être possible…

Puis, elle referma la fenêtre en grelotant, puis décida de s'habiller et d'aller à la salle de bain. En brossant ses dents d'une main, elle tentait d'installer une petite barrette sur le côté de ses cheveux afin d'éloigner une mèche de son visage. Le résultat était satisfaisant et il ne lui resta qu'à se mettre un peu de mascara pour une touche finale. Elle sortit de la salle de bain en un moins de temps et descendit les escaliers en longeant une main sur la rampe. Ses sourcils s'élevèrent lorsqu'elle remarqua le professeur Snape qui était déjà assis à la grande table, habillé et intacte.

« Vous avez bien dormi? », questionna le maître des potions lorsque la jeune fille ne s'installa pas trop loin de lui.

« Oui… Et…hmm… vous? »

Le professeur regarda la jeune fille pendant quelques secondes comme s'il aurait eu envie de rire. Il n'eut pas besoin de répondre quoi que ce soit que le barman, Tom, arriva à la table et déposa une assiette de toasts et d'œufs tournés devant Amélia.

« Je reviens avec un peu de jus de citrouille pour mademoiselle. J'espère que vous avez dormi confortablement. », dit-il en s'éloignant.

Amélia acquiesça de la tête et regarda la grande tasse au professeur Snape, qui semblait contenir du thé, et demanda :

« Vous ne mangez pas? »

« J'ai déjà mangé. », répondit-il sans détourner ses yeux de son article de journal.

Amélia devina alors qu'il ne semblait pas apprécier qu'on le questionne sur ses habitudes.

Il préfère ne pas trop en révéler sur lui-même… Restez mystérieux et imperceptible… un vrai Serpentard, celui-là.

La jeune sorcière commença donc à déguster son petit déjeuner, recevant peu de temps après une grande tasse contenant du jus de citrouille.

« Merci. », proclama la jeune fille lorsque Tom débarrassa son assiette désormais vide devant elle.

Ce dernier lui sourit en guise de reconnaissance.

« Nous ferions bien d'y aller. »

« Déjà? », questionna la jeune fille.

Le professeur Snape fronça les sourcils en l'observant.

« Il est près de 10h40. »

Amélia claqua sa main sur sa bouche. Le professeur Snape afficha un rictus moqueur.

« Vous avez dormi longtemps. », affirma-t-il.

La jeune fille se sentit honteuse.

Moi qui croyais m'être levée tôt, ce matin.

« Je ferais bien d'aller chercher ma valise, dans ce cas. »

« Certes. », répondit le professeur d'un ton impartial.

La jeune fille se leva et fit mine de ne pas trop se dépêcher, mais une fois qu'elle arriva au deuxième étage, elle courra jusqu'à sa chambre et remit la petite pile de vêtements qu'elle avait sortis de sa valise (le choix avait été rigoureux, ce matin-là) sans prendre la peine de plier le tout et referma la valise d'un coup sec. À l'aide de sa baguette, elle lança un sort au lit pour qu'il commence à plier les couvertures et placer les coussins et oreillers, question de politesse et de savoir-vivre, mais le résultat ne fut guère concluant, obligeant la jeune fille à terminer le tout à la façon Moldu. Elle se remémora qu'elle devra pratiquer davantage ses sortilèges ménagers et demander quelques conseils pratiques à sa grand-mère, qui était particulièrement douée pour ce type de magie.

Finalement, elle retourna au rez-de-chaussée en un temps respectable, le professeur Snape se tenant debout avec son sac sur une épaule, prêt à partir.

« Je suis prête… », affirma la jeune sorcière en reprenant un peu de souffle.

« Parfait. »

Ils s'avancèrent vers la porte de sortie d'un pas rapide.

« J'espère vous revoir très bientôt. Ce fût un plaisir de vous rencontrer mademoiselle. », s'exclama le vieil homme.

Amélia le remercia de son hospitalité et ils sortirent dehors, dans l'air glacial.

« Pitié, dîtes-moi que nous n'aurons pas besoin de prendre le Magicobus. », supplia la jeune fille en resserrant son écharpe.

Le professeur se retourna vers elle et répondit :

« Prenez mon bras. »

Amélia soupira en guise de soulagement et s'agrippa au bras de son professeur.

En quelques secondes, ils avaient quitté la petite ruelle peu passante pour la gare de train peuplé de centaines de travailleurs Moldu.

« Restez près de moi. »

Amélia leva un sourcil et l'observa d'un air moqueur.

« Professeur, je crois être capable de me rendre à la gare King Cross sans me perdre. »

Le professeur Snape échangea un regard hostile avec la jeune fille sans toutefois répliquer verbalement.

Ils arrivèrent à la barrière entre la gare neuf et la dix assez rapidement et le professeur Snape insista sur le fait qu'Amélia devait passer la première.

« Vous êtes ma responsabilité. Ne tentez pas de compliquer les choses. »

Amélia soupira.

« Ouais ouais, les femmes d'abord, c'est bon, j'ai compris. »

Le professeur Snape afficha un rictus moqueur et observa la jeune fille disparaître à travers le mur. Puis, à son tour, il marcha d'un pas rapide vers la barrière et disparu, ne laissant aucune trace de son passage quelques secondes plus tôt.

Amélia l'attendait patiemment de l'autre côté et lorsque son professeur fit apparition dans l'autre monde, ils longèrent le train en se dépêchant et entrèrent par l'une des portes qui était ouverte pour les accueillir.

À peine deux minutes plus tard, le train démarra et prit de la vitesse en un moins de temps, quittant la ville de Londres pour retrouver les vastes champs de la campagne en direction du magnifique château. Amélia se surprit à penser qu'elle avait plutôt hâte de retrouver l'école. Bien sûr, son petit séjour à Londres lui avait fait grandement du bien, surtout le fait de voir sa grand-mère et de savoir qu'elle allait guérir et que tout rentrait dans l'ordre, mais Poudlard était un endroit réconfortant pour elle et pendant une minute, elle eut envie de pleurer en sachant qu'elle allait devoir quitter ce magnifique endroit à tout jamais suite à la fin de ses études.

« Nous pourrions nous installer dans celui-là. », dit la jeune fille.

Pour une fois qu'elle avait le choix d'un wagon, même si en réalité ils étaient pas mal tous semblables, elle s'installa dans celui qui lui donnait une bonne sensation de confort.

Le professeur Snape, cependant, s'arrêta sur place. Il semblait avoir bloqué sur le fait qu'elle avait dit «nous». Il se contenta de l'observer un moment dans le cadrage de la porte vitrée alors qu'elle déposait sa valise et s'installait sur la banquette confortable près de la fenêtre.

« Est-ce que vous avez toujours su que vous vouliez devenir professeur? »

La question de la jeune fille le pris pas désarroi. Pendant un moment, il resta parfaitement immobile, sentant les yeux de son étudiante sur lui. Puis, lentement, il s'approcha et s'installa sur la banquette en face de la jeune fille.

« C'est compliqué. », répondit-il finalement d'un ton hésitant.

« Ce n'est pas une réponse bien claire. », répliqua la jeune sorcière d'un ton de reproche.

« Pourquoi tenez-vous à savoir ça? »

Amélia soupira. Bon sang qu'il a le don de détourner les questions, celui-là.

« Je… Je ne sais pas trop… », répondit-elle.

Pendant quelques secondes, ils se regardèrent sans brocher.

« Ce n'est pas une réponse bien claire. », répliqua finalement le professeur Snape d'un air satisfait.

La jeune fille plissa les yeux et tourna la tête vers la fenêtre, prise au dépourvu par sa réponse qu'elle-même lui avait donnée quelques secondes plus tôt.

« Pourquoi je répondrais à vos questions si vous ne répondez pas aux miennes ? », accusa-t-elle d'un ton outré.

« Parce que ce n'est pas mes réponses qui vous aideront dans le futur. »

Amélia se retourna lentement vers lui.

« Je veux simplement savoir si les gens de votre génération se sont posé des questions comme moi, sur le futur, sur la vie… »

Il y eut une minute de silence, durant laquelle Amélia se dit que c'était peine perdue et qu'il n'ajouterait probablement rien à la conversation. Pourtant, il fit tout le contraire.

« Nous nous en posons tous les jours… »

« Vraiment? », questionna la jeune fille.

« Vraiment. »

« Et quel genre… de question…? »

Le professeur Snape leva un sourcil.

« Vous y aller un peu fort. »

« Je suis curieuse, c'est tout. »

« Ne vous ai-je jamais dit que la curiosité est un vilain défaut? »

« La curiosité n'est pas un défaut. Au contraire, elle amène beaucoup de savoir. »

Le professeur regarda la jeune fille sans brocher. L'absence de réponse dans les cinq secondes à venir confirmait à la jeune fille qu'elle venait de marquer un point.

« Donc… Vous comptez faire quoi exactement lorsque vous aurez terminé vos études à Poudlard? »

Amélia regarda ailleurs.

« Je… je ne sais pas trop. »

« Vous ne savez pas trop… », répéta lentement le professeur Snape rendant la réponse de la jeune fille complètement ridicule.

« Je... Non. »

« Vous devez forcément avoir une petite idée… »

« Peut-être bien… »

Le professeur Snape observa la jeune fille d'un air insistant.

« J'aime les cours de sortilèges… Et de métamorphose… », révéla finalement la jeune sorcière.

Le professeur se redressa subtilement.

« Donc vous aimeriez enseigner? »

Amélia afficha un air gêné.

« Je… ne sais pas trop… »

« Miss Walters… », insista-t-il.

« Peut-être bien, oui. »

Il y eut quelques secondes de silence.

« Je vois. »

Amélia leva les yeux aux ciels.

« Vous trouvez cette idée ridicule à ce que je vois. »

« Pas du tout. »

Amélia le regarda droit dans les yeux. En effet, il semblait plutôt sincère.

« Et… Hmm… Vous aimez… Enseigner? », questionna-t-elle.

Le professeur Snape la fixa intensément pendant un moment.

« Il y a des choses plus désagréables, en effet. »

Amélia éclata de rire.

« Oui, j'imagine. », entre deux rires.

Le professeur afficha un air ricaneur.

« Donc vous aimeriez enseigner la métamorphose ou les sortilèges? »

« Surtout les sortilèges, je crois. »

« Hmm… Je vois. »

« Mais je ne crois pas que ce serait possible. »

« Pourquoi vous dîtes cela? »

« Parce que le professeur Flitwick est un excellent professeur. »

La jeune fille marqua une pause.

« Je ne vois pas le rapport. », conclua le maître des potions.

Amélia ne répondit pas, incitant le professeur à poursuivre.

« Le professeur Flitwick est impliqué dans beaucoup d'affiliations dans l'école et à même à l'extérieur. Il est indispensable qu'il doive un jour céder sa place, comme tout le monde. »

« J'imagine… »

Le professeur observa la jeune fille curieusement.

« Donc vous voulez vraiment enseigner à Poudlard? », questionna-t-il sérieusement.

« Je… J'aime Poudlard. Non… J'adore Poudlard. Je me sens bien dans cette école et je n'ai aucune envie de la quitter. »

« Je comprends… Et y a-t-il autre chose que vous aimez particulièrement? »

Amélia l'observa et sourit subtilement.

« En fait, oui. »

La jeune fille marqua une pause.

« La musique. »

Les sourcils du professeur s'élevèrent. Il sembla surpris de cette révélation et sembla vouloir en savoir davantage, mais au moment où il voulut la questionner, il y eut un bruit sourd qui fit basculer le train. Amélia perdit l'équilibre et tomba par en avant sur les genoux, sa lourde valise lui tombant dessus. Le professeur Snape s'agrippa sur le rebord de la fenêtre et parvint à retrouver son équilibre assez rapidement. Au moment où il se pencha vers la jeune fille afin de la libérer de son emprise, les lumières du train s'éteignirent d'un coup et ils furent plongés dans la pénombre. Dehors, le ciel n'était plus d'un gris clair, mais d'un gris foncé, presque noir. Le professeur Snape avait eu le réflexe de sortir sa baguette et éclairait désormais le petit wagon.

« Vous n'êtes pas blessée? », questionna le maître des potions.

« Non… », répondit la jeune fille dans un chuchotement en se frottant le bras où la valise l'avait cogné.

« Vous êtes absolument certaine? Votre bras, il… »

« Il est en parfait état, professeur. Je risque d'avoir une petite ecchymose, rien de pire. »

Le professeur marmonna quelque chose d'inaudible et aida la jeune sorcière à se relever.

« Qu'est-ce qui se passe? », questionna la jeune fille, inquiète.

Le train grinçait dans un bruit de ferraille, ralentissant. Puis, la locomotive s'arrêta brusquement ce qui fit de nouveau basculer la jeune fille en avant. Heureusement, elle avait le professeur Snape pour l'empêcher de tomber de nouveau et rien ne lui tomba dessus cette fois. Le professeur fronça les sourcils.

« Je n'en suis pas totalement certain encore… Je vais aller jeter un coup d'œil. Et sachez que je vous ordonne de rester ici. Quoi qu'il arrive, vous ne sortez pas de ce wagon, c'est bien clair ? », ordonna-t-il d'une voix rauque.

« Très clair. », chuchota-t-elle.

« Bien. Vous feriez mieux de sortir votre baguette. »

La jeune sorcière acquiesça et la sortit de sa poche.

« Et je vous conseille de ne pas l'allumer. Mieux vaut pour vous de rester discrète. »

Amélia approuva d'un bref mouvement de tête, les yeux rivés sur son professeur. Puis, ce dernier sortit du wagon dans le plus grand silence. La porte se referma d'elle-même, plongeant la jeune fille dans la noirceur totale. Elle était si terrifiée désormais qu'elle osait à peine cligner des yeux. Elle essayait du mieux qu'elle pouvait de rester silencieuse, mais elle avait l'impression que sa respiration la trahissait, résonnant dans le silence pesant de la petite pièce.

La baguette serrée dans sa main, pointant la porte, la jeune fille se demandait ce qui se passait. Elle sentait que son corps se refroidissait et devenait de moins en moins confortable avec la situation. Elle détestait devoir rester ici, à se cacher sans pouvoir ne rien faire pour aider. Elle aurait préféré aller avec son professeur. Au moins, elle aurait été plus utile que cachée dans ce wagon ridicule. Elle était terrifiée, certes, mais sa curiosité et son solidarisme vainquaient sa peur. Pourtant, le professeur Snape lui avait fait promettre de ne pas bouger d'ici. Certes, elle n'avait techniquement pas donné sa promesse, mais elle savait pertinemment qu'il serait furieux si elle le désobéissait.

Puis, au moment où elle se disait que pour une fois, elle suivrait les conseils du maître des potions, elle entendit un autre bruit sourd suivi d'un son horrible. Elle n'arrivait pas à savoir de quoi ou de qui il pouvait s'agir ni si l'on pouvait qualifier ce son monstrueux comme un cri ou une complainte, mais il ne faisait aucun doute que ce qui l'attendait au bout du couloir n'était guère accueillant. Il y eut une détonation, un bruit de fracas puis une lueur claire qui jaillit de l'obscurité. Puis, tout redevint sombre en un instant à l'unique exception qu'elle sentait qu'elle avait beaucoup moins froid.

Au moment où elle se dit que finalement, la chose en question devait être vaincue, elle sentit de nouveau un frisson intense l'envahir. Puis, elle réalisa le pire. Des Détraqueurs, dans le train. Ce ne pouvait qu'être eux. Elle se souvenait, deux ans plus tôt, qu'il y avait eu l'apparition des Détraqueurs autour du train et qu'un avait réussi à s'infiltrer dans le train. Elle avait ressenti le même froid, la même terreur, les mêmes souvenirs effroyables. Seulement, cette fois, le tout était amplifié.

Il doit en avoir plus qu'un…

Sans hésiter, elle se redressa pour se donner un peu de courage et fit glisser la porte. C'est sur la pointe des pieds qu'elle sortit du wagon, se retrouvant dans le long couloir sombre. Le professeur Snape devait être beaucoup plus loin, dans un wagon différent séparé par des portes au bout du couloir.

Amélia ne savait par quel chemin prendre. Pendant un moment, elle ferma ses yeux et se laissa guider par son instinct. Quelques secondes plus tard, elle décida de se diriger vers la droite, là où elle sentait de plus en plus le froid à mesure qu'elle avançait. En arrivant au bout du long couloir, elle poussa la porte de bois et se retrouva dans un second wagon suivi d'un très long couloir. Le froid se faisait de plus en plus insistant. Amélia sentait le désespoir l'envahir de plus en plus, mais elle tenta de penser à des souvenirs heureux, mais plus elle s'approchait de son but, plus cela devenait difficile. Puis, au moment où elle s'en attendait le moins, une énorme silhouette flottante apparue devant elle, s'exprimant d'un râlement horrible. La seconde qu'elle vit la chose, elle sut immédiatement qu'il s'agissait bel et bien d'un Détraqueur. Elle eut le réflexe de reculer rapidement, mais l'horrible monstre était plus rapide qu'elle. Pendant un moment, elle sentit que tout était terminé, que sa vie s'arrêta là, que plus jamais elle ne ressentirait l'envie de rire. Puis, elle pensa à sa grand-mère, à ses amis, et eut le courage de pointer sa baguette sur le Détraqueur en s'écriant :

« Spero Patronum! »

Aussitôt, une fumée argentée jaillit de l'extrémité de sa baguette magique, s'amplifiant rapidement, devenant une forme argentée parfaitement définie. L'animal fonça directement sur le monstre aux pas de course. Amélia observa l'agilité de son Patronus qui avait la forme d'une panthère repousser le Détraqueur avec fougue.

Puis, elle sentit quelque chose derrière elle. Elle se retourna vivement et fut immédiatement prise par surprise due au fait que désormais, plusieurs Détraqueurs se retrouvaient désormais derrière elle. Elle voulut s'éloigner rapidement, mais s'enfargea sur le côté et sa baguette magique lui glissa des mains. Aussitôt, son Patronus, sa seule source de lumière, de courage et d'espoir, disparu pour la laisser de nouveau dans l'obscurité. Rendue à quatre pattes, la jeune sorcière chercha sa baguette à tâtons. Elle ne voyait plus rien, ses yeux n'étant pas encore habitués à l'obscurité, et sentait les horribles Détraqueurs l'encercler. Au moment où elle crut que tout était terminé pour elle, elle réussit à mettra la main sur sa baguette. Aussitôt, elle l'éleva dans les airs, pointant au hasard le bout de sa baguette magique, espérant atteindre un Détraqueur, et s'écria de nouveau :

« Spero Patronum! »

Cependant, cette fois, son sortilège manquait grandement de conviction et la pauvre sentait de plus en plus les créatures des ténèbres l'envahir. De nouveau, elle ferma les yeux, imaginant un repas de Noël en compagnie de sa grand-mère, mais elle avait terriblement de difficulté à s'imager ce souvenir merveilleux.

Au moment où elle se dit qu'elle aurait dû s'en tenir au conseil de Snape, une lueur argentée énorme envahit la pièce. Amélia se retourna et aperçut à ce moment la silhouette de son professeur de potion. Elle savait qu'elle était désormais sauvée. Elle savait qu'elle n'avait plus rien à craindre, qu'elle retournerait à Poudlard, qu'elle reverrait sa grand-mère ainsi que ses amis.

Elle était tellement éblouie par la lumière qu'elle ne parvint pas à distinguer le Patronus de son professeur, mais il ne faisait aucun doute qu'il était bel et bien présent. Elle vit alors trois Détraqueurs se faire heurté par l'animal. Malgré leurs résistances, ils succombèrent à l'attaque. Amélia constata qu'il restait un Détraqueur derrière elle. Elle pointa sa baguette sur la créature des ténèbres en prononçant le sortilège ultime. La panthère argentée refit surface et fonça sur le Détraqueur, qui commençait déjà à reculer de frayeur, et le félin heurta le monstre qui sortit par une fenêtre et s'éloigna en compagnie des autres Détraqueurs.

Amélia expira bruyamment, soulagée.

« Mais qu'est-ce qui vous a pris! », s'écria alors le professeur Snape, plus furieux que jamais.

La mâchoire de la jeune Gryffondor s'entrouvrit, laissant place à la confusion dans le visage d'Amélia.

« Je… J'ai voulu savoir ce qui… »

« Je croyais pourtant avoir été claire! Je vous ai ordonné de rester dans le wagon et de ne pas bouger ! Quelle partie n'avez-vous pas comprise là-dedans! », s'emporta de nouveau le professeur.

Amélia, scandalisée d'être traitée de la sorte, s'emporta également.

« Je n'aime pas qu'on m'ordonne de faire quelque chose! Je suis assez grande pour… »

« Si vous croyez que je ne l'avais pas déjà remarqué! Vous êtes absolument incontestable! Vous n'écoutez don jamais rien ? »

Amélia afficha un air boudeur, complètement abasourdie d'être punie de la sorte.

« J'ai simplement voulu vous aider… »

« M'aider? Ai-je l'air de quelqu'un qui a besoin d'aide? », répliqua-t-il, scandalisé.

« Mais j'avais entendu des bruits bizarres et j'ai eu peur qu'il vous fût arrivé quelque chose. J'ai simplement voulu… »

« Rien ne m'est arrivé, petite tête de mule! Et au cas où vous ne l'avez pas remarqué, ce qui semble être visiblement le cas, c'est vous qui avez failli y rester! »

« J'ai su me défendre très bien seule! »

« Ah vraiment? Parce que quand que j'ai apparu, j'ai cru entrevoir que vous sembliez grandement en danger! »

« Cela ne signifie pas que je ne pouvais pas me défendre seule! »

« Alors pourquoi ne pas l'avoir fait? »

« J'ai essayé! »

« Ah voilà! Vous avez essayé! Et c'est ça qui aurait supposément sauvé votre peau? Le fait que vous ayez essayé? »

« J'ai réussi à en faire disparaître! »

« Ça oui, une fois que j'ai apparu! »

Des larmes de colère coulaient désormais sur les joues de la jeune sorcière.

« Mais c'est quoi cette idée que tous les Gryffondor ont a toujours vouloir jouer les héros! », ajouta-t-il avec colère.

C'en était trop. D'un geste brusque, Amélia se releva et courra jusqu'au bout du couloir. Elle claqua la porte derrière elle, malgré les contestations du professeur Snape, et courra de nouveau dans le second wagon, puis dans le troisième, puis dans le quatrième. Rapidement, elle repéra celui où contenait sa valise et l'ouvrit brusquement. Elle prit les objets qu'elle jugeait nécessaires, entre autres une seconde paire de chaussettes et toute la monnaie qui lui restait. Rapidement, elle ressortit du wagon, laissant sa valise ouverte, fuyant jusqu'au fond du couloir. Au bout de celui-ci, il y avait également une porte, à l'exception qu'elle menait à l'extérieur, et non pas à un autre wagon. Elle avait remarqué que le train s'était de nouveau mis en mouvement, mais il n'avait pas encore pris de vélocité, roulant à une vitesse encore très lente. Sans hésiter, elle ouvrit la porte, surprise de nouveau par la température glaciale. La jeune sorcière pris alors une grande inspiration puis, sans hésiter une seconde de plus, sauta du train.

.oOoOo.

Oulà! Bon ok, je l'admets. J'avais dit que le meilleur serait à venir… Mais je ne voulais pas nécessairement parler du prochain chapitre… (Bon bon ok, je l'admets, la tournure de ce chapitre n'est pas venu exactement comme je l'avais prévu, mais un peu de drame pour pimenter le tout, ça vaut le coup!) Hihihi bon bon bon ok, je promets que la suite viendra très bientôt parce que j'avoue que c'est mortel de vous laisser sur le qui-vive ainsi. J'espère que vous avez quand même aimé… J'avoue que ça m'inquiète dû au fait que je sais que ça fait longtemps que vous attendez enfin un moment croustillant et j'espère que vous ne vous lasserez pas avant. (mais je promets qu'il y aura tout de même toujours des aventures palpitantes, après tout, on parle bien d'Amélia Walters! hihi) Bref. Il faudra encore patienter (après tout, on parle également de Severus Snape ici, c'est donc important pour moi de le garder le plus intacte et vrai possible donc je préfère prendre les choses très lentement…) J'espère que vous comprendrez...

Dernière chose : Un gros merci à mes lecteurs et lectrices (je crois qu'en fait, c'est plutôt des lectrices hihihi… Mais s'il y a des lecteurs, ne vous gênez pas pour vous manifester!) Non, mais sérieusement, vraiment, ça me touche que vous preniez de votre temps pour lire cette fiction. J'espère qu'elle vous procure des minutes (ou des heures si vous avez lu la fic du début à maintenant en une journée... et si c'est le cas, Wow, je suis impressionnée!) de plaisir et que vous êtes toujours aussi intéressé à lire la suite ! Vous n'êtes peut-être pas super nombreux à la lire, mais chacun de vous faites une énorme différence. Et sachez que vos reviews me touchent toujours autant. Bon, assez parlé… À bientôt pour un nouveau chapitre! :)

xoxo