Un soleil rougeoyant essayait de percer entre les fins rideaux qui pendaient devant la fenêtre. Il était très tôt dans la matinée quand des bruits résonnèrent dans le vestibule. Je mis un temps à comprendre avant de sortir précipitamment de ma torpeur, réveillant Sirius au passage.

- Quoi ? s'écria-t-il paniqué.

Je mis un doigt sur sa bouche pour le faire taire. Il plissa les yeux et je lui fis signe d'écouter. Je n'avais apparemment pas inventé ces bruits puisque des échos de voix se firent entendre. Ma respiration se bloqua. Sirius se leva sans faire de bruit, enfila un pantalon et alla coller son oreille contre la porte.

- Habille toi, chuchota-il en appliquant ses propres conseils.

- Qui-est-ce ? demandai-je en enfilant mes habits avec hâte.

- Walburga.

Mon cœur loupa un battement.

- Elle a dû rentrer plus tôt que prévu mais je pense plutôt que Kreattur nous a vendu. Il faut qu'on parte !

- Où allons-nous ?

- Godrics Hallow.

- Chez les Potter ? m'exclamai-je avec surprise avant de regretter mon excès de voix.

Je pinçai les lèvres aussitôt et Sirius me lança un regard noir. La conséquence de mon erreur de ne se fit pas attendre, des bruits de pas dans les escaliers montèrent jusqu'à nous.

Sirius attrapa mon sac et ma main vivement et transplana. Je me laissai guider, si j'essayai de changer de destination pendant le transplanage et que Sirius résistait, l'un de nous aurait sans doute le bras arraché.

Nos pieds s'encrèrent sur les pavés d'une rue étroite. Au bout de la rue on devinait une grande maison, qui devait forcément être celle des Potter. C'était une bâtisse en pierre qui avait beaucoup d'allure et beaucoup de charme. Du lierre grimpait sur une façade de la maison et on pouvait deviner le début d'un immense jardin fleuri. Une maison qui inspirait la bienveillance et l'hospitalité. Je comprenais à présent pourquoi Sirius avait tant voulu venir ici. C'était surement l'endroit où il se sentait le plus en sécurité après Poudlard. Surement aussi un endroit où il se sentait chez lui. Je n'avais rien à faire là.

Il faisait à peine jour et un doux vent me fit frissonner. J'avais à peine eu le temps d'enfiler un tee-shirt et un pantalon en quittant le 12 Square Grimmaurd. Sirius attrapa une veste dans mon sac et me la tendit. Puis il tira sur ma main pour me faire avancer mais je restai fermement campée sur mes pieds. Il se retourna avec un air interrogatif.

- Je n'irai pas chez Potter, lâchai-je avec humeur.

- Il est à Poudlard, il n'y a que ses parents. Fais-moi confiance.

- Je t'ai fait confiance pour aller chez toi et on a failli tomber nez à nez avec ta mère.

Une ombre passa dans ses yeux.

- Les Potter ne nous feront aucun mal et ne dirons à personne qu'ils nous ont vu, répliqua-t-il froidement.

- Rappelle-toi que Dumbledore a dit que nous devions faire confiance à personne. En plus… je ne veux pas les mettre en danger eux aussi.

- Tu n'es pas un danger Nora, soupira-t-il.

- Tu te trompes.

- Tu as une meilleure idée peut-être ? demanda-t-il avec impatience.

- On pourrait se trouver un endroit où rester, dans un village moldu peut-être.

- La décision est prise nous allons chez les Potter.

- Alors je t'attendrai dehors.

- Arrête de dire n'importe quoi Nora, s'emporta-t-il.

Je retirai ma main de la sienne et croisait mes bras sur ma poitrine. Sirius souffla bruyamment et dit avec un air las :

- Le père de James est Auror, il n'y a personne de plus apte à te protéger.

- Personne de plus apte à m'enfermer surtout ! m'écriai-je.

- Il ne ferait jamais ça, tu ne le connais pas, répliqua-t-il en desserrant à peine les dents.

- Je suis la fille de Voldemort, m'écriai-je, tout le monde aurait peur et voudrait m'enfermer ! Je ne sais pas pourquoi tu restes toi !

Un silence pesant tomba. Je pinçai les lèvres, consciente de ce que je venais de crier au milieu de la rue. Je jetai un regard autour de moi anxieuse. En raison de l'heure, la rue était déserte.

- Tu sais très bien pourquoi je reste, grogna-t-il.

Je me renfrognai.

- Tu devrais retourner à Poudlard, je vais m'occuper de moi.

Sa mâchoire se crispa et ses yeux s'emplirent de noir juste avant qu'il se retourne pour se retrouver dos à moi.

- J'en ai marre de me battre avec toi à ce sujet, dit-il froidement.

Je restai muette. Deux opposés se battaient en moi. D'un côté je voulais rester près de lui mais d'un autre je préférai qu'il arrête de se soucier de moi et qu'il soit en sécurité.

Je pris mon sac fermement et reculai de deux pas.

J'étais assez loin derrière lui pour qu'il ne puisse pas m'atteindre. Comme je ne répondais rien il se retourna.

- J'en ai assez ! Si tu veux tellement partir, pars, je ne te retiens pas ! s'énerva-t-il finalement en me voyant reculer encore.

Je fixai mon regard dans le sien. Comme toujours nos yeux se parlèrent et je pu distinguer ses émotions dans les miroitements gris et argentés de ses pupilles. Il du comprendre également puisqu'il souffla :

- Nora, non !

- Je suis désolée, murmurai-je avant de transplaner loin de lui.

J'avais eu le temps, avant de disparaitre, de lire de la colère dans son regard. De la trahison également. Il me pardonnerait difficilement d'être partie. Surtout après tout ce qu'il avait fait pour moi.

Je marchais en pleine ville moldue, essuyant une larme solitaire qui glissait sur ma joue. Le soleil venait à peine de se lever que déjà, des nuages menaçant assombrissait cette journée. Quelques gouttes d'eau tombèrent sur mon visage puis ce fut le déluge. Les quelques passants dans la rue s'empressèrent de s'abriter sous les perrons ou sortèrent des parapluies. D'autres encore s'engouffrèrent précipitamment dans des taxis. J'étais la seule à rester immobile sous la pluie. Sous cette ondée passagère mes larmes se perdaient sur mes joues, rattrapées par les gouttes de pluie.

J'essayais de me convaincre que j'avais fait le bon choix. Je l'aimais tellement que je voulais qu'il soit sain et sauf. Qu'importe si on devait souffrir un peu pour cela. J'avais eu, avec le décès de ma mère un moment de faiblesse. Je l'avais laissé reprendre sa place dans mon cœur, place qu'il aurait toujours. Mais je devais penser à lui avant de penser à moi. Hier soir encore je me berçais d'illusions à penser que je pourrai toujours être dans ses bras et ne me soucier de rien. Sa présence me faisait toujours cet effet-là, j'avais l'impression d'être invincible à ses côtés. Mais je ne devais pas me reposer sur lui, le laisser me protéger aux dépends de sa vie à lui. Je n'avais en aucun cas le droit de lui demander de passer sa vie à me protéger. Il méritait plus et mieux que ça. Je devais être forte. Il le fallait. Je n'avais besoin de l'aide de personne et je ne mettrai personne en danger inutilement. J'avais trop longtemps laissé les gens décider à ma place, mais ça ne serait plus le cas à présent. J'affronterai mon père biologique et je mettrai fin à ses agissement seule.

J'entrais dans un petit café de cette ville moldue, Birmingham, je me souvenais y être allée avec mes parents il y a quelques années. Il n'était pas encore 7h du matin mais heureusement, ce genre de café ouvrait tôt. Ou bien il n'avait pas encore fermé. Il n'y avait pas grand monde mais une jeune femme s'agitait derrière son comptoir, se préparant déjà au rush qui n'allait pas tarder. Je m'assis à une petite table et la serveuse m'apporta un café. Je lui demandais également une de ces petites pâtisseries qui se trouvait en vitrine. Mon ventre était complétement vide et même si je n'avais pas réellement faim, je devais reprendre des forces. Mes cheveux mouillés gouttaient sur la table et la serveuse me lança un regard étonné. J'étais trempée jusqu'aux os et je me mis à greloter. Posant mes mains glacées sur la tasse de café chaud, je fis une liste dans ma tête des choses que j'avais à faire. Comme trouver un endroit où dormir ce soir ou comment retrouver Voldemort. Rien que d'y penser un frisson me parcourut l'échine. Le souvenir de ses deux yeux rouges perçants me mit aussitôt mal à l'aise. Comme s'il était devant moi à m'observer et à tenter d'entrer dans ma tête. Je me fis force pour essayer de penser à autre chose mais mes doigts avaient déjà réduit ma pâtisserie en miettes. La serveuse me regarda une nouvelle fois étrangement avant de s'approcher de moi.

-Ca va ? demanda-t-elle.

Je levai mes yeux vers elle et elle eut un mouvement de recul.

-Depuis combien de temps tu n'as pas dormi ?

-J'ai l'impression que cela fait des années, répondis-je avec un air contrit.

-Tu n'es pas un peu jeune pour te retrouver toute seule dans ce café à cette heure-là ?

-Pour tout te dire je suis un peu perdue.

Au sens figuré comme au sens propre, pensai-je ironiquement. Elle posa son regard sur mon gros sac de voyage.

-Tu es partie de chez toi ? Tes parents ne vont pas être inquiets ?

J'haussai les épaules pour toute réponse.

- Ecoute, comment tu t'appelles ?

- Nora.

- Moi c'est Hayley, je vis au-dessus de ce café, je peux te proposer de prendre une douche chaude, elle fixa longuement mes cheveux mouillés, et de te reposer un peu.

- Tu ne me connais pas, pourquoi tu ferais ça pour moi ?

Elle souffla longuement.

-Je sais ce que c'est d'être livrée à soi-même.

Je pinçai les lèvres.

-Alors c'est oui ? Mon offre ne durera pas une éternité.

-D'accord, je veux bien, merci.

Elle me fit alors passer derrière le comptoir et elle me guida à travers une petite cuisine. Puis elle ouvrit une porte qui donnait sur un vieil escalier en bois. Elle me fit un signe de la tête :

-Monte, c'est ouvert, fais comme chez toi. Je dois retourner en salle.

- Merci, soufflai-je.

-Ce n'est rien, lâcha-t-elle en me tournant le dos.

Je montai donc les escaliers et poussai une porte rouge. L'appartement était petit et ressemblait plutôt à une chambre de bonne mais il était bien aménagé et confortable. Je laissai tomber ma veste et mon pantalon trempé sur le carrelage bleu de la salle de bain. Je posai ma baguette sur le rebord du lavabo fissuré et me glissai sous un jet d'eau chaude. L'eau emporta avec elle les dernières traces de mes larmes et réchauffa peu à peu mes orteils gelés. Je m'emmitouflai dans une grande serviette en éponge et entrepris de trouver des vêtements dans mon grand sac. Une fois rhabillée, je glissai aussitôt ma baguette contre ma hanche, je me sentais nue et dépourvu de défenses sans elle. Je sortie de la salle de bain et allai m'allongé sur le grand lit au fond de la pièce. Je savais qu'il me serait impossible de dormir, ce n'était pas mon corps qui était fatiguée, mais mon esprit. Je ne sais pas combien de temps je restai là à fixer le plafond, perdue dans mes pensées, jusqu'à ce qu'Hayley me fisse sursauter lorsqu'elle entra dans la pièce.

-Désolée, je ne voulais pas te réveiller mais juste savoir si tout allais bien.

- Je ne dormais pas, dis-je tranquillement.

Elle jeta un œil à sa montre.

-Il est déjà 11 heures. Je viens de fermer le café.

Je me redressai aussitôt.

-Je peux y aller si tu veux.

- Non c'est bon.

Elle fixa mes mains pendant un instant.

-Qu'est-ce que c'est ?

Je baissai les yeux, je faisais tourner machinalement ma baguette dans mes mains.

-Ce n'est rien, une sorte de porte bonheur.

-Il n'a pas l'air de très bien marcher ton porte bonheur, répliqua-t-elle avec amusement.

Elle vint s'assoir près de moi.

-Parfois oui et parfois non, répondis-je doucement.

-Alors tu vas enfin me dire ce que tu fais là ?

Je pinçai les lèvres.

-Merci Hayley.

- Quoi ? s'étonna-t-elle.

-Oubliettes, soufflai-je.

Je me levai, pris mes affaires, enfilai une veste et une écharpe et redescendit dans le restaurant. Je laissai de l'argent dans son pot à pourboire et m'éclipsai par une porte dérobée donnant sur une ruelle. Elle avait commencé à poser des questions auxquelles je ne pouvais répondre. J'avais décidé d'effacer sa mémoire pour sa propre sécurité. Elle avait été si gentille avec moi, je ne voulais pas qu'il lui arrive quelque chose car elle avait hébergé une sorcière. La rencontre de Hayley me confirma une fois de plus que les idées de Voldemort et des mangemorts étaient complétements folles. Les moldus méritaient autant de vivre que les sorciers. J'allais en faire mon devoir de les protéger de ces fous, ces hérétiques.

J'avais les idées plus claires maintenant et je longeai la ruelle jusqu'à me retrouver dans une rue passante. J'avais l'impression que tout le monde me fixait. Mon esprit me jouait encore des tours. Je trouvais un hôtel un peu miteux ou personne ne poserait de questions et je pris une chambre. Une fois à l'intérieur je souris en pensant que je n'aurai pas dû refuser qu'Hayley m'héberge un peu plus longtemps. En effet les murs sales et les draps jaunis ne faisait pas réellement envie. Je retirai ma veste et la pliai soigneusement sur mon lit. Je sortis de la poche intérieur la photo de mes parents et moi, je lissai le pli que j'avais fait et la fixai un instant. Je vis dans les traits de ma mère, certains caractères de mon visage. Quand je regardais mon père à présent, cela me paraissait évident. Son menton large, ses yeux foncés, ses cheveux presque noirs, nous n'avions rien en commun. Je m'assis sur le lit, le matelas était vraiment fin et très mou, cela n'allait pas m'aider à trouver le sommeil. De toute façon ce n'était pas vraiment l'heure de dormir étant donné que nous étions en plein milieu de l'après-midi. C'est à cet instant que je le sentis. Le métal froid contre ma peau tiède. Le médaillon de Voldemort. Je le passai autour de ma tête pour le regarder de plus près. Peut-être qu'avec un objet qui lui avait appartenu je pourrai plus facilement retrouver sa trace. Savoir où il se trouvait. Aller le rejoindre pour l'affronter une dernière fois, pour vaincre ou mourir. J'essayai de me concentrer le mieux que je pouvais pour entrer en contact avec lui mais rien ne se passait. Je ne savais vraiment pas comment marchait la Légilimencie et j'avais beau être douée en Occlumencie, cela n'allait apparemment pas dans les deux sens. Je passai plus de trois heures à essayer de prendre contact sans aucun succès. Je jetai le médaillon contre le mur, à bout de forces et découragée. Je sortis de ma chambre pour rejoindre la rue et trouver quelque part où manger.

Les néons des bars éclairaient la ville d'une lueur rouge qui se reflétait dans les flaques laissées par la pluie de ce matin. Je me promenai longuement dans la ville, ne pensant à rien. J'en oubliai même l'heure et j'eu peur pendant un instant de ne plus pouvoir trouver de quoi manger. J'entrai dans un endroit au hasard et choisit le premier plat que je vis sur la carte. Lorsque le serveur revint avec mon assiette, il m'adressa un sourire ravageur auquel je répondis d'un sourire timide. Comme il restait un peu trop longtemps planté devant moi à mon goût, je lui demandais un verre d'eau. Quand il revint, il demanda sans gêne :

-Que fais une aussi jolie fille toute seule un samedi soir ?

Les poils de mes bras se hérissèrent d'agacement. Je ne pouvais pas dîner tranquillement. Je me composai un masque de jeune fille innocente et charmante.

-Du tourisme.

Il haussa les sourcils.

-Dans ce quartier ? Quelle drôle d'idée !

- Comment ça ?

- Ce n'est pas le genre d'endroit où se promènent les jeunes touristes. Ne rentre pas trop tard. Si tu attends la fin de mon service je pourrai sans doute te raccompagner.

Je serai les dents.

-Non merci, c'est gentil, répondis-je avec un faux sourire.

- Tu es sûre ?

- Certaine, répétai-je cette fois avec agacement.

Il pinça les lèvres et s'en alla enfin. Après avoir pris un dessert et payer l'addition il était presque minuit. Le serveur me lança un regard libidineux quand je croisai sont regard avant de sortir du restaurant.

J'étais presqu'arrivé dans mon immeuble miteux quand j'entendis quelqu'un m'appeler. Je me retournai fugacement, le serveur m'avait suivi. J'accélérai mes pas et pris la première ruelle qui tournait à droite pour me mettre à courir. Mais les bruits de pas précipités qui enflèrent derrière moi me firent comprendre qu'il s'était apparemment mis à courir lui aussi. Il me rattrapa rapidement et me saisit par le poignet. En un reflex, ma main libre se serra autour de ma baguette. Je l'utiliserai quand dernier recours mais s'il ne me laissait pas le choix je serai sans pitié. Je n'avais absolument pas peur de se pauvre moldu.

-Eh pourquoi tu cours ? On pourrait faire le chemin ensemble, dit-il une lueur dans le regard.

-Je n'en ai pas envie.

-Allez, reprit-il, je ne peux pas résister à ce joli visage et à ces yeux magnifiques, dit-il en passant une de mes mèches de cheveux derrière mon oreille.

-Lâche moi, ordonnai-je d'une voix forte.

-Ne sois pas farouche, je suis sûr que toi aussi tu as envie de m'embrasser.

-Surement pas, m'exclamai-je avec dégout.

Il était loin d'être moche mais il était vraiment insistant.

-On ne me dit jamais non d'habitude, lança-t-il d'une voix glaciale.

-Eh bien il va falloir te faire à l'idée, répondis-je avec un air de défis.

Il essaya de me pousser contre le mur mais ma baguette se trouvait déjà sous sa gorge. Un rire s'échappa de ses lèvres.

-Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-il en rigolant.

-Je te le répète une dernière fois, éloigne-toi de moi.

Il fit l'inverse et tenta de m'embrasser en baladant ses sales mains sur ma taille.

-Petrificus Totalus ! criai-je.

Il se retrouva allongé, complétement bloqué sur le bitume humide. Je pouvais lire la peur dans ses yeux et cela me provoqua un petit sentiment de satisfaction. Pourtant j'aurai pu être bien plus méchante et trouver un sort moins agréable.

-Ca t'apprendra à provoquer une sorcière et la prochaine fois que tu cherches à forcer une fille je te retrouverai et je te ferai bien pire que ça.

Je ne pouvais absolument pas savoir s'il recommençait mais la menace permettrait surement de le tenir éloigné des filles un certain temps. Il avait bien mérité la leçon. J'allais partir quand je me frappai la tête avec la main. Je ne pouvais pas le laisser se souvenir de ça…

-Oubliettes, soufflai-je déçu.

Avec les nerfs en pelote, je regagnai rapidement la chambre poussiéreuse de mon immeuble miteux. Je passai encore une heure ou deux à essayer d'établir un contact avec Voldemort mais toutes mes tentatives se soldèrent par un échec. Je dus me résigner vers trois heures du matin et sombrer dans un sommeil agité.

Tout était sombre autour de moi, je ne distinguais que les ombres. Quelque chose bougea près de moi et me fit sursauter. Une force me poussa dans un couloir glauque et je me mis à courir pour échapper à ce lieu effrayant. Tout m'oppressait. L'air me manquait déjà, j'avais du mal à respirer. Il fallait que je sorte d'ici, que je m'échappe. Fuir. Mes pieds trébuchèrent sur les rugosités du sol et mes genoux s'écorchèrent sur les pavés inégaux. Quand je me relevai c'était trop tard. Ses deux yeux de serpents me fixaient. Injectés de sang et assoiffés de pouvoir. J'étais paralysée par la peur, je ne pouvais ni fuir, ni cligner des yeux. Sa main, squelettique et froide comme la mort, s'enroula autour de mon cou comme un cobra autour de sa proie. Mes doigts tentèrent en vain de chasser l'étau qui se resserrait sur ma gorge et qui chassait le peu d'air que j'avais encore dans les poumons. C'est alors que sa voix résonna au plus profond de moi, siffla dans mes oreilles :

-Eléanorah… Quel plaisir de te voir enfin…

Ma vue était en train de se brouillée quand il desserra légèrement son étreinte afin que je puisse avaler une goulée d'air.

-Tu es donc assez bête pour baisser ta garde et te mettre à ma merci ou bien a tu enfin compris que tu devais me rejoindre ?

Je ne pouvais toujours pas parler.

-Peu importe, maintenant que tu es là, nous allons avoir une petite discussion.

Il me lâcha enfin et mon corps s'écrasa contre le sol froid.

-On m'a rapporté récemment que tu étais de mon sang. Tu ne peux me déshonorer. Si bien qu'il n'y a que deux voies qui s'offre à toi. Tu peux choisir de te joindre à moi, je ferai de toi une sorcière aux pouvoirs inimaginables, tu auras la force, le pouvoir et le respect. Si tu décides au contraire de me défier, je serai dans l'obligation de te tuer toi et toutes les personnes à qui tu tiens.

Il fit une pause et le sifflement dans mes oreilles s'interrompit pour me donner un peu de répit.

-Jamais je ne vous rejoindrai sale serpent ! criai-je.

Il m'observa un instant et lâcha d'une voix glaciale :

-J'ai déjà commencé par ta mère, cette trainée qui m'a menti toute sa vie. Qui sera le suivant Nora ? Ton père ? Ce chère Lestrange ou bien préfère tu commencer par Black ?

Un frisson me parcourut. En une menace il réussit à faire s'écrouler ma détermination. Il connaissait mes faiblesses. Il savait que je donnerai ma vie pour protéger les personnes que j'aimais. Des larmes perlèrent aux coins de mes yeux.

-Je vous interdis de les toucher ! le menaçai-je avec ma baguette.

Un rire fort, un rire métallique s'échappa de ses fines lèvres. Il approcha son visage si près de moi que je pouvais sentir son haleine putride.

-Oh ma douce Nora, tu voudrais m'interdire quelque chose à moi ? Le plus puissant des mages noirs ?

Ma respiration était haletante et mes doigts tremblaient contre ma baguette. Pourtant je ne me démontais pas :

-N'oubliez pas que votre sang coule dans mes veines. Qui vous dit que vous n'avez pas en face de vous la personne capable de vous défier ?

Il cilla un instant mais se reprit vite.

-Pas si tu es morte.

C'est à ce moment-là que ma respiration s'apaisa. Un sourire naquit au bord de mes lèvres.

-Comment pouvez-vous me tuer si vous ne savez pas où je me trouve ? Tout ceci se passe dans ma tête n'est-ce pas ?

Son visage se déforma en une grimace de rage.

-Je te trouverai !

-Pas si mon esprit vous est impénétrable. Nous savons tous les deux que j'en suis capable. Je n'ai pas peur de vous.

Il commençait à perdre patience mais la peur avait quitté mon esprit. Il ne pouvait pas me faire de mal, pas ici, pas maintenant. Mon regard se posa sur une fenêtre qui venait d'apparaitre. On se trouvait dans une maison perdu au milieu des champs. Je mémorisai tout ce dont j'étais capable pour pouvoir réussir à savoir où il se trouvait.

Au moment où je reportai mon attention sur Voldemort celui-ci prononça la formule dont j'aurai aimé ne jamais réentendre le son.

-Endoloris !

Je me réveillai en sursaut, le souffle court. Si la douleur n'était pas réelle, celle que j'avais ressentie le semblait pourtant. Mon cerveau cognait contre ma tempe. Des perles de sueurs coulait le long de mon front. Je mis quelques minutes à reprendre mes esprits et à m'acclimater à l'obscurité. Je reformai intellectuellement toutes les barrières que j'avais fait tomber pour le contacter. Je ne devais pas le laisser entrer dans ma tête à nouveaux. Cela était dangereux pour moi et pour mes proches. Une fois l'esprit moins embrumé, une évidence s'imposa à moi. Frappant mon esprit et ma sérénité comme un éclair. Si j'avais pu voir l'endroit où il se trouvait, il devait également savoir que j'étais seule et sans défenses dans celle ville moldue. Et la peur me saisit à nouveau.