OS – Bella et le CCC

PDV : Extérieur

Rating : T


Charlie Swan prit son fusil en main et fit signe à ses amis, Harry et Quil, un grand sourire carnassier aux lèvres. Que le jeu commence, pensa-t-il. Synchronisés et chacun à quinze mètres de l'autre, les trois chasseurs avancèrent dans la forêt à l'affût.

À un kilomètre de là, une camionnette décrépie se gara sur le sentier derrière l'antique Jeep d'Harry Clearwater. La conductrice grogna tout bas, ses doigts effleurèrent le klaxon. La colère la poussait en général à des crises violentes, mais pour cette fois, la conductrice parvint à garder son sang froid. Elle recula sur le chemin escarpé jusqu'à atteindre une route battue sur laquelle elle put faire demi-tour.

_oOo_

Charlie rentra chez lui peu après vingt heures, l'estomac bien rempli mais la gorge sèche. Il n'avait pas bu une goutte de bière de la journée, il se lécha les lèvres en pensant au pack de 6 qui l'attendait au frigo.

Avant de franchir le seuil de sa maison, le shérif de Forks vérifia sa tenue à la recherche d'une tâche qui le trahirait. Son équipement de chasse, son gilet et ses bottes de chasse étaient désormais en pension chez Harry Clearwater. Sa fille, Bella, serait déjà prête à aller au lit, il n'avait pas à s'inquiéter.

Cela faisait un mois, elle vivait avec lui pour terminer le lycée, se sacrifiant pour laisser sa mère courir les matchs avec son deuxième mari. Il pouvait être fier d'elle, Bella était studieuse et débrouillarde. Depuis le retour de l'enfant prodigue, Charlie avait un repas chaud chaque soir, la lessive était à jour, le frigo toujours rempli, la maison impeccable. Et pour couronner le tout, sa précieuse petite fille de dix-sept ans n'était pas intéressée par les garçons. Il n'aurait pas pu demander mieux.

Le seul point négatif à cette situation était que Bella ne devait jamais, au grand jamais, découvrir qu'il chassait toujours. La promesse qu'elle lui avait arrachée à douze ans un été en vacances avait été faite avec la conviction qu'il n'aurait jamais à la tenir. Le père de la jeune militante pour la cause animale avait même oublié son engagement à ne plus jamais chasser mais lorsque Bella avait entrepris le grand nettoyage de la maison familiale, deux jours après son arrivée, elle avait découvert le fusil et les vêtements. Charlie avait aussitôt nié, prétendant qu'il ne s'agissait que des reliques de son ancien et en effet détestable passe-temps. Il avait tout fourré dans un sac poubelle et avait de nouveau trahi sa parole en entreposant le tout chez son ami à la réserve Quileute.

« Bonsoir papa ! » l'accueillit gaiement Bella.

« Bonsoir ma chérie. Tu as passé une bonne journée ? »

« Oui, j'ai terminé un exposé et j'ai eu le temps de lire après avoir fait le ménage. »

« Tu en fais trop ! » la félicita-t-il en lui pinçant la joue.

« Et toi ? »

« Sue nous a régalés, je suis rempli pour trois jours au moins. Et les Mariners ont gagné ! »

« Un bon dimanche alors. » résuma-t-elle en le suivant dans la cuisine.

Charlie ouvrit la porte du frigo pour la refermer aussitôt, le nez froncé et la bouche tordue.

« C'est quoi cette odeur ? » s'écria-t-il.

« Je ne sais pas, je crois que ce frigo a rendu l'âme. Je voulais te prévenir, j'ai téléphoné chez Billy… »

Le shérif sentit la panique l'envahir, il tenta de garder un visage impassible puis s'affaira à déloger l'appareil pour ausculter l'arrière, des fois que.

« Je suis tombée sur Jake. » poursuivit Bella d'un ton calme.

« Je devais être sorti. » bougonna-t-il sous l'effort.

Bella s'approcha de son père, elle inspira profondément.

« Oui, c'est ce que le fils de TON meilleur ami a dit. Et il a précisé OÙ TU ÉTAIS PARTI ! »

La jeune fille laissa exploser cette colère qui grondait depuis l'après-midi. Le shérif se fit tout petit, il leva les mains en signe d'apaisement, en vain. Le visage cramoisi de sa fille ne laissait présager aucune accalmie, ses excuses ne suffiraient pas.

« Comment as-tu pu me mentir toutes ces années ! » lui reprocha-t-elle.

« Bells, je t'assure que je chasse rarement… »

« Encore des mensonges ! Jacob a dit que c'était tous les dimanches- »

« Non, on va aussi à la pêche. » crut judicieux de préciser Charlie.

Bella le fusilla du regard avant d'articuler froidement :

« Chaque vie compte, chaque animal ! Même les poissons ! Même les vers de terre que tu empales sur tes hameçons ! »

_oOo_

Deux semaines après que la vérité ait éclaté, l'ambiance chez les Swan était toujours très tendue. Billy et Jacob Black décidèrent de passer leur dimanche chez eux, pensant que Charlie avait exagéré et qu'ils pourraient passer un bon moment.

Bella avait interdit au shérif de chasser et pêcher, réduisant les loisirs de son père à regarder le sport à la télévision. Venus avec des bières et des pizzas sans viande, les Black eurent vite fait de les consommer et repartirent chez eux une heure trente plus tard.

« Tu les as faits fuir. » soupira Charlie en observant celui qui l'avait balancé faire une marche arrière avec sa voiture.

« S'ils ne savent pas s'asseoir et discuter comme des adultes responsables, ça n'est pas ma faute. » rétorqua Bella.

La jeune fille ne pouvait pas non plus avouer à son père le soulagement qu'elle éprouvait de voir déguerpir Jacob Black. Ce gamin l'avait manipulée pour satisfaire ses pulsions dégoûtantes.

Il faut que ça cesse, pensa Charlie toute la soirée. Il ne pouvait pas laisser sa fille dicter sa loi sous son toit à lui ! La saison de chasse durait presque toute l'année dans l'État du Washington, il y avait toujours une espèce autorisée. Charlie Swan et ses comparses se fichaient un peu du gibier qu'ils traquaient tant qu'ils pouvaient le faire. Heureusement que Bella était arrivée après la période de chasse des cerfs, se consola le shérif.

_oOo_

En ce mardi soir, Bella Swan conduisit jusqu'à Port Angeles, l'esprit échauffé et les mains moites. Elle ne s'était pas encore remise de la trahison de son père, les premières heures elle avait sérieusement envisagé retourner vivre avec sa mère, quitte à passer son diplôme par correspondance. Puis elle s'était raisonnée et avait réalisé que si elle partait, son père recommencerait à chasser, ainsi que ses chers amis Quileute.

Elle gara sa camionnette dans une rue sombre proche de la chapelle où se tenait chaque mois une réunion du CCC, le Comité Contre la Chasse. Elle y avait fait une excellente première participation le mois précédent, racontant son parcours à Phoenix et les actions menées alors. Elle avait partagé ses projets pour Forks et avait garanti l'aide de son père (le shérif avait-elle précisé fièrement) pour identifier les chasseurs.

Riley, un autre membre militant du comité la salua depuis le seuil de la chapelle et ce fut rougissante que Bella y entra au côté du jeune homme. Elle l'avait remarqué le mois dernier, elle avait été charmée par sa façon de parler de leur cause commune, par sa faconde, par sa gestuelle passionnée quand il condamnait les crimes des chasseurs. Pour ne rien gâcher, le physique de Riley n'avait pas laissé indifférente la jeune fille. 1m90, blond, des yeux marron clair, une bouche pleine, un menton carré, un nez droit, une silhouette travaillée, il avait tout pour plaire. Il avait grandi à Forks mais était parti quelques mois plus tôt étudier et travailler à Seattle. Il ne manquait aucune réunion depuis trois ans d'après les registres que Bella avait demandé à consulter.

Aucun autre garçon n'avait jamais encore suscité cet intérêt chez elle, elle n'avait daigné répondre à aucune invitation des garçons de son lycée, ils étaient tous si puérils. Le pire de tous était ce garçon, schizophrène selon elle, qui partageait sa paillasse en biologie. Bella rit tout bas en s'imaginant un fusil à la main, mettant en joue son camarade si bizarre. Elle chassa rapidement Edward Cullen de ses pensées, se concentrant de nouveau sur la réunion.

Lorsque Derek, le président du comité lui demanda un rapport de ses actions du mois passé, Bella perdit son sourire ingénu. Grave, les larmes aux yeux, elle dévoila à tous la supercherie de son père.

« Et le garçon qui t'a dit ce que ton père faisait, il ne savait pas qu'il devait garder le secret ? » s'étonna Riley.

Les joues de Bella s'empourprèrent au souvenir du marché passé avec Jacob Black. Lui non plus ne figurerait jamais dans sa liste d'amis.

« J'ai dû négocier. » chuchota-t-elle en priant pour que cela satisfasse ses compagnons.

Derek, ravi de l'opportunité de proférer de nouvelles menaces envers gouvernement, tout en étant bien caché dans cette chapelle, enchaîna aussitôt.

« C'est tellement honteux de devoir marchander les informations ! Nous sommes considérés comme des délinquants alors que nous sauvons des vies ! Les chasseurs, eux, sont protégés par la loi ! »

Une heure plus tard environ, Riley raccompagna la jeune militante à sa voiture, soucieux.

« Je m'inquiète pour toi, Bella. Je connais bien Forks, la chasse est ancrée dans les habitudes des gens là-bas. Promets-moi de ne rien tenter seule, ok ? »

« Mais il y a tant à faire. » plaida-t-elle.

Elle reçut la réponse qu'elle espérait.

« Et si je venais samedi avec toi pour patrouiller ? »

« Ce serait parfait. »

« Rentre bien. »

Ils se quittèrent sur un sourire timide et la promesse de Riley d'arriver à dix heures du matin le samedi suivant. Aucun n'avait remarqué l'homme tapi dans l'ombre, au bout de la ruelle.

_oOo_

« Ta copine a fait sensation au marché ce matin ! Et elle était accompagnée cette fois-ci. Tu devrais faire gaffe. » annonça Emmett Cullen à son frère.

« De qui parles-tu ? » marmonna Edward, tentant de paraître désinvolte.

« Allons, pas avec moi ! »

« Emmett ! » gronda Edward.

La confrontation n'eut pas lieu, au grand dam d'Emmett, puisqu'Esmé, leur mère adoptive s'immisça entre eux et les força à reculer de quelques mètres.

« Laisse ton frère tranquille, ordonna-t-elle à Emmett. Et toi, inutile de passer ta mauvaise humeur sur nous. »

Edward haussa les épaules et remonta dans sa chambre.

_oOo_

Bella et Riley profitèrent du weekend suivant où il ne pleuvait pas pour s'enfoncer dans les bois. Leur but était de détruire les pièges posés par les chasseurs ainsi que leurs repères et balises. La randonnée commença pour ces deux là dans un silence gêné. Aucun n'osait regarder l'autre, aucun n'osait s'aventurer sur une discussion trop personnelle mais chacun voulait découvrir autre chose de l'autre en dehors de leur combat commun.

La conversation débuta avec des commentaires sur la météo puis sur la beauté de la nature en général. Bella prit son courage à deux mains et questionna ensuite le jeune homme sur sa vie à Forks, les endroits qu'il avait fréquentés, ses souvenirs des profs du lycée.

Les rires des deux nouveaux amis résonnèrent de plus en plus dans les bois, si bien que leur attention ne fut plus focalisée sur leur mission. Hélas, cette matinée prometteuse s'assombrit lorsque Bella chuta dans un énorme trou.

« Oh mon dieu ! Tu vas bien ? » s'affola Riley.

« Juste ma fierté qui est blessée. » bougonna la jeune fille.

Elle se releva et essuya rapidement ses vêtements. Elle s'approcha du bord pour attraper la main tendue de son compagnon, le trou faisait un mètre environ de profondeur, deux mètres de côté. Soudain le pied de Bella buta dans quelque chose de mou. Son regard se baissa et elle découvrit avec horreur la tête d'une biche émergeant de la terre.

Riley vit à son tour l'animal, il sauta à pieds joints dans le trou.

« C'est une tombe. » souffla Bella.

Elle aida son ami à dégager la terre autour de la tête, sans surprise, le reste du corps de l'animal gisait.

« Regarde bien. » lui murmura Riley.

Bella hocha la tête, elle avait déjà vu des cadavres d'animaux tués et parfois mutilés par les chasseurs. Jamais pourtant elle n'avait vu un animal enterré, le corps amaigri, comme si il avait été affamé des semaines durant.

« Il n'y a pas de trace de balle. » continua Riley.

Il sortit son appareil photo apporté pour justement réunir des preuves. Bella resta silencieuse, bouleversée de voir cette bête inanimée. La mort terrifiait la jeune fille, elle n'en avait jamais parlé à personne, et face à ce cadavre elle dut faire un immense effort pour ne pas s'enfuir en criant.

« Qui a bien pu vouloir enterrer cette pauvre biche ? » dit-elle à voix haute.

« Et qui a bien pu la vider de son sang ? » se désola Riley.

« Il y en a d'autres ! » s'exclama alors Bella.

_oOo_

« Nous irons au parc Rainier, on ne peut plus se permettre la moindre erreur. » statua le patriarche des Cullen.

Dans ses bras, son épouse, Esmé, se lamentait tout bas. Si seulement elle n'avait pas tant tardé ce jour-là, elle n'aurait pas mis en danger sa famille.

Sentant son désarroi, Jasper transmis en silence à sa mère adoptive tout l'amour que tous lui portaient. Emmett, qui n'avait pas d'autre moyen pour communiquer, verbalisa ce que tous pensaient.

« Ça va faire quatre-vingt ans que tu n'as pas flanché et ce qu'il s'est passé ce matin n'est rien. Même si l'on devait déménager, tu ne dois pas culpabiliser. »

« Et je suis tout aussi fautive, ajouta Alice. Si j'avais écouté Rosalie, nous serions rentrées plus tôt de Seattle et j'aurais pu te prévenir.

« Vous êtes trop gentils. » sanglota Esmé, émue jusqu'au plus profond de son âme.

Qu'avait-elle fait pour mériter une famille aussi merveilleuse, songea-t-elle en suivant son mari à l'étage. Esmé vivait sur un petit nuage rose depuis des décennies grâce à Carlisle et leurs « enfants ». Ce matin, elle avait voulu chasser rapidement en prévision du lendemain qu'elle passerait au foyer pour femmes battues à Port Angeles. Elle avait remarqué qu'elle inspirait plus facilement confiance lorsque ses yeux étaient clairs. L'esprit occupé par un nouveau projet pour la maison, elle n'avait entendu que trop tard l'approche de deux humains. Il s'agissait de cette jeune fille dont son fils s'était énamouré, et d'un jeune homme. Par malchance, Bella Swan était tombée dans la tombe qu'Esmé avait creusée pour les deux biches et le cerf qu'elle avait vidés de leur sang.

Carlisle berça sa femme de longues minutes et leur désir s'éveilla, comme à chaque fois qu'ils étaient enfin seuls. Au rez-de-chaussée, Edward annonça qu'il allait faire un tour, ses frères et sœurs comprirent qu'il avait besoin d'échapper aux pensées de leurs parents.

Au volant de son Aston Martin, Edward roula jusqu'à Hoquiam puis se gara sur un parking déserté en weekend, dans la zone industrielle. Ses pensées ne le laissaient pas en paix, pour la première fois en un siècle, il était en proie à une jalousie dévastatrice.

Il n'avait aucun droit sur elle, aucun droit de la vouloir pour lui. Pourtant, du jour où elle était venue s'asseoir dans le réfectoire du lycée, où leurs regards s'étaient accrochés, où ses pensées à elle lui étaient inaccessibles, Edward était à la torture. Le supplice pourrait être bien plus douloureux, se raisonnait-il souvent. Il ne pouvait pas être avec elle de toute façon. Jamais, il se l'était promis, jamais il ne mettrait en danger la vie et l'âme d'Isabella Swan.

Ces sentiments pour la plus appétissante et ravissante humaine auraient pu le rendre heureux, il s'était déjà résigné à ne jamais faire partie de sa vie. Mais voilà qu'un autre garçon s'intéressait à Bella. Ce Riley Biers n'avait pas conscience du tourment qu'il causait à Edward, pour autant il était férocement haï pour cela.

_oOo_

Sam Uley avait gardé la famille Cullen dans son radar depuis qu'il avait muté en loup, l'été précédent. Les Anciens lui avaient tout appris sur ses nouvelles responsabilités et la vérité sur les Cullen. Bien sûr, ce fut difficile à croire, un groupe de vampires se mêlant aux humains pour vivre en paix, ça aurait pu être une bonne blague. Mais puisque lui-même pouvait se changer en un énorme loup noir, capable de mettre en pièces ces Sang-Froid, il n'avait aucune raison de ne pas croire aux vampires.

Jusqu'alors, les Cullen réussissaient dans leur charade et n'avaient jamais fait parler d'eux, en dehors de quelques ragots pour expliquer leur argent et leur histoire familiale farfelue. La tribu avait, quant à elle, pour interdiction formelle de se faire soigner à l'hôpital de Forks, une décision que Sam, en tant qu'Alpha, avait appuyée.

L'amitié entre Billy Black et Charlie Swan, au demeurant jamais dénigrée par les membres du conseil des Anciens, avait pâti de cette directive.

Aussi, Sam félicita Billy d'avoir fait des efforts pour garder le contact avec Charlie. Grâce à lui, Sam avait entendu parler de la découverte scabreuse de Bella Swan. Son sang ne fit alors qu'un tour, il se transforma en loup cette nuit-là et courut jusqu'à la frontière. Ses hurlements avaient suffi à ameuter le clan de vampires.

Il détacha de sa jambe un débardeur et un short, n'ayant pas d'autre choix que de reprendre forme humaine. Un avertissement devait être délivré. Les Cullen ne devaient pas mordre d'humain, c'était stipulé dans le traité, en échange les Quileute ne révéleraient pas leur nature aux habitants de la région ou d'ailleurs. Si ce secret était si important pour ces monstres, Sam ne comprenait pas pourquoi ils n'étaient pas plus prudents. Il n'y avait aucune raison qu'ils éparpillent les carcasses dans la forêt.

Carlisle Cullen, conforme aux récits des Anciens, se présenta à lui comme le représentant de ce clan.

« Vous avez commis une terrible erreur. » gronda l'indien sans préambule.

La vampire à la droite de Carlisle couina et elle fut aussitôt entourée des cinq autres vampires présents.

« Une erreur qui ne se reproduira pas, vous avez ma parole. » promit Carlisle.

« Ça ne suffira pas. J'exige que vous chassiez désormais la nuit uniquement et à au moins cinquante kilomètres de Forks. »

Le plus robuste des vampires fit craquer ses doigts, ce qui n'impressionna pas Sam. Certes il était seul contre sept vampires, mais il était dans son droit que de demander des comptes. Si ces vampires étaient bien les mêmes qui avaient accepté le traité de paix, ils ne l'attaqueraient pas.

« C'est entendu. » accepta Carlisle.

À part le plus costaud, Sam ne ressentit aucune hostilité de la part des autres sangsues. L'un d'eux le fixait, une expression amusée sur son visage trop pâle à chaque fois que Sam pensait à eux comme à de véritables petites sangsues. L'indien les quitta sans plus de cérémonie et s'empressa de faire son rapport auprès des Anciens. Une chose était certaine, il ne se contenterait pas d'une promesse, il tiendrait ces Cullen à l'œil.

_oOo_

Le samedi suivant, la traque tourna court pour Bella et Riley quand la jeune fille se tordit violemment la cheville. Heureusement pour eux, cela se produisit à quelques mètres du sentier où la camionnette de Bella était garée. Riley la conduisit aux urgences, prenant garde de ne pas rouler trop vite et ménager son amie.

Lui qui espérait de nouvelles découvertes dans la forêt de Forks était plus préoccupé par la santé de Bella. Ils auraient de nouveau l'opportunité de débusquer les psychopathes responsables du charnier. Avec l'excuse de mettre une stratégie pour démasquer ceux qui tuaient sans raison des animaux et qui les enterraient, Riley avait téléphoné à Bella chaque soir de la semaine écoulée.

Pour ce samedi, il avait même prévu une soirée romantique pour sa camarade et lui, espérant que Bella accepterait alors d'être sa petite-amie. Ses plans étaient donc tombés à l'eau, se désola Riley en aidant Bella à clopiner jusqu'aux urgences quasiment désertes du petit hôpital de Forks.

Le docteur Cullen eut à cœur de s'occuper de la fille du shérif, il arriva au moment où l'une des infirmières allait guider Bella vers la salle de radiologie. Dix minutes plus tard, la jeune fille était installée sur un lit dans la grande salle des urgences, prête à entendre le verdict du docteur Cullen, le plus beau docteur qu'elle n'ait jamais vu soit dit en passant.

« Isabella - »

« Juste Bella. » l'interrompit-elle.

« Bella, ta cheville va devoir être immobilisée au moins trois semaines. Si j'en crois cette radio, ça n'est pas ta première entorse. »

« La quatrième à cette jambe. » confirma la jeune fille.

« Alors je vais t'épargner toutes les recommandations. »

« Je suis rodée. »

Il posa ses mains glacées sur la cheville gonflée et bleue, soulageant instantanément la douleur qui forçait Bella à refréner ses larmes.

Elle aperçut alors Edward Cullen à l'entrée des urgences. Leurs regards se croisèrent et ne se détournèrent pas avant plusieurs secondes. Le regard ambré d'Edward ne parvenait pas à cacher son angoisse, celui marron de Bella reflétait sa colère d'être ainsi épiée, et ça n'était pas la première fois qu'il la dévisageait ainsi.

Elle avait déjà subi de nombreux regards ambigus de la part de son partenaire de biologie, tantôt noirs, amusés, frustrés, dépités ou résignés. Et à chaque fois, Bella ne saisissait pas pourquoi il la regardait tout simplement. Il l'ignorait la plupart du temps, ne parlait jamais en cours avec elle, parfois il se contentait de bouger la tête pour communiquer avec elle lors de travaux en commun.

Le docteur Cullen ne parla pas durant ce court laps de temps, conscient de l'échange muet entre les lycéens. Il n'en n'était pas moins amusé et décida de forcer ces deux-là à se parler.

Il fit signe à Edward de les rejoindre puis il prétendit devoir aller chercher un calmant pour Bella.

« Pose tes mains sur sa cheville. » lui commanda-t-il.

Edward déglutit et n'envisagea même pas de ne pas obéir. Bella, de son côté, devait masquer son trouble, ses cheveux tombèrent devant ses yeux, une technique apprise et maîtrisée en cours de biologie, tandis que les mains du vampire prirent la place de celles du médecin.

« Nous avons tous les mains très froides dans la famille. » commenta Carlisle Cullen à l'attention de Bella.

« Ok. » souffla la jeune fille.

« Je reviens au plus tôt. » mentit le médecin.

Le pire cauchemar de Bella et le plus doux rêve d'Edward se réalisaient en même temps : ils étaient seuls, Bella sans la possibilité de fuir et Edward avec l'obligation d'un contact, aussi léger fût-il.

Pourtant la réalisation du cauchemar de l'une et du rêve de l'autre leur procura des sensations non désirées. Bella se sentait à la fois nerveuse et détendue en présence de son camarade de classe, elle n'avait plus aucune intention de se soustraire à ces mains. Edward n'avait pas soupçonné le déferlement de sensations que provoquerait ce contact. Il lutta contre le monstre en lui qui ne réclamait pour une fois pas le sang mais le corps de Bella. Le pire pour lui était le rythme désordonné des battements de cœur de Bella, ses pupilles dilatées, ses joues chaudes.

Edward pria pour que Carlisle mette fin à son supplice au plus vite. En vain, les pensées de son père étaient focalisées sur une patiente deux étages plus haut. Pour distraire le monstre, le vampire se motiva à engager la conversation avec Bella.

« Une entorse est une déchirure d'un ligament. Un ligament est une sorte de câble unissant deux pièces osseuses formant une articulation, il permet ainsi de la stabiliser. La déchirure simple définit l'entorse bénigne, la rupture l'entorse grave. La cheville est stabilisée par un ligament externe constitué de trois faisceaux, et du ligament interne. L'entorse la plus fréquente est bénigne et concerne un des faisceaux du ligament externe. » récita-t-il tel un automate.

Bella sortit de sa torpeur, elle réalisa que les mains d'Edward effectuaient des ronds sur l'extérieur de sa cheville, soulageant plus efficacement sa blessure. Elle se redressa sur le lit pour observer plus attentivement les gestes du lycéen.

« Tu seras un bon docteur. » commenta-t-elle gentiment, un sourire timide aux lèvres.

Encouragé par cette remarque, Edward mit en place son propre stratagème. C'était stupide, inutile, et lui seul souffrirait mais il était persuadé que cela en vaudrait la peine.

« Tu vas avoir besoin que quelqu'un t'emmène au lycée et te ramène chez toi. »

Il se souvint soudain de la présence de Riley Biers, attendant des nouvelles de sa comparse et planifiant toujours sa ridicule demande pour qu'elle devienne sa petite-amie. La tension émanant d'Edward alerta Bella.

Elle qui avait cru un instant que son camarade était enfin civil, voilà qu'il redevenait le garçon sombre et solitaire qu'elle redoutait.

« Tu te proposes ? » ironisa Bella.

« Oui. »

Bella en fut soufflée, elle retomba sur son oreiller puis mâchouilla sa lèvre inférieure, attisant sans le savoir le désir du monstre qui couvait en Edward.

« Je suis un excellent conducteur, ton père pourra en témoigner. Je suis matinal et ponctuel, tu ne seras jamais en retard. » promit le vampire.

Il attendit une réponse, passa sa main dans ses cheveux puis choisit de se soustraire au regard éberlué de Bella le temps de reprendre confiance en lui.

« Ma voiture est propre. » ajouta-t-il.

« Tu n'as pas à faire ça. » répliqua-t-elle enfin, le visage froncé.

« Ça ne me dérange pas du tout. S'il te plait, je voudrais t'aider. »

« Pourquoi ce revirement ? »

Edward ne trouva pas les mots, lui-même ne comprenait pas pourquoi il trahissait sa promesse de ne pas interférer dans la vie de Bella.

« Je suis timide ? » proposa-t-il, en grimaçant.

« Je vais- »

« Bella, ton père arrive. » les interrompit alors Carlisle.

Edward sourit, son père avait vraiment l'intention de l'aider dans cette entreprise dangereuse.

« Vous l'avez prévenu ? » s'affola Bella.

« Bien sur, tu es mineure, lui rappela le médecin. Il va te ramener chez toi. »

Riley avait patienté plus d'une heure dans la salle d'attente des urgences. L'ennui avait peu à peu remplacé l'inquiétude. Il vit entrer le shérif, le reconnaissant pour avoir subi, comme tous les adolescents de seize ans, en âge de conduire, deux longues heures de prévention routière. Ses mains devinrent moites mais le jeune homme ne renonça pas à aller à sa rencontre.

« Chef Swan, je suis Riley Biers. J'ai emmené Bella. »

« Oh… merci fiston. » lui dit le shérif en lui donnant une tape sur l'épaule en gage de remerciement.

« De rien, vraiment. »

« Tu peux y aller maintenant, je la ramène. »

Charlie poussa la porte des urgences, l'infirmière à l'accueil ne l'en empêcha pas, évidemment.

« C'est que- » commença Riley

« Oui ? » se retourna le shérif, un sourcil plus haut que l'autre.

« Je suis venu avec elle, dans sa camionnette. »

« C'est ta voiture, bleu foncé, qui est garée devant chez moi ? »

« Oui, monsieur. »

« Parfait, ramène la camionnette, tu me rendras un grand service. Je ne sais pas pour combien de temps encore ma fille va rester ici. »

Riley n'osa pas contrecarrer les plans du shérif, il acquiesça et sortit rapidement de l'hôpital, l'humeur morose. Il aurait voulu revoir Bella au moins quelques instants, il se contenterait de lui téléphoner le soir même.

Charlie n'accorda plus d'importance à ce garçon qui avait emmenée sa fille dans les bois, il aurait le temps de se pencher sur le cas de Riley Biers plus tard. Carlisle l'attendait au chevet de Bella, ainsi que l'un des fils adoptifs du médecin, dont Charlie avait oublié le prénom.

Deux minutes plus tard, le shérif Swan eut bien du mal à cacher son sourire. Bella ne s'y méprit pas, la nouvelle de son immobilisation était loin d'attrister son père. Elle ne pourrait donc plus conduire, plus s'occuper du ravitaillement, plus cuisiner des plats sains, plus le suivre le weekend à la réserve. Le shérif avait lui-même listé tous les avantages des conséquences de cet accident. Il pourrait s'acheter ce qu'il voudrait, mangerait ce que bon lui semblerait, aller où il le voudrait durant ses jours de repos. Bref ces trois prochaines semaines s'annonçaient paradisiaques. Lorsque le fils Cullen lui demanda la permission de s'occuper du transport de Bella les jours de lycée, il accepta volontiers et sans sourciller, l'esprit déjà occupé à choisir entre un hamburger et une pizza en guise de dîner.

_oOo_

« Bonjour Bella. »

« Bonjour Edward. »

Il lui prit des mains le sac à dos puis lui tendit son bras pour qu'elle descende sans heurts les trois marches du perron. C'était le lundi matin, deux jours après l'épisode déroutant des urgences.

« Merci. » murmura-t-elle en prenant place dans la Volvo grise d'Edward, ses béquilles coincées entre ses jambes.

« Tu n'as pas trop souffert ? » s'enquit-il.

« Les cachets font bien leur travail. » répliqua-t-elle.

Il contourna la voiture et pénétra à son tour dans l'habitacle. Il avait poussé le chauffage au maximum et espérait que Bella serait toute à son aise. Cette Volvo, bien qu'envahie régulièrement par sa fratrie, était comme un fort de solitude pour Edward. Il s'y sentait libre, en temps normal, de faire ce qu'il voulait, il pouvait écouter la musique qu'il aimait, rouler à la vitesse qu'il désirait, penser à celle dont il était secrètement amoureux sans le regard moqueur de ses frères, celui assassin de Rosalie et celui complaisant d'Alice.

Avec Bella à ses côtés, la route vers le lycée s'annonçait bien plus intéressante mais hélas trop rapide. Il avait trois semaines pour peu à peu gagner la confiance de la jeune fille, ça n'était pas dramatique si durant ce premier voyage, aucun n'ouvrit la bouche. Pourtant, désireux de prolonger leur moment d'intimité, Edward retint Bella alors qu'elle ouvrait sa portière.

« Tu as oublié ton téléphone à l'hôpital. »

Il lui tendit l'objet qu'il avait dérobé le samedi précédent lorsqu'il avait entendu les plans modifiés de Riley.

« J'ai cru que je l'avais perdu ! Merci beaucoup. Onze appels manqués ! Ça doit être ma mère. » se confia-t-elle facilement.

Elle s'était trompée, aucun appel manqué n'était de Renée, et elle découvrit qu'elle n'avait pas pensé à celui qui avait tenté en vain de la contacter tout le weekend depuis qu'elle avait laissé Edward Cullen s'approcher d'elle. Elle fourra le téléphone dans son sac à dos sans remarquer que son chauffeur avait déjà quitté la voiture, et qu'il lui tendait la main depuis la portière ouverte.

Edward récupéra le sac à dos de Bella et marcha à ses côtés dans les couloirs du lycée, fier comme un paon. La jeune fille, elle, avait la sensation d'être revenue près de trois mois en arrière, quand elle était apparue pour la première fois dans ces couloirs. Regards et chuchotements l'accompagnèrent, elle ne douta pas que la raison de cette curiosité soudaine des autres élèves était due à l'identité de son chevalier servant.

« C'est bon, je suis arrivée. » lâcha-t-elle devant la porte de son premier cours.

Angela et Jessica arrivèrent alors, elles ne s'étonnèrent pas de la présence des béquilles mais de celle de l'inaccessible Edward Cullen aux côtés de Bella.

« À plus tard. » se résolut-il à lancer, dépité d'avoir été privé de ces derniers instants avec Bella.

Il suivit ensuite l'objet de son affection à travers les pensées des autres lycéens, comme chaque jour. Avant qu'elle ne se rende au réfectoire, Bella passa au secrétariat. Mme Cope refusa gentiment de la laisser partir une heure plus tôt pour échapper aux séances de sport.

« Tu dois rester sur le campus, c'est une question d'assurance. » expliqua la quinquagénaire rousse.

« Je vais faire quoi pendant une heure ? » plaida encore Bella.

« Malheureusement pas grand chose, ma chère. La bibliothèque est en travaux et ferme tous les après-midis, comme tu le sais peut-être déjà. Tu pourrais participer à un cours… »

« Quelle merveilleuse idée ! s'exclama Mme Brett, professeur d'Arts Plastiques, qui passait justement récupérer des fiches de présence. Bien sûr tu seras avec des terminales mais ça n'est pas important. »

Un verre d'eau à la main, la professeure fit l'éloge de son cours et éclaboussa régulièrement Mme Cope. Bella accepta, se sentant un peu prise au piège.

Assise aux côtés d'Edward, dans le réfectoire, Alice Cullen souriait tel un petit diablotin.

Edward resta discret le reste de la journée, il se hâta pourtant à la fin de la journée pour rejoindre Bella, à quelques portes de sa classe d'espagnol. L'humaine apparut sur le seuil, la mine vexée et s'en prit au troisième Cullen qui semblait vouloir lui compliquer la vie.

« Je suis sûre que Rosalie n'a pas fait exprès. » mentit Edward.

La chevelure de Bella était désormais aussi colorée que la veste en cuir de Rosalie, du même vert olive. Cette dernière sortit de la classe, Jasper sur les talons, un rictus menaçant sur ses lèvres rouges.

Emmett, qui avait cours d'espagnol avec son frère, éclata de rire en apercevant sa compagne et cette drôle de nana dont s'était entiché son frangin.

Edward voulut se saisir du sac à dos de Bella mais elle se détourna et avança aussi vite que possible avec ses béquilles. Il la suivit en riant tout bas, se repassant pour la cinquième fois la scène qui avait eu lieu lors du cours d'arts plastiques.

Bella avait été installée près de Rosalie et Jasper par Mme Brett. Jasper avait été inconfortable, très inconfortable, et avait servi à Bella un remake de ce premier cours qu'elle avait eu avec Edward. Rosalie était vite intervenue, non pas pour sauver Bella, mais pour protéger les secrets de sa famille.

Face à un chevalet et assise sur un tabouret, Bella n'aurait pas dû provoquer d'incident, en toute logique, elle n'aurait pas dû trébucher, faire tomber sa toile, s'affaler sur sa voisine… Pourtant cela s'était produit et Rosalie avait été aspergée de peinture verte. La classe entière s'était esclaffée aux dépends de celle qui se croyait toujours meilleure qu'eux.

Bella s'était confondue en excuses, Jasper avait tenté de calmer la colère de Rosalie mais sa propre hilarité avait provoqué l'effet inverse. Mme Brett avait exigé le silence et durant une dizaine de minutes, seul le bruit des pinceaux sur les toiles avait résonné dans la salle de classe.

Rosalie attendit que sa nouvelle camarade retrouve un rythme cardiaque régulier et un visage moins rouge pour se venger. Bella n'aurait pas pu comprendre comment un pinceau fin et léger, lancé gracieusement, avait fait pour lui renverser sa palette sur sa tête. Tout s'était passé si vite, la jeune fille n'avait pas vu Rosalie agir mais un regard vers elle et Bella comprit qui était responsable de sa nouvelle couleur de cheveux.

_oOo_

La semaine se passa et Edward n'avait fait aucun progrès avec Bella. Alice lui promit que si elle l'accompagnait, Bella s'ouvrirait un peu plus. Et comme toujours, sa sœur avait eu raison. Le chemin les menant au lycée ne fut pas silencieux, certes Alice mit en rogne l'humaine mais au moins elle l'avait faite parler.

« Une jupe de temps en temps, c'est tout ce que je veux dire. » plaida la plus petite des Cullen, une moue boudeuse sur ses lèvres, en claquant la porte arrière de la Volvo.

« Non, Alice ! Tu ne me feras jamais porter de jupe. »

« Même pour ton rendez-vous de ce soir ? »

Edward se figea et puisqu'il tenait le bras de Bella pour l'aider à grimper les escaliers les menant en cours, la jeune fille manqua de tomber sur ses fesses. Le vampire la rattrapa de justesse et pour se faire pardonner, il la porta carrément dans ses bras pour les sept dernières marches.

S'il était honnête avec lui-même, Edward admettrait qu'il avait osé ce geste pour se prouver qu'il pouvait être le petit-ami de Bella, qu'il pouvait se comporter comme un adolescent ordinaire.

Bella, elle, eut du mal à retrouver son équilibre, même dix minutes plus tard, assise sur sa chaise en cours d'anglais. Elle tenta de se remémorer les paroles d'Alice, elle avait évoqué un rendez-vous pour le soir même dont Bella n'était pas au courant. Mais alors, ses pensées s'égaraient et la forçait à revivre les quelques secondes où Edward l'avait prise dans ses bras. Jamais elle ne s'était sentie aussi en sécurité, blottie contre lui.

En fin de journée, Bella sortit de son cours de littérature (puisqu'elle avait abandonné celui d'arts plastiques après un seul et mémorable cours) et adressa un sourire timide à Edward qui l'attendait déjà. Certaines choses étaient plus faciles, comme le fait qu'il insiste pour lui porter son sac, son plateau repas au réfectoire, qu'il lui ouvre les portes et la laisse entrer en premier. Bella, n'ayant jamais eu affaire auparavant à un gentleman, avait cru cette espèce éteinte sous la pression des mouvements de libération de la femme. Une fois qu'elle avait compris qu'il le faisait non par pitié ni par machisme, Bella avait remercié Edward après chacune de ces petites attentions.

Edward n'avait pas obtenu de réponse de la part d'Alice, même s'il se doutait qui serait le rendez-vous de Bella. Il avait remarqué la surprise de la jeune fille le matin, il était persuadé qu'elle n'avait pas encore été invitée.

Le parking était déjà presque désert quand Edward et Bella sortirent du lycée, les autres élèves étaient toujours impatients de commencer leur weekend. Riley Biers attendait son amie, son sourire se fana en la voyant apparaître au bras d'un autre garçon qui le fusillait du regard.

« Je ne savais pas qu'il serait là. » expliqua tout bas Bella.

« Surprise. » répliqua amèrement Edward.

Il n'eut pas le courage de regarder Bella en face après, il relâcha son bras et marcha devant elle vers Riley. Il était tenté de menacer ce garçon, de l'attraper par le col et l'envoyer bouler contre sa voiture déglinguée. À la place, il lui fourra brutalement le sac à dos de Bella dans les mains et s'échappa.

Riley vacilla et ne se gêna pas pour demander à Bella quel était le problème de son camarade. Elle éluda puis accepta son invitation à dîner. Il les conduisit à Port Angeles, mais n'eut pas l'occasion de demander enfin à Bella d'être sa petite-amie. La jeune fille insista tant à parler du CCC et des actions prévues pour l'été et l'automne à venir, une époque traditionnellement chargée pour les militants anti-chasse.

En vérité, toute la soirée Bella se retint de sourire. Juste pour quelques heures, elle allait prétendre qu'Edward était jaloux de Riley. Quel mal y aurait-il à cela ?

À vingt-deux heures, Riley se tenait sur le seuil de la maison des Swan, la voiture du shérif nulle part en vue. Il décida de tenter enfin sa chance, prit la main de Bella et la porta à sa bouche brièvement. Son geste les surprit tous les deux.

« Depuis que nous nous sommes rencontrés, je suis fasciné par toi. J'aimerais pouvoir te voir plus souvent mais avec mes études, je ne peux pas revenir à Forks tous les jours. Mais je pourrais y passer tous mes weekends… avec toi. Qu'en dis-tu ? »

« Je… »

Audacieux, il posa ses mains sur les épaules de Bella avant de se pencher vers elle et de l'embrasser rien qu'une seconde sur la bouche. Il avait espéré qu'elle lui rendrait son baiser mais elle resta aussi rigide qu'une statue.

« Je te laisse y réfléchir. Bonne nuit. » lui souffla-t-il à l'oreille.

Il remonta en voiture et disparut dans la nuit, laissant Bella atterrée. Elle ne sut combien de temps elle resta debout devant chez elle, à ressasser les évènements de ce vendredi. Pourquoi n'avait-elle pas donc pas aimé ce baiser ? Une semaine plus tôt, elle aurait sauté au cou de Riley, l'aurait embrassé passionnément, elle aurait répondu oui pour passer ses weekends avec lui. Qu'est-ce qui avait changé en une semaine ?

_oOo_

Edward passa la nuit et la matinée suivante à préparer ses excuses. Aucun rapprochement entre lui et Bella n'était envisageable, avait martelé Rosalie. Il lui avait rétorqué qu'il devait surveiller Bella et son comité anti-chasse.

« De toute façon, elle te détestera si elle découvre ce que tu es. » avait pointé Jasper.

« C'est tellement ironique ! s'était exclamé Emmett, hilare. La seule nana que tu daignes regarder en neuf décennies et elle est contre la chasse ! »

À midi, ce samedi, Edward tournait en rond dans sa chambre, cherchant encore les mots justes pour expliquer à Bella pourquoi il s'était comporté comme un malotru la veille. Alice entra alors en trombe sans rien dire, elle rejoua la vision qu'elle venait d'avoir alors qu'elle était en train de faire son shopping quotidien sur internet.

« Pourquoi la vision se stoppe ?! » s'angoissa Edward.

« Je n'en sais rien ! Une minute Bella fait la cuisine et l'autre, pouf, elle a disparu. Mais elle va bien, je ne sais pas comment l'expliquer mais je le sens. »

Edward fut tenté de courir jusqu'à la maison du shérif mais Alice l'en dissuada, il devait y aller en voiture. Tout comme le samedi précédent, il roula aussi vite que sa voiture le lui permit.

Depuis le bout de la rue de Bella, Edward aperçut une vieille Polo bleue tourner devant la maison des Swan. Il ne sut s'il réussirait à garder son calme, un loup rôdait.

Bella sursauta lorsqu'elle entendit un klaxon. Elle pensa immédiatement à son père, même si ça ne lui ressemblait pas. Elle reposa lentement le couteau qu'elle tenait, essuya ses mains sur un torchon puis attrapa ses béquilles. Elle alla ouvrir la porte et se retrouva nez à nez avec Jacob Black.

« C'est toi qui a klaxonné ? » attaqua-t-elle, en colère.

« Ouais ! répliqua-t-il joyeusement. Comment tu vas depuis tout ce temps ? »

« Ça allait jusqu'à ce que tu te pointes. »

« Je suis vexé, Bella, continua Jake en la contournant pour entrer dans la maison. J'avais espéré avoir de tes nouvelles depuis notre dernier tête-à-tête. »

Il lui lança un sourire charmeur, s'assit sur le canapé puis tapota le coussin à côté de lui.

« Ton père travaille toute la journée, nous ne serons pas interrompus cette fois. » promit-il, sourd au grognement de l'humaine.

Edward, qui avait suivi la scène depuis le perron de la maison, frappa deux coups à la porte et sourit en entendant Bella murmurer « ouf ». Le vampire serrait les poings, il ne parviendrait pas à cacher sa colère, même face à Bella. L'indien était installé sur le canapé, dans sa tête il se repassait son premier baiser… avec Bella.

Contre le renseignement menant Bella à découvrir la vérité sur les loisirs de son père, Jacob avait demandé un baiser avec la langue d'au moins une minute. La scène était sûrement enjolivée dans ses souvenirs, se dit Edward en se positionnant face à l'indien.

« Tu es prête ? » lança-t-il à Bella.

Elle ne mit pas longtemps à accepter l'aide déguisée de son camarade de lycée. Elle lui sourit et lui prit la main. Bella se tourna ensuite vers Jake.

« J'ai d'autres projets… avec mon petit-ami. » annonça-t-elle en priant pour qu'Edward ne change pas d'avis.

« Lui ?! Un Cullen ?! » s'écria Jacob en se levant d'un bond.

Il n'avait entendu que quelques légendes en grandissant mais depuis l'arrivée de cette famille de supposés vampires, le folklore Quileute était à la mode. Jacob Black se trouvait plus attirant que ce gringalet, pourquoi Bella le préférait à lui ?

« Je pense que tu devrais partir. » se contenta de lui répondre la jeune fille.

Malheureusement pour Edward, Jacob était intouchable, il était sans le savoir le véritable alpha des guerriers de par son lignage. Trop jeune à l'arrivée des vampires, Jake n'avait pas muté mais il n'en restait pas moins un membre précieux de la tribu.

Heureusement pour Edward, Bella serra plus fort sa main et calma temporairement ses envies de meurtre.

« Bella, il n'est pas pour toi. » insista l'indien.

« Pars. Maintenant, Jacob. » gronda Edward.

Bella devina que la confrontation pourrait dégénérer, elle se positionna entre les deux garçons. L'indien contourna le vampire, son instinct lui criant de ne prendre aucun risque.

Lorsqu'ils furent seuls, Bella et Edward ne bougèrent pas d'un millimètre, elle lui tournait le dos, lui était immobile son regard, malgré lui, sur le corps de la jeune fille. Inspirant profondément, elle lui fit enfin face et le remercia d'une petite voix.

« J'ai présumé que tu ne souhaitais pas sa présence. » s'expliqua Edward.

« Ça ne ressemble pas vraiment à une coïncidence, murmura Bella en prenant la mesure de ses paroles à mesure qu'elle les prononçait. C'était comme si… Tu es arrivé juste à temps. Pourquoi es-tu venu d'ailleurs ? »

« Je devais m'excuser pour hier après-midi. Je suis désolé d'avoir traité ton… ami si rudement. »

« Ok. »

Il laissa ses yeux vagabonder dans le salon des Swan, notant chaque détail, chaque photo de Bella enfant, chaque trace d'elle dans cet univers masculin.

« Tu vas passer tout ton weekend enfermée ici ? »

Bella baissa sa tête, elle n'avait pas l'intention de se plaindre, et en aucun cas elle ne voulait lui faire pitié.

« Tu voudrais sortir ? » tenta le vampire.

« Avec toi ? » le questionna-t-elle.

Edward acquiesça en souriant timidement, secrètement ravi parce qu'elle l'avait déjà présenté comme son petit-ami à Jake et qu'elle jouait sur les mots avec lui.

« Oui. » répondit-elle en souriant.

« Où veux-tu aller ? »

« Ça va te paraître un peu bizarre peut-être, mais je voudrais aller en forêt. »

« Tu dois ménager ta cheville. »

« Rien que quelques mètres, plaida-t-elle. Il y a un sentier derrière la maison. Viens. »

Le vampire accepta, il la suivit, lui offrit son bras pour descendre les marches et traversa avec elle la pelouse sans la lâcher.

« Je déteste ne pas pouvoir conduire et aller où je veux, se confia Bella. Et je n'en peux plus de manger des steaks, du poisson et de la pizza. »

« Je m'en doute, compatit Edward. Mais tu dois te ménager encore un peu, ensuite rester debout sera moins inconfortable pour toi. »

« J'espère. »

Elle fut tentée de poser sa tête sur l'épaule de son camarade. Elle n'était plus mal à l'aise en sa présence, elle appréciait son calme et son assurance, elle attendait avec impatience ces quelques minutes quotidiennes où elle serait seule avec lui. Jamais encore, elle n'avait osé le contempler depuis ce premier cours où il l'avait effrayée. Elle l'observa vraiment pour la première fois et le trouva magnifique.

_oOo_

« Alors… euh… demain je retourne à l'hôpital pour enlever le strap'. » annonça Bella.

« Je peux t'y amener. »

« Je veux bien, merci. »

Bella se mordit la lèvre et tenta de ne pas rougir. La façon qu'avait Edward de lui parler se faisait de plus en plus tendre de jour en jour. Imaginait-elle ce rapprochement entre eux depuis deux semaines ?

Le lendemain, un vendredi après-midi, Edward conduisit Bella à l'hôpital et puisque son père n'était pas de service, le vampire ne fut pas autorisé à suivre l'humaine jusqu'à la salle d'examen.

Quand Bella le rejoignit dans la salle d'attente, elle était tout simplement rayonnante, ses deux jambes seulement lestées de ses chaussures, elle pouvait marcher (presque) normalement. Edward sauta sur l'occasion pour la faire sourire, il applaudit son amie et fut émerveillé de la voir, non sans grâce, tourner sur elle-même.

Leurs rires se turent quand il lui prit la main et qu'elle lui demanda de l'emmener loin de cet hôpital.

_oOo_

« Qu'as-tu de prévu ce weekend ? » le questionna-t-elle en lançant un caillou dans l'océan.

Edward avait roulé seulement jusqu'à Port Angeles, il aurait aimé continuer plus loin, enlever Bella et lui faire découvrir le monde.

« Une randonnée avec mes frères. » lui apprit-il.

« Cool. »

« Oui… »

« C'est sans doute pour ça que ta sœur m'a invitée ce soir pour une soirée entre filles. »

« Elle a fait quoi ?! » rugit-il, faisant sursauter Bella.

« Elle… Oh, c'est pour ça qu'elle m'a dit de ne rien te dire. J'avais oublié. Pourquoi réagis-tu si mal ? »

« Ça n'est pas une bonne idée. » lui garantit Edward.

« Pourquoi ? J'apprécie ta sœur quand elle n'essaie pas de jouer à la poupée Barbie avec moi. »

« Elle va encore essayer, et pourtant tu as accepté. » réalisa-t-il, confus.

« J'ai négocié. On devrait rentrer, j'ai un devoir d'espagnol à terminer. »

Et moi quelques bêtes à vider de leur sang, se dit Edward à lui-même, lugubre.

_oOo_

Alice voulut contourner les conditions posées par Bella, au final, l'humaine menaça la vampire aux allures de fée de rentrer chez elle et de ne plus jamais lui adresser la parole si Alice ne relâchait pas ce fer à friser.

La jeune fille eut beaucoup de mal à faire entendre raison à son hôte quand elle voulut rentrer chez elle. Edward fut informé de cet échec par sa sœur et se hâta de terminer son repas. Il aurait aimé que Bella dorme dans son lit, comme Alice l'avait planifié, mais il était aussi soulagé de passer une nouvelle nuit à observer l'humaine qui avait réveillé son cœur.

Vers trois heures trente du matin, Bella se réveilla d'un cauchemar en hurlant. Edward, n'écoutant que son courage se précipita à la fenêtre de la jeune fille et guetta tout autre signe de détresse. La branche sur laquelle il avait osé quelques fois seulement se poser, celle qui touchait la façade, celle qui lui permettait d'être presque aux côtés de Bella, cette branche craqua bruyamment.

À l'intérieur de la maison blanche, Bella se mit à hurler de plus belle, la réalité rejoignant le cauchemar dont elle s'était difficilement extirpée quelques instants plus tôt. Edward avait déjà atterri au sol quand la branche se détacha de l'arbre et s'écrasa au sol dans un bruit lugubre.

La jeune fille regagna du poil de la bête, elle se dégagea des couvertures et chuta dans sa précipitation. Elle entendit clairement grogner au dehors, elle ne sut si il s'agissait d'une bête ou d'un homme. Bella ouvrit la fenêtre et inspecta bravement la nuit et le perron de la maison. Rien d'anormal, constata-t-elle.

Elle saisit tout de même son téléphone et composa le numéro de son père. Elle ne parviendrait pas à se rendormir si elle restait seule dans la maison. Le shérif ne répondit pas, déjà en route vers son lit, il gardait son téléphone personnel en mode silencieux durant ses heures de service.

L'autre option de Bella résidait en ce nouvel ami qui l'avait assistée depuis des semaines. Edward répondrait-il à son appel à cette heure avancée ? Elle attendit la tonalité puis sursauta quand une sonnerie résonna au dehors. Exactement cinq secondes plus tard, le bruit d'une voiture troubla la rue silencieuse.

Dans sa hâte, Edward ne prêta pas attention à la voiture du shérif qui arrivait face à lui, le vampire ne respectait que très rarement les limitations de vitesse et à cet instant, il avait choisi d'aller au plus vite.

Charlie Swan mit un instant avant de réaliser que c'était bel et bien une voiture qui venait de le croiser à toute allure. Il fit demi-tour, alluma son gyrophare et poursuivit la voiture délinquante dans la nuit.

Bien qu'il aurait pu semer la voiture du shérif, Edward n'avait pas le choix, il avait juré, comme chaque membre de la famille Cullen, de ne jamais se soustraire aux forces de l'ordre si leur nature ne risquait pas d'être compromise. Le vampire qui se vantait d'avoir un radar dans la tête imaginait déjà Emmett se moquer de lui en apprenant la nouvelle de son arrestation.

« Edward Cullen ! » s'exclama Charlie Swan sous le choc.

« Je suis désolé, chef Swan. Je voulais rentrer au plus tôt chez moi. »

« Tu sais à quelle vitesse tu roulais ? Une chance que les routes soient désertes habituellement à cette heure-ci. »

« Je vous promets que ça ne se reproduira pas. »

« Mon garçon, je suis l'instrument de la justice, la loi est la loi et tu ne peux pas y échapper. » déclama le shérif en toisant le garçon qui avait cru échapper à sa peine rien qu'en s'excusant.

Edward, qui avait suivi les réflexions du shérif, fit amende honorable, il jura de sa bonne foi et de son intention d'expier sa faute.

Le reste de la nuit fut passée en cellule et le vampire ne put téléphoner à son père qu'à huit heures du matin.

Après les formalités pour payer l'amende d'Edward et pour le libérer, Carlisle envoya son fils l'attendre dans sa voiture.

« Ça vous dit un café ? » proposa le shérif.

« Volontiers, merci Charlie. » joua Carlisle comme si il en était tout aussi dépendant.

« Vous allez être mon rayon de soleil aujourd'hui. » bougonna Charlie

« Vous me flattez et ça ne vous ressemble pas. Pourquoi cet air morose ? »

« Je suis un prisonnier chez moi. » souffla-t-il.

Il tendit au docteur Cullen une tasse de café fumante, puis s'assit à sa place, une autre tasse pour lui dans la main.

« Vous parlez d'Isabella ? Je ne l'ai vue que deux fois mais elle a l'air inoffensive. » répliqua le vampire en riant.

« Inoffensive ? Vous devriez la voir quand elle est en colère ! Bon sang, je ne sais pas de qui elle a hérité ça, peut-être de mon père. Elle m'interdit d'aller pêcher et chasser. » se confia le shérif.

Carlisle éclata de rire, incapable de résister d'autant que Charlie avait vraiment l'air d'un petit garçon a qui on avait retiré son jouet préféré.

« Ça n'est pas vous qui êtes consigné par votre fille. » grommela l'homme.

« Charlie, votre fille est une passionnée, elle lutte pour une bonne cause. Vous avez de quoi être fier. »

« Vous n'auriez pas des somnifères sur vous ? »

« Vous avez des difficultés à vous endormir ? »

« Je veux l'endormir elle, pour tout un dimanche ! » plaisanta Charlie.

Un mouvement de sa moustache indiqua pourtant au médecin que l'idée avait fait son chemin dans l'esprit du shérif.

Edward était resté sous la pluie, appuyé contre la Mercedes noire de son père adoptif. Il n'avait rien loupé de la conversation ou des plans fantaisistes que le shérif inventait à la vitesse de la lumière pour se débarrasser de sa fille juste un weekend.

Si ça ne tenait qu'au vampire, Bella resterait avec lui à chaque minute de chaque jour. Il était cependant de plus en plus inquiet de l'implication de Bella dans la cause animale. À son époque, peu prêtaient attention aux animaux. Enfant, il avait lui-même été émerveillé au cirque. Aujourd'hui, il savait la cruauté de beaucoup cirques et les choses changeaient peu à peu. Certains militants se mettaient réellement en danger pour leur combat.

Lorsque Carlisle Cullen rejoignit son fils, il lui fit part en silence de son inquiétude grandissante depuis que deux jours plus tôt, un homme avait débarqué aux urgences en prétendant qu'un loup féroce avait voulu l'attaquer.

« Le Quileute ? » murmura Edward.

Le médecin acquiesça et rejoua la scène à laquelle il avait assisté en insistant sur la blessure légère du randonneur, due en fait à une chute dans sa fuite.

« Il n'était pas ivre ou drogué ? »

« Je n'ai rien détecté dans son odeur, lui apprit Carlisle, mais comme je ne l'ai pas soigné, je ne peux en être certain. Et aucune analyse de sang n'a été prescrite. »

« Alors en quoi cela t'inquiète-t-il ? Un seul homme prétend avoir vu ce loup. »

« Et si il y en avait un autre dans la tribu capable de muter ? Il faut que tu enquêtes discrètement. »

Edward cacha difficilement son manque d'enthousiasme pour cette mission.

« Préviendras-tu le chef des chiens ? » s'enquit-il, espérant un dénouement rapide.

« Je l'ai fait cette nuit, il affirme qu'il est le seul et qu'il n'a pas pu être vu. Il est extrêmement prudent. Je compte sur toi. » conclut Carlisle.

_oOo_

« Une battue ! On se croirait au moyen-âge ! » s'agitait Bella sur le siège passager de la Volvo d'Edward.

C'était vendredi matin et en une petite semaine, la rumeur du loup féroce avait circulé dans tout le comté. On parlait même désormais d'un ours tout aussi dangereux, aperçu à plusieurs reprises aux abords de la forêt. Le shérif, pour rassurer les citoyens, prévoyait une battue ce samedi et avait appelé en renfort tous les chasseurs des environs.

« Ils vont faire un carnage ! » se lamenta la jeune fille, au bord des larmes.

« Non, ils vont juste chercher ce loup qui n'existe pas. » la consola son ami étrangement froid en tout temps.

« Justement, je crois qu'il existe. » murmura Bella.

« Ah bon ? »

« Il se passe des choses très étranges dans cette forêt. Je t'ai parlé de ces cadavres enterrés- »

« Un loup ne peut pas faire ça, ni un ours. » la coupa Edward.

« Ça n'est qu'un élément du puzzle. » affirma l'humaine.

« Je ne crois pas à cette histoire. »

« Angela l'a vu. » révéla-t-elle.

« Quoi ?! » s'exclama le vampire.

« Il y a deux semaines, elle était allée à La Push pour prélever des échantillons d'eau. Elle et son copain se sont baladés ensuite et il a du s'arrêter pour se soulager. Angela seule a vu un énorme loup noir qui courait incroyablement vite. » conta Bella.

Angela Weber n'était pas une menteuse, elle s'était apparemment confiée à Bella seulement sinon tout le lycée en aurait parlé. Edward chercha Angela, il n'était plus qu'à deux cent mètres de l'établissement, il la capta finalement dans la voiture derrière lui, mais elle pensait à ses frères.

Ce soir-là, ce ne fut pas Edward mais Alice qui suivit Bella à Port Angeles comme garde du corps invisible. En effet, Carlisle insista pour que son fils assiste à la rencontre avec Sam Uley. Ce dernier admit que suite à un accident tragique et surtout personnel, il avait parcouru la forêt deux semaines plus tôt. Il ne dit rien de plus, Edward révéla à sa famille plus tard que lors d'une dispute avec sa fiancée, il s'était changé en loup et avait blessée la jeune femme.

_oOo_

Bella ne réussit pas à annuler la battue, Angela s'était confiée à ses parents qui avaient aussitôt alerté le shérif. Les membres du CCC décidèrent finalement d'aller eux-aussi fouiller les bois pour surveiller les chasseurs. Ils espéraient ainsi les dissuader de pratiquer la chasse.

Le shérif se retrouva donc flanqué de sa fille et de son « ami, pas petit-ami, parce que j'ai pas le temps pour un petit-ami et même si je sortais avec lui, je ne te le dirais pas, espèce de menteur et assassin d'animaux ! ». Edward et Bella avaient rejoint la battue dans la voiture de patrouille, sur le siège arrière, comme deux criminels, ce qui avait apporté une touche d'humour à la journée du shérif.

Le point de départ de la battue serait à l'est de la ville, au bout de la route Minnie Peterson. Le propriétaire des champs alentours, M. Long, accepta que les voitures se garent sur ses terres, il allait lui-même prendre part à la recherche de la bête.

Les meilleurs amis de Charlie participaient évidemment à l'événement mais trouvèrent une excuse pour ne pas s'approcher du vampire. Ils promirent à Bella de ne tuer aucune bête durant la battue, sauf celle qui terrorisait la région. Sur ce dernier point, la jeune militante espérait encore que l'animal ne croiserait pas leur route et qu'elle se terrait à l'abri quelque part.

Au fur et à mesure que l'équipée s'enfonçait dans les bois de la forêt d'Olympie, se fatiguant rapidement, Bella, elle, jubilait car aucun loup, ni ours d'ailleurs, n'avait pointé le bout de son museau.

L'incident se produisit quand les chasseurs bénévoles, déçus de ne rien avoir pisté, regagnèrent leurs véhicules. Le shérif les remercia un à un, et Bella et ses comparses, ainsi qu'Edward, fourraient avec autorité dans les mains des chasseurs des tracts les appelant à cesser cette pratique cruelle.

Charlie Swan, sa fille et le délinquant routier, comme l'appelait secrètement le shérif, furent les derniers dans le champ. Le shérif, affamé, se servit largement dans les provisions qu'il avait emportées, notamment deux parts de son gâteau préféré au miel, achetés le matin-même au restaurant.

Edward, focalisé sur Bella qui boitait et saignait à un genou suite à une dizaine de chutes dans les bois, avait bloqué sa respiration et se morfondait d'inquiétude pour l'humaine. Il ne perçut l'animal que trop tard.

Un ours surgit à l'orée des bois, il gronda en fixant le trio puis se figea. Il avait détecté une odeur anormale en plus de celle du sucre et du miel. Edward obligea Bella à monter dans la voiture et hurla à Charlie d'en faire de même mais le shérif s'était déjà saisi de son fusil et visait l'animal.

« Papa ! Je t'en supplie ne le tue pas ! » s'écria Bella en ouvrant la portière.

Edward la ceintura pour l'empêcher d'approcher davantage de la bête. Il regrettait de ne pas pouvoir mettre en pièce l'ours et de se délecter de son sang, rien que pour faire enrager Emmett. Sentant peut-être les envies sanguinaires du vampire, l'ours reprit ses rugissements de plus belle. Charlie arma son fusil lentement et ferma son œil gauche pour viser.

« Non ! Papa ! »

« Bells, cet animal est un réel danger pour les randonneurs. Il risque même de s'aventurer dans la ville s'il a faim. » expliqua-t-il calmement.

Le shérif enclencha son fusil, le clic sonna le glas de la discussion.

« Non ! » s'écria-t-elle encore plus terrifiée.

L'ours profita-t-il du regard courroucé que lançait Charlie à sa fille ? Edward n'aurait pu le dire, il réalisa seulement que sans son intervention, un drame se produirait. Il relâcha à regret Bella et se précipita entre l'animal et le shérif.

Charlie réagit rapidement et tenta de contourner Edward, en vain. Il ne comprit pas comment la main d'un adolescent suffisait à le clouer sur place. L'ours s'enhardit et fonça sur le groupe, bien décidé à se débarrasser de ces intrus. Edward grogna aussi férocement qu'il en était capable. L'ours focalisa alors son attention sur Bella.

D'un seul mouvement, mais l'un beaucoup plus rapide que l'autre, Charlie et Edward se jetèrent sur Bella pour la protéger. Edward la porta à toute vitesse derrière la voiture. Hélas l'ours abattit sa patte antérieure puissante sur le shérif qui se mit à hurler de douleur.

Le vampire pesta et retourna s'occuper l'animal. Sa famille serait bientôt arrivée là, les renforts ne tarderaient pas.

Bella, qui décidément, ne voulait pas rester à couvert, regarda, ahurie, son ami repousser l'ours à plusieurs mètres d'un simple coup de poing. Elle se précipita ensuite auprès de son père, une large blessure sur le flanc droit le clouait au sol. Charlie ferma les yeux aussi fortement qu'il en était capable pour ne pas hurler davantage et pointa du doigt Edward, comme pour demander une explication. Mais il se sentait partir, écœuré par l'odeur du sang, submergé par la douleur. Il entendit sa fille murmurer encore son prénom avant de s'évanouir.

« On ne peut pas laisser cet ours en vie, mon amour, il est trop dangereux. » déclara alors gravement Edward.

Bella resserra ses bras autour du cou de Charlie en sanglotant, les derniers mots d'Edward se répétaient dans sa tête, beaucoup trop fort. Le vampire interpréta ce geste comme le feu vert de Bella, il refusa toutefois de s'occuper de l'animal en furie devant elle. Il héla son frère qui apparut en quelques instants à ses côtés.

Aux yeux de Bella, la scène était toute bonnement improbable. Emmett Cullen se matérialisa aux côtés de son frère. Il n'avait même pas pensé à apparaître humain, lui. Un grand sourire aux lèvres, il attrapa l'ours par une de ses pattes antérieures et l'entraîna à plusieurs mètres des humains, sous le couvert des arbres. C'était comme si le frère d'Edward emmenait l'ours jouer plus loin.

Le shérif hoqueta plusieurs fois, il reprit ses esprits après seulement quelques instants d'inconscience. Bella se rendit compte que le sang n'avait cessé de couler et se maudit de ne pas avoir déjà appelé une ambulance. Elle appuya aussi fort que possible sur la plaie jusqu'à ce que des mains froides prennent le relai. Carlisle Cullen, son épouse et leur fils Edward portèrent Charlie en moins d'une seconde et l'allongèrent sur la banquette arrière de la voiture du médecin.

« Viens. » commanda gentiment Edward à Bella.

Il prit le volant de la voiture de patrouille et suivit à vive allure la Mercedes de son père.

« Il va s'en sortir ? » chuchota Bella.

« Mon père fera tout pour ça, ne t'inquiète pas. »

Edward ne savait pas ce qu'il devait dire dans ce genre de situation. Il ne voulait pas non plus laisser croire qu'il était indifférent à l'état de santé de Charlie.

« Ça va aller. » ajouta-t-il.

Suite à cela, Edward capta les pensées de Carlisle qui lui apprit que le shérif venait de reprendre conscience. L'opération était déjà programmée, une équipe attendait le blessé à l'hôpital.

À peine garés, Bella sauta hors de la voiture et s'élança vers l'hôpital. Elle glissa un regard vers son ami qui lui sourit.

« Vas-y. » l'encouragea-t-il.

_oOo_

« Bella ? Comment va ton père ? »

« Bien, il vient d'être opéré, il va s'en sortir. »

Edward soupira de soulagement, il s'attendait au pire non pas au sujet de Charlie Swan, qui avait en fait failli mourir sur la table d'opération suite à un arrêt cardiaque, et non de sa blessure. Le vampire avait redouté la réaction de Bella, une fois le choc des évènements de la journée passé.

« Merci, Edward. »

« Pourquoi ? » s'étonna-t-il sincèrement.

« Tu nous as sauvé la vie, tu as été si courageux ! »

Le lycéen ne put savourer les compliments de celle qu'il aimait, il n'y avait rien eu de courageux à faire face à un ours qu'il aurait pu tuer d'un simple geste.

« Tu m'as appelée… mon amour. » continua Bella, résignée à avoir enfin une conversation sérieuse avec Edward.

« Parce que… »

Le vampire inspira et décida que ça ne serait pas la pire des choses que d'admettre ses sentiments.

« Parce que c'est ce que je ressens pour toi. » confessa-t-il.

Bella posa ses mains sur son cœur puis devant sa bouche, les yeux brillants de larmes de joie.

« Je suis stupide, au pire des moments, je n'ai entendu que ces deux mots. Oh, Edward ! »

Elle s'approcha de lui et lui prit les mains.

« Je t'aime, Edward Cullen. » lui déclara-t-elle.

Les sourcils froncés, Edward se laissa faire, sachant qu'elle serait dégoûtée par lui par la suite. Il prendrait le peu qu'il recevrait avec une infinie gratitude. Ce petit sursis ne dura pas assez longtemps selon le vampire mais il ne put apparemment pas se soustraire aux questions de son humaine.

« Pourquoi es-tu si maussade ? N'es-tu pas heureux que je t'aime également ? » s'inquiéta Bella.

« Non. » lâcha-t-il en fermant les yeux.

« Mais… »

Bella avait tenté de ne pas être romantique dans la vie, malgré elle, elle avait laissé le mythe du prince charmant s'insinuer dans ses rêves lorsqu'elle n'était qu'une petite fille. Depuis quelques semaines, voilà que ces rêveries la gardaient parfois éveillée la nuit.

Elle tenta de comprendre pourquoi son ami ne partageait pas sa joie. Elle posa une main hésitante sur la joue d'Edward et attendit son explication, car que ce simple non ne lui suffirait pas.

« Je suis dangereux, Bella. »

« Qu'est-ce que tu racontes ? Tu m'as sauvée la vie ! Et pas qu'une fois ! Et tu as sauvé mon père. »

« Bella, tu as vu ce que j'ai fait. »

L'humaine se concentra un instant sur ces instants irréels qu'elle avait choisi de mettre de côté. Oui, Edward avait maîtrisé un ours enragé, son frère en était également capable. Elle décida que son ami n'était pas dangereux pour elle et cela conclut son monologue intérieur.

« Je… Oui, tu es plus fort que je ne l'ai cru mais- »

« Je suis un vampire. » avoua-t-il aussi rapidement que d'autres arrachaient un pansement de leur peau.

Bella fit une moue pensive, une expression totalement hypocrite puisqu'elle était à la fois apeurée et soulagée de comprendre pourquoi elle avait toujours perçu Edward aussi différent des autres.

« Alors tu te nourris du sang des humains ? » le questionna-t-elle.

« Non. »

« Tous les mythes sont faux ? » s'étonna Bella.

Son sourire s'épanouit à la pensée que sa première histoire d'amour n'était peut-être pas condamnée d'avance. Son sourire fana rapidement en entendant la réponse d'Edward.

« Non, certains sont vrais. Ma famille et moi, contrairement à la quasi-généralité des vampires, ne nous nourrissons pas de sang humain. »

« Quel sang alors ? » murmura-t-elle, fermant les yeux et serrant déjà les poings.

C'est un cauchemar, se dit-elle une dizaine de fois. Le silence prolongé de celui qu'elle aimait pourtant énormément ne faisait que l'inquiéter davantage.

« Nous chassons les animaux et buvons leur sang. » finit par lâcher le vampire.

Edward n'avait rien à craindre de Bella, il la dominait en taille et en force, en vitesse et en technique, cependant il s'écarta d'elle d'un bon mètre et patienta.

« C'est toi qui a enterré ces cerfs ? » articula-t-elle, sa colère ponctuant chaque mot.

« Euh… »

Les yeux de l'humaine s'ouvrirent, le chocolat noyé dans un noir orageux. Le vampire se fit la réflexion qu'il aurait peut-être dû écouter les conseils d'Emmett et attendre le troisième rendez-vous avant de tout révéler à Bella.

« Pas ceux que tu as découvert, expliqua-t-il comme si ça allait atténuer les faits. Il s'agissait de l'œuvre de ma mère. »

Bella ouvrit grand la bouche, la fureur éclipsée brièvement par la stupeur.

« Elle était vraiment désolée que tu aies vu ça. » ajouta-t-il.

« Esmé ?! Esmé est un vampire ?! »

Edward fronça les sourcils, pensait-elle réellement que des vampires pourraient vivre auprès d'humains dans la même maison ? Leur filiation inventée était une nécessité pour s'assister dans cette éternité.

« Oui, nous le sommes tous. » explicita-t-il.

« Mais pourquoi les animaux ?! » explosa enfin Bella.

_oOo_

Bella regarda autour d'elle furtivement puis colla l'affiche sur le plus grand des panneaux du hall d'accueil de l'université de Seattle. Depuis trois mois qu'elle avait intégré la fac, elle n'avait pas eu beaucoup de temps à consacrer à sa cause. Le pot de colle coincé entre les cuisses, le pinceau dans la bouche, elle admira son œuvre. Il était grand temps que le CCC recrute de nouveaux membres.

Elle entendit soudain un bruit et son téléphona vibra dans sa poche arrière. Éternelle maladroite, la jeune étudiante laissa tomber le pinceau et le pot lui échappa des cuisses. Elle ferma les yeux, comme si par magie, sa volonté suffirait à rattraper le pot et ne pas se faire découvrir par le gardien.

« Dépêche-toi, mon amour. »

Elle découvrit, sans surprise et même déçue, son petit-ami, le pot de colle dans une main et l'autre tendue vers elle.

« Alice t'a dit ? » se plaignit-elle une fois éloignée du campus.

« Non, n'oublie pas que tu parles dans ton sommeil. » se moqua-t-il gentiment.

« Zut ! »

« Tu as donc réussi à soudoyer ma sœur pour qu'elle ne te dénonce pas ? C'est pour cela que tu as passé ton samedi avec elle, à faire du shopping ? »

« Oui. » grogna Bella.

« Je me doute du temps que tu as passé à préparer ton coup, mademoiselle la délinquante. »

Edward les avait emmenés à toute vitesse loin des bâtiments de l'université, il riait aux éclats désormais, fascinant sa petite-amie comme à chaque fois qu'il le faisait. Bella oublia un moment sa frustration et sa gêne, elle ne pouvait pas résister au besoin de se blottir contre lui.

« Rentrons chez nous. » murmura-t-elle, la gorge nouée par l'émotion.

Charlie Swan avait refusé que sa fille emménage avec son petit-ami juste après le lycée. Bella lui avait rappelé qu'elle était majeure et amoureuse, et qu'elle n'avait aucune raison de vouloir vivre sans Edward. Le shérif avait objecté, puis Bella lui avait rappelé qu'Edward était un vampire et que son père n'aurait pas pu souhaiter un garde du corps plus efficace que lui. Il avait bougonné puis accepté, se disant que peut-être la vie à deux les ferait se séparer. Mais Edward lui avait sauvé la vie face à cet ours, et Charlie avait dû se résoudre à leur relation. D'ailleurs, si Edward n'avait pas été un monstre mythique, il aurait été le meilleur gendre au monde aux yeux du shérif.

Bella ne l'aurait évidemment pas confié à son père, le jeune couple se disputait presque chaque soir depuis des semaines. Il y avait ce dilemme qu'elle ne parvenait pas à résoudre, à savoir : rester humaine et mourir quand Edward resterait jeune à jamais, et devenir un vampire et tuer des animaux pour survivre. Le sujet des disputes commençait par le besoin en constante augmentation de Bella d'être intime avec son petit-ami. Ces affrontements se terminaient par la proposition d'Edward pour un compromis : qu'ils se marient avant.

La trêve déclarée ensuite les réconciliait mais elle ne durait pas assez longtemps. La nuit venue, aux côtés d'Edward, Bella rêvait d'entraîner son vampire dans les eaux profondes de la passion (des mots dont le sens échappait à la jeune fille vierge habituée à ne lire que des romans écrits dans la première moitié du dix-neuvième siècle).

Edward, qui avait vite réalisé que celle qu'il voulait épouser rêvait de faire l'amour avec lui, était résolu à attendre le mariage. L'âme pure de Bella devait à tout prix être préservée, quitte à vivre un véritable enfer. S'il confiait à sa petite-amie la force de son désir pour elle, elle n'aurait aucun mal à le faire craquer. Elle ne se doutait pas qu'un geste anodin, comme une main passée dans sa chevelure brune, comme une lèvre coincée entre ses dents, comme un sourire tendre, comme un regard noirci, comme sa main dans la sienne, suffisait à allumer un brasier en lui, plus puissant que sa soif pour le sang. Si Bella savait tout cela, elle n'aurait qu'un mot à dire et il tomberait à genou devant elle, prêt à satisfaire ses moindres exigences.

Des discussions, voulues ou non, avec son père et ses frères avaient convaincu Edward qu'il serait capable de faire l'amour avec une humaine. Il était plus qu'excité à l'idée d'entendre le cœur de Bella s'affoler sous l'effet de ses caresses. Il était plus que fébrile en pensant à l'odeur et au goût du nectar qui coulerait de sa petite-amie. Il était plus qu'exalté en planifiant déjà les orgasmes sous lesquels elle se noierait.

Revenus dans le petit appartement qu'ils partageaient, Edward ne s'inquiéta pas du silence de Bella, il était habitué à ce que parfois, elle se renferme un peu sur elle. Il devait alors être patient et attendre qu'elle vienne à lui et partage ses idées, ses doutes ou ses projets.

Le vampire se changea rapidement dans leur chambre tandis que Bella le faisait dans la salle de bains. Quand elle émergea, vêtue un t-shirt trop grand, appartenant à son petit-ami, et de leggins, il était déjà sous la couette.

« Demande-moi encore une fois. » déclara-t-elle.

Edward la dévisagea, deux secondes passèrent puis un sourire immense fendit son visage, faisant monter les larmes aux yeux de Bella. Très lentement, elle le vit ouvrir le tiroir de la table de chevet où elle savait qu'il rangeait la bague. Le vampire s'approcha, nerveux et extatique. Un genou à terre, il put enfin dire les quelques mots qu'il avait soigneusement choisis pour cette occasion.

« Isabella Swan, je promets de t'aimer chaque jour de ma vie et pour l'éternité. Me feras-tu l'immense honneur de m'accorder ta main? »

Elle voulut rouler des yeux, il pouvait être si démodé parfois, mais elle se retint et lui répondit simplement oui.

_oOo_

Sam Uley fulminait, il arpentait le salon de Billy Black de long en large en tentant de comprendre ce que cette sangsue avait dans le crâne.

« Il aurait dû attendre ! »

« Le mal est fait. » grommela Billy.

« Arrêtez de faire ces têtes ! Elle va s'en sortir ! Et le bébé sera parfait ! » les engueula Charlie Swan.

« Tu ne comprends pas, tenta Sam. Cette chose est dangereuse et Bella va mourir. »

Charlie le fusilla du regard puis sortit avec fracas de la petite maison. Il n'aurait pas dû accepter de venir, Billy lui avait tendu un piège. Espéraient-ils qu'il allait cautionner le meurtre de son premier (et dernier) petit-enfant ?

Bella lui avait promis qu'elle survivrait, elle devait certes se nourrir de sang pour que le bébé ne l'épuise pas, mais elle allait survivre. Quoiqu'il devait bien l'admettre, survivre en devenant elle-même un vampire n'était pas ce que le shérif appelait une fin heureuse pour sa fille unique. Mais depuis qu'elle était avec Edward, il s'était résolu à cette éventualité. Et même, au fond de lui, il était heureux qu'elle puisse vivre éternellement auprès d'un homme qui donnerait sa vie pour elle.

_oOo_

Bella tenait sa fille par la main et haussa un sourcil. Renesmée, du haut de son mètre sept, lui lança un clin d'œil. L'enfant, mi-humaine mi-vampire, connaissait la consigne, seules les bêtes âgées ou malades pouvaient être tuées. D'un geste gracieux mais las, la jeune mère désigna le nord est et sa fille détecta des râles d'agonie. Edward sourit en entendant les pensées de Renesmée, elle se réjouissait d'avoir à manger cette semaine, ça n'était pas toujours le cas.

« Un jour, elle comprendra. » dit Bella pour elle-même en observant sa fille, si petite mais si forte, venir à bout d'un rêne adulte en grognant.

« Oui, laisse-lui donc le temps, elle n'a pas encore un an. » répliqua son mari.

Bella ne pouvait pas se résoudre à aimer la chasse, malgré le besoin de sang que sa condition exigeait. Elle avait un parfait contrôle sur sa soif, une formidable aubaine pour elle. La jeune vampire avait d'abord pensé pouvoir se nourrir quelque fois par an mais Carlisle refusait de prendre le risque que sa soif la fasse s'attaquer à des humains. Car bien qu'opposée aux meurtres d'animaux, Bella avait envisagé de faire ce qu'Edward avait fait au début de son existence de vampires, se nourrir de criminels avérés. Le chef de famille avait refusé avec véhémence et un statu quo stipulait que Bella devait boire du sang une fois par mois.

Dans quelques temps, les Cullen retourneraient à la civilisation, réinventeraient une histoire familiale, et au grand désespoir de Charlie Swan, ça ne serait pas à Forks. Mais le shérif avait au moins pu reprendre ses habitudes de chasseur, car si même la plus fervente militante de la cause animale tuait des animaux, pourquoi pas lui ?

FIN