10 – Renaissance.
- Ryan ?
Quelle sensation étrange. Je me sentais revenir d'un autre monde… Un monde si lointain et différent de celui dans lequel j'atterrissais maintenant. Tout m'était inconnu et familier à la fois. Mon pauvre cerveau avait du mal à émerger… Ou étais-je déjà ?
- Ryan…
C'était incroyable, mes sens m'explosaient à la tête alors que celle-ci n'était toujours pas réveillée. Ma main engourdie frôla la surface du drap et je parvins à en sentir la moindre fibre. Les odeurs m'assaillaient de toute part. Je reconnu alors son odeur, bien que désormais se ne soit plus un banal parfum mais une vrai empreinte encrée dans l'air. Il y avait aussi cette odeur puissante et menaçante. Lui aussi était présent. Il y avait tant de bruits… Comme si l'on m'avait vissé des écouteurs et que le volume s'était bloqué au maximum.
- Allez mon vieux, on a plus beaucoup de temps. Force-toi à te réveiller.
Sa main se posa sur mon bras, et elle était d'une tiédeur alarmante. Cela signifiait que ma peau était devenue aussi froide et pâle que la leur ? Doucement je me rendis compte que mon esprit reprenait le travail, je pouvais résonner. Il y avait d'étranges bruits sur la gauche, comme quelqu'un qui s'activait avec des objets à la consistance bizarre et peu commune. Je me forçais à relever ma nuque, mais ma tête retomba mollement.
- C'est bien, continue. Tu vas y arriver.
Je remuais doucement les jambes, réalisant à quel point elles me semblaient légères et agiles. Je me rappelai que je n'avais pas respiré depuis quelques minutes déjà, et inspirai une nouvelle rasade. Trop d'odeurs et d'informations envahirent ma tête et je poussai un marmonnant agacé. Je serrais les doigts, les détendais, remuais la nuque… Puis tout à coup je parvins à ouvrir les yeux et ma nouvelle vision me coupa le souffle. Seigneur, je pouvais voir le moindre détail microscopique de la pièce. Je tournai mon visage fatigué vers Emmett. La vache…
- Déjà que t'était canon avant… Marmonnai-je avec une voix raillée mais totalement sublime.
Ma réplique lui arracha un sourire moqueur et il me contempla avec des yeux pétillants. Il semblait être soulagé d'entendre ma voix plutôt que mes hurlements. Je tournai vaguement mon regard vers la droite. Vlad traficotait dans son coin.
- Comment va Nessie ? Demandai-je en reposant mon attention sur Emmett.
- Elle dort. Elle s'est beaucoup inquiétée pour toi.
Il me fit un sourire rassurant et je fus soulagé d'entendre qu'elle allait bien. Malheureusement pour lui j'étais l'un des leurs maintenant, et l'hésitation de sa voix m'apparaissait aussi clairement qu'un nez au milieu de la figure. Je le toisais avec circonspection, me demandant ce qui avait changé en lui. Il ne semblait plus y avoir de trace de souffrance sur son superbe visage, et son regard semblait si léger désormais, comme si un terrible poids s'était envolé. La vérité me sauta à la gorge.
- Tu lui as dit. Affirmai-je de but en blanc.
Il releva des sourcils anxieux, attendant ma réaction avec appréhension. Je ne savais pas trop comment j'étais censé réagir d'ailleurs… J'aurai du être heureux pour lui, je le désirais sincèrement… Mais j'aimais toujours Nessie, c'était la seule chose qui ne semblait pas avoir été modifié chez moi ces trois derniers jours. Je déglutis difficilement, encaissant la nouvelle comme je le pouvais. Emmett me serra le bras avec cette poigne qui m'avait semblée si dure et glaciale autrefois et me contempla comme s'il était désolé. De quoi était il désolé ? Il n'avait rien à se reprocher le pauvre.
- Pardonne-moi de ne pas me réjouir comme je le voudrais. Souris-je alors en lui poussant amicalement l'épaule.
- Je me réjouis pour deux t'en fais pas. Me répondit-il en ébouriffant mes cheveux avec une expression trop heureuse pour appartenir à l'ancien Emmett.
- Passe-moi les détails des réjouissances par contre. Marmonnai-je avec une moue dégoutée.
Il se mordit la lèvre en riant doucement, le regard pétillant. Ce foutu bonheur accroché à son visage en disait long sur ce qu'il s'était passé ces derniers jours… Pitié, je devais penser à autre chose. Il s'esclaffa devant ma mine dégoutée et poussa ma joue avec son poing pour me faire réagir. Je finis par rouler des yeux en souriant. Vlad se retourna tout à coup, se fichant pas mal des retrouvailles, et s'amena près de moi avec quelque chose entre les mains. Je retins un souffle inquiet quand il jeta la poche de sang près de moi sur le lit. Le plastique transparent ballota sous les remous du liquide rouge sombre.
- Non non attendez ! Clamai-je en me soulevant un peu à l'aide de mes coudes avec une expression effrayée.
Mais Vlad ne m'écouta même pas et me saisit la gorge pour me plaquer de nouveau sur le matelas et m'enfonça un tube dans la bouche. Je voulu le rejeter mais il ferma ma bouche en serrant mes mâchoires. Il pressa la poche et le liquide fila le long du tuyau à une vitesse folle. Je m'attendais à ressentir ce gout horrible et métallique, à le recracher violement avec une nausée que je ne pouvais plus avoir. Pourtant l'inverse se produisit. Dès que la première goutte toucha ma langue je fus envahi d'une sorte de folie furieuse. Mes yeux s'écarquillèrent et je saisis le tube pour aspirer son contenu frénétiquement. Chaque gorgée me redonnait des forces et jamais je n'avais gouté quelque chose d'aussi délicieux.
- Putain c'est affreux. Lançai-je avec le tube toujours enfoncé dans la bouche en regardant Emmett avec impuissance.
Il acquiesça avec un sourire amusé, conscient que l'idée de boire du sang me révulsait totalement mais j'étais incapable de m'arrêter. Vlad me toisa satisfait, croisant ses bras sur son costume sombre. Je levai des yeux timides vers lui. Un large sourire se dessina sur mon visage quand je m'aperçus que désormais le Comte Dracula me terrifiait beaucoup moins. Il n'en restait pas moins super effrayant, mais je ne ressentais plus ce sentiment de cerf aveuglé par les phares d'une voiture.
- Je vais retourner auprès de Nessie, elle ne va pas tarder à se réveiller. Lança Emmett en se redressant.
Je le contemplai en fronçant les sourcils. Il mentait. Il se frotta la nuque puis me tapa l'épaule avec un sourire gêné puis quitta la pièce avec une expression douloureuse. C'était l'odeur et la vue du sang humain qui le faisait fuir. Vlad jeta alors deux autres poches de sang près de moi alors que je finissais déjà la première. Je les regardai avec étonnement, sirotant toujours le tube. Je commençais déjà me sentir rassasié.
- J'aurais si soif que ça ? Lançai-je avec un ton peu convaincu.
- Non, mais tu vas les boire. Me répondit-il d'un ton neutre.
Le vampire releva alors ses pupilles rougeoyantes sur moi et un large sourire se dessina sur son visage dur. Je compris qu'il ne fallait plus que je pose de questions, tout comme je me doutais que ce qui m'attendait dans peu de temps serait difficile. Quelque chose d'étrange se passa tout à coup, coupant ma respiration. D'étranges symboles défilaient devant mes yeux… des symboles qui auraient dû m'être parfaitement inconnus. Je tentais de lutter, de les faire disparaitre car ils me faisaient peur, tout me faisait peur… je commençais à ressentir des choses trop étranges pour que se ne soit qu'un symptôme de vampire. Des milliers d'informations m'arrivaient à l'esprit en même temps.
- C'était une femme. Murmurai-je soudainement, le regard figé dans le vide.
Je clignais des yeux, m'étonnant moi-même d'avoir dit ça. Je regardai la poche de sang ébahi. Que m'était-il arrivé ? Je n'avais pas eu le temps de faire quoi que se soit, si ce n'est d'assister à cette chose bizarre sans comprendre. Pourtant, j'avais dit que c'était une femme… Je l'avais dit parce que j'en étais sûr, comme si c'était une évidence. Pourtant ce n'était qu'une poche de sang commune et anonyme. Je relevai mon visage effaré vers Vlad, et l'expression qu'il arborait me fit sursauter. Il me contemplait avec un sourire affreusement satisfait et un regard avide… Comme si j'étais une sorte d'expérience foutrement amusante.
- Je te conseille de bien t'entrainer, car tout à l'heure les épreuves pratiques vont commencer. Se serait dommage que de fâcheux incidents gâchent ton estime personnelle. Dit-il avec une neutralité feinte.
Il crevait d'impatience en réalité. Je frémis, comprenant ou il venait en venir… Voilà l'explication des poches de sangs près de moi. Il me gavait comme une oie pour que je cause le moins de dégâts possibles. Il tendit l'oreille tout à coup, regardant par la fenêtre. Un nouveau sourire s'accrocha à son visage quand il reporta son attention sur moi.
- D'ailleurs voici que mes amis nous rapportent le matériel nécessaire. Acheva l'illustre vampire avant de prendre la direction de la porte de sa démarche de prince.
Je tendis aussi l'oreille. Des vampires approchaient, avec quelques humains… Les humains que j'allais devoir… Seigneur ! Je secouai vivement la tête pour ne plus écouter ni sentir. Leur odeur m'attirait irrésistiblement, au point que j'aurai désiré sauter par la fenêtre pour les attaquer. J'attrapai d'un geste effréné la seconde poche, fixant le tube en tremblant. Je reposai l'extrémité dans la bouche en plissant fermement les yeux pour tenter vainement de ne plus penser aux humains qui approchaient. Le nouveau sang toucha alors ma langue et de nouveau les symboles défilèrent devant mes yeux. Cette fois je ne les repoussai pas, me concentrant comme jamais je ne l'avais fait. Je ne saisissais pas encore tout les signes, mais certains me parurent familier, et sans savoir comment, je les séparais des autres, me focalisant dessus.
- Homme, A négatif, quarante ans… Murmurai-je en serrant le tube entre mes dents.
En fin d'après-midi Vlad revint dans la chambre. Je ne lui envoyai même pas un regard. Il jeta une nouvelle poche sur le lit mais je ne bougeai toujours pas. De longues minutes s'écoulèrent avant que je ne relève mon visage vers lui, avec une expression déterminé et résolue.
- Je ne veux pas tuer d'humains. Lançai-je d'une voix dure.
- Dans ce cas fais en sorte que cela n'arrive pas. Me répondit-il de ce ton monocorde et dénué d'émotions.
Je serrai les mâchoires, énervé par cette situation qui m'enchantait de moins en moins. Il se foutait de moi, il savait que je ne pourrai pas m'empêcher de les tuer… Je voulais être un vampire, mais je ne voulais pas être un monstre. Je n'avais pas quitté le lit, songeant à Carlisle. Voilà ce que je voulais être. Cet homme était la vision parfaite de ce que je voulais devenir. Vlad s'esclaffa. Il ne pouvait pas comprendre ce que je ressentais, lui qui se nourrissait d'humains depuis des siècles. Pour lui étancher sa soif avec des animaux était un blasphème.
- A toi de voir si tu veux aider ton amie ou non. Acheva-t-il avec ce regard pétillant d'avidité que je lui détestais tant.
Il quitta ensuite la pièce, me laissant seul avec mes doutes. Aider Nessie… C'était mon but premier lorsque j'étais humain, pourquoi cela changerait-il maintenant que j'étais vampire ? Je me redressai pour me diriger dans la salle de bain. Je voulais voir mon visage… Me persuader que j'étais toujours le même. Quand mon reflet m'apparu dans la glace au dessus du lavabo, mon souffle se coupa.
J'étais d'une beauté incroyable. Parfaite même. J'eus du mal à retrouver mes bons vieux traits, mais après quelques instants je finis par me reconnaitre. J'étais là, derrière ce visage somptueux. Ma belle gueule malicieuse n'avait pas disparue, elle s'était juste embellie. Je retrouvai toujours cette malice derrière ce teint pâle. Un sourire en coin se dessina dans le reflet, me faisant presque craquer tout seul. C'était étrange de ne plus avoir les yeux bleus, ce rouge sombre me donnait l'air plus adulte et plus sérieux. Je me passai une main dans les cheveux, réalisant que mes reflets blonds avaient été sublimé, et que malgré trois jours allongé, ils étaient coiffé comme lorsque j'étais sorti du salon de l'hôtel. Ryan était toujours là.
- Je vais y arriver Nessie, tu seras fière de moi. Murmurai-je alors, déterminé.
Je quittai la salle de bain pour revenir dans la chambre. La vue de la poche de sang me serra l'estomac. Je n'avais vraiment plus soif, mais il fallait que je le fasse. J'arrachai le tube de la dernière poche pour le fixer sur celle-ci. Avec une moue écœurée je fourrai le tube dans le coin de ma bouche et commençait à aspirer. De nouveau les symboles m'apparurent, et je fis durer l'expérience, sirotant doucement et prenant bien le temps de regarder chaque information. Dehors, le soleil se couchait déjà sur la Transylvanie.
J'aurais voulu qu'Emmett soit là… Car j'allais avoir besoin de beaucoup de soutien, et je ne comptais pas sur Vlad pour ça. En même temps je comprenais qu'il veuille rester auprès d'elle, surtout si l'entrainement dérapait et qu'il allait y avoir des cris et du sang partout. Je préférais la savoir avec lui plutôt que de m'inquiéter si elle n'allait pas surgir dans la chambre soudainement. Je ne saurais pas dire l'heure qu'il était vu que je ne ressentais plus de fatigue. Mais il devait être tard, très tard. Nessie devait dormir à poings fermés, c'était une bonne chose.
Je me raidis tout à coup, l'oreille tendue. Ils arrivaient, je sentais leur odeur si puissante et délicieuse. Je serrai les mâchoires, tentant de ne pas me laisser aller aux pulsions. La porte de la chambre s'ouvrit et ma respiration devint rapide. Vlad pénétra le premier, rivant son visage dur et sévère vers moi. Un humain entra alors, trapu et pas farouche. Il avait une tête de tueur en série avec toutes ses balafres. Je bondis hors du lit, me plaquant contre le mur d'en face. Mon corps entier tremblait tant l'effort pour ne pas lui sauter dessus était dur.
- Ryan, je te présente Kursh, condamné à perpétuité, qui a gentiment accepté notre expérience en échange d'un gros cachet pour sa famille. Sourit cruellement Dracula en me montrant l'humain d'une main gracieuse.
L'homme renifla, m'envoyant un regard noir. Je croyais rêver… Ce type s'envoyait à la morgue en échange d'un peu d'argent ??? Mes dents crissèrent alors que mes doigts effritèrent le mur tant je forçais. Je ne pouvais pas… Je ne pouvais pas ! Son odeur me rendait fou !!! J'avais beau avoir bu une triple ration de sang, mon corps entier me brulait de cette frénésie incontrôlable. Qu'est-ce qu'il voulait que je fasse bon sang ?! Je me mis à frapper l'arrière de ma tête contre le mur, faisant tomber un nuage de poussière et de débris.
- Faites le partir !!! Criai-je en haletant.
- Tu dois tenir Ryan, songe que cet homme pourrait être Renesmée. Reprit Vlad doucement, ne bougeant pas d'un minimètre.
- FAITES LE PARTIR !!!! Hurlai-je de nouveau, luttant contre cette pulsion carnassière qui m'envahissait.
- Songe à elle, il faudra qu'elle entre dans la chambre ! Lui ferais-tu du mal ?
Je poussai un grondement sourd, tendant chacun de mes muscles. Je pouvais maintenant sentir la peur naissante de l'humain. Mon corps s'enflamma alors, et avant que je puisse faire quoi que se soit j'étais déjà sur lui, dents plantée dans sa nuque. Il poussa plusieurs cris affreux et se débattit quelques instant avant de tressaillir et ne plus bouger du tout. Je ne bus pas grand-chose, vu que j'étais déjà gavé, et je me reculai vivement jusqu'à ce que mon dos cogne contre le lit. Je regardais sa dépouille en haletant, le visage torturé. Vlad n'avait pas bougé d'un seul poil durant toute la scène.
- Tu as tenu quelques minutes, c'est un bon début. Dit-il sans émotion aucune.
- Je l'ai tué… Geignis-je les yeux exorbités.
- Cet homme méritait une mort plus affreuse encore, crois-moi. Maintenant passons à la seconde phase. Touche-le. Reprit-il en posant ses prunelles flamboyantes sur ma piteuse apparence.
J'avançai une main tremblante vers la blessure de sa gorge, là ou j'avais frappé, et plissai vivement les yeux quand je sentis la chaleur de sang contre ma main. La vision des symboles me sauta aux yeux, comme pour les sacs, et je parvins immédiatement à déchiffrer la moindre de ses informations. Quelque chose de plus puissant se produisit tout à coup, et je fus projeté dans le même monde que lorsque je me battais contre le venin. Sauf que ce n'était pas le mien… C'était le monde de l'humain !
Je ne pouvais y croire. C'était tellement plus puissant que les simples sacs de sang. J'avais la sensation de pouvoir lire l'intégralité de son corps, de m'y balader à volonté, de saisir un gène, de le replacer ailleurs, d'inter changer des cellules et créer des combinaisons comme bon me semblait. Un seul regard et je pouvais tout savoir de la vie de cet homme, allant du moindre rhume qu'il avait eut enfant, jusqu'à son arbre généalogique. Au loin, la voix grave de Dracula résonna.
- Parfait… Parfait…
