Musique du chapitre (identifiant de vidéo Youtube) : Fluttershy's lullaby 20% cooler jsgOSDFmjV4
Chapitre 27
Clac-clac-clac
Jeudi 04 juillet
Je crois que j'ai jamais eu aussi froid. On est déjà pas mal en altitude dans la montagne, on voit des tas de neige ici et là. Le peu de végétation de la lande a laissé place aux rochers coupant de la montagne. Et il pleut à verse. Et il fait nuit noire. On est juste éclairés par les éclairs aveuglant.
Ma cape est trempée, mes cheveux sont trempés, on est bien tous trempée bien comme il faut. Les chaussures des nains font des bruits de poissons. On est pratiquement des aquariums ambulants. J'ose pas imaginer l'état de nos provisions dans nos sacs. Je tremble, mes dents font des castagnettes et mes genoux des maracasses.
Un silence de mort règne sur la compagnie en dehors des conseils et hurlement de Thorïn qui nous guide. Visiblement la montagne est peuplée de gobelins (ça me rappelle une scène du film qui va TOUT BIENTÔT ARRIVER JE SUIS PAS PRÊTE), donc on essaye de pas trop faire de bruit.
Enfin, ça n'empêche pas la compagnie de nains de faire un bruit de tous les diables, on dirait un troupeau d'éléphants et de toute façon, je suis sûre que la pluie et l'orage cache nos bruits.
Le fait qu'on soit à flanc de roche et sur un chemin qui fait un nain de large n'arrange pas vraiment notre humeur.
Je rêve d'un bon lit bien chaud. Ou d'un chocolat chaud. Oui, ça serait chouette ça. Dans mes pensées, je sursaute quand je vois Bilbo glisser et trébucher dangereusement vers le vide. Bilbo ! Je me jette sur lui pour l'aider en hurlant avec d'autres de la compagnie, mais Dwalïn est déjà en train de le remettre debout et de son autre main me repousse contre la paroi. Bofur le rattrape de l'autre côté. Et je souffle, une main sur le coeur qui vient de faire une hystérie. Punaise ce que j'ai eut peur.
" Il faut trouver un abri ! " hurle devant nous Thorïn, peu intéressé par la commotion. Je suis d'accord avec Thorïn, du sec serait bienvenue. Et j'aimerais de nouveau être à côté de Bilbo. Un peu de chaleur humaine me ferait du bien.
" ATTENTION ! " hurle soudainement Dwalïn.
En face de nous arrive un immense rocher, qui heurte la montagne juste au-dessus de nous. Toute la troupe se protège comme elle peut en se plaquant contre la paroi, hurlant. Je tremble et c'est pas de froid. Dwalïn a une main plaqué contre mon ventre pour me forcer à rester contre la montagne, lui-même étant accroché à la roche par l'une de ses haches. On arrive aux géants. Après c'est les gobelins. Ça va encore être une chouette soirée.
" Ce n'est pas un orage ! C'est un duel de rage ! " explique en hurlant Balïn et en d'autres circonstances j'aurais bien rit de ce jeu de mots bien pourri, mais là seul un couinement m'échappe. " Regardez ! " continue Balïn pendant qu'un géant nous apparaît, il est déjà en train d'enlever un énorme autre rocher du sommet de la montagne. Sûrement pour le balancer sur quelqu'un. Nous ? Ou … Ah oui, un combat de géant implique plusieurs participants.
" Mince alors … " commence Bofur en s'approchant du bord du chemin et de la montagne pour observer de plus près le phénomène, pas du tout stressé. " Les légendes disaient vrai : des géants ! " il commence à hurler cependant en voyant que le géant de pierre (comment il tient ? Il a pas de tendons ou ligaments ? Ton camembert c'est magique) s'apprête à faire un touchdown sur nous. " Des géants de pierre ! " hurle-t-il pendant que le rocher quitte la main du colosse.
Ils font des bruits de baleines qui me vrillent les tympans. Ont-ils seulement des cordes vocales ? Le caillou nous survole et finalement, je dois être aussi inconsciente que Bofur puisqu'il faut que Dwalïn me repousse une nouvelle fois contre le mur de pierre pour me sortir de mes inquiétudes sur l'anatomie des géants de pierre.
" Abrite-toi Bofur ! " " Tenez bon ! " hurle tour à tour Thorïn et Dwalïn, pendant qu'on cherche tous une meilleure accroche pour ne pas tomber.
Je vois avec horreur que des morceaux de pierre retombant emportent des morceaux de chemin. Déjà qu'il était bien étroit. Je ne sais pas comment, Bilbo s'est retrouvé à côté de moi et m'a prit la main. On s'accroche comme on peut, je sens mes phalanges craquer tellement je m'agrippe à lui comme je peux, il fait de même et m'écrase douloureusement la main, mais on arrive quand même à glisser à cause de la pluie.
Soudainement, on entends les deux neveux de Thorïn s'agiter et répéter frénétiquement leurs noms.
" Qu'est-ce qui se passe ? " s'inquiète Kíli, nous faisant nous tourner vers lui. Tous on commence à voir avec horreur que le chemin s'est fissuré pile entre eux deux et une crevasse se crée, cherchant à séparer la compagnie en deux.
" Courrez ! " j'hurle en poussant Bilbo et lâchant sa main. J'arrive à pousser Ori au passage, mais déjà tout le monde hurle, j'arrive pas à distinguer qui que ce soit et finalement, je passe de justesse de l'autre côté du gouffre en formation. Le chemin sur lequel on est n'est déjà plus là et une crevasse nous sépare de Fíli et des autres.
J'essaye d'empêcher de tomber qui je peux et quelqu'un fait de même avec moi, le chemin tremble, on ne distingue pas grand chose. C'est le chaos. Du coin de l'œil je vois un troisième géant. En fait, je constate en avalant avec bruit ma salive, on EST sur un géant. Genre sur ses genoux. À dada sur mon bidet. Faites que je survive, je prie intérieurement. Il est en train de se lever. Ça tremble de partout, je m'accroche comme je peux à la paroie. Notre géant et un des autres se saluent à la naine et d'énormes rochers dégringole. On retourne en arrière. Notre géant s'effondre. Je me sens hurler, mais aucun son ne sort de ma gorge. J'ai plus de voix. On se heurte à la montagne. Thorïn nous hurle " vite vite " pendant qu'on bondit tous en-avant et en criant à qui veut bien nous entendre pour quitter le géant et retrouver la montagne. Les deux autres géants sont encore en train de se castagner. J'ai arrêté de tenter d'hurler, les cordes vocales trop irrité pour continuer. Je sens qu'on me tire en avant. Alors qu'une nouvelle pluie de caillou nous tombe dessus, on voit les nains sur l'autre genou du géant nous passer devant. Bilbo est avec eux ! Ils ne sont pas encore descendus ! Je ne sais même pas si tout le monde est là ! J'espère que personne n'est tombé ! Une masse pouvant autant ressembler à un rocher qu'à une personne se décroche et rejoint le sol. J'espère de tout cœur que ce n'était qu'un vulgaire caillou. Avec une lenteur digne d'un ralenti de cinéma, on voit le genou et le groupe de nain s'approcher de la montagne. Ils vont s'écraser ! J'hurle de tous mes poumons " NON ! " mais Thorïn me repousse en arrière et me dépasse en hurlant également. On voit le géant s'écraser au fonds de la montagne pendant qu'on se rapproche de la zone de collision. L'impact avec la montagne nous fait nous arrêter et le choc me fait bondir en avant, de justesse je me rattrape contre le sol, pratiquement à quatre pattes. Je me relève en même temps que le géant. J'entends Thorïn hurler, la voix déchirée. On ne voit personne sur les genoux du géant qui part en morceau. On regarde quelques millisecondes le géant chuter sur le dos avant qu'on hurle de nouveau. Thorïn étant le plus vocal. " Non ! Non ! Kíli ! "
J'ai perdu Bilbo, il est plus à mes côtés, personne ne me tient la main. BILBO ! Non, pas lui, pas Bilbo ! On court comme on peut sur ce qui reste du chemin, collé contre la paroi, tentant d'apercevoir les rescapés.
" Bilbo ?! " je panique également à haute-voix, ma voix grinçante comme une porte mal graissée sous la peur. Notre groupe a déjà rejoint les autres de la compagnie, ils sont tous là, gémissant et dans des positions inconfortables, mais vivant. Je survole rapidement du regard chacun, mais Bilbo n'est pas avec eux. Balïn tente de calmer tout le monde par des paroles sans doute très sage, mais que je n'écoute pas.
" Bilbo ?! Où est Bilbo ?! " je continue de paniquer en regardant partout.
" Où est Bilbo ? Où est le hobbit ? " demande également Bofur, plus calme que moi, mais que d'un poil.
" Là ! " clame Ori en pointant un flanc de la montagne juste plus bas que nous.
" Attrapez-le ! " lance Dwalïn, qui garde un calme olympien pour les circonstances.
Ori se jette sur le sol et tente d'attraper le bras de Bilbo, je suis rapidement collé à son flanc dès que je crois voir Bilbo, tendant les bras également et lui hurlant de prendre ma main. La pluie empêche toute prise solide, Ori est déjà à moitié dans le vide.
" Bilbo ! " je panique toujours, je crois que des gémissements sortent de ma bouche, en tout cas, je vois pas qui des nains feraient un tel bruit, donc ça vient forcément de moi et de ma gorge qui gratte horriblement. Le hobbit glisse de quelques centimètres de plus avant qu'il n'attrape vaguement le bras d'Ori, d'autres nains tentent de nous aider et je sens l'un d'entre eux m'attraper la taille et me faire reculer. Thorïn est déjà en train de descendre pour attraper Bilbo et le lancer vers le haut. La personne me retenant et me faisant reculer a réussi à m'asseoir sur mes fesses, relativement loin du bord (pour autant que l'étroitesse du chemin le permet). Bilbo s'écroule littéralement sur moi et je me retrouve sur le dos. L'univers s'arrête autour de moi tellement je me focalise sur lui. Je le serre de toutes mes forces dans mes bras en pleurant de joie, la gorge nouée. " Me refait jamais ça. " je lui glisse, le nez dans son cou. Mon cœur bat à mille à l'heure, on dirait un hélicoptère. Je ferme les yeux et m'accroche à lui comme s'il pouvait encore disparaître. J'ai rarement eu aussi peur de ma vie. J'entends un mélange de couinement et de rire échapper de Bilbo. Je crois qu'il a eut aussi peur que moi, si ce n'est plus. Il souffle comme s'il avait couru un marathon. Et tremblant, tente de se décrocher de moi pour me sourire maladroitement, les cheveux collés contre son front.
" J'ai cru qu'on avait perdu notre cambrioleur. " tente Dwalïn pour nous ramener à la réalité. On se relève cahin-caha, sans se lâcher la main. On a tous les deux besoins de se rassurer, je crois. La plupart des autres nains regardent aussi Bilbo, rassuré. On a tous eut peur, en fait.
" Il est perdu depuis qu'il est sorti d'chez lui. Il n'aurait jamais dû venir. " les paroles de Thorïn coupent la respiration de Bilbo qui regarde le roi nain de façon désespéré " Il n'a pas sa place parmi nous. "
L'image du roi nain vient de perdre de la superbe dans mon cœur. Je pensais (très naïvement, parce que j'ai vu les films) que Bilbo était apprécié ou au moins, toléré dans la compagnie à ses yeux. J'avais cru, à tort, que Thorïn acceptait au moins Bilbo.
" J'espère que tu vas marcher pied nu sur des Légos ! " je m'enrage, non, mais, on insulte pas mon frère comme ça ! " Espèce de navet déshydrat- " et mon cri se coupe, Bilbo a mit sa main devant ma bouche. Je me tais alors à contre-cœur et le regarde. Son regard est suppliant, il retire sa main et me sourit tristement.
" Bilbo, tu peux pas le laisser t'insulter sans raison. C'est p'tet un roi, mai- "
" Dwalïn ! " me coupe Thorïn, nous ignorant superbement et continuant d'avancer. On a tous eut peur, mais Thorïn ne perd pas le nord. Idiot.
" Rendez-vous au Carrock. " je lui lance, avant de lui tirer la langue, à défaut que Bilbo me laisse vocaliser mes pensées comme je l'entends. Les autres nains n'osent rien dire et personne ne nous regarde. Bilbo lui-même se contente de suivre le chemin, sans lâcher d'un pouce ma main.
" Pas plus que La Bleue. Ils feraient mieux de rentrer chez eux. " j'entends soudainement Thorïn ronchonner comme si on ne l'entendait pas. Tout le monde entend en fait. Et je foudroie l'arrière de sa tête. Roi nain de crotte.
" Que tes orteils rencontrent la table-basse de mon mépris. " je râle dans mon coin comme seule réponse. Bilbo ne réagit pas, totalement perdu dans ses pensées, mais ça fait rire en douce quelques nains autour de nous. Plus loin, Kíli et Fíli aperçoivent une grotte que va examiner Dwalïn.
Après avoir rassuré tout le monde que la grotte est sûre (que tu crois), refuser que Glóïn allume un feu, nous avoir ordonné de dormir et que Bofur prennent le premier tour de garde, tout le monde s'installe sur le sable du sol.
La plupart d'entres nous est déjà en train de changer de vêtements. Je commence donc à me changer quand je vois que Bilbo ne bouge pas. Assis au sol, il regarde dans le vague le mur face à lui, au-dessus de la compagnie.
" Bilbo ? " il ne réagit pas, je finis d'enlever mon t-shirt et me penche devant lui. Cela le ramène à la réalité, presque. Je m'attendais à ce qu'il râle (je suis après tout en brassière devant lui et devant les nains), mais il se contente de fouiller mon visage.
" Charlotte … ? "
Choc post-traumatique ? Je le force à enlever son sac et en sort des affaires pas trempées (même si c'est clairement pas sec).
" Change toi. " je lui tends les vêtements et finis également de me changer. Aucun nain ne nous regarde directement, même si je croise rapidement le regard de Nori qui tourne vivement la tête.
Une fois Bilbo changé, il n'a pas l'air franchement mieux. Doucement je le recoiffe d'une main. Il a l'air d'un chaton sortant de son bain.
" Bilbo ? " il relève les yeux vers moi " Tout le monde va bien. Tu vas bien. " je tente de le rassurer. Autour de nous, les nains sont déjà en train de s'installer à même le sol pour dormir. Bilbo avance une main tremblante vers moi et la pause sur ma joue.
" Je suis là. " je lui souris. Toujours doucement, comme pour ne pas l'effrayer je le prends dans mes bras et nous glisse au sol, couché lové l'un contre l'autre. J'ai l'impression d'avoir des nerfs d'acier par rapport à lui. Ou alors j'ai choisi comme d'autres de la compagnie d'aller de l'avant et ne pas ressasser les épisodes traumatisants des dernières heures.
" Dors. " je lui demande, même si c'est plus un ordre. Il se laisse faire et s'installe finalement confortablement. Je ne le lâche pas. Il a besoin de moi. J'ai besoin de lui. C'était trop d'émotion cette montagne. Et je sais que c'est pas fini. Je finis allonger, son dos contre mon ventre et mon nez dans son cou. Je n'arrêterais jamais de m'émerveiller combien il me laisse être proche physiquement de lui, me faisant une confiance presque aveugle.
" Hush now, quiet now, it's time to lay your sleepy head, hush now, quiet now, it's time to go to bed. Drift, Drift off to sleep. Exciting day behind you. Drift, Drift off to sleep. Lets the joy of dreamland find you." Je fredonne ce qui est devenu notre berceuse au fil de notre aventure, même si c'est en anglais et qu'il ne comprend pas un mot de ce que je chante. Je sens sa respiration contre moi qui se calme progressivement. Il n'a toujours pas sorti un seul mot, mais je le laisse se remettre à son rythme. Il serre contre son torse ma main, mon autre bras est sous ma tête. J'embrasse doucement son crâne.
" Bonne nuit Bilbo. " avant de recommencer à fredonner la berceuse.
Je sais bien qu'on dormira pas beaucoup, mais il a besoin de tout le courage que je peux lui donner. Et puis ça me rassure de savoir qu'il est là.
