Chapitre 28 : Tellius en danger
En la voyant, chacun était forcé d'admettre qu'elle ressemblait presque trait pour trait à Tanith excepté le fait que ses cheveux bruns étaient longs et retombaient telle une crinière sauvage au creux de ses omoplates. Le plastron forgé qu'elle avait revêtu, apparemment de belle facture, présentait deux traits horizontaux de couleur écarlate sur le côté droit et ressortaient vivement de par la blancheur de la protection. Yaé fut sur le point de se jeter sur elle, mais Ran la freina en la retenant fermement par le bras. Oscar, dubitatif, n'avait pas encore esquissé le moindre mouvement alors que Rolf visait déjà soigneusement l'ennemie. Loin de se soucier de tout ça, Lorth s'était quelque peu éloigné, histoire de ne pas être pris dans la bataille si bataille il y avait. Boyd, quant à lui, s'était déjà emparé de sa fidèle hache, prêt à en découdre. Sahil et Volke échangèrent un bref regard. L'assassin n'avait visiblement pas l'intention de se mêler au combat qui se profilait à l'horizon. L'homme aux cheveux rouges, lui, hésitait encore. Le puissant hennissement du pégase le sortit de ses réflexions et mit fin par là même à ses hésitations. Léisse s'adressa au groupe :
" A votre place, je ne tenterais pas de résister. Toute lutte est parfaitement inutile.
- Désolé, mais mourir maintenant n'est pas dans nos projets ! lança le guerrier à la hache.
- Bien, dans ce cas vous ne me laissez guère le choix. Nous allons devoir régler ça par le combat.
- Pourrais-tu au moins nous donner les raisons pour lesquelles tu désires nous tuer ? demanda Ran d'une voix forte.
Son interlocutrice se contenta de lui adresser un regard méprisant comme s'il ne s'agissait là que d'un insecte nuisible. D'un geste, elle s'empara d'un arc finement sculpté. Au même instant, un général pénétra dans leur champ de vision. Celui-ci s'arrêta dès qu'il fut aux côtés de Léisse, visiblement essoufflé par l'effort qu'il avait dû fournir.
- Vous aimez... vraiment me... faire... courir, charmante... Léisse, dit-il d'une voix entrecoupée.
- Tu es en retard Gatorie, commenta simplement la cavalière pégase.
- Il fait... excessivement... chaud dans cette... armure et... elle est vraiment... lourde à... porter.
Plantant sa lance pour garder une position stable, Gatorie prit le temps de souffler un peu avant de voir à quels ennemis ils auraient à faire.
- Tiens, mais ne seraient-ce pas Rolf et Oscar ?
Le paladin parut sortir de sa torpeur.
- Gatorie ? s'étonna-t-il. Mais que fais-tu donc ici ?
- Comme tu vois, je travaille.
- Pour cette femme ?
- Tout à fait, acquiesça-t-il dans un sourire.
- Et tu comptes te battre contre nous ? s'enquit Oscar.
Le général se gratta l'arrière du crâne.
- Eh bien j'avoue que c'est assez embêtant, mais je ne peux pas faire faux bond à mon employeuse.
Gatorie parut réfléchir encore un instant avant de faire tournoyer sa lance entre ses mains. Il se mit ensuite en position de combat.
- Si vous parvenez à me vaincre je vous rejoindrai. Qu'en pensez-vous, charmante Léisse ?
La monture de l'interpelée commença à piaffer d'impatience, mais sa cavalière la rappela immédiatement à l'ordre.
- Fais comme bon te semble, Gatorie. Contente-toi simplement de ne pas me décevoir.
Voyant qu'il serait inutile de chercher à le résigner, le paladin s'empara également de son arme et fit signe à Rolf de rester en retrait pour les couvrir.
Le combat put commencer. Yaé fut la première à s'élancer tout en faisant jaillir ses griffes de métal. Elle se rua sur Léisse qui, d'un coup de talon, donna l'ordre à son pégase de rejoindre la voie des airs. La créature ne se fit pas prier et battit puissamment des ailes pour s'élever, garantissant ainsi une certaine invulnérabilité à sa cavalière. Celle-ci en profita pour bander soigneusement son arc et viser Rolf qui faisait de même. Restait à savoir qui serait le plus précis et le plus rapide. Le jeune homme fut le premier à décocher sa flèche qui vint frôler de près l'épaule droite de l'ennemie. Léisse, quant à elle, l'atteignit à l'épaule gauche, lui arrachant un gémissement de douleur. Il tira aussitôt dessus pour l'enlever et étouffa un cri tout en portant sa main libre sur la blessure pour empêcher le sang de couler. Ran se tourna vers Sahil.
- Tu sais soigner ?
- Tu m'en demandes beaucoup là. J'ai beau être sage, je n'ai jamais été très doué avec les bâtons de soin.
- Et Lorth ?
- Ce lâche ne nous aidera pas, oublie-le, grogna-t-il.
Le Marqué pesta, mais n'ajouta rien de plus. S'emparant d'un de ses couteaux d'un geste vif, il ajusta son tir et lança l'arme aiguisée qui vint se ficher dans l'une des ailes du pégase. Celui-ci poussa un hennissement de douleur et perdit quelque peu de l'altitude, mais un coup de talon vigoureux de la part de sa cavalière l'obligea à remonter légèrement tandis qu'elle bandait de nouveau son arc. Yaé dut d'ailleurs se jeter précipitamment au sol pour éviter le trait qui fusait dans sa direction. Oscar en profita pour attraper un javelot et le lancer sur Léisse, mais cette dernière ordonna aussitôt à sa monture de s'écarter et ramena une nouvelle fois l'empennage contre sa joue. La flèche, ajustement tirée, percuta de plein fouet la hache que Boyd avait placée à la hâte devant lui pour se protéger. Le général profita de cette diversion pour se ruer sur lui et la lance vint entailler légèrement l'épaule gauche de Boyd qui eut juste le temps de faire un bond en arrière. Aussi vive que l'éclair, Yaé se jeta sur Gatorie et voulut profiter d'une faille dans l'épaisse armure pour le blesser et l'empêcher de poursuivre le combat, mais un trait adroitement tiré l'obligea à s'écarter une nouvelle fois. Attrapant le couteau qui gisait à ses pieds, elle le lança à Ran qui le rattrapa sans mal et la remercia d'un sourire. Oscar, armé d'une lance d'acier, fonça à vive allure sur le général qui, loin de vouloir bouger, l'attendit de pied ferme. Arrivé sur l'ennemi, le cheval se cabra en poussant un hennissement et voulut abattre ses sabots sur Gatorie, mais ce dernier parvint à se dérober à temps et lui faucha les pattes de devant. Surpris, l'animal perdit l'équilibre et fit chuter son cavalier qui se réceptionna non sans mal au sol. Oscar, une fois debout, se mit à hauteur de Ran et Boyd. D'un claquement de langue impatient, il ordonna à son cheval de se redresser et de le rejoindre, mais une flèche vint subitement se ficher dans le poitrail de la bête, lui arrachant un hennissement de douleur.
- Bon sang ! grogna Boyd. Cette femme, je m'en vais la tailler en pièces !
Ran l'empêcha de faire un pas de plus en mettant son bras devant lui pour lui bloquer le passage.
- Et comment comptes-tu t'y prendre ? Tu penses pouvoir l'atteindre avec ta hache malgré la hauteur à laquelle elle se trouve ?
- Ran a raison, renchérit Rolf en essayant de bander son arc malgré sa blessure. Il faut d'abord faire en sorte qu'elle regagne terre et mettre Gatorie hors jeu.
- Je m'occupe de Léisse, intervint Sahil.
Il ne laissa pas le temps aux autres de protester et prononça quelques incantations. Aussitôt des lames de vent puissantes et violentes fusèrent en direction du pégase qui dut brusquement virer de bord pour éviter l'attaque. Loin de vouloir en rester là, le sage enchaîna avec divers sorts de feu et de foudre tandis que Ran se chargeait de sa protection en parant les flèches de Léisse à l'aide de ses couteaux et que Boyd maintenait Gatorie éloigné en faisant tournoyer sa lourde hache. Oscar, quant à lui, s'était précipité au chevet de son cheval renversé sur le côté, qui souffrait en silence. Il soupira de soulagement lorsqu'il constata que la blessure n'était pas aussi grave qu'elle y paraissait. Il accorda une brève caresse à l'animal sur l'encolure pour le rassurer et le sommer d'attendre un peu, raffermit sa prise sur sa lance et s'élança vers Gatorie en visant l'endroit où se trouvaient les jointures de la lourde armure. Mais l'arme ricocha sur le plastron et le général en profita pour attaquer à son tour. Oscar eut juste le temps de s'écarter avec précipitation pour ne pas être touché. Il allait contre-attaquer lorsque Gatorie stoppa subitement tout mouvement et lâcha sa lance sous les yeux stupéfaits du reste du groupe. Que lui prenait-il donc ? Ils eurent leur réponse lorsqu'ils virent enfin la lame courte et effilée d'une dague menacer la gorge du général. Et celui qui tenait cette arme redoutable n'était autre que Volke. Sahil évita un nouveau trait et jeta un regard moqueur à l'assassin.
- Eh bien Volke... Je croyais que tu ne souhaitais pas intervenir...
- Je compte bien me faire gracieusement payer pour mon intervention, ne t'en fais pas pour ça.
Yaé lui lança un regard mauvais. Voilà qu'il reparlait une fois encore d'argent. Réfrénant pourtant ses pulsions meurtrières vis à vis de l'assassin, la jeune femme reporta son attention sur Léisse dont le pégase commençait réellement à perdre de l'altitude suite à sa blessure. Rolf en profita pour tirer et la flèche vint se ficher dans l'aile jusque là encore intacte, du cheval ailé. Il n'en fallut pas plus à celui-ci pour rejoindre la terre ferme, incapable de se maintenir plus longtemps en hauteur. Le visage de Léisse refléta un instant l'agacement. Elle mit hâtivement un pied à terre et troqua son arc contre une dague au fil d'argent. Sans attendre, Yaé se jeta sur elle, mais l'ennemie contint l'assaut sans la moindre difficulté et s'apprêta à lui asséner un coup de poing, mais la Marquée eut juste le temps de faire un petit saut en arrière pour être hors d'atteinte. Décidément, cette Léisse lui donnait du fil à retordre. Pourtant loin de s'avouer vaincue, Yaé s'apprêta à bondir de nouveau, mais Ran la devança. Les lames courtes s'entre-choquèrent, produisant de temps à autres quelques jets d'étincelles. Toutefois, aucun des deux guerriers ne parvint à avoir le dessus sur l'autre et le combat s'éternisa. Rolf voulut profiter de cette opportunité et ramena l'empennage contre sa joue. Cependant il dut rapidement renoncer et se relâcher. S'il tirait, il y avait de fortes chances pour qu'il touche son propre allié et il ne tenait pas réellement à prendre de risques. De son côté, Ran tenta un nouveau coup vertical que Léisse esquiva sans mal. Elle profita d'ailleurs de cette occasion pour le déborder et fuser vers Sahil qui eut juste le temps d'attraper l'épée accrochée à sa ceinture et de la brandir horizontalement devant lui pour parer. Malgré tout, l'arme lui échappa des mains et la dague de Léisse vint lui entailler la joue gauche. Il n'en fallut pas plus à Boyd pour venir à sa rescousse tout en poussant un rugissement bestial. La hache décrivit plusieurs courbes, mais ne rencontra que le vide. L'ennemie était agile et rapide, tout le contraire du guerrier à la hache. Oscar n'hésita pas, il s'élança à son tour, lance brandit devant lui. Un imperceptible sourire fleurit sur les lèvres de la Marquée, elle venait de percevoir une faille. Plus vive que l'éclair, elle s'élança et ses griffes de métal transpercèrent littéralement l'épaulette gauche pour entamer la chair. Grimaçant légèrement, Léisse voulut se retourner pour lui faire payer cet affront... Ce fut là son erreur. Oscar entama une glissade et lui faucha les jambes tandis que Boyd usait de tout son poids pour la plaquer au sol. Ran, resté sur le côté, lui arracha la dague des mains et Sahil en profita pour lui lier les poignets à l'aide d'une solide corde. Après s'être assurés qu'elle ne pourrait plus leur faire le moindre mal, le guerrier à la hache tendit la main à Léisse pour l'aider à se relever. Cette dernière se contenta de lui lancer un regard des plus méprisants et se mit debout d'elle-même.
- Bien, à présent nous allons pouvoir discuter, déclara Yaé en rétractant ses griffes sous le regard quelque peu intrigué du paladin.
- Comme si j'allais prendre la peine de vous adresser la parole... fit Léisse, moqueuse.
- Nous pouvons nous montrer très persuasifs, intervint Ran en faisant tournoyer l'un de ses couteaux entre ses doigts.
- Parce que vous comptez me faire parler sous la torture ?
- S'il le faut, oui, répondit la Marquée.
Elle s'apprêta à débuter l'interrogatoire lorsqu'un bruissement de feuilles se fit entendre non loin. Lorth qui se trouvait juste à proximité de la source du bruit, sentit un léger frisson le parcourir. Ce fut donc avec prudence qu'il se rapprocha du groupe sous le regard nasillard de Sahil.
- Eh bien Lorth... Tu deviens couard ?
A ces mots, l'homme serra les poings, mais s'abstint de répondre afin de ne pas entrer dans son petit jeu.
- Boyd, va voir ! lança subitement Ran.
- Et pourquoi est-ce que ce serait à moi d'y aller ? grogna le guerrier à la hache. Je ne suis pas sous tes ordres.
- Avoue que tu as trop peur, insista le Marqué, un petit sourire moqueur au coin des lèvres.
Ils s'affrontèrent tous les deux du regard. Agacée par leur petit manège, Yaé confia la garde de leur prisonnière à Oscar et asséna un coup de poing sur la tête des deux hommes.
- Vous n'avez qu'à aller voir tous les deux au lieu de vous disputer sans arrêt.
Les deux combattants ne trouvèrent rien à redire et s'exécutèrent.
- Vous voyez quelque chose ? s'enquit l'archer sans pour autant retirer la main posée sur sa blessure.
Les deux hommes restèrent silencieux, contemplant l'individu qui leur faisait face d'un air un peu indécis. Il n'était pas très grand, ses longs cheveux d'or étaient attachés en queue de cheval et ses yeux couleur d'améthyste reflétaient une certaine inquiétude. Il portait un collier en argent autour du cou, une toge blanche ainsi qu'une ceinture à laquelle était fixés un bâton de soin ainsi qu'un étui de cuir au contenu inconnu. Ran cligna plusieurs fois des yeux et se résigna finalement à l'interroger.
- On peut savoir qui vous êtes exactement ?
- Moi ? s'étonna-t-il en se désignant du doigt. Je suis un évêque.
Boyd l'empoigna par le col.
- Ce n'était pas ce que cet idiot te demandait ! Décline ton identité !
- S'il vous plaît, ne me faites pas de mal ! s'exclama l'individu en agitant les bras devant lui. Je m'appelle Layne.
- Bien et que faisais-tu ici, Layne ? poursuivit Boyd d'un ton bourru. Tu nous espionnais ?
- Non, non ! Vous faites erreur ! En réalité je... me suis perdu.
Le guerrier à la hache échangea un regard avec le Marqué. Cet homme espérait-il vraiment leur faire croire une chose pareille ? Le jetant sur son épaule tel un sac de pommes de terre, Boyd rejoignit le reste du groupe en compagnie de Ran. Une fois sur place, il le relâcha et l'évêque heurta violemment le sol.
- Tu pourrais au moins faire preuve de délicatesse de temps en temps, grogna le Marqué.
- Si tu n'es pas content tu n'auras qu'à le porter toi-même la prochaine fois.
Yaé laissa échapper un soupir, excédée tandis que Sahil aidait Layne à se relever. Ce dernier les dévisagea un à un et son regard s'attarda un long moment sur Léisse. Puis, sans crier gare, il s'élança dans sa direction et s'agenouilla devant elle tout en baissant la tête en signe de respect.
- Dame Léisse, je vous ai cherché partout vous savez !
- Il mentait bien alors quand il disait qu'il s'était perdu, dit Boyd à voix basse à l'adresse du Marqué qui acquiesça d'un hochement de tête.
Léisse décocha un regard méprisant à son serviteur qui ne s'en formalisa pas.
- Et s'il vous était arrivé malheur ? Je ne me le serais jamais pardonné !
- Par pitié, faites-le taire.
Layne s'accrocha à la jambe de sa maîtresse et se mit à sangloter. Léisse soupira, exaspérée par un tel comportement.
- Dame Léisse, répéta Oscar, songeur. Alors vous seriez une noble ?
La concernée ne daigna pas lui adresser la parole et tenta d'éloigner la sangsue qui se collait à elle d'un coup de pied, sans succès.
- J'ai eu si peur ! Vous m'êtes si précieuse ! Oh par la déesse, je demeurerai votre serviteur pour l'éternité.
Ran échangea un regard avec Yaé.
- Qu'est-ce qu'on fait ?
La Marquée s'apprêta à répondre, mais Volke la devança et attrapa l'évêque par le col pour le jeter un peu plus loin. Puis, sans un mot il se glissa derrière Léisse et plaqua une dague contre sa gorge, l'égratignant légèrement pour faire couler quelques gouttes rouges. Horrifié, Layne voulut intervenir en lançant un sort de lumière, mais Ran fut plus rapide et le bâillonna d'une main tandis que de l'autre il lui maintenait les deux bras derrière le dos.
- Bon, écoute moi bien toi. Si tu nous dis qui vous êtes, d'où vous venez et pourquoi vous êtes là, nous ferons en sorte que ta maîtresse demeure en vie. Dans le cas contraire...
La lame courte entailla un peu plus la chair.
- Enfin, je crois que tu as compris.
L'homme acquiesça d'un hochement de tête et le Marqué retira la main qu'il avait plaqué sur sa bouche.
- Comme je l'ai dit précédemment, commença l'évêque. Je m'appelle Layne et je suis le serviteur dévoué de Dame Léisse. Nous venons tous deux de...
- Tais toi ! ordonna Léisse d'un ton sec. Je t'interdis de parler !
- Mais Dame Léisse, votre vie est en jeu et je ne puis...
- Si tu parles je serai dans l'obligation de te tuer Layne, c'est la règle.
- Tant que vous demeurez en vie, ma vie importe peu.
Léisse pesta et chercha à se dégager, mais la dague effilée menaçant sa gorge l'empêcha de faire le moindre faux mouvement.
- Nous venons d'un endroit appelé Liar, une ville cachée située à l'est de Daein qui a son propre souverain et sa propre cour. Dame Léisse, noble de son état, fait partie de cette cour. Quant à notre objectif... Il consiste à trouver le médaillon en forme d'étoile et à tuer quiconque gênera l'accomplissement de cette mission. Notre souverain nous a aussi fortement recommandé d'annihiler les Marqués que nous croiserons, le peuple maudit qui attire le malheur sur Tellius.
Yaé serra les dents à ces mots, mais s'abstint de tout commentaire.
- A quoi sert ce fichu médaillon que vous recherchez ? s'enquit Boyd.
- Il peut accomplir tous les vœux de son possesseur.
- Et quel est votre vœu ? demanda Sahil.
- Nous voulons être à la tête de Daein et faire régner la paix sur Tellius par nos propres moyens.
- Bien sûr, en tuant les Marqués, dit Ran, sarcastique.
- Ils constituent en partie la racine du mal, insista Layne. Vous ne pouvez pas le nier.
Ran s'apprêta à riposter de nouveau lorsqu'une secousse manqua de leur faire perdre l'équilibre.
- Qu'est-ce que c'était ? s'enquit Rolf en gémissant un peu.
Sa plaie qu'il peinait jusque là à soigner, venait juste de se rouvrir.
- On aurait dit un tremblement de terre, commenta Boyd.
- Quelle déduction, Boyd, je te félicite, lâcha Ran, moqueur.
- Vous vous disputerez une autre fois, intervint Yaé. Ce n'est pas le moment de...
Une nouvelle secousse plus forte que la précédente leur fit perdre définitivement l'équilibre et les projeta au sol.
- Bon sang, mais qu'est-ce que... grommela le guerrier à la hache.
Oscar pointa subitement une direction du doigt.
- Regardez là-bas.
Tous obtempérèrent et restèrent stupéfaits en apercevant au loin un halo rouge sang qui s'élevait jusqu'au ciel.
- Ça a comme des allures de fin du monde, commenta Sahil. Je n'aime pas ça.
- Rebroussons chemin ! intervint Lorth, toute trace de couleur ayant déserté son visage. Nous devons nous éloigner le plus possible de cette lumière !
- Et pour aller où, bougre d'âne ? rétorqua Sahil en le toisant d'un air narquois.
- Tu peux m'insulter autant que tu veux, ça m'est égal, mais je ne mourrai pas ici !
Sur ce, il s'enfuit à toutes jambes sans demander son reste. Aucun membre du groupe ne chercha à le rattraper.
- Quel couard, lâcha le Marqué d'un ton méprisant.
- Je n'aimerais pas jouer les pessimistes, dit le paladin. Mais vous n'avez pas l'impression que le halo s'élargit de plus en plus ?
En effet, le halo avait doublé de diamètre et commençait à ronger peu à peu tous les obstacles qu'il rencontrait sur son passage.
- Courez ! s'écria Ran.
Ils ne se le firent pas dire deux fois et s'élancèrent dans la direction opposée. Oscar eut bien un moment d'hésitation en jetant un œil à sa monture blessée qui ne pourrait certainement pas échapper au danger, mais la Marquée le tira subitement par le bras, lui ôtant ainsi la possibilité de faire un choix. L'heure n'était pas aux interrogations et ils devaient augmenter l'allure s'ils ne tenaient pas à y rester.
Ils couraient toujours à en perdre haleine dans les longs couloirs qui ne cessaient de se succéder devant eux. Bien sûr, Tormod avait tenté, à de maintes reprises, de faire demi-tour pour sauver son ami Muarim, mais c'était sans compter Sothe qui le tenait à l'œil. Rageur, il essuya les larmes qui avaient malgré tout franchi le barrage de ses yeux et accéléra la cadence. Juste derrière eux, Marcia peinait à suivre l'allure. En effet, sa blessure avait beau avoir été refermée, la douleur ne cessait de l'élancer et ses poumons, souffrant le martyre, semblaient être en feu. Peinant à respirer, elle dut s'arrêter brusquement pour récupérer un peu. Nephenie ne fut pas de cet avis, la rejoignit rapidement et la tira par le bras pour la forcer à avancer. Derrière eux, les ennemis se faisaient plus nombreux, mêlant Beorcs encapuchonnés et Laguz oiseaux au plumage doré.
- Là ! Tournez à droite ! s'écria Astrid.
Tous s'exécutèrent sans protester et se ruèrent dans la salle qui se présentait devant eux.
- Fermez la porte ! lança Nephenie.
Sitôt dit, sitôt fait. La noble poussa la lourde porte de fer pour interdire l'entrée de ce refuge à leurs opposants. Astrid ne se faisait toutefois pas d'illusions, un tel rempart ne tiendrait pas longtemps, bien au contraire. Détournant le regard, elle balaya la pièce des yeux, à la recherche d'armes. De son côté, Rhys tentait d'apaiser la douleur de Marcia en lui prodiguant quelques conseils afin de lui permettre de mieux respirer. Sothe, quant à lui, faisait les cent pas tout en ruminant sa haine pour Tessie. Tormod, sans mot dire, se laissa glisser contre le mur aux pierres froides et salies auquel il était adossé, l'air abattu.
- Eh, Tormod ! s'exclama Nephenie en lui lançant un objet rectangulaire.
Ce dernier, surpris, rattrapa l'objet inconnu au dernier moment, lui évitant ainsi la collision avec son front.
- Tu veux me tuer ou quoi ? s'indigna le mage en regardant le hallebardier d'un air horrifié.
- Désolée, fit-elle dans un sourire contrit.
Tormod se contenta de sourire à son tour, lui démontrant ainsi qu'il lui pardonnait son acte. Rassurée, Nephenie s'éloigna pour aider Astrid dans ses recherches. Pendant ce temps, le mage souffla sur l'ouvrage afin de retirer la poussière qui le recouvrait et commença à le feuilleter. Au fur et à mesure des pages qui défilaient devant ses yeux, il ne pouvait s'empêcher de froncer les sourcils, l'air concentré. Complètement absorbé, il en oublia même la situation catastrophique dans laquelle lui, ainsi que les autres, se trouvait.
- Alors ? De quoi ça parle ? s'enquit Marcia, curieuse.
Le mage sursauta violemment en l'entendant.
- Nephenie et toi vous vous êtes passées le mot ou quoi ? Vous tenez à ce que je meure d'une crise cardiaque ?
- Je ne pense pas que ce serait une mort qui te conviendrait, commenta la cavalière pégase.
Tormod fit mine de grimacer.
- Alors, cet ouvrage ?
- Apparemment ce sont des formules magiques. A tous les coups, ça me permettra de lancer des sort plus puissants.
- De quel type ?
- Feu.
- On dirait que la chance nous sourit de nouveau.
Marcia et Tormod échangèrent un regard. Ils s'étaient compris.
- On a trouvé des armes, déclara Astrid en revenant vers eux avec deux dagues et une lance qu'elle lança respectivement à Sothe et à la cavalière pégase.
Elle se baissa ensuite pour ramasser l'arc sculpté qu'elle avait également trouvé dans une pièce adjacente à celle qu'ils occupaient.
- Nous voilà parés pour la bataille.
- Espérons simplement que nous en sortirons vainqueurs, fit Nephenie en faisant tournoyer une lance d'argent entre ses doigts.
- Nous ne pouvons pas échouer, ajouta Rhys, plus déterminé que jamais.
- Oui, approuva Tormod, un ami compte sur nous.
En quelques enjambées, Marcia fut devant la porte qui, heureusement pour eux, ne pouvait être ouverte que de l'intérieur.
- Prêts ? s'enquit-elle.
- Plus que jamais, acquiesça Astrid.
- Il est temps d'aller sauver Muarim, dit Tormod en accentuant la pression sur son nouveau tome.
- Essayez de ne pas mourir, conclut Sothe. Si nous ne les terrassons pas, Tellius ne sera plus.
Ils opinèrent tous du chef. Quelques minutes plus tard, la bataille commençait, plus violente et sanglante que jamais.
