JI SOUIS DESOLEEEE ! Je sais que j'étais censée poster hier ! Mais j'ai été prise de cours par mon départ. J'ai essayé de poster le chapitre depuis l'aéroport, mais sans succès. Après 12h d'avion, du tram, du métro, de la marche et 3h de train (plus un peu de dodo, quand même !), voici donc la suite !
Bonne lecture ! N'hésitez pas à me aire des retours ! ^^
Chapitre 6 - Vocables amphigouriques
Quatre. C'était le nombre d'élèves qui avaient été répartis à Papillombre sur la totalité des élèves de première année. Deux garçons, les deux premiers, et deux filles. L'une d'elle se dénommait Rose Rosham, une petite blonde visiblement surexcitée. Quant à la seconde, il s'agissait de la jeune sœur de Suzanna, Stéphanie Simmons. Ou Teffie, pour ceux qui préféraient éviter le risque de recevoir quelques répliques cinglantes de sa part.
Chacun des quatre élèves s'étaient éparpillés dans le réfectoire pour le dîner de ce premier soir. Si Leeroy était le seul à avoir accepté de rester aux côtés de Kate, Teffie avait rejoint des amies de Gryffondors qu'elle avait rencontrées dans le Poudlard Express, non loin de sa sœur aînée et Rose en avait fait de même chez les Poufsouffles. Seul Nestor demeurait attaché à sa sœur Calypso, sans décrocher un mot à qui que ce soit d'autre, jetant çà et là des regards méfiants.
Lorsque la répartition fut achevée, McGonagall se leva et s'avança sur la place haute des professeurs, où le tabouret surmonté du Choixpeau avait été remplacé par un pupitre aux ailes de phénix.
— Chers élèves, je vous souhaite la bienvenue à Poudlard. Nous espérons que vous avez fait bon voyage par le train et que votre année se placera sous le signe de la réussite. Une année toute particulière pour vous… Du moins, pour certaines promotions concernées. Mais avant d'en arriver à ces explications, j'aimerais vous présenter notre nouvelle concierge de Poudlard…
On sentait qu'elle refusait de prononcer le nom de Rusard afin de faire taire toute réaction qui en résulterait.
— … miss Electra Byrne.
De sa main fripée, peut-être l'une des seules choses chez elle qui trahissait son grand âge, à côté de son fort caractère et de sa détermination à toute épreuve à la hauteur d'une véritable guerrière, elle désigna la sorcière au fond de la salle, qui se tenait debout près des grandes portes de l'entrée. Tous pivotèrent la tête. Beaucoup ne l'avaient pas remarqué en entrant.
— Elle paraît toute mignonne et toute frêle à côté de Rusard, remarqua Doxmornt.
Pourtant, la réaction d'Hygie, la voisine de table de Kate, fut toute autre. Elle baissa la tête derrière son épaule, le visage se dégorgeant de ses couleurs.
— Je la connais…
— Tu la connais ? s'interrogea Kate en fronçant les sourcils, ainsi persuadée qu'elle n'était pas la seule à qui cette sorcière donnait cette étrange impression de déjà-vu.
— Elle était à Ste Mangouste, couina Hygie. L'année dernière…
— Tu veux dire… en tant que guérisseuse ?
— Non… Elle était malade.
— Pourquoi elle te fait aussi peur alors ? Elle a eu une diarrhée du troll si dévastatrice qu'elle peut encore contaminer des gens ?
— Tu ne comprends pas, Kate. Cette sorcière… elle a été internée pendant des années dans le service du 5ème étage.
— Le même qu'Eliot. Celui des…
— Oui. Celui des gens qui sont devenus fous…
Toutes deux examinèrent derechef la femme, qui devait avoisiner la trentaine, avec un tout autre regard que leur camarade.
— Si elle est dangereuse, pourquoi est-elle ici ?!
— Elle n'est pas dangereuse… enfin, je ne crois pas, trembla Hygie. Cela faisait presque dix ans qu'elle était dans le service. Mais son état s'était amélioré depuis un an, disait mon père. T-tu te rappelles le jour où on s'est croisé à Ste Mangouste ?
Jamais Hygie ne lui avait autant parlé. Et elle s'exprimait à la manière d'une petite souris dissimulée dans son trou pour ne pas se faire remarquer par le chat. Le regard de Kate se voulut rassurant.
— Oui, c'était le lendemain du réveil de mon cousin.
— Eh bien, elle venait tout juste de sortir de Ste Mangouste à ce moment-là.
Comme l'éclair éclate quand deux courants d'une température différente s'opposent, la mise en relation des deux événements détonna dans l'esprit de Kate. Le réveil d'Eliot n'avait été la cause d'aucun phénomène naturel, mais de l'intervention de la Sorcière Bleue. Et si sa première intuition qui lui avait soufflé que cette nouvelle surveillante lui rappelait cette femme qui avait tenté de la tuer s'avérait juste ? Que les deux n'étaient en réalité qu'une seule et même personne ? Elle ne pouvait savoir si la ressemblance existait entre les deux personnages, car elle demeurait ignorante quant à la morphologie de la Sorcière, cachée dans sa cape. La méfiance grandit en elle, alors que McGonagall continuait de parler.
— … je vais donc laisser parler Miss Granger qui vous présentera sûrement mieux que moi le contenu de cette réforme, jugée nécessaire par le Ministère. Miss Granger ?
La directrice se tourna vers elle et lui fit un geste discret de la rejoindre. Sous le regard de tous, Hermione se leva, en tirant sur sa jupe, avant de faire mine d'être confiante. Cependant, beaucoup voyaient bien qu'elle était terrifiée à l'idée de s'adresser à autant d'élèves, dont certains qu'elle avait fréquenté en tant que camarades. Un petit temps de concentration lui fut nécessaire avant de se lancer :
— Bonsoir à tous. Je… je suis envoyée ici, à Poudlard, ce soir, pour vous faire part de quelques changements. Que l'on se rassure. Ils n'engendreront pas d'énormes conséquences. Ce sont des… améliorations, si l'on peut dire ça comme ça ! Mieux encore, des opportunités ! Pour beaucoup, Poudlard est l'endroit parfait pour s'épanouir. Et épanouir son savoir. Vous ne le savez probablement pas encore, mais il y a parmi vous un futur Ministre de la Magie, un futur banquier de renom, un futur guérisseur qui fera avancer les sciences magiques, un futur avocat qui sauvera tout autant de vies… Ce sont de grands rêves. Mais tous les rêves sont réalisables. Aussi, à Poudlard, on voudrait vous donner toutes les chances de les réaliser.
« Les élèves qui sont aujourd'hui en deuxième et troisième année ont déjà embrayé sur cette esquisse de réforme qui profilait des changements qui opéreront à partir d'aujourd'hui. En effet, depuis deux ans, vous avez sûrement remarqué que les cours de Soins contre les Créatures Magiques étaient devenus obligatoires, mais également enseignés dès la première rentrée. Ce, pour des raisons que le professeur Hagrid vous expliquera sans doute mieux que moi, mais des raisons que j'approuve moi-même ! Nous avons donc décidé, en collaboration avec mes collègues de la CRECELLES, de compléter ce programme collectif. Avec notamment l'apparition d'une nouvelle option, dès la troisième année pour remplacer les Soins aux Créatures. Une matière concernant les arts magiques.
Si des acclamations enthousiastes furent murmurées entre les plus jeunes, les aînés lésés firent entendre leurs réprobations. Hermione y réagit aussitôt :
— Que les plus âgés se rassurent, l'option pourra être dispensée pour toutes les années à partir de la troisième, les examens relatifs seront adaptés à tout niveau. Pour assurer ce nouvel enseignement, le professeur McGonagall a engagé un professeur éminemment compétant en la matière, Mrs Satis Sheencloth, ancienne photographe professionnelle pour Sorcière Hebdo et peintre accomplie en matière de portraits.
En se tournant vers la table des Gryffondors, Kate sut qu'elle apercevrait de loin une Suzanna défaillante, ce qui ne manqua pas. Comme si l'un de ses rêves semblait se réaliser. Mrs Sheencloth se leva alors pour se présenter aux yeux de tous. Encore fort belle, malgré la quarantaine qui semblait s'approcher, son excentricité propre aux artistes s'exprimant au travers de son maquillage – de ses grandes lèvres éclatantes d'un rouge carmin et de ses paupières fardées de vert avec ses longs cils recourbés – de ses courtes boucles brunes presque négligées de manière délibérées et de sa robe de sorcière qui variait de couleur selon ses mouvements, comme un kaléidoscope.
— Merci à elle d'avoir accepté de prendre la tête de ce nouveau poste, acheva Hermione dans un sourire maladroit lorsque Mrs Sheencloth se rassit après avoir salué la salle avec de grands gestes de la main.
— On dirait la reine d'Angleterre qui serait tombé dans un pot de peinture, entendit Kate à la table de derrière, celle des Serpentards.
— Les autres matières optionnelles effectives à partir de la troisième année resteront les mêmes.
Il allait falloir choisir durant cette première semaine. Et Kate n'avait pas encore une décision très arrêtée sur la question. Elle se laisserait bien tenter par la Divination, en regard de ses étranges visions qu'elle avait eues dans son sommeil, mais Clive Ollivander lui avait maintes fois rapporté que l'enseignante qui gérait cette matière ressemblait plus à une folle en transe avec une choucroute sur la tête qu'à une voyante compétente. L'étude des Moldus lui semblerait peut-être déjà acquise, sans compter qu'elle la rappellerait sans cesse au souvenir de tante Charity, qui occupait ce poste encore quelques années auparavant. Quant à l'arithmancie et l'étude des runes, elle devait encore méditer quelques temps.
— Cependant, nous avons également décidé d'alléger certains programmes de cours communs pour permettre à des élèves qui souhaiteraient d'ores et déjà se spécialiser dans un domaine de prédilection de s'orienter au plus tôt, poursuivit Hermione, sans buter sur aucun mot, prononçant cela presque trop vite sous le coup du stress. Ainsi, l'école de Poudlard vous proposera dès la cinquième année deux nouvelles options légères, à compter de ce jour, une heure par semaine. Le cours d'introduction à la législation sorcière, qui sera fort utile pour ceux qui se projetteraient dans un avenir au Ministère de la Magie, se fera sous la tutelle du professeur Wolffhart, merci à lui d'avoir suggéré cette nouveauté qui ne manquera pas de vous être utile.
Quelques modestes applaudissements furent décernés au professeur de métamorphose qui ne cillait pas sur sa chaise, se contentant de réajuster ses manchettes. En quoi Wolffhart était-il plus compétent qu'un autre pour enseigner le droit sorcier, britannique de surcroît ? Au fil du temps, le vieil allemand paraissait de plus en plus mystérieux aux yeux de Kate. Son génie en terme de métamorphose ne faisait aucun doute, il était maître dans ce domaine. Et, secret que la jeune fille ne pouvait partager, il était animagus. Mais quel était cette ombre qui planait autour de lui et qui terrifiait bien des sorciers ? Les gens répétaient sans cesse que Wolffhart promenait avec lui cette fameuse « réputation », mais sur quoi se basait-elle ? Kate se dit qu'il était temps de mettre les choses au clair cette année, si Wolffhart désirait si ardemment devenir directeur de maison de Papillombre. Elle n'allait pas le lâcher.
— Des cours d'introduction aux soins magiques vous seront également proposés par miss Pomfresh, nous la remercions sincèrement de s'être prêtée volontaire pour assurer cette option.
Pour la première fois depuis le début de la cérémonie de la rentrée, Hygie se mit à applaudir de manière frénétique. Depuis qu'elle l'avait connu, dans le Poudlard Express lors de sa première rentrée, Kate ne l'avait jamais vu autrement que promise à un avenir à Ste Mangouste, sur les traces de son père. Mais à l'opposé de beaucoup d'enfants de gens de grande prestance, Hygie le faisait par véritable passion.
— C'est toi qui dois être contente ! lui lança Emeric dans un grand sourire.
— O-oui ! hocha-t-elle la tête, encore nerveuse, toujours avec cette petite voix, presque imperceptible sous le brouhaha ambiant de la Grande Salle. Mais il va falloir encore attendre deux ans !
— Ça passe vite, deux ans, fit remarquer Kate en haussant les épaules.
— Enfin, pour les élèves ayant obtenus leurs BUSES, continua Hermione qui prenait de plus en plus d'assurance au fur et à mesure de son discours, deux spécialisations pourront être abordées, sur un plan plus expérimental. L'expérimentation de potions qui sera…
— Alchimie, très chère, alchimie ! intervint Slughorn.
— Euh oui, donc, l'expérimenta… euh, alchimie ! Prise en charge par le professeur Slughorn, acceptant tout élève ayant obtenu un Effort Exceptionnel pour leur BUSE en potions. De même pour ceux en sortilèges, le professeur Flitwick surveillera les travaux pratiques dans le cadre de l'expérimentation. Merci à tous les deux.
Les élèves les plus assidus, rongés par le besoin de la découverte, étaient enchantés, alors que d'autres, qui se suffisaient du minimum, bâillaient devant tant d'inutilité à leurs yeux. Une telle réforme ne pouvait pas plaire à tout le monde, mais on pouvait se féliciter qu'elle ne concerne que des matières optionnelles.
— Hep, ils ne peuvent pas retirer définitivement les cours d'Histoire de la Magie du programme ? glissa Fergus. Je préférerai mille fois me faire manger le bras par un mouton cannibale qu'Hagrid aurait déniché en Slovaquie que de supporter encore jusqu'en cinquième année les cours somnifères du fantôme qui nous sert de prof !
— C'est vrai que ses cours sont aussi insipides que lui, approuva Emeric, mais…
— Insi-quoi ?
— Insipides. Y a pas de matière, quoi.
— Ah. D'accord. Arrête de me sortir ton grand vocabulaire, des fois, je ne te suis pas, Emeric !
— Mais je disais que, même s'il n'est pas très… pédagogue…
— Tu le fais exprès ? Je t'ai dit d'arrêter tes mots comme ça !
— … ses cours restent utiles ! Excepté tout ce qui touche à la guerre des Gobelins ! Mais il y a plein de choses intéressantes à apprendre en histoire ! Faut toujours s'appuyer sur le passé pour l'utiliser au présent.
— C'est profond ce que tu dis.
Emeric n'avait pas fondamentalement tort, se disait Kate. Après tout, c'était grâce aux actions passées de Maëva qu'elle en était là aujourd'hui. Et sans chercher dans le sens de leurs ancêtres sorciers, aucun mystère n'aurait été résolu sur la question. Hermione l'aurait tout autant soutenu qu'elle en regard des nombreuses recherches que toutes les deux avaient effectuées lors de la première année de Kate, à la bibliothèque, chaque week-end durant des semaines.
— Nous espérons ainsi que ces changements vous permettront d'avoir en main tous les outils nécessaires à votre réussite. Et sur ce, je… je vous souhaite une bonne année scolaire !
Hermione Granger quitta le pupitre sous quelques applaudissements, dont celui de McGonagall qui reprit sa place pour poursuivre ce qu'elle avait à annoncer.
— Merci miss Granger pour ces explications. Avant que ne commence le dîner, je tiens à préciser qu'en regard des événements de ce soir et de discussions d'ordre ministérielles qui se sont partagées cet été, il a été décrété qu'une cinquième maison allait effectivement ouvrir au sein de notre établissement.
Se sentant concernée, Kate se sentit blêmir alors que les murmures reprirent de plus belle et que tous ses voisins la regardaient d'un même œil « hé, on parle de toi ! ».
— Durant deux années, nous n'avions pas pris en compte d'ampleur que pourrait prendre l'incident de l'avant-dernière rentrée.
« Incident ?! Ce n'était pas un… incident ! Comme si ça avait été grave ! »
— Aussi, nous vous demanderons d'être indulgents à l'écart des sept élèves qui occupent désormais la maison que le Choixpeau a citée : Papillombre. Tous les professeurs seront désormais en capacité de leur ajouter ou retirer des points, comme chaque maison, Papillombre pouvant ainsi concourir à la Coupe des Quatre Maisons… euh… Cinq Maisons, désormais ! Qui aura lieu à la fin de l'année scolaire. Les élèves de Papillombre seront sous la responsabilité de leur directeur de maison qui leur a été assigné : le professeur Wolffhart qui…
— Hein ?! s'exclama Dexter, en face de Kate. Tu le savais ?! Tu…
— Oui, je le savais, soupira Kate.
— Ça va, tu penses que tu vas survivre ? grimaça-t-il.
— Il est peut-être rigoureux et très strict, mais je pense qu'il fera un bon directeur.
— Je vais t'offrir un calepin, Whisper.
— Pourquoi, Fittles ?
— Pour que tu marques tous les noms des animaux en quoi il te métamorphosera quand il jugera que ce n'était pas le moment de venir lui réclamer une autorisation pour un entraînement de Quidditch !
— T'es pas sympa, Fergus, rit Emeric en lui donnant un coup de coude. Puis il ne transforme pas tout le monde !
— Non mais toi, il ne t'a jamais métamorphosé, normal, tu es le seul à répondre à ses questions en cours, espèce de petit intello.
— A-alors, o-on va j-jouer au Q-Quiddicth ? s'étonna le petit Leeroy Campbell.
Kate ne sut tout de suite s'il était réellement bègue ou bien que le contexte pour le moins intimidant le faisait buter sur ses mots.
— On est sept maintenant, je ne vois pas ce qui ne nous empêcherait.
— J-je n'ai… ja… jamais j-joué au Q-Quidditch ! En fait, j-je ne suis j-jamais monté sur un b-balai volant ! T-tu ne p-penses pas q-que je suis t-trop jeune encore ? E-et les autres aussi ?
— Je… eh bien… on verra, Leeroy ! Ce n'est pas le moment d'en discuter !
En effet, il était bien bègue. Et pas qu'un petit peu. Kate devait se l'avouer : elle-même n'était pas une flèche sur un balai, elle en avait fait maints fois la démonstration sur les pelouses du manoir de Thinkshold lors de ses vacances chez Maggie. La seule de Papillombre qui pouvait un tant soit peu se révéler douée était Eibhlin, cette dernière étant une fan infaillible dans ce sport qu'elle adulait. Quant à Tetsuya et les nouveaux arrivants, Kate ne savait ce qu'ils valaient. Il allait falloir qu'elle mette tout ça au clair le plus rapidement possible avant de rattraper l'immense retard qu'ils avaient sur les autres équipes, composées depuis quelques années déjà par des joueurs bien plus expérimentés.
Mais McGonagall ne donna pas plus d'informations publiques. Peut-être estimait-elle que tous les élèves n'avaient pas à en savoir trop. Elle n'aborda pas non plus le sujet des dortoirs toujours inexistants, ni le nouveau grade de Kate, mais cela, cette dernière s'en félicita. Elle avait été déjà la cible des attentions trop de fois aujourd'hui. Aucune mention de Rusard ne fut faite durant cette rentrée. Comme si tout le monde désirait taire son nom. Aucun hommage ne lui fut rendu. L'homme ne semblait ne jamais avoir existé. Pourtant, tous les élèves se posaient la même question : que s'était-il vraiment produit ?
Le dîner apparut dans de grands plats dorés sur les tables, sous les yeux fascinés de Leeroy, qui n'avait jamais vu tant de fastes gourmands.
— Bon appétit !
— Merci !
Tous se servirent comme s'ils n'avaient pas mangé depuis des lustres. De cuisses de poulet mariné dans une sauce au citron, des brochettes de dinde caramélisées, de purée à l'ancienne, de la ratatouille parfumée, du riz safranné, des boulettes de bœuf à la tomate… Le choix était immense.
— Mais tu restes dormir chez les Gryffondors, alors ?
— J-je ne sais pas, je suppose, répondit Kate, prise au dépourvu sur cette question dont elle ne détenait pas l'ombre d'une réponse.
— Et m-moi alors ? J-je vais d-dormir où c-c-c-ce soir ? s'inquiéta le petit Leeroy en retroussant son nez recouvert de taches de rousseur, après s'être servi en pommes de terre sautées et persillées.
— Les professeurs te diront sûrement ça après le repas !
— On n-n-n-n'a pas de d-dortoir ? P-papillombre n'a pas de…
— Non, lâcha-t-elle, un peu excédée. Non, on n'a pas de dortoir et oui, ça nous pose problème ! Mais je n'y peux pas grand-chose !
Intimidé, le petit Leeroy Campbell se rabattit et retourna à son assiette. Le regard insistant de ses voisins de Serdaigles persuada Kate de rattraper son écart :
— Hé, excuse-moi Leeroy, je ne voulais pas te parler sur ce ton. C'est juste que… moi non plus je ne sais rien du tout. Et ça fait deux ans que je suis dans cette situation. Et que pas grand-chose n'a bougé. Mais je te promets qu'on va tout faire pour améliorer ça !
Consolé et rasséréné, Leeroy lui adressa un sourire encore peu harmonisé sur le plan de l'alignement de ses dents.
— C-c-cool ! J-je suis super c-content d'être à P-p-papillombre avec toi ! Mes pa-pa-parents ne vont pas me c-croire quand je vais leur annoncer la n-n-nouvelle !
— C'est bien ce que je me disais. Papillombre se spécialise dans le recueil des sorciers handicapés… !
En entendant cette phrase prononcée délibérément plus forte, Kate se raidit et leva la tête pour incendier le banc des Serpentards d'où elle provenait. Elle ne feignit même pas la surprise en croisant le regard de Morgana MacNair, entourée de ses deux camarades, aussi malsaines qu'elle, Amy Rosier et Lawrence Prince. Sous le coup de la colère, Kate aurait voulu répliquer, mais le soir de la rentrée n'était peut-être pas le meilleur moment pour débuter les vives querelles. Il suffisait de se rappeler la guerre de nourriture de l'an passé pour appréhender les conséquences que cela pouvait avoir. Cette fois, elle n'entrerait pas dans son jeu. Elle devait outrepasser ses vilénies. Désormais, elle possédait le grade de préfète, ce qui l'enchaînait à un rôle qui ne lui permettait plus de s'abaisser à son niveau. Kate se pencha alors sur son assiette et continua à manger.
— À commencer par la première élève qui y est entrée. C'est un magnifique modèle en termes d'incompétence.
Ne rien rétorquer. Ne rien lui balancer à la figure. Ne pas sortir sa baguette magique… Kate dut se faire violence pour s'écouter.
— Non, mais si on fait le compte… on a une rousse qui parle n'importe comment, une pile électrique jaune et ridicule, une blondasse issue d'une famille de Gryffondors profondément pathétique, un nain bègue et…
— Ne l'écoute pas, chuchota Kate à Leeroy, se murant derrière ses barrières protectrices. MacNair est une pauvre fille en manque de reconnaissance.
— Ch'e pense qu'elle ne manque pas que de reconnaich'anch', ch'i tu veux mon avis, rajouta Fergus, la bouche pleine.
— Et après, tu oses me dire que je suis incompréhensible quand je parle, se moqua Emeric. C'est Ste Mangouste qui se fiche de la charité !
— N'est-ce pas là leur lot quotidien, herr Beckett ?
Trop concentré dans la consommation de leur repas, personne n'avait vu s'approcher l'ombre de Wolffhart, qui s'était faufilé par la nef pour les rejoindre, alors que beaucoup continuaient à manger. Pourquoi était-il debout au milieu du banquet ?! Hygie, qui pressentait sa présence juste derrière son dos, ne cilla pas, pétrifiée par la peur. Kate, quant à elle, osa lever la tête vers le professeur. Ou dirait-elle, son directeur de maison.
— Professeur ?
— Hmm, fraülein Whisper, votre horripilant petit bout de tissu agrafé à votre tenue ne vous donne pas le privilège de vous adresser ainsi avec un tel ton hautain.
— Je… p-pardon ?
— Ja, je préfère votre petite voix couinarde et désœuvrée qui me rappelle que vous n'êtes toujours qu'un cloporte pleurnichard sous ma chaussure. Jetzt, écoutez-moi attentivement.
Il se glissa entre les deux élèves de Papillombre et se pencha tout en leur attrapant les épaules. Kate sentit les doigts osseux de son professeur s'enfoncer dans son bras. Elle parvenait même à deviner à quel point ils étaient glacés. La présence aussi proche de Wolffhart réveilla en elle un sentiment de danger protecteur, comme prisonnière d'un prédateur qui lui garantissait de ne pas être attaquée par personne d'autre. Son manteau en feutre dégageait une odeur âcre de cire à bois. Quant à Leeroy, qui n'avait pas encore eu l'honneur de découvrir son enseignant, il comprit bien vite la personnalité du personnage. Le petit garçon demeurait immobile et pâle, craignant que Wolffhart ne le gobe en une seule bouchée.
— Loin de moi l'idée de déclarer que la directrice de cet établissement est une incompétente même si dans la relativité, cela s'appliquerait à toute autre personne différente de moi. Ich könnte ich es mir nicht leisten. [1] Jedoch Papillombre n'a pas encore le luxe de pouvoir s'offrir un dortoir comportant sept plumards alors à moins que le sol des couloirs soit à votre goût, il me semble nécessaire pour vous de trouver une solution.
— Je croyais que le professeur McGonagall trouverait un dortoir !
— Que vous manque-t-il, au juste, Fraülein Whisper ? Le sens de l'ouïe ou un morceau de votre cervelle ? Nein, kein Schlafsaal[2].
— Pourquoi ?! Je croyais que ça serait fait et…
— Normes, du blabla… Ein Haufen von Riesenblödheinten[3], si vous voulez mon avis. Vous avez toujours possibilité d'établir votre squat chez ces receleurs de beaux rêves héroïques ?
— A Gryffondor ? Euh… oui professeur. Je pense… !
— Gut. Und Sie, jungen Mann. Herr… Campbell ?
Leeroy écarquilla de grands yeux en voyant qu'il s'adressait à lui, le professeur allemand le fixant avec un regard perçant.
— Aucune excuse n'est nécessaire pour justifier cette première approche envers vous, car mon vocabulaire n'en est pas doté, Merlin segne mich, et j'espère qu'ainsi vous serez au point pour le premier cours de métamorphose qui vous sera imposé d'ici la fin de la semaine car… Herr Fittles, retournez à votre assiette avant que mon humeur réjouie ne fasse un choix entre le cafard et bouc laineux.
Pas assez discret pour écouter la conversation, Fergus s'empressa de vider le contenu de son plat en espérant se faire oublier. Il ne tenait pas à être métamorphosé devant toute l'école le premier soir de l'année !
— Il me semble bien improbable que vous ayez apporté une tente de fortune dans vos bagages, Herr Campbell, aussi avez-vous une idée de…
— Leeroy pourra dormir avec nous le temps que l'on trouve un dortoir pour Papillombre.
Personne ne lâcha le moindre mot autour de la table. On aurait pu entendre les fantômes voler. Pourtant, Emeric avait prononcé ses mots avec assurance, sans se soucier d'avoir interrompu son professeur. Son ami lui lança un regard empli de compassion, comme celui que l'on destine à un condamné à mort. Pourtant, quand Wolffhart se redressa de toute sa hauteur, dantesque, il ne le réprimanda pas :
— Perfekt. C'est tout à votre honneur de jouer les sauveurs, Herr Beckett. C'est une qualité que j'admire mais qui, quelques fois, remue en moi de violents borborygmes qui me donnent envie de vomir…
— Des borbo-quoi ? chuchota Fergus à Dexter, médusé par la présence de Wolffhart, son regard apeuré fixé sur lui.
Le murmure à son oreille le surprit tellement que le grand garçon en bondit et lâcha sa patte de poulet qui retomba dans son assiette.
— Gut. Herr Campbell, vous accompagnez cette tête blonde à lunettes qui s'est arrangé pour piquer toutes les capacités neuronales de ses camarades de classe dans un espoir sûrement vain de s'emparer du contrôle de ses pairs écervelés, ceci jusqu'à ce que j'estime qu'il n'y en aura plus l'utilité. Verstanden ?
Leeroy hocha frénétiquement la tête et son absence totale de parole sembla presque en réconforter Wolffart, qui en profita pour s'éclipser aussi vite qu'il était apparu, sortant par la grande porte en poussant les deux énormes battants de ses bras, sous le regard surpris de beaucoup d'élèves que le bruit avait dérangé durant le repas.
— Dis, tu ne trouves pas qu'il a gagné en vocabulaire depuis deux ans ? Hein ? Dis-moi que je ne suis pas fou !
— Pourquoi tu fais une fixation dessus, Fittle ?
— Je ne fais pas une fixation, Whisper ! Je constate !
— Ce type est un génie totalement taré, mais ça reste un génie, trembla Dexter, qui se remettait à peine du choc. 'M'étonnerait pas qu'il se soit amélioré en anglais…
— … et qu'il ait eu le temps d'apprendre le coréen aussi, ironisa Emeric à moitié.
— Ah, toi, t'es bien placé pour me répondre, monsieur le chouchou ! rétorqua Fergus sur un ton amical. Comment tu as osé lui tenir tête ? J'ai vraiment cru un instant que tu allais finir en poulet rôti dans ta propre assiette !
— M-m-m-merci, c'est vraiment t-très gentil…
Le balbutiement de Leeroy éveilla le sourire attendri de Kate, à côté de lui, alors qu'Emeric rougissait à vue d'œil devant la bouille du jeune garçon.
— Oui, merci Emeric, renchérit Kate, sincère. Tu n'étais pas obligé.
Cela n'arrangea rien à la couleur de visage du jeune Serdaigle qui peina à formuler une réponse correcte :
— Je… euh… de rien ! Faut… faut bien qu'on s'entraide, hein !
Devant la réaction d'Emeric, Kate préféra alors détendre l'atmosphère et se saisit de son verre qu'elle tendit devant elle, en hauteur.
— À nous ?
Après un court échange de regards, tous l'imitèrent. Leeroy, Dexter, Fergus, Emeric et même Hygie. Et lorsque leurs gobelets de jus de citrouille se percutèrent au-dessus de la table, cette dernière préféra porter un toast plus circonstanciel :
— A Papillombre… ?
Ses deux mots juste couinés touchèrent Kate qui les appuya d'un sourire comblé.
— Oui… à Papillombre !
Cependant, lorsqu'il fut temps de rejoindre les dortoirs et de profiter de leur première nuit à l'école, Kate ne prit pas la direction de la salle commune de Gryffondor. Elle grimpa en effet des étages dans une tour, mais ce n'était pas le bon chemin. Il était hors de question qu'elle se laisse faire. Elle avait son mot à dire. Le poing serré contre sa cuisse, elle avançait d'un pas déterminé dans le couloir. En croisant Nick Quasi-Sans-Tête, ce dernier la salua de manière courtoise, avant de la laisser poursuivre sa voie.
Kate ne s'immobilisa qu'en étant arrivée devant la grande statue de griffon, toutes serres dehors, prêt à lacérer et à flamber les importuns de sa langue ignée. Elle se râcla la gorge avant d'entonner le mot de passe :
— Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore.
Pourtant, la statue ne cilla pas. Cette vieille pie de directrice l'avait-elle changé ? Cela éveillait en elle une colère sourde. Elle tenta alors le tout pour le tout en balançant les premières idées qui lui venaient à l'esprit :
— Euh… Tassé de thé ? Chapeau vert ! Pif d'aigle ! Chignon de grosse coincée ! J'ai un balai dans les…
— Vous avez ingéré des herbes de Vilebroutille pour régurgiter autant de grossièretés d'un coup, miss Whisper ?
Le bond de Kate fut tel qu'elle trébucha en glissant dans son volte-face et se rattrapa à l'une des ailes saillantes et recourbées du griffon. Le professeur McGonagall la fixait avec un regard perçant et peu bienveillant, le Choixpeau grognon dans ses mains.
— Ou alors vous ne manquez pas de toupet… !
— J-je suis désolée, professeur ! bredouilla-t-elle, terrifiée à l'idée d'être renvoyée de l'établissement pour cette affreuse bévue. Je…
— Ah, cessez de caqueter, je vous ai déjà entendu dire assez de bêtises en une minute ! Et suivez-moi.
La directrice la pria d'un second regard noir de s'écarter avant de prononcer le véritable mot de passe :
— Dougal McGregor.
À ces mots, la statue pivota et prit de la hauteur pour dérouler l'étroit escalier en colimaçon que McGonagall emprunta. Sans plus attendre, Kate la suivit en préparant déjà sa première phrase d'excuses correctes dans sa tête. Le bureau de la directrice n'avait changé. Les objets cliquetant et dorés étaient toujours aussi nombreux. Le bureau aux pieds en forme de serres n'avait pas changé de place et les livres étaient tous parfaitement ordonnés et rangés de manière à ce qu'aucun ne dépasse du rayonnage d'un seul centimètre.
— Ce n'était pas en mon pouvoir.
La première phrase de McGonagall, occupée à faire léviter le Choixpeau qui retrouva son coin en haut de l'armoire pour s'accorder une sieste bien méritée, coupa court la tentative de Kate de se faire pardonner son écart.
— Je… je vous demande pardon, professeur ?
— Asseyez-vous.
D'un regard, elle lui indiqua de prendre place sur le fauteuil rouge que Kate commençait à bien connaître. La directrice, quant à elle, préféra rester debout pour déambuler dans la salle circulaire.
— La table réclamée et due. Ne croyez pas que votre petit cirque est passé inaperçu ce soir, miss Whisper. Comment ne rien remarquer à votre caprice... Mais comprenez bien que je n'avais d'autre choix.
— Comment ça, vous n'aviez pas d'autres choix ? Je croyais que le Ministre vous l'avait deman…
— Miss Whisper, les choses ne sont pas aussi simples à se mettre en place et la décision seule du Ministre de la Magie ne suffit pas à enrayer les contestations. De nombreux sorciers nous sont retombés dessus après la commission et le rapport qui en a été fait.
— Et… comment ça se fait que je n'en ai pas été au courant ?
— Hm, vous pensez que vous auriez pu intervenir pour régler le problème vous-même, miss Whisper ? Je vous trouve bien courageuse. Je serais bien curieuse de savoir de quelle manière vous vous y seriez pris.
Embarrassée, Kate se roula les lèvres dans sa bouche : elle n'aurait jamais fait le poids, c'était certain. Peut-être prenait-elle trop à cœur ses responsabilités à l'égard de Papillombre. Et comme lui avait fait comprendre le professeur Londubat l'année dernière lors de leur discussion sur les bords du lac, cette cinquième maison, elle n'en était pas l'unique propriétaire. Seulement une représentante parmi d'autres.
— Des normes de sécurité, des incertitudes grotesques selon certains… poursuivit McGonagall en liant ses mains fripées contre son ventre. Croyez-moi, miss Whisper, les choses étaient bien plus compliquées que vous n'y croyez et la seule négociation que j'ai pu obtenir va en votre faveur.
— C'est-à-dire ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
— Dès demain, votre table sera installée dans la Grande Salle, pour votre petit-déjeuner.
Kate en fut tellement estomaquée qu'elle dut se cramponner aux accoudoirs pour encaisser le hoquet de stupeur qui était remonté dans sa gorge.
— Q-quoi ? Déjà ? Mais… je ne comprends pas, pourquoi pas ce soir ? Pourquoi demain ?
— Il nous fallait l'assurance que plusieurs élèves rejoindraient Papillombre pour ne pas faire l'exclusivité d'une table pour trois personnes. Or, ce soir a bien prouvé que vous l'avez amplement mérité.
On aurait presque pu surprendre un léger sourire sur les lèvres de Minerva McGonagall, ou le confondre avec un rictus sur son expression pincée. Malgré la bonne nouvelle, Kate désirait lui apporter un tout autre point de vue. Elle se jeta alors à l'eau, se triturant les doigts sous le coup du stress de peur de mal se faire comprendre :
— Professeur… ce soir, nous avons été… surpris. Personne ne nous avait prévenus. Alors que nous sommes les concernés. Nous avions beaucoup d'espoirs…
— Je sais, miss Whisper, je sais… soupira McGonagall. Mais quelle aurait été votre réaction si, je ne sais pour quelle raison obscure, le Choixpeau n'avait pas envoyé d'élèves à Papillombre cette année, nous aurions dû retirer la table que l'on vous aurait accordé ?
— Et les quatre élèves de ce soir… ils n'avaient aucune table à rejoindre. Vous… vous vous imaginez ? Devant toute l'école et vous ne savez pas où aller ? J'ai beaucoup souffert lors de ma première rentrée, professeur McGonagall. Je pense que vous le savez… Mais j'aurais voulu que nos démarches soient utiles pour que justement, les suivants ne vivent pas la même chose que moi. La même chose qu'Eibhlin et Tetsuya.
— J'entends bien, miss Whisper. Et je vous le répète : j'ai tout fait pour que cela soit mis en œuvre. Et je suis la première réjouie de savoir que cela va finalement se concrétiser. Je suis votre alliée dans cette bataille. S'il vous plaît, ne vous méprenez pas sur mon compte, ni sur celui de certains de mes collègues. Toute l'école vous soutient dans cette entreprise, mais ce sont toujours des gens extérieurs au problème qui viennent vous mettre des bâtons dans les roues. Et cela, quel que soit votre projet, miss Whisper, gardez bien cela en tête pour l'avenir.
Pour la première fois durant la soirée, Kate accepta de voir sa directrice d'école autrement que comme une gargouille scélérate et se surprit à en sourire. Cependant, d'autres questions la taraudaient :
— Et… pour le dortoir, alors ?
— Une salle commune peut vous être aménagée pour la semaine prochaine, sans problème, lui assura-t-elle. Avec un mot de passe et des chambres. Cependant, j'aimerais vous faire part de l'une de mes folles réflexions…
Le terme « folle » associé à McGonagall elle-même amusa Kate qui se retint d'en grimacer.
— … que je ne me suis pas permise d'exposer lors de la commission car je n'en avais pas encore l'hypothèse. Mais si la reine Maëva est réellement la fondatrice de Papillombre et qu'elle avait tout planifié à l'avant, je parle du réveil du Choixpeau entre autres, il n'est pas impossible qu'elle ait également préparé bien d'autres choses à l'avance. Comme un dortoir dissimulé.
Kate lâcha un rire nerveux qu'elle ravala bien vite sous le regard sérieux de la sorcière en robe verte.
— Mais professeur, aucune salle dans cette école n'est un dortoir pour Papillombre.
— Parce que vous pensez connaître chaque recoin de Poudlard, miss Whisper ? Détrompez-vous, moi-même n'en connais tous les mystères dont recèle cette bâtisse. Et si vous désirez un exemple parlant, pour vous, personne n'a encore découvert l'emplacement du tombeau de la Reine Maëva, pourtant placé ici. Il y a énormément de coins encore dissimulés. Il y a encore dix ans, beaucoup ignoraient l'existence réelle de la Chambre des Secrets. Alors si. Je crois honnêtement qu'une telle possibilité soit envisageable. Qu'un dortoir existe déjà… Et qu'il serait alors inutile de nous livrer nous-mêmes à des préparatifs qui se révéleraient caduques.
Peut-être Fergus Fittle n'était-il pas le seul ce soir à buter sur certains mots peu compréhensibles pour des adolescents.
— Comment la trouver, je l'ignore… Mais maintenant que vous formez une armée de sept joyeux acolytes, il ne devrait pas être difficile de vous mettre sur une piste.
— D'a-d'accord, professeur McGonagall.
Après avoir hoché la tête, la directrice rajusta ses lunettes en les repoussant sur l'arrête de son nez aquilin avant de prendre la direction de l'étage ouvert du bureau, grimpant les premières marches.
— Vous pouvez disposer, miss Whisper, je pense que vous avez eu assez d'émotions pour la soirée. Bonne première nuit de l'année à Poudlard.
— M-merci, professeur, balbutia Kate en se levant, encore toute tremblante. Bonne nuit à vous aussi… !
— Ah, et !
McGonagall lui adressa un regard plus sévère qui la pétrifia sur place alors qu'elle s'apprêtait à quitter le bureau.
— La prochaine fois que vous vous mettez en colère contre moi, miss Whisper, prenez au moins la peine de faire preuve d'un peu plus de créativité dans vos noms d'oiseaux, ou bien je serai contrainte de vous infliger une retenue que j'assurerai moi-même. Me suis-je bien fait comprendre ?
Malgré la plaisanterie, Kate sentit bien la menace planer et se promit intérieurement de ne plus jamais insulter le professeur McGonagall. C'était s'attaquer à bien trop gros qu'elle !
Elle quitta donc le bureau, toute pâle et la gorge serrée, ce qui fit sourire la directrice une fois qu'elle se fut éclipsée. Ah, ces adolescents… Même après quatre générations, tous les mêmes !
La plupart des couloirs étaient déserts quand Kate traversa le château en entier pour rejoindre la tour des Gryffondors. Seuls quelques préfets, qui faisaient leur ronde – la première de l'année, celle lors de laquelle ils étaient les plus rigoureux – s'assuraient qu'aucun garnement n'avait quitté les salles communes. Cependant, Kate se retrouva dans une sacrée impasse lorsqu'elle prit conscience, devant le portrait de la Grosse Dame, que personne ne lui avait communiqué le mot de passe ! Elle avait passé sa soirée à la table des Serdaigles et personne à Gryffondor ne l'avait prévenue. Elle gromella longtemps devant le portrait qui s'étonnait de la couleur de sa tenue :
— Pauvre enfant, auriez-vous étalé des myrtilles sur votre uniforme ?
— Je voudrais rentrer, s'il vous plaît madame !
— Si vous êtes une Gryffondor, vous connaissez le mot de passe !
— Mais ça fait plus de deux ans que je viens ici et que je vous répète des mots de passe ! Pourquoi vous ne pouvez pas me laisser entrer ?!
— Parce que vous n'avez pas de mot de passe, en voilà une belle raison !
D'un air condescendant, la grosse Dame se ré-intéressa à son reflet, qu'elle admirait avec sa petite glace blanche, tandis que Kate repartit en fulminant. Ce ne fut que lorsqu'elle croisa Dennis Crivey au détour d'un couloir que son calvaire prit fin, ce dernier lui donnant le mot de passe.
Dans le dortoir des filles de troisième année, personne ne dormait encore, mais toutes étaient déjà en pyjama et en chemisettes de nuit.
— Je savais que tu reviendrais ! l'accueillit Maggie avec un large sourire. On t'avait trop manqué !
— HIIIIN ! réagit Moira en imitant un bipeur de jeu télévisé. Non, t'as juste été assez logique pour deviner que si ses affaires avaient été montées là, c'est qu'elle reviendrait !
— D'ailleurs, Mister Minnows est en train d'admirer ta nouvelle valise, Maggie, fit remarquer Suzanna alors que le félin s'était assis devant, l'air rêveur. Tu devrais la garder sous surveillance avant qu'il ne se fasse les griffes dessus.
— Qu'il essaie donc ! J'ai ajouté un sortilège dessus ! S'il a le malheur de laisser riper une griffe, que dis-je, de laisser tomber un poil, il dégustera !
— Mister Minnows, ne reste donc pas là ! se précipita Kate en attrapant son chat, un peu méfiante du sortilège de Maggie.
— T'as de l'espoir, Kate. Il le fera tôt ou tard !
Déchirée entre les paradoxaux sentiments de satisfaction et de déception, la jeune fille retrouva son lit habituel, aux baldaquins portant de lourds rideaux rouges. Car elle ne s'était jamais sentie pleinement chez elle. Plutôt comme dans une chambre d'amis provisoire.
— Qu'est-ce que tu faisais encore dehors ? s'interrogea Scarlett. Tu as déjà commencé tes rondes.
— Non, j'étais dans le bureau de McGonagall.
— Elle t'a passé un savon pour t'être assise avec les Serdaigles ?!
— Pas du tout, c'était… En fait, elle m'a expliqué pourquoi il n'y avait pas eu de table pour Papillombre. Et elle pense qu'il existerait un dortoir pour nous dans le château. Qu'il faut découvrir.
— Poudlard est une école, pas un jeu de cluedo ! rétorqua Moira en ricanant.
— Oh, par les saints caleçons de Merlin, Miller, pourrais-tu nous épargner ton vocabulaire des prés ? s'exaspéra Maggie. Au fait, c'est quoi un cluedo ?
— Je crois que c'est un instrument que les Moldus utilisent pour chasser les taupes des prairies en leur envoyant des balles blanches.
— Non, ça, Suzanna, ce sont des clubs de golf, rectifia Moira après un petit temps pour deviner de quoi elle parlait, les sourcils froncés, et c'est un jeu, pas une partie de chasse.
— C'est un jeu d'assommer des taupes avec des balles ?
— Mais qu'est-ce que tu me parles de taupes ?!
— Bah, on ne vise pas des trous de taupe ?
Cette ambiance allait manquer à Kate, mais peut-être que ses nouveaux camarades de maison ne manqueraient pas de ressources et de surprises, eux aussi. En réfléchissant à ses derniers, Suzanna reprit la parole, toute excitée, à plat ventre sur son lit.
— D'ailleurs, c'était tellement inattendu ! Je n'y croyais pas ! Teffie à Papillombre ! Ma sœur, quoi !
— Ah oui, j'avais oublié de te faire mes condoléances, Kate, trouva bon de préciser Moira en se tournant vers elle, les lèvres pincées.
— Sa sœur n'est pas insupportable ! corrigea Scarlett qui prenait souvent le parti de Suzanna. Juste qu'elle a… euh. Pas la langue dans sa poche, dira-t-on !
— C'est vrai. Même Miller s'exprime comme une princesse à côté d'elle.
— Je t'emmerde, Dawkins.
— Je retire ce que j'ai dit, Miller tient à sa première place sur le podium.
Sans un mot, Kate fit basculer sa valise sur le plancher, ce qui manqua de le fracasser, et l'ouvrit pour en sortir son pyjama, observée par toutes les autres, déjà parées à partir se coucher.
— D'ailleurs, on voulait savoir, tu en penses quoi de la nouvelle surveillante ? C'est quoi déjà son nom ?
— Electra Byrne.
— Oui, c'est ça, miss Byrne. Elle t'inspire quoi ?
Devait-elle leur avouer que cette femme lui avait évoqué la Sorcière Bleue ? Pas tout de suite. Du moins, pas à toutes celles présentes. Mais il était certain que Kate en toucherait un mot à Maggie, seule à seule.
— Elle devrait m'inspirer quelque chose ? s'enquit-elle, en profitant pour enfiler le haut de son pyjama, cachant ainsi son visage sur lequel on aurait pu apercevoir sa grimace dénonçant son mensonge.
— Je n'en sais rien ! Mais je ne sais pas si elle fera vraiment le poids à côté de Rusard ! Elle a intérêt à se faire un minimum respecter !
— C'est sûr que je la vois mal faire face à un élève de septième année !
— Sans vouloir t'offenser, Scarlett, je ne t'y verrai pas non plus, quand bien même tu serais préfète-en-chef et que tu mesurerais deux mètres cinquante de haut. Tu es bien trop gentille et intimidée !
— Oh, c'était bas, ça, Miller ! scanda Maggie, faussement outrée. À ta hauteur, pourrait-on même dire ! Laisse donc Scarlett rêver !
— Tu as raison, Moira… couina Scarlett, chagrinée. Je ne pense pas que je suis faite pour devenir préfète…
— Arrête, Scarlett, tu sais que c'est faux ! la consola Suzanna en la rejoignant sur son lit.
— Je suis trop timide pour… Je ne sais pas…
— Kate t'apprendra à devenir préfète !
— Euh. N'aie pas trop d'espoir sur moi, je n'étais pas censée le devenir ! Je ne suis pas un bon exemple !
— Tu es trop modeste, Kate.
— Non, je suis mal barrée, c'est différent… Va plutôt demander à Dennis !
Sa dernière phrase, accompagnée d'un clin d'œil, fit rougir la jeune rousse.
— Mais pourquoi vous devez toujours parler de Dennis comme ça… ! murmura-t-elle à toute vitesse, avec une petite voix aiguë.
— Il faudra bien un jour que tu ailles le voir pour lui parler de tout ça ! tenta de la motiver Maggie. Et Kate aussi ! Elle a quelques discussions à partager à Griffin Gale !
— Et toi avec Terry ? lança Kate, sournoise.
Dans le dos de Maggie, la tête déconfite, ses amies ricanaient en toute discrétion.
— Je te demande pardon ? la questionna son amie, comme ayant mal entendu.
— Non rien.
Pourtant, son air suspicieux montrait bien qu'elle n'était pas dupe. Elle soupira :
— Tu me fatigues des fois, Whisper. Vraiment beaucoup… Tu m'assommes à tel point que j'ai envie de dormir, là, maintenant, tout de suite. Allez, hop, au pieu, éteignez-moi ces lumières.
— À vos ordres, princesse ! Ou plutôt… future Mrs Diggle !
— Miller, ta gueule. Ou je t'étouffe dans ton sommeil avec ton propre oreiller. Compris ?
— Quelle susceptibilité !
— Bonne nuit, les filles… ! Faites de beaux rêves !
— Ouais. Surtout de Diggle. Ah mais qu'est-ce que… ! Mais ! Dawkins, dégage ! Maggie ! Hmmmph ! HE ! Les filles, au secours !
Le lendemain matin, aux aurores, Kate fut la première à enfiler ses chaussures alors que toutes dormaient encore bien profondément dans ces couvertures qui ne s'étaient pas encore imprégnées de leur odeur après deux mois d'absence. Elle n'avait qu'une hâte : courir jusqu'à la Grande Salle pour vérifier que McGonagall avait respecté sa promesse une fois pour toutes. Mister Minnows la suivit dans son escapade, en profitant pour se dégourdir les pattes aux dehors de cette pièce renfermée où le danger demeurait omniprésent, en particulier dans le périmètre du lit de Maggie. La salle commune de Gryffondor n'était qu'un lieu de passage, chaque matin, que les élèves les yeux encore bouffis de fatigue traversaient sans s'arrêter. Les seuls que l'on pouvait croiser étaient les endormis clandestins sur un fauteuil durant les périodes de révisions, il était encore cependant bien trop tôt pour y songer !
Vue l'heure matinale, Kate ne s'étonna pas de ne voir aucun élève dans les couloirs. Sans compter que le lendemain de la rentrée était cette année-là un samedi ! Seuls les portraits commençaient à s'animer en voyant le soleil percer par les vitres barrées de fer. Qu'il faisait bon de traverser l'allée au milieu du parc pour rejoindre la Grande Salle à cette époque de l'année. Et en apercevant la cabine de Hagrid au loin, la vision de Kate se calqua à celle de ses rêves, durant lesquels elle avait aperçu la femme qui lui avait rappelé la Sorcière Bleue. Décidément, trop de sorcières lui étaient assimilables ! Kate en devenait obsédée. Elle en avait le cœur battant rien que d'y penser, sans même se rendre compte qu'elle venait de s'arrêter au milieu du chemin. Avec cette drôle d'impression d'être observée.
« Il faut que tu arrêtes de délirer, Kate… Tu es à Poudlard, tu es en sécurité. »
Elle reprit alors son chemin, ne croisant qu'un professeur qu'elle n'avait connu que de vue, n'enseignant sûrement qu'aux années supérieures. À l'entrée de la Grande Salle, cependant, elle retrouva quelqu'un qu'elle ne s'attendait pas à rencontrer si tôt à un tel endroit :
— Clive ?
Le jeune homme bâillait aux corneilles lorsqu'elle l'interpella, ravalant aussitôt son geste pour la saluer avec un grand sourire. Depuis l'an passé, il n'avait pas tant changé, si ce n'était ses cheveux noirs, peut-être légèrement plus longs. Il tenait contre lui une lourde pile de parchemin, collé contre son pull sur lequel était cousu son insigne de préfet de Serdaigle.
— Hey Kate ! Quelle bonne surprise !
— Qu'est-ce que tu fais là ? le questionna-t-elle.
— Et toi donc ! Tu es la première à arriver si tôt ! Bref. C'est moi qui suis chargé de distribuer les plannings cette année. Un samedi matin en plus… Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour mériter sa place de préfet…
— Ne m'en parle pas, maugréa-t-elle.
Elle lui désigna alors son écusson, qu'il aperçut avant d'écarquiller des yeux.
— C-comment ça se fait ? Tu n'es pas en troisième année seulement ?
— Si ! Allez, je te donne des explications si tu me passes mon emploi du temps ! lui sourit-elle en la réclamant d'une main tendue.
Clive chercha alors le planning correspondant dans la pile, mais la taquina en retirant à deux reprises le parchemin alors qu'elle s'apprêtait à l'attraper. Kate en riait. À ses yeux, Clive était devenu un grand frère, un peu à l'image d'Eliot, le plus grand ami de ce dernier.
— Alors, ces explications ?
— T'en as vraiment besoin ? Tu as loupé la soirée d'hier ? Il y a quatre élèves en plus à Papillombre, lui dit-elle en étudiant son planning, de plus en plus rempli chaque année passant.
— Oui, et tu étais assise à notre table. Et tu ne m'as pas aperçu quand je t'ai fait un signe de la main.
— Oh, mon pauvre, tu as dû pleurer toute la nuit, plaisanta-t-elle.
— Si tu savais. J'ai cru que j'avais métamorphosé mon oreiller en éponge géante tellement il était mouillé.
— Aha, qu'est-ce que t'es bête !
Ils calmèrent leurs rires au bout de quelques secondes, avant que Clive n'aborde un sujet plus sérieux, la mine plus fermée :
— Tu as des nouvelles d'Eliot ?
— Ecoute, il est… stable, souffla-t-elle, le cœur haut et palpitant au souvenir du visage de son cousin figé de nouveau dans son sommeil incurable.
— Bien… bien…
— Et tu sais, je… je ne te l'ai jamais avoué mais…
Elle reprit sa respiration et s'accorda un temps de pause avant de passer au temps des concessions. Cela intriguait tant Clive qu'il manipula ses lunettes en espérant les ajuster, faisant trembler l'image de ses yeux bleus.
— C'était encore douloureux l'année dernière, mais en réalité… Eliot était… Comment te dire ça.
— Ensorcelé ?
L'expression de Kate se médusa, la bouche entrouverte. Pourtant, Clive demeurait placide.
— Comment… Tu le savais ?
— Je connais assez bien Eliot pour l'avoir soupçonné, oui.
— Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
— J'avais mes doutes, Kate, ça arrive. Juste que j'ai fait le lien, l'an passé, quand Eliot est retombé dans son sommeil aussi soudainement et que tu es restée à l'infirmerie pendant plusieurs jours. N'oublie pas, si j'ai été envoyé à Serdaigle, ce n'est pas pour rien. J'ai la cervelle qui a parfois tendance à fonctionner trop vite ! Et puis…
Il soupira en se pinçant les lèvres :
— Je crois que je n'ai jamais voulu accepter qu'il se comporte ainsi avec moi. Ce n'était pas Eliot. Je pense que tu comprends ce que je veux dire par là. C'était ton cousin, toi aussi tu avais vu le changement. Mais comme toi, j'ai dû penser que c'était à cause de son traumatisme. Mais j'ai connu Eliot qui a dû endurer la tyrannie d'Ombrage quand elle était à Poudlard, qui a connu la guerre avec moi. C'est une facette douloureuse, que tu ne connais peut-être pas, mais je le sais. Il est beaucoup plus fort qu'on ne le croit.
Clive était loin d'avoir tort. Même Kate devait l'admettre en repensant à l'altercation dans la Forêt Interdite où Eliot était parvenu à contrer le sort de la Sorcière Bleue le temps de quelques minutes, quitte à replonger ou quitte même à mourir, afin de sauver sa cousine. Quelle force avait-il pu déployer pour réaliser cet exploit ? Sauf qu'il n'y avait qu'eux deux pour savoir qu'Eliot n'était pas qu'un grand dadais à l'air apathique, un Poufsouffle toujours indécis que les autres voyaient en lui.
— Allez, miss, je ne te retiens pas, préféra terminer Clive en lui adressant un nouveau sourire, voyant que ses mots l'avaient plongé dans un état de contrition. Va donc te goinfrer tant qu'il n'y a personne. On se revoit plus tard.
— Ça marche ! A plus, Clive !
Ouvrant la porte de la Grande Salle de manière machinale, elle en avait presque oublié la raison de sa venue matinale. Quelle fut alors sa surprise en voyant cette table, au milieu ! Les tables des Serdaigles et des Gryffondors, celles côtoyant la nef centrale, avait été scindées en deux et écartées, pour pouvoir laisser de la place à la nouvelle, de forme ronde. Le pas de Kate accéléra lorsqu'elle la rejoignit pour la palper à pleines mains. La table de Papillombre. Sa table.
Son soupir tremblant étira un sourire de plus large sur ses lèvres, avant qu'elle ne lève la tête pour balayer les environs et constater que, même si aucune bannière violette n'avait été suspendue aux murs, un sablier rempli d'améthystes siégeait à côté des quatre autres, derrière la table des professeurs. Oui. C'était désormais officiel. Papillombre existait bel et bien.
Tous les élèves s'étonnèrent de l'arrivée de cette table, mais tous ne s'en réjouirent pas.
— Elle prend vraiment trop de place.
— Au milieu, en plus. Ils ne se font déjà pas assez remarqués comme ça ?
— Et ronde. Peut-être qu'ils se prennent pour les chevaliers du Roi Arthur !
Des remarques du genre, Kate en perçut quelques-unes alors que les élèves s'installaient pour déjeuner et étudier leur emploi du temps, cependant, elle les outrepassa allégrement. Personne ne pouvait à ce moment prétendre bafouer sa satisfaction. Même Morgana MacNair elle-même n'aurait pas fait le poids.
Le premier à la rejoindre à la nouvelle table fut Tetsuya, qui lui-même n'en revenait pas :
— C'est… la nôtre ? À nous ? Nooon ! Vraiment ? La nôtre !
— Eh oui ! Enfin !
— Woh, elle a vraiment la classe ! Ça a l'air d'être du bois de qualité en plus ! Non mais regarde-moi ces pieds !
Il s'assit avec un air triomphant, comme se vantant auprès de tous ses camarades.
— J'ai vraiment bien fait de ne pas aller à l'école de Yamamoto Kia Desushi ! Je suis vraiment traité comme un Roi, à Poudlard !
Même si sa loquacité agaçait quelques fois, l'optimisme à toute épreuve de Tetsuya avait toujours enchanté Kate.
Peu à peu, la Grande Salle se remplit et d'autres rejoignirent la table de Papillombre, à commencer par le petit Leeroy Campbell. Puis une autre nouvelle, Rose Rosham, avec ses cheveux d'un blond pâle coupés en un dégradé habile, très courts derrière et redescendant en pointe jusqu'à son menton rond, et ses grands yeux marrons. Cette dernière avait passé la nuit chez des connaissances du Poudlard Express, réparties à Poufsouffle, mais n'avait pas eu de grands remords à les quitter pour s'intégrer à la table de Papillombre.
— Bienvenue en tout cas ! lui souhaita Kate.
— Merci ! J'ai été vraiment étonnée hier, lors de la répartition ! Je crois que c'est la chose que j'attendais le moins ! Avec le fait qu'on allait monter dans des barques mouillées et qu'il y avait vraiment des bougies qui volent ! Mais Papillombre, c'est vraiment le… le plus du plus !
— Tu parles toujours aussi rapidement ? constata Tetsuya, en fronçant les sourcils sans néanmoins relâcher son sourire naturel.
— Oh oui ! Ca met les gens fous de rage ! Maman m'a toujours dit que ça faisait ma personnalité ! Et c'est important la personnalité ! Avec les amis et la famille, bien sûr !
— Au-au-au moins, elle ne bé-bégaie pas, elle ! ricana Leeroy. T-t-toi tu par-parles trop vite et moi t-t-trop lentement !
— Au fait, tu n'as jamais réussi à l'enlever, ce bégaiement ? s'intéressa Kate. Je pensais qu'à Ste Mangouste, ils pouvaient faire plein de choses ! Ils ne peuvent rien faire ?
Un peu embarrassé de devoir expliquer sa situation, Leeroy se gratta l'oreille.
— N-n-non, on a déjà con-consulté ! Mais c'est à cause d'un sor-sortilège qui a raté. Et les guéri-guérisseurs ont dit que c'était inc-incurable.
— Un sortilège ? s'étonna Tetsuya en se resservant de saucisses.
— Q-quand j'étais pe-petit, ma mère était p-partie quel-quelques jours et c'est mon-mon père qui a dû s'occu-per de moi. S-sauf qu'il ne savait pas c-comment bien me laver les che-cheveux, alors il a essayé un sor-sortilège et ça-ça a loupé. Dep-depuis, eh bien, eh bien, je bé-bégaie.
— Ah. C'est vraiment pas de bol.
— Je croïs qu'on va pouvoïr bientôt former oune magnifique chorale vous les phénoumènes que nous sommes !
— Hey, salut Eibhlin.
L'Irlandaise prit place à côté de Tetsuya qui lui recommanda de goûter les nouveaux petits pains au miel.
— Hm, je n'ayme pas être au centre des attentions… renâcla-t-elle quelques minutes plus tard, en remarquant que de nombreux élèves restaient intrigués par cette nouvelle table.
— Ça leur passera, ils finiront par se lasser, la persuada Kate qui balaya les environs d'un regard attentif.
— Et au fait, où sont les deux nouveaux Papillombres qui restent ? se soucia Tetsuya.
— Ti grand ami qui a préféré fouir chez les Serpentards nous jettent des regards noïrs depouis tout à l'heure.
Tous les cinq se retournèrent en même temps vers la table concernée, où Nestor Curtiss, remarquant qu'il avait éveillé les attentions, détourna le regard vers sa grande sœur, Calypso, qui découpait avec méticulosité son œuf au plat.
— Je connais sa sœur, expliqua Kate, ils sont un peu bizarres dans leur famille. Mais pas méchants. Je pense qu'il est juste un peu timide.
— J'ai plus l'impression qu'il nous déteste déjà ! constata Rose en haussant les épaules. On ne pourrait pas aller lui parler ?
— Ne le pressons pas, il viendra quand il s'en sentira prêt.
— Et la d-d-dernière ? Ste-ste-stephanie Sim-simmons ?
— Elle est à la table des Gryffondors, là-bas, la désigna Kate avec sa fourchette. C'est aussi la sœur d'une amie. Sauf qu'elle, j'ai plus l'impression qu'elle s'est déjà fait d'autres amies.
En effet, la petite blonde semblait d'ores et déjà s'être intégrée à un groupe de filles, qui n'était pas sans rappeler à Kate celui qu'elle formait avec les camarades de Gryffondor de sa propre place.
— Par contre, ne l'appelle jamais Stéphanie, elle se mettrait en colère !
— Ah bon ?
— Elle préfère qu'on l'appelle Teffie.
— Oh, on devrait se donner des petits surnoms entre nous ! s'enthousiasma Rose en tapant dans ses mains. J'ai toujours rêvé qu'on me donne un surnom !
— Rose, ce n'est pas souffisament court pour ti ? lança Eibhlin, grinçante.
— Non mais on peut par exemple prendre d'autres noms ! Genre on est sept, comme les Sept Nains de Blanche-Neige !
Pas tous ne comprirent la référence à la table.
— C'est qui celle-là ? Pourquoï elle avait sept… nayns ?
— C'est un conte moldu, l'éclaira Kate. D'une princesse qui était hébergée par sept nains dans une forêt pour échapper à son horrible belle-mère qui voulait la tuer car elle était plus belle qu'elle.
— Ah, m-m-mais tu parles du c-conte de la Sorcière à la Pomme ?
— Ca doit être la version sorcière…
— Et c-c-c'était pas des n-nains, c'é-c'était des gnomes !
— Et donc, il y avait sept nains ! poursuivit Rose. Kate, par exemple, elle serait prof ! Tetsuya, joyeux, Nestor, timide, Leeroy, je ne sais pas, peut-être Atchoum ! Et Eibhlin… grincheux ?
— Mi ? Grinchose ? grommela Eibhlin.
La répartition des rôles qui pouvait porter à débat fut interrompue par l'arrivée des hiboux, qui arrivèrent en nuées, ce matin-là. Les parents avaient tous envoyé des lettres à leurs enfants, pour savoir comment s'était déroulée leur première soirée à Poudlard, en particulier pour les plus jeunes arrivants. Pour sa troisième rentrée, Kate ne reçut aucune lettre de la part de ses parents et s'en félicita. Quelle contrainte cela aurait été de répondre à son père qu'elle tenait à éviter par cet éloignement. Elle attrapa au vol la Gazette du Sorcier que lui jeta un hibou livreur, avant de découvrir sur la première page le titre éclatant :
« Papillombre : ils sont sept ! »
— Je ne sais pas quel élève rapporte tout à l'un de ses parents qui doit être journaliste, mais j'aimerais bien lui dire d'arrêter ! grogna-t-elle.
— Il y a une photo de moi sur la couverture ? Ou dans l'article ? s'intéressa Tetsuya.
— Pourquoi, il devrait ?
— Non, mais on ne sait jamais !
— Non, je ne vois rien, il y a juste cette… horrible photo !
Elle désigna un doigt rageur le portrait que l'on avait tiré d'elle à son insu, l'an dernier, dans la cour de l'école, où Kate apparaissait tendue, les bras droits contre elle avec ses yeux écarquillés et son expression de chouette stupefixée.
— Je ne ti comprends pas, elle est beaucoup expressive cette image ! nasilla Eibhlin, sarcastique.
Kate s'apprêta à répliquer quand un petit papier lui tomba pile sur le nez. Elle s'en saisit en pensant qu'il s'agissait d'une lettre qui avait glissé des serres d'un hibou, cependant, elle eut la surprise d'y lire son nom. Cependant, il ne s'agissait pas de la calligraphie de son père, ni de celle de sa mère. Mais une autre écriture, cursive et élégante qu'elle commençait à bien connaître. La jeune fille pivota sur son siège et scruta les environs d'un air alerte.
— Kate, qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna Tetsuya.
— Non rien, juste que…
Sa phrase ne fut jamais achevée. Et en ouvrant le tout petit parchemin, Kate retrouva ces mêmes lettres soignées qui lui annonçaient un message bien plus sombre :
« Miss Whisper, vous êtes en grand danger. Surtout, ne sortez jamais seule dans l'école et restez constamment sur vos gardes. Je vous prie, pour une fois, de faire preuve de bonne foi et de me croire sur parole, il en va de votre survie.
Cordialement,
Orpheus Fawley »
[1] Ich könnte ich es mir nicht leisten : je ne me le permettrai pas.
[2] kein Schlafsaal : pas de dortoir.
[3] Ein Haufen von Riesenblödheinten : un ramassis de conneries.
