Cloué au sol, Scott perdit le contrôle.

L'adolescent n'arrivait plus à maîtriser le loup. L'animal ne supportait pas de s'être fait jeter à terre comme ça et il voulait se venger. Arracher une jambe à cet humain qui s'était cru plus fort que lui serait un bon début. Lui mordre le bras pourrait également s'avérer efficace pour lui faire comprendre qu'on ne bousculait pas un loup garou impunément.

L'odeur de la sueur et du sang lui emplissait les poumons, l'énervant davantage. Le sang battait à ses oreilles et la seule chose qu'il percevait, c'était son pouls. Scott se redressa lentement en position assise, une douleur pulsant doucement au niveau des côtes, là où le coude de son adversaire s'était enfoncé.

Avant qu'il ait pu se relever entièrement, Isaac et Jackson bondirent à ses côtés.

— Calme-toi, Scott, intima le garçon frisé en lui posant la main sur l'épaule.

Le loup se sentit vexé. Ses frères de meute ne le soutenaient même pas. Il venait de subir une humiliation. Ils auraient dû sauter sur son agresseur et le tenir pendant qu'il le passerait à tabac.

Jackson secoua la tête.

— Ne t'énerve pas. Garde le contrôle. C'est toi le maître !

— Tu pourrais faire du mal à Allison si tu laisses le loup te dominer, ajouta Isaac.

Scott releva la tête en entendant le nom de sa copine. Il tourna la tête vers les gradins et la repéra. Même s'il était loin d'elle, il distinguait son air inquiet, ses mains jointes contre son cœur, ses lèvres pincées, ses sourcils froncés, ses yeux brillants d'angoisse.

L'adolescent était fou de la chasseuse. Même le loup l'appréciait, bien qu'elle fasse partie d'une famille qui voulait du mal à ses frères. La jeune fille rendait son humain heureux et c'était une sensation agréable pour l'animal.

Il ne voulait pas qu'elle soit blessée. Mais d'un autre côté, il ne voulait pas laisser passer l'affront qu'on lui avait fait. Il voulait montrer à Allison qu'il savait se faire respecter et qu'elle avait eu raison de le choisir.

« Relève-toi »

Le loup tendit l'oreille. Il reconnut aussitôt la voix de son alpha. Derek avait chuchoté mais ses paroles étaient quand même parvenues jusqu'à Scott, malgré les bruits ambiants et la distance. Résonnant comme un ordre.

« Tu te calmes et tu te lèves »

L'adolescent détourna les yeux des gradins et croisa les regards inquiets de Jackson et Isaac. Le loup se calma. Il ne pouvait pas désobéir à un ordre de son alpha. Il ne voulait pas se battre avec ses frères de meute.

— On va te venger, lui promit Jackson, devinant son conflit intérieur. Mais calme-toi.

Scott hocha la tête. L'animal recula et laissa le contrôle du corps à l'humain.

— Laisse nous gérer ça. On va se débrouiller à deux, assura Isaac en tapotant l'épaule de son ami.

Voyant que l'adolescent était toujours à terre, l'arbitre et le coach des Cyclones s'approchèrent de lui.

— Ca va aller ? s'inquiéta Finstock.

— Oui, il a juste besoin de reprendre ses esprits, assura le garçon frisé.

— Le choc n'a pas été trop violent ?

Le coach se voyait déjà devoir faire évacuer l'un de ses meilleurs joueurs et devoir le remplacer.

— Non, c'est bon, affirma Scott en tendant les mains vers Jackson et Isaac pour qu'ils l'aident à se relever.

Le frisé lui sourit et le blond se sentit soulagé en constatant que ses yeux avaient perdu leur teinte ambrée. Les deux garçons lui attrapèrent les bras et le remirent sur pied. Heureusement pour lui, il ne restait que quelques secondes avant la fin du troisième quart temps et Scott put rapidement aller s'écrouler sur le banc pendant la courte pause qui séparait les deux derniers quart d'heure.

L'adolescent n'écouta que d'une oreille le discours du coach qui félicitait ses joueurs pour avoir rattraper leur retard et les encourageait à poursuivre leurs efforts pour gagner le match. Il dut repartir sur le terrain bien trop vite à son goût et pria pour que le quatrième quart temps arrive rapidement à son terme. L'arbitra siffla et Scott traîna ses jambes plus qu'il ne courut pour suivre Jackson, qui avait réussi à se saisir de la balle.

# #

Il ne restait plus que sept minutes à jouer et les Aigles avaient réussir à reprendre deux points d'avance. Les Cyclones se décourageaient. Scott n'osait plus faire appel au loup et était tellement épuisé que même Matt et Stiles étaient plus efficaces que lui. Jackson et Isaac, effrayés à l'idée de perdre à leur tour le contrôle d'eux-mêmes s'ils se faisaient bousculer, n'osaient plus tellement laisser leur loup les aider.

Et sur le banc de touche, le coach désespérait tellement qu'il n'avait même plus la force de houspiller Greenberg. La peau de son pouce était toute arrachée et des gouttelettes de sang perlaient autour de son ongle.

Soudain, il se redressa, yeux écarquillés, poings serrés. Jackson venait de subtiliser la balle à l'un de ses adversaires et fonçait vers les buts des Aigles. Deux joueurs tentèrent de lui barrer la route mais l'adolescent fit une passe habile à Stiles. Le garçon s'élança vers le goal sans perdre de temps. Il visa et tira.

La foule se leva en hurlant lorsque la balle s'écrasa contre le filet du but des Aigles et que l'arbitre siffla pour confirmer le point. Finstock s'époumona pour féliciter son joueur.

Un sourire ravi s'afficha sur le visage de Stiles. Isaac lui sauta dessus pour le féliciter et Jackson lui donna une tape sur le casque pour témoigner de sa joie. L'adolescent se tourna vers les gradins et fut bien content que son père et son amoureux soient assis l'un à côté de l'autre. De cette façon, il pouvait les regarder tous les deux en même temps et ne risquait pas d'éveiller de soupçons chez le shérif.

Son cœur s'accéléra quand il remarqua que les deux hommes levaient ensemble la pancarte que Lydia avait fabriquée pour lui. Il allait vraiment falloir qu'il commence à parler de Derek à son père …

Le jeu reprit et Jackson et Isaac, boostés par le point marqué par Stiles, marquèrent chacun leur tour, en quelques secondes. Alors que les Cyclones reprenaient confiance en eux, les Aigles contre-attaquèrent. Jackson s'était emparé de la balle lors de l'entre deux et fit une passe facile à rattraper à Scott. Son coéquipier avait pourtant raté la balle et c'est un joueur des Aigles qui la rattrapa et fonça vers les buts. Il se faufila à travers la défense et Danny ne réussit pas à l'empêcher de marquer.

Les deux équipes étaient de nouveau à égalité. Il ne restait plus que trente secondes et le coach s'arrachait les cheveux de stress. Jackson rata l'engagement et le capitaine des Aigles envoya la balle vers l'un de ses attaquants. Le joueur évita Isaac et se prépara à viser le but des Cyclones.

C'était sans compter sur Matt. Avec la rage du désespoir, le garçon se jeta sur son adversaire et d'un coup d'épaule, l'envoya à terre. La balle roula sur le sol et le photographe la prit dans son filet. Il repéra Jackson, démarqué, et lui fit une passe.

Le co-capitaine des Cyclones réceptionna la balle qui volait vers lui et s'élança sans plus attendre vers les buts adversaires. Il ne restait que dix secondes. C'était largement suffisant pour qu'il marque. A condition que ses adversaires lui en laisse le temps.

Jackson évita un premier adversaire mais réalisa qu'il ne pourrait pas esquiver le suivant. Isaac était démarqué. Le blond n'hésita pas. Il voulait marquer le but de la victoire. Mais il ne voulait pas être le responsable de la défaite de son équipe. Il envoya la balle vers son coéquipier.

L'adolescent frisé la récupéra mais il n'avait pas fait trois pas qu'il se retrouvait face à deux adversaires. La défense des Aigles était redoutablement bien organisée et ils s'adaptaient aux situations avec une vitesse déconcertante.

C'était sans compter sur Jackson, qui ne s'était pas arrêté et s'était frayé habilement un chemin entre les adversaires. Isaac lui rendit aussitôt la balle. A peine avait-elle touché le filet de la crosse du blond que deux joueurs adverses se précipitèrent vers lui pour l'empêcher de marquer.

Jackson fit deux grandes enjambées pour gagner le plus de terrain possible avant de sauter, le dos arqué pour prendre de l'élan. Il brandit sa crosse bien haut et mit toute l'énergie qui lui restait dans ce tir. Arrivé au point culminant de son saut, il libéra la balle de son filet.

La petite sphère blanche fendit les airs à toute vitesse. Le gardien des Aigles la suivit des yeux et tendit sa crosse.

Il la loupa d'à peine un centimètre.

Le centimètre de la victoire pour les Cyclones de Beacon Hills.

# #

L'arbitre siffla à la fois le nouveau but et la fin de la rencontre. Dans les gradins, c'était l'euphorie. A part le coin où les supporters des Aigles s'étaient rassemblés, tous les spectateurs s'étaient levés pour faire une ovation à leur équipe gagnante.

Isaac sauta sur Jackson, sans se soucier qu'il n'aime pas les démonstrations d'affection. Stiles et Matt se tapèrent dans la main et Scott se laissa tomber par terre d'épuisement. Dans les gradins, Lydia, Allison et Erica tapaient dans leurs mains, criaient et rigolaient, tout ça en même temps, euphoriques. Melissa avait un sourire ravi sur les lèvres, même si elle était inquiète de voir son fils au sol. Le shérif et Derek échangèrent un regard complice, heureux de voir les Cyclones remporter la partie, avant de détourner les yeux, gênés de se montrer aussi proches alors qu'ils se connaissaient à peine.

Le coach hurla qu'il était fier de son équipe et tous les joueurs se rassemblèrent sur le terrain. Jackson se retrouva bientôt assis sur les épaules de deux de ses coéquipiers, qui le portaient en triomphe. Isaac et Stiles aidèrent Scott à se relever tandis que Matt récupérait sa crosse et ils suivirent les autres joueurs qui partaient faire un tour de terrain avant de rejoindre les vestiaires pour se doucher et se changer.

# #

— Ce soir, vous avez prouvé que les Aigles ne peuvent rien contre les Cyclones ! hurla le coach, d'un ton plein de fierté. Malgré les difficultés, vous n'avez pas baissé les bras et vous avez coupé les ailes de ces oiseaux ! Je vous félicite, les filles ! Finalement, ce ne sera pas le Lac des Cygnes pour vous !

Finstock continua de complimenter ses joueurs, exalté par leur victoire. A demi caché derrière une rangée de casier, Stiles était assis à côté de Scott. Son meilleur ami était blanc comme un linge et l'adolescent avait peur qu'il ne finisse par s'évanouir. Matt tendit au loup garou un paquet de gâteau.

— Tu devrais manger quelque chose pour reprendre des forces, lui conseilla-t-il gentiment.

— Pas faim, marmonna Scott.

Isaac lui apporta un gobelet rempli d'eau.

— Bois un peu au moins. J'ai rajouté un peu de sucre.

Le loup garou n'eut même pas la force de soupirer et c'est d'une main tremblante qu'il se saisit du gobelet. Il le porta à ses lèvres et but une gorgée, plus pour faire plaisir à ses amis que par réelle envie.

— Je vais aller chercher ta mère et te raccompagner à ta voiture, annonça le loup garou frisé. Tu aurais bien besoin de prendre une douche mais tu n'es pas en état de tenir debout tout seul et je n'ai pas envie de te laver.

Isaac se leva et Stiles observa son meilleur ami. Il ne l'avait jamais vu aussi épuisé. Jusqu'à maintenant, aucune pleine lune ne l'avait mis dans un tel état. Scott se stressait trop avec les examens qui approchaient. Il allait falloir qu'il ralentisse le rythme et se détende, sinon, il n'allait pas atteindre la fin de l'année.

Isaac revint rapidement et assura à Stiles qu'il n'était pas nécessaire qu'il l'accompagne, insistant pour qu'il aille se doucher. Le loup garou frisé s'éloigna en soutenant Scott et le meilleur ami de ce dernier ouvrit en soupirant son casier, pour y prélever ses affaires qu'il avait rangé.

Son sang se glaça d'effroi lorsqu'il constata que quelqu'un avait écrit une phrase au feutre noir à l'intérieur de la porte de son casier.

« Je suis plus proche de toi que tu ne le penses »

Stiles lut plusieurs fois les mots avant de refermer la porte de son casier sans avoir rien pris. Il était sûr et certain d'avoir bien verrouillé son placard avant de partir. Ce qui signifiait que le corbeau connaissait son code. Et c'était une nouvelle intrusion dans sa vie privée qui ne lui plaisait pas du tout. Qui l'effrayait même.

Matt fronça les sourcils en le voyant immobile sur le banc, les yeux fixés sur son casier.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Stiles déglutit et lui chuchota :

— Il faut que je vous parle à tous. Quand on sera seuls.

# #

Alors que l'équipe des Cyclones étaient en joie, Jackson, Danny, Matt et Stiles n'avaient qu'une hâte : voir leurs coéquipiers partir pour discuter tranquillement de la nouvelle menace du corbeau. Mais les joueurs traînaient sous la douche, chantant « We are the champions » à tue-tête et refaisant le match pendant qu'ils s'habillaient.

Isaac les avait rejoints depuis un moment. Il avait confié Scott à sa mère, qui était très inquiète de le voir aussi épuisé. Les vestiaires finirent par se vider lentement et après que Nate ait fermé la porte derrière lui, les cinq garçons se regroupèrent autour du casier de Stiles. L'adolescent ouvrit la porte, dévoilant la phrase écrite au feutre noir.

— Woh, siffla Jackson après quelques secondes.

— Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Danny.

— Ca me semble plutôt clair, non ! répondit son meilleur ami. Le corbeau veut nous dire qu'il est dans notre lycée ! C'est peut-être même un joueur de crosse !

— Tu vas trop vite dans tes conclusions, le rabroua Isaac. Au contraire, cette menace est plus que vague ! Proche comment ? Ça pourrait être autant un prof qu'un élève du lycée.

— Ou un collègue de mon père, renchérit Stiles. N'importe qui a pu rentrer dans les vestiaires ce soir, même un supporter des Aigles !

— Et si c'était faux ? souligna Matt. Et si le corbeau voulait juste nous effrayer ?

— Il n'a pourtant jamais menti pour l'instant, déclara Danny.

Les garçons se jetèrent des regards désemparés. Que fallait-il comprendre dans cette phrase ? Jackson finit par rompre le silence tendu qui s'était installé dans les vestiaires.

— Je suppose qu'on n'a plus qu'à attendre demain pour en parler avec la meute au complet.

Stiles haussa les épaules.

— L'entraînement de demain est annulé, rappela-t-il. Derek a invité ses cousins à venir manger.

Un sourire éclaira le visage de Danny qui lui donna une tape sur l'épaule.

— C'est vrai. Le fameux dîner de présentation ! Bon courage, vieux. Tu nous raconteras, j'espère !

Les cinq garçons finirent de s'habiller en vitesse et regagnèrent le parking pour rentrer chacun chez eux.

# #

Quand monsieur Daehler entendit la porte s'ouvrir, il releva la tête de ses feuilles de comptes.

— Matt ? C'est toi ?

L'adolescent passa la tête dans le bureau dans lequel travaillait son père.

— Ouaip, papa, c'est moi.

— Le match s'est bien passé ?

— C'était bien, répondit simplement le garçon. On a gagné.

— Tu ne t'es rien cassé, c'est le principal. Ta mère est sortie avec une amie, mais elle a laissé un peu de poulet dans le frigo, pour toi.

Matt haussa un sourcil.

— Tu ne viens pas manger ?

Son père désigna la pile de papiers devant lui.

— J'ai encore pas mal de boulot avant d'aller me coucher. J'irais manger plus tard.

L'adolescent hocha la tête et fit mine de partir, mais l'adulte le retint.

— Au fait, quelqu'un est venu ramener quelque chose qui t'appartenait, aujourd'hui. Je ne sais pas trop ce que c'était, un livre de cours, je suppose. Ta mère l'a déposé sur ton bureau.

Matt fronça les sourcils et, intrigué, partit dans sa chambre voir ce que cet inconnu avait bien pu lui rendre. Il ne se rappelait pas avoir prêté la moindre affaire à quelqu'un ces derniers jours.

L'adolescent ouvrit la porte de sa chambre et alluma la lumière. Son cœur tomba au fond de son estomac lorsqu'il aperçut, soigneusement posée sur sa chaise de bureau, sa veste.

Celle que Lydia l'avait forcée à prêter à Louane.

Et que la jeune fille n'avait même pas eu le courage de venir lui remettre en main propre.

# #

— Je t'ai trouvé extraordinaire pendant ce match !

Le shérif ferma la porte d'entrée avant de sourire à son fils. Ils avaient revécu toute la partie sur le trajet du retour, décryptant les moments clés et s'attardant tout particulièrement sur les deux points que l'adolescent avait réussi à marquer.

— J'ai eu un peu de chance, nuança Stiles en essayant de masquer le sourire fier qui voulait s'afficher sur son visage.

— Je trouve que tu as un réel potentiel pour ce sport, insista son père.

— Tu devrais dire ça à Finstock ! Je ne suis jamais sur le terrain. C'est parce qu'il y avait une épidémie de grippe que j'ai pu jouer, ce soir.

— Vu tes résultats, il te re-sélectionnera peut-être la prochaine fois ? Et Scott ? Il va bien ? Il n'avait pas l'air en forme, ce soir …

— Il travaille beaucoup pour réussir ses examens en ce moment, avoua Stiles. Et il n'a pas eu une très bonne nuit, hier soir. Sa mère sort avec quelqu'un et il ne l'apprécie pas trop. Il se fait du souci pour elle.

— Je vois … J'espère qu'il pourra se reposer pendant le weekend.

L'adolescent haussa les épaules et discuta encore quelques instants avec son père avant de lui souhaiter une bonne nuit et de monter dans sa chambre. Il fila aussitôt ouvrir la fenêtre de sa chambre pour que Derek, qui patientait dehors, puisse se glisser dans la pièce.

— Comment va mon champion ? s'enquit malicieusement l'alpha tandis que le garçon se blottissait contre lui.

— Très bien ! Et je vais encore mieux maintenant que tu es là.

Les deux amoureux restèrent collés l'un contre l'autre un moment avant que le loup garou ne reprenne la parole :

— Je ne reste pas longtemps. Je veux me lever tôt demain matin et si je me couche tard, je n'arriverai jamais à quitter mon lit de bonne heure !

— Tu vas me manquer jusqu'à demain, se plaignit Stiles.

— Tu vas me manquer aussi, chuchota Derek en l'embrassant sur le front.

L'adolescent posa son menton contre son torse et leva le nez pour pouvoir observer l'alpha.

— On fait quoi pour mon casier ?

Le garçon avait aussitôt prévenu le loup garou de l'inscription écrite sur la porte de son casier par texto, photo à l'appui. Si le jeune homme l'avait rassuré par message, il était resté assez succin.

— On ne peut rien faire, soupira Derek. A part attendre. Et redoubler de vigilance. Cette phrase est trop vague pour être exploitée et on va vite devenir parano si on cherche à la décrypter. Et c'est ce que veut le corbeau : qu'on ait peur.

— Tu as sûrement raison …

L'alpha frotta son nez contre celui de son amoureux.

— Je pensais que tu allais m'engueuler parce que j'étais assis à côté de ton père pendant le match, annonça-t-il pour changer de sujet.

— Je comptais en effet te demander des explications mais j'ai déjà interrogé mon père. Il m'a dit que c'est lui qui s'était installé à côté de toi pour éviter aux filles de se décaler. Et il a bien précisé qu'il s'était comporté correctement avec toi. Je me suis moqué de lui en disant que tu étais son nouveau meilleur ami mais il a commencé à parler du match et je n'ai pas plus insisté.

— Il a raison. Il a été très correct avec moi. Il ne m'a presque pas demandé pourquoi j'étais là.

— Presque ? releva Stiles.

Le loup garou sourit.

— Ton père m'a juste demandé si j'étais là pour regarder Scott et j'ai dit que j'étais là pour voir toute l'équipe. Par contre, je ne veux pas dénoncer Lydia mais elle a été à deux doigts de vendre la mèche plusieurs fois.

— Pardon ? s'étrangla l'adolescent.

— Elle a fait plusieurs allusions et m'a donné la pancarte avec ton nom pour que je la lève.

— Mon père n'a rien dit ? demanda précipitamment le garçon.

— A part que la pancarte était sympa, non.

Stiles souffla, soulagé. Si Lydia commençait à mettre son nez dans ses histoires, ça sentait le roussi. Il préférait grandement quand son amie se mêlait uniquement des affaires de Matt.

Derek resta quelques instants pour discuter avec son amoureux et après lui avoir souhaité une bonne nuit et lui avoir rappelé de venir chez lui pour midi, il se glissa dehors. La nuit ne tarda pas à le faire disparaître du champ de vision de Stiles, qui l'observait s'éloigner depuis sa fenêtre.

# #

Stiles gara sa Jeep en face du manoir Hale et consulta l'heure sur sa montre. Il était onze heures cinquante-cinq. Deux voitures qu'ils ne connaissaient pas été garées près de la Camaro et de la Ferarri. Son pouls s'accéléra légèrement alors qu'il réalisait pleinement qu'il allait rencontrer officiellement des membres de la famille Hale.

L'adolescent se força à respirer calmement et enleva le pull qu'il avait passé par-dessus sa chemise, afin de ne pas attirer l'attention de son père quand il était descendu de sa chambre. Il avait annoncé au shérif qu'il partait voir Scott, pour se renseigner sur son état de santé et le faire décompresser un peu en passant l'après-midi à jouer à la console avec lui.

Le garçon s'observa dans son rétroviseur intérieur. Il avait coiffé ses cheveux avec du gel et avait choisi de mettre la chemise qu'il avait acheté durant l'été et qu'il avait porté lors de leur dernière soirée au Complexe du Paradis.

Après s'être inspecté une bonne dizaine de fois, Stiles se décida enfin à quitter sa voiture. Il passa sa main sur sa chemise pour la lisser tout en s'avançant vers le perron. Après avoir pris une grande inspiration, l'adolescent frappa à la porte du manoir.

Derek vint lui ouvrir, un sourire un peu crispé sur les lèvres.

— Tu es là, chaton ? chuchota-t-il.

— Tu m'avais dit de venir pour midi et il est midi, bafouilla le garçon.

— Oui, bien sûr. Allez, viens, entre. Tout le monde est déjà là.

Stiles pénétra dans le manoir et l'alpha ferma derrière lui avant de le pousser gentiment vers le salon. En plus de Peter, il y avait sept autres personnes dans la pièce, qui se tournèrent toutes vers le nouvel arrivant quand il entra dans le salon.

L'adolescent tenta de contrôler son rythme cardiaque tandis que son cœur ne demandait qu'à s'emballer à cause du stress. Derek désigna une grande blonde de la main :

— Stiles, je te présente Judith, ma cousine, son mari, Brad, et leurs deux enfants, Taylor et Nick.

Une petite fille et un petit garçon, bruns comme leur père mais avec les yeux verts de leur mère, l'observèrent d'un air intrigué. L'alpha poursuivit les présentations :

— Et voici la sœur de Judith, Martha, avec son compagnon, Gregory.

Si Judith avait des cheveux blonds au carré, Martha arborait une longue tignasse rousse et bouclée. Gregory, quant à lui, était brun aux yeux bleus.

— Et enfin, voici mon oncle Bill.

Le loup garou tendit le bras vers un homme assez corpulent, au crâne chauve et dont le menton était caché par un bouc blanc. Derek posa ensuite la main sur l'épaule de Stiles et le rapprocha de lui.

— Je vous présente Stiles. C'est …

Les deux garçons échangèrent un regard avant que l'alpha ne lâche :

— C'est mon petit ami.